‹ Histoire de l'église de France: composée sur les documents originaux et authentiquesChapitre 6 sur 26 · DB L ÉGLI8B DB FRANCE · texte numérisé non relu

DB L ÉGLI8B DB FRANCE

FOraloire, dirigèrent successivement Olier dans le chemin de la perfection. Ce fui surtout le P. de Condren qui l'engagea à mettre à exécution le projet qu'il avait conçu d'instituer une Congrégation spécialement destinée à diriger les séminaires. L'association prit naissance en 46W, à Vaugirard, près Paris. Les premiers associés de l'abbé Olier étaient François de Caulet^ depuis évéque de Pamiers^ Jean du Ferrier, Balthazar Brandon^ Charles Picotté ei François Houmain. Bientôt ils eurent sous leur direction quelques jeunes clercs, parmi lesquels on distinguait surtout Duferrier de Cambiac ; de Gondrin, qui fut depuis archevêque de Sens; de la Coste, etc. Le cardinal de Richelieu favorisa le projet de l'abbé Olier et sa Congrégation. Saint Vincent de Paul, D. Tarisse, supérieur de la Congrégation des Bénédictins de Saint-Maur, le P. de Condren et tous les prêtres les plus estimables, applaudirent à ses vues.

Olier, ayant été nommé à la cure de Saint-Sulpice de Paris, vit accourir à lui plusieurs nouveaux associés. Les plus connus sont les abbés de Bretonvilliers et de Poussé, qui lui succédèrent dans la cure; Claude Joly, depuis évêque d'Agen; Gabriel de Caylus et Pierre de Sève-Polard. Ces nouveaux coopérateurs s'appliquèrent, suivant leur vocation, les uns à l'exercice du ministère dans la paroisse Saînt-Sulpice, les autres à l'éducation des jeunes clercs dans le séminaire qui fut fondé près de cette église. Olier donnait tour à tour ses soins au séminaire et à la paroisse, et il eut dans l'un et dans l'autre les plus heureux succès. Il fonda plusieurs séminaire» en province, et en particulier au Puy, à Viviers et au Bourg-SainN Andéol. Sa Congrégation fut chargée, à la même époque, du séminaire de Clermont, et s'établit à Montréal, au Canada. L'abbé de Bretonvilliers succéda à Olier dans la charge de supérieur général de la Congrégation de Saint-Sulpice, qui prit de nouveaux accroissements sous sa direction.

La Congrégation des Eudistes prit naissance peu après celle de Saint-Sulpice ; Elle avait le même but et à peu près les mêmes règlements. Le P. Eudes^, son fondateur, était ami de FabbéOlier, qui le chargea de prêcher une mission dans sa paroisse. Le séminaire de Caen fut le chef-lieu de la Congrégation des Eudistes, qui furent chargés de la direction de plusieurs séminaires et qui se distingué*^ rent surtout par leurs missions.

* Vie du P. Eudps, par un membre ûc sa Congrégation.

Ou doit compter aussi, parmi les instituteurs des séminaires Claude Bernard connu sous le nom du Pauvre Prêtre * Il était né ' à Dijon en 1588, d'un conseiller au Parlement de cette ville. Après avoir vécu pendant quelque temps en homme du monde, il fut touché de la grâce et commença sa vie pieuse et pénitente. Il prit les Ordres en 16^, et dès ce moment, la visite des hôpitaux et des prisons, le soin et Tinstruction des malades, et les autres œuvres de miséricorde, formèrent son occupation habituelle et la plus chère. L'hôpital de la Charité était le principal théâtre de son zèle, et ses instructions y attiraient plusieurs personnes du dehors. On était touché de la simplicité et de l'onction de ses entretiens, en même temps que de son dévouement pour le prochain. Son désintéressement était extraordinaire. Le cardinal de Richelieu lui ayant témoigné le désir de lui rendre quelque service, le Pauvre Prêtre se contenta de demander au puissant ministre de faire réparer la charrette sur ' laquelle il montait avec les criminels pour les exhorter jusqu'au moment de leur supplice. Occupé, comme les plus saints prêtres de la même époque, du- projet de faire refleurir la discipline ecclésiastique, Bernard entreprit de rétmir les pauvres étudiants qui auraient de la vocation à l'état ecclésiastique et de leur fournir les moyens de continuer leurs études. Telle fut l'origine du séminaire destremetrais, qui fut fondé en actions de grâce de la naissance de Louis XIV. Anne d'Autriche et Madame de Breton villiers achetèrent^ pour loger les pauvres étudiants, l'hôtel d'Albiac, rue de la Montagne-Sainte- Geneviève, vis à vis le collège de Navarre. Le nouveau séminaire fournit un grand nombre de bons ouvriers évangéliques.

L'Ordre des Jésuites fournit, à la même époque, quelques bons prêtres. Les plus zélés allèrent prêcher l'Evangile aux peuples qui n'étaient pas encore éclairés des lumières du christianisme.- Nous ne pouvons les suivre dans leurs travaux. En France^ les Jé^ suites jetèrent peu d'éclat au commencement du xvu.* siècle, et furent éclipsés par les Congrégations que nous avons fait connaître. L'état de lutte dans lequel ils vivaient, non seulement avec les mauvais catholiques, mais avec le clergé séculier, les autres Congrégations ecclésiastiques, et même l'épiscopat, paralysait les efforts de quelques particuliers distingués par leur science et leurs vertus. Préoccupés du projet de s'emparer de l'enseignement et d'acquérir

* Tie du P. Bernard, pir le P. Lemporeur.

DE L'toUSE DB FftAKCB. I0|

beiiacoup d'influence dans la société, la plupart des Jésuites se dé* Touatent à leur Compagnie, tandis que les autres Congrégations se consacraient au bien de TÉglise. lie ne pouvaient poursuivre ce but sans oublier Tesprit de leurs premiers Pères. C'est ce qui leur arri* ▼a, comme nous le constaterons bientôt. La Compagnie de Jésus eut cependant la gloire de fournir alors, à TÉglise de France, saint Jean- François Régis, dont nous devons esquisser la vie.

Régis ^ naquit le 31 janvier 1597, au village de Fonicouverlc, diocèse de Narbonne. Il entra chez les Jésuites à 19 ans; envoyé à Toumon pour y faire son cours de philosophie, il employait ses instants de loisir à catéchiser les pauvres de la ville et des environs. Il préludait ainsi aux fonctions qu'il devait remplir toute sa vie avec tant de zèle. Dans les divers emplois qui lui furent conûés, il montra une ferveur, un désintéressement, une modestie extraordinaires. En 1630; il oblint de ses supérieurs de se dévouer au service des malades, dans une épidémie qui régnait à Toulouse. Son plus vif désir étai^ d'aller dans les misssions du Japon ; mais on le jugea plus utile en France. Il évangélisa particulièrement les diocèses de Montpellier et de Viviers. Après Tan 1636, il travailla sans interruption dans ie Velay, préchant au Puy pendant l'été^ et visitant les environs pendant Thiver. Des conversions éclatantes, des associations charitables, des secours distribués aux pau^Tes et aux prisonniers étaient partout le résultat de ses travaux apostoliques ; m' la rigueur des hivers, ni la difficulté des chemins, ni la contradiction des hommes ne pouvaient refroidir son ardeur. Il mourut au milieu de ses travaux, à La Louvèze, le 31 décembre 1640 *. Les Jésuites, comme nous l'avons remarqué, possédaient^ au commencement du xvu.* siècle, peu d'hommes que l'on puisse signaler, avec Jean- François Régis, comme distingués par leur zèle et leurs vertus évangéliques. Leur Ordre avait pris cependant beaucoup d'extension en France, comme dans toutes les autres contrées ; mais si nous en croyons un de leurs Pères, le fameux Mariaua, la Compagnie de Jésus était à peu près frappée de stérilité, parce qu'elle avait abandonné l'esprit de ses premiers instituteurs.

Cette ScKÛété célèbre a si bien usé de l'influence qu'elle a su acquérir, que Ton pense généralement que tout le bien, k peu près,

< Vie ds S. lean-Frasçois R^, par le P. Oaiibniton. t II a été canonisé par Clément XII, en t73T.

lûg HlSTOitE

qvd 6'e$l fait dans l'Église^ depuis sou établissement, est dû à son zèle et à ses efforts et qu'elle n'a eu jamais besoin de réforme. La simple exposition des faits répondra au premier préjugé ; et, pour le second; nous avons les aveux d'un homme que les Jésuites euxmêmes ^ considèrent comme illustre par son génie, par sa science et par les vertus religieuses dont il donna Texemple jusqu'à l'âge de quatre-vingt-sept ans, qu'il mourut,

Mariana, profondément affligé des abus qui défiguraient une Société qui lui était chère^ composa un mémoire touchant les défauts du gouvernement de cette Société, a Je sais, dit le P. Cordara ' en parlant de ce mémoire, je sais que nos Pères d'Espagne ont pensé que ce petit livre avait été faussement attribué à Mariana par quelque adversaire de notre nom. Je désirerais vivement qu'il en fût ainsi, mais je ne puis le croire. Je vois en effet que notre général Mutius (Vittelleschi) a eu connaissance de cet opuscule avant qu'il fût imprimé a Bordeaux; je vois qu'il a écrit des lettres fort graves à ce sujet, avec ordre de rechercher avec soin les copies du livre qui seraient en circulation et de les livrer aux flammes; je vois enfln que, à ré[)oque où ce livre mortel fut imprimé en France, auciin des nôtres ne se plaignit de cç qu'A était faussement attribué au P. Mariana ^ »

< K. Gordara, Historiœ Societ. iesu, pars sexta, Lib. 9, n.o 151 ; edit. Roniv, ann. 1750. in- fol.

* Cordara, loe, eil.

* Le livre de Mariana fut imprime à Bordeaux en 1025. Les Jésuites d« France ne réclamèrent pas alors, comme Tatteste le P. Cordara. Mais, en 1007, ils pensèrent quMls pourraient impunément contester rauthenticité du livre de Mariana. Letellier, archevêque de Reims, 8*étant appuyé sur ce livre, les Jésuites lui adressèrent une remontrance j dans laquelle ils prétendirent non-seulement que le livre était d*un faus>aire, mais encore que les Jésuites de et temps-là s^inscrivirent en faux contre le livre. Nous n'avons qu'a opposer rhistorien Jésuite aux auteurs de la Renumtranee, pour prouver la fausseté de leur assertion et T authenticité du livre de Mariana.

Le P. Cordara et les Jésuites qui eurent assez de bonne foi pour admettre cette authenticité, s'efforcent de faire croire que ceux qui ont publié le livre y ont ajouté certains traits défavorables à la Compagnie, par haine contre elle. D'abord, cette assertion est parement gratuite ; en outre, si on ôtait du ime les traits qui déplaisent aux Jésuites, on ne comprendrait plus le zèle que mit le général Vittelleschi à écrire en Espagne, pour en faire brûler toutes les copies qu'on pourrait rencontrer ; de plus, tout est si bien lié dans l'opuscule de Mariana, et il revient si souvent sur les mêmes choses, qa'il n*68t pas possible d'en enlever une phrase eass que la liaison de» idées aoil ffcmpiie. Quel-

DK L ÂGUSB DB FBàNCB. lÛ3

Nou» devons doanei* quelques extraits du fameux mémoire dé Mariaiia; ils feront comprendre le fait que nous avons constaté» c'est'-à-dire le peu de bien produit par cette Société puissante, mal* gré son étonnante activité ; ils donneront en outre des éclaircissd*^ ments sur celle haine que les hommes les plus religieux et les plus clairvoyants lui ont vouée depuis son établissement en France jus^ qu*à nos jours. On a voulu faire considérer cette haine comme le fruit malheureux des préjugés, de la jalousie, enûn des tendances hérétiques que les Jésuites ont toujours libéralement accordées à leurs adversaires. Le livre de Mariana laisse apercevoir une toute autre causé de cette haine et des accusations élevées contre la ce* lèbre Compagnie.

Dans sa Préface, Mariana s'exprime ainsi ^ :

a Mon intention est, moyennant Taide de Dieu Notre Seigneur, de mettre par écrit, en ce papier, la manière du gouvernem«nt qu'observe notre Congrégation, les fautes en grand nombre et grièves qui y entreviennent, les inconvénients qui en résultent»

ques Jésuites, et entre autres Feller, ont dit bien haut qu'on n*ayait pu montrer roriginal du livre de Mariana. D'abord, les Jésuites de Tépoque se demandèrent pas à le voir, comme le constate Gordara ; en outre, il eai facile de comprendre pourquoi Toriginal de Mariana n'aurait pu être prdduii, quand bien môme il aurait été demandé ; il suffit, pour cela, de connaître rhistoîrc de ec manuscrit.

11 fut saisi a a domicile de Mariana avec ses autres papiers, lorsque PMlippe II fit mettre ce Jésuite en prison pour son Traité sur le Changement de la monnaie. François Soso, évêque d'Osma, ayant trouvé le livre des Défauts du gouvernement de la Société de Jésus, le lut avec curiosité, le communiqua à plusit^urs de ses amis et leur permit d'en tirer des copies. Mars l'original dut lui être remi>t ; Ton comprend donc pourquoi il n'aurait pu éire représenté si on l'avait demandé ; mais les Jésuites n'osèrent pas soulever celte question lors de l'impression du livre. Les copies que l'on avait faites du manuscrit de Mariana passpr.^nt en plusieurs mains, et en celles, entre autres, du Dominicain Nicolas Rîcardius. Elles pénétrèrent en Franco, en Allemagne et en Italie. Un libraire de Bordeaux publia le livre non-seulement en espagnol, qui ëlait la langue de l'original, mais aussi en latin, en français et en italien. Dès qu'il eut été poité à Rome, le Jésuite Floravanti, confesseur d'Urbain VIII, le lut et s'écria : « Hélas ! hélas I c'en est fait de nous, Jésuites, car ce que contient ce livre n'est que trop vrai. » Le général des Jésuites n'épargna rien pour obtenir la condamnation du livre de Mariana ; elle lui fut accordée «n

On peut consulter sur Mariana et sur ses ouvrages l'arlicle fort savant et très intéressant du Dictionnaire de Bayle.

* Dans ces extraits, nous avons conservé à peu près la vieille traduction française.

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les moyens qu'on pourroit prendre pour y remédier et en arrêter le cours. Je vois bien la difficulté et le danger où je me mets, et que tous n'approuveront cette entreprise... Je m'assure qu'il y a des personnes qui ont claire connoissance que tout ce qui semble or ne Test pas, et qu*en notre gouvernement il y a des choses et des points auxquels on peut remédier, d'où proviennent des maux et des inconvénients, lesquels je tâcherai de représenter avec tant d'évidence qu'il n'y aura personne de jugement rassis et de capacité qui n'en avoue la vérité.

o Celui qui a écrit ceci est une des personnes les plus anciennes de cette religion, et qui plus a passé son âge sans broncher, (chose approchante de miracle, parmi tant de troubles et vacarmes qui se se sont passés parmi nous autres.) Et, au bout de sa vie, il ne voudroit point la flétrir, en faisant chose où Dieu fût offensé, et qui portât préjudice à sa propre religion. Davantage il a ruminé et pesé cette affaire et ces abus, et même en a, dès plusieurs années en ça, conféré en particulier avec les plus grands personnages de la Com* pagnie, et ès-occasions en assemblées et congrégations ; que si, pour le présent, le fruit n'en est tel qu*on désire, il pourra arriver que, par occasion, on sera bien aise de savoir les causes par lesquelles ont été introduits les maux qui en sont résultés ; et quel a été le sentiment d'un personnage, par les mains duquel tant de choses sont passées et qui a vu tant de pages et de livres divers, touchant la manière et le modèle selon lequel nous nous gouvernons à présent. x>

Après ce préambule, Mariana entre en matière et traite son sujet en vingt chapitres.

a Notre Compagnie, dit-il S combien qu'elle ait suivi un che» min bon, approuvé de l'Église et agréable à Dieu, comme le montrent les merveilleux fruits qui se sont cueillis de cette plante, elle étoit cependant fort nouvelle et extraordinaire, et par ainsi sujette à plusieurs mauvaises rencontres. Plusieurs des nôtres, pour ne paraître moines, se sont surtout séparés des coutumes et cérémonies régulières, même des mots usités dans les autres religions, dont, par aventure, ils se pouvoient servir avec humilité et en faire leur profit sans préjudicier à leur institut...»

D Je ne prétends pas révéler en cet écrit, occulta dtdecoris, attendu qu'il est évident que les fautes de ma mère me causeroient

< Miriana» de Defaotibus SoeieUtis, e. 1.

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nécessairement de la honte et de la peine. Mais aussi, il y auroit du mal au double, si, pour l'excuser, on ne découTroit ses plaies au médecin, pour qu'il porte remède avadt qu'elles se grangrènent et deviennent incurables.

» S*il est aisé ^ de choir en fautes et erreurs, il se trouve plus de difficulté à y remédier, surtout quand le gouvernement se ré* duit de tout point à une seule tète, comme il se pratique en notre religion. Si celui qui a le gouvernement si indépendant et absolu en main, comme notre Général, choisit un chemin pour le plus droit et assuré, il y aura bien de la peine à le lui faire quitter, quoique de vrai il se fourvoie. La cause de ceci estque chacun favorise son opinion et la tient pour la meilleure. Outre ce, d'autres en grand nombre, voire le plus grand nombre, se joignent à lui et lui adhèrent, les uns pour être de même avis, les autres pour lui complaire, plusieurs aussi pour n'avoir pas le courage de contredire et s'opposer à ce à quoi encline leur supérieur ; soit parce qu'ils désirent de vivre en paix, soit pour éviter d'être moqués, et ne mécontenter celui qui a tant de pouvoir et d'autorité. Je laisse à part les égards qu'ont ceux qui possèdent les charges, de se maintenir en icelles ; ou ceux qui y aspirent de les obtenir. Contre un bataillon si grand et si serré qui sera si hardi de se présenter en bataille ? Quand bien même ce seroit un saint Paul, il sera toujours estimé un extravagant, un turbulent, un perturbateur de la paix. Pour cette cause, je me persuade que ce sera merveille d'arrêter le cours des maux jusqu'à ce que nous soyons dans l'eau jusqu'à la gorge. C'est une chose toute avérée qu'il y a peu de gens qui se gouvernent par prudence. Cela a encore plus de force ès-commonautés, à cause que, non les plus avisés, mais les plus hardis et les phis intrigants, sont saisis du gouvernement. »

Après avoir constaté qu'il y avait de son temps un mécontentement profond au sein de la Compagnie, et que les plus vertueux eux-mêmes étaient atteints de cette maladie, Mariana en recherche la cause.

a Qu'on avise, dit*il *, si d'aventure ce n'est point par faute de justice, pour n'être les charges départies aux meilleurs, ains aux plus hardis quoiqu'ils aient mille défauts et peu ou point de qualités ; si aussi ce n'est point faute de didiimeni pour le$ mauvais et dé^

s MariaDa, de Defrotihus Sodetatis, o. 9 * MA,f 0- S.

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réglés; (sur quoi Ton poiirroit dire beaucoup de ctioses;) si ce n'dit point pour avoir persécuté et maltraité quelques gens de bien, (je dis quelques-uns, ei non un graud nombre,) si ce n'est point £auto de recompenser les bons^ si ce n'est point que le gouvernement e«t fondé sur censures et réprimandes, ce qui est un fiel répandu par tout le corps et qui lui cause une jaunisse universelle ; en efiet^ nul ne peut se fier en son confrère, qui peut à tout moment lui rendre quelque mauvais office de mouchard, d'espion à fin de gagner^ à ses dépens, les bonnes grâces des supérieurs et surtout du Général, Qu'on avise si notre mal ne procède point de ce que le Général» avec trois ou quatre autres en chaque province, se haussent exce^ êivement, tirant à eux tout le gouvernement sans en faire aucune part à d'autres, quoiqu'ils soient personnages des plus graves et savants qui soient en toute l'Église.

- p Un autre indice ^ que notre gouvernement n'est pas bien ordonné, sont les troubles et divisions qui ont eu lieu depuis plusieurs années en la Compagnie. »

Mariana déclare qu'il ne veut point parler des divisions secrètes et des choses qui pourraient le faire rougir. Il ne parle même que des troubles dont il fut témoin en Espagne et dans lesquels It tyrannie de quelques dignitaires est dévoilée au grand jour. Nous ne citerons du chapitre que ce passage remarquable relatif à la querelle qui eut lieu entre les Jésuites et les Dominicains, au sujet du livre de Molina.

a D'où sont venues tant de querelles, que nous avons avec les Pères Dominicains, lesquels nous devions plutôt reconnaître pour maîtres? Je dirai que ces Pères eussent bien pu modérer leur rigueur, dont, à la vérité, les nôtres leur avoient donné l'occasion | mais le tout se pouvoit excuser. Je ne veux pas entrer dans le détail, et je dirai seulement qu'à l'occasiod d'un livre qu'écrivit le P. Molina sur le sujet de la grâce et du libre-arbitre, les Dominicains s'émurent vivement, recoururent à l'Inquisition et ensuite à Rome, où le procès continue et se traite avec beaucoup d'opiniâ^ treté et de passion *. Quand nous en sortirions victorieux, (ce qui est encore douteux,) il aura toujours coûté plusieurs milliers eâ Vinquiétuie de plusieurs années. Je me souviens qu'un peraon-

i Mariana, de Defectibus Sodetatis, e. 4.

• Allusion aux Congrégations âe AuœiUis, où les Jésuites eurent le dessous, malgré leurs miUiers et Leurs inquiétudes.

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Bage, qui avait quelque connoissancc de ces choses^ donaa avis aia nôtres qu'ils se gardassent de s'embarrasser ou s'engager bien avant en cette affaire^ craignant ce qui est arrivé. Cela ne servit de rien, car le Général se trouva engagé à cause de la permission qu'il avoit donnée d'imprimer ledit livre, et en ces quartiers de deçà, les jeunes gens faisoient le tout fort aisé. Le malheur voulut que, tant l'assistant à Rome que le Provincial en ces quartiers (par les mains desquels tout passa), étoient hommes sans lettres, fourrée dans ces charges par gens de même honneur et gaillardise. Il en est arrivé ce qu'on a vu et co qui arrivera toujours, lorsque de^ personnes téméraires et des supérieurs illettrés se mêleront des affaires, »

Mariana ' bl^e ensuite la délicatesse avec laquelle on élève les novices ; il prétend que les maisons de probalion sont contraires à l'écrit de l'Institut et aux constitutions \ que les contemplations ^t , les retraites auxquelles on les applique seraient avantageusement remplacées par une vie active et dévouée aux actes de charité. Quant aux études, il s'exprime ainsi ' :

Je crois et je tiens pour certain qu'une des principales sour^ ces du mal, dans la Compagnie, est qu'elle s'est chargée d'enseigner les hiunanités. Si le monde savait bien le préjudice gui ein provient, je ne fais nul doute qu*on nous ôiàt par arrêt public les écoles, comme on en a déjà parlé. Comme les collèges sou^t grandement multipliés, on ne peut fournir à tous. Four obvier à cela, on a créé, dans la Compagnie, des séminaires d'humanités; mais je ne sais si cela peut réussir, à cause que les étudiants s o<>cupent fort légèrement en ceci, jetant d'ordinaire leurs yeux sur les charges de prédicateurs, et s'adonnant, à cet effet, aux études de théologie scholastique. Les études plus relevées se Iraitent avec plus de soin, combien que le mombre de ceux qui s* y avancent soit petit, eu égard à tant de bons esprits, qui entrent dans la Compas gnie. d

Après avoir parlé ' des frères coadjuteurs, Mariana s'occupe de^ biens temporels *. Ce qu'il dit de l'administration et des entreprises agricoles de ses confrères est fort curieux et mérite de fixer l'aW

1 Mariana, de Defectibus Societatis, c. 5. « JMif., c. d.

> /MA, e. 7.

» IMd., c. 8 et 9.

108 HiffroïKi

fention de ceux qui nient, sans examen, les reproches adressés à Tesprit industriel de la Société des Jésuites.

Au chapitre dixième, Mariana abandonne ces détails pour aller à la source même des désordres de la Compagnie, qu'il trouve dans la nature de son gouvernement monarchique. « La monarchie, dit-il, nous met par terre. C^est un furieux sanglier qui ravage tout par où il passe, o Par monarchie, Mariana entend Tabsolutisme, car il se déclare pour la monarchie tempérée, dirigée par de bonnes lois et par le conseil des hommes capables. Après avoir indiqué la source du mal, il énumère les abus qui en découlent :

c S'il y a des lois, dit-il S elles ne sont point observées et chacun les interprète à sa fantaisie. Ces lois ne sont pas pour tous. / n'y a aucun châtiment pour celui qui a failli, en suivant son opinion, et a changé ce qu'il a trouvé établi. Je ne vis jamais châtier personne pour ce sujet. On n'élève point aux charges ceux qui en sont dignes, comme on le devroii, mais éks gens de peu de valeur. Bs disent que c'est pour les'avoir à leur disposition et être certains de l'exécution de leurs ordres quels qu'ils soient. Il ny a personne dont ils se donnent plus de garde que des gens qui excellent auékssus des autres^ et ils font toui ce qu'ils peuvent pour lesra^ baisser. Quelqu'un a dit : Hœcvox tyranni est : quicquid excelsum est, regno cedat \ C'est une chose déplorable, qu'on ne puisse soulever une question de réforme sans s'attirer des menaces. »

Le chapitre douzième est consacré à la justice, qui était profondément blessée dans le gouvernement de la Compagnie. Au chapitre treizième , Mariana s'élève contre les syndications, informa* tions secrètes ou délations, adressées au Général par les Jésuites^ les uns contre les autres. Toutes ces syndications étaient renfermées dans les archives de la maison de Rome, a J'ose assurer, dit Mariana, que si les archives de notre maison de Rome étoient épluchées, t7 ne se trouveroit aucun honnête homme parmi nous sur^ tout qui sommes éloignes et inconnus personnellement au Général. Si nous ne sommes pas des ânes, il faudra de toute nécessité que ces dangereuses archives soient brûlées. Elles ne sont qu'une ««ource de perplexités pour un grand nombre de gens de bien, dont la réputation est compromise. U n'y a nulle remède contre le coup

Mariana, de Defeetibus Sodetatis, c. 11.

* Cette parole est 4*«o tyran : Que tout oe qui Mt ékwé oèdt W pis à etlnl qui règne.

DB l'AgLISB DK FRANCE. 10

d'un sycophante ou détracteur. Il est juste et raisonnable que la délation soit bannie^ autant que possible, de notre gouvernement.

p La récompense * et le châtiment sont les deux nerfs de toute communauté. Je dis premièrement que je ne connois aucune communauté où la vertu soii moins récompensée qu'en la noire. Il n*y a aucune récompense pour V homme de lettre; on lui préfère mime T ignorant y sous prétexte que les savants ne réussissent pas dans h maniement des affaires. De là il arrive que notre Compagnie fournit bien peu d'hommes savants et lettrés, a

Quant aux châtiments, voici ce qu en dit Mariana :

« Que parmi nous il se trouve un homme hardi, il pourra faire ce qu'il voudra sans qu*il lui arrive rien. Je laisse de côté les délits fort graves^ dont on pourrait faire un dénombrement considéra^ ble. On les cache, on les dissimule, sous prétexte qu'il n'y a pas de preuve suffisaute, ou bien pour empêcher quon en fasse du bruit et qu'on en parle dans le monde. Il semble que l'unique but de notre gouvernement est de couvrir les fautes, de les enterrer, comme s'il pouvoit y avoir un feu qui ne produise pas de fumée. Les supérieurs n'exercent leur sévérité et leur rigueur que contre de pauvres misérables qui n'ont ni force ni appui. Les exemples ne manquent pas. Les supérieurs peuvent commettre de grandes fautes, sans qu'on touche seulement à leur robe. Un Provincial ou un recteur fera des choses défendues, persécutera ses subordonnés^ violera les règles et constitutions, bâtira, démolira sans raison ni prudence, dissipera les biens, les donnera à ses parents, on ne lui infligera d'autre châtiment que de lui ôter sa charge, au bout de quelques années ; et encore est-ce le plus souvent pour améliorer sa position. Pourroit-on citer un seul supérieur qui ait été châtié pour de tels actes? Pour moi, je n'en connois point.

j» Je suis d'avis que ceux qui se conduisent en enfants soient chéris comme des enfants, mais que l'on use de rigueur envers tout ceux qui ne se comportent pas ainsi. Pour cela, il faudroit d'abord que les supérieurs ne fussent pas gens sans capacité, mais hommes de mérite, énergiques et dignes de respect. C'est une chose déplorable de voir que, pour des fautes légères, les bons soient persécutés et même MIS A MORT, tandis que les méchants sont pardonnes, c'est que ces derniers se font craindre, tandis qu'on est certain que les autres n'opposeront aucune résistance et ne diront rien. On

^ Martaaa, de Defeclibus Soeietatis, e. 14.

HO RISTOIBB

paurroit apporter de ces châtiments non mérites des exemples la" mmtables. d

Dans les derniers chapitres de son livre^ Mariana dénonce les abus qui se commettaient dans les Congrégations générales *, lear assemblées provinciales^ Télection des supérieurs, la multiplicité des lois que Ton faisait chaque jour, les professions, et dans toutes les affaires extérieures dont les Jésuites se mêlaient beaucoup trop.

Dans sa conclusion, Mariana indique plusieurs autres abus sur lesquels il aurait pu s'étendre davantage, comme la pauvreté^ si peu pratiquée par les profès, les dépenses énormes faites par les Pères, les dons considérables qu'ils envoient à Rome. Il proleste qu'en écrivant son livre, il n'a été inspiré que par le désir de voîi* sa Société accomplir la haute mission à laquelle elle était destinée. C'est l'unique motif q^ii lui a fait indiquer les réformes nécessaires.

« Je supplie Notre-iSeigneur, dit-il en finissant, de mettre la main à cette œuvre ; autrement, je liens pour très difiicile de remédier à tout. Quiconque lira ce livre devra être persuadé que, si je me suis trompé, mes intentions ont été bonnes, et que mon affection pour la Compagnie est plus grande qu'il ne pourroit se l'imaginer. Cette affection seule m'a fait passer par dessus les criailleries que se permettront contre moi ceux qui ne seront pas de mon avis. Sf

Ces extraits en disent assez, et nous pouvons nous abstenir de toute réflexion.

< On peut voir, au tome m du Mercure Jésuite, éâîu 1030, on grand noiiH bre de suppliques des diverses provinces de la Société au pape, où les abus sigaalés dans le gouvernement central de la Compagnie sont dairement indiqués.

DB L'iGlifSS OR FRANCE. Itl

Le Clergé de Béarn réintégré dans la possession des biens ee^ésiastfques. — HéccmtBDtemeBt des Protestants. -^ Guerre « siégea de Saint-Jean- d'Angeiy. da Montpellier. — Éditde PaciDcalion. — Nouvelle guerro. — Richelieu et les Protestants. — Nouvel Édit do Pacifloation. — PolftlQuo de Ricticlieu blâmée par certains catholiques. — Libelles des Jésuites contre lui.— Condamnation de OM libellée par lo Parlement, la Sorbonne et rassemblée du Clcr^'é de France. — Assemblée du Clergé. — Question des Privilèges des Réguliers. — Luttes des Moines et det) Jésuites en particulier contre l'épiscopat. -^ AITaires des Jésaitei i Poitiers, à Angouléme, à Tournon, à Pontoise, à iroyes. — Décision de l'assemblée de 16^ contre les Jésuites. — Règlement de cette assemblée contre les religieux prétendus exempts. — Discussions « propos de la censure des libelles des Jésuites contre Richelieu. — Condamnation d'un livre du P. Santarelli par le Parlement. — Les Jésuiles au Parlement. — Le livre du P. Santiirelli censuré par la Sorbonne. — La Somme théologique du P. Carasse censurée par la Sorbonne. — Discussions sur la censure de Santarelli. — Richer, suite de son histoire. — Ses ouvrages, dernières persécutions qu'il a supportées, sa mort. — Nouvelle guerre faite aux Protestants. — Siège et prise de La Rochelle. — J<mmée des Dttpes, absolutisme de Ricbelleo.

ApKits avoir esquissé ce tableau des institutions ecclésiastiques oo monastiques au commencement du xtii.® sièle^ nous devons reprendre le cours de l'histoire où nous l'avions laissé.

Sur les instances réitérées du clergé, Louis XIII avait décidé, le Î5 juin 1617, que tous les biens ecclésiastiques du Béam seraient restitués aux bénéficiers catholiques. Les Protestants * reprardèrertf cette mesure comme un coup mortel porté à leur Église* Us se réunirent, en 1618, à Orthez et déclarèrent qu'ils aimeraient mieux périr que de consentir à une telle mesure. Ils envoyèrent à la Cour un député pour faire des remontrances. Le roi n*y eut aucun égard, et, par un édit rendu en septembre 1617, il ordonna que les ecclésiastiques du Béam rentreraient dans la possession pleine et entière de leurs biens, à dater du 2 février 1618. On publia bien, le mém^ jour, redit de remplacement, par lequel on accordait sur le domaine royal l'équivalent du revenu des biens ecclésiastiques dont jouissaient les ministres protestants ; mais U était facile de comprendre que,,

^ If ereare françois ; Mémoires de Riehelien, liv. 9 et sniv. pim. ; Bernard/ Hist de Louis XIII; Benoit, Hist. derÉdU de Nantes.

112 BitTotas

en dotant ces ministres, la Cour voulait les avoir à sa disposition, et avec eux tout le parti. Aussi les Protestants s'opposèrent-ils ouvertement à Texécution des édits. Ils se réunirent malgré la défense expresse du roi, prirent des mesures pour résister les armes à la main, et maltraitèrent un commissaire qui leur avait été envoyé par la Cour. Leur résistance fut si opiniâtre, que les édits ne purent être mis à exécution qu'en 1620, lorsque le roi lui-même se rendit en Béarn.

Ce voyage causa de grands troubles parmi les Protestants. Ils s'assemblèrent en plusieurs lieux et indiquèrent une assemblée générale à La Rochelle, pour le 24 décembre 1620. En même temps, ils prirent les armes en Vivarais, en Béarn et en Languedoc. La Force, gouverneur de Béarn, et Châtillon étaient leurs principaux chefs. L'assemblée de La Rochelle délibéra sur les moyens de seconder cette prise d'armes et d'organiser une forte résistance dans toutes les provinces. Elle divisa la France en différents cercles, qui formaient entre eux comme une république fédérative, et à la tète desquels elle plaça les ducs de Bouillon, de La Trémoille, de Rohan, Lesdlguières, Soubise, le duc et le marquis de La Force et le marquis de Ch&tillon. L'assemblée s'attribuait à elle-même la direction générale des affaires, et elle fit faire un sceau pour sceller ses commissions et ordonnances. On y voyait un ange appuyé sur une croix et qui élevait vers le ciel le livre des saintes Ecritures. Sur l'exergue, était cette inscription : Pro Chrisio et Rege ^

Le roi expédia des commissions dans toutes les provinces pour lever des troupes, et, le 29 avril 1621, il partit de Fontainebleau dans le dessein de parcourir le Poitou, la Guyenne, la Saintonge et le Languedoc, et de s'emparer de toutes les places occupées par les Protestants.

Il se dirigea ver& Saumur *, dont il ôta le gouvernement à Duplessis-Momay, et il fit en personne le siège de Saint-Jean-d'Angely, où Soubise s'était renfermé avec une garnison de deux mille cinq cents hommes. Le cardinal de Guise, qui n'était que diacre et n'en avait pas moins le titre d'archevêque de Reims, servit à ce

^ Pour le Christ et pour le Roi. Il en est qui prétendent que sur ce sceau on lisait : Pro Christo et pro grege, pour le Christ et pour son troupeau.

* Vie de Duplessis-Moma^r, liv. 4; Mémoires de Richelieu, liv. 13 et 13 ; lienure françois, ann. 1021; Bernard, Histoire de Louis XIII; Mémoires de Fontenai-Mareu.i, de Brienne, de Basaompierre, de Rohan, de Fontis.

DE l'&glmb db fiance. 1|3

fèbgt en qualité de volontaire ; il y tomba malade^ et mourut à Saintes. Quelques années auparavant^ on avait été obligé d'enfermer ce cardinal à la Bastille^ puis à Yincennes^ pour l'empêcher de se baftre en duel avec le duc de Nevers. Soubise et ses troupes se rendirent au roi^ qui fit abattre les murailles de Saint-Jean-^d'Angely, et dépouilla cette ville de ses privilèges. Louis^ après avoir pris QéraCy mit le siège devant Montauban. Les ducs de Mayenne et de Montmorency avaient, en même temps, des succès dans le comté d'Armagnac et dans le Languedoc \ le duc d'Épemon bloquait La Rochelle du côté de la terre. Montauban se défendit avec tant de courage, que le roi fut obligé d'en lever honteusement le siège.

Ce succès donna aux Protestants une nouvelle énergie. En Dauphiné, Montbrun parcourut tout le pays, pillant les châteaux et les églises des catholiques. Soubise ravageait le bas Poitou. En 1622, le roi marcha contre lui, le chassa du Poitou çt pénétra en Guyenne, où il prit quelques petites places. Pendant ce temps-là, une armée de Protestants allemands entrait en Champagne, sous la conduite de Mansfeld. On entama avec lui des négociations, pendant lesquelles ses soldats commencèrent à se débander. Craignant d'avoir bientôt une armée française sur les bras et d'être abandonné des siens, Mansfeld quitta la France, et entra sur les possessions espagnoles des Pays-Bas, où Gonzalès de Cordoue remporta sur lui plusieurs avantagée. Après scvoir parcouru la Guyenne, le roi se dirigea sur Montpellier, dont il forma le siège. Les habitants se défendirent avec intrépidité, et auraient peut-être eu le même succès que ceux de Montauban, si Rohan n'avait pas jugé à propos de traiter avec le roi.

La paix fut conclue le 19 octobre 1622. Amnistie générale fut accordée, et on confirma de nouveau Tédit de Nantes. La Rochelle, qui était bloquée par terre depuis le commencement de la guerre, fut comprise dans le traité. Après cette paix, le roi traversa le Languedoc et se rendit à Lyon.

a Quoique l'on eût fait la paix avec les Huguenots, dit un historien jésuite S la Cour tenoit avec eux une conduite qui n'étoit propre qu*à rallumer la guerre. On ne faisoit aucune difficulté de leur promettre tout ce qu'ils désiroient pour les apaiser \ on leur donnoit, même par écrit, des ordres conformes à leurs demandes, et

* GoDtinuatioii de rHistoira du P. DanieU par le ?• Griffet, règne de Loai9 XIII, ann. 1623.

114 HISTOIBB

on envoyoit ensuite des ordres contraires aux commandants et aux gouverneurs dont ils se plaignoient. » On ne tint point les promesses que l'on avait faites aux habitants de Montpellier et de La Rochelle. Le roi, étant allé en Dauphiné, ôta partout les gouverneurs protestants, pour mettre à leur place des catholiques. Rohan, qui était en quelque sorte garant du traité à l'égard de ses co-rcligionnaires, parcourut les diverses provinces pour détruire les fortifications nouvelles, comme on l'avait stipulé, mais il rencontra des obstacles h sa mission dans plusieurs villes qui n'avaient pas confiance en la Cour, et dans la Cour elle-même, qui ne \oulait pas respecter ses engagements.

Rohan * recommença donc la guerre en Languedoc. ( I o25) Le maréchal de Thémines et d'Épemon marchèrent contre lui. Soubîse, avec le titre d'amiral des Églises protestantes, ctaitmaître de la mer, tandis que Rohan, son frère, luttait sur terre contre les troupes du roL Les Hollandais fournirent des vaisseaux contre leurs co-religionnaires de France. Les deux flottes se canonnèrent d'abord sans se faire beaucoup de mal, tandis que la Cour et les chefs prolestants négociaient de nouveau pour la paix. Les Protestants furent battus ensuite devant l'île de Ré, par Montmorency et Toiras, qui commandaient la flotte du roi.

Ce fut alors que Richelieu devint tout puissant sur l'esprit de Louis XIIL Tandis que ce ministre lui inspir^itla haine la plus vive contre les Protestants de France, il prenait le parti de ceux du pays des Grisons contre la maison d'Autriche, qui leur avait enlevé la YalteKne. Richelieu * reprit contre les Hispano-Autrichiens la politique de Henri IV, abandonnée sous la régence de Marie de Médicis. Urbain VHI, qui venait de succéder à Grégoire XV sur le Saint^iége, envoya un légat en France pour engager la Cour, au nom de la religion, à ne pas soutenir les Protestants contre une puissance catholique ; mais Richelieu rendit inutiles les négocia* tiens du pape, et, dans l'assemblée des notables, tenue à Fontainebleau le iè septembre 1625, le cardinal de Sourdis osa seul se déclarer contre la politique du ministre tout-puissant. Les autres membres èe déclarèrent contre la maison hispano-autrichiemie.

1 Mercure franopis ; M<^moires de Ilichclieu, liv. 16; Mémoires de Rohan ; B^rott, liist. derÉditdcNan'.es; Bernard, llist. de Louis XIII.

* ^\éïaoiTeB ds Richtlien, liv. Id «1 10; Aubery, Hisl. du eard. d« Rrâhelicu ; Le Clerc, Vie de Richelieu.

DE L*£gLISC DB FRANCK. 115

et plusieurs accusèrent bautement le légat d'être vendu aux intérêts des ennemis de la France.

Richelieu comprît qiie, pour soutenir sa politique extérieure, il était nécessaire de suspendre ses projets contre les Protestants français. Ceux-ci avaient tenu à Millaud une assemblée générale dans laqueHe ils avaient décidé d'envoyer des députés à la Cour pour conclure de nouveau la paix. Ils arrivèrent à Saint-Germain le 21 novembre. Mainald porta la parole au nom de tous les Calvinistes de France, et fit un discours très respectueux. Le roi répondit qu'il était disposé à donner la paix à ses sujets protestants du Languedoc, mais non à ceux de La Rochelle. Les députés de Millaud présentèrent un mémoire sur la nécessité de comprendre dans le traité La Rochelle et Tamiral Soubise. Richelieu, pensant qu'il serait impossible de leur faire signer un traité sans admettre cette condition, et que la guerre recommencerait infailliblement, décida le roi à accorder la paix à tous les Protestants sans exception. Mais dans sa pensée, cette paix ne devait durer que jusqu'au moment où le gouvernement serait en état de les anéantir. « Je veux abattre entièrement le parti calviniste, disait-il au nonce Spada, mais avant de mettre ce dessein à exécution, je né puis me dispenser de scandaliser le monde encore une fois. » Les Catholiques, qui n'approuvaient pas la conduite de Richelieu, avaient en effet crié au scandale en voyant un cardinal s'unir aux Protestants du dehors', et ils devaient se scandaliser de nouveau de la paix qu'il voulait faire, pour un temps, avec ceux du dedans. Lorsque, le 5 février 1626, le traité fut signé, les cardinaux Richelieu et Larochefoucault sortirent du conseil, pour ne pas paraître donner un consentement positif à cette paix faite avec des hérétiques. Malgré cette précaution, le traité attira à Richelieu de sanglants reproches de la part d'une certaine classe de Catholiques, des émissaires d'Espace et de tous ceux qui étaient jaloux de sa fortune. On publia Contre lui des libelles itijurîeux, dans lesquels on rappelait le cardinal de La Rochelle, le patriarche des athées, le pontife des Calvinistes, Parmi ces libelles, deux surtout attirèrent l'attention de Richelieu. Le premier, intitulé ^cfmowj'/to ad regem^ éXaii attribué au Jésuite Eudemon-Jean *, et lautre, qui avait pour titre : Mfè^ leria Politica, avait pour auteur un autre Jésuite nommé KeHér.

*■ On rnttrihua nu.^si a:i P. Garasse.

tl6 HISTOIKK

Ces libelles furent imprimés en Italie ; a mais, dit Richelieu S pour déguiser le lieu d'où ils venoient, on les 6t premièrement distribuer en Flandre, les attribuant sous main à Boucher ", qui, par lettre qu'il écrivit à ses amis, s'en excusa. »

Richelieu dénonça ces deux libelles au Parlement, qui, le 30 octobre 1625, les condamna à être brûlés par la main du bourreau.

Le 2B novembre, Georges Froger, syndic de la Faculté de théologie *, requit que Ton procédât à la censure de ces mêmes libelles. « La Faculté, ayant nommé des députés pour les examiner et ouï leur rapport dans l'assemblée du 1.*'' décembre, les censura comme calomnieux, injurieux, séditieux, portant les sujets à la rébellion, contraires à lobéissance et au respect dû aux rois, contenant plusieurs choses contre la vraie et saine doctrine et tout à fait exécrables et détestables. »

L'assemblée du clergé, qui se tenait alors à Paris, fut fort agitée à l'occasion de ces mêmes libelles, comme nous le verrons après avoir fait connaître une autre question importante dont elle s'occupa, celle de la juridiction des réguliers ou moines privilégiés.

Pendant le cours du xvu.* siècle, cette question fit beaucoup de bruit. Avant le concile de Trente, les papes, pour les raisons que nous avons exposées ailleurs ^, avaient jugé à propos de donner aux moines des pouvoirs extraordinaires, et les considéraient comme une armée dont ils voulaient avoir le-commandement immédiat, et ils avaient pensé, à cause du triste état où se trouvait le clergé séculier, que cette armée devait combattre contre les erreurs et les vices, sans avoir besoin d'obtenir l'autorisation des évêques. Les supérieurs des communautés monastiques devaient seulement présenter aux Ordinaires les sujets qu'ils voulaient employer au ministère ecclésiastique, et Boniface VIII avait décidé que, si les religieux présentés par leur supérieur à l'évêque diocésain n'étaient pas approuvés par lui, ils n'en exerceraient pas moins les fonctions ecclésiastiques, le pape les approuvant immédiatement par luimême '. Benoit X n'obligea les supérieurs qu'à présenter leurs

de Richelieu, liv. 16.

• Fameux prédicateur de la Ligue, doDt nous avons parlé au volume préeédent.

• EUies Du Pio, Hist. Ecd. du xvii.« siècle ; Mémoires de Richelieu, liv. 16 ; d*Avrign7, Mém. ohronolog., nnn. 1038.

^ F. le Coup-d'oiil général du nr.« volume.

• Gonstit. itiper Catkedram, int. Exirawig.

DE l'Aglisb ds fiancb. 117

ligienz en général sans demander l'approbation pour aucun en particulier ^ Ces constitutions pontificales ne furent pas acceptées par les évéques de France^ qui soutinrent vigoureusement les droits de leur juridiction diocésaine contre les moines. Le concile de Trente entra dans leurs vues et décida * que les moines n'entendraient les confessions des séculiers qu'après avoir obtenu l'autorisation de l'évéque diocésain et avoir été examinés par lui^ s'il le jugeait à propos.

Cette décision ne mit pas fin à la lutte. En France^ les religieux privilégiés prétendirent que^ le concile de Trente n'étant pas reçu officiellement en France^ les anciennes constitutions pontificales devaient être observées; mais les évéques^ qui n'avaient jamais reconnu à ces constitutions la valeur qu'on voulait leur attribuer^ et qui avaient^ de plus, en leur'faveur, sinon le décret légalement promulgué du concile de Trente, au moins l'opinion formelle de cette assemblée, opposèrent en toute circonstance la plus énergique résistance aux prétentions des moines.

Les Jésuites, surtout, se posaient en antagonistes des évéques. Leurs luttes avaient enfanté en plusieurs diocèses des scandales dont nous devons parler, afin de faire comprendre la conduite que tint le clergé de France en cette occasion.

Au commencement du carême de l'an I62SO, le père Anastase, Capucin, prêchant à Poitiers', dans l'église de Saint-Porchaire, s'é» leva contre la négligence des fidèles qui n'assistaient pas à la messe paroissiale, et cita un décret du dernier concile de Bordeaux, qui ordonnait d'y assister au moins un dimanche sur trois. Les Jésuites se mirent à prêcher une doctrine contraire, et agitèrent dans leurs classes la question de l'obligation de la messe paroissiale, qu'ils résolurent négativement. Selon eux, les fidèles qui assistaient le dimanche à la messe dans l'église des Jésuites ou dans celle des autres religieux privilégiés, étaient dispensés de l'obligation imposée par le concile de Bordeaux, et ils jetèrent dans le chœur de l'Eglise des Capucins une thèse dans laquelle cette doctrine était soutenue.

1 Onstit. inier Cunclas, int. Extravag.

* CoDC Trident., sess. 23, c. 15.

* F. les pièces relatives à cette affaire dans le Mercure Jésuite, t. i; Annales de la Soeiélé des Jé$mle$, 1. 11 ; CArdara,Hist. Société ies., iiars sexta, ann. 1020. Ce dernier auteur cherche à atténuer autant qu*tl peut les torts de ses confrères ; mais il avoue tous les faits que nous rapportons, d*aprè8 les pièces officielles insérées dans les deux recueils cités plus haut.

118 HISTOUB

L'évéque de Poilier^^ Louis Castagnier çle la Hocbepo^^y, averti du désordre qui avait lieu, manda les Jésuites et les menaça de re^ courir à son autorité contre eux s'ils ne gardaient pas le silence touchant la question qu'on avait soulevée, lis n'en continuèrent pas moins à soutenir publiquement leur opinion. L'évéque ût alors aÔicher le décret du concile de Bordeaux, avec défense à toutes personnes de rien attenter au contraire. Les Jésuites, alors, se déchaînèrent et contre le Concile de Bordeaux dont les membres, disaient-ils, ne méritaient aucune considération, et contre Tévéque lui-même, ce qui obligea ce dernier à sévir contre eux et à leur interdire la prédication et la confession dans son diocèse.

Les Jésuites n'en prêchèrent pas moins, et un d'entre eux, le dimanche des Rameaux, fit un sermon, dans lequel il disait :

a Que le Saint-Esprit lui avoit suggéré une interprétation sur l'Évangile du jour, admirable, pour raccommo4er aux affairf» présentes, et qu'il ne vouloit point étouffer cette révélation, qui étoit : que Notre-Seigneur, entrant en Jérusalem, étoit précédé par aucups, suivi par d'autres, et côtoyé des deux parts par d'autres ; que ceux qui le précédoient étoientles évéques et prélats, qui tournent le dos à Dieu j que ceux qui le suivoient étoieut les peuples ignorants, auxquels Dieu tourne le dos ; que ceux qui étoient d'un côté, s'amusant à couper des branches et rameaux d'arbres étoient les religieux inutiles, qui ne regardoient point Dieu et ne sont point vus de lui ; mais que ceux qui étoient de l'autre côté désignoient les Pères imtructifs et œntemplatifs (c'est-à-dire les Jésuites) q\ii seuls voyoient Dieu et étoient vus de lui, et le portoient cqmme dans leurs bras. »

Le jour de Pâques, Tévéque lui-même moQta en chaire, et dénonça les Jésuites comme des perturbateurs de toute police séculière et ecclésiastique. Ce fut ^en vain que ces religieux menacèrent l'évéque de la colère du pape et du P. Arnoux ^ Le peuple de Poitiers se déclara pour son pasteur. Les Jésuites, qui avaient coQipté sur lui, jugèrent alors qu'il était prudent de mettre fin à leur opposition. En conséquence, ils se rendirent, le mardi de Pâques, au palais épiscopal, et se mirent à genoux devant l'évéque, qui les reçut revêtu de ses insignes pontificaux. Ils furent obligés de rétracter publiquement, en chaire et dans leurs classes, la doctrine qu'ils avaient soutenue touchant la messe paroissiale, et ils ne

1 (x* J(f6uUe était confesseur du roi.

DE LiOU»B DB FRANCE. 119

fiireot même relevés de rinterdit lanoé coatre eux qu'après avoir adhéré à la dissolution d'une Coagrégation dont le siég« était dans leur maison* Cette Ck)ttgrégationj ou association de Notre-Uain«, avait été établie (>ar eux sans autorisation de rOrdi^aire^ et Tévéque prétendait que Ton s'y occupait plus de politique que de piété. Avant de lever son interdit, il força les Jésuites à consentir à sa dissolution , puis il la rétablit de sa propre autorité, avec cette clause, qu'on n'y admettrait aucun membre sans son autorisation, et qu'il aurait droit de recevoii* les vœux des congréganistes.

A Angouléme, les Jésuites s'attirèrent non-seulement le reproche d'usurpation sur la juridiction épiscopale, mais encore d^usurpation de prébende préceptoriale et de contrat simoniaque ^

Le 11 juin 16^, le P. Coton, en qualité de Provincial en la province de Guyenne, fit un contrat avec le maire d'Angouléme, dans lequel il était stipulé que les Jésuites auraient tout droit à'u^ niversité en cette ville, sans qu'aucun pût y ériger école ou classe, ni instruire publiquement sans leur exprès consentement; le P. Coton s'engageait à fournir à la ville dix religieux de la Compagnie de Jésus pour tenir le collège, et le maire lui cédait les maisons et dépendances du collège, les droits qui en dépendaient, quatre mille livres tournois pour les réparations, le mobilier dudit collège, et dix-huit cents livres tournois de rente pour lentretien des Pères. Dans le cas où le collège prospérerait, et que, par l'industrie des Pères, s'enrichirait soit par union de bénéfices, soit autrement, le Provincial s'engageait à fournir à la ville un plus grand nombre de religieux ; et il était stipulé que les sommes allouées à l'entretien des maîtres seraient amorties par l'union de quelques bénéfices au collège.

II était dit expressément dans ce contrat que des lettres-patentes du roi avaient été accordées pour le conclure, aux instances du duc d'Épernon, gouverneur de Guyenne, et que l'évêque d'Angoulême avait doniié son consentement à l'établissement des Jésuites dans sa ville èpiscopale. Cependant, le 12 septembre de la même année, l'évoque d'Angoulême dressa contre cet établissement un procèsverbal dans lequel il s'exprimait ainsi :

a Antoine de La Rochefoucault, par la grâce de Dieu et du Saint- Siège apostolique, évéque d'Angoulême, sçavoîr faisons que les

1 F. les pièces relatives à celte affaire dans le M^cure Jésuite et d<ias les Annales des JésuUes; Mercure françois, t. xii.

lâO HI8T01IK

Pères Jésuites ayent eu rintention d'établir une maison et collège en cette TÎUe pour y exercer leurs fonctions ordinaires^ et que, sans en parler comme il appartenoit, à nous ne à notre grand vicaire en notre absence, ne à messieurs du chapître, corps et communautés de ladite ville, ils eussent contracté avec Monsieur le maire, duquel ils auroient pris l'autorité de rétablir et ingérer aux fonctions dudit collège, dont notre grand vicaire auroit été contraint faire des plaintes tant au P. Coton, qui auroit passé ledit contrat qu'au P. Corlieu, audit sieur maire et à aucuns des habitants qui étoient de cette opinion, auxquels il auroit remontré qu'il appartenoit à nous et à notre dignité épiscopale de traiter et ordonner dudit établissement qui ne se pouvoit autrement faire, suivant les conciles, les lois du royaume, protestant d'abus et d'entreprise et des grands scandales ou divisions que lesdits Pères apporteroient en cette dite ville par faute de mission et vocation juridique, b

Dans un discours publié par les Jésuites contre l'évéque d'Angouléme, ces religieux protestent qu'ils avaient accompli toutes les formalités voulues. Il y a tout lieu de croire qu'ils avaient quelques partisans dans le chapitre comme parmi les notables de la ville, et qu'ils avaient rempli certaines formalités d'une manière qui n'était pas à l'abri de protestation légitime.

L'évéque d'Ângouléme raconte ensuite dans son procès- verbal qu'il se transporta le 12 septembre au collège, qu'il remarqua des travaux commencés sur des terrains qui lui appartenaient, et qu'il avait signifié au P. Corlieu qu'ils érigeaient un collège et une église de leur propre autorité, ce qui était contraire à l'ordre et police ecclésiastiques.

Deux jours après, l'évéque d'Angouléme publia un second procès-verbal, dans lequel il disait n'avoir aucune connaissance du contrat dont lui avait parlé le P. Corlieu lors de sa visite au collège; que les Jésuites avaient tenu ce contrat secret, parce qu'ils s'y attribuaient plusieurs droits et avantages au préjudice du clergé; que le' P. Corlieu avait répondu aux ordres qu'il lui avait intimés de sortir, en excitant une émeute populaire.

Les Jésuites prétendirent ^ au contraire qu'ils avaient obtempéré aux ordres; qu'ils avaient supplié le maire et les habitants de les

1 V. leur IHicofwrê oontre réfâqoe d'Angoolémei dans les recueils dtés plus haut.

DE L*iCLISB DE FIAKCB. 121

laitBer sortir de la ville; qu'ils avaient cherché à s'évader, mais qu'on leur avait fait violence pour les ramener au maire^ lequel les aurait sommés de tenir le contrat signé par le P. Coton.

Le 24 septembre, Févéque d'Angouléme publia un décret dans lequel il ne considérait que comme dérisoires les efforts qu'auraient faits les Jésuites pour obéir à ses ordres. Il y prétend que ces religieux n'ont pas reçu le droit d'enseigner de l'autorité légitime, et que les lois de l'Église et du royaume avaient été violées par eux. Il rapporte que le P. Corlieu lui avait bien offert de se retirer, mais en protestant qu'il craignait d'exciter, en sor* tant de la ville, une émeute contre l'évéque ; que le P. Garasse le pria d'accorder un délai de quelques jours pour lui donner le temps de demander l'avis des Jésuites de Bordeaux, qui auraient plus d'empire que lui sur le P. Corlieu ; que le P. Gourdon était venu de Bordeaux et lui avait apporté des lettres des Pères Suffren et Espaulart, qui lui faisaient espérer obéissance et satisfaction ; que le P. Gourdon lui avait fait la même promesse et lui avait dit qu'il était venu exprès de Bordeaux. On arrêta que, le 23 septembre, le P. Gourdon se rendrait à l'évéché pour faire satisfaction; il ne s'y rendit pas, malgré deux sommations qui lui furent envoyées, et l'évéque reçut, au lieu de sa visite et de son obéissance, deux actes d'appel, l'un du P. Corlieu, et l'autre du maire au cardinal de Sourdis, archevêque de Bordeaux et primat de l'évéque d'Angoulême. Cet évéque, indigné de la conduite des Jésuites, les somma de sortir sous peine d'être interdits a divinii. Le lendemain, il conféra la prébende préceptoriale dont ils avaient voulu s'emparer à maître René Festiveau, prêtre gradué en théologie, qui fut chargé de donner des leçons publiques à la jeunesse de la ville et des faubourgs.

Les Jésuites, redoutant l'interdit, avaient d'avance porté leur cause devant le cardinal de Sourdis, qui l'avait évoquée par une ordonnance datée du 8 septembre. L'évéque d'Angoulême n'avait tenu aucun compte d'un acte illégal qui ne tendait qu'à lui ôter le jugement d'une cause dont il lui appartenait de connaître en premier ressort. Lorsqu'il eut lancé sa sentence, les Jésuites en appelèrent de nouveau au cardinal de Sourdis, qui reçut leur appel et qui rendit contre eux une ordonnance le 8 décembre 1622. Après avoir entendu les Pères Jésuites, le maire et les échevins d'Angoulême, le cardinal de Sourdis déclara l'établissement des Jésuites à Angouléme nul et de nul effet et valeur y eauf à iux de m pour-

122 HlSTOItE

voir poT'devant Mon$ieur i'évéque par requéie, aux fim d'y é$rê éiabiis, comme il appartiendra par raieon.

Conformément à cette sentence, les Jésuites adressèrent à l'é^ véque une requête, à laquelle celui-ci répondit par une ordonnance en date du 10 décembre, portant permission aux Jésuites de venir en la ville d'Angouléme y ériger un collège pour y faire leurs exercices accoutumés, à la charge qu'ils ne pourraient précherj confesser ni faire autres fonctions spirituelles sans son autorité et permission expresse.

Cette autorisation ne donnait aux Jésuites ni la prébende préceptoriale qui leur avait été accordée par le maire, ni le droit d*université, c'est-à-dire le droit exclusif d'enseigner.

Le maire, soutenu des Jésuites, voulut maintenir le contrat qu'il avait fait avec le P. Coton ; mais l'évéque porta cette cause pardevant le Parlement de Paris, qui cita, le 20 septembre 1624, le P. Guerrit, recteur du collège d'Angouléme, à comparaître pour y répondre sur l'appel interjeté par l'évéque. Le P. Guerrit présenta requête, le 17 décembre de la même année^ à fin d évocation du Parlement de Paris et renvoi de $a cauee au grand conseil. Le Conseil reçut la requête.

Le' 18 août 16à5, l'Université de Paris présenta au grand conaeil une requête pour être reçue à intervenir dans la cause, et à s'opposer au contrat fait par le maire d'Angouléme et le P. Coton. Le 30 du même mois, vingt-quatre docteurs de la Faculté de tbéologiei parmi lesquels était Duval lui-même, signèrent une consultation dans laquelle était déclaré illicite, vicieux et nul un contrat dans lequel il était stipulé qu'une somme allouée à Tenlretien des régenta d'un collège serait amortie par une union de bénéfices de pareil revenu ; en effet, c'était faire des bénéfices ecclésiastiques un usage simoniaque. Le 11 septembre, le syndic des Jésuites d'Angouléme présenta au grand conseil une requête par laquelle ces religieux déclaraient qu'ils n'avaient jamais entendu former ni gouverner runicersilé d'Angouléme^ ni contrevenir à l'autotilé du recteur.

C était abandonner le» privilèges stipulés dans leur contrat. Le 17 septembre, le grand conseil donna un arrêt par lequel le contrat des Jésuites avec le maire d'Angouléme fut déclaré nul et résolu^

Les Jésuites tinrent fort peu de compte de cet arrêt du grand conseil et des ordonnances épiscopales. Ils continuèrent à avoir les mêmes idées d*indépendance et prétendirent que leurs privilèges les mettaient au-dessus des édits des rois, et même de la dimplme

DB L'iCLISB DB FBÂNCB. 123

do concile de Trente^ qui soumettait les religieux à la juridiction épiacopale pour tout ce qui concernait le ministère et les {iflaires ecclésiastiques. Ils bâtirent en conséquence une église et y érigèrent des autels sans l'autorisation épiscopale, et méprisèrent les avertissements qui leur furent donnés officiellement de procéder d'une manière plus régulière. En conséquence, l'évéque d'Angouléme lança contre eux, le 12 février 1626, une sentence d'excommunication, avec défense de soutenir à l'avenir leur doctrine erronée et téméraire, touchant leurs prétendus privilèges.

L'ordonnance de l'évéque d'Angoulême est fortement motivée *. Il y prouve que les privilèges de la Société des Jésuites, quand bien même ils seraient aussi étendus qu'ils le prétendaient, avaient été modifiés par le concile de Trente; et qu'en France ils étaient nuls, puisque ces religieux n'avaient été reçus qu'à la condition, par eux acceptée, qu'ils se conformeraient au droit commun.

Ce qui s'était passé à Angouléme n'était qu'un faible indice des projets des Jésuites. Leur but était de détruire toutes les Universités existantes él de s'emparer de l'enseignement; ils s'étaient fait attribuer, le 22 octobre 1352, par Jules III, le pouvoir de conférer tous les degrés en faisant ériger leurs collèges en Universités; en 1561, Pie IV étendit encore ces privilèges, et, en 1571, Pie V excommunia les recteurs des Universités qui refuseraient de reconnaître la validité des grades conférés par eux aux écoliers de leurs collèges. Forts de ces bulles, les Jésuites ne tendaient qu'à fonder de toutes parts des maisons d'enseignement et à s'emparer de celles qui existaient. Ce qu'ils firent à Angouléme, ils l'avaient tenté précédemment à Toumon '.

Le cardinal de Tournon, qui s'était déclaré leur protecteur sous François I®' et Henri II, les avait établis dans ce village, et plusieurs lettres-patentes des rois Henri II, Henri IV et Louis XIII les confirmèrent dans la possession du collège de Tournon et de ses dépendances. Les Universités de Toulouse, de Valence et de Cahors formèrent opposition, parce que les Jésuites prétendaient avoir tout droit d'Université dans leur collège. Le 13 juillet 1623, le Parlement de Toulouse reçut l'appel des Universités contre les arrêts obtenus par les Jésuites et déclara nuls les grades qu'ils prétendaient conférer ; les Jésuites en appelèrent au conseil privé,

> On la trouve au t. ii des Annales des Jéêuitês.

* K. les pièces rektives à cette affaire» au t. u d(a Aimales des MtmUes.

124 nisToiBE

qui ne décida rien d'une manière définitlTe et ordonna qu'en atten* dant le jugement^ les choses demeureraient dans l'état où elles étaient avant l'arrêt du Parlement de Toulouse. Le 17 juin IGSt, l'Université de Paris présenta au Conseil royal une requête à fin d'intervention en la cause des Universités de Toulouse, Valence et Cahors contre les Jésuites ; en même temps, le recteur de l'Université de Valence présenta au roi et à son conseil une requête au nom de toutes les Universités de France contre les Jésuites. A cette requête était joint, sous le titre de Défenses, un Mémoire très solide que les Jésuites essayèrent en vain d'attaquer dans le recueil intitulé le Mercure François *. Leurs assertions furent vigoureusement rcpoussées dans un Avertissement sur les Défenses, et, le 2f7 septembre 1623, le conseil privé rendit un arrêt en faveur des Universités. La cause revint encore, en 1626, au conseil et au Parlement de Toulouse, qui confirmèrent le jugement rendu en 162i. A la même époque, les Jésuites travaillèrent à établir une Université à Pontoise*. Pendant la Ligue, ils avaient obtenu du duc de Mayenne des lettres-patentes pour établir une résidence en cette ville et y installer leurs novices ; en 1604, ils obtinrent de joindre quelques classes à leur noviciat. Cependant, jusqu'en 1614, ils ne purent s'y établir, parce qu'ils ne trouvèrent jusqu'alors personne qui voulût doter leur nouvelle fondation. Enfin, le cardinal de Joyeuse, s'étant laissé fléchir, obtint de Louis XIII des lettres-patentes qui autorisaient à fonder à Pontoise une succursale de la maison des Jésuites de Parts, connue sous le nom de collège de Clermont. L'année suivante il mit le nouvel établissement sur son testament. Les lettrespatentes de 1614 n'acordaient pas aux Jésuites le droit d'enseigner. En 1621, ils agirent si bien auprès de quelques habitants de Pontoise, que ceux-ci demandèrent et obtinrent pour eux le gouvernement de leur collège, avec tous les biens et revenus qui en dépendaient. On commençait à procéder à l'exécution de ce projet, lorsque, le 4 mai 1623, l'Université et la ville de Paris firent opposition et portèrent la cause au Parlement. Le conseil royal la retint, et, le 3 février 1624, il débouta les habitants de Pontoise de Ten- (érinenteni des lettres-patentes^ lesquelles, ajoute l'arrêt. Sa Itfajetté a révoquées et révoque, avec défense de s'en aider.

< Ifercure francoi?, t. x, p. 101.

• F. les pièces ofAoiellce ta U u des AnnaiêS ûu JésitêUê.

DB L'ÉOLIBB DB PIANGB. 125

Les Jésuites n'en continuèrent pas moins leurs tentatives pour s'emparer du collège de Pontoise, soutenus qu'ils étaient de quelques habitants.

Hs n'éprouvèrent nulle part plus de répulsion qu'à Troyes % où ils voulurent s^étaUir d'autorité^ malgré la population toute entière.

Dès qu'ils eurent obtenu l'édit qui les rétablissait en France, ils cherchèrent à s'emparer de cette ville au moyen de Breslé, un des aumôniers du roi, qui fut alors nommé évèque de Troyes. Le 28 février 1604, les habitants de cette ville furent fort étonnés de recevoir des lettres-patentes dans lesquelles le roi disait que : « voulant bien et favorablement traiter en tout ce qu'il lui sera possible ses chers et bons amis les manants et habitants de sa ville de Troyes, il leur permettoit d'établir chez eux un collège des Jésuites. A Dautruî, maire de la ville, ayant donné connaissance au conseil des magistrats municipaux des lettres du roi, ceux-ci réclamèrent et déclarèrent que la ville n'avait rien sollicité de semblable. Breslé ne se déconcerta pas, et, trois mois après, obtint du roi de nouvelles lettres avec cette clause : « Que Sa Majesté désiroit fort rétablissement des Jésuites dans Troyes, et qu'elle auroit à cela un singulier plaisir. »

Les secondes lettres n'ayant pas mieux réussi que les premières, survint un ordre de les mettre à exécution. On ne parlait plus alors de la supplique des habitants. On voulait leur imposer les Jésuites de vive force. Un Provincial et quelques Pères arrivent, visitent la ville pour y choisir le lieu le plus convenable pour s'établir, et disent nettement qu'ils y sont venus par exprès commandement de Sa Majesté. Après avoir bien considéré toutes choses, ils demandèrent : « Mille sept cents écus de rente annuelle, non compris deux mille écus une fois payés pour accroître le collège, outre une autre somme notable, tant pour fournir leur bibliothèque de livres que pour meubler leur maison, s Ces propositions irritèrent une partie des habitants ; les autres se contentèrent d'en rire et de prier les Jésuites de ne point compter sur l'argent de la ville pour s'y établir. Les Pères furent donc obligés de se retirer après avoir dressé des procès-verbaux de leur visite ; ils y insérèrent ce qu'ils voulurent, et en particulier qu*on leur avait fait de grandes offres. A peine Breslé fut-il installé évéque de Troyes, qu'il réunit tous

A V. tes JÂèce» offieielles de eette affaire au t. ii des Annales des Jésuites,

126 msTOiftfe

les Ordres de la tiile^ afin de leur communiquer des lettres dans lesquelles il était dit : tt Que le roi avait su que les habitante de Troyes continuaient toujours leur désir d'avoir un collège de Jésuites^ qu'il voulait qu'ils y fussent établis^ etc. » Après avoir communiqué ces lettres, révé(iue demanda seulement poui* les Pères deux mille livres de rente. Tous les assistants répondirent que la ville n'était pas en état de faire cette rente, et qu'elle ne pouvait rien donner. Les partisans des Jésuites essayèrent de tous les moyens pour faire les fonds nécessaires ; mais tous leurs efforts échouèrent contre l'antipathie des habitants, qui déclarèrent toujours que leur collège était bien tel qu'il était, et qu'on n'avait pas besoin des Jésuites pour le diriger. Tel est le résumé de ce qui se passa de 1603 à 161 1 . A cette époque, le principal du collège, nommé Jacques Nivelle, ex-Jésuite, annonça l'intention de se retirer. Il avait été gagné par ses anciens confrères, et il annonçait hautement que, par dévouement pour sa patrie, il céderait non-seulement sa charge en faveur des Jésuites, mais qu'il donnerait quatorze miDe francs pour leur établissement. Comme on connaissait, à Troyes, la sordide avarice du personnage, on disait que la somme qu'il promettait venait des Jésuites eux-mêmes qui, ne pouvant s'établir aux dépens de la ville^ se décidaient à y venir à leurs frais. Mais il fallait encore que les habitants consentissent à les recevoir et à ne pas donner de successeur à Jacques Nivelle. Pour leur inspirer ces dispositions, on dirigea sur Troyes le P. Bînet^ que l'on faisait passer pt)ur un grand prédicateur, et qui déclama avec violence contre les athées, libertins et catholiques à gros grains qui s'opposaient àrétablissementde la Société dans la ville. Le clergé séculier ne fut pas plus épargné que les simples fidèles, coupables du crime de ne pas aimer la Compagnie.

Les prédications du P. Binet produisirent un effet tout autre que celui auquel on s'était attendu. Le temps étant arrivé où il fallait élire un principal de collège, on donna l'exclusion aux Jésuites, et on nomma maître Abraham Drouot. L'èvêque,qui prèsidaiU'assemblée, outré de colère, leva la séance en disant que l'assemblée était remise, et qu'il n'y avait pas lieu de s'arrêter à la nomination de Drouot. Les députés se retirèrent indignés de la prétention de l'évéque. Celui-ci envoya sans retard, au roi, un procès-verbal àt i'assemLlèe, dressé par lui, et dans lequel on faisait entendre à la régente que les habitants demandaient les Jésuites pour instruire k jeunesse. Dès que le parti opposé eut appris cette supercherie, il dressa

DE L É6LIM DB PRANCB. 127

un procès-verbal contraire, et l'envoya à la Cour. Le courrier de Tévéque^ ({ui avait eu quelques jours d'avance, otytinf une lettre ob la régente se montrait favorable à rélablissement des Jésuites. L'évêque crut pouvoir alors user d'autorité, mais il excila une véritable émeute, ef tous les Ordres de la ville désavouèrent authentiquement ce que les partisans des Jésuites avaient fait, et envoyèrent des députés à la régente pour lui faire des remontrances. Le doyen de l'église cathédrale, qui portait la parole, remontra à la régente qu'on avait surpris sa religion quand on lui avait fait entendre que les habitants de Troyes désiraient les Jésuiles ; il protesta, au nom de tous les Ordres de la ville, qu'ils ne se sentaient aucune inclina-» tion pour un pareil établissement. La régente avoua qu'on lui avait en effet persuadé que la ville désirait les Jésuites, mais que, puis^ qu'il n'en était rien, son intention n'était pas de la forcer à les recevoir.

L'évéque, qui s'était dirigé en toute hâte vers Fontainebleau, oà était la Cour, y arriva à temps pour être témoin de l'entrevue de la régente et des députés. 11 s'eutendit avec le P. Cot«m, qui crut nécessaire d'aller lui-rnéme à Troycs pour relever le courage de» partisans de la Société, et leur faire entendra que son établissemeirt n'était qu'ajourné. La présence du P. Coton k Troyes inspira beaucoup d'audace aux partisans de la Compagnie ; mais ils trouvèrent leurs adversaires bien déterminés à leur résister, et Ton était sur le point de courir aux armes lorsque les citoyens paisibles eurent recours au gouverneur de la province. Ceiot-ci accourut eil toute hâte et pacifia les troubles. La régente le félicita de sa prudence dans une lettre où elle déclara que son intention n'avait jamais été d'imposer les Jésuites à la ville de Troyes. Le P. Coton quitta cette ville sans avoir obtenu d'autre succès qu'une émeute, et usa de son influence à la Cour pour soustraire à la justice ceux qui avaient fomenté le trouble.

L'évéque résista au vœu de la ville, chercha à intimider Drouot en le menaçant d'excommunication s'il acceptait la charge de principal du collège. Drouot répondit que l'appel comme d'abus était un remède contre les excommunications injustes. L'évéque échoua contre la détermination des habitants.

Les Jésuites firent de nouvelles tentatives pour s'établir à TroyetJ en 1622, en 1638, en 1684 et en 1688. Nivelle étant mort en 16^^ les Jésuites, ses héritiers, s'installèrent dans sa maison, et firent entendre à Louis XllI que les habitants les désiraient au collège.

1SE8 BItTOIftB

Leurs intrigues furent déjouées de nouveau^ et ils ne purent s'établir dans cette localité. L'évéque de Troyes^ se trouvait en opposition avec la plupart des évéques de France^ en soutenant la prétention des Jésuites sur renseignement, car ce n'était, chez ces religieux, qu'un mo jen de se soustraire à sa juridiction. La question de leurs empiétements fut portée à l'assemblée de 1625 par l'évéque de Comoualle ou Quimper, et par le curé de la Boussac, du diocèse de Dol.

L'évéque de Quimper * se plaignit d'avoir été forcé d'admettre ces religieux dans son diocèse, par suite d'un tumulte populaire qu'ils avaient excité ; il les accusait, en outre, d'avoir exercé les fonctions sacerdotales sans son approbation et malgré la défense formelle qu'il leur en avait faite, et d'avoir entrepris sur ses droits seigneuriaux, en s'emparant d'une partie de ses biens pour y bâtir leur coUége. Le Parlement de Rennes étant suspect, parce que tous les membres appartenaient à la Congrégaiion des Jésuites, l'évéque de Quimper demandait que, par l'entremise de l'assemblée du clergé, son affaire fût évoquée au Parlement de Paris ou au grand conseil. Selon ce prélat, les Jésuites avaient établi à Quimper une espèce de tribunal et infligeaient des châtiments aux ecclésiastiques comme s'ils eussent eu, de droit, juridiction contentieuse sur le diocèse. L'évéque de Chartres fit, le 9 juillet, le rapport de cette affaire, et l'assemblée décida qu'il serait pourvu, par des règlements généraux, aux prétendues exemptions des Jésuites et de tous autres, moines et religieux; que le roi serait prié de casser un arrêt du Parlement de Rennes, rendu sur le temporel de l'évéque; que le recteur des Jésuites de Quimper serait mandé pour recevoir les avertissements convenables sur sa conduite et celle de ses religieux. Le jour même, l'assemblée chargea Blondeau, un de ses promoteurs, « d'aller parler au ProvinciaJ des Jésuites (de Paris), pour lui faire commandement de se trouver à l'assemblée, au premier jour, et recevoir ses ordonnances. » Le 18 juillet, le Provincial n'ayant pas encore comparu, «t Blondeau fut de nouveau chargé d'aller faire entendre au Provincial des Jésuites, ou, en son absence, k celui qui se trouvera supérieur, de se trouver à la présente assemblée, le 21, sans délai, pour y rendre compte dé certains faits qui regardent le recteur de leur Compagnie, de la résidence de Quimper-Corentin. »

* r. prooès-verbal de rassemblée de Id25 : Antialeê Û€$ Jémilêi, t. ii.

OB L*ÂQU8E DV PBANCI« 129

Le 21 > on envoya à la maison des Jésuites mander le Provin* cial, qui ne s'y trouva pas. Le P. Ignace vînt dire à rassemblée : c que ceux de leur Compagnie ne s'écarteront jamais de l'honneur et du respect qu'ils doivent aux prélats; et que les supérieurs n'avoueront jamais ce qui sera fait^ au contraire. » Quant aux faits imputés aux Jésuites de Quimper, le P. Ignace répondit qu'il n'était que simple religieux et qu'il ne pouvait rien en dire ; il ne voulut même pas fixer un temps dans le délai duquel il viendrait répondre à l'assemblée^ au nom de ses supérieurs.

Le curé de La Boussac^ maître Vincent Chervassé, accusa les Jésuites du collège de Rennes de le gêner en ses fonctions pastorales^ et d'administrer les sacrements dans son église^ dont ils avaient cherché à l'éliminer ; à l'appui de ces plaintes^ le curé de La Boussac présentait des pièces en bonne forme. Les Jésuites de Rennes possédaient le prieuré de Bregai^ situé dans la paroisse de La Boussac ; ils avaient obtenu, le 20 mai 1623, un arrêt du Parlement de Rennes qui les autorisait à chanter la grand'messe dans réglise paroissiale, aux quatre grandes fêtes de l'année. L'évêque de Dol ayant maintenu les droits du curé contre les Jésuites, ceux-ci en avaient appelé de l'ordonnance épiscopale comme d'à* bus, au Parlement de Rennes, qui avait confirmé le premier arrêt ^ Les choses étaient en cet état lorsque l'assemblée du clergé fut saisie de la plainte du curé de La Boussac, elle donna droit à cet ecclésiastique ; lui fit donner 150 livres pour l'indemniser des frais du procès qu'il avait soutenu ; ordonna que Ton poursuivrait au grand conseil la cassation de l'arrêt du Parlement de Rennes, et que l'on ferait un règlement pour interdire à tous religieux d'exercer aucunes foutions ecclésiastiques dans les églises paroissiales, sur le territoire desquelles ils auraient des prieurés. Le conseil ayant admis la cause et décidé que l'on entendrait, touchant les faits de La Boussac, les Jésuites et le procureur-général du Parlement de Rennes, l'assemblée décida que ce procès serait suivi aux dépens du clergé.

L'archevêque de Paris fit, dans la même assemblée, des plaintes contre les chanoines de Saint-Germain, qui prétendaient que la juridiction de leur abbaye s'étendait sur tout le faubourg et qu'ils étaient en tout exempts de la juridiction de l'Ordinaire. L'évêque

^ Les Gallicans n'étaient pas les seuls, comme on voit, qui pratiquassent l'appel comme d'abus aux Pnrlements.

190 Hitraiiui

de Marseille fbnnuU les meniez plaintes contre les chanoines de Saint- Vietor^ et celui d'Amiens contre les moines de Corbie. L'4* Téque de Chartres» rapporteur de toutes ces plaintes» exposa à rassemblée la nécessité de faire un règlement général qui mettrait fin à tous les conQits auxquels donnaient lieu les prétendues exempt* tions des réguliers. Il fut chargé de le rédiger» et rassemblée, api^ Favoir soigneusement examiné» le signa le 12 septembre.

Dans ce règlement '» nous remarquons surtout ce qui suit :

a L'évéque a le droit de visite dans ks monastères et autres li<HU 4e son diocèse» prëéendus exemaf^; les religieux seront tenus de fiUre ce que l'évoque aura prescrit et ordonné dans cette visite.

j» Les religieux ne pourront ni exposer k Saint^Sacrement^ m itcevoir de fondations sans l'autorisation de l'évéque.

« Il est défendu aux r^ieux de prêcher ai d'enseigner aucune éoeAviiie» ni de donner des conseils contraires à l'ordonnance faite touchant l'obligation d'assister à la messe paroissiale au moins (Jje Irais dinanches l'un ; U leur est également défendu de précbei) de teirt des processions^ de tenir des congrégations et assemblées pi)hUques en leurs monastères» aux heures et pendant que «e dit la messe paroissiale.

» Les rdigieux ne pourront permettre de dire la messe dans les églises de leurs monastères» maisons et congrégati^s» à aucuns prétreM d'autres diocèses» de quelque qualité qu'ils soient» a'ik m'en ont permisaioa écrite de rîvéque diocésain ou de eoa grand ncaire.

» Il est défendu à tous religieux et autres» sous qudque pr4tMiie d'exemption qu'ils puissent avoir» de recevoif aucune persmie^ dans leurs églises^ 4 la conléssîon» ni leur donner la co«e minion» depuis le dimanobe des Bnmeaux jusqu'au dimanche d^ l'octave de Pâques iiidlMBivemeBt» ni d'enseigner au peuple aucune dœtrine eoatraire à la Loi de faire les pêques dans sa propreptfoissa

D Les religieux» quelqu'exemption qu'ils puissent alléf^uer» œ pourront conliesser» qu'ils n'ayeni subi l'examen de l'évoque diociasia w de so» graodrvicaire^ et qu'ils n'aient reçu leur appre-

1 Mémoires du clergé, t. vr, p. 123, cdit. in-4.o. On trouve auï pages 1149 et suiv. (lu même volume, les Hrttcles de ce règlement, av( c un savanl Cuminen* lajn dtfttallier, publié par Gvrl^ais, par ordre du cUrgé de Fcaacts Ce r^!ement fut confirmé par rassemblée de 1^, et lenouvdé en celle <fe i4l&-

DB l'éalisb dx FHAMCB. 131

bâtion^ quiis donneront avec les restrictions qu'ils jugeront convenables et gratuitement.

» Les religieux ne pourront user des pouvoirs qui leur seroient a<îcordés par des induits des souverains pontifs^ sans avoir soumis eés induits à Texamen de Tévéque diocésain^ excepté néanmoins les induits secrets de la pénitencerie de Rome.

D Les religieux ne pourront ni confesser, ni prêcher dans une église, sans avoir montré au curé l'approbation écrite de Tévêque diocésain ou de son grand- vicaire. Ils ne pourront faire aucun mariage, dans leurs églises ou ailleurs, sans la permission du curé.

» Il est défendu d'établir (}es confréries ou congrégations, d'exposer de nouvelles reliques ou images, et de publier de nouveau^ miracles, sans la permission écrite de l'évéque ou de son grandvicaire ou officiai.

» Il est défendu aux religieux d'engager personne à choisir leur séptrtturé dans leurs églises. Bi quelqu'un déclare par son testament avoir choisi son tombeau dans quelque monastère, le curé ou son vicaire auront droit de faire la levée du corps, les religieux ne pouvant porter Tétole hors de leur monastère.

» Il est défendu à tous religieux, même à ceux qui se disent exempts, de prêcher en aucunes églises, sans la permission de Tévêque diocésain, et sans avoir reçu mission de lui, même dans 1^ églises de leurs monastères, sang sa bénédiction.

Les prédicateurs, même ceux qui se disent exempts^ s'abstiendront^ en prêchant, de rien enseigner au peuple contre les saini^ décrets, conciles généraux et provinciaux, ordonnances ouslatuts I synodaux des évêques diocésains, monitions, censures et autr^ choses qui regardent leur autorité.

» Il est défendu à toutes sortes de personnes, quelques privilégoB qu'elles puissent alléguer, de donner les Ordres mineurs, même la tonsure, ou de choisir un évêque pour faire des ordinations dan^ un lieu prétendu exempt^ sans la permission del'évêque diocésain.

t> Nuls évéques iie donneront les ordres aux rei^ieux qui, oulK FattestatioB de bonnes vie et moeurs délivrée par les supéfieurs, n'ftpporteroient pas des lettres démissoires de l'évéque dans It <Uo côse duquel seroit leur domicile.

D Les religieux ordonnés ne pourront exercer le ministère sans lettres d*ordination sur lesquelles sera inscrit, outre leur nom de rdfigion, rehti qu'ils avoient étant dans le monde.

!7* ]> Les religieux ne pourront^ sous prétexte d'exemption^ refuser de publier les mandements des évéques.

» L'évéque pourra exercer ses fonctions ponliGcales dans les lieux prétendus exempts^ comme en tous autres lieux de son diocèse^ sans être obligé de donner aucune déclaration par écrit qu'il n'entend préjudicier en rien aux exemptions.

» Les religieux seront obligés d'assister aux processions prescrites par Tévéque et au rang qui leur sera assigné par lui^ à moins qu'ils ne soient tenus à la clôture. S'il entre dans leurs maisons, ils le recevront avec tous les honneurs dus à sa dignité.

» Nulle cure ne peut être exempte de la juridiction épiscopale, quelle que soit la communauté qui en soit titulaire ; et ces communautés ne pourront faire exercer aucune fonction curiale sans la permission de l'évêque.

9 Quelques provisions que puissent avoir les curés, ils seront obligés de se présenter à l'évêque pour être institués par son autorité.

» Les communautés possédant des cures avec qualité de curés primitifs, seront obligées d'y souffrir et entretenir des vicaires institués par l'évêque.

» Tous monastères, sujets immédiatement au Saint-Siège, qui ne se sont pas mis en congrégation réformée dans le délai prescrit par le concile de Trente, seront sujets à la juridiction de l'évoque diocésain

» Toutes les congrégations nouvelles seront soumises à l'Ordinaire.

» Les religieux ne pourront tenir école pour les séculiers ni faire de quêtes sans la permission de l'évêque.

» Aucun nouvel établissement religieux ne pourra être fait dans un diocèse sans la permission de l'Ordinaire.

» Les évêques pourront visiter les monastères quand ils le jugeront convenable et nécessaire.

» L'évêque devra être averti des élections des supérieurs, afin qu'il puisse y présider par lui ou par son grarid vicaire. »

L'assemblée * décida qu'avant de publier ce règlement il serait adressé au pape, avec prière de l'approuver. L'évêque de Chartres fut chargé d'aUer à Rome pour exposer les raisons qui avaient dé

« Mercure firançois, ann. 1626; Proeès-vcrl»! et Pièces justificatives de !*«»semblée de 1625-46.

DB l'Aolisb de prangb. 133

lerminé l'assemblée à le faire. Grégoire XV^ quelques années auparavant^ avait positivement iléfendu à tous 'ecclésiastiques et religieux^ exempts ou non-exempts, de prêcher et de confesser sans la permission et l'approbation de l'Ordinaire *. Il y avait tout lieu de croire qu'on approuverait à Rome le règlement de l'assemblée du clergé; aussi les membres de cette assemblée jugèrentils à propos de le faire imprimer^ sans le publier oflicieUement.

L'évêque de Chartres, qui joua un si grand rôle dans l'assemblée de 1625, était un prélat instruit et de bonnes mœurs; l'assemblée le chargea de faire un travail dans lequel il indiquerait les moyens de remédier aux vices qui désolaient le clergé. 11 s'acquitta dignement de cette mission ; mais son travail ne plut pas dans toutes ses parties^ et^ comme il avait été imprimé aVant d'avoir été soumis à l'examen de l'assemblée^ il fut désavoué '. Le travail de l'évêque de Chartres était composé de 158 articles^ dans lesquels il traitait surtout des devoirs des évéques et leur indiquait les moyens qu'ils doivent employer pour déraciner les abus.

L'évêque de Chartres avait été aussi chargé^ par l'assemblée^ de lui faire un rapport sur les deux libelles^ dont nous avons parlée et qui étaient intitulés : Admonitio ad Regem et Mysteria Politica.

Le 13 décembre'^ cet évéque communiqua à l'assemblée une censure longuement motivée dans laquelle il flétrit les libellistes^ défend le roi, son ministre Richelieu^ et attaque les Jésuites regardés comme tes auteurs de ces libelles.

A peine l'assemblée avait-elle pris connaissance du travail de l'évêque de Chartres qu'elle se sépara. Quelques prélats^ amis des Jésuites^ restèrent à Paris, tinrent des assemblées particulières et résolurent d'user de leur influence pour faire annuler la censure. Une polémique fort vive s'engagea à son sujets et l'on publia contre elle un grand nombre de Manifestes. Les uns disaient qu'elle n'avait point été délibérée dans l'assemblée, les autres qu'elle contenait beaucoup de choses qui ne pouvaient être approuvées. Le 12

1 D^Avriguy, Mém. Eccl., ann. IQoâ.

* Il paratt qu*uDe des principales causes de ce désaveu fut Tarticle 137, où Tévéque de Chartres accordait au pape Tinfaillibilité en matière de foi. Le llémuire de révdque de Chartres se trouve parmi les Pièces justificatives du Procès-vprbal de rassemblée de 1025, n.o xii.

* Collection dos Procès-verbaux des assemblées du Clergé de France; D*Argentré, Colteet. judic, t. m ; Censures et Manifete?, etc., Mss. 172 Brienne, BibUotb. Richelieu. Les manifestes ont été publiés et réunis en un volume.

184 mtTOfi»

janvier 1626^ le cardinal dç la Valette^ archevêque de Toul<Httt« proposa^ du consentement de Tévéque lui-même, de rédiger vuM censure plus courte et dans laquelle on se contenterait de condam* ner les Libelles avec toutes les qualifications requises, mois sans toucher à aucune question particulière qui pût cau>er du trou^ ble. Cette proposition fut généralement approuvée, et rarchev^quê de Toulouse rédigea la censure abrégée. Le 21 janvier, le Parle** ment ^ instruit de ce qui avait été décidé dans l'assemblée du 12, donna un arrêt par lequel il défendait à toutes personnes 4t publier autre déclaration que celle de rassemblée du clergé dq 13 décembre, à peine, contre les contrevenants, d'être punis CQomM perturbateurs, du repos public. Le 18 février, le Parlement donna un nouvel arrêt pour confirmer celui qui avait été rendu le 21 janvier, défendit aux membres du clergé de s'assembler, et, à tout imprimeurs, sous peuie de la vie, d'imprimer d'autre censure qu* celle du 13 décembre.

Les cardinaux de la Rochefoucault, de la Valette et tous les pré« bts qui se trouvaient à Paris, se réunirent pour délibérersur les moyens de s'opposer à ces arrêts. On décida qu'on prierait to chancelier d'évoquer l'affaire au conseil et de casser les deux ar<* rets du Parlement, et que l'on irait, s'il était besoin, faire au roi des remontrances.

Les 26 et 27 février, les cardinaux de La Rochefoucault et de U Valette, huit archevêques, trente*deux évéques et cinq députés du second Ordre se réunirent au palais abbatial du cardinal de La Rochefoucault, à Sainte-Geneviève, et signèrent un acte portant désaveu de la censure rédigée par Tévéque de Chartres, comme n'ayant pas été délibérée par l'assemblée.

Le 2 mars, les prélats, réunis de nouveau à Sain le-Gene vie ve^ sugnèrent une requête pour demander au roi la cassation des deux arrêts du Parlement. Le lendemain, le Parlement rendit un troisième arrêt, par lequel il déclara les assemblées faites par les archevêques, évêques et autres ecclésiastiques, au préjudice des défenses contenues dans les deux premiers arrêts, nulles et illicites; cassa et annula, comme attentats, les actes faits depuis; fit de nouveau défense aux ecclésiastiques susdits de s'assembler en quelque lieu que ca fût; ordonna à tous les archevêques et évêques de se retirer

t Mercure fraocois, aon. 1025 et 20 ; Procès-verbal de rassemblée du Gaffé de 1025; llémoires de Richelieu, liv. 17.

DM L B6UM OB PRAMCB. Itl

M kfeun 4îo€èael> dàils le débidequiDiejoon^Muep^îaede «iait

de leur temporel.

Le 7 mart, le iTMième arrêt du Parlemeni fut signiflé» par huîfiiirsy à l'archevêque d'Auch> qui avait réuni chez lui six 9JM ebevêquaa» vingt évéques et d'autres ecclésiastiquee. De Tevif de t0Ui> l'archevêque d'Aueh dicta aux huiesiera la répoose iuh vante:

a MeteieurB du Parlement de Paris n'ont aucune autorité sur \ê ckrgé de France que nous représentons ; soumis au roi seul; lea arrêts du Parlement sont un attentai intolérable contre Thouneur de Dieu et l'autorité de Sa Majesté^ lequel va à la subversion de là religion et de l'État. Les prélats ont pouvoir et obligation, de tout droit divin et humain., de s'assembler pour les ailaires de la reli-» gion et de TÉglise, quand les occasions le requièrent ; à présent i ils sont assemblés, tant pour résoudre la cérémonie qu'ils doivent oIh seryer en la procession qui doit se faire demain, à l'ouverture 4tt jubilé, que pour aviser à ce qu'ils peuvent et doivent aussi faire pour obtenir du roi la cassation des arrêts dont il s'agit, comme préjudiciables à rautorité de TÉglise et de Sa Blajesté; faire de* fense auxdits du Parlement d'en donner de semblables à l'avenir^ et afin de détromper les peuples de la créance qu'ils pourroienl y avoir, au préjudice du salut de leurs âmes et du respect dû à û religion.

Le Parlement se trouva fort divisé au suget de cette répeasti Cependant, deux jours après l'avoir reçue, dix-sept membres eon** tre quinze furent d'avis de rendre un quatrième arrêt déclaraal ladite réponse nulle, injurieuse, calomnieuse, tefidante à la des^ truction des lois fondamentales de l'État. Comme telle, il ordonna qu'elle serait lacérée et brûlée par la main du bourreau. De Tr^ pes, archevêque d'Auch, et Miron, évéque d*Angers, furent cités à comparaître par devant le Parlement, au premier jour, pour rendre compte de leur conduite. Ordre fut donné, en outre, à tous les membres du clergé d'obéir au roi, en reconnaissant le Parlement comme puissance souveraine, pour rendre, soùs son autorité, justice à tous ses sujets sans distinction, sous peine d'être déclarés criminels de lèze-majesté et poursuivis comme tels, seloa la rigueur des ordonnances.

Le 10 mars, un éouyer de la reine-mère fut envoyé eu Parlemetli pour l'avertir, de la part du roi, qu'il serait avant midi à Paris at loi défendre d'exécuter son arrêt de la veille avant son lurrivée. Le

136 BisToimi

Parlement répondit qu'en tout ce qu'il avait fait^ il n'avait agi que

pour le bien et le service de Sa Majesté.

Cependant le roi avait donné avis aux prélats de s'assembler^ en toute bÂte^ dans la matinée du 10^ aûn de formuler les plaintes qu'ils voulaient lui adresser. A une heure après midi, ceux-ci se rendirent à la Cour^ et Tévéque d'Auxerre adressa ces plaintes att roi. Celui-ci blâma le dernier arrêt du Parlement, mais il reprocha aussi aux évéques de s'être réunis sans permission. 11 leur promit ensuite une audience publique pour entendre leurs remontrances.

La Cour changea ensuite d'avis, et, le 26 mars, elle évoqua l'affaire à la personne du roi. Malgré cette évocation, le Parlement, deux jours après, déclara que, selon son arrêt du 9, Tarchevêque d'Auch et l'évêque d'Angers étaient ajournés à comparaître, sous peine de saisie de leur temporel. Les prélats s'assemblèrent, en toute hâte, à Sainte-Geneviève et demandèrent au roi l'audience publique qu'il leur avait promise, pour lui adresser leurs remontrances. On la leur promit pour le 30 ; mais, ce jour-là, le Parlement déféra à l'évocation qui lui fut officiellement notifiée, et l'audience promise aux prélats n'eut pas lieu.

Nous avons dit que la censure de l'évêque de Chartres avait été attaquée de deux manières : les uns disaient qu'elle n'avait point été délibérée par l'assemblée, ce qui donna lieu aux agitations dont nous avons parlé ; d'autres prétendaient qu'elle contenait plusieurs choses qui ne pouvaient être approuvées. L'évêque de Chartres attaqua, de son côté, la censure abrégée, rédigée par le cardinal de la Valette, et s'efforça de justifier la sienne. Il prouva d'abord, par le procès-verbaf de l'assemblée, que son travail avait été lu et approuvé unanimement. Miron, évêque d'Angers, un des plus ardents antagonistes de celui de Chartres, contestal'extrait du procès-verbal délivré par le secrétaire de l'assemblée ; il accusa l'évêque de Chartres d'avoir usé de ruse pour obtenir l'attestation qu'il contenait et d'avoir provoqué un faux. Les assemblées particulières, réunies à Sainte-Geneviève, ratifièrent l'accusation de Miron et annulèrent l'extrait du procès-verbal délivré à l'évêque de Chartres. Celui-ci contesta aux assemblées particulières le droit de déclarer nul un extrait du procès-verbal d'une assemblée générale.

Lorsque les prélats furent séparés, parut, sous le nom du cardinal de La Kochefoucault, un écrit ayant pour titre : Raisons pour le désavdsu fait par les évéques de ce royaume, etc. On y attaquait non-ceulement la forme de la censure de l'évêque de Chartres, mais

DB l'Agusb di nuiiCB. 137

on y prétendait a qu'elle contenait tant d'impertinences et d'erreurs que la dignité de l'ordre ecclésiastique ne pouvait permettre qu'elle parût en public sous l'autorité d'une assemblée du clergé, o

Comme les Jésuites étaient attaqués en plusieurs endroits de la censure^ le cardinal consacra la section dix-neuvième de son écrit à leur justitication.

En 1628, Richer rompit le silence où il s'était condamné depuis la poursuite dont il avait été l'objet, et fit imprimer une réfutation de cet opuscule, sous ce titre : Considéraiians sur un livre tnfttulé : Raisons pour le désavcsu. Il y suit son adversaire pas à pas et répond à toutes ses assertions ^

/ L'assemblée de 1025-96 s'occupa d'une querelle fort vive qui existait eotre rÉglise de Sens et celle de Paris qui venait d'être érigée en archevêché. L'assemblée décida, le 24 octobre 1625, que les deux provinces de Sens et de Paris procéderaient ensemble pour nommer des députés aux assemblées générales'et pour la création d'un agent, comme avant l'érection de Paris en archevêché. Cétoit en quelque sorte ne pas reconnaître les droits de la nouvelle province ecclésiastique. Aussi, le lendemain, les députés de Paris firent-ils opposition à la décision que l'iissemblée avait prise, disaient-ils, avant de les avoir entendus. Lorsque l'assemblée s'occupait de ces difficultés, survint un arrêt de la Cour, daté du 25, qui évoquait raff«ire au conseil. L'assemblée blAma les députés de Parii de s'être adressés à la Cour pour une telle cause, et il fut décidé que l'on passerait outre. Elle porta plainte au roi de l'arrêt du conseil, et ce prince lui fit dire qu'il désirait entendre les raisons des deuc parties pour en décider selon qu'il le jugerait convenable. Le 10 novembre, rarchevêque de Paris abandonna l'arrêt du conseil qu'il avait obtenu, et pria l'assemblée de juger si sa province ne- devait pas jouir des mêmes droits que les autres. Les évêques d'Orléans et de Chartr<>s se ^parèrent de leur nouveau métropolitain, f t furent d'avis que l'assemblée devait " poursuivre en cour de Rome, vers Sa Sainteté et tous autres qu'il appartiendra, la révocation de tout ce qui aurait été fait pour l'érection dudit archevêché. » L'assemblée fut de cette opinion, et défendit ' aux agents d'écrire à Monseigneur de Paris, en qualité de chef de province pour la convocation des assemblées provinciales.

Le chapitre de Notre-Dame fit opposition à cette délibération de rassemblée, laquelle se plaignit au roi de l'attentat des chanoines; et l'offîcial de Seos, nommé Du Marq, ayant fait un livre contre la désunion de Paris de la métro* pde de Sens, son ouvrage fut approuvé par rassemblée.

Les chanoines de Notre-Dame furent mandés à la Cour; mais, malgré les motife qu'ib donnèrent de leur opposition, le conseil rendit contre eux un arrêt que l'assemblée reçut avec beaucoup de joie et qu'elle adressa à tous les chapitres du royaume.

Paris n'en fut pas moins reconnu comme archevêché depuis cette époque.

L'assemblée de 1625 demanda la publication du concile de Trente, un règlement sur les appels comme d'abus et la convocation des conciles pro%inciaux. Elle ordonna même cette convocation, et rédigea, à cet efftt, une lettre de convocation calquée sur celle du Concile de Bordeaux ; mais ces mesures furent ioutilffs.

t)S piifona

Lft raium de toute cette agitation, à propos d'une oentore plut Ott nooins longue et explicative, est facile à pénétrer. Les Jésuites étaient en cause> et ces religieux ne Toyaient qu'airec peine leur doctrine et deux de leurs Pères si explicitement censurés. Plusieurs prélats et surtout le cardinal de La Vallette, fils du duc d'Ëpernoo, leur étaient dévoués. De là cette vive opposition, dont le motif restait caché, et dont les effets étaient si évidents.

Mais, si les Jésuites avaient des amis puissants, leurs ennemis étaient nombreux. Une des principales causes qui les multipliaienti étaity selon le cardinal de Richelieu, la lassitude que chacun avait de voir qu'ils se mêlaient de trop d'affaires ^ L'année même cil les libelles Admonitio et Myslerià étaient si vivement poursuivis, on s'éleva à Paris contre un ouvrage d'un de leurs Pères, nommé Santarelli '^ qui renouvelait tous les principes déjà condamnés dans les ouvrages de Becan et de Mariana. Pour Santarelli et ses confrères^ le pape était tout dans le monde^ il résumait à lui seul la suprême autorité ; les dépositaires de l'autorité civile n'étaient que ses lieutenants, révocables à sa volonté. Dans l'idée des Jésnisuites, l'armée de ce pouvoir un, suprême et universel^ était leur Compagnie, dont tous les membres, par un vœu solennel, immo^ lent leur volonté à la sienne ; de là la place exceptionnelle qu'ili s'attribuaient dans l'Église.

Le livre de Santarelli fut publié à Rome, sous les yeux du pape, et avec l'approbation du général de la Compagnie de Jésus. Dèe qu'il fut connu à Paris, Filesac, l'antagoniste de Richer, et Servin, l'indomptable adversaire des Jésuites, l'examinèrent et y trouvèrent exposée, dans toute sa rigueur, la doctrine ultramontainé. Filesac, qui avait été, pendant quelque temps, dévoué aux Jésuites, était revenu à ses premiers sentiitients. Il mit en demeure le syndie Georges Froger de dénoncer à la Faculté le livre de Santarelli • celui-ci requit en conséquence le doyen Rogueuan de la convoquer pour le 16 mars (1626).

Des le 6 de ce mois, le Parlement avait été saisi par Servin de la cause du livre de Santarelli •. Le roi tenait, ce jour-là, un IH de

* Mémoires de Rich<»Ueti, liv. 17.

* i> livre avait pour litre : De thérésie, du schisme, de Tapostasie, de ta soUicitatton au Sacrement de Pénitence et du pmtoir du SùuiDerain pou- Ufe dans la punition de ces délits.

* Négocialioas du nonce S(>ada; Uss. 9938 de la bibliothèque Richelieu; Sponde, Ann. EccL &mi« 1022 ; Mémoires de Richelieu, liv. 17; D*AvrigDf ,

DB l'égusb da fhancb. |39

juitice. 8«rvm tomba frappé d'apoplexie au moment où il allait dénoncer l'œuvre du Jésuite ; mais un magbtrat, moins violent que Senrin, aussi religieux que lui, et dont la sagesse était connue dans toute la France, Orner Talon^ prit la place de Servin et fit, contre la Compagnie de Jésus, un réquisitoire qui eut un immense retentissement. Le Parlement tlétrit louvrage de Santarelli, qui fut brûlé en place de Grève par la main du bourreau. Dès qu'on eut prononcé contre le livre, on délibéra si on n'interdirait pas aux Jésuites la chaire et le confessionnal, et si on ne fermerait pas le collège de ClermoDt. Plusieurs conseillers demandaient même contre eux uu nouvel arrêt de bannissement. Le président Lamoignon alla secrètement à la maison professe avertir les Jésuites qu'U craignait que cet arrêt ne fût prononcé le lendemain. Les Jésuites coururent en toute hâte à la Cour ; mais Richelieu, attaqué par leurs libelles, ne leur était pas alors favorable. On leur répondit que le roi était absent, et qu'ils pourraient se présenter à son retour. Matthieu Mole, procureur général, ami des Jésuites, n'eut pas plus de succès à la Cour.

Cependant, après en avoir délibéré, le Parlement ne jugea pas à propos de prononcer de sentence contre les Jésuites, et se con* tenta de mander à sa barre le P. Coton, Provincial, et les autres supérieurs des maisons de Paris, nommés Filleau, Brossald et Ar-* mand. Les huissiers les conduisirent à la salle du conseil, où De Verdun, premier président, leur fit subir un interrogatoire, après lequel on les requit de signer quatre propositions qui contenaient en substance :

« Le roi ne tient son état que de Dieu et de son épée ;

9 Le pape n'a aucune puissance, ni coercitive ni directive sur les souverains ;

» Le roi ne peut être excommunié personnellement ;

» Le pape ne peut ni délivrer les sujets du serment de fidélité, ni mettre le royaume en interdit pour quelque cause que ce puisse être. »

Le P. Coton répondit : <t Nous signerons volontiers ces propositions si la Sorbonne et le clergé de France, qui sont maintenant assemblés, veulent les signer ; il ne nous appartient de faire la loi ni

Mém. ehronol.,ann. 1026; Bossuet, Defens. deelarat.olmGallic.,lib. 4,e. 10; Ellies Du Pin, Hist. Eccl. du xtii.* siAcIe, t. i ; Pièœt mas. relatives aux affaires de Santarel et de Testefbrt, arohiv., $eet. higt. L, Uk

140 msTomc

aux supérieurs ecclésiastiques, ni aux corps respectables qui sont avant nous dans TËglise. » Le Parlement ne crut pas à ces sentiments d'humilité, et délibéra si on n arrêterait pas sur le champ les Pères Coton et Ignace Armand, a L'affaire allait passer à la pluralité des\oix, dit un historien Jésuite S lorsque le premier président, qui en avait ouvert l'avis, remit la décision au lundi suivant. »

Les amis des Jésuites profitèrent si bien du temps qui leur était accordé, que, le lundi, le roi manda le P. Coton au Louvre. Ce Jésuite, qui mourut trois jours après, ne put, à cause de sa maladie, obéir au roi. Le P. Ignace Armand se rendit à la Cour à sa place, et Richelieu lui annonça que la tempête soulevée contre eux s'apaiserait s'ils voulaient signer un formulaire dressé par Marillac, et qui contenait une promesse formelle de souscrire à la censure que la Sorbonne et le clergé de France feraient de la doctrine de Santarelli, et de soutenir la doctrine de l'Église de France, contraire à rUltramontanisme. Les Jésuites signèrent sans difGculté * et coururent chez le nonce pour lui faire entendre que, dans les circonstances, ils sauraient bien avoir recours à certaines explications pour échapper aux articles qu'ils avaient été obligés de signer. Leur excuse fut assez mal reçue.

Le jour même où les Jésuites donnaient leur signature, le syndic Georges Froger disait dans l'assemblée de la Faculté : a J'avois cru d'abord qu'il étoit expédient de censurer le livre de Santarelli, mais depuis, j'y ai pensé plus mûrement ; j'ai considéré les raisons de part et d'autre avec des personnes intelligentes, et j'ai jugé qu'il seroit dangereux de l'examiner. On ne peut le faire sans mettre les deux puissances aux prises l'une avec l'autre, sans offenser le pape ou le roi ; j'estime donc qu'on ne doit point parler de ce li\re, qui, du reste, vient d'être condamné par arrêt du Parlement. La Faculté n'a reçu d'ordre ni du roi, ni du Parlement, ni d'autres

* D'Avrigoy, toc. cil.

' Lorsque les Jésuites eurent signé le formulaire qui leur fut présenté, le roi •iéfeudit au Parlement de passer outre contre eux. Ce tribunal cependant rendit un arrêt pour leur enjoindre de faire un désaveu formel du libelle inti'u!é : Admonitio ad Rcgem, dans les termes mêmes dont la Sorbonne s*é(ait servie; de fiiire déclarer, par écrit, par deux Pères de la province de France, Ce quMs pensaient do la doctrine de Santarelli, et de déposer ces écrits, dans le délai de huit jours, au greffe du Parlement, sous peine d'être poursuivis comme criminels de lèze-majesté.

Les Jésuites se soumirent, et signèrent les déclarations les plus galUcaocs.

DB L'iaUSB DB PMANGB. llf

personnes qualifiées de procéder à Fexamen de ce livre ; or, la Fa* culte n'a pas l'habitude de s'occuper de choses importantes sans en avoir été requise par l'autorité. Si toutefois la Faculté vouloit que l'ouvrage en question fût lu, examiné et même censuré, je prierois de le faire d'une manière générale et sans noter aucune proposition en particulier. C'est ainsi qu'on a agi envers VAdmoniiio ad regem; aussi, la censure qu'a faite la Faculté de ce libelle a-t-elle été bien reçue de tout le monde et même du pape. »

Filesac combattit la motion du syndic, a II faut, dit-il, lire soigneusement et examiner mûrement le livre de Santarelli ; pour cela, il seroit nécessaire de nommer des docteurs, qui en feroient leur rapport à la Faculté le 1.^' avril. L'examen de cet ouvrage est facile, puisque l'auteur a résumé toute sa doctrine dans les trentième et trente-unième chapitres. On pourroit se contenter d'examiner ces deux chapitres et y noter les propositions dignes de censure.

Cependant on se préocupait beaucoup à Rome de la censure que la Faculté de Paris voulait faire du livre de Santarelli. Le général des Jésuites en fut d'autant plus alarmé, qu'il avait hautement approuvé le livre poursuivi. Afin de détourner le coup qui le menaçait, il fit modifier ^ deux exemplaires de cet ouvrage, et les envoya en cet état aux Jésuites de Paris, pour les communiquer aux amis de la Société et répandre le bruit que le procès intenté à leur confrère n'était appuyé que sur l'imposture et la calomnie. Il comptait d'autant plus sur le succès de cette supercherie, que les exemplaires du livre de Santarelli étaient fort rares en France, et qu'il serait à peu près impossible, à la plupart de ceux qui s'en occupaient, d'en collationner plusieurs les uns avec les autres. Le Général Jésuite crut faire sa cour au pape en lui faisant part de sa ruse ; Urbain VIII en fut indigné et lui fit les plus vifs reproches, d'abord, pour avoir approuvé officiellement un livre qui compromettait le Saint-Siège avec les puissances, ensuite, pour s'être permis une telle supercherie ; il lui déclara qu'il allait donner ordre à son nonce en France, de saisir ses deux exemplaires et de les supprimer : ce qui fut exécuté.

Par les mêmes instructions, Urbain VIII enjoignit à Spada de faire des reproches aux Jésuites qui avaient signé la déclaration

* y. Négociatioiis du nonce Spada, Mas. 9938 de la bibliothèque Riehelieu.

143 HliTOlBl

présentée par Riehdien^ et de faire tou6 ses efforts pour empècii«r la censure dont on s'occupait en Sorboniie.

Mais tout ce que put ùdre le nonc^ ne put arrêter cette censure; 1* proposition de Filesac fut adoptée, et l'on nomma les docteur! Jean Dautrui, Etienne Dupuis, Louis Rumet et Pierre Cbapelas, pour examiner le livre de Santarelli ; Rumet tomba alors malade^ et Ghapelas partit pour la Terre-Sainte; Dautrui et Dupuis furent donc seuls chargés de Texamen; ils lurent leur rapport le 1*' avril et conclurent à la censure de la doctrine ultramoataine contenue dans les chapitres désignés ci dessus. Froger supplia de nouveau tes docteurs de se contenter d'une censure générale, sans spécifier micune proposition, dans la crainle d'offenser le pape. Filesac réclama la parole pour les rapporteurs, selon l'usage de la Faculté dans les affaires importantes ; Jean Dautrui, qui parla le premfer, dît sans détour : « La doctrine contenue dans les chapitres treo* tième et trente-unième du livre de Santarelli me paraît mons-* Irueuse; elle a été inconnue à tous les anciens Pères et docteurs de l'Église ; die ne peut senrir qu'à troubler les États et à confondre tout ordre ; elle n'a été inventée que depuis peu de temps, au grasd aeandale de la religion, et eUe doit être condamnée. Je souhaite que k Faculté écrive sur ce sujet à Sa Sainteté, pour la supplier hunv blement d'ôter de l'Église cette pierre de scandale et d'user de l'an** torité qu'elle a sur les écrivains qui soutiennent cette doctrine pour leur interdire, même sous peine de censure, d'écrire sur ces mar tières. f>

Lorsque Jean Dautrui eut fait sa motion, Etienne Dupuk, l'autre rapporteur, lut cette formule de censure :

a La doctrine contenue dans le livre de Santarelli est tioiivetff, finisse, erronée, contraire à la parole de Dieu ; dk rend la digniié dm souterain Pontife odieuse ; elle outre le chemin au sckismef déroge à l'autorité souveraine que les rois tiennent de Dieu, et tmpéehe la contersion des princes infidèles et hérétiques; eUe trouble la paix publique, renierse les royaumes, les États, les répoèUques; eUe détourne les sujets de Tobéissance qu'ils doivent à leurs souverains, et les induit à des factions, rébellions, séditions, à des attentats contre la vie des princes. »

Cette censure de rutraroontanisme est d'une grande justesse; Filesac l'appuya chaudement, et la majorité se déclara dans le même sens. La conclusion fut que la doclrine de Santarelli serait coBdaouiée» selon le formulaire dressé par Dupuis^ et que les doc-

DE l'égimb W FBANCB. 144}

tivn FQenc^ Isambert^ de Bosse ^ Gairitieri Froger^ Dautrui et Oupuit rédigeraient Ja censure^ qui serait dgnée dans l'assemblée du 4 avril. Les commissaires se réunirent le 2 ; Isambert et Proger^ amis des Jésuites, proposèrent de changer le dispositif des quaUfieatîons et de retrancher celle à'errenëey mais on lear répondit que ce serait s'écarter des intentions de la Faculté; en conséquence» la censure fut rédigée en ces termes :

« S'il y a quelqu'un qui doute que nous ne soyons arrivés à la fin des siècles, conme parle rApôtre» qu'il considère un peu ces derniers temps et qu'il les compare avec ies précédents, et iors il reconnaîtra que l'ennemi du genre humain n'a rien hissé en arrière de ce qui pouvoit servir, non-seukmeitt à offenser, mais même i miner tout-è-fait les polices, tant ecclésiastique que civile. Il s'est trouvé des impies qui, osant blasphémer contre le Ciel, ont employé leurs plumes et leurs épées contre l'Église de Jésas-Chiùsl, mais quelques insensés, voyant que ce n'est pas sans raison que les puissances séculières s(Mst armées de glaives, ont attaqué la police eivik par une autre voie, et ont essayé de l'extirper et anéantir avec des livres exécrables ; exécutant, par le moyen de teUes em* bûches, plus couvertement leur pemicteux dessein. La marque que saint Jude nous propose pour coauoiAre telles gène, est qu'ils mé*- ^tsent les puissances souveraines^ et blasphêmeni contre la majesté; et plût à Dieu qu'ils s'arrêtassent au seul mépris, à la seule médisance ! Mais tant s'en faut que cela soit, qu'au contraire, ces admirables écrivains, sous ce prétexte de vouloir établir en TÉgiise une certaine puissance temporelle, «aseîgnent et affirment qu'il cet au pouvoir de ceux qui ont en main le gouvernement des choses ecclésiastiques, de déposer les rois de leurs trônes, méoeie pmur des causes très légères, et.du tout ridicules, et de substituer en leur place des souverains magistrats, ou annuels ou même journaliers, selon que bon leur semble. Partant, la Faculté de théologie de Paris, voyant que l'on projette de ruiner par tels moyens toutes les polices civiles, et spécialement celle de la monarchie ftancoise, qui est gouvernée par notre roi très chrétien, très clément et très juste; afin de suivre les vestiges de ses devanders en témoignant faffectiott qu'elle porte à Sa Majesté et à tout ce royaume, et pour satisCaire aussi au désir universel de tous les gens de bien, a choisi, entr'autres un livre niKiveliement mis en lumière, intitulé : ÀnlQmi SonloirvU JêêmUty de hsreu^ sAimnade^ mpoêiadàf cic, et, en Ja tong^BésUîon génénk, Itmie âdrapidînaireoDenti» 16 dn nuia de

144 HtsroiM

mars dernier^ a commis quelques docteurs qu*elle a particulière ment nommés pour le lire et l'examiner. Mais d'autant qu'il s'y traite de plusieurs choses qui n'appartiennent point à ce de quoi principalement il s'agit maintenant, elle a été d'avis qu'on en examinât seulement deux chapitres, à savoir, le trentième et le trenteunième du traité de herese.

» Tellement que, le premier jour du mois d'avril 1696, après la messe du Saint-Esprit, l'assemblée s'étant faite à l'accoutumée en la salle dû collège de Sorbonne, on a ouï le rapport des docteurs que la Faculté avoit députés, lesquels ont exposé, qu'es deux chapitres qui leur avoient été marqués étoient contenues les propositions suivantes : que le pape peut punir les rois et les princes de peines temporelles, les déposséder et priver de leurs royaumes et Etats pour crime d'hérésie, et délier leurs sujets de l'obéissance ; et que telle a toujours été la coutume de l'Église ; et, non seulement pour hérésie, mais encore pour d'autres causes ; à savoir pour leurs péchés, s'il est ainsi expédient : si les princes sont négligents, s'ils sont incapables et inutiles. De plus que le pape a la puissance sur les choses spirituelles et sur toutes temporelles, (1^^ princes) qui prêchent contre les lois divines et humaines, particulièrement si leur crime est une hérésie. Ils ont aussi dit que l'auteur de ce livre affirme que les apôtres étoient bien de fait sujets aux princes séculiers, mais non de droit, et même, qu'aussitôt que la Majesté du souverain Pontife a été établie, tous les princes ont été sujets. Bref, ils ont rapporté que cet homme explique ces paroles de Jésus-Christ : a Tout ce que vous lierez sur la terre, etc.» non seulement de la puissance spirituelle, mais aussi de la temporelle, et qu*il corrompt le texte de saint Paul en retranchant une négative, et fait dire à plusieurs auteurs qu'il cite, des choses à quoi ils n'ont jamais pensé. Concluant que tant ces choses, que plusieurs autres qu'ils ont rapportées, méritoient très justement la correction et la censure de la Faculté, M. le doyen donc, ayant mis la chose en délibération, après que les opinions de tous les docteurs ont été ouïes et leurs voix recuei]lies> la Faculté a improuvé et condamné la doctrine contenue en ces propositions et conclusions desdits chapitres, comme étant nouvelle, fausse, erronée et contraire à la parole de Dieu ; qui rend la dignité du souverain Pontife odieuse, et ouvre le chemin au schisme ; qui déroge à l'autorité souveraine des rois, laquelle ne dépend que de Dieu seul, et empêche la conversion des princes infidèles et hérétiques ; qui

IX LEfiUSB DE PB4NGB. 145

trouble la paix publique^ renverse les royaumes, les États et les républiques ; bref, qui détourne les sujets de l'obéissance qu'ils doivent à leurs souverains, et les induit à des factions, rébellions, séditions et à attenter à la vie de leurs princes.

» Fait en Sorbonne, les jour et an que dessus, et revu le 4 d'avril 1626. D

Cette censure mit en émoi les Ultramontains amis des Jésuites ; à leur tête était Duval, le plus savant d'entre eux, ce qui leur fit donner le nom de Duvalltstes. Les docteurs de ce parti mirent tout en œuvre pour obtenir qu'on effaçât les deux qualifications d'erronée et de contraire à la parole de DieUy par lesquelles on avait flétri l'ultramontanisme en général. D'autres docteurs voulaient que l'on ajoutât à la censure le mot respecUvemeni, afin que les qualifications ne portassent pas sur toute la doctrine en général, mais que les notes les plus fortes pussent être restreintes aux propositions les plus dangereuses. La majorité admit la ^nsure purement et simplement.

« Tous les docteurs, dit Ricbelieu ^, étoient d'accord de la censure mais non des termes èsquels elle étoit conçue. » Malgré l'échec qu'ils avaient éprouvé, les Ultramontains ne désespérèrent pas de la faire réformer, comme nous le dirons plus bas.

En attendant, les Jésuites reçurent une nouvelle humiliation dans la censure de la Somme théologique du P. Garasse, l'écrivain ordinaire de la plupart des pamphlets que les Jésuites dirigeaient, sous des noms empruntés, contre leurs adversaires. Les docteurs chargés d'examiner la Somme théologique du P. Garasse ayant fait leur rapport, la Faculté, d'un consentement unanime, décida qu'elle méritait d'être censurée.

Les Ultramontains n'osèrent s'inscrire en faux contre une résolution solidement motivée sur des extraits de l'ouvrage. Cependant, comme plusieurs l'avaient approuvé, ils demandèrent deux mois pour se préparer à en présenter la défense à la Faculté. Ce terme échu, la Faculté se réunit pour porter la censure; mais les Ultramontains avaient pris leurs mesures pour qu'un grand nombre de docteurs des Ordres Mendiants se trouvassent à l'assemblée. Selon les lois, chaque couvent ne devait être représenté que par deux docteurs dans les réunions de la Faculté ; mais, depuis quelque temps, tous les moines-docteurs prétendaient avoir le droit

^ Mémoires de Richelieu, loe. cit.

146 HISTOIM

d^assister slux réunions de la Faculté et d'y donner leurs voix. Gomme t'ultramontanisme comptait beaucoup d'adeptes parmi les religieux^ qui étaient pour la plupart en lutte avec les éyèques au sujet de leurs exemptions^ les amis des Jésuites avaient soin de les avertir lorsqu'ils voulaient l'emporter dans les assemblées. C'est ainsi qu'ils les avaient convoqués pour le jour où la Faculté devait censurer la Somme du P. Garasse. Us n'osèrent pas présenter la défense de ce mauvais livre, mais ils demandèrent encore deux mois, qu'ils emportèrent à la pluralité des voix.

Les docteurs séculiers prirent de là occasion de présenter requête au Parlement, afin qu'à l'avenir chaque couvent ne fût représenté, selon l'usage, que par deux moines-docteurs. Filesac * écrivit au cardinal de Richelieu pour lui découvrir les desseins pernicieux du docteur Duval, qui s'entendait avec le nonce Spada et les Jésuites pour détruire la Sorbonne, mais tout fut inutile. Les religieux Mendiants en appelèrent de la requête de l'Université au Conseil du roi qui évoqua la cause ^. Le Parlement n'en donna pas moins un arrêt conforme aux lois et usages de l'Université. Les religieux, sans avoir égard à cet arrêt, se trouvèrent à l'assemblée du mois d'août 1627 en plus grand nombre qu'il n'était permis. Le Parlement y envoya deux conseillers, qui dressèrent procès-verbal de la contravention. Dans la réunion de septembre, la Somme théologique du P. Garasse fut condamnée comme contenant plusieurs propositions a hérétiques, erronées, scandaleuses, téméraires et plusieurs passages de TËcriture-Sainte et des Saints-Pères mal cités, corrompue et détournés de leur vrai sens, et des bouffonneries sans nombre, qui sont indignes d'être écrites et lues par des chrétiens et des théologiens. »

Le P. Garasse fut très célèbre, en son temps, par ses bouffonneries. Si on en juge par ce qui reste de lui, sa place eût été beaucoup mieux sur les tréteaux d'un saltimbanque que dans un ordre religieux. Les Jésuites l'admiraient cependant et le regardaient comme ienr meilleur écrivain.

La condamnation de la Somme du P. Garasse fut revue et conlirmée dans l'assemblée du 16 septembre.

1 Lettre de File$ac à Richelieu, dans le Joamal deSaiot-Amoiur, l.r« partie, eh. 5. /

* Les arrêts du conseil furent révoqués et l'usage de la Faculté maintenu ot confirmé. V. Archives, pièces mss., sect. Hist. L , 10 ; Journal de Saint- Amniir, l.r« partie, ch. 5.

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Cependant les religieux Mendiants s'étaient pourvus au conseil du roi contre le procèâ*\erbal du Parlement et un second arrêt qui FaTait suivi. Le roi évoqua l'affaire à sa personne^ défendit au Parlement de s'en mêler et décida que les religieux iraient aux assemblées de la Faculté comme ils avaieni accoutumé de (oui temps. Cette décision ne mettait pas (in à la lutte^ puisque les doc-^ teurs séculiers prétendaient que Tusage, confirmé par des arrêts, était contraire aux prétentions des religieux, que le roi avait Tintention de satisfaire.

Comme tout le bruit venait, en réalité, du livre de Santarelli ou plutôt de Tultramontanisme, le roi crut mettre la paix en défen-* dant à la Faculté de traiter ni diêputer de l'affirmative ou néga^ iive deê propoeitiona caneemant le pouvoir et f autorité souveraine de Sa Majesté et des autres rois et souverains^ sans expresse per*mission de Sa Majesté, par les lettres patentes en commandement, à peine d'être punis comme séditieux et perturbateurs du repo$ public .

La Faculté reçut avec respect, dit Richelieu S cet arrêt du Conseil, mais elle différa de l'enregistrer, ordonnant que la cour du Parlement en serait premièrement avertie. Les Jésuites et leurs amis, malgré la défense du roi, revimrent sur la censure de Santa*relli, et parvinrent à mettre quelques évéques dans leur cause. La cour de Rome avait donné des ordres en conséquence, et le nonce Spada mettait tout en œuvre pour obtenir de la Faculté la rétractation de la censure. On réclamait bien haut contre la note d'hérésie dont on avait flétri une opinion qu'ils prétendaient avoir été celle des docteurs de l'Église. Us auraient eu de la peine à citer un seul Père de l'Église en faveur des opinions ultramontaines, et ils faisaient bien eux-mêmes le plus souvent usage de la note d'hérésie pour qualifier les opinions de leurs adversaires ; mais ils voulaient en avoir le privilège. Des docteurs, gagnés par le nonce, prétendirent que la Faculté n'avait pas été libre dans la censure du livre de Santarelli et a demandaient liberté de se pouvoir assembler pour mûrement délibérer sur ce sujet et censurer ce détestable livre en la manière qu'il mériterait de l'être. »

Ils adressèrent cette demande à Richelieu ; ce ministre était fort embarrassé. Le pape lui avait envoyé ainsi qu'au roi, à la reine-mère, au garde des sceaux et à plusieurs prélats des brefs qui témoi-

* Mémoires de Richelieu, loe. cil ; v. NégocUtions, mas. de Spada.

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gnaient combien il désapprouvait la censure de la Sorbonne ; d'un &utre côté; c'était la doctrine de l'Église de France qui était défendue par la Sorbonne et le Parlement. Richelieu ne répondit pas immédiatement aux Duvallistes, sous prétexte qu'il voulait attendre le retour du roi, qui était alors absent. Il considérait la chose comme si importante, que « de ces étincelles, dit-il, il pouvait naître un grand embrasement. » Au retour du roi, il lui conseilla d'étouffer la discussion, tout en donnant quelque satisfaction à la cour de Rome.

Le roi profita de la première occasion qui se présenta pour obtenir ce double résultat. Cette occasion fut une thèse * que proposa, au commencement de l'année 1628, un Jacobin nommé Testefort, et dans laquelle il soutenait que les décrétales des papes faisaient partie de TÉcriture-Sainte, en tant qu'elles en étaient l'interprétation infaillible, le siège de Rome n'étant autre que l'Église. Ce gâchis ultramontain ne fut pas du goût de la Faculté, qui déclara que cette thèse ne pouvait être soutenue devant elle ; l'Université toute entière se prononça dans le même sens et enjoignit à Testefort de la révoquer, sous peine d'être déchu de tous les droits, honneurs, profits, libertés, franchises et rangs de l'Université, sans y pouvoir jamais rentrer.

Quelques évêques, qui étaient alors à la Cour, se plaignirent au roi de ce que l'Université s'occupait d'une question théologique qui n'était pas de sa compétence. En conséquence, le roi, par un arrêt du 13 décembre, cassa le décret de l'Université, et défendit de nouveau de traiter la question de la nature du pouvoir et de l'autorité. Il envoya, en outre, Cospéan, évêque de Nantes, à la Faculté de théologie, avec une lettre, pour lui enjoindre de faire un règlement pour la publication des thèses, à l'avenir ; d'enregistrer la défense qu'il avait faite de ne plus s'occuper des questions qui avaient soulevé tant de querelles; et de s'en rapporter à Tévêque de Nantes sur ce qu'il a\ait, en outre, à lui communiquer de sa part.

Cospéan ayant lu la lettre du roi, dit à l'assemblée * « qu'il avait commission de savoir Topinion de tous les docteurs, touchant les termes èsquels étoit conçue la censure du livre de Santarel. » Plusieurs docteurs protestèrent, mais inutilement, la chose fut mise en

1 Mémoires de Richelieu, (œ. cit.; Ellies Du Pin, Hist. EecU du xvii.« sièele, t. i ; D*A?rigny, Mém. chronol., ann. 1090. * Mémoires de Richelieu, Uk. cU.

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délibération. Les opinions furcïit très partagées. Les u\u se prononcèrent ouvertement pour ou contre la censure ; d'autres demandaient quelques modifications. L'évéque de Nantes rangea ces derdiers parmi les adversaires de la censure, et rédigea en ce sens un procès-verbal, dans lequel, sur soixante-huit membres, dix-huit seulement approuvaient celte censure. Les autres Tapprou^ aient eu elle-même, mais en blâmaient les termes. Ce procès-verbal l'ut remis au roi.

Le Parlement prit ouvertement la défense de la censure de la Faculté, et annula la délibération prise sous la présidence de Tévéque de Nantes, mais le roi évoqua la cause et défendit à lu Faculté et au Parlement de s'en mêler à Tavenir ; il ordonna en outi*e qu'il serait (c décidé et jugé par les cardinaux, prélats et autres qu'il députera à cet effet, en quels termes sera conçue la censure de la détestable et pernicieuse doctrine contenue au livre de Santarel, pour ce fait, être par sa Majesté ordonné ce qu'il appartiendra par raison. »

Le roi ne nomma point les membres du tribunal qu'il avait promis ; et ainsi fut assoupie, pour quelque temps, une discussion c( en laquelle, dit Richelieu^ on se portait de part et d'autre avec une animosité si grande, qu'il y avait à craindre qu'elle ne produisit quelque mauvais eilct. »

Cependant on jugea avec sévérité, dans le public, la conduite des docteurs qui s'étaient plus ou moins directement prononcés en faveur de Santarelli. Ils crurent devoir s'excuser auprès du roi, et Duval, leur chef, lui adressa en leur nom une lettre ^ dans laquelle il disait :

(( Sire, les docteurs en théologie de notre Université de Paris, vos très iidèles sujets, au nombre de trente-cinq, s'étant vus depuis six mois indignement calomnies sur l'article de la fidélité qu*ils vous doivent, ont résolu de protester devant Votre Majesté de leur innocence et de la mettre devant vous dans le degré le plus évident ; et parce qu'on nous accuse de vouloir ne vous arroger qu'une autorité empruntée, de vous rendre eu quelque façon feudataire du pape, et de refuser de reconnaître en vous le domaine direct sur tous vos sujets ; nous déclarons, en la présence de Dieu et de ses saints Anges, et sous les plus sacrés serments et les protesta-

1 Cette lettre se trouve dans les Négociations du nonce Spada, mss. 9^ de la Bibliothèque Richelieu.

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tioûs les plus fortes^ que Votre Majesté ne tient son empire que de Dieu seul; qu'elle ne relève d'aucune autre puissance qui soit sur la terre, pas même de celle du pape, et que, dans l'administration de toutes les aflaires temporeUes de son royaume, nul homme n*t droit de lui dire : pourquoi faites-vous cela? ayant en pleine pro* priété le droit et la gloire de nous commander, et nous seulement la gloire de lut obéir, d

Après ce préambule plus qu'obséquieux, Duval proteste qu'il ne s'est opposé avec ses amis, qu'à certaines qualifications trop dures de la censure, et finit en professant, d'une manière implicite, la doctrine de Bellarmin sur le pouvoir indirect du pape sur les rois.

Richer ^ ne parut point dans ces discussions, mais il en écrivit l'histoire ; nous avons dit qu'il s'était enfermé dans une profonde solitude et qu'il n'assistait plus aux assemblées de la Faculté ; il n'en suivait pas moins avec attention le cours des événements ; les excès de l'ultramontanisme animaient son zèle, et il publiait de temps à autre quelques ouvrages pour s'opposer au torrent qui menaçait d'envahir la Sorbonne elle-même. Malgré les vives souffrances qu'il ressentait à cette époque, il acheva son Histoire de§ conciles généraux, revit ses Traités des Appels comme d^abus et De la puissance ecclésiastique; il mit la dernière main à son Apologie pour l'autorité de l'Église et du concile général , à son Traité des malheurs des derniers tempsy à l'Histoire de V Université de Paris, à la défense de son livre sur la Puissance ecclésiastique et poiitiquey à la réfutation de Duval, qui avait attaqué ce dernier ouvrage ; enfin à V Histoire de son syndicat.

Tandis qu'il s'appliquait à revoir tous ses ou>Tages, il tomba plus dangereusement malade, le 10 juin 1629. Les douleurs de la pierre, qu'il ressentait depuis longtemps, devinrent si vives, qu'il demanda le saint-viatique. Duval, son adversaire passionné, mit tout en œuvre pour qu'on exigeât de lui préalablement une rétrac^ tation de son livre de la Puissance ecclésiastique et politique; on ne crut pas devoir se soumettre à ces exigences d'un ennemi. Ridier reçut, avec la piété qui lui était habituelle, les derniers sacrements ; mais il n'était pas arrivé, comme il le pensait, à sa dernière heure, et il vécut encore assez pour supporter les persécutions de Richelieu, qui, par calcul, se déclara son ennemi.

* Baillet, Vie de Richer; Lettres de Morisot; Journal des Savants, Sd août

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