‹ Histoire de l'église de France: composée sur les documents originaux et authentiquesChapitre 8 sur 26 · Ô6 HI8T0IRE · texte numérisé non relu

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serai maire, puisque vous le voulez, à condition qu'il me sera permis d'enfoncer ce poignard dans le sein du premier qui parlera de se rendre : je consens qu'on en use de même envers moi dès que je proposerai de capituler; et je demande que ce poignard demeure tout exprès sur la table de la chambre où nous nous assemblons dans la maison de ville. »

Guiton soutint ce caractère jusqu'à la tin. Un jour qu'on Jui faisait observer que la famine décimait affreusement la population^ Cl eb bien, dit-il avec calme, il suffit qu'il en reste un pour fermer les portes. »

Le 8 juillet, Richelieu écrivit aux Rochellois que, s'ils ne se rendaient sans délai, ils n'avaient plus à compter sur la clémeuce royale. Guiton, après avoir lu cette lettre publiquement, se déclara contre ceux qui proposeraient de se rendre ; prétendit que la ville pouvait tenir encore longtemps, et annonça un secours très prochain du roi d'Angleterre. Ayant Uni son discours, il renvoya le porteur de la lettre du cardinal, en lui disant qu'on n'avait pas d'autre réponse à lui donner.

La ville était loin d'avoir les forces que lui prétait Guiton, par un motif facile à comprendre, et les députés qu'elle avait envoyés au roi d'Angleterre faisaient à ce prince un tableau désolant et trop vrai de sa détresse, pour l'engager h hâter les nouveaux secours qu'il promettait. Des murmures et des attroupements commençaient à avoir lieu dans La Rochelle ; on parlait tout haut de se rendre si le secours n'arrivait pas. Pour effrayer le peuple, Guiton fit décapiter les douze qui disaient le plus ouvertement qu'il fallait cesser toute résistance, et il exposa leurs têtes sur une des portes de la ville ; mais la famine était si horrible, qu'on ne pouvait espérer longtemps retenir le peuple par de telles sévérités. Déjà les animaux les plus dégoûtants avaient servi de nourriture aux pauvres, et les plus riches étaient menacés de ne pouvoir bientôt plus rien se procurer, même à force d'argent.

Le 9 août, il fallut tenir une grande assemblée j>0ur délibérer sur le parti qu'on avait à prendre. Guiton donna un soufflet à un conseiller qui parla de rendre la ville ; mais il reçut lui-même un coup de poing, et l'assemblée se sépara en tumulte, sans avoir rien décidé. Pendant les mois d'août et de septembre, on se réunit plusieurs fois, et l'on ne craignait plus d'accuser les Anglais de trahison et de dire bien haut qu'il fallait ouvrir les portes au roi. Guiton conservait toujours la même énergie. Le 3 septembre, il assurait cncoie

ses concitoyens de la bonne volonté du roi d'Angleterre pour les secourir, a Si la flotte n'est pas arrivée, disait-il, c'est la faute de Boukingham, qui nous a trahis ; mais le roi d'Angleterre le sait, et il confiera le commandement de la flotte à un amiral plus dévoué à nos intérêts. »

La floUe anglaise parut enfin le 28 septembre (16^), à la hauteur de Tile de Ré. Le 3 et le 4 octobre, une assez vive canonnade fut échangée entre les deux flottes, en vue de La Rochelle. L'amiral anglais, convaincu de Timpossibilité de secourir cette ville, conseilla aux Protestants de faire la paix avec le roi. On entama donc des négociations, qui aboutirent à une capitulation dans laquelle on ac^ corda aux Rochellois la vie, la jouissance de leurs biens, l'abolition de leurs crimes passés et le libre exercice de leur culte. Plusieurs magistrats de la ville signèrent cette paix, le 28 octobre, au nom de tous leurs concitoyens. Le 30, les troupes du roi entrèrent dans la ville. Guiton en remit les clefs à Schomberg, qui lui déclara qu'il n'était plus maire et que les privilèges de la ville étaient abolis. Le roi entra dans La RocheUe le 12 novembre. La duchesse de Rohan, âgée de quatre-vingt-dix ans, et sa fille refusèrent d'être comprises dans la capitulation; elles furent, en conséquence, enfermées au château de Niort, comme prisonnières de guerre. Dans la nuit du 10 au 11 novembre, la flotte anglaise mit à la voile et quitta les côtes de France. Les fortifications de La Rochelle et des principales villes de la Saintonge et de l'Aunis furent détruites.

Ainsi fut réalisée la pensée favorite du cardinal de Richelieu. 11 dit lui-même ^ a qu'étant attaché aux fonctions de l'épiscopat dans le diocèse de Luçon, près de La Rochelle, il pensait souvent, dans une profonde paix, aux moyens de ranger cette place à l'obéissance du roi. a Ces pensées, ajoute-t-il, passaient alors dans mon esprit pour des songes et de vaines imaginations ; mais Dieu ayant voulu depuis que l'on entreprit ce qui ne me semblait autrefois que des chimères, et que Ton attaquât cette place pour la réduire à son devoir, je pensais, durant ce siège, à retirer de l'hérésie, par la raison, ceux que le roi retirait de la rébellion par la force. x>

La guerre continua en Languedoc jusqu'en 1629, que le duc de Rohan fit de nouveau sa paix avec le roi.

Richelieu, ayant réduit les Protestants de l'intérieur à l'impuissance par la prise de La Rochelle, poursuivit son second projet, qui

« Richelieu» Méthode pour convertir les hérétiques.

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était d'abduter la maifion hispano-autrichienne ^ Il partit Ini-méme pour ritaUe^ en qualité de généralissime^ à la tête de quara.nte mille hommes^ secourut Casal^ et prit Pignerol. Le pape s'entremit pour faire la paix. Bulles^ légats^ nonces se succédèrent avec une rapidité qui témoignait de sa volonté fortement arrêtée. Le cardinal neveu Barberini^ et le nonce Pancyrole avaient fait plusieurs voyages inutiles. Jules Mazarin^ simple prélat romain^ fut employé dans ces négociations, quoiqu'il n'eût alors que vingt-six ans ; il se distingua par son habileté^ et fut envoyé en France en qualité de nonce^ lorsque la paix fut conclue. Richelieu avait apprécié Mazarin ; et cet Italien^ grâce à un si puissant protecteur^ acquit en France une in* fluence et des richesses considérables. Nous le verrons plus tard cardinal et ministre tout-puissant^ pendant la minorité de Louis XIV. Le roi^ qui était parti pour l'Italie afin de se mettre à la tête de l'armée, étant tombé malade, se fit transporter à Lyon. Les intrigues s'agitèrent autour de lui. Gaston d'Orléans^ son frère et sa mère, Marie de Médicis, obtinrent la disgrâce de Richelieu*. Ce car^ dinal semblait perdu et se préparait à s'éloigner; le cardinal de La Valette et le fameux Capucin Joseph lui conseillèrent de faire auprès du roi une dernière tentative. Il alla le trouver à Versailles, où la reine-mère l'avait fait transporter. Louis, qui avait sacrifié son ministre par faiblesse, se remit par faiblesse entre ses mains^ et Richelieu gagna sur ses adversaires une victoire complète. Ce jour, connu sous le nom de Journée des Ihipeiy fut le commencement de l'absolutisme de Richelieu. Gaston quitta la France ; la reine-mère fut exilée à Cologne ; Les deux Marillac perdirent la vie ; des poteaux s'élevèrent de toutes parts, où l'on pendait en effigie tous ceux qui avaient secondé les vues de la reine-mère et de Gaston. Un grand nombre perdirent réellement la vie. La France et le roi lui-même tremblèrent devant les sanglantes exécutions que le terrible minis* tre ne regardait que comme une juste satisfaction à sa vengeance.

I Mémoires de Richelieu, liv. 20 et 21.

DB L*tOtlfn DB FHANCB. 159

ligue de Gaston aireo la maison bispano-autrichienne. — tes érèquee du Languedoc se déclarent pour lui. — Procès de ces évéques. — Gaston cherche k se réconcilier avec le roi.— Assemblée du clergé en 1635. — Question du mariage de Gaston. — Affaire du Directeur désintéressé de P. Camus. — Notice sur cet évéque.— Question des Réguliers. — Petrus ÀuréUus de l'abbé de Saint-Cyran. — Notice sur cet abbé. — Discussion sur le Chapelet secret du Saint-Sacrement. — Querelle de Henri de Sourdis, archevêque de Bordeaux, et du duc d'ipemim. — Albire d'Urbain Grand ier. — Biauvais vouloir de la cour de Rome pour Richelieu. — Le pape refuse de confirmer Télection de Richelieu au généralat de Citeaux et de donner le chapeau de cardinal au P. Joseph. — Démêlés de laeour de France et de la cour de Rome. — Publication et censure du Traité des libertés de V Église gàUicane. — L'Optatus-Gallus. — Opinion de l'abbé de Saint-€yran sur l'opposition faite par Richelieu au pape. — Haine de Richelieu pour l'abbé de Saint-Cyran. — Captivité de cet abbé à Tincennes.— Témoignage de saint Vincent de Paul sur l'abbé de Saint-Gyran. — Projet de Richelieu de s'emparer des biens ecclésiastiques.— Assemblée du clergé à Mantes.— Censure des Jésuites Bauni et Cellot. — Censure des sermons des Réguliers contre la Messe paiDissiale. — L'assenailée faU imprimer à ses flrais les ouvrages de Petrus Àunlius. — Mort de Richelieu. — Mort de Louis XIIl.

VmvusoKM totqours croissante de Richeliea, sur le faible Lotiis XIII, faisait le désespoir de Marie de Médicis et de Gaston. Ce dernier n'était pas homme à lutter avec énergie contre le cardinal ; il n'avait pour cela ni assez d'intelligence ni assez de caractère 9 mais, par jalousie contre le premier ministre^ il était toujours 4tispo8é à prêter son nom à tous les complots formés pour le renverser. Marie de Médicis^ pour donner à Gaston quelque énergie^ employait surtout un oratorien nommé le P. Gbanteloube^ qui avait sur ce prince beaucoup d'influence. Nous n'avons point à raconter, dans cette histoire^ les incessantes conjurations de Marie de Médicis et de Gaston^ qui ne craignirent pas de s'entendre avec la maison hispano-autrichenne pour faire la guerre à la France. La maison de Lorraine^ déchue de ses prétentions sur le trôné de France^ se joignit à eux contre le ministre tout puissant. Gaston épousa Marguerite de Lorraine^ fille du duc. Cette alliance affermit leur union, et Us ourdirent des intrigues qui enfantèrent une guerre, d'où la France ne sortit triomphante que grâce à la politique de Richelieu et au génie guerrier de Condé et de Turenne.

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Après s'être entendu avec Tétranger, Gaston * se rendit en Lan guedoc (1632). Montmorency ^ gouverneur de cette province, et la plupart des évéques embrassèrent chaudement sa cause. Ces derniers s'appuyaient, dans leur opposition, d'un motif religieux. Richelieu venait de conclure avec Gustave-Adolphe, roi de Suède, un traité contre l'Autriche. L'alliance de Richelieu avec les Protestants d'Allemagne et de Suède leur semblait un scandale, et ils ne comprenaient pas qu'elle n'était qu'un expédient pour contrebalancer la puissance énorme d'une maison qui prétendait imposer sa volonté à toute l'Europe. Les Protestants français approuvaient la politique du cardinal, aussi leurs ministres résistèrent-ils aux sollicitations qui leur furent faites par les partisans de Gaston. Ils n'avaient pas oublié sans doute la prise de La Rochelle et ne pardonnaient pas à celui qui avait détruit ce rempart de leur puissance ; leur intérêt, cependant, leur défendait de se déclarer contre lui en faveur du parti espagnol. Les évéques du Languedoc se servaient aussi, dit Richelieu, du spécieux prétexte de la conservation des privilèges du pays. Gaston et Montmorency furent battus par les troupes royales. Montmorency, convaincu du crime de lèze-majesté, fut puni de mort. Gaston ne dut la vie qu'à son titre de frère du roi. Il s'enfuit aux Pays-Ras, où il renoua ses intrigues avec l'Espagne et la maison de Lorraine. Ils n'eurent pas moins que la prétention de ressusciter la Sainie-Liguey et ils proposèrent au pape le titre de chef '. Mais celui-ci ne jugea pas à propos d'accepter cet honneur, et pensa qu'il était de son intérêt d'entretenir de bonnes relations avec la cour de France.

Louis XIII envoya alors le maréchal de Créqui à Rome, pour faire obédience au pape. Cet ambassadeur fut chargé, par Richelieu, d'obtenir de la cour de Rome la nomination de commissaires pour juger les évéques du Languedoc qui avaient pris le parti de Gaston et de Montmorency. Créqui obtint un bref à cet effet. Les commissaires furent Jean Jaubert de Barraut, archevêque d'Arles; Victor de Bouthillier, ancien évéque de Boulogne et coadjuteur de Tours; Charles de Noaillcs, évéque de Saint-Flour; Achille de Harlay de Sancy, évéque de Saint-Mâlo. Les évéques accusés étaient ceux d'AIbi, de Nîmes, d'Uzès, d'Alet, de Lodève et de Saint-Pons \

« Mémoires de Bichelieu, liv. 23.

t iHd., Ut. 24.

* F. Procédures, mss. et la Gazette de France, |Ni«Wm.

DE l/ÉGUSE DP. >RANCE. 161

L'évéque d^L-zès mourut avant qu^on eût commencé les procédures ; celui de Nîmes fut déchargé des poursuites^ en considération des services de son frère^ le, maréchal de Toiras, à condition qu'il donnerait sa démission; les évéques d'Albi, d'Alet, de Lodève et de Saint-Pons furent donc seuls en cause. Les commissaires leur adjoignirent René de Rieux^ évéque de Léon en Bretagne, qui avait engagé le marquis de Vardes à livrer la ville de la Gapelle à la reine-mère.

Dès que les accusés eurent appris qu'un bref avait été accordé par le pape contre eux, ils envoyèrent à Rome un Avignonnais qui dut s'entendre avec l'abbé d'Obazine, que Gaston avait envoyé au pape l'année précédente pour le disposer en faveur de la ligue. Cet Avignonnais avait pour mission de « supplier Sa Sainteté de révoquer son bref, de retenir la cause à soi; et lui remontrer que ce dont on les accusait n'était point un crime d'État^ puisqu'ils prétendaient n'avoir rien fait que de défendre Monsieur d'oppression, qui aussi bien venant à la couronne, chasserait ceux qu'on aurait mis en leur lieu »

Le pape n'eut aucun égard à cette demande.

En France^ le procureur-général du Parlement représenta aux ministres du roi que <k le bref du pape ne pouvait être exécuté sans lettres-patentes, qu'il ne devait avoir lieu que pour le délit commun, et que le cas privilégié demeurant toujours après le jugement des commissaires nommés par le pape, il importait à l'autorité royale que Sa Majesté donnât pouvoir à tels de ses officiers qu'il lui plairait de procéder au jugement des coupables. Le grand Conseil eut égard aux remontrances du procureur-général, et, par un arrêt du 16 mars 1633, le roi déclara que l'exécution du bref ^rait ordonnée par des lettres-patentes, et qu'en conséquence on ferait le procès aux accusés pour le délit commun a à la charge du cas privilégié, pour lequel le procès seroit fait par ceux des officiers de Sa Majesté qu'elle commettroit à cet effet, lorsqu'elle jugeroit nécessaire pour le bien de son service, le tout sans préjudice des droits de Sa Majesté, libertés, franchises et immunités de son Église gallicane, d

Les lettres-patentes furent expédiées le même jour , mais il n'y eut aucuue commission établie pour juger le cas privilégié.

Les commisscârpj; nommés par le pape commencèrent leurs procédures le 27 mai 1633, dans le couvent des Grands-Augustins à Paris ; comme le nombre des témoins était trop considérable, pour \. Il .

164 IIISTOIRR

évêqiie de Séez ; Léonor d'Étampes, évéque de Chartres; Achille de Harlay, évoque de Saînt-Mâlo, et Denis Cohon, évéque de Nîmes. Les cinq commissaires, avant de faire leur rapport, consultèrent les plus célèbres docteurs de la Faculté de théologie de Paris et des théologiens de plusieurs ordres religieux. Leur avis fut uniforme, tous déclarèrent qu'ils ne croyaient pas que les mariages dont il s'agissait fussent légitimes et validement conn-actés. Cet avis fut signé le 22 juin par les docteurs isambert, Foissart, Lescot, Hahert et Cornet, au nom de la Faculté, et les Communautés les plus célèbres envoyèrent aussi aux commissaires leur avis séparément et en bonne Ibrme ; quelques-uns ne le donnèrent pas d'une manière absolue et le soumirent au jugement du pape. Le célèbre abbé de Saint-Cyran, dont nous parlerons bientôt, désapprouva hautement cet avis ' et s'attira ainsi la haine du cardinal de Richelieu.

Les commissaires firent leur rapport à l'assemblée le 6 juillet. L'cvéque de Montpellier porta la parole, et, dans un long discours, il établit : 1» que le contract civil était la matière du sacrement de mariage et que, si ce contract était nul, il ne pouvait y avoir de sacrement; 2^ que le contrat, pour être valide, devait être conforme aux lois du' pays, et que les rois avaient le droit d'y mettre des conditions dont le défaut le rendait invalide et par conséquent incapable d'être la matière du sacrement ; 3o que la coutume du royaume, qui tenait lieu d'une loi écrite, ne permettait pas aux princes du sang de se marier sans le consentement du roi.

Lorsque Pierre de Fenoillet eut fini son discours, on lut les avis des théologiens séculiers et réguliers. Le 10, l'assemblée donna une décision conforme et déclara que la coutume de France, qui ne permettait pas aux princes du sang de se marier sansle consentement du roi, était raisonnable, ancienne, affermie par une légitime preicription et autorisée de V Église. Cette décision fut signée de tous les députés, et, le 15, les cinq commissaires, accompagnés de quelques députés, allèrent la présenter au roi, à Saint-Germain-en-Laye, et à Hichelieu, qui était à sa maison de Ruel '.

« K. Procès de Tabbé de Saint-Cyran, déposition d«» ï*«W^ de Prières.

s Ce fut à propos des discussions relaUTes au mariage de Gaston que Launôy fit son fomeuk ouvrage intitulé : Regia infnalrimonêim potestat, dans lequel il défend la décision de la Faculté et de rassemblée du clergé.

DE L'ÊGLIiiB DE FBANCE. 163

Marie de Médicis, avertie ^ que le roi avait résolu de faire décider par le clergé de France la nullité du mariage de Gaston, avait écrit au pape pour le supplier de ne pas autoriser une pareille décision. Urbain VIII ayant eu connaissance de Tavis du clergé, en parla à Tambassadeur de France à Rome, et témoigna au roi, par ses nonces, quelque mécontentement de ce que l'assemblée s était mêlée de cette affaire. On répondit au pape : « qu'il n'y avait rien de plus juste que de prendre l'avis du clergé en une affaire si importante; que la plainte qui lui était faite était suscitée par les Espagnols, qui, selon leur bonne coutume, prenaient part ù tout ce qui pouvait troubler la France ; que Sa Majesté lui enverrait bientôt l'évéque de Montpellier pour l'informer de ce qui s'était passé. »

Pierre de Fenoillet partit en effet pour Rome avec des instructions qui sont ainsi résumées dans les mémoires de Richelieu ' :

« Ledit évéque fut dépêché par Sa Majesté, le 12 octobre, pour représenter à Sa Sainteté les raisons de nullité du prétendu mariage, et l'éclaircîr de la sincérité des intentions de Sa Majesté à ce sujet. Elle lui commanda d'éviter de faire croire à Sa Sainteté que Sa Majesté estimât avoir besoin que son droit fût fortifié par l'approbation et déclaration de Sa dite Sainteté, comme si sans cela Sa Majesté doutoit de la susdite nullité; maïs qu'il avoit jugé à propos, pour la révérence et l'affection cordiale qu'il lui portoit, de l'informer plus particulièrement de la nécessité et de la justice du dessein qu'il avoit de ne permettre en sorte quelconque, pour aucun accident qui pût arriver, que ce prétendu mariage subsistât, comme étant très préjudiciable au repos de la nation, à la tranquillité de ce royaume et ensuite au bien de la chrétienté ; que Sa Sainteté ayant une parfaite intelligence de tous les intérêts det» princes chrétiens, et spécialement de cette couronne, sa>oit mieux que personne le dommage que la France recevroit de cette alliance ; qu'elle savoit l'ancienne prétention de ceux de la maison de Lorraine, et qu'ils ont pratiqué sur cet État les injustes et les violents moyens pour la faire valoir, et que quelques-uns de leur famille, qui n'y avoient que le moindre rang, se sont servis avec tant d'avantage des alliances qu'ils ont recjierchées avec les prédéccsgeurs de Sa Majesté, que depuis, le royaume a été rempli de

* Mémoires de UiclieU«u, liv. âl>.

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toutes sortes de confusions, à la veille de faire naufrage^ tant par le changement de la religion que de TËtat.

n II lui fut ordonné de représenter que Sa Majesté se confioit tant en la justice et en la bonté de Sa Sainteté, qu'elle étoit assurée que, le pouvoir de la coutume de ce royaume en fait de semblables mariages étant établi par tant de décrets et de saints canons, elle ne voudroit pas blâmer et improuver par actions contraires le procédé de ses prédécesseurs, ce qui seroit faire tort à lui-même, pour apporter un si notable préjudice aux anciens droits de la France et de son repos, au présent et à l'avenir, ce qui ne pour-*roit être que pour condescendre aux pernicieuses et injustes intentions des Espagnols, qui dévoient être tenus pour si suspects en cette affaire, que le soin qu'ils prenoient de s'y opposer devoit servir au pape d'un préjugé manifeste de la justice de cette cause, qu'ils n'impugnoient que parce qu'ils savoient la raison qu'avoit cette couronne de maintenir cette coutume; afin de se garder de pareilles surprises, que les Espagnols et leurs adhérents pourroient faire, par de tels prétendus mariages, pour troubler la maison royale et la paix publique ; que si le pape faisoit instance pour savoir ce que le roi vouloit faire par une plus ample déclaration de cette nullité, s'il se contentoit de ce que le Parlement en avoit dit, s'il vouloit s'adresser au tribunal et à l'officialité des évéques, ou se pourvoir à Rome, soit en remettant sa cause au pape ou demaur dant des juges in parlibtés, ou si le roi prétendoitque Monsieur son frère se mariât sans autre formalité ; il lui dit ne savoir pas quelle résolution Sa Majesté avait prise sur tous ces points; que sa commission consistoit à lui représenter ce dessein, et l'éclaircir des raisons légitimes et des droites intentions du roi en tout ce qui s'étoit passé sur ce sujet; qu'en la suite, il ne doutoit pas que le pape lui fit la faveur de croire qu'il n'useroit que de moyens convenables à la piété et à la justice, dont il faisoit une profession si pubb'que, et avec tant d'approbation par Sa Sainteté de ses actions précédentes, qu'il se promettoit qu'elle ne se laisseroit prévenir d'aucun soupçon qu'il s'en voulut éloigner; qu'il remontrât à Sa Sainteté que le Purlement avoit pu prononcer que le mariage n'étoît valablement contracté sans toucher le sacrement, ni offenser la juridiction eeclésiastique ; que l'avis de l'assemblée des prélats pour la confirmation de la coutume de France ne pouvoit être blâmé d'entreprise, ni contredit par aucune contraire autorité , étant conforme à tout ie passé, et n'avoit pu être dénié à Sa Majesté, laquelle, lelon

DE L*iGLlBS DB FIANCX. i6t

Fezemple de ses prédécesseurs^ déféroit beaucoup aux témoignages du clergé, qu'en cette occasion les prélats avoient fait beaucoup moins que ceux qui s'assemblèrent à Sentis, sous Charle&*le-» Qmwft, el excommunièrent Beaudouin et Judith, ce que le pape Nicolas L«' n'approuva pas ; que si le pape insistoit que les ^ois avoient accoutumé de recourir à lui en semblables cas, alléguant l'exemple de Henri IV et autres, il répondit que le roi souhaiterait a\ee passion que la décision de cette affaire pût être remise h la seule personne de Sa Sainteté, et qu'il s'assuroit qu'elle n'en àovt* toit pas, connaissant comme elle faisoit le sujet qu'il avoit de se confier totalement en sa justice, joint à l'affection qu'elle portoit à la France et à sa personne ; mais que plusieurs prudentes raisons ne permettoient pas à Sa Majesté de charger le pape de cette peine, entre lesquelles la malice des Espagnols, qui les portoit à calomnier les plus justes actions de Sa Sainteté, n'étoit pas d'un petit poids en l'esprit de Sa Majesté, pom* le déplaisir qu'elle auroit d'augmenter le travail que ces gens-là donnoient à Sa Sainteté en toutes rencontres; qu'elle savoit aussi que, pour ce qui étoit de la Cour de Rome, le pape connaissoit mieux qu'aucun autre les partialités que les Espagnols y fomenloient, et la puissance qu'ils y avoient ao qoise par toutes voies, en sorte que le roi ne croyoit pas qu'elle lui voulut conseiller de commettre à un tel point les très certains el inviolables droits de la France, confirmés par les exemples àeâ papes et de tant de siècles passée sans aucune contestation, qui n'aUoient point à une moindre conséquence que la ruine de l'Étâi an temps présent et à la postérité ; que, comme il étoit de la prudence des princes de recourir aux papes en telles occurrences, pour s'appuyer de leur autorité, lorsqu'il n'y avmt point sujet de craindre dé l'exposer aux indignités et sinistres interprétations de personnes puissantes, que la même prudence requéroit de s'en abst^ nir quand Ton prévoyoit cet inconvénient; outre qu'il devoît insinuer que ce recours n'étoit pas toujours nécessaire, et qu'il dépendoit de plusieurs concurrences auxquelles les papes et les rois dévoient avoir égard pour leur propre intérêt; qu'en France nous avions nos concordats approuvés du Saint-Siège, ce qu'il diroit sans offenser le pape et lui faire venir la pensée qu'on voulut se passer de lui, mais bien qu'on le pouvoit sans lui faire tort, que s'il offroit de députer des juges in partibus, il l'écoutât sans refuser ni accepter, et en dcmnàt promptement avis au roi. Remarquant si le pape prétendoit de commettre des évéques fimuçois ou d'an autre

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pays, auquel propos^ si le pape alléguoit que les évéques dfi France seroient suspects à la princesse Mai^erite^ il lui diroit qu'il ne se* roit pas facile d'en trouver ailleurs auxquels le roi et Monsieur son frère se pussent confier, à cause de la grande brigue des Espagnols et des Lorrains, leurs adhérents, qui ne voudroient aussi se soumettre au jugement des ecclésiastiques dans l'obéissance des princes confédérés de Sa Majesté. D'où le dit sieur évéque pourroit inférer la difficulté que le pape trouveroit en cette affaire, quand même il voudroit qu'elle dépendit de lui, et qu'il feroit mieux, pour toutes sortes de bonnes raisons, d'approuver les moyens que le roi estimeroit plus convenables au bien de la chrétienté et de sa couronne, qui ne seroient jamais que très conformes à la coutume de ce royaume, approuvés par le souverain pontife, comme il étoit dit ci-dessus, et confirmés par le témoignage public de tous les Ordres de la France, et spécialement des ecclésiastiques, qui y avoient et y tenoient encore les premiers rangs. »

L'évéque de Montpellier fut bien reçu à Rome, et a dissipa, dit Richelieu, toutes les menées que les Espagnols faisoient pour faire trouver mauvais au pape ce qui s'étoit passé sur ce sujet. » Urbain se déclara même satisfait « du procédé qui avoit été tenu en cette afTaire, » selon RicheHeu ^; cependant, au point de vue théologique, il n'approuva pas Tavis du clergé de France, et répondit toujours qu'il ne pouvait regarder comme invaUde un mariage contracté avec toutes les conditions prescrites par le concile de Trente; et que, s'il était contraire aux coutumes de France, on pouvait le déclarer nul quant aux efiets civils, quoiqu'il ne le fût pas quant au sacrement.

Après que le clergé eut donné son a\is touchant le mariage des princes, deux conseillers d'Etat se rendirent k l'assemblée pour lui demander une subvention volontaire ^ afin d'aider le roi à supporter les frais de la guerre qu'il avait à soutenir contre l'Espagne et TAutriche, et <r décharger d'autant son peuple, qui étoit déjà assez oppressé par les nécessités des guerres passées, tant civiles qu'étrangères, et contre les Huguenots ^i» ce sont les paroles de Riche-> lieu lui-même, qui ajoute :

1 Mémoires de Richelieu, liv. 27.

* Prccès- verbal de rassemblée de 1635 , t. ii de la Collection générale; Mémoires de Richelieu, liv. 26 ; Journal de rassemblée de 1635, par Moreau, abbé de Saist-Josse; Mss. de la Biblioih. de TArsenal, Juri?p., no 27.

3 Mémoires de Richelieu, loe, cit.

a Quelques-uns des députés mirent eu avant qu'il étoit à propos d'a\oir le consentement de Sa Sainteté auparavant que de faire lever ladite somme sur le clergé ; mais ils se rendirent k Topinion des antres^ quand ils eurent considéré que le pape avoît déjà accordé cette année une subvention au roi d'Espagne sur les biens ecclésiastiques de son royaume.

» De plus, ajoute Richelieu, cette coutume de demander, en semblables occasions, la permission de Sa Sainteté, était dès longtemps abrogée en France, et l'avoit particulièrement été à cause des abus commis en tels cas par la Cour de Rome, qui avoît mémement envoyé des buQes sous Charles IX, par lesquelles Sa Sainteté permettoit au roi de faire vendre cent mille écus de rente des biens de TÉglise, malgré les ecclésiastiques, lesquelles bulles furent enregistrées au Parlement, hormis ces paroles ; malgré les ecclé^ siastiques, qui furent rejetées.

D Et enfin, cette demande qu'on eût faite au pape eût donné occasion à l'empereur et au roi d'Espagne de lui en faire de semblables pour les ecclésiastiques de leurs Etats, ce qui eût été donner une Quverture non-seulement contre le bien de cet Etal, mais encore de toute l'Église. Le nonce qui résidoit près du roi ne jugea pas en devoir faire plainte, pour les raisons ci-dessus alléguées, auxquelles il ne crut pas pouvoir apporter de réponses assez solides pour se formaliser de ce qu'on avoil fait, o

L'assemblée de 1635 s'occupa, comme la plupart de celles qui eurent lieu pendant le dix-septième siècle, des entreprises des Réguliers contre la juridiction épiscopale. Une guerre ouverte existait entre ces religieux et le clergé séculier. Les premiers étaient secrètement soutenus à Rome, où on les considérait comme mie armée dévouée k l'ultramontanisme, mais les évêques de France luttaient contre eux avec une énergie qui forçait la Cour de Rome à dissimuler la protection qu'elle leur accordait.

Parmi ces évéques, les uns les combattaient avec une dignité et une fermeté vraiment dignes de l'Église, et d'autres s'emparaient des ridicules et des vices des Ordres religieux dégénérés, pour les livrer au mépris et à la risée du public. Parmi ces derniers, on remarquait surtout Pierre Camus, évéque de Belley, dont l'assemblée de 1635 prit la défense contre les moines.

Pierre Camus était un évéque de grande vertu. Son intimité avec saint François de Sales l'avait rendu célèbre, et ses nombreux ou-

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