IST0UC
tojt P4S tbéologieo, ne put Tentendre^ et de ceux-là encore^ ^pitl trois ou quatre lectures. Il eut donc le dégoût de ne recevoir de louanges de personne et de remerciement^ de fort peu et de pur compliment i et les connaisseurs crurent y trouver^ sous ce langage barbare^ un pur Quiétisme^ délié, afUné, épuré de toute ordure, séparé du grossier, mais qui sautoit aux yeux, et avec cela des subtilités fort nouvelles et fort difQciies à se laisser entendre çt bien plus à pratiquer. Je rapporte non pas mon jugement, comme on peut croire, de ce qui me passe de si loin, mais ce qui s'en djt alors partoiit; et on ne parloit d'autres choses, jusque ches les dames ; h propos de quoi on renouvela ce mot échappé à madame de Sévi^Qé lors de la chaleur des disputes sur la Grâce ; a Epais- » sissez-moi un peu la religion, qui s évapore toute, à force d'être » subtilise, a
» Ce livre choqua fort tou le monde : les ignorants parce qu'ils n'y entendoient rien ; les autres par la difliculté à le comprendre, à le suivre et à se faire à un langage barbare et inconnu; les prélats opposés à l'auteur, par le ton de maître sur le vrai et le faux 4es ipaximes, et par ce qu'ils crurent apercevoir de vicieux dans celles qu'il donnoit pour vraies. Le roi surtout et madame de Maintenon, fort prévenus, en furent extrêmement mal contents et trouvèrent extrêmement mauvais que M. de Cbevreu^e eût fait le personnage de correcteur d'imprimerie, et que M. de BeauviUiers se fût chargé de le présenter au roi en particulier, sans en avoir rien dit à madame de Maintenon, et M. de Cambrai à la cour, qui le pouvoit bien faire lui-même; il craignit peut-être une mauvaise réception devant le monde et en chai^ea M. de BeauviUiers, qui avait des temps plus familiers et seul avec le roi, pour faire mieui^, recevoir son livre, par la considération du duc, ou cacher au monde s'il était mal reçu. »
Les ducs de Chevreuse et de Beauvilliei*s s'aliénèrent madame de Maintenon par la défiance qu'ib lui montrèrent en cette circonstance.
a Parmi ces mouvements de doctrine et d'écrits % M. de Cambrai avoit songé à de plus forts secours. Ajni des Jésuites, il se les étoit attachés et ils étoient à lui en corps et en groupes, à la ré-
^ Héffloires da 4uc da Sdiat-Simoii, (oc. dt ; d^Agu^^seau, Mémainos sur les affaires de TÉglise de France ; Correi<pond8nces de Bessuei et 4e Fénélon.
DE t'iùUêë M FHAKGE. lAA
lerre de quelques perlieiilien plus eonndéimbles par leor mérite (foe par leur poids et par leur influence dans les seofets, la conduite et le gouvernement intérieur de la compagnie. Il sevoyoit sans ves^ source en France, a\ec les premiers prélats en savoir, en piété, en crédit contre lui, qui, ayant la cour déclarée pour eux, meneroient tous les autres évéques. il songea donc à porter son affaire à Borne, eu il espéra tout par une démarche si contraire à nos mœurs et ai agréaUe à cette cour, qui affecte les premiers jugements, et qoe toute di^iute un peu considérable soit d'aborA portée devant eila sans être d*abord jugée sur les lieux. Il y compta sur le crédit des Jésuites, et la conjoncture lui présenta une autre protection dont il ne manqua pas de s'assurer.
» Le cardinal de Janson étoit depuis six ou lept ans à Rome ; il y svoit très dignement et très utilement servi : il voulut enfin re» Tenir : le cardinal de Bouillon n'avoit pas moins d'envie de INr aller relevei*. La frasque ridicule qu'il avoit faite sur cette terre du Dauphiné et d'Auvergne * et d'autres encore avoient diminué sa coBsidération et mortifié sa vanité. II vouloit une absence, et une absence causée et chargée d'aiikires, pour revenir ensuite sur un meiHeur pied, il n'y avoit plus que deux cardinaux devant lui et il £alloit être à Rome, à la mort du doyen, pour recueillir le déoa- Dit du sacré collège. M. de Cambrai s'étoit lié d'avance avec lui, et rintérét commun avoit rendu cette liaison facile et sûre. Le c^uw dînai voyoit alors ce prélat dans les particuliers intimes de madame de Maiolenon et maître de l'esprit des ducs de Chevreuse et de Beaavilliers, qui étoicnt dans la laveur et la conSanoe la plus d^ duée. Bouillon et Cambrai étoient aux Jésuites et les Jésuites éloient à eux, et le prélat, dont les vues étoient vastes, comploit ém seiervir utUraient du cardinal et à la com* et à Rame. Son crédk à la cour tombé, celui de ses amis fort obscurci, l'amitié du Itti devint phia nécessaire. »
^ Saint-Sinioa fait tUusion ici à un fait qui $*était passé, peu aupaiavaot» à propos d*UDe petite terre d* Auvergne, nommée Dauphiné, et qui d^Dnait à eeloi qui h possédait le nom de dauphin, comme à Théritier présomptif de la cnwaone. Le caidinal de Booinon s*était donné beaucoup de peine peur ob« tenir ce beau résultat pour sa famille. Sa vanité nobiliaire Tavait rendu ridicule à la cour. Il prétendait que les Noaille avaient été autrefois domestiques de Si faniHe, ce qui le rendit très jaloui contre Tareheveque de Puit, que nous TemasbisalOt décoré de la pourpre, et qui était fort Mea auprès de nadame <lc Maintenon et du roi.
156 HISTO»«
Le cardinal devait aux ducs de Beauviilienet de Ghevreuse d'avoir été choisi pour remplacer à Rome le cardinal de Janson^ et ces courtisans venaient défaire nommer son neveu^ Tabbé d'Auvergne, abbé de Cluny. Le cardinal de Bouillon partit de France avec l'intention bien arrêtée de servir des amis qui lui avaient été si utiles et de les remettre en selle, comme dit Saint-Simon, en provoquant à Rome un jugement favorable aux opinions qui leur avaient fait perdre leur crédit à la cour. On dit même alors que Fénélon et le cardinal de Bouillon avaient fait leurs arrangements secrets dans la prévision d'une décision favorable ^ La pourpre, pour l'archeyéque de Cambrait aurait été le gage de son triomphe et l'entrée au conseil, le fruit que le cardinal de Bouillon aurait retiré de son intervention auprès du pape. Ce prélat, qui était Vhomme le plue chimérique qu'il y eût alors en France, se berçait de rillusion de remplacer dans le gouvernement Richelieu et Mazarin. Il ne réfléchissait ni à son incapacité ni aux dispositions du roi, qui n'avait jamais, depuis sa majorité, placé aucun prélat dans la haute charge de ministre.
Les archevêques de Paris et de Reims et Tévêque de Chartres étaient souverainement odieux au cardinal de Bouillon ; il était jaloux de leur influence à la cour, mais il espérait, par son influence k Rome, humilier Noailles et Le TeUier qui s'étaient posés en antagonistes des Jésuites. Quant à l'évêque de Chartres, ce n'était à ses yeux qu'un cuistre violet dont l'influence disparaîtrait naturellement devant le grand nom que lui, cardinal de BouiUon, portait avec tant de gloire.
« Toutes ces choses ensemble étoient. plus qu'il n'en falloit pour enflammer le cardinal de Bouillon et pour lui faire entreprendre et porter la cause de M. de Cambrai en tout et plus que la sienne propre *. »
Le succès sur ce point, était en effet le moyen le plus direct d'humilier en même temps Noailles et Godet-des-Marais; de rétablir Fénélon à la cour avec l'auréole du vainqueur et^ par là même, le cardinal lui-même comme le premier auteur du t*iomphe.
Fénélon avait assisté au triste succès qu'avait eu à la cour le livre des Maximes des Saints. Un calviniste de Hollande en fit seul
^ Méoioîres du duc de Saint-Simon, 1. 1, ch. 40 ; d'Aguesaeau, Mémoires sur les affiires de TÊgliae de France ; Phélippeaui, Relation du Qmdtismc. * Mémoires de Saint-Simon, lœ, cil.
DE L'ÊfiUSB De FEA9(CC. 157
l'éloge dans le Journal der savants de ce pays. Il partit, humilié et confus pour son diocèse. Il tomba malade avant d'y arriver et resta à six lieues de Versailles, chez Malézieux, son ami.
Les Jésuites se trouvèrent aussi embarrassés que l'archevêque de Cambrai lui-même. Partagés entre lui et la cour, ils détestaient Bossuet, qui ne favorisait ni leur doctrine, ni leur morale; en outre, ff son crédit les oontenoit, dit Saint-Simon, et son savoir et u réputation les accabloient. » Us n'aimaient pas plus Noailles, qui n'avait pas lui-même plus de sympathies pour eux que Bossuet et qui avait surtout le tort grave d'être monté sur le siège de Paris, sans eux et comme malgré eux ; enfin Godet-des-Marais leur préférait la congrégation de Saint-Sulpice, ce qui était à leurs yeux, non-seulement une preuve de très mauvais goût, mais un crime. A ces trois adversaires de Fénélon se ralliait Le Tellier, archevêque de Reims, l'ennemi le plus déclaré qu'eussent les Jésuites dans Tépiscopat français. Le P. de La Chaise, confesseur du roi et le P. Valois, confesseur des princes, s'étaient prononcés en faveur du livre de Fénélon. « On mit le roi en colère', et il s'en expliqua durement avec ces deux Jésuites. Les supérieurs, inquiets des suites que cela pourroit avoir pour le confessionnal du roi et des princes, et par conséquent pour toute la Société, en consultèrent les gros bonnets à quatre vœux ; et le résultat fut qu'il fallait céder ici î Torage, sans changer de projets pour Rome. C'étoit le carême ; le P. La Rue prêchoit devant le roi; on fut donc tout à coup surpris que, le jour de l'Annonciation, ses trois points finis, et au moment de donner la bénédiction et de sortir de chaire, il demanda permission au roi de dire un mol contre des extravagants et des fanatiques qui décrioient les voies communes de la piété, autorisées par un usage constant et approuvées de l'Église, pour leur en substituer d'erronées, nouvelles, etc. De là, il prit son thème sur la dévotion à la Sainte-Vierge, parla avec le zète d'un Jésuite commis par ta Société pour lui parer un coup dangereux; et fit des peintures d'après nature par lesquelles on ne pouvoit méconnoitre les principaux acteurs pour et contre. Ce supplément dura une demiheure, avec fort peu de ménagements pour les expressions, et se montra tout à fait hors d'œuvre. M. de Beauvilliers, assis derrière les princes, l'entendit tout du long, et il essuya les regards indiscrets de toute la cour présente. »
* Mémoires du duc de Saint-Simon, ibid*
f9Â nisToine
Le même Joui*, les Pères Bourdaloue et Gaillard firent retentir tes chaires de Paris des mêmes plaintes contre les nouveauï Quiélistes. Le Jésuite qui prêchait à la paroisse de Versailles en fit autant. Les deux premiers agirent ainsi d'autant plus Volontiehî qu'ils ne partageaient pas la doctrine commune de leur Société. Bourdaloue ne dut qu'à son génie les ménagements qu'on eut pourhil* ,'le P. Gail* lard, (fcA passait pour n'avoir de Jésuite que l'habit, fut heureux d'avoir des amis puissants et beaucoup de réputation; le P. La Rue put déclamer contre les Quiétistes avec conviction, car il n'était pas non plus Jésuite très solide. Il aimait Bossuet et fut disgracié peu après par ses supérieurs, qui l'envoyèrent prêcher les protestants du Languedoc*. Ces trois orateurs n'en avaient pas moins rempli une mission que leur avaient donnée les supérieurs de la Compagnie pour convaincre la cour qu'ils étaietit, comme le roi, opposés aux Quiétistes et à l'archevêque de Cambrai. Mais en même temps, ces supérieurs jésuites s'apprêtaient h tenir à Rome une conduite toute contraire, et ils s'entendirent pour cela avec le cardinal de Bouillon.
Les choses en étaient là lorsque Bossuet publia son fngiruction ÈUt ki états (toraiàon. Nous laisserons le duc de Sairtt-Simou dire la manière dont cet ouvrage fut reçu à la cour, où H se trouvait :
(cC'étoit, dit-il', un ouvrage en partie dogmatique, en partie historique de tout ce qui s'étoit passé depuis la naissance de l'affaire jusqu'alors, entre lui, M. de Paris et M. de Chartres d'une part, M. de Cambrai et madame Guyon de l'autre. Cet historique très curieux, et oh M. de Meaux laissa voir et entendre tout ce qu'il ne voulut pas raconter, apprit des choses infinies, et fit lire le dogmatique. Celui-ci, clair, net, concis, appuyé de passages sans nombre et partout de l'Écriture et des Pères ou des conciles, modeste^ mais serré et pressant, parut un contraste du barbare, de l'obscur de l'ombragé, du nouveau, et du ton décisif de vrai et de faux, des Maximei des Saints; on le dévora aussitôt qu'il parut. L'un comme inintelligible, ne fut lu que des maîtres en Israël ; l'autre, à la por-
* Botrrd^knie, consulté pat modatiie de Maintenon, lut éerivH une Mirtt totltage et très bien raisomëe contre le nouveau Q«iéthnae.
* V, le Journal de Tabbë Le Dieu, 2f octobre ilQU
> Mémoires du duo de Saint-Simon, t. i, ch. 41. F. sur Teffet quo produisirent à Rome les ouvrages de Bossuet, sa correspondance avec son noveu et iivoc Tabbé PbélippeatiY, son grand-TiCAÎr?.
DE L'èOLISC DE FRANCE. 159
lée ordinaire^ et secouru de la poînle de ITiislorique, fu! reçu avec aTidiié et déroré de même. Il n'y eut homme ni femme^ à la cour,
£! ne se fît un plaisir de le lire, et qui ne se piqu&t de l'avoir \% sorte qu'il fit longtemps toutes les conversations de la com* et de la Tille. Le roi en remercia publiquement M. de Meaux. En même temps, M. de PaHs et M. de Chartres donnèrent chacun une in^ truction fort tfaéologique, en forme de mandement, à leur diocèse, mais qui fut un volume, surtout celui de M. de Chartres, dont la profondeur et la solidité l'emporta sur les deux autres, au jugement des connaisseurs, et devint la pierre principale contre laquelle M. de Cambrai se brisa, n
Les deux livres de Bossuet et de Fénélon causèrent un grand fracas dans le monde. Le roi s'interposa et obligea Fénélon à sou* mettre le sien & une commission composée des archevêques de PiMÎs et de Reims, des évêques de Meaux, Chartres, Toul, Soiswns et Amiens. L'archevêque de Paris et les évêques de Meaux et de Chartres étaient ses adversaires déclarés; l'archevêque de Reims LeTdlier, s'était ouvertement joint à eux ; l'évêque de Tou), de K»y, était un courtisan qui devait toujours être de l'avis du pouîoîr; l'évêque de Soissons était un fat rempli d'ambition, qui avait échangé son évêché d'Avranches avec le savant Huet, pour être plus rapproché de la cour, qui était son oracle; l'évêque d' Amiens, très pieux et très instruit, suivait en tout les inspiratioQs de Bossuet. Fénélon ne pouvait rien attendre de favorable d'une semblable commission. Ses adversaires déclarés avaient formé l'esprit de la cour, et les autres regardaient cet esprit comme leur règle de eondnite.
Dans le même temps, madame de Maintenon, qui régnait sur le roi, manifestait hautement ses sentiments en renvoyant de Saint- Cyr trois dames bien connues par leur attachement à madame Gttyon, et en disant hautement que cet attachement était la cause de leur expulsion.
« Tout cela, dît Saint-Simon, fit prendre à M. de Cambrai le parti d'écrire au pape, de porter son affaire devant lui, et de demander permission au roi d'aller la soutenir à Rome ; mais le roi le lui défendit. M. de Meaux, là-dessus, y envoya son livre au pape, et M. de Cambrai eut la douleur de recevoir une réponse aècbe du pape et de voir M. de Meaux triompher de la sienne. »
Cependant, dans la lettre ' que Fénélon avait écrite à Inno-
* r. la Lettre de Fénélon à Innocent XII, dans sa correspondance.
160 HtSTOUI£
cent XII pour lui déférer son livre^ il avait eu recours à tout ce que Tesprit et Tart pouvaient inspirer de [dus subtil et de plus délicat. Sans froisser ouvertement la susceptibilité du roi et du clergé, en attaquant, comme il le faisait, les libertés de TÉglise gallicane, il en disait assez pour flatter la cour de Rome et se rendre le pape favorable. Malgré toutes les ressources de son spécieux génie, il ne put lutter contre la science de Bossuet et contre le crédit d'un roi que le pape tenait tant à ménager. Cependant, il sut tirer un admirable parti de sa position d'opprimé. « En général, dit avec raison Saint-Simon, on est envieux et on n'aime pas l'air d'oppression. » Sa lettre lui conquit quelques éloges, et a il vit une lueur du retour du public. 11 ne jouit pas longtemps de cette petite prospérité ; elle fit peur à ses ennemis. Ils irritèrent le roi, qui, sans le vouloir voir, lui fit dire de s'en aller sur-le-champ à Paris, et, de là, dans son diocèse, d'où il n'est jamais sorti depuis. »
En partant, il laissa entre les mains d'un ami une lettre où il épanche sa bile avec le style amer d'un homme qui n'a plus rien à espérer, mais avec cet esprit et cette finesse qui forment comme le caractère distinctif de son génie. On lut son manifeste avec plaisir, mais on pensa que le silence eût été plus digne de lui dans sa chute.
La cour de Rome accepta avec empressement la cause que lui avait déférée l'archevêque de Cambrai. Elle était heureuse de cette occasion de juger en première instance la cause d'un évéque, et de tenir à ses pieds ceux qui lui déniaient le plus énergiquemeut ce jugement qu'elle réclamait comme un droit. L'affaire de Fénélon fut soumise à la congrégation qui était chargée d'examiner le livre du cardinal Sfondrate, dénoncé par Bossuet et quatre autres ' évoques comme Pélagien. Sfondrate fut absous, grâce à la pourpre dont il avait été revêtu. Quant à Fénélon, il avait contre lui Louis XIV, il devait donc succomber, malgré l'intervention du cardinal de Bouillon et des Jésuites.
Une humiliation qu'éprouvèrent alors ces religieux à la cour de France aurait dû faire comprendre à Fénélon que, malgré leur influence, ils ne pouvaient rien pour lui.
1^ Tellier, archevêque de Reims *, avait publié, en 1697, une
^ Mémoires de Saint-Simon, t. ii, ch. 7, édit. du marquis de Saiot-Simon, de 18â9 ; Lettre de Bossuet à son neveu, du 20 janvier i606 ; Oétineau-Joly, H'St. d«» la Compacte de Jésns, t. iv, chap. 0.
DB L'^GLISB DB FBAHCB.
ordonnance dans laquelle il s'exprimait^ touchant la doctrine et la morale^ d'une maaière qui avait déplu aux Jésuites. Ils essayèrent d'obtenir de l'archevêque une explication qui les mit hors de cause; mais il s'y refusa positivement. Ces religieux, peu accoutumés à éprouver de la résistance, éclatèrent contre l'archevêque de Reims par un pamphlet, dans lequel on ne le ménageait pas ; mais ik ne s'étaient pas fait connaître ofticiellement pour auteurs^ afin de €e réserver la liberté de savourer l'écrit et de nier leur participation, selon leur habitude. L'archevêque, outré du pamphlet, en porta ses plaintes au roi. L'écrit fut supprimé et l'imprimeur sévèrement puni. Les Jésuites, seuls coupables, se hâtèrent d'afiirmer qu'ils ne connaissaient point l'auteur de l'écrit; Le Tellier ne !« contenta pas d'un désaveu dont il connaissait la valeur. Les Jésuites eurent recours au roi, mais « ils ne purent rien obtenir, smon que le roi parlerait à Monseigneur de Reims pour qu'il ne les poussât point à bout par des écrits et une interdiction dans son diocèse, o L'archevêque, pour faire sa cour, sembla s'apaiser. Le- [««nier président du Parlement, chargé par Louis XIV d'accommoder le différend, décida que le Provincial des Jésuites et les trois supérieurs des trois maisons de Paris rendraient visite à l'archevêque de Reims. Ceux-ci obéirent, ne parlèrent point au prélat de son ordonnance, et a ne lui demandèrent autre chose que de vouloir être persuadé de la sincérité de leurs respects, et de la protestation qu'ils lui faisoient qu'aucun des leurs n'étoit capable d'avoir (ait récrit dont il avoît lieu de se plaindre, qu'il avoit paru sans qu'ils en eussent la moindre connoissance et qu'ils l'improuvoient de tout leur cœur, en le suppliant de les honorer du retour de sa bienveillance. L'archevêque les reçut et leur répondit assez cavalièrement. Ils ne s'en aimèrent pas mieux ; mais, de part et d'autre, ils n'osèrent plus s'escarmoucher ^ (1698). »
Pendant ces disputes, le cardinal de Bouillon se rendait à Rome. Comme a Sa Princerie était sa folie dominante, » dit le duc de Saint-Simon, il en usurpa à Rome tous les avantages qu'il put. Il ^ prétendait surtout à Vallesse eniinentissime, qu'il se faisait donner partout par ses valets. Il ne trouva à Rome que Vaini, qui, à force d'argent, s'était fait faire prince par le pape, qui voulût lui accorder «on litre de prédilection. Pour Ven récompenser, le cardinal le
^ MéflQoirejdu duc de Saint-Simon, t. ii, ch. 7.
1(%2 NISTOIRV
fil nommer chevalier de l'ordre du Saint-Esprit *. Un homme aussi ridicule n'aurait pu atoir d'influence à Rome s'il n'avait sacrifié aux exigences uhramontaines les instructions de celui dont il était l'envoyé, et s'il n'avait eu les Jésuites pour appui. Ce fut surtout dans l'affaire de l'archevêque de Cambrai h Rome qu'il manqua h ses devoirs d'ambassadeur et de Français.
Tandis qu'à Rome on examinait le livre des Maximes des Saints, une vive polémique existait, en France, entre Bossuet, Noailles et Godet des Marais d'une part, et Fénélon de l'autre. On avait pris la résolution de ne le plus ménager, afin de convaincre tout le monde de sa mauvaise doctrine *, et aussi h cause du peu de franchise que montrait l'archevêque de Cambrai •. Comme Fénélon s'était prévalu de prétendus aveux de ses adversaires touchant les trente-quatre articles d'Issy, ceux-ci publièrent une déclaration, dans laquelle ils soutenaient que la doctrine du livre des Maximes des Saints était opposée à ces articles. Fénélon avait fait aussi imprimer une instruction pastorale, assez mal digérée, dit d'Aguesseau ^, et qui était comme l'apologie de sa doctrine. Aussitôt après, Bossuet iit paraître plusieurs ouvrages contre lui, savoir : une préface sur l'instruction pastorale de M. de Cambrai ; cinq autres écrits sur le même sujet; et un sommaire de la doctrine du livre des Maximes, sous le titre de : Explicati(m des Majcimes des Saints, etc. Cet écrit fut imprimé en français et en latin, ainsi que la déclaration des trois évêques. Fénélon s'étant appuyé sur l'autorité des théologiens mystiques et scholastiques en faveur
* Le duc de Saint-Simon raconte, dans ses Mémoires, t. u, ch. 9, les moyens employés par le cardinal de Bouillon pour faire son neveu, Vabhé d* Auvergne, cardinal, ^empereur demandait très instamment le chapeau ponr révoque de Javarin, et le roi de France s^y opposait formellement. Le eanKnal de Bouillon écrivit au roi qu*il n'était plus possible d*empdoher la promotion demandée par Tempereur, mais qu*il était parvenu à obtenir du pape un chapeau pour un Français, et que le pape voulait que ce fût Tabbé d*Auvergne. En même temps, il affirmait au pape que le roi conf^entait à la promotion de révdque de Javarin, mais à condition qn*il donnerait le chapeau à l'abbé d* Auvergne. Le pape soupçonna quelque intrigue. Elle fut déoouverte lorsque le roi eut envoyé, pour éclaircir cette affaire, un courrier à Home. Le cardinal de Bouillon en fut pour ses efforts diplomatiques, qui avancôrpnt 99 (lisgrilce.
-' Lettre de Tabbé Le Dieu à Tabbé Bossuet, du J9 mai 1606.
^ Bossuet, Lettres à de La Broue, des 16 et 23 février 1687.
'" D*AguPS<«eau, Mémoires sur les affaires de rÉglise de France.
DB L*60LISB DB FRA^fCF. fSH
de «68 opinions. Bossue! lui ôta cette ressource dans troin ouvrages Jatins qui parurent avec rapidité, et intitulés : Mystici in tuto; Sckùla m tuto; QuiétUmus redivivtu K
Fénéion fit imprimer une réponse à la déclaration des trois évéqties, et plusieurs lettres contre leurs instructions pastorales, idreseées à rarofaevéque de Paris^ à Tévéque de Meaux et à celui de Chartres. La plupart de ces ouvrages de Fénéion précédèrent ceux de l'évéque de Meaux mentionnés ci-dessus. Après les avoir publiés, FénéloB écrivit au Père de La Chaise et au nonce, afin d'empécber Bossuet de lui répondre ; mais ce fut en vain *• Comme Fénéion s'était appuyé, dans ces lettres, sur quelques circonstances des relations qu'il avait eues avec ses adversaires, et qu'il ne les raconlait pas avec exactitude, Bossuet lui opposa sa Relation du Qmé^amey dans laquelle il fit Thistorique de tout ce qui s'était passé jusqu'alors en cette affaire.
Pendant que l'on publiait tous ces écrits en France, on travaillait activement à Rome à faire condamner Fénéion. Bossuet v avait envoyé son neveu, qui devint évêque de Troyes, et Tabbé Phélippeaox, son grand vicaire, qui nous a conservé la relation de tout ce qui s'y passa alors '• Fénéion y envoya l'abbé de Chanterac pour le représenter, et y fit passer ses ouvrages, après leur avoir fait subir, toutefois, quelques modifications ^.
Bossuet n'approuvait pas la démarche de Fénéion, qui avait déféré au pape Je jugement de son livre, contrairement aux coutumes de l'Église de France ; mais le livre des Maximes des Saints étant examiné à Rome, il lui semblait plus sage de poursuivre Terreur sûr le terrain où on l'avait portée, que d'abandonner le jugement aux hasards des intrigues et de» iniluences qui se don-
* les mystiques en sûreté ; VÉeoU en sûreté; le Quiétigme ressuscité.
* Lettre de Bossuet à son neveu, du 10 mars 169B*
' F. Correspondance de Bossuet avec son neveu et avec l^abbé Phélippeaux ; t^rrespondonce de Fénéion avec TabBé de (Chanterac; Rplntion de l*origine, du progrès et de la condamnation du Quiétisme répandu en FrHiie^^ par J. Phélippeaux. Cet abbé voulut, par testament, que son ouvrage ne fût publié que 20 ans après sa mort. Bossuet, qui connaissait ce livre, et qui le trouvait d'une parfaite exactitude, ne jugeait pas non plus sa publication <^portonetant que vivraient les personnes qui avaient pris part à ces discussions ; mais il reconnaissait qu'elles y étaient exposées avec la franchise la plus grande H sans restrictions. (K. le Journal de Tabbé Le Dieu, %\ sept. 1701, et aL
^ Lettre de Tabbé Phélippeaux à Bossuet, du 15 avril 1606; Lettre de Bos- >wM }ji son neveu, du siS avril IfiflR.
f64 BI8T0IIB
naient libre carrière. Plusieurs congrégations furent successivement chargées de Texamen du livre des Maximei. Des discussions interminables furent soulevées ; d'innombrables intrigues furent mises en jeu par ceux qui voulaient sauver Thonneur de Tarche*véque de Cambrai. Elles réussirent longtemps. Après s'être réunis en soixante-quatre séances, de sept heures chacune, les examinateurs se partagèrent en deux corps égaux ^. Le pape était dans l'incertitude, et peut-être Fénélon n'eût-il été condamné que d'une manière indirecte, si Louis XIV ne s'était pas prononcé aussi énergiquement. Pendant longtemps, ce roi ne soupçonna pas d'où pouvaient naître les obstacles qu'il rencontrait à Rome.
Madame de Maintenon * entreprit d'user de toute son influence pour lui faire comprendre que les difficultés venaient surtout de ce qu'il conservait à la cour les amis de l'archevêque de Cambrai, et que cette conduite autorisait le pape à mettre moins d'activité pour condamner cet archevêque. Elle désignait par là les ducs de Beauvilliers et de Chevreuse, et faisait entendre au roi qu'il devait éloigner ces deux seigneurs, qu'elle n'aimait plus. Louis, qui avait conçu pour l'archevêque de Paris la plus haute estime, le consulta confidentiellement sur la disgrâce du duc de Beauvilliers, et lui fit même entrevoir que toutes les places seraient pour son frère, le duc de Noailles, qui était protégé par madame de Maintenon. L'archevêque de Paris donna, en cette circonstance, la preuve de la vertu la plus solide et d'une délicatesse admirable. Après avoir consulté le sage et vertueux d'Aguesseau ', il prit le parti de Beauvilliers, et conseilla seulement au roi, pour donner à Rome une preuve de sa volonté arrêtée, de renvoyer de la cour quelques subalternes trop dévoués à l'archevêque de Cambrai. Le roi suivit ce conseil, renvoya les abbés de Beaumont et de Langeron, et conserva le duc de Beauvilliers, Le frère de Fénélon, exempt des gardes-du-corps, fut cassé, sans qu'on eût à lui reprocher que d'être frère de l'archevêque de Cambrai. Madame Guyon, qui avait été transférée à Vincennes, peu après son
« L'abbé Phélippeaux a fait, dans sa Relation, le récit de tout ce qui se passa dans ces nombreuses et longues assemblées.
* Mémoires du duc de Saint-Simon, t. ii, ch. 10; d'Aguesseau, Mémoires aur le3 affaires de l'Eglise de France; Lettre de Tabbé Bossuet è son oncle, d«i 4. er juillet 1(198, et autres.
» Père de celui dont nous citons souvent le? Mémoires.
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arrestation fut ramenée à la Bastille^ et on lui donna deux femmes pour la servir ou Tespionner^ ce qui fit croire qu'elle était prisonluère pour sa vie. Madame de Maintenon ne fut pas satisfaite de ces actes^ par lesquels le roi atteignait le but proposé^ sans sacrifier le duc de Beauvilliers ; mais^ en femme habile^ elle feignit d'approuver cette conduite et les conseils de l'archevêque de Paris.
On continua à faire^ dans la discussion du Quiétisme^ tout ce qui était nécessaire poiu* que le pape ne se méprît pas sur les intentions du roi. « La Reynie interrogea plusieurs fois madame Guyon et le Père La Gombe ^ Il se répandit que ce Bamabite disait beaucoup, mais que madame Guyon se défendait avec beaucoup d'esprit et de réserve. Les écrits continuaient. Le roi loua publiquement This* toire de toute cette affaire^ que M. de Meaux lui avait présentée % et dit qu'il n'y avait pas avancé un mot qui ne fût vrai. Le roi avait chargé le nonce d'envoyer ce livre au pape. Rome fut agitée de tout cet éclat. L'affaire^ qui dormait un peu à la congrégation du Saint- Office^ où elle avait été renvoyée, reprit couleur, et « couleur qui commença à devenir fort louche pour M. de Cambrai, d
Sur ces entrefaites, Bossuet, qui avait beaucoup d'amitié et d'estime pour l'abbé de Rancé, le consulta sur les livres de Fénélon et les siens. L'abbé de La Trappe répondit confidentiellement à son ami une lettre très forte contre les nouveaux Quiétistes ', dont les imaginations étaient, disait-il, aussi contraires à l'Ëvangile qu'à la tradition sainte de l'Église.
Bossuet communiqua la lettre de l'abbé de La Trappe a madame de Maintenon, qui voulut qu'on la publiât. Dès qu'elle fut connue, le pauvre abbé fut accablé des reproches les plus amers de ce que, lui, simple moine, voulait, du fond de son monastère, juger un évéque qui avait porté sa cause à Rome. Rancé se plaignit de ce qu'on avait fait publier une lettre confidentielle, mais il déclara, en même tempe, que, s'il eût publié son sentimentsur le Quiétisme, il l'eût fait dans le même sens, et en se servant seulement d'expres-
1 Uémoireâ du duc d<3 Saiot-Stmoo. t. n. ch. 10*
< C*est-à-dire la RekUion sur le Quiéiisme. Cet ouvrage lit beaucoup de sensation à Rome, comme od le voit {lar la correspondance de Bossuet avec son neveu et avec l'abbé Phélippeaux.
> Mémoires de Saint-Simon, (oc. cU,\ Lettres de Tabbé de Raneë à Bossuet, de mars, du 14 avril et du 3 juillet 1667; Lettre de Bossuet, du 22 août 1607 ; Lettre de Berrif r h l'abbé de Rancé, du 23 août 1607.
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sions propres à faire comprendre qu*il avait pour l'archevêque de Cambrai et ses amis la plus haute estime. Quoi qu'il pût dire de flatteur et d'humble^ il ne put désarmer Fénélon ni ses amis^ qui ne le pardonnèrent de leur vie à Jf . de La Trappe, dit Saint- Simon.
Cependant^ le roî pressait de plus en plus le jugement à Rome, et devenait chaque jour plus mécontent du cardinal de Bouillon, dont les sourdes intrigues lui étaient enfin connues *. Pour faire connaître au pape d'une manière encore plus évidente ses intentions, il ôta à Fénélon le logement qu'il avait à Versailles, et lui défendit de prendre le titre de précepteur des enfants de France, dont il lui avait déjà ôté le traitement. Il eut soin de faire avertir de ces nouvelles mesures le pape et la congrégation chargée de l'examen du livre des Maximes. Le cardinal de Bouillon recevait, en outre, des ordres réitérés de presser le jugement, mais ce prélat faisait, au contraire , tous ses efforts pour empêcher que son ami ne fût condamné. En ayant reçu du roi des reproches fort durs, il chercha à s'excuser, mais ne changea pas de conduite, et il alla même jusqu'à se déclarer en faveur du livre de Fénélon, quoiqu'il fût un des juges^ en qualité de membre de l'Inquisition. Le roi d'Espagne avait pris aussi le parti du livre des Maximes. Le jour du jugement arriva entin. Le cardinal de Bouillon o ne se contenta pas^ dit le duc de Saint-Simon, d'opiner pour M. de Cambrai de toute sa force, mais il essaya d'intimider les consulteurs. Il interrompît les cardinaux de la congrégation, il s'emporta, il cria, il en vint aux invectives, de manière que le pape, instruit de cet étrange procédé et scandalisé à l'excès, ne put s'empêcher de dire de lui : è un porco ferito (c'est un sanglier blessé). Il s'enferma chez lui à jeter feu et flammes, et ne put même se contenir quand il fut obligé rie reparaître. »
Le roi reçut, le 22 mars (1699), la constitution du pape, donnée en forme de bref, portant condamnation du li\Te des Maximes des Saints *. Il en témoigna le plus vif contentement, et madame de Maintenon fut au comble de la joie. Les courtisans allèrent en foule complimenter Bossuet, qui se trouvait à Versailles. L'arche-
< Mémoires du duc de Saint-Simon, t. fi, ch. 19. K. dans la eonnespoiidanee de liossuot les lettres et mémoires de Louis XIV an pape.
* Mémoires du duc de Saint-Simon, toc. cit. ; Lettre de Bosssuet i son neveu, du 23 mars 16dd.