‹ Histoire de l'église de FranceChapitre 11 sur 100 · DE L'ÉGUSI DB FRANCE · texte numérisé non relu

DE L'ÉGUSI DB FRANCE

v^ae de Paris montra une grande modération dans cette victoire^ qui avait été gagnée par le roi plus que par tous autres, a Rome^ à même de faire pis, dit le duc de Saint-Simon^ montra, par la condamnation même, qu'elle était plus donnée au roi qu'appesantie sur M. de Cambrai. Yingt-trois propositions du livre des Moïtimes des Saints y furent qualifiées téméraires^ dangereuses, erronées, mais m globo, et le pape excommunie ceux qui le liront et le garderont chez eux. d

Fénélon^ qui avait d'abord paru menaçant dans une lettre au nonce % jugea ensuite plus prudent de se soumettre *. Il était sur le point de monter en chaire lorsqu'il apprit la condamnation de son livre. II prêcha sur la soumission due à l'Église^ annonça la censure qui venait de le frapper et s'y soumit dans les termes les plus formels. Deux jours après, il publia un mandement fort court, par lequel il se rétracta, et adhéra à la censure que le pape avait faite de son livre.

Il écrivit à Innocent XIP pour l'assurer de sa soumission entière, et le pape l'en félicita par un bref en date du 12 mai (1699),

Lorsqu'on eut reçu la constitution du pape contre le livre des Maximes des SaintSy on songea à la faire enregistrer au Parlement pour qu'eUe eût force légale. « Là étoit la difficulté, car la cour de Rome, dit Saint-Simon % sûre de l'impatience du roi de la recevoir, inséra des termes de son style que la France n'admet point... termes contraires aux libertés de l'Eglise gallicane, qui ne sont ni des concessions ou des privilèges^ mais un usage constant d'attachement à l'ancienne discipline de l'Église, qui n'a point fléchi aux usurpations de la cour de Rome, et qui ne l'a point laissé empiéter^ comme elle a fait sur les Églises des autres nations, v On avait affecté de donner à la constitution la forme d'un simple bref, afiu que la soumission du clergé de France parût plus absolue; a on n'y évita, dit d'Aguesseau ^, ni la clause moiu profrioy ni d'autres clauses contraires à nos libertés. »

On prit un expédient pour lever toutes ces difficultés. Le roi eu-

^ LeUre de Bossuet à son neveu, du 30 mars 1609. \ Lettre de Fénëlon à révoque d*Arras, avril 1890 ; Mémoires du duc de Saint-Simon ; Mémoires de d*Agues3eau.

' Lettres de Fénélon à Innocent XII, des 4 ai 10 avril 1600. ^ Mémoires du duc de Saint-Simon, t. u, ch. lO. * D*Ague8seau, Mémoires sur les affaires de TÉglise de France.

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voya le bref h tous les métropolilaiiis, avec oitlre d'assembler leurs sufTragants et de prononcer sur la condamnation que le pape venait de faire du Kntc des Maximes des Saints. Par ce moyen, les évoques furent censés examiner le livre et la censure, et n'adhérer au jugement du pape que comme juges eux-mêmes de la doctrine et jugeant avec lui. Us en firent des procès-verbaux * qu'ils envoyèrent à la cour ; et, les difficultés étant ainsi levées, le Parlement enregistra le bref du pape avec les clauses d'usage, et en conséquence de Tadhésion des évoques de France.

Le pape, ayant eu avis de ces formalités, les regarda comme une insulte à son infaillibilité, et en garda rancune au clergé de France.

Fénélon réunit ses suffragants comme les autres archevêques. Valbelle, évêquc de Sainl-Omer, Provençal ardent à la fortune^ et chicaneur comme un Normand, dit d'Aguesseau ', n'eut pas honte d'ajouter encore à la douleur de son illustre métropolitain ; et, croyant ainsi faire sa cour au roi, il prétendit, dans l'assemblée, qu'il n'y suffisait pas de condamner le livre des Maximes des Saints, si on n'y condamnait pas, en même temps, tous les ouvrages que Fénélon avait faits pour le soutenir. L'archevêque répondit modestement qu'il adhérait de tout son cœur à la condamnation de son livre des Maximes des Saints, et qu'il n'avait pas attendu, comme on le savait, cette assemblée, pour donner des marques publiques de son entière soumission au jugement qui avait été rendu, mais qu'il croyait aussi qu'il ne devait pas l'étendre à ce qui n'était point jugé; que le pape était demeuré dans le silence sur tous les écrits faits pour soutenir le livxe condamné; qu'il croyait devoir se conformer entièrement à son jugement en condamnant comme lui le livre qu'il avait condamné, et en demeurant, comme lui, dans le silence sur tous les autres écrits à l'égard desquels il y était demeuré.

Cette réponse était sage, modérée, conforme à la raison, à la justice et à la vérité. Elle ne satisfit point Tévêque de Saînt-Omer, qui voulait se distinguer e! faire parler de lui. 11 prit feu, et insista par de longs et violents raisonnements. Fénélon l'écouta paisible-

* K. la correspondance de Bossuet, ann. 1699. On peut voir des extraits de ces procès-verbaux dans le recueil de Elites du Pin, intitulé : Histoire ecclésiastique du xvn.e siêcley t. iv.

* Mémoires du duc de Saint-Simon, loc. cil.

' D'Agueeseau, Mémoires sur les affaires de TÉglise de France.

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menl sans rien dire. Quand son suffragant eut fiai, il dit qu'il n'avait rien à ajouter à la première réponse qu'il avait faite à la proposition de M. de Saint-Onier ; ainsi, que c'était aux deux autres prélats à décider, déclarant, par avance, qu'il s'en rapporterait à iear avis sans répliquer. Les évéques d'Arras et de Tournai se hâtèrent d'opiner pour l'avis d^ leur métropolitain, et imposèrent ainsi silence à l'évéque de Saint-Omcr, qui ne cessa de murmurer entre ses dents. Cet évéque se présenta à la cour quelque temps après, croyant y recueillir des éloges; mais il n'y trouva que de la froideur parmi ceux -mêmes qu'il regardait comme ses amis. Tout le monde à peu près le blâmait. On avait pu s'élever contre Féné- Ion au moment du débat et pour faire sa cour au roi, mais il eût été honteux d'iiisulter à un vaincu.

Fénélon supporta son 'humiliation sans faiblesse. Il eut cependant de sa disgrâce et de sa condamnation un profond chagrin, qui donna à son caractère une teinte de mélancolie et d'irritation qui ne le quitta plus. Bossuet lui sembla toujours bien coupable de l'avoir vaincu; et lorsque le secrétaire du grand évèque de Meauz alla à Cambrai après la mort de son maître, Fénélcm affecta de garder le plus profond silence sur son illustre antagoniste, el se contenta de demander qui Vavaiî assisté à la mori, donnant à entendre qu'il avait eu besoin d'une expiation, et que ses derniers moments n'avaient pas dû être paisibles ^

11 en est qui ont prétendu que la situation où était Fénélon avait rendu son sacrifice plus nécessaire, et, par là, moins méritoire. Qu'aurait-il gagné, disaient-ils, à lutter contre le pape et contre le roi ? de nouveaux chagrins ; au lieu qu'en se soumettant, il flattait le pape et espérait fléchir le roi et l'amener à lui rendre ses bonnes grâces. Quoi qu'il en soit des motifs qui aient dirigé Fénélon, ses amis n'en cherchèrent pas moins à utiliser sa soumission en le faisant élever au cardinalat.

tt Les amis de M. de Cambrai, dit le duc de Saint-Simon % s'étoient flattés que le pape, charmé d'une soumission si prompte et si entière, et qui avoit témoigné plus de déférence pour le roi que tout autre sentiment dans le jugement qu'il avmt rendu, le récompenseroit de la pourpre ; et, en effet, il y eut des manèges qui tendoient là. Ils prétendent encore que le pape en avoit envie, mais

' V, Journal de l'abbë Le Dieu, aon. 1704.

- Mémoires du duc de Saint-Siinon, t. ii, ch. 20.

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qu'il n'osa jamais, voyant que, depuis cette soumission, sa disgrâce n'étoit en rien adoucie. Le duc de Béthune, qui venoit toutes les seniaines à Versailles, y dlnoit assez souvent chez moi, et ne pou- ▼oit, avec nous^ s'empécber de parler de M. de Cambrai. Il savoit qu'il y étoit en sûreté, et, outre cela, mon intimité avec M. de Beauvilliers. Cette espérance du cardinalat perdue, il se lâcha un jour chez moi jusqu'à dire qu'il avoit toujours cru le pape infaiUi- Me; qu'il en avoit souvent disputé avec la comtesse de Grammont, mais qu'il avouoit qu'il ne le croyoit plus depuis la condamnation de M. de Cambrai. Il ajouta qu'on savoit bien que ç'avoit été une affaire de cabale ici, et de politique à Rome, mais que les temps changeroient, et qu'il espéroit bien que ce jugement cbangeroit aussi et seroit rétracté, et qu'il y avoit de bons moyens pour cela. Nous nous mimes à rire et à lui dire que c'étoit toujours beaucoup que ce jugement l'eût fait revenir de l'erreur de l'infaillibilité des papes, et que l'intérêt qu'il prenoit à l'affaire de M. de Cambrai eût été plus puissant à lui dessiller les yeux que la créance de tous les siècles et tant de puissantes raisons, qui déu*uisoient ce nouvel et dangereux effet de l'orgueil et de l'ambition romaine, et de l'intérêt de ceux qui le soutenoient jusqu'à en vouloir faire un pernicieux dogme. 9

On a reproché vivement à Bossuet la vigueur qu'il déploya contre le Quiétisme ; si l'on en croit les partisans de Fénélon, ce grand homme, si doux, si modeste, aurait cédé à quelque sentiment indigne de luij; on a même été j usqu'à lui faire un crime d'avoir eu recours à l'intervention du roi pour obtenir du pape la condamnation du livre des Maximes des Stxinis.

Ceux qui lui ont fait ce dernier reproche sont les mêmes qui sollicitèrent l'Intervention du même roi contre Port-Royal ; qui provoquèrent les mesures les plue injustes contre leurs adversaires ; qui applaudirent aux violences exercées contre eux. Fénélon luimême, qui remarqua, parmi ceux qui combattirent ses opinions, les amis de Port-Royal, suscita contre eux des mesures violentes et injustes, comme nous le dirons plus tard. C'était un malheur de ce temps de réclamer toi^ours l'intervention du pouvoir temporel dans les questions religieuses, et nous n'hésitons pas a dire que Bossuet fut plus modéré, sous ce ra(q)orl, que les autres évèques, plus modéré surtout que les Jésuites et que Fénélon lui-même ; car, s'il engagea le roi à solliciter la condamnation d'mie mauvaise doctrine, il ne s'abaissa jamais jusqu'à demander un seul acte

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de rigueur, même contre ses plus grands ennemis. On ne peut en dire autant de Fénélon/

Il est vrai que le grand évéque de Meaux fut parfois très énergique dans quelques expressions qui allaient directement à l'adrease de Tarchevéque de Cambrai ; mais Fénélon fut-il plus respectueux j^r Bossuet ? il était jeune^ cependant, tandis que Bossue!, a consommé depuis longtemps dan« la science de l'Église \ couvert de» lauriers qu'il avait remportés tant de fois en combattant pour elle contre les hérétiques, i> avait plus de droits à son respect.

Û faut bien peu connaître Bossuet pour croire qu'il ait pu être guidé, dans ces querelles affligeantes, par un autre sentiment que l*aniour de la vérité. Avant d'écrire contre Fénélon, il Tavait loyalement averti que, s'il prenait la défense de la doctrine de madame Guyoo, il serait forcé de le combattre '. La conduite de Fénélon, refusant d'approuver Vlnstruciion pastorale de l'évéque de Meaux, et se bâtant d'en prévenir la publication par le livre des Maximn in Sainte, était certainement peu délicate, outre qu'elle accusait en lui rintention arrêtée de soutenir les erreurs qu'il avait repoussées en signant les articles d'Issy. Bossuet n'était pas un homme irascible ; et cependant il se plaint souvent, dans sa correspondance, de la conduite indigne de l'archevêque de Cambrai à sou égard. Seulement, Fénélon procédait toujours avec adresse et en diplomate, tandis que Bossuet y allait avec cette loyauté et cette franchise qui faisait comme le fond de son caractère. Fénélon se posait en victime; mais il est facile de s'apercevoir, à travers ses douces phrases, qu'il eût traité Bossuet plus durement qu'il ne l'a été lui-même, s'il eût été vainqueur, et, surtout, s'il avait eu, comme Bossuet, de l'influence sur Louis XIV. Quant a Tévéque de Meaux, il ne voulut ni vaincre ni triompher, comme il le dit avec son idmiraUe énergie, parce que l'un et l'autre n'appartiennent qu'a la vérité '. 11 voyait se former à la cour une secte d'autant plus dan* gereuse qu'elle arborait l'étendard de la dévotion, au moment où cette dévotion devenait un moyen de faire la cour à Louis XIV; il voyait, à la tête de ce parti, un homme d'un génie insinuant, aimaJole, séducteur, et, parmi les membres les plus actifs, le duc de

I D*Agues8eau, Uémoires sur les aCTaires de TÉglise de France. > Lettre de Bossaet à Tabbé.'de Maulevrier, janvier 1697. * Bossuet, Lettre à son neveu, du 30 mars 1099.

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Bourgogne lui-même, qui pouvail devenir roi; n'était-ce pas assez pour exciter le zèle de Bossuet el lui inspirer l'énergie qu'il a déployée dans celte discussion ? Il est permis d'aimer le caractère de Fénélon; mais il nous semble injuste de sacrifier à cet amour l'athlète infatigable * qui, malgré son grand âge, aima mieux travailler encore pour l'Église, que de se reposer sur ses lauriers. Lorsque Fénélon fut vaincu, Bossuet fit les premières démarches pour dissiper ses préventions, a Je suis, disait-il S toujours prêt à faire tous les pas que la charité la plus tendre et la plus sincère pourra m'inspirer, sans donner aucune borne à ces sentiments. »

Fénélon garda rancune au vénérable et sublime vieillard, qui n'avait combattu contre lui que pour la vérité. Il refusa de mettre à répreuve la charité ardente el la franchise de Tévêque de Meaux.

Ce fut pen(ïanl ces discussions sur le Quiélisme qu'eut lieu l'altaque des Jésuites contre l'édition de saint Augustin par les Bénédictins. Nous en avons parlé ailleurs '. Bossuet el Fénélon se trouvèrent encore divisés sur ce point, comme nous l'avons remarqué. Rome donna raison à Bossuet et aux Bénédictins contre Fénélon et les Jésuites.

On commença, dans le même temps, à agiter la fameuse question des cérémonies chinoises, dont nous aurons occasion de parler bientôt.

Mais avant de terminer ce qui se rapporte au pontifical d'Innocent XII, nous devons rendre compte d'une discussion fort vive, dans laquelle Bossuet eut beaucoup de part, et qui se rapportait au livre d'une religieuse de la ville d'Agreda, en Espagne, connue^ en religion, sous le nom de Marie de Jésus.

Cette fille s'imagina avoir eu une vision, dans laquelle Dieu lui aurait donné l'ordre exprès d'écrire la vie de la sainte Vierge. Son confesseur l'encouragea dans cette pensée, et elle se mit à écrire ses rêveries, qui parurent, après sa mort, sous ce titre : La mystique cité de Dieu, mireu^le de sa taut^^puissance^ abîme de la grâce de Dieu, histoire divine £t la vie de la très sainte Vierge Marie, mère de Dieu, manifestée, dans ces derniers sièdes, par la sainte Vierge à la sosur Marie de Jésus , abbesse du couvent de

* D*Ague$8eau. op, cil,

* Lettre de Bossuet à son neveu, du 6 avril 1609. F. t/. la LcUre au même, du l.«r juin 1600.

» r. le t. 1 de V Histoire ffc V Église de France.

DB L*6gU6B DB pbancb. 173

PhnmaeiêUe coneepiion de la ville d'Agreda. Cet ouvrage est accomplie d'une attestation^ signée de Marie d'Agreda eUe-méme^ dans laquelle elle certifie que tout ce qui y est contenu lui a été révélé. L'Inquisition de Rome condamna ce Uvre par un décret du 26 juin 1681 ; mais les Cordeliers d'Espagne obtinrent^ par l'entre* mise de leur roi, la suspension du décret. C'est pourquoi l'inquisition espagnole se hûta de déclarer le livre de Marie d'Agreda très orthodoxe et fort édifiant. C'est ainsi que cette affaire fut étouffée à Rome.

Elle fut poursuivie en France avec plus de vigueur.

Le P. Grossety Récollet de Marseille, ayant publié la première partie du livre ridicule de Marie d'Agreda^ attira ainsi l'attention de Bossuet. Par lui-même, ce livre était certainement peu digne de cet honneur; mais cette production n'était qu'un des signes d'une erreur déplorable qui, depuis plus d'un siècle, tendait à défigurer l'Église, par un zèle exagéré et fanatique pour le culte de la sainte Vierge. Bossuet, comme tous les vrais catholiques, avait, pour la sainte mère de Jésus-Christ, une dévotion tendre et solide, comme on le voit dans un grand nombre de ses ouvrages; mais il ne pensait pas qu'on lui fit honneur par des erreurs et des exagérations qui n'avaient pour résultat que d'autoriser les attaques portées par les Protestants contre le culte catholique. Voilà pourquoi il crut nécessaire de faire une démonstration contre le livre de Alarie d'Agreda, et il le dénonça à la Faculté de théologie ^ ; les renruurques qu'il fit sur ce livre *, à l'appui de sa dénonciation^ sont pleines de clarté et de gravité. La Faculté s'occupa d'autant plus volontiers de ce livre, que deux de ses membres l'avaient approuvé ; c'était un scandale dont elle devait faire justice.

Au mois de mai 1696 ', la Faculté nomma des commissaires pour examiner l'œuvre de Marie d'Agreda. Le nonce fit quelques efforts pour entraver le cours de la censure *, sous prétexte que la csause était pendante à Rome ; mais on passa outre, et l'on ne crut pas entraver la censure de Rome en condamnant, à Paris, un livre qui était absurde et mauvais pour tout le monde, excepté pour les religieux qui l'avaient provoqué. Le nonce s'était adressé au chan-

t Journal de l^abbé Le Dieu, 31 mai 1?00.

s Bossuet, Remarques sur le livre intitoié : La mystique Cité de Dieu, etc.

s Bossuet, Lettre à son neveu, du 20 mat 1696.

* Bossuet, Lettres à son neveu, des 2i et 30 juin 1606.

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celier pour arrêter la Faculté^ et il voulait, en cela, donner lili»faction aux Franciscains, qui étaient tout fiers de ce que Dien t'était déclaré seotistf par la bouche de sa nouvelle prophétesie.

Le 9 juillet 1696, Bossuet écrivait, h ce sujet, à son no-eu :

fl J'arrivai ici samedi, je trouvai l'afFaire de la mère d'Agreda embarquée ; les députés ont fait leur rapport, qu'on a imprimé. La Faculté doit commencer ti délibérer samedi. H, et continuer ju»qu'à la fin de l'affaire. Les Cordeliers font leur brigue; maison croit que tout pa'ssera conformément à l'avis des députés.

» Un Cordelier nommé Mérom a dit qu'il étoit porteur de deux brefs, où Sa Sainteté se réservoit la connaissance de cette affaire; et, au cas que Ton passât outre, a déclaré qu'il en appeloit au pape, il s'est, depuis, dans l'assemblée mémc^ désisté de son appel. On a su qu'il n'y avoit point de brefs qui portassent ce qu'il a dit, et l'on a passé outre à la délibération. Vous savez que ce qui a engagé la Faculté dans l'examen de ce livre, c'est qu'il étoit muni de lappivybation de deux de ses docteurs.

ï) M. le premier président a mandé Mérom, sur ce qu'il avoil voulu présenter des brefs qui n'avoient point passé par les formes ordinaires, et l'on vient de me dire qu'on l'avoit envoyé hors de Paris. Tout le monde est soulevé contre ïimpertitience impie d\\ livre de cette mère, a

Les avis se partagèrent en Sorbonne sur la manière de cenmrer * le livre de Marie d'Agreda. Les docteurs Franciscains et leurs amis mettaient tout en œuvre pour traîner la chose en longueur. Les uns voulaient que Ton censurât seulement le livre in globo, les autres soutenaient que la censure devait être faite avec des qualifications partienUhement appliquées. Les partisans de la pre* mière opinion ne pensaient pas que l'ouvragé fût digne d'un examen aussi sérieux •. Les Mendiants et leurs amis mettaient, dans cette affaire, une passion étonnante ; ils faisaient perdre le temps en faisant de vains et mauvais discours, a Cette engeance, écrivait Bossuet *, est enragée contre moi, parce qu'ils veulent croire que j'agis plus que je ne fais et ne veux faire dans cette affaire. » Plu* .rieurs docteurs étaient, comme dit Bossuet *. défenseurs indirectt

* Bossuet, Lellre à son neveu, du 23 juillet IWÔ.

* Bossuet, Lettre à son neveu, du 29 juillet 1606.

* Bossuet, Lettre à son neveu, du 6 aoi^t 1696.

^ Bo5«uet, LMtre ^ «nn neveu, du 20 aoftt 1696.

DE CkGU^t DE FRANCE. 175

du livre eipitrlisans secrets des Cordeliers, ne parlant pa« laoîus que cinq ou six heures chacun sur le mode de (^nsure. Quelquesuos des opinants dirent de fort belles choses^ selon Bossuet S inais d'autres, de grandes pauvretés, La censure fut adoptée dans le courant de septembre 1696^ et relue le i^^ octobre.

Les Espagnols eurent la faiblesse de croire leur honneur compromis par la censure de Marie d'Agreda *. Le P. Diaz et les autres Cordeliers espagnols essayèrent d'entraîner le pape de leur côté^ et firent agir l'ambassadeur d'Espagne à Rome. Celui-ci s'adressa, pour cet effet, aux cardinaux Casanate et Noris ; mais ils lui ôtèrent loute espérance de renouveler cette discussion, et de rien faire en faveur de ce livre '.

Innocent XII respectait trop son prédécesseur pour revenir sur une décision confirmée par sou autorité. Il laissa donc agir librement la Faculté de théologie de Paris, qui jugea conformément à la décision des tribunaux romains.

Innocent Xfl mourut dans le courant de l'année 1700, âgé de 85 ans.

* Bossaet» Lettres à son neveu, des 22 et 24 septembre 1696. ' Lettre de Tabbé Bossuet à son oncle, du 22 octobre 1697. ' Ln Bipagools essayèrent de faire canoniser Marie d*Agreda ; maift Benoit XIV décida qu*il n*y avait pas lieu de donner suite à cette afTaire.

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