‹ Histoire de l'église de FranceChapitre 9 sur 100 · uiSTOitK · texte numérisé non relu

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naire ^ Une congrégation fut établie par le pape pour examiner les discussions qui existaient aux Pays-Bas; elle établit pour base de ses décisions que ceux-là seulement devaient être regardés comme Jansénistes qui seraient convaincus de soutenir la doctrine des cinq propositions ou de là grâce nécessitante. En partant de ce principe , on trouva que ceux que les Jésuites voulaient faire passer pour Jansénistes ne Tétaient pas; c'est pourquoi, au mois d'août 1693^ la Congrégation déclara, en présence du pape, que les théologiens de Louvain n'avaient plus besoin de justification sur cet article. On examina ensuite la question de fait, c'est-à-dire l'attribution des cinq propositions à Jansenius. Les cardinaux delAUrea et Casanate, qui avaient été, sous Clément IX, membres des congrégations tenues à Rome au sujet de la paix, prouvèrent que cette paix avait été établie sur la distinction du fait et du droit, laquelle distinction avait été admise en principe comme légitime.

Après un an de discussion et d'examen, TaiTaire du formulaire de Malines fut terminée par le bref du 6 février 1694, adressé à tous les évéques des Pays-Ba^. Innocent XII y défend formellement d'inquiéter qui que ce soit par F accusation vague de Jansénimu, à moins que , par des preuves légitimes , t7 ne soit convaincu d'avoir soutenu ou enseigné quelqu'un» des dnq propositions...^ dans le sens naturel que les termes présentent à V esprit.

Quant à la question de fait , Innocent XII n*en Qt pas mention, adn d'éviter les difficultés qui se seraient élevées avec ceux qui en avaient fait tant de bruit; mais il est bien évident que son silence équivaut à un abandon complet, et prouve qu'Innocent XII n'attachait d'importaoce qu'à la question doctrinale. Qu'importe, en effet, qu'un particulier ait soutenu telle ou telle doctrine? la chose essentielle est que, s'il a soutenu Terreur, personne ne l'admette après lui.

Si la question avait été posée dès le commencement avec cette clarté, l'Église n'aurait pas été assaillie de tant de discordes. Après le bref d'Innocent XII ^ Arnauld lui-même ne Gt aucune difficulté de dire ' que Ton pouvait signer purement et simplement le formulaire d'Alexandre VII ; il ne pouvait plus, en effet, exister d'amphibologie sur le sens de cette signature, et chacun comprenait, après

^ K* Pièces du procès de calomnie, t. xxv des QEuvfM complètes d*Ar* nauld; r. aussi sur cette aflaire, la t. uuv. * Arnauld, OCuvres complètes, t. xvv, % ix, x.

ne L*teU8t M rRANCB. 129

le bref d'Innocent XII ^ que le Saint-Siège n'exigeait pas la même croyance pour une définition doctrinale et pour une simple dérision sar un fait non révélé.

Les Jésuites essayèrent , sous Clément XI, de se relever de cet échec et de mettre les papes en contradiction avec eux-mêmes , comme nous le rapporterons en son lieu.

Amauld avait quatre-vingt-un^ ans lorsqu'il composa ses écrits contre le formulaire de Malines. Le vénérable vieillard n'avait rien perdu de sa vigueur et de son éloquence, malgré un âge aussi avancé et les graves infirmités dont il était atteint depuis longtemps.

On trouve autant d'énergie dans les ouvrages qu'il composa à la même époque, à propos d'une fourberie infime dont les Jésuites se rendirent coupables, et qui est connue sous le nom de Fourberie de Douai.

Voici les faits ^ :

Au mois de juin 1890, un professeur Jésuite de Douai fit , à la fin d'un exercice public, un discours dans lequel il se déchaîna centre tous ceux qui n'adoptaient pas le Molinisme, qui admettaient la doctrine des articles de La Lane, et ne rejetaient pas la distinction du fait et du droit, source de toutes les hérésies, disait-il. De Ligni^ jeune professeur de philosophie au collège Royal, devant présider à son tour un exercice public, réfuta, dans son discours, tout ce que le professeur jésuite avait avancé. Ce discours fut suivi de plusieurs thèses sur la même matière. C'était plus qu'il n'en fallait pour amasser contre lui toutes les colères de la Compagnie. Les Jésuites résolurent donc sa perte et celle des membres de TUniversité qui partageaient sa manière de penser. Ce fut pour réussir dans ce dessein qu'ils organisèrent un complot où l'infamie et l'hypocrisie se montrent dans toute leur nudité. Un faussaire, usurpant le nom de Antoine Amauld, écrivit à de Ligni la lettre la plus capable de gagner le cœur d'un jeune homme ; les lettres suivantes étaient du même genre, ainsi que plusieurs autres que le faussaire écririt à divers professeurs qui, comme de Ligni, étaient attachés à l'école de Port-Royal. Après avoir ainsi gagné leur con-

^ On peut voir les pièces relatives à ces faits dans la préface historique du t. XXXI des Œuvres d*Aniauld, et les plaintes d^Arnauld dans le même \oloBie. Le P. d*Avrigny, dans ses Mémoires, convient de tous les faits (Mëm. **voool., ann. 1691); seulement il trouve la fourberie très plaisante, et voudrait >)Wn, en même temps, qu*on en crût les Jésuites très innocenta.

tiani^i kl &Mswm fabriqua «ept propositi^ii» oonlattMt \m enmr» imputéos i Aroauld et à ses aini9> «t engagea lei prc^enaim à iea signer^ disant qu'elles avaient obtenu Tapprobatioii de tous leaamis de la bonne doctrine, et qu'en la signant on protestait emtre les erif urs des ennemis de saint Augustin. De Ligni et sea amis signes rent les articles^ mais en ajoutant quelques eorreetifs qui enlovaient aux propositions le venin qu'y avaient mis à dessein les Jésuites. Les bons Pères ne furent pas satisfaits du succès, et le faux Amauld écrivit en toute h&te à ses dupes qu'il fallait s^ner purement et simplement^ parce qu'en mettant des restrictions ou explicatioiiay on faisait injure aux grands pcracHinages qui les avaient approuvées. De Ligni et s^ amis signèrent , et les Jésuites eurent ainsi entre les mains une pièce qui ne pouvait avoir pour d'honoétea gens aucune valeur , puisqu'on savait parfaitement , par les expU* cations données préalablement^ que les signataires n'adoseUaient pas les erreurs que l'on pouvait tirer des propositions qu'on leur avait présentées.

Une des personnes trompées, Gilbert, plein de confiance dana la sagesse et la prudence d'Amauld, le pria de diriger sa oonscience et d'édaircir ses doutes. Le fourbe profita de cette ouverture pour l'engager à lui faire une confession générale de toute sa vie, ce que fit Gilbert dans un écrit qu'il lui envoya. Cette vidation sacrilège de la conscience ajoute un nouveau trait d'infamie à toutes ces intrigues.

Les Jésuites, en possession de ces pièces, imaginèrent, pour se débarrasser du prof^seur de Ligni, un moyen que le P. cPAvrîgny trouve très spirituel et vraiment délicieux.

Depuis quelque temps, le faux Arnauld entretenait ce jeuue homme d'un projet qu'il avait conçu et dont l'exécution ne pouvait souffrir de difficulté. C'était de le placer comme professeur dans le séminaire d'un évéque de France dévoué à la bonne doctrine. On lui fît expédier à Valencienues ses livres et ses papiers, qui furent saisis par les Jésuites ; et il fut convenu qu'il trouverait à Paris Arnauld, qui s'y rendrait incognito et le conduirait à Tévéque en question. S'il ne trouvait pas Arnauld à Paris, il devait continuer son voyage jusqu'à Carcassonne, où il le trouverait infailliblement chez le doyen de la cathédrale.

De Ugni, conGant comme tout jeune homme bonnète, el Qatlé de la confiance qu'Amauld semblait avoir en hii, partît pour 1*

¥fmm, m ftndh à Piris et de là à ùMêmomie, où U vit eotiii qu'il aTait été joué.

PcodaaA ce voyage, le faux Arnauld écrivait aux autres prafesseun dont lea Jéaiûtes voulaient se délake que leiur aeeret était éveotéy et «m pufaUaii à Tappui un pampblel intitulé : LtUre à un ioUmr ée Douay $ur le$ mffàires de son UnwenUi. On y révélait h conespondanoe du prétendu Arnauld avec aea disciples, et le faoKsire éermîl aux psofesseurs qu'ik devaient se bàler de fuir, afin d'éviter les peines qui leur seraient certainement infligées ai Ton parvenait à les saisir. Geux-<;i, forts de leur conscience resterait à Douai. En même temps, de Ugni revint, et Amanld apprit l'abus que Ton avait fait de son nom.

Indigné d'une telle fourberie, il la dénonça à Tévèqne d'Arras, juge naturel des profeaKurs trompés, qui étaient ses dioeésaina. Les Jàoitea avaient déjà entamé un procès contre eux dans FUniversite, prétendant les convaincre de Jansémsme, d'après ks articles signés par eux et leur correspondance. Pour les convaincfe^ les Pères Vaudripont etTellier ^ qui avaient mené toote Tintrigue, déposèrent les pièces originales entre les mains du P. Payen, recteur èk collège des Jésoîfees de Douai. L'évéque d^Arraa avait cité le P. Payen à oom|iarattre par devant hn et à faii remettre fas pièces; maia le bon père se hàkk d'envoyer ces pièees à Paris et il se réfugia ku-mème à liége. Arnauld le poursuivit par devant Pévêque de Liège, et s'adressa aux Jésnttes eux-mêmes avec nn cakne et une franchise qu'ils ne pouvaient comprendre. Arnauld ne put oàtemrjiHtice.

Les pièces originales Airent communiquées à Louis XIY, qui, •dut le P. d'Avrigny ^ a était déjà parfaitemait instruit de tonte l'itttc^iie et qui l'avak regardée comme on stratagème de guerre, s fv son ordre, les professeurs de Sorbonneetde Nsvarre exannnè* lent ces pièces et décidèrent gravement qu'on y troovait la doctrine des trois premières des propositions condamnées par Innocent X. Ils oublièrent d'ajouter que les inculpés avaient prouvé, par des explications écrites sur la première copie des sept propositions fabriquées par les Jésuites, qu'ils n'admettaient pas la fausse doctrine que l'on pouvait découvrir dans ces propositions. Les professeurs de Douai n'eu furent pas moms exilés. C'était le résultat

^ Cesl ca Père TeUkr qui fat âtfMiis oonftsseur de Lonia Xf V. ' iyA.Trigny, Mëm. chronol., tRfi. iSai.

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qu'aTaient ambitionné les Jésuites. Ils l'obtinrent et s'applaudirent de leur génie^ fécond en ressources.

Quelque temps auparavant^ ils étaient parvenus à détruire la pieuse institution des Filks de P Enfance de Noêre-Seigneur JéwMr Chr\9îy qui s'étaient consacrées à l'éducation des filles pauvres. Ne pouvant les soumettre à leur joug, ils parvinrent, par leurs intrigues et leurs violences, à détruire cette utile institution ^ Ce fut en vain qu'Amauld employa en sa faveur les ressources de son élo* quence.

Ce grand homme^ dont la vie était un continuel combat, défendit aussi contre les Jésuites son ami l'évéque de Gastorie. Ce prélat avait composé un ouvrage intitulé : X Amour féniUnU Ce livre avait mérité les éloges de Bossuet'; mais les Jésuites qui mettaient beaucoup de zèle à défendre l'opinion de leurs casuistes : que, sans aimer Dieu, on peut obtenir de lui le pardon de ses fautes, trouvèrent V kawat fénitenlt très janséniste, et multiplièrent leurs intrigues, et contre l'ouvrage et contre l'auteur.

Cette discussion n'appartient pas à notre sujet.

Amauld eut encore, dans les dernières années, plusieurs autres occasions de donner des preuves de sa science et de la vigueur de sK>n esprit; il eut, en particulier, avec Nicole, une discussion amicale sur la grâce générale *; et, quelques jours avant de mourir, il écrivit sur ïéloquence des prédicateurs une lettre que Boileau regardait comme un des meilleurs écrits que l'on eût sur cette matière ^ #

Cet ouvrage est le dernier qu'écrivit Arnauld. Il mourut le 8 août 1694, ftgé de quatre-vingt-deux ans et six mois.

Depuis quatre ans, il se préparait à la mort d'une manière toute particulière; et il se retirait souvent même du commerce de ses amis, pour penser plus sérieusement à l'éternité. L'affaiblissement de sa vue lui faisant craindre de la perdre avant de mourir^ et de ne

' On peut eon^^ilfer, sur oo sujet, la correspondance d' Arnauld, et Touvroge intitulé: V innocence opi»intée, etc, au t. xxx de ses QEuvres cunH

pièces.

* V. la correspondance de Bossuet avec Tévéque de Castorte, parmi ses lettres diverses.

* Arnauld, OEuvres complètes, t. x.

* ibid, t. iLii; Vie d'Arnauid, 2.e partie, g 74; Mémoires bistoriquas ei chronologlquea sur Port-Roy«lHles42hainp8, t. m.

DB LKGLWB Wt PftAXCE. l33

plos pouvoir réciter soa office, il apprit par cœur ceux des psaumes qu'il ne savait pas^ afin de pouvoir les réciter et en nourrir soa âme. Le 1*' et le 2 du mois d'août, il dit encore la sainte messe, et vaqua à ses exercices ordinaires ; le ,3, il se trouva plus mal, et, le 7, le curé de Sainte-Catherine de Bruxelles lui administra les sacrements d'Eucharistie et d'Extréme-Onction, qu'il reçut avec les sentiments de la plus vive piété. 11 mourut vers minuit. On l'ensevelit avec ses ornements sacerdotaux, et il fut inhumé dans le caveau de hfaouUe Stenhoul, sous les degrés du grand autel de l'Église de Sainte-Gathenbe^. Son cœur fut porté à Port-Royal-des-Ghamps ; on l'y conserva jusqu'en 1710, époque de la destruction de cette illustre abbaye. On le transporta alors, avec les ossements de ses parents, à la terre de Palaiseau, qui appartenait à la famille de Pomponne.

La mort d'Arnauld causa à Rome une grande sensation, et les cardinaux CSasanate et d'Aguirre firent publiquement l'éloge de ce grand homme dans les termes les plus pompeux.

Jean Racine et Boileau', Santeuil, et grand nombre d'autres poètes célèbres glorifièrent à l'envi le grand théologien qui venait de terminer sa longue et pénible carrière.

* F. VaUestation du curé de Sainte-Catherine.

* On ne lira pas sans intérêt quelques-uns des vers de ces poètes célèbres. ▼oid deux épitaphes que composa Racine :

StiUime en ses écrits, doux et simple de cœur.

Paisant la vérité jusqu'en son origine.

De tous ses longs combits, Arnauld sortit vainqueur,

Et soutint de la foi l'antiquité divine.

De U Grâce il perça les mystères obscurs,

Aux humbles pénitents traça des chemins sûrs,

Bappela le pécheur au Joug de i'fivangile.

Dieu fut Tunique objet de ses désirs constants;

L'Église n'eut jamais, même en ses premiers temps.

De plus zélé vengeur ni d'enfknt plus docile.

Haï des uns, chéri des autres,

Admiré de tout l'univers.

Et plus digne de vivre au siècle des apôtres,

Que dans un siècle si pervers, Amauld vient de finir sa carrière pénible. Les mœurs n'eurent Jamais de plus grave censeur,

L'erreur, d'ennemi plus terrible.

L'Église de plus ferme et plus grand défenseur.

Boileau voulut aussi célébrer les vertus d^Amauld et lui consaoM les vers toivants :

An pied dp rel autel de slniriure fcroMÏ^ri».

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Quelques semaities après Ift mort d'Amuid , i*abbé de itanoé écrivit à l'abbé Nicai«e, cbaiioifie de la Bainte-Chapelie de Dijon , une lettre dont firent grand bruit les ennemis de Pûrt«4ioyaL Rancé; comme nous l'avons dit, avait été ramené à la ^rtu par le pieux évéque Pavillon d'Aleth. Toute sa vie, il conserva des rapports intimes avec les plus célèbres solitaires de Port-Royal , et on ini avait fait la réputation de Jansénisme. Il y a tout lieu de ercNre que sa lettre à Tabbé Nicaise ne fot rendue publique que pour détruire une réputation qui nuisait et à loi , et à son monastère , dans l'esprit de Louis XIV ^ 11 dStait dans cette lettre : « Enfin, voilà M. AmauM mort. Après avoir poussé sa carrière aussi l<rfn qu'il a pu, il a fallu qu'elle se soit terminée. Quoi qu'on en dise, voilé bien des questions finies ; son érudition et son autorité étaient d'un grand poids pour le parti. Henreux qui n'en a point d'autre que celui de Jésus-Christ! » Ces paiules avaient certainement, dans l'esprit de l'abbé de Rancé, bien moins d'importance qu'on ne leur en a attribué, et, en blâmant ceux qui ont d'aittre parti que celui de Jésus-Christ, l'abbé de Rancéeritiqaait peut-être plus les adversaires d'Amauld que ce docteur lui-mteie;

on, sans pompe, enfermé dan:) une vite bière, Le plus savant mortel qui Jamais ait écrit; Amauld. qui, sur la Grâce. iMInrit par Combattant pour rtigliae, a, dans rficlîM ntaie» Souffert plus d'un outrage et plus d'un aoathènc. Plein du feu qu'en son cœur soQflla l'eapril divii^ Il terrassa Pelage et foudroja Galvia : De tous les Diux docteurs confondit U norato. Pour tout fruit de son aèle, on Ta vu rebuié. En cent lieux opprimé par la noiro cabale, Errant, pauvre, banni, proscrit, persécuté. Et même, après sa mori, leur fUreur mal éleiole. N'aurait Janoais laissé ses cendres en repos, Si Dieu lui-même, de son ouaille sainte, K ces loups dévorants n*avait caché les os.

Boileau fait allusion, dnn<) ce dernier vers, au secret que Ton jugea à propos de garder quel jue temps sur le lieu de la sépulture d*Amauld.

Le4 vers de Sauteuil soulevèreat une guerre singulière entre lui et les Jésuites. L'histoire pu fut écrite et imprimée en 1687. Y. Histoire du différetU entre les JésuHei et M. Sanleuil, etc. C'est h cette occasion que RoUin composa la pièce de ver^ intitulée : Sanetotius Petnàtens. ..

* On pe«l voir dans la vie de ra1)bé de Rancé, par D. Le Xain, combien on calomnia cet abbé, et combien on chercha à lui nuire en rendant ses priaci<pes de foi el de morale suspects.

OB L'ÉGIMft M nAMCB. tiS

dans Qiie lettre écrite au nuuréohel de BellefoadsS Ranoé avait blâmé Uêdeux partis de la chaleur qu'ils mettaient dans les discussions » et s'applaudissait de la résolution qu'il avait prise de se mettre irécarty de ne^ penser qu'à pratiquer les vertus monastiques, et de D'âToir d'autre parti que celui de Jésus^-Christ. Cette lettre avait été publiée et n'avait pas produit tout l'effet qu'on en pouvait atteadre; on aurait voulu quelque chose de plus précis conure Port- Royal; on crut le trouver dans la lettre à l'abbé Nicaise. Le P. Quesnel qui, depuis fort longtemps^ était lié avec Tabbé de Rancé, lui écrivit pour lui faire connaître la peine que lui avait causée sa lettre, et les inductions qu'en tiraient les ennemis d'Arnauld, qui ; voyaient un anatbème lancé contre ce docteur , qui n'aurait pas été du parti de Jésus-GhrisL Rancé lui répondit ; « Je n'ai point eu la moindre pensée, comme vous le supposez, de séparer Ârosold de l'église de Jésus-Christ» Je sais qu'il a vécu et qu'il est mort dans sa communion, et qu'elle lui a donné la sépulture des saints. C'était d'ailleurs un ecclésiastique, un docteur qui s'était bit un grand nom par sa vertu, par sa capacité, par sa doctrine et parla multitude de ses écrits. En voilà plus qu'il n'en faut, sans entrer dans un plus grand détail, pour empêcher uu homme qui a de la religion de tomber dans l'excès que vous me reprochez. Il n'appartient qu'à Jésus-Christ de juger les hommes après leur mort, et à son Ëglise, qui a sa mission et son pouvoir. »

Le^ amis de l'abbé de Rancé et de Port-Royal auraient voulu que le pieux abbé rendit à Aruauld un témoignage public et plus exprès de l'estime qu'il avait eue pour lui. Tillemont, en particulier, qui allait souvent à la Trappe, prier et faire pénitence, le lui demanda instamment ; mais Rancé ne crut pas devoir écrire d'une manière plus explicite, dans la crainte peut-être de donner à ses ennemis une nouvelle occasion de le calomnier.

Harlai, archevêque de Paris, mourut un an après Amauld , k l'flge de soixante-dix ans. Depuis quelque temps, il avait beaucoup moins de crédit à la cour; madame de Maintenon et le P. de La Chaise s'entendaient pour le perdre, ail ne put, dit Saint*6jmon*, s'acoontumer à cette décadence et aU discrédit qui raccompagna.

< Cette lettre fut écrite en 1(178; F. U vie de Tabbé de Eancé, par MarfioUier, Hv. iv, ch. 7 ; Vie d* Amauld» %• partie, S 78.

* Mémoires du dur de Saint-Simon, t. i, ch. 30; Bdit« du mnrquis do t^int- Simon.

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Le clergé^ qai s'en aperçut, et à cpii l'envie n'est pas étrangère, se plut à se venger de la domination, quoique douce et polie, qu'il en av!4t éprouvée» et lui résista pour le plaisir de l'oser et de le pouvoir. Le monde, qui n'eut plus besoin de lui pour des évèchés et des abbayes, l'abandonna ; toutes les grâces de son corps et de son esprit, qui étaient infinies, et qui lui étaient parfaitement naturelles, se flétrirent. Il ne se trouva de ressources qu'à se renfermer avec sa bonne amie^ la duchesse de Lesdiguières, qu'il voyait tous les jours de sa vie, ou chez elle ou à Conflans, dont il avait fait un jardin délicieux, et qu'il tenait si propre, qu'à mesure qu'ils s'y promenaient tous les deux, les jardiniers les suivaient à distance pour effacer leurs pas avec des râteaux.

« Les vapeurs gagnèrent l'archevêque ; elles s'augmentèrent bientôt et se tournèrent en légères attaques d'épilepsie. Il le sentit , et défendit si étroitement à ses domestiques d'en parler et d'aller chercher des secours quand ils le verroient en cet état, qu'il ne fut que trop bien obéi. 11 passa ainsi ses deux ou trois dernières années. Les chagrins de cette dernière assemblée ^ l'achevèrent. E31e finit avec le mois de juillet ; aussitôt après il s'alla reposer à Conflans; la duchesse de Lesdiguières n'^ couchoit jamais, mais elle y alloit toutes les après-dlnées, et toujours tous deux tous seuls. Le 6 août, il y passa la matinée à son ordinaire, jusqu'au dîner; son maître d'hôtel vint l'avertir qu'il étoit servi. 11 le trouva dans son cabinet, assis sur un canapé et renversé ; il étoit mort. Le P. Gaillard fit son oraison funèbre à Notre-Dame ; la matière était

< L'assemblée de 1695 fut présidée par Harlai. Gomme celle qui avait été exlraordinairement convoquée en 1093, elle ne s'occupa guère que des moyens de procurer de l'argent au roi. Ou y loua l'édit qu'avait rendu Louis XIV pour •hvier aux conflits qui s'élevaient souvent entre les juridictioiis ecclésiastique et civile ; et l'on fit un règlement d'après lequel la présidence des assemblées devait être partagée entre les archevêques et les évoques. Les députés dn premier ordre restèrent à Paris après que cette assemblée eut été terminée, afin de répartir entre les diocèses une certaine somme allouée au roi. Les députés n'étaient pas encore partis et la clôture n'était pas prononcée lorsqu^on apprit la mort de Harlai. On décida qu'on lui ferait un service solennd aux frais du clergé. L'assemblée assista, le 13, à son convoi, avant de se séparer. Les évoques restés à Paris assistèrent au service solennel, qui eut lieu le 28 septembre, dans l'Eglise des Grands-Augustins. L'évéque do Vabres fit l'oraison funèbre. Le 23 novembre» la famille Harlai fit faire un nouveau service solennel à Notre-Dame, et l'assemblée des évêques y fut invitée. Cest à ce service que le P. Gaillard proqoq^ rq''aii$oii funèbre de Harlai, comme le rapporte 'e duc de Saint-Simorr.

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plus que délicate, et la fin terrible. Le célèbre Jésuite prit son parti; il loua tout ce qui devait Tètre, puis tourna court sur la morale. Il fit un chef-d'œuvre d'éloquence et da piété. »

Cette mort causa une impression bien pénible dans toutes les âmes chrétiennes; chacun songeait au compte rigoureux qu'avait à rendre à Dieu ce prélat scandaleux^ qui mourait sans avoir pu réparer le mal qu'il avait fait. L'abbé Le Dieu raconte ainsi, dans son jonmal, la peine qu'en éprouva Bossuet ^ : a A la mort de feu M. de Harla^, archevêque de Paris, arrivée subitement le 6 aoftt 1695, M. de Meaux fut tellement touché, et encore de ce qu'en sa ne il n'avoit fait aucun bien à son Église , après avoir joui si long^ temps de si gros revenus , et qa'iV n'avoit pas seulement pensé à faire prier Dieu pour son ftme, qu'il nous dit la résolution de faire iocessamment une fondation sans attendre à l'extrémité. »

Louis Antoine de Noaillesfut choisi par le roi pour le siège archiépiscopal de Paris. Ce prélat avait été sacré évéque de Cahors en 1680 ; il était passé, six mois après, à Chàlonfr-sur-Mame, après la mort du pieux Vialart. « Cette translation lui donna du scrupule, dit Saint^imon % il la refusa et ne s'y soumit que par un ordre exprès d'Innocent XI. Il y porta ion innocence baptismale, et y garda une résidence exacte, uniquement appliqué aux visites , au gouvernement de son diocèse, et à toutes sortes de bonnes œuvres. Sa mère, qui avoit passé sa vie à la cour, dame d'atour de la reinemère, s'étoit retirée auprès de lui depuis bien des années ; elle y étoit sous sa conduite, et se confessoit à lui tous les soirs, uniquement occupée de son salut, dans la plus parfaite solitude. »

Étant évéque de Chàlons, NoaiUes approuva le livre des Re'^ ftexiom morales^ du P. Quesnel , comme nous l'avons rapporté ', et l'avait publié pour l'instruction de son diocèse ; les Jésuites ne l'avaient point oublié ; aussi auraient-ils entravé sa nomination & l'archevêché de Paris, s'ik en eussent eu connaissance, a Mais, dit Saint-Simon % il arriva, peut-4tre pour la première fois, que le

I Journal de Tabbé Le Dieu, 8 janvier Î700.

* Mémoires du duc de Saint-Simou, t. i, p. 40 ; d'Aguesaeau parla d*une manière aussi flatteuse des vertus du nuuvel archevêque; (Mémoires historiques sar les affaires de FÉglise de France; t. xin des OBorres complètes, p. 103 et Buiv.}. ^

* F. cette histoire, t. x ad /In.

^ Mémoires du duc de Saint-Simon, for. ni.

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clarèrent en faveur du livre. Ce dieseutiment empêcha de porter l'affaire à la Faculté. Elle fut déférée à l'archevêque de Paris. De Noailles ne se hàla pas de prendre un parti : il vit bien que c'était un piège qui lui était tendu. On voulait évidemn^ent le forcer à se déclarer ouvertement^ ou contre les Jésuites qui avaient des raisons de le regarder comme peu favorable à leur Compagnie, ou contre Port-Royalj en condamnant un livre qui contenait, disait-on, sa doctrine. Pour échapper an piège qu'on lui tendait, l'archevêque renvoya l'examen du livre à laSorbonne; mais ceux qui voulaient le forcer à prendre un parti Grent si bien, que, dans la crainte de passer pour Janséniste et de déplaire au roi, il se décida à publier sa fameuse instruction pastorale contre VExposiiion, Il s'y proposa, un double but : d'abord, d'adliérer à toutes les condamnations portées contre la doctrine de la grâce nécessitante, et d'échapper ainsi au soupçon de Jansénisme ; ensuite, d'établir la doctrine de saint Augustin comme celle de l'Église, et de confondre ainsi le Molinisme.

Son instruction est donc divisée en deux parties. Dans la première, qui n'est composée que de quelques pages, il rappelle les constitutions d'Innocent X et d'Alexandre VU contre les cinq propositions, et pour la signature du formulaire ; et condamne VExpoêUion comme renouvelant en particulier la première des cinq prapositions. Dans la seconde, qui est un peu plus étendue, il expose les vrais principes de l'Église touchant la doctrine de la grâce. Bossuet était l'auteur de cette partie dogmatique de l'instruction pastorale ^.

Celte instruction pastorale* fut mal reçue des deux partis que l'archevêque de Paris voulait concilier. Plusieurs amis de Port- Royal trouvaient mauvais qu'il eût dit d'une manière si positive que Jansenius et ses disciples avaient admis la doctrine des cinq propositions, sans distinguer les divers sens qu'elles présentaient ; Il avait bien dit qu'il les fallait entendre dans leur sens naturel ; mais ils répondaient que le sens en était ambigu et qu'il était nécessaire, par conséquent, de mieux préciser ce que l'on voulait condamner.

Duguet' conseilla aux amis de Port-Royal de fermer Içs yeux

t Bossuet le déclara plusieurs fois à Tabbé Le Dieu ; V. les MémoUrei et le Journal de VMïé Le Dieu sur la vie et les ouvrages ûi9 Bossuet. * Hémoires de d*Aguo983au ; d^Avrigny, Mém. ehrouol., ann. 10M. » Diiguot, Leur* nu dvTtcur Boiloan: Mémoire:' do D'Ag^e^seau,

DB L'èOLlSE DE rRANCB. i39

de Fftiis ^ dcmnèrent un avis doctrinal sur tin Draiié de ta Grâce , enseigné par Gilbert^ professeur royal à ta Faculté de Douai. Harlai avait soumis ce traité à Texamen des docteurs^ par ordre du roi; ils y trouvèrent h doctrine des cinq propositions et la censurèrent. L'évèque d'Arras en fit autant^ et Gilbert fut révoqué. La fourberie de Douais en 1091^ ne fut organisée que pour découvrir de nouveaux partisans des cinq propositions^ et nous avons vu le résultat de cette intrigue. En 1695, le P. Gerberon fit imprimer on opuscule intitulé : Exposititm de la foi de F Église romaine , Umchant la grâce et la prédestination ; et renouvela ainsi les disputes. Cet ouvrage était de l'abbé de Barcos. Il est à regretter que, dans un temps où les anciennes accusations contre l'école de Port-* Royal, au sujet des cinq propositions, commençaient à être soulevées de nouveau, on n'ait pas eu soin d'éviter dans ce livre tout ce qui pouvait y donner lieu ; le P. Crerberon était un Bénédictin fort savant; mais il prouva, en plusieurs rencontres, qu'Q avait plus d'activité d'esprit que de sagesse. Depuis la mort de son oncle, l'abbé de Barcos ne s'était guère occupé que de pratiquer la vertu dans son abbaye de Saint-Cyran qu'il avait|réformée. On peut croire qu'il n'eût pas fait paraître son livre dans les circonstances où le publia le P. Gerberon.

V Exposition de la foi de F Église romaine touchant la grâce et la prédestination, fut composée par Tabbé de Barcos pour Tévêque d'Aleth \ Ce pieux prélat lui avait demandé cet ouvrage pour llnstruction des élèves de son séminaire, qu'il croyait nécessaire d'iDstniire aussi profondément que possible de ces matières, si importantes et si difQcfles. L'Exposition fut composée, selon ses désirs, par demandes et par réponses, en forme de catéchisme. Il Déjugea pas à propos de la faire imprimer, mais les séminaristes la copièrent pour leur usage particulier ; ce fut sur une de ces copies qu'elle fut imprimée, en 1695, c'est-à-dire dix-sept ans après la mort de l'abbé de Barcos.

A peine ce livre eut-il été publié, qu'il fut dénoncé au chancelier, lequel en fit saisir six cents exemplaires , les seuls qui fussent à Paris. Deux docteurs, ennemis de Port-Royal, furent chargés de l'examiner; plusieurs autres, qui en eurent connaissance, se dé-

^ D*ATrigny, Mémoires ehronologiquee, ann. 1667.

* ATeittasement pour l^instmetion pastorale de Monseigtieur TarebetAqtiede Paris.

142 aisTaui

» L4 première eluMe que Dieu lui mit dans Tesprit^ fut noo-eeulement de recevoir de toutes parts les avis de ses amis, mais encore de profiter de ta malignité des contredisants, pour aller aunlevant de tous les scrupules tant soit peu fondés, et amener cet ouvrage i la perfection. »

Noailles s'appliqua surtout à faire remarquer que, dans les Réflexions maraUê, la doctrine des cinq propositions n'était pas enseignée ; il fit compiler, dans ce but, une table de tous les endroits où la doctrine opposée était soutenue, et pria Bossuet de se proposer la même fin dans Yaveriiisemeiu^. '

L'évéque de Meauz travaillait à cet avertissement^ et la table était imprimée, lorsque parut le libelle fameux intitulé : Problème eedésiasiique. Dans ce libelle on prétendait mettre l'archevêque de Paris en contradiction avec lui-même, et trouver de l'opposition entre la doctrine contenue dans l'ordonnance de 1696 et celle du livre du P. Quesnel, dont l'archevêque préparait une nouvelle édition. L'ordonnance était dirigée contre les cinq propositions entendues ^dans le sens prédestinatien ou de la Grâce nécessitante, seul condamné par Innocent X, et l'auteur du Problème croyait trouver cette doctrine hérétique dans le livre du P. Quesnel; de là le problème qu'il proposait^ savoir : si l'on devait plutôt croire Noailles, archevêque de Paris, auteur de l'ordonnance, ou le même n'étant qu'évêque de Châlons et approbateur des Réflexions morales.

Ce fut contre ce pamphlétaire que Bossuet dirigea son écrit; et il dit de la manière \^ plus positive que ce fut en haine de la docp> trine de saint Augustin, établie par l'archevêque de Paris^ dans son ordonnance de 1696, que fut composé le Problème. « L'auteur n'a fait, dit-il*, que prêter sa plume aux ennemis de saint Augustin, et l'attaque des Réflexions mordes n'en est que le prétexte. 9

C'était désigner clairement les Jésuites comme auteurs du /VobUme. D'Aguesseau l'attribue à « dom Thierry, Bénédictin de la congrégation de SainWannes et Janséniste des plus outrés, qui fut mis à la Bastille par ordre du roi. » Selon d'Aguesseau, d<Mn Thierry aurait avoué qu'il était l'auteur du Problème^. Le duc de Saini-Simon ne parle pas avec moins d'aplomb que d'Aguesseaxi

^ Bossuet, foc. cit.

^ Mémoires de D'Aguesasau, t xm Aes <)Bvvres cosiplèiBS» p. (M.

DE L*i«LM» Ml riÀNCB. M)

etrattnkn à hibbé Boileiu, confident d« l'arcbe^^q^e 4» P«rit, et qui passait pour Jattstekte très décidé ^ U prétend méoie que Noaiflles le découTrit dans la suite, el qull le nomma ebanoiue da Saint-Honoré , afin de le renvoyer honorablement de l'arcbe- Yécbé.

Le Téritable auteur du PrakUmê fut donc inconnu de ses coofemporains ; mais un fait dont tous conviennent, c'est qu'oa l'attribua généralement aux Jésuites , et que ces religieux le tirent imprimer. Gehri des Jésinles auquel os Tattribua de la maiûère la phis positive fut le P. Daniel , il s'en défttidit ; mais d'Aguesseau iToue qu'on ne crut pas à sa sincérité > « oooune si Dieu , dit-il , eût permis que ceux qui, antorisoient Tart de mentir en s&reté de conscience, ne fussent pas crus, lors même qu'ils diaoîent vrai, a Od (^attribua aussi au P. Doucin et au P. Souastre ; il parait cerlun, du moins, que ce dernier Jésuite en surveilla Timpression^ et que, si on ne peut attribuer k b Gompa^piie le libelle lui«-méme> eDe doit très probablement porter la responsabilité de sa publica*tkm.

NoaHles, qui avait consuHé le roi, dénonça ce pamphlet au Par* kment, qui y vit une grave attaque contre Tbonneur du prélat. La libelle fut condamné an feu, et l'arrêt fut exécuté le ^ janvier 1889, au parvis Notre*Dame. L'ardievéque ne se contenta pas de cette satisfaction, et il pria Bossuet de réfuter le Problinu» L'évéque de Meaux y consentit d'antantt plus vofentiersy qu'il était l'auteur de la partie dogmatique de l'instruction de 1696. Il devait , pour être logique et réftiter le PrMétne, prouver que la doctrine du Une des Méfkaritms morabâ était la même que celle de l'ordon- BSBce, et que l'arebevôque de Pans n'était pas en contradiction atee Im-méme; c'est ce que Bossuet s'eficnrça de prouver dans un Avertissement qui devait être mis en télé de rédition du livre du P. Quesnely préparée par les soins de l'archevêque lui-même. Cet Avertissement devant être pntdié au nom des théologiens de l'archevêque , Bossuet se contenta d'abord de leur envoyer des notes pour les diriger dans leur travail *, mais voyant cfu'ils n*en liraient pas le parti qu'il voulait, il mît la dernière main à VAvertissement. Il

* màmtumés doc ée Mat«Simaa» t. a, ttu m; édit du msrqpiîa de Saiat-

* BoiSTCf, Lettre V».*, à Yntàuvè^n es Vuris; Jnmal da raU>é Le Dieu, B août 1702.

144 HIMOIBK

s'appliqua^ daiu^ cet ouvrage, à établir que les reproches &iU par Fauteur du Problème, au livre du P. Quesnel, étaient mal fondés S et que NoaQles avait travaillé, avec beaucoup de zèle et de sagesse^ à faire disparaître de la nouvelle édition tout ce qui pouvait fournir prétexte à de mauvaises interprétations. Cet AverlissemetU fut envoyé à plusieurs évéques, et entre autres à Tévéque de Mircpoix, de La Broue, qui était très lié avec Bossuet et avec l'archevêque de Paris.

Cependant, les Jésuites employaient tous les moyens qui leur sont habituels pour réveiller la passion de Louis XIV contre le Jansénisme; Noailles, aimé du roi, crut devoir ménager ses préjugés sur ce point ; il renonça donc au projet de publier le livre du P. Quesnel d*une manière ofBcîelle, et avec VAveriissemefU composé par Bossuet au nom de ses théologiens. Le livre n'en fut pas moins imprimé avec l'approbation qu'U lui avait donnée étant évéque de Ghftlons, et l'on eut soin d'y faire les corrections jugées les plus importantes, indiquées par Bossuet. Depuis, l'évoque de Meaux s'entendit avec les théologiens de l'archevêché pour mettre le fond même de V Avertissement sous forme de lettres dirigées contre le Problème *. Seulement, dans ces lettres, on ne fit pas mention de quelques corrections indiquées par Bossuet dans son Averiissemenf. Le docteur Pirot prétend que l'évéque de Meaux s'en plaignit \ C'était avec raison, parce qu'il ne fallait pas laisser aux ennemis du livre le plus léger prétexte d'élever des accusations tant soit peu fondées; mais il faut avouer, pour être impartial et exact, que les corrections indiquées par Bossuet étaient peu nombreuses^, et qu'après avoir examiné attentivement le livre, et avoir comparé les passages les uns avec les autres, il trouva le livre fort orthodoxe ; c'était, du reste, l'opinion qu*en eiHt tout le

> Journal de Vàhbé Le Diea, il juin 1711.

s MM., 2i juia 17(â, 12 février 1703, 24 juin 1703, 17 juin 1711.

' UMn 14 novembre 1704.

^ On a prétendu que Bossuet avait proposé six vingt cartons pour corriger le livre du P. Quesnel. Cette assertion est en contradiction avec V Avertisse^ ment de Bossuet lui-même; avec le témoignagne de Tabbé Le Dieu, son secrétaire; avec un manuscrit de Bossuet, sur lequel il n*indique que vingt-çiutire corrections fort 'peu importantes. On peut consulter sur VAveriissemeni de Bossuet Topuscule que nous avons composé pour réfuter les erreurs de M. Poujoulat, et intitulé : Essai MMiographique sur rovvragede Boisitei, inii' tulé : AYERTissRiriînT, etc. Paris, 1854.

DB L'toUM OB FKANCB. 145

dogé de France, jusqu'au moment où parut le ProbUnte. Les éféques qui s'en montrèrent depuis les plus ardents adversaires le recommandèrent alors à leur clergé ^

BosRiet n'eut pas seulement en vue, dans son Averti$$êmiiU, de justifier le livre du P. Quesnel, mais d'établir la vraie doctrine de rÉglise et de saint Augustin, afin de combattre en même temps et b cinq propositions dénoncées par Cornet, et le système de Molina '. Hais son but principal * était d'attaquer les Jésuites, qu'il considérait comme semi-Pélagiens.

fiossuet avait donné, dans le temps même où il examinait le livre du P. Quesnel (1697), une preuve éclatante de son tèle contre le Molinisme, en dénonçant cette erreur au pape ^. Le cardinal Sfoodrate avait soutenu les principes de Molina dans un livre intitulé : Nodus prœdesUncUianis disMluius *. C'était d'abord une étrange illusion, dans ce cardinal, de se croire capable d'expliquer un mystère comme celui de la Prédestination. Il est vrai qu'il ne prétendait l'expliquer ({u'auiant quUl était possible à la raison: mais on conçoit qu'il eût mieux fait, sur une telle question, de s'en rapporter à l'Écriture-Sainte et aux saints Pères. Bossuet, de concert avec les archevêques de Reims et de Paris, les évoques d'Arras et d'Amiens, dénonça au Saint-Siège la doctrine de Sfondrate. Un Feuillant, nommé Gabrieii, qui fut depuis car* (iinal et joua un rôle fort actif dans les discussions relatives à la iHiHe UnigenituSy prit la défense de Sfondrate. Le pape répondit * &UX cinq évéques pour les louer de leur zèle, et pour leur dire fu'il avait soumis l'examen du livre de Sfondrate à une commission de théologiens. Nous verrons ce qui fut fait contre cette doctrine par le clergé de France, dans l'assemblée générale de 1700.

Mais si, d'un côté, Bossuet attaquait le Molinisme avec d'autant plus de succès qu'il était impossible de le faire passer pour Janséniste, les Jésuites multipliaient leurs intrigues pour retrouver pai^

* Entr*autTes le cardinal de Biss}*, qui était alors évoque de Tout. V. Vmdo <to Tool puer rannée 1697.

* Joamal de Tabbé Le Dieu, 24 juin 1703.

* Bossuet, Lettre 200.e à l'archevêque de Paris.

* Bowuet, Epist. ad Inn. XII, âOl." des LeUres diverses ; Journal de r^bbé U Dieu, ana. 1700; d*A?rigny, Métn. chronol., ann. 1097.

* Le nœud de la PrédesUnation délié.

* V. son bref parmi les Lettres do Bo<tsuet, apn^s la 201. (^.

iH HiATomt

tout l'evredr dont ilè Cânaieiit un époufaniail. Tout ouvrage dont la aiorak était saine^ dans lequel on enseignait ta doctrine de saint Thomas sur la Grâce^ où Ton n'adoptait pas explicitement les arretvt et Molina, était^ par cela méme^ nécessairement janséniste. C'est ainsi que le P. Buffier dénonça comme tels le rituel d'Aleth, les Solutions de cas de conscience de Sainte-Beuve, la Théologie dogmatique de Noéi Alexandre^ la Théologie morale, (Hjfalîée à Grenoble p«r Le Camus pour l'instruction de ses curés. L'archevêque de Rouen avait recommandé ces ouvrages * ; le P. BolBcr, pour prouver que l'archevêque avait tort, donna comme règles de l'orthodoxie les opinions des Casuistes de sa Société, la doctrine du péché philosophique et le Molinisme. Il était tombé en dételles erreurs, que ses supérieurs, obligés d'en faire ouvertement justice, l'exilèrent à Quimper-Corcntin ; mais, en même temps, ils se vengèrent de l'archevêque, en répandant le bruit que M conduite n'était pas conforme à ses principes, et leurs historiens ont répété ces accusations *.

' Le Camus, que le P. Buffier dénonçait comme Janséniste à cause de la sévérité de ses principes de morale, était ce digne évoque de Grenoble, ami d'Amauld, dont nous avons déjà parlé. U 'était montré trop ennemi de la morale des Jésuites pour n'être pas taxé par eux d'hérésie. Malgré leurs calomnies, le pape avait apprécié ses vertus et son tèle et l'avait nommé cardinal. Bossuet. ami de Le Camus, eut beaucoup de joie de sa promotion; mais ceriaines gens ne purent, dit-il ', dissimuler tout h fait leur mécontentement, lorsque Louis XIV, qui n'était pour rien dans cette faveur du pape, eut autorisé l'évêque de Grenoble à l'accepter. L'abbé de Rancé, qui était l'ami de Le Camus, partagea les sentiments de Bossuet.

Le grand crime du cardinal Le Camus fut d'avoir fait imprimer une théologie morale, dans le but avoué de combattre les mauvais principes des Jésuites. Il était le modèle des évéques, et toute sa vie était consacrée à la pratique des vertus chrétiennes, surtout de la charité et de la pénitence, et à l'accomplissement de ses devoirs

* Lettre pastorale de Tarchevéque de Rouen ; Difficultés proposées à M. Tarchevêque de Rouen, etc. ; Natal. Alcxand. Appcn<1. Tlieol. ; et écUifciraenettl sur les diflicultéM, etc., par le même auteur.

* K. en particulier le P. d'Avrigny, Mém. cbroDol., ano. 1697. 3 Bossuet, Lettre 132.o à l*8bbé de R«incë.

DK L'eGMAC ne FRANCE. 147

épMeopaox. Ses Leiires à ses curés et ses Ordm/manen rtccHsent en loi beaucoup de sagesse el de zèle.

1« Camus ne se trouva point m^lé aux nouvelles discussions sur la Grâce; mais personne n'ignorait qu'il était l'adversaire du Molînitme^ et qu'il gémissait^ avec Bossuet, de voir ce système se propager même dans l'épiscopat : « Si cette doctrine s'établit dan? i'épiscopat^ disait Bossuet *, comme je vois qu'on y travaille, tout éperdu. D

Le grand évéque de Meaux prévoyait que, sou» prétexte de /»Vfe' et t efficacité des sacrements, la doctrine des Jésuites n'al- Wl à rien moins qu'à la destniction radicale de l'esprit chrétien.

Tandis que Bossuet s'élevait avec tant de vigueur contre ces mauvaises doctrines, H poursuivait avec l'énergie el la science d'un Père de l'Église le Quiétisme mitigé, dont Fénélon s'était fait l'apôtre.

Nous avons dît qulnnocent XI, avant de mourir, avait publié irae bulle contre Molinos, chef des Quiétistes. Ce prêtre espagnol * «nitenait que la perfection consistait dans la quiétude de Tesprit, dans le repos contemplatif de toutes les facultés en Dieu, sans ancmi égard pour les actes extérieurs qui, de leur nature, étaient Ions indifférents. Un tel système de spiritualité, de piété siiréminente, ouvrait libre carrière aux passions, et sapait par sa base toute l'économie de la morale chrétienne, qui se résume dans ta Parité, c'est-à-dire dans la pratique du bien. Molinos composa la Guide spirituelle pour établir son système ; ce livre séduisit plusleun personnages importants, des inquisiteurs, et même des évéqaes, qui lui donnèrent leur approbation. Son système n'était pas

> Bossuet, Lettre 209.e à rarcbevèque de Paris.

^Bosstiet, Relation du Quiétisme; correspondancij et autres ouvrages sur eette question; FéDélon, correspondance H autres ouvrages; d*Ague8seau, Mémoires 8ur les affaires de TÉglise de France, t. xiii des Œuvres complèCes; Mémoires du duc de Saint-Simon, édil. du marquis de Saint-Simon; Elliea du Pin, Hist. eccl. du xvii.« siècle, t. m; Phëlippeaux, Relation de rohgÎDe, des progrès et de la condamnation du Quiétisme.

Ce dernier autear lut son ouvrage h Borsuct, qui le trouva très exact, comme le rapporte Tabbii Le Dieu. (K. notre édition du Journal de Tabbô Le Dieu). H. de Beausset a cependant adressé h rouvrai^e de Phéltppcaiix d» TtH grands reproches, dans son Histoire de Févélm, Bossuet ôtnîi mc-fllcur ju^, dans cette affaire, qne M. de Beavssef, qui a commis de nombreu<:es et graves erreors, mdme dans la citation des monuments, afin de dissimuler ce qu'il ne voulait pas dire.

148 HISTOlftE

nouveau, et avait été soutenu dans l'antiquité par certains moines de l'Orient, que l'on avait appelés Hésica$te$. Les Inquisitions de Rome et d'Espagne le condamnèrent à l'envi, et l'auteur fut rois dans les prisons de Tlnquisition romaine, où il mourut en 1692. Innocent XI avait d'abord été prévenu eu faveur de Molinos; mais, convaincu de ses erreurs, il avait été obligé de lui retirer sa pro* tection et de condamner soixante-huit propositions tirées de ses ouvrages.

Les erreurs de Molinos avaient eu beaucoup de partisans eu Italie^ surtout dans les couvents; le cardinal Gibo avait dû envoyer des visiteurs, aQn d'examiner les membres des congrégations religieuses et leurs confesseurs. En France, im des plus chauds partisans du Quiétisme fut un Barnabite nommé François de La Combe. Ce religieux fit imprimer, en 1686, un livre de VOraison mentale, Bemîères *, Malaval * et madame Guyon furent les principaux disciples du Père de La Combe. Cette dernière avait fait imprimer deux ouvrages, dans lesquels elle prétendait donner un moyen court * de faire oraison et expliquer le Cantique des Cantiques de Sahmon selon le sens mystique. Elle avait, en outre, composé les Torrents, qui étaient restés en manuscrit, mais dont on parlait beaucoup.

Madame Guyon était amie de la famille de fieauvilliers. C'était une femme d'esprit et de bonnes mœurs, mais dont le jugement avait fait naufn^e dans un mysticisme qui, sans avoir les inconvénients de celui de Molinos, y devait conduire nécessairement ceux qui savaient tirer les conséquences des principes. Fénélon, appelé à la cour par le crédit du duc de Beauviiliers et très lié avec sa faknille^ connut chez lui madame Guyon. Il fut séduit par le langage mystique de celte femme et partagea bientôt ses erreurs. Quand on a jeté un coup-d'œil sur les livres de madame Guyon, on

* Bernières est auteur d'un livre intitulé : Règle des associés à l'Enfance de Jésus.

* Ualaval composa uu ouvrage intitulé : Pra ligue facile pour élever Vàme à la contemplalion.

* Les deux ouvrages de madame Guyon étaient intitulés, le prenûer : Moyen court et très facile de faire oraison, que tous peuvent pratiquer aisément, et atriver par là, dans peu de temps^ à une haute perfection : le secund: Cantique des cantiques de Sahmon, interprété seUm le sins mystique.

M l'^GLISB DK FRA?iCE. 149

S elonne que Féoélon^ doné d'une inteOigence si remarquable, se soit laissé eulrainer dans Terreur par cette Eve si peu séduisante; mais nous avons remarqué déjà que F^nélon avait peu étudié les sciences ecclésiastiques, et qu'il y avait dans le caractère de sa piété quelque chose d'extraordinaire, qui le portait naturellement aux erreurs des mystiques. Madame Guyon trouva donc son âme tonte disposée à recevoir sa doctrine, a Leur esprit se plutTun h l'autre, dit le duc de Saint-Simon, leur sublime s'amalgama. Je ne sais s'ils s'entendirent bien clairement dans ce système et cette langue nouvelle qu'on vit éclore d'eux dans la suite, mais ils se le persuadèrent et la liaison se forma entre eux» » Personne mieux que Fénélon ne pouvait certainement donner au système des Quiétistes une apparence raisonnable et même séduisante.

Les familles de Beauvilliers et de Ghevreuse, et quelques amis, eurent bientôt formé à la cour comme une secte dont Fénélon était le chef réel, et dont madame Guyon était la prophétesse. Les choses allèrent si loin que bientôt on se crut obligé de renfermer le Père de La Gombe et madame Guyon. Madame de Maintenon, qui aimait les Beauvilliers, avait témoigné à Fénélon quelque confiance et à madame Guyon de l'amitié ; elle la fit venir à Saiot-Cyr et la confia à Godet-des-Marais, évéque de Chartres, qui avait la maison de Saint-Gyr sous sa juridiction, en qualité d'évéque diocésain. Madame de Maintenon avait beaucoup de confiance dans Godetdes-Marais^ prélat de peu d'éducation, mais vertueux. C'était iliomme le moins susceptible de subir les séductions du mysticisme de madame Guyon. Sous son influence, madame de Maintenon se refroidit peu à peu pour cette femme. Celle-ci demanda des commissaires pour examiner sa doctrine ; on lui donna Bossuet, de Noailles, qui était encore alors évéque de Ghftlons, etTronson, supérieur de la communauté de Saint-Sulpîce (1694).

Bossuet avait témoigné beaucoup de bonté pour madame Guyon depuis le commencement de ces querelles; il la traitait plutôt en cerveau malade qu'en hérétique , et il y mettait beaucoup de délicatesse. Elle fut sensible à ses procédés, et demanda à se retirer au monastère de la Visitation de Meaux, pendant le temps qu'on examinerait sa doctrine.

Bossuet, Noailles et Tronson tinrent, pendant l'année 1604, phiùeaan conférences à Issy, maison de campagne du séminaire de Saint-Sulpice. Harlai n'en fut pas même averti. Il était alors dans ane espèce de disgrâce, comme nous l'avons dit. Il fut blessé du

l.lO BltTQimB

n4) stère que Ton mettait à exaaiîiier dans son diocèse une qoestipa doctrinale, dont il se regardait comme k juge naturel, H eo f^rta plainte au roi, qui n'y eut pas beaucoup d'é^ud. U eiut alors devoir devancer la décision des conférences d'Issy en condamnant les ouvrages du P. de La Combe et de madame Guyon. Son ordonnance est datée du 16 octobre 1694. 11 croyait, par ce coup d'éclat, rompre les conférences d'fssy. il fut trompé dans son attente, et BoBsuet, qui ne Testimait pas et ne se souciait m de lui ni de ms mémoires S lit observer avec raison que le but de ces conférenoea n'était point de faire un acte de juridiction, mais de fixer sur un^ question doctrinale des principes qui n'emprunteraient leur autorité que de la confiance que Ton aurait en ceux qui avaient été choisis pour commissaires.

Pénélon était en cause aussi bien que madame Guyon, dont il avait pris ouvertement le parti ; comme il ne cessait de répéter qu'il s'en rapportait entièrement aux lumières des commissaires, et de Bossuet en particulier *, madame de Maintenon crut l'affermir, par la reconnaissance, dans ces dispositions paeiliques, en le Msant nommer alors à l'archevêché de Cambrai ; mais ces nouveaux honneurs et ses promesses de soumission ne produisirent aucun résultat, a il fut perverti, dit d'Aguesseau ', comme le premier homme, par la voix d'une femme ; et ses talents , sa fortune, sa réputation roéme^ furent sacrifiés, non à Tillusion des sens, mais à celle de l'esprit ^. On vit ce génie si sublime se borner à devenir le prophète des Mystiques et l'oracle du Quiétisme ; ébloui le premier par l'éclat de ses lumières et éblouissant ensuite les autres; suppléant, au défaut de science, par la beauté de son génie, fertile en images spécieuses et séduisantes plutôt qu'en idées daires et précises; voulant toujours paraître philosophe et théologien, et \Y étant jamais qu'arateur : caractère qu'il a conservé dans tous les ouvrages qui sont sortis de sa plume, jusqu'à la fin de sa vie...

1 Lettre de Bossuet à de La Broue, du 'Ih mai 1605.

« Lettres de Tabbé de Fénélon à Uossuat, du 2S juillet ieU4, desi 12 cl 16 décembre 1694; du 26 janvier 1690.

3 D'Aguesseau, Mémoires sur les affaires de TÉglise de France.

^ Bossuet, qui attaqua vîTomont les relations de Fénélon et de madame Guyon, dédaca, comme d'Aguesseau, qu'il a'«Yait jamais oru qu*à des rap-* ports tout spirituels. Il les avait, il est vrû, comparés, dans lardeur de la discussion, à ceux do Montan et de Priscille; mais il fit remarquer que les saints Pères n'avaient ja ^lais attribué à ces hérétiques de relations chamelles.

DB l'AgLUB m VIANCB. 151

Ett-JI vnù que^ voyant k n>i se lonrner entièrement du cÂté de la religion, les personnes les plus puissantes à la coiff se conformer, au moins en apparence y au goàt du souverain y et la dévotion deresir rinstniment de la fortune^ il ait eu la pensée de joindre la politique à la mysticité > et de former , par les liens secrets d'un laogsge mystérieux y une puissante cabale^ à la tète de laquelle il serait tou|ours, par Télévation et Tinsinuation de son esprit^ pour tesir dans sa main les ressorts de la conscience et devenir le premisr mobile de la cour, ou dès le vivant du roi même, ou du msiiis après sa mort^ par k crédit du duc de Bourgogne, qui avoit uo goût infini pour lui ? C'est le jugement que bien des gens en ont fKvié» et qu'il faut remettre au souverain scrutateur de l'esprit et ds cœur humain. »

Quoi qu'il en soit, il est certain qu'étant à la cour il y avait formé use véritable secte qui avait ses signes de ralliement et ses emblé* Bies> et dont k duc de Bourgogne était considéré comme le héros. DeLescbelle publia alors, sous l'inspiration de Fénélon, une eSi- Uape qui fut gravée par le fameux Lederc, et sur laipieUe le duc de Bouricogne était représenté en habit de berger, k houlette à la QitJA et entouré d'un troupeau d'animaux de toute espèce qui figu»» raient ks passions vaincues par le pur amour. Le duc de Btrry était entre ka bras d'une nourrice, qui n'était autre que madame* Gayon, communiquant les tcnrenls de grâce qu'eUe recevait dans Tmiton ; enfin, le duc d'Anjou était représenté nu , dans un coin de l'estampe, tirant de son trou un serpent, emblème des ennemis du pur amour. Cette estampe fut distribuée à tous ceux qui étaient daasle secret, ainsi qu'une autre estamf)e rqNPésentant saint Michel terrassant le démon ; chaque associé avait cette dernière image au chevet de son Ut, et ils |mnaient entre eux le titre de iIftcMiàii, ce ftti signifiait qu'à Texempk de saint Michel, ik avaient teii««é le démon et l'avaient foudroyé par l'esprit d'ocvison, ineoanu an roonde avant eux.

Bdssuet était trop clairvoyant pour ne paa apercevoir k sede qui se formait dans l'ombre » et ka suites funestes que ses mauvais principes pouvaient produire.

Fénélon ayant mÀité, comme nous l'avons dit, pax ses piplestations d'orthodoxie et de soumission , d'être nommé archevêque de Cambrai, fut invité à prendre part aux conférences d'Issy. On y dressa trente-quatre articles pour fixer les principales règles de la croyance et du langage sur la théologie mystique. Ces articles fnitint

Iâ2 HISTOMB

signés comme une espèce de traité par les cheft des partis contraires; et ils furent suivis d'une réconciliation^ au moins apparente, qui parut avoir calmé les esprits et fait oublier le passé.

Mais en réalité rien n était apaisé ; Fénélon et ses amis n'en persévéraient pas moins dans toutes leurs opinions, et ils avaient, de plus y conçu une vive douleur de la nomination à Tarchevéché de Cambrai.

c Cambrai, dit Saint-Simon S fut un coup de foudre pour tout ce petit troupeau. Us voyoient Tarchevéque de Paris menacer mine;- c'étoit Paris qu'ils vouloient tous et non Cambrai, qu'ils considérèrent avec mépris comme un diocèse de campagne, dont la résidence, qui ne se pourroit éviter de temps en temps, les priveroit de leur pasteur. Paris l'auroit mis à la tête du clergé et dans une place de contiance immédiate et durable, qui auroit fait compter tout le monde avec lui et qui Teût porté dans une situation à tout oser avec succès pour madame Guyon et sa doctrine, qui se tenoit encore dans le secret entre eux. Leur douleur fut donc profonde de ce que le reste du monde prit pour une fortune éclatante, et la comtesse de Guiche en fut outrée jusqu'à n'en pouvoir cacher ses larmes. Le nouveau prélat n'avoit pas négligé les prélats qui faisoient le plus de figure, qui, de leur côté, regardèrent comme une distinction d'être approchés de lui. Saint-Cyr, ce lieu si précieux et si peu accessible, fut le lieu destiné à son sacre, et Jtf . de Meaux, le dictateur alors de l'épiscopat et de la doctrine, fut celui qui le sacra. Les enfants de France en furent spectateurs, madame de Maintenon y assista avec sa petite et étroite cour intérieure, personne d'invité et portes fermées à l'empress^nent de faire sa cour. »

Fénélon se regarda toujours comme exHé à Cambrai ; sa correi^ndance atteste que toute sa vie il fut tourmenté du àésir de se rapprocher de la cour.

Les Jésuites étaient alors les dispensateurs de presque toutes les grftces et continuaient à avoir sur l'esprit de Louis XIV la plus étonnante influence ; Fénélon se rapprocha d'eux plus que jamais et ne négligea rien pour se concilier leur faveur.

Bossuet, qui était doux et de bonne foi, dit Saint-^imon ', avait

* Mémoires du duc de Saint-Simoo, t. i, oh. 99. - Mémoires du due de Saint-Simon, 1. 1, eh. 40.

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été dupe des tendresses de Fénélon ; mais, voyant que les résultats des conférences d'Issy étaient nuls et que madame Guyon continuait à dogmatiser 9 il composa sa fameuse Instruction sur les états é^araison. Il la communiqua en manuscrit aux archevêques de Paris et de Reims, à Févôque de Chartres et à Fénélon lui-même; mais ce dernier refusa de l'approuver * et se hâta de publier, comme antidote, son livre intitulé : Explications des Maximes des fttints sur la vie intérieure; il mit tant de diligence à le faire imprimer qu'il parut avant celui de Bossuet. (1697.)

Fénélon, comprenant toute l'importance du livre de Bossuet, avait cru nécessaire de le prévenir : «r II faut croire, dit Saint- Simon % qu'il avoit sa matière préparée de loin et toute rédigée, parce qu'autrement la diligence de la composition seroit incroyable, et d'une composition de ce genre. Il Ht un livre inintelligible à qui n'est pas théologien versé dans le plus mystique, qu'il intitula : Maximes des saints, et le mit en deux colonnes : la première contenoît les maximes qu'il donne pour orthodoxes et pour celles des saints ; l'autre, les maximes dangereuses, suspectes ou erronées, qui est l'abus qu'on a fait et qu'on peut faire de la bonne et saine mysticité, avec une précision qu'il donne pour exacte de part et d'autre et qu'il propose d'un ton de maître à suivre ou à éviter. Dans l'empressement de le faire paroître avant que M. de Meaux pût donner le sien, il le Rt imprimer avec toute la diligence possible, et^ pour n'y pas perdre un instant, M. de Chevreuse s'alla établir chez l'imprimeur pour en corriger chaque feuille à mesure qu'elle fut imprimée. Aussi, la promptitude et l'exactitude de la correction répondirent-elles à des mesures si bien prises ; en très peu de jours, on fut en état de distribuer ce livre à toute la cour, et l'édition se trouva presque toute vendue.

» Si on fut' choqué de ne le trouver appuyé d'aucune approbation, on le fut bien davantage du style confus et embarrassé, d'une précision si gênée et si décidée, de la barbarie des termes qui faisoit comme une langue étrangère, enfin de l'élévation et de la recherche des pensées qui faisoient perdre haleine, comme dans l'air trop subtil de la moyenne région. Presque personne, qui n'é-

< Lettns de Fénélon à Bossuet, des 9 mai, 5 août, et 4 octobre 1096 ; Lettre de Bossuet à de La Broue, du 4 septembre 1606; à son neveu, do 3 rénier 1697.

> Mémoires du duc de Saint-Aimon, 1. 1, ch» 40.

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