‹ Histoire de l'église de FranceChapitre 12 sur 100 · LIVRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME

ABtemblée générale du clergé de France. — Questions du Jansénisme, du llolinisme, de la morale relâchée et des cérémonies chinoises. — Opinions et tra^ vaux de Bossuet sur ces questions. — Séances de l'assemblée, ses décisions, ses déclarations touchant Tatlrition et le prot>abilisme.— Censure de la Faculté de théologie touchant les cérémonies chinoises.— Affaire du cas de conscience. — Brer de Clément XI et ordonnance du cardinal de Noailles contre oe cas. — Opinion de Bossuet sur ces deux actes. — Ouvrage de Bossuet sur la Grâce, contre Richard-Simon. — Son zèle pour l'orthodoxie, ses derniers travaux. — La traduction de Trévoux. ,— Mort de Bossuet. — Son ouvrage imparfait touchant la croyance due ù TÉglisc sur les faits dogmatiques. — 11 y est opposé aux systèmes des Jésuites mo<iernes sur ce point. — Les Jésuites esaa^'ent d'entraîner le Saint-Siège dans leur système. — Bulle Vii\eam Domini. — Appréciation, rapprochements. — Assemblée du clergé. — Abus que les Jésuites veulent faire de la bulle Vinêam Domini — Persécutions contre l*Bcole et le monastère de Port-Royal-des^hamps. — Bdit de Louis XIV pour la destruction de ce monastère. — Destruction sacrilège de Port- Royal.

Clément XI succéda ù Innocent XII sur le Saint-Siège.

Peu de temps avant la mort de ce dernier pape^ le clergé de France avait tenu une assemblée célèbre dont Bossuet fut l'âme, et qui mérite une attention toute particulière.

Dès le mois de janvier *, Bossuet se rendit à Paris, et sembla surtout préoccupé de Tidée de faire censurer par l'assemblée les opinions immorales des Casuistes. La décadence dans la morale évangélique lui semblait arrivée à son dernier période, et il ne craignait pas de dire : « Parmi les Juifs, la doctrine éloil venue au dernier période de corruption par le moyen des pharisiens et docteurs de la loi, quand Jésus-Christ vint au monde, et il semble être venu pour apporter le remède a un mal si pressant. Cela me

» Journal do l'abbé I^ Di«*u, janv. 1700.

DB l'Église db pbancb. 177

bit penser que Dieu prépare un grand remède à son Église en ces derniers temps où la morale est entièrement corrompue. 0

Préoccupé de cette idée^ Bossuet avait présenté un projet de ceosure à rassemblée de 1682^ mais^ comme nous l'avons remarqué^ on n'avait pas pu alors s'occuper de cette grave question.

Les Jésuites^ surtout, étaient considérés par Bossuet comme les corrupteurs de la morale. Avant l'ouverture de l'assemblée^ il s'en* tendit avec les archevêques de Paris et de Reims pour censurer plusieurs thèses ^ dans lesquelles ces religieux cherchaient à renouveler, d'une manière détournée, leur doctrine du péché philosophique et leurs systèmes 3ur Tattrition et la foi divine. 11 engagea fortement l'archevêque de Paris à les censurer. Les Jésuites, effrayés, eurent recours à leur moyen ordinaire, c'est-à-dire qu'ils désavouèrent les thèses et signèrent tout ce qu'on voulut, en conservant leur doctrine. Mais ces rétractations partielles ne firent pas perdre de vue à Bossuet la censure générale de leurs Casuistes, et il se prépara à Iraiter cette question à l'assemblée, par une étude approfondie des censures déjà portées par les papes, et des principaux écrivains jésuites dout il trouvait la doctrine défectueuse. 11 était surtout outré de la doctrine de Suarez sur le serment : « Je ne sais rien, disait-il *, de plus pernicieux dans la morale que l'opinion de ce Jésuite sur le serment : il veut que l'intention soit nécessaire au serment, sans quoi, en répondant môme au juge qui interroge juridiquement, on ne peut être coupable de parjure. »

Le résultat de ses travaux sur les Casuistes fut un ouvrage qu'il intitula : Décret du clergé de France, et qu'il voulait présenter aux délibérations de l'assemblée. Deux questions attiraient particulièrement son attention : celles de la probabilité et de l'attrition, qui forment comme la base de tout le svstème des Jésuites sur la moraie. A l'aide de la probabilité ', on trouve moyen d'excuser à peu près tous les crimes ; et en restreignant la contrition aux conditions les plus faciles, on obtient sans peine la rémission des fautes qui ne peuvent être excusées à l'aide de la probabilité. Les Jésuites, en soutenant leur mauvaise morale, prétendaient faire beaucoup d'honneur à Jésus-Christ, exalter les effets de sa rédemption et se-

* ioornal de Vhhhé Le Dieu, fév. et mars 1700.

* Journal de Tabbé Le Dieu, 12 avril 1700.

* Bossuet avait formé le projet d*écrire contre ta ProbahitUé des Jésuites. vJoamal de Tabbé Le Dieu, 23 Juin 1700.}

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