‹ Histoire de l'église de FranceChapitre 13 sur 100 · XI. la · texte numérisé non relu

XI. la

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conder la piété chrétienne; voilà pourquoi Bossuet comité, comme nous Tavons \u^ leur morale à celle des pharisiens à là Venue de Jésus-Christ.

Outre la morale des Casuistes, Bossuet voulait aussi faire condamner^ par l'assemblée de 1700^ les opinions molinistesou pila- (jennes du cardinal Sfondrate et du cardinal Gabriel!, son défen> fleur *, n les avait dénoncées au pape, de concert avec quatre autres évéques ; mais, à Borne, on respectait trop la pourpre, pour uiflig:f r yne censure & ceux qui en étaient dc^corés. Bossuet, qui ne considérait que la doctrine, la trouvait contraire à la tradition catholique, et pensait qu'il était d'autant plus nécessaire de la cotf- ^kmner, que la dignité des personnages qui la soutenaient pouvait lui donner plus d'importance aux yeux du commun des fidèles.

Bossuet travailla aussi à une nouvelle relation du Quiéitsme, qu'il désirait présenter aux délibérations de rassemblée. Les amis de Fénélon gardaient rancune à l'évéque de Meaux de la victoirte fu'il avait remportée, et répandaient des bruits désavantageux et mensongers sur les aCEoiires du Quiétisme. Bossuet pensa que le meilleur moyen de les réduire au silence était de faire le récit succinct, exact de tout ce qui s'était passé en cette affaire, et de le faire adopter par l'assemblée.

Enfin, il voulait attirer l'attentbn des évéques sur la Question des cérémonies chinoises, au sujet desquelles une vive polémique »'élait élevée entre les Jésuites français et le séminaire des Missions- Ëtrangères de Paris.

Les Jésuites prétendaient que certaines cérémonies du culte chinois étaient exemptes d'idolâtrie, et que Ton pouvait les permettre à ceux qui embrassaient le christianisme; ils en agissaient de la sorte envers les Chinois qu'ils convertissaient. Les autres missionnaires étaient d*un avis contraire. La polémique était passée de k Chine en Europe. Les papes s'en préoccupèrent, mais leurs procédures, ordinairement si longues, le furent outre mesure en ces circonstances, à cause de l'éloignement des lieux et des intrigués des Jésuites, qui tenaient à faire prévaloir leur sentiment.

Le P. Le Comte, confesseur de la duchesse de Bourgogne, se déclara, en France, le défenseur des cérémonies chinoises; le Père Le Gobien lui vint en aide; et ces deux Jésuites publièrent quelques mauvais livres Les supérieurs du sémiuaire des^ MiaBidns*

« Journal de Tabbé Le Dieu, avril 1700.

BdWffgêW^ éiyfrèreiyf étt hitfe contre «ax par une kifgod ktUv qu'ils écrîvireiif a» pape, et dans laquelle ils réfutaient les ouvrage» àék deftx Jésuites français. Bossnet reçut tous ces livres, et, après lef atoîr lus, il ne fit a aucune difficuité de dire ' qu'il étoit clair q<» toutes ces cérémonies étoient pleines d'idolâtrie, et que le l*. Le Comte hii-méme en avouoit assez pour cela. »

Tdfes étaient les dispositions de Bossuet en venant à rassemblée générale du clergé.

Le 13 mai, il fut élu député du premier ordre pour h province (te Paris, et son neveu, qui portait le même nom que lui et qui fut depuis évéque de Troyes, fut élu (lépnté du second ordre *.

Les Jésuites connaissaient les projets de Bossuet et savaient qu'il s'entendait parfaitement avec les archevêques de Paris et de Reims. Ponr détourner le coup qui les menaçait» ils eurent recours an roi ; mik s'ils avaient de l'influence sur Louis XIV, les trois prélats étaient aussi écoutés, non-seulement du roi, mais, ce qui était phis important encore, de madame de Maintenon. Ils convinrent ent^e cnx » que, pour ménager la susceptibilité du roi, ils lut adre^ie^ raient un mémoire pour lui faire comprendre la nécessité de h censure qu'ils méditaient, et qu'ils le lui feraient présenfei' paf madame de Maintenon. Bossuet fit, dans ce but, un voyage à Vet^ saifles et à Saint-Cyr *. Il vit le roi, qui consentit à la censure, à la c/)iidition que les auteurs condamnés ne seraient pas nommésr,* c'était une satisfaction accordée à la vanité des Jésuites. Madame de Maintenon consentit à présenter le mémoire au roi.

Les évêques n'avaient pas besoin de l'autorisation de Louis XIV pdmr défendre la morale de l'Évangile ; mais Bossuet connaissait la sosceptibilité de ce roi, et savait que les Jésoites auraient bientdf abusé de leur influence sur lui en faveur de leurs Casuistes, si, d'atance, il n était engagé en consentant à l'examen et à la censure de leur doctrine.

Les Jésuites, selon leur coutume, ne manquèrent pas de sonleter la question du Jansénisme, afin de détourner l'attention de h ceirsïfre et de caresser les préjugés du roi. Bossuet et les archevêques de Paris et de Reims trouvèrent moyen de déjouer cette intrigue,

» Journal de l'abbé Le Dieu, 16 avril 1700.

' Joiitnal de Tabbé Le Dieu, 13 mai 1703.

' Journal de Tabbé Le Dieu, mai fîOO.

^ Résideoce de prédilection de madame de 1fa>nfe'tioD,

HISTOIRB

en annonçant que le Jansénisme serait condamné par PassemUée, aussi bien que le Molinisme et la morale des Casuistes.

Nous avons vu, au livre précédent, que la question du Jansénisme avait été de nouveau soulevée depuis quelques années. Plusieurs écrivains, amis de Porl-Royal, avaient protesté contre l'imputation qui leur était faite, et affirmé que le Jansénisme était un fantôme, et que cette fameuse hérésie n'avait jamais existé que dans le cerveau des Jésuites. On pouvait interpréter cette opinion de deux manières : en ce sens que c'était à tort que les Jésuites avaient imputé la doctrine dite janséniste aux solitaires de Port-Royal et à leurs amis ; où, en cet autre sens : que la doctrine de la grâce nécessitante ou des cinq propositions était une chimère.

En ce dernier sens, la proposition était condamnable en ellemême, et en ce qu'elle frappait de ridicule tous les actes des papes contre cette doctrine.

Bossuet s'éleva avec beaucoup de vivacité contre cette dernière opinion, en inséra la censure dans son projet de décret, et déjoua ainsi les intrigues des Jésuites, qui comptaient beaucoup sur leur reproche de Jansénisme pour faire avorter la condamnation des Casuistes.

L'assemblée ^ tint sa première séance le 2 juin, à Saint-Germain ; on y examina les procurations, ainsi que dans celle du 3. Le 4, les archevêques de Reims et d'Auch furent élus présidents. D'après un règlement adopté à l'assemblée de 1695, on devait nommer a chaque assemblée quatre présidents, dont deux archevêques et deux évéque;s; quatre provinces s'y conformèrent dans leur vote et élurent Bossuet. Depuis l'arrivée des députés, Le Tellier, archevêque de Reims, et l'abbé de Louvois, son neveu, avaient cabale pour éluder ce règlement et gagner les députes à leur avis. Bossuet opposa les plus fortes raisons et les règlements à leurs intrigues ; mais la logique et le droit cédèrent à Tintluencc de l'archevêque de Reims. « Voilà comment, dit l'abbé Le Dieu ', M. de Reims, qui se donne pour le zélé observateur des régldiments, a commencé par en violer un très solennel, et a fait ce coup d'autorité par intérêt, et encore sans aucune considération poiu* M. de Meaux, son ami.

> Piocjs-verbHl de rassemblée de 1700; t. vi de la roUectioa générale; Jourocl de Tabbé Le Dieu, juin 1700; McmoTes de Saint-Simon. * Juuroal de Tttbbé Le Dieu, 4 juin 170u.

DB L*teUSB DB nUNCB. 181

qa'il estime tant, à ce qu'il dit, qu'il a voit attiré à cetlc assemblée, et qui y étoit veau par complaisance pour lui, dans le désir de le seconder dans tout le bien qu'il se vante de vouloir faire : donc, nous avons trente fois ouï cet archevêque dire hautement : <v C'est

• M. de Meaux qui sera le président en effet, et je n'en aurai que 9 le nom et la place ; car je veux que tout passe à son avis, et c'est

• à lui à me redresser s'il m'arrive de faire quelque faute. » Mais chacun sait qu'il n'a point d'amitié ni de vraie estime pour personne. Ainsi il n'a pas craint, autant qu'il est en lui, de commencer par dégoûter son ami, qui avoit la règle pour lui, et à qui il auroit dû plutôt procurer la présidence, par les seules raisons de son âge et de son grand mérite, n

Le clergé avait bien décidé que la présidence serait déférée à (élection ei non à la dignité; mais le nombre des évéques courtisans était si grand, que le cboii tombait moins sur les plus dignes que sur ceux qui jouissaient de la plus haute influence auprès du roi et du gouvernement.

Si Bossue! avait plaidé en faveur des simples évéques, ce n'était certes pas dans un intérêt personnel ; il crut devoir le faire pour l'honneur de ses cheveux blancs, et ne pas laisser aux jeunes évéques le prétexte de son exemple pour se dispenser d'observer les règlements. La lâche complaisance de ses confrères Tattrista ; mais, une fois la décision adoptée, 0 il n'en parla plus ; il se joignit à M. de Reims avec la même ouverture de cœur ^ » Quoique Bossuet n'ait, pas reçu le titre de président de l'assemblée, il n'en fut pas moins l'âme et le maître absolu, par la seule force de sou génie.

Dès le 5 juin ', les supérieui^s des Missions-Étrangères se rendirent à Saint-Germain, afin de s'entendre avec lui ; ils lui communiquèrent en manuscrit leur Lettre au pape, sur les idolâtries et les superstitions chinaises, et plusieurs autres pièces qui formaient la valeur d'un volume in-i>.<^. Bossuet et Le Tellier leur conseillèrent de les faire imprimer sans en demander la permission au roi, o qui pourroit, disaient-ils, arrêter l'écrit ou ordonner qu'on le communiquât au P. de La Chaise, ce qui feroit perdre cette affaire et la cause de l'Église. Par l'événement, ajoute l'abbé Le Dieu, on a très bien fait ; l'écrit se répand dans le public et y

* iouroai de Tabbé Le Dieu, loe, cit.

* iM., 6 juin 1700.

69( très tien reçu. Chacuii est convaioeu, eÉ des îdolêlriet 4e )b Chine et de la friponnerie des Jésuites^ tanA en «e peys qu'en France. »

Le 8 juin, l'assemblée se forma en plusieiurs comraîiisiaiis. Op prit la résolution d'insérer la condamnation du Quiétbme dans les actes du dergé. Bossue! fut prié d'en faire la relation, et nommé président de la commission chargée d'examiner cette affaire.

11 réunit cette commission chez lui le 16 juin pour la premièfe fois >. On convînt que, dans la relation, il ne serait fait aucune mention de madame Ouyon.

Ce ne fut que le â6 juin que l'archevêque de Reims proposa à l'assemblée de censurer les Casuistes '. Le roi lui en avait foroiellement donné la permis^on, à condition, comme nous l'avoB6 dit, de ne pas nommer les auteurs ; il y a tout lieu de croire que ce prince n'avait point communiqué au P. de La Chaise les mésioiMs qui lui avaient été présentés, sur cet objet, par Bpssuet et par Le Tellier. Bossuet' témoigna beaucoup de joie de l'ouverture faite par l'archevêque de Reims, et avoua à ses amis que, depuis six noois, 11 préparait ce qui devrait être soumis à i'assemUée. Le P. GaïUard, Jésuite, était présent à cet entretien ; Bossuet ne se déâail pas beaucoup de lui. Le Tellier (it à l'assemblée un discours fort b^ bile pour l'engager à consentir à la censure, et comme il prévoyait Inen qu'on soulèverait la question du Jansénisme, 41 prévint l'objection en disant qu'il était nécessaire de censurer oeéte errear, aussi bien que celles de fifondrate et des Casuistes.

Les archevêques d'Auch et de Vienne ne furent pas d'avis d'eqtamer une pareille question. Bossuet réfuta leurs raisons dans up discours qui impressionna vivement l'assi^mblée, et qui fut l'objet des conversations pendant tout le jour. L'évéque de MarseiUe, qui ne fut pas de son avis, ce ne laissa point de lui dine qu'il 4veit parlé en apôtre et comme un père de l'Eglise \ a Lesévéquesde Montauban, de Beziers et d'Apt opinèrent comme celui de Marseille et comme les archevêques d^Auch et de Vienne; quelques députés du second ordre adoptèrent la même opinion; mais la ma-

i Joanial de Vûhbé Lb JMopi, 16 juin 1700.

* Procè»-verb<il de rassemblée de 1700 ; Journal de l*abbé Le Dieu, loc. eii,

* Journal de Tabbë Le Dieu, 25 juin 1700. ^ Journal do Tabbé Le Dieu, 26 juin 1700.

DB L*i6LISl! DB FEAlfCB. tÇJ

jûE^TOto^ooimç Bossuet Les députés du second ordre montre- TCtXt tant de zhlç, dit l'abbé Le Dieu ^, « que si la chose eût souffert la moindi^e difBcuUé, ils étoient prêts d'offrir de continuer l'u^^amblée fwr cette ^eule raison, a leurs frais % après les deux prwUerji mpis passés. Ou voit maintenant la raison de ceux qui Q9t aJi)a9donné lâchement la cause de l'Église et l'honneur de l'épifcopat ; la erainJbe de déplaire aux Jésuites dans la condamnation lie» Cêsuisie^. M* d'Aucb le fait assez entendre, lui qui dit sans CCMC (f^'û doit «a fortune au P. de La Chaise. On sait aussi qoe ^ecdt h m4me raison pour M. de Yiennne et pour M. d*Apt : la rflçoffoaiswwce de teurs établissements; et pour MM. de Montaub«i et de Ittaj^ille, outre ces raisons, l'espérance d'une plus grande forujjie. Tous ces lâcbes s'en expliquèrent ainsi les deux um précédents; « MM. de Reims et de Meaux n'ont rien à crain- • dre des condamnations qu'ils méditent; le premier est au com-^ > ht», et le second est proîêbe de sa (in. Et nous, pour leur cora- 9 plaire, il aoua laut ruiner notre fortune, et encore, ajoutaientrils^

8 qoe 00 nous donnent-ils le temps de nous instruire de matières

9 à importantes; il falloit nous avertir, nous nous serions pré- 9 parés» »

Malgré ces étranges évéques, l'assemblée ayant pris h résolution d'eiiainiiier la doctrine^ on nomma une commission, a la tête du laqiiflk fui placé Bossuet. Il était déjà président des commis$foQs 4n Quiélisioe, d«§ réguliers etd^ }a juridiction. Llofatigable vieil- Wd suffisait k tQUt

L'ardiev4que d'Aucfa ', à l'instigation de^ Jésuites, chercha ï entraver la résolution i» rassemblée, et demanda à déposer une déeianstioi) mit le bureau. Le Tellier la reçi^t avec amabilité et l'on passa outre. Cet archevêque, heureux de voir l'assemblée saisie de ia cause de» Jettes, ne conservait pats autant de dignité qu'on avêit droit de l'attendre de sa porûtion; il se laissait guider plutôt Piir fa haÎM coptre le^ Jésuite», que p^ zèle pour la bonne doç- Irioe^ U a'ea était pas de même de Bo^suet, qui disait franchen^eni

^ Journal de l*abbé Le Dieu, 26 juin 1700.

* On sait que les députés aux as^^emblées du clergé referaient, sur les fonds ecclésiastiques, une indemnité fi^ar frais de diSpiaorroenl jit de s^éjon? Ml lieu de l'assemblée. Ûd fixait ordinairement ce séjour à deux moja.

* Journal de labbé Le Dieu, f$ juîo 1700; l^ipcèt-verbal da Tairaiblée delieo.

HISTOIIE

à t>es amis : « Il faut laisser dire M. de Reims ; mais, quand il faudra dresser une censure, je suis bien résolu de n'y laisser glisser aucun mol d'aigreur ni de duretc *. » Ce calme était plus terrible, pour les Jésuites, que les diatribes de l'archevêque de Reims ; aussi jetaient-ils les hauts cris de la censure que l'on méditait. «Les émissaires des Jésuites, dit l'abbé Le Dieu % témoin oculaire, répandent leurs plaintes dans le monde. C'est un déchaînement universel, qui, de Paris, passe déjà dans les provinces. » Tout ce bruit n'épouvantait pas l'évéque de Meaux, qui poursuivait paisiblement^ avec les membres de la commission, la tâche qui lui était confiée. Mais, afin de prouver son impartialité, il s'occupait en même temps de relever, dans les derniers ouvrages du P. Gerberon et de quelques autres amis imprudents de Port-Royal, les passages qui favorisaient la doctrine des cinq propositions '. Le bruit qui s'était répandu que l'on voulait faire à l'assemblée une nouvelle censure de ces ouvrages avait jeté l'alarme parmi ces auteurs; mais Bossuet ne se laissa pas plus émouvoir de leurs plaintes que de celles des Jésuites. Il ne voulait certes pas sacrifier au préjugé qui faisait des Jansénistes à plaisir et selon les circonstances; mais, surtout dépuis la mort d'Ârnauld, quelques ennemis du Molinisme lui semblaient avoir passé les bornes et mériter une censure. Le P. Quesnel lui semblait même répréhensible dans quelques-uns de ses derniers livres, publiés pour la défense de Port-Royal et d'Arnauld, et dans lesquels il disait, d'une manière trop générale, que le Jansénisme était un fantôme ^. Mais, tout en censurant une doctrine qui lui semblait répréhensible, Bossuet disait, selon l'abbé Le Dieu, « qu'il falloit épargner M. Arnauld, un si grand homme, et, par conséquent, son ami si zélé, le P. Quesnel, qui ne parle et n'imprime que pour sa justification. »

Le 10 juillet, le projet de censure de la doctrine était dressé. Il contenait cent soixante propositions condamnables, savoir : cinq touchant le fantôme du Jansénisme; quatre sur le Molinisme; et le reste, c'est-à-dire cent cinquante et une tirées des Casuistes. Les quatre propositions molinistcs étaient extraites des ouvrages des cardinaux Sfondrate.et Gabrieli.

I Journal de Piibbé Le Dieu, l.er juillet 1700. 9 md., 4 juillet 1700.

' Ibid., 28 juin (doU^), 3 et 5 Juillet 1700. « Journal de Tabbé Le Dieu, 10 juillet 1700.

DB L'foUSl DB niNCX. 185

Les Jésuites, voyant qu'ils ne pouvaient entraver la marche de rassemblée, prirent le parti de lui dénoncer quelques propositions de leurs adversaires. Un Père Perrîn, que rarchevéque d'Auch avait amené avec lui, remit à Le Tcllier et à Bossuet un mémoire contre un ouvrage intitulé : La morale de saint Augustin, et contre Y Analyse des Épiires de saint Paul du P. Mauduit, de l'Oratoire. Il relevait, dans ce dernier ouvrage, une proposition tirée de Teiplication du chapitre 9 de TÉpître aux Romains : Dieu a fait des hommes expressément pour leur condamnation. Bossuet* vérifia le passage cité du P. Mauduit, et n'y trouva pas la proposition dénoncée.

Dans sa séance générale du 23 juillet, l'assemblée adopta à Tuoanimité la Relation du Quiétisme rédigée par Bossuet, et en ordonna l'impression, en dehors du procès-verbal •.

La question des Casuistes offrait plus de difficulté; Bossuet avouait *, dans l'intimité, que cela tenait surtout à ce que a l'assemblée étoit composée des prélats les plus faibles en doctrine qu'il y eut dans le clergé, et dont quelques-uns étoient tout corrompus et livrés aux Jésuites, Dans ces circonstances, ajoutait-il, mou grand travail est de faire entendre les matières à de telles personnes, qui, d'ailleurs, pleines de leur dignité, s'imaginent tout entendre et être prêtes à juger, sans avoir besoin d'instruction, d En outre, les manières brusques et impérieuses de l'archevêque de Reims indisposaient plusieurs membres de l'assemblée contre un projet qu'il patronait. Bossuet était frappé de cette considération, c'est pourquoi il mît tout en œuvre pour ôter la présidence de l'assemblée à Le Tellier. Une occasion favorable se présenta. L'archevêque de Paris fut élevé, vers ce temps, h la dignité de cardinal, n avait droit d'assister à l'assemblée en qualité d'évêqne diocésain, et Bossuet pensa qu*il serait possible, à cause de son nouveau titre, de lui faire déférer la présidence. Noailles comprit le dessein de Bossuet et s'y prêta, en prenant, toutefois, les précautions et les délais nécessaires pour ne pas offenser rimpérienx Le Tellier. Tout CD conduisant cette grave négociation, Bossuet semblait tout appliqué à rédiger son projet de censure ; il le soumit à plusieurs docteurs et y fil les modifications qu'ils demandèrent avec cette modestie qu'il

< loOTiMl de rabbé Le Diea, 20 jat^let 1700.

* ibid., 83 juillet 1700; Procès-verbal de TaFsemblëe de 1700.

* loumal de l'abbë Le Diea, M et 88 jofllet 1700.

m(>utMi4in iouij^ mMU)X^ires; Kul^meut, U ne leur jsacriia qu'à rç^;A?i idbeux d£^ cinq propositions dirigées contre le Jansénûme.

i^ députés du seoond jordre ' qui auraient partie de h coouni^ ^QU éo)^ttaîent des avis fort solides «t ^uivai^ot l'inapulsioa d^ Bg^iiet ; IVcbevéque de Reims en éiait si joyeux qu'il di^thaui^w^nt «que le^cond ordre rendrait inutile roppositîon des archeniques d'Anch et de Vienne.

Ces préltts rejbsentirenl beaucoup de chagrin de ces propos e^ aotilevmnl 4ans l'assemblée cette importante question^ savoir : ^ \^ 4éputés du second ordre devaient avoir voiji^ délibérative sur 1^ questions doctrinales. Un grave débat s'établit; plusieurs sç prp* noAcèrenl f^^ur l'affirniative et dirent que l'asseinblée n'était pas m concile^ que ces décisions n'étaieut pas des défiuitions éocVn' nales; que tous les députés^ du premier conune du second ordre^ ^vaienl les mêmes pouvoirs, c'est'^-dire ceux qui leur étaient conférée par leurs mandataires '. Malgré ces raû^ons^ la majorité se iédara pour la négative.

C'était un échec, dont i<e Tellier était cause par json indiscrétion. 6g$suet pensait que le clergé du second ordre ne deviiit pa$ avoir voix 4éJikérative dans les questions doctrinales^ et il ne voulut pas croire que, par la décision de l'assemblée, la cause de la bonn^ didi^lrinje tùi encore compromise '; cependant, ij comprenait parUait^ment que la conduite de Le Tellier finirait par la perdre entièremi?nt; en conséquence iJ redoublait d'efiorts auprès de raïadame da Maintenon et du cardinal de Noailles, afin que ce prélat^ rendit à rassemblée et que l'on Ht comprendre à Le Tellier qu'il devait lui céder la préisidence.

£n ménie temps il travaillait, avec une ardeur infatigable, à jeter des lumières sur les importantes questions qui lui étaient confiées. 11 reprit l'habitude qu*il avait, étant plus jeune, i§ se l^ver la nuit pour travailler, et il lit imprimer deux notes fort clai-r ree sur le doule dans l'affaire du $alul et sur Vopinion moins pro^ bable çt moins sàre* Ces deux opuscules fm-ent distribués aii:i membres de l'assemblée,

La commission qu'il présidait termina son travail vers h m-

1 Journal de Pabbé Le Dieu, 31 juillet 1700.

* L*abbé Bossuet, neveu de Tévéque de Meaux, fut un de ceux qui parlèrent le mieux en oe sens. V. le ^nmit fU VMi U M0«, 01 kMfSi et 7 août 1700.

» Journal de Vhbhé Le Um, i.fs. 7 #t |2 ao^ tfop,

iM^'^ilk»

i(»CmÛ9leiiK Cet arcbevéqjue^ fort boa coufUsaa^ compiit f|)iç la cour^ à la sollicitation de Bossucjt^ cbc^irait i]ii'i] cédai ]a pri^ piddicf de l'assMiblée au cardinal de Noailies. U s'e^cécuta <lpnc ik bause grâces U aveulit rafi^emblé^ * iIUib le caudmal vi^ej)*inii asàslff i la leciure du travail de la commis^ùon de h docr (rjniSf et rengagea à lui olTriu* la prc$idie«ce> ^ qui fut ar^u^fiijlj irrec (Nspreftseiiieiit ; mai» les {inrUgan^ dn^ Jésiiîtet» i&eutirept le roup qui leur était porté. « ù» voilà Toreide ha^tseï dit V^bi^ Le Dieu^ soumis et prêts à tout faire. Jusque-là^ ce parti n'aurpît pu croire que M* de Reiim cédât )a présiilêocey qu'il la i:édàt à un wdiaal de h outisao de Noailles et 4aD$ de Mies ^ircpMsiiUiçfs; (t'eslHk-dJre^ voyant uja paiTti formé qui le traverisoit h toute lieuf ç, et qu'il fait voir aujourd'hui n'avoii* pa;s espéré de vaiDcrç^ pjû^ qa'ii «einbie ^er la pUv^e a uu autre pluis fort que lui« qui, par M^oaaterilé^ fora tout passer. » Les. jésuite«^ en gem baJ)ile^^ a/feetéreoi d^ 9ie pa« comprendre Téchec qu'ils éprouvaient. Ils cliaotèrent victoire partout Paris^ en disant qn^ Tarcbey^que 4e Reims était disgracié par le roi, qui avai^ voulu que le car4in4l f At président à sa pfoce ^

lies évéques qui faisaient, avec Bossuet, partie de la coumiis&w de la doctrine, furent d'avis de retrancher Içs prx^M)rilioQis qm avaient trait à la question de la Grâce. L'évéqne de Châlon^ disait PQvertement : « U n'y a plus de Jansénistes ^ j» et il parla sur ce poiat avec tant de franchise , qu'il craignit que I^uel nç Ini ^iiisit dans Tesprit du roi ; a cependant» dit Ta^hé L^ Pieu^ ^ly; BOtts, M. de l^ieaujc ne faisait aucune plainte de lui \ ii> U en ^-r frjfiadeux^ conanie nous Tavion^s dit; mais à regret, ^ H iHPUiio^ les aulre» avep fermeté. « lU veulent épargner 1^ Jaji^sénisl^s^ 4i^ sait-il à Tabbé Le Dieu ; on sait d*nù peut vevir ce ie^s^. M.. Vfibbi koikim de l'arclievéçlié aura obtenu grjçe pour ^ux ; jiuiot qus M. de Paris craint de les irriter^ et que M. ^ Bfijw veut l^ur jparqutr de la considération, 9

* Journal de l*«bbë Le Dteo, 15 aoftt fHX).

* Ibfd., 16 et 17 août 1700.

^ift4« 4» apf^i. r.nvw iP J9m^\ i» riaWM Jl^ Aieu, dn^l iOioM»

^ IM., 17 août.

BtSTOfftE

Mais l*objet important des délibérations^ c'est-à-dire la morale des Casuistes^ était maintenu dans son entier. Pour confirmer l'assemblée dans le dessein de la censurer^ Bossuet fit imprimer et distribuer deux nouveaux opuscules écrits en latin^ et intitulés : De la Prtidence et de la Conscience.

Le 26 août^ le cardinal de Noailles présida l'assemblée, et Bossuet commença le rapport des travaux de la commission de la doctrine; il s'étendit fort au long sur la mauvaise morale des Casuistes, qui répandaient partout la corruption, et sur des libelles dans lesquels on ne respectait pas les bulles d*Innocent X et d'Alexandre VII contre la doctrine des cinq propositions^ et sur leur attribution à Jansénius.

Une discussion s'établit ensuite sur la forme que l'on donnerait à la censure et aux qualifications des propositions dénoncées. On convint que chaque proposition serait censurée en particulier, et que l'on délibérerait par provinces.

L'arcbevéque d'Auch demanda alors la parole pour lire une remontrance que lui avait écriie le P. Perrin, Jésuite. Il prétendit qu'il était fort inutile de censurer les Casuistes ; que si l'on voulait absolument censurer quelqu'un, il valait mieux censurer quelques propositions jansénistes dénoncées par l'évéque d'Apt, et qui étaient bien plus dangereuses que celles des Casuistes, dont per sonne ne se plaignait ; que le mieux serait encore de consacrer le peu de temps que l'on avait à rechercher les moyens d'amener les ex-protestants à la pratique des sacrements.

Le cardinal de Noailles réfuta le factum du Jésuite^ et tous les évéques, excepté celui d'Apt, adhérèrent à son avis. L'évêquc d'Apt, nommé de Foresta de Colongue, devait aux Jésuites sa position ; et son aveugle dévouement pour leur Société était universellement connu. Il avait donné la mesure de sa capacité en approuvant le livre ridicule et scandaleux de Marie d'Agréda. Les Casuistes lui étaient chers parce qu'il partageait leurs mauvais principes ; en 1696^ il en avait donné une preuve publique, dans une ordonnance par laquelle il permettait la chasse aux ecclésiastiques de son diocèse toute l'année, excepté les dimanches et fêtes et les temps de l'Avent et du Carême. Il prétendit, devant toute l'assemblée, qu*on ne pouvait pas faire la censure des propositions

i Pro^ès-▼erbal de rassemblée de 1700; Journal de Tabbé Le 1Hea« 96 août 1700,

DB L*Éauw M riAifCi. 189

dénoiieées, parce qu'à Saint-Germain^ où se tenait l'assemblée, on n'avait ni livres pour s'instruire, ni conseils pour se diriger. Le cardinal de Noailles lai répondit avec fermeté qu'il devait avoir reçu l'esprit de conseil dans son ordination, et qu'un évéque devait assez connaitre la loi de Dieu pour savoir la distinguer des immoralités des Gasuistes, et comprendre en quoi ces immoralités sont condamnables.

Nous retrouverons cet évéque en d'autres discussions.

Le 2f7 août S Bossuet continua le rapport de la commission de la doctrine, avec une clarté et une éloquence qui lui méritèrent les éloges de toute l'assemblée.

Les Jésuites agirent si bien par leurs amis, que le cardinal de Noailles, pour ne pas les irriter et pour ménager la cour de Rome, proposa de retrancher quelques-unes des propositions dirigées contre les cardinaux Sfondrate et Gabrieli. Eossuet y consentit, et cei avis a passé du bonnet j dit Tabbé Le Dieu '. Le 28« Bossuet continua son rapport, et rassemblée ses délibérations sur ce qu'il avait exposé. L'archevêque d'Auch avait toujours quelque chose à dire en faveur des Jésuites dans les séances du matin, et l'évéque d'Apt dans celles du soir '. Malgré cette petite guerre, la censure était adoptée avec une facilité dont Bossuet s'applaudissait : a Vous voyez, disait-il ^ à ses confidents, après la deuxième séance du 28 août, avec quelle facilité tout passe. En réservant pour la fin certaines choses qui intéressent davantage les Jésuites et leurs partisans, tout auroit passé, et les propositions pélaffiennes des Jésuites de Paris comme les autres. C'est une honte de laisser sans note de telles choses, soutenues sous nos yeux et tant réprouvées par le concile de Trente. J'espère bien y revenir à la fin, aussi bien qu'aux propositions mêmes des Jansénistes, en résumant toutes les matières dans un dernier rapport, où je frapperai un grand coup. »

Il faut avouer que la cabale dévouée aux Jésuites ^ se montrait issez facile plutôt pour plaire à la cour que par conviction et pour

' Procès-verbal de rassemblée de 1700; Journal de Tabbë Le Dieu.

* Joumal de Tabbé Le Dieu, 27 août 1700.

* IM., 28 août.

^IM.,i9aoat.

ftt9t9tÊM

namÊtiê li Véitel; d'u* autrv gM, TAd^veoee el la ntBi» é* BdssVél Ut fédtàéaieUi ai» mlence. Le grand éréqne attaquai aitf'fê^î, dafts fa d^atfce dhi matin du 28 aclM, k ays^èifté èéè reairi^ êfânê fnenfoféê V doiH km Jésuites oui tant abusée L'érvéque de Séez, dâfA^k séanCf^ du saky applaudit à réloquence de révéqfue dô Méati]t; mai» Vatehtvèqne d'Auch et la plupart des partisans éaà Jésuites demandèrent à Tenvi l'ajournement. « On s'étoit bien attendu, dill'àbbé Lei Dieu % que tes équivoques feroîeïrl quelque eéntradktion, parce qu^eiies sont enseignées par le Père Dadiel Aayi4 sa réponse aux Ihrmnnciale^ % et que la proposition condânH née est tirée toute entière de son traité des Equivoques et des tm* Uriéfiéf»' mentales à la suite de ses Entretiens. »

Malgré la cabale, la censure fut adoptée.

Le M aoûfe^ on eut h s^occuper d'une proposition dénoacée par hi P. Perrin eomme sotrtenue par les Jansénistes, parce qu'eHa était dans un livre de Bourdaille, auteur qui était mort alors depuis plusieurs années. Elle avait trait à Tétat de Tàme dans le péeké^ ^tiéuet fut d'avis de la condamner parce qu'elle était em effet Mauvaise; mais il lit observer qu'Arnauld l'avait lui-même att»» qpûée, et il protesta contre les vaines accu$ati&n$ dé Jansénistes *^ k l'aide desquelles les Jésuites savaient si bien soulever les passions. BdêSoefI avart donné, dans cette assemblée, assez de preuves de Mi impartialité pour avoir le droit de parler haut sur ce point, H a^ait pourstiWi avec chaleur, devant l'assemblée, les libeUeë dons l^squeht des amis imprudents de Port-Royal attaquaient sans mèûé» gement les a^tes des papes. 11 n'avait pas, il est vrai, trouva dans ces libelles de doctrine condamnable; mais il poussait le respeel pdtrr l'autorité, même faillible, à un très haut degré, et c'est à es

1 Journal de Tabbé Le Dieu, 30 août 1700.

' PuiM|ue le titre do Tourrage de Pasrat reparaît dons nos récita^ nourils<

voDS faire observer que l'dssemblée de 1700 ccnsjra toutea les erreurs relevées avec tant <iVspril par co grand écrivain. On a voulu uouler de sa bonne foi, comme nous Tavons remarque ifilltuni. Pour s*:* convaincre qu'il n*a atiribué aux Casuidteii que leur véritable doctrine, il suffît de jeter les y^^ux sur tes propositions censurées par rassemblée de 1700, et qui âoitt les même» «yie celles qu'il a critiquées. Le P. Moya ^t le P. ^lot ont, du rste, pria la défense de c^s propositions, et ont reconnu qu'eJes étaient ju^mentatCfibtiées aux Cosuistes.

^ Journal de Tabbé Le Dieu, 31 aoi^^t 1700.

tttioos sous le titre de Jansénisme ; mafk il ft^flH tr<9p 4e li^tffirté liii? f esprîf partt né pat» ^rp^cevotr eotnbieA M AoMlt <lêf eé mot pùXÊt imfre i des Initnme^ respectables et histmHs^ (fa'il edtHjrtrit piitni ^ am?s^ cft dcmf il coitnaissail Ta Terfd.

Le 1«^ $epfembf e^ on enfdma h dîscKssiom dti probtfbiKftné. De fotiC témpsr^ te clergé de France s^e^ prononcé avec la pin» f(ftinié énergie con^pe ce fatrt système. Le cardinal de Rrasset, fMète étt ce point à Panrienne doctriner, ne craint pas de dire • : « La d^e*» trille dn profiabfHsmc est peut-être Fune âts idées les pfw «itrft^ ordinafrcs qne rhnagfnatioil déréglée des hommesf ait 09é prodair^ au grand jour. Il semble que sa nouveauté seule auroit de stffRiis pour h rendre suspecte. L'Église avoif tu s'écowtef près dé seize siècles •sans que persontïc eût osé hasarder xm senfimenf auMÎ extravagant et aussi pernicieux. »

Vafqnez fut le prenrier Jésuite qui enseigna le probabiFisme. Il professa publiquement cette doctrine & la fin dn xn.' siècte. Son opfniov fut adoptée par la presqne unanfmifé de sa Société; cepéttfiant, le général Thyrse Gonzalès fait one honorable exception, et il a défendu doclemeiït Tancienne et exacte doctrine. Sotr exemple ne porta pas de ftinl». Les Jésuites Beilarminef Pallavicini, témoins (les maux que le probabîltsmip faisait dans TÉglise, rétractèrent Ce qu'As avaient écrit en faveur de ce honteux système ; cette conduite n'eut pas plus d'influence sur leurs confrères que le livre de Gonzàles, et la plupart des Jésuites soutinrent cette errew avec tant d'opiniâtreté, qu'ils en portent pour ainsi dire toute la responsabi*lîlé vis-à-vis de FÉglisc, quoique, dans les autres «rdres religieux et dans les écoles de théologie, le probabiKsme ait en aussi êCs adeptes.

Ooelqnes bonnnes vertueux l'ont soutenu. On a voulu softemént en tirer un argument en faveur de leur erreur, comme s'ils âtaieM pu pratiquer la vertu sans donner on démenti continuel à l'opinion qtre les préjugés leur avaient imposée, et qu'ils ne suivaient certainement oas dans la pratique, tout en la soutenant en tbé^vrie. S'ils ont ptf admetire une erreur de bonne foi, ce n'est pas cette éftéi»

* Histoire de Bossoet, par le cardinal de Bausset, liv. xi, g 10.

* Le probubilisme n*a conimpncë à être enseigne que vers 15T7. Le Dominieaio ifedioa passe pour en être ^Inventeur.

in

qui le* a sanctiBég, et leur vertu la condamne phitAt qu'elle ne kii donne une consécration.

Boesuet comprenait parFaitemenl que le probabiligme était de lui-même destructif de tout bien. Peut-on, en effet, prendre pour ^ide l'opinion la moioE probable et la mointi sûre, et se croire en sikreté de conscience devant Dieu? Soutenir le probabtltsme, c'est prétendre que l'intelligence et la conscience ne nou» ont pas éli données par Dieu comme les moyens de connaître le vrai et le bien; que le préjugé et l'illusion sont de meilleurs guides; qu'il est permis à l'homme de se conduiie avec le moins de sagesse possible et à l'aventure, même quand il peut marcher prudemment cl sûrement.

D'un tel principe devaient nécessairement découler toutes les immoralités des Casuistes, comme le faisait si bien remarquer le tage et pieux Pavillon d'Aleth.

d Lorsqu'une fois (ces Casuistes) eurent établi en principe, dit encore le cardinal de Baust^et ', qu'un seul écrivain suflisoit pour rendre une opinion probable, toutes les digues furent rompues, et rien ne peut être comparé aux prodiges d'extravagance et d'immoralité que quelques Casuistes osèrent proposer comme règle de conduite ef de morale. En lisant ces étranges décisions, on est tenté de demander si leurs auteurs faisoient profession du Christianisme, ou même s'ils connaissoient les premiers principes de la loi naturelle. Aiais, ce qui paraitroit la plus étonnante de toutes le» coni radie lions, si l'on pouvoit oublier tous les égarements auxquels l'esprit humain s'est trop souvent abandonné, c'est que ces opinions monstrueuses paroissent avoir été professées de bonne foi par des hommes qui, de l'aveu de leurs ennemis mêmes, étoient aussi tccommandables par la purelé de leurs ma-urs que par une piélé singulière. La fausse idée de ramener plus facilement à la religion des pécheurs qu'on craignoit de rebuter par une juste sévérité, avoit fasciné ces guides aveugles, comme s'il éloit aussi facile de désarmer la justice divine que d'atténuer la cniintc des hommes...

» C'est Bosauet qui a eu le mérite d'avoii- proscrit à jamais des écoles de Ihéoli^ie une doctrine qui étoit un sujet de scandale pour l'Église et de triomphe pour les Protestants. Nul théologien depuis Bossuet. n'a osé reproduire, du moins en France, les

> Histoire de Bonuel, par leurdioal deBttusael, loe. cit.

DB L*BGU8B OB PRANCB. 193

lopbûmes dont on avoit abusé si longtemps pour pallier les excès du probabillsme. »

Ce qui était vrai, il y a quarante ans, dans la bouche du cardinal de Beausset, ne Test plus aujourd'hui ; nous avons vu reparaître de nos jours ce honteux système du probabilisme, avec bien d'autres erreurs, depuis que les études théologiques sont en déca*dence, depuis, surtout, qu'un prince de rÉglise, auquel on voudrait faire une réputation théologique que la postérité ne ratifiera pas, a donné, par ses mauvais et faibles ouvrages, une espèce de consécration à l'ignorance et à Terreur.

En voyant les maux qu'engendre ce mauvais principe au sein de rÉglise, on apprécie encore mieux le remède que lui préparait le génie prophétique de Bossuet.

Il s'appuya^ surtout, dans son rapport, sur l'autorité de Gonzalès, sur celle des cardinaux d'Aguirre, Bellarmin et Pallavicini, qui, tous trois, se sont solennellement rétractés après avoir soutenu le probabilisme. a il est vrai, continua Bossuet, que cette opinion n'a pas encore été condamnée à Rome, où, jusqu'ici, l'on s'est contenté de censurer les excès de la probabilité ; mais, néanmoins, il est très digne de remarque que le pape avertit lui-même qu'il ne faut pas tirer à conséquence son silence sur cette opinion. On sait bien les ménagements que la cour de Rome est souvent obligée de prendre pour ne pas déplaire à des corps puissants, qui font, en ces occasions, des cabales capables d'arrêter les mieux intentionnés, a

Personne, dans l'assemblée, n'osa prendre la défense du probabillsme, et les plus chauds amis des Jésuites n'osèrent dire un seu mot en faveur d'une erreur si vivement combattue par les Jésuites Gonzalès, Bellarmin et Pallavicini. Seulement, les archevêques d'Auch et de Vienne émirent l'opinion d'effacer l'épithète Pmiimœ^que Ton donnait au probabilisme. Penaant trois jours', toute la cabale des Jésuites travailla à obtenir ce grand résultat; eUe réussit, mais le probabilisme n'en fut pas moins énergiquement flétri, et l'on eut une preuve de plus que les Jésuites, si fiers de leur Bellarmin, savaient bien penser autrement que lui lorsque ce théologien soutenait une bonne opinion.

* Journal de TabM Le Dieu, l.«r S'ptembre 1700. ' T^ maaraise.

* Jounud de Tabbé Le Dieu, 2, 3 et i septembre 1700.

TI, t»

HISTOlftS

Le 4 septembre^ la censure si laborieusement préparée par Bossuet fut enfin adoptée et signée par l'assemblée. Les atfiis des Jésuites en prirent leur parti, dans l'impossibilité où ils étaient de faire plus d'opposition. L'archevêque d'Auch fut récompensé an tèle qu'il avait montré pour la Compagnie par une lettre de remerciement que lui envoya le général * ; c'était bien avouer qu'ils étaient en cause, et que c'était leur doctrine qui était attaquée par Bossuet.

La censure dn clergé est divisée en trente titres •, précédéii d'un préambule, et suivis de deux déclarations: la première, sur Tamôur de Dieu requis dans le sacrement de pénitence ; la seconde Uùt Pusage des opinions probables.

Sous ces trente titres sont contenues cent vingt-sept propositions Condamnées.

Quatre Sont tirées de la préface d'un écrit latin intitulé : Doe-^ irine augustinienne de V Église romaine. L'auteur y attaquait sans fnénagement les actes des papes Innocent X, Alexandre Vil et Inho« Cent XII touchant la doctrine des cinq propositions, et la conduite i\x clergé de France dans les discussions qu'elle avait soulevées ; affirmant, d'une manière absolue, que le Jansénisme était un fantôme qu'on n'avait rencontré que dans Vimagination blessée de quelques-uns •.

On n'attribua, du reste, à cet auteur, aucune mauvaise doctrine §tir la Grecs.

Dans les cinquième et sixième propositions, on condamna le Môiinisme.

* Journal de Vabbë Le Dieu 7 septemVre.

• Y. le Procès- verbal de rassemblée de 1700 Pt les Pièces jMUflcatives,

« L'auteur de cet qnrrage avait tort d'aitaqupr la bulle d'Innorrnt X, qui a eondamné rf^ellement une mauvaise doctrine ; Alexandre VU, ^ipbqué p«r In« Aocent XII, ne demandait qu*UDo adhésion sincère à la condamnalion de celt« mauvaise doclrine. Arnauld, comme nous Pavons vu, adhérait à U bulle d'Alet^ndre VU, ei consentait h la signature p re et simple du formulaire, après le bref d'Innocent XII, du 6 févriiT 1691.

La doclrine de la Gr&ce nécessitante est réelle en elle-même, et el't a été soutenue p.ir Cil vin. Dès que les papvs dédiraient qu'iki i.i trouvaient dans VAugusUnus, on dev«ii la condamner lîi comme aill urs, selon le sentiment d*Aindiild, sans soulever la question de fait y qui n'avait réellement aucune importance après le bref d'Innocent XII. L'aut^^ur de VAuffustinianay etc., avait tort de dire, d'une manière absolu*», que cette doctrine était chimérique ou un fanlôme, et de renouveler aimi des uiscussions qu'il fallait à tout prix éviter.

U flfptième et les suivantes, jusqu'à la quiniième inclusiveiMAt, renferment de graves erreurs contre la foi et son objet.

La seiûème et les suivantes, jusqu'à la vingt-cinquième inclusiveinent, se rapportent à l'amour de Dieu et du prochain ; la \ingt* siiième aux fêtes; la vingt-septième jusqu'à la trente-neuvième, à lliomieide; les quarantième et quarante*-unième au duel; les trois suivantes à la chasteté; la quarante-cinquième et les suivantes, jwqu'à la einquante*troisième, se rapportent au vol, tu gain swjide, à la corruption des juges; les suivantes, jusqu'à la cinqttante*Qtttvième, à l'usure ; la soixantième et les suivantes, jus* qu'à la soixante^xième, au faux témoignage, au mensonge et au parjure ; la soixante-septième à la calomnie; la soixante*huitième à ceux qui aident à commettre des crimes ; les quatre suivantes^ la mnonie; les soixante^treizième, soixante-quatorzième, soixante* quinzième et soixante-seizième à la messe et à la communion; les trois suivantes à la messe de paroisse; les quatre qui viennent en* suite à la confession sacramentelle ; la quatre-vingt-cinquième et k8 suivantes, jusqu*à la quatre-vingt-onzième, se rapportent aux dispositions du pénitent, à l'absolution et aux occasions procbai* œs; les quatre suivantes au jeûne; la quatre-vingt-seizième à Tinr tempérance; les trois qui viennent ensuite aux heures canoniales; les propositions centième à cent-dixième se rapportent à la juridic* tioD et «ux réguliers; la cent-onzième à l'aumône; la centdouzième aux pécheurs endurcis; la cent-treizième au péché philosophique; les cent-quatorzième et cent-quinzième au péché mortel; la centrseizième aux pensées mauvaises; la cent-dix-«ep* tième et les suivantes, jusqu'à la cent-vingt-septième et dernière se rapportent à la probabilité.

Toutes ces propositions forment comme un ensemble de doctrine enseignée depuis un demi-siècle par les Jésuites. Elles sont à peu près toutes tirées textuellement de leurs Gasuistes; lorsque Pascal les altaqim le premier dans sesProvi>icta/tfs,les Jésuites en nièrent l'authenticité ; mais ils n'osèrent soutenir cette affirmation devant rassemblée de 1700, et en présence de Bossuet, qui les eût sur-lechamp confondus. Us se contentèrent d'entraver, le plus qu'il leur fut possible, les délibérations, comme nous l'avons remarqué, sans réfléchir qu'ils prouvaient ainsi eux-mêmes la vérité du reproche qui leur avait été adressé, de partager presque toutes les erreurs de leurs Gasuistes ; ce fut l'observation que chaeun ût après l'asseoi* blée de 1700; on remarquait toutes leurs démarches. L'abbé

190 DtnoiM

Le Dieu * rappurle ainsi ces bniils : e Od commence à dire que le* Jésiiilec enragcDl dans leur cœur de ta censure ; mais ils n'osent s'et) plaindre, et d'aulant plus qu'elle est applaudie généralement, tint on est frappé de l'excès de leur relâchement et de leur corruption, n

Ils étaient obligés de dissimuler devant les applaudiswmenli donl l'évêque de Meaux était l'objet pour son beau traTail ; le roi en témoignait la plus grande salisraction, et l'archeTéque de Reinu avait pu lui dire : n Sire, l'évéque de Meaux est le plus digne homme de votre royaume, et celui d'Apt le plus indigne *, » et Louis XIV n'avait pas protesté contre ces derniers mots si terribles pour Foresta, le grand ami des Jésuites.

Ce qui, dans la censure, était le plus agréable à Bossuet, était le titre deuxième, où le Molini«ime était condamné*. 11 <>6pérjit que celte censure, publiée par les évéques, et, en particulier, par le cardinal de Noaîlles, avec ordre de s'y conformer dans lotis les points de doctrine et de morale, arrêterait la liberté que prenaient les Jésuites tk glisser dan» leur» tlùte$ leur» pernicieux tentimenli dans ta doctrine et dans la morale. Le savant évéque de Meaux se trompait ; les Jésuites généralement respectent trop peu l'autorité des évéques pour se croire obligés d'observer leurs mandements.

Le cardinal de Noaillcs rendit en effet, le 5 octobre, une ordonnance par laquelle il promulgua la censure du cler^, o pour la doctrine * en être enseignée partout et dans toutes les communautés et collèges par ceux même qui se prétendaient exempts, avec défense expresse d'enseigner une autre doctrine. » Les Jésuites comprirent, et leur haine contre l'archevêque eu fut accrue. Ils s'étaient vantés à Rome d'empêcher la censure par les nombreux amis qu'iU avaient dans l'assemblée. « On fut ravi, à Rome comme à Paris, dit l'abbé Le Dieu ', de les voir tondus... La censure fut très bien reçue à Rome de tous les savants et de tous les gens de bien. »

On avait d'abord eu la pensée de proposer à la censure de l'a»-

' Joutndl do l'alibd Le Dieu ■ liid., S!2scplMnbrc 1701.

* IbliL, 28 s^plembrr.

* IbiJ., 10 ociobie 1700.

SO septembre 1100.

DB l'églisb db fbancb. 1^7

semblée la doctrine des Jésuites touchant les cérémonies chinoises; mais on craignit de déplaire à la cour de Rome^ qui, alors, examinait cette question; on ne voulut pas cependant laisser impunis les ouvrages des Jésuites français, et l'on prit le parti de les faire cen» Rirer par la Faculté de théologie.

L'opinion des Jésuites sur les rits chinois avait été condamnée par divers décrets de Tlnquisition, approuvés par Innocent X, Alexandre VII et Clément IX. Oubliant qu'ils reprochaient comme un crime à Port-Royal la distinction du fait et du droit touchant des matières ambiguës, ces religieux eurent recours à la même distinction pour se sousuraire aux décrets qui les condamnaient, et prétendirent que leurs adversaires, c'est-à-dire les Dominicains et les Franciscains, missionnaires comme eux à la Chine, avaient dénoncé au pape une doctrine qui n'était pas celle qu'ils ensei* gnaient; en môme temps, ils publièrent des livres dans lesquels ils défendaient cette doctrine qui leur était reprochée.

NoQs n'avons point à nous occuper des discussions qui s'élevèrent entre les Jésuites d'une part, et les Franciscains et les Dominicains de l'autre. Ce procès eut lieu à Rome, et nous devons seulement constater que les Jésuites y furent condamnés.

En France, la discussion exista entre les Jésuites et les supérieurs du séminaire des Missions-Étrangères; cet établissement avait été fondé en 1663 ; et, depuis cette époque, plusieurs missionnaires en étaient partis pour la Chine. En arrivant dans ce pays, ils furent obligés, malgré leurs sympathies pour les Jésuites, de se déclarer contre eux, comme les Franciscains et les Dominicains; il était évident que les principes des Jésuites ne conduisaient qu'à la plus complète indifférence religieuse, et qu'ils mettaient en pratique eu Chine les théories soutenues dans leurs écoles d'Europe, sous prétexte qu'elles n'étaient que de simples jeux d'esprit. Maigrot, docteur de Sorbonne, vicaire apostolique de Fo-Kien, et depuis évéque de Conon, fut le premier des membres du séminaire qui se déclara officiellement contre les opinions des Jésuites. Consulté par les Dominicains et les Franciscains, il donna, le 26 mars 1693, un mandement dans lequel il déterminait les expressions dont on devait se servir pour ne pas favoriser les idolâtries des Chinois. Maigrot demanda à Rome la confirmation de son mandement; le procureur-général des Jésuites se porta pour opposant, et les parties présentèrent plusieurs écrits contradictoires à la congrégation de la Propagande.

ids

HISTOIftE

Le P. Le Comte, confesseur de ta duchesse de Bourgogne, se mêla à cette lutte par une lettre écrite au duc du Maine, fils naturel de Louis XIV. 11 avait déjà fait plusieurs mémoires sur le même sujet; son confrère, le P. Le Gobien, Tavait aidé dans la composition de ces mémoires, et avait publié lui-même son Histoire de VEdii de V Empereur de la Chine, etc., dans laquelle il soutenait la même doctrine. Le supérietir et les directeurs du séminaire des Missions-Étrangères écrivirent, le 20 avril 1700, au pape une longue lettre pour réfuter les assertions des Jésuites et des PP. Le Comte et Le Gobien en particulier.

Le supérieur était Brisacier, qui avait eu la faiblesse d'approuver la Défense des nouveaux chrétiens, du P. Tellier. Ce Jésuite avait fait cet ouvrage, comme nous Tavons dit ailleurs, pour défendre sa Compagnie contre les attaques dirigées contre elle par Arnauld dans la Morale pratique. Arnauld avait réfuté victorieusement le livre du P. Tellier et attiré Tattention sur let erreurs des Jésuites. Brisacier publia, avec la lettre au pape, la rétractation de 1 approbation qu'il avait donnée au P. Tellier.

Les supérieurs des Missions-Ltran^ères joignirent à leur lettre un état de la question, dans lequel ils rappellent les condamnations dont les erreurs des Jésuites avaient déjà été l'objet. Toutes ces pièces furent réunies en un volume in-4.''. Dès le 17 mai 1700, Tiberge et Brisacier', des Missions-Étrangères, allèrent trouver, Bossuet à Versailles, et eurent une conférence chez lui avec les archevêques de Paris et de Reims, au sujet de leur lettre au pape, c Ils communiquèrent à ces prélats leur écrit, dit l'abbé Le Dieu *, pour savoir slls dévoient aussi en faire part au roi pour lui en faire agréer l'impression, ou l'imprimer secrètement sans lui en parler; l'avis des prélats fut qu'il le falloit imprimer sans en parler au roi, qui pourroit arrêter l'écrit ou ordonner qu'on le Communiquât au P. de La Chaise, ce qui feroit perdre cette affaire et la cause de r Église. Par révénement, on a très bien fait; l'écrit se répand dans le public et y est très bien reçu; chacun est convaincu et des idolâtries de la Chine, et de la friponnerie des Jésuites, tant en ce pays qu'en France, n

On ne jugea pas à propos de saisir de cette question l'assemblée du clergé, afin de ne pas donner à penser que Ion voulait devan-

1 Journal de Tabbé Le Dieu, Vt mai, 4 juin. > /Md., 4 juin.

cir, pir un jugement doclriaal, la sentence du pape ; mais^ d*a« près Tavis des prélata qu'ils avaient consultés^ Tiberge et Brisacier dénoncèrent^ le 1«' juillet, à la Faculté de théologie, plusieun propoiitiona dea PP. Le Comte etLeGobien. lUen donnèrent ausat^tavis è rarchevéque de Reims '. La Faculté montra du zèl» dans cette question ; elle nomma une commission pour examiner ks livres dénoncés. Cette commission était composée de Boileau, chanoine de la Sainte-Chapelle, Witasse, professeur de théologie CD fiorbonne. Le Feuvre et Le Baron, professeurs de théolologi^ au collège de Navarre, Rouland, prévôt de la cathédrale de Rejm^i Eliies du Pin^ professeur royal en philosophie, et des Pères Malet, Carme, et Rocheblanche, Cordelier. A la prière des archevêques de Paris et de Reims, Bossuet écrivit ' au docteur Guisebard, sm 'ancien professeur de théologie, et doyen de la Faculté, pour l'en'* gager à réunir la Faculté régulièrement trois fois par semaine jusf* qu'à la conclusion de ralTaire, ce qui fut fait.

Les Jésuites s'émurent de ces assemblées. Le P. de La Chaire s'en plaignit au roi et les lui fit envisager comme une source de oon?eaux troubles en matière de foi et de doctrine ; mais Loui« XIV avait confiance dans Tarchevéque de Paris. 11 lui lit connaître lei plaintes du P. de La Chaise, et le prélat le rassura si bien, qu'il consentit à ce que la Faculté continuât ses assemblées '. Les Jémw les ayant échoué du côté du roi, essayèrent d'un autre moyePi qu'ib avaient souvent employé ; c'était de faire traîner la diseus^ sion en longueur à l'aide de leurs amis. Du Mas, qui avait prêté 8on nom au P. Tellier pour l'histoire des cinq propositions, fil d'abord opposition aux délibérations de l'assemblée, sous prétexte que la cause était pendante à Rome. On fit observer qu*il ne s'a*^ gisiait que de donner un avis doctrinal, et non pas de prévenir le jugement du pape par un jugement semblable; que l'on pouvailj par conséquent, examiner les livres dénoncés à la Faculté sacs îaire injure au Saint-*Siége. Quelques docteurs affectèrent ensuitf de faire des discours interminables, surtout un nommé Février» qoi, le 0 septembre, occupa toute la séance à dire des pauvretés | il commit même une hérésie formelle, qu'on l'obligea sur-lechamp à rétracter. Mais les amis des Jésuites obtenaient peu de

* Journal de TabbéLe Dieu, l.«r Juillet.

• IMd., 28 août.

' /Mtf., 9, • et 11 eeptembre.

M) nuToni

Kiicci-s. Dans la séance du 11, Coursier, (héologal de Paris, ré- InictH, de )a manière la plus explicite, l'approbation qu'il avait donnée, comme Brisacier, au livre du P. Tellier, et en demanda acte à la Facidié. Les docteurs se prononcèrent presque tous avec autant d'énergie. Bossuet, qui suivait leurs délibérations avec le plus grand intérêt, témoignait hautement sa satisfaction des discours qu'ils tenaient dans l'assemblée*. Les Jésuites échouèrent donc au sein de la Faculté comme auprès du roi ; ils eurent recours à une autre influence, celle du duc d'Orléans *, et ils publièrent plusieurs écrits pour arrêter la Faculté. EaHn, le P. Le Gobten fit signifier au syndic de la Faculté un acte d'opposition à la censure et une protestation. Tout fut inutile, et le 18 octobre, la censure ftit adoptée par une très grande majorité. Sur cent soixante docteurs, cent quatorze furent pour la censure. Les quarante-six autres furent d'avis qu'il fallait s'abstenir et attendre le jugement de Rome. L'ne vive polémique s'éleva entre les Jésuites et les supérieurs des Missions-Étrangères touchant la censure ; plusieurs écrits Airent publiés pour ou contre. Bossuet ' et l'arehevéque de Reims pensèrent que l'honneur de la Faculté demandait que l'on pubUàt une savanle juslilicaliou de sa censure. Le Feuvre, qui avait été un des professeurs de Bossuet au collège de Navarre, entra dans sa pensée, et il lui écrivit, quelque temps après, que lui et seii amis qui avaient le plus travaillé à la question avaient remis leurs mémoires entre les mains du docteur Ellies du Pin, qui se chargeait de composer la défense de la censure. Du Pin profila non-seulement des mémoires des membres de la commission, mais des lumières des savants Dominicains Chaussemer et Noél Alexandre *; il envoya son livre à Bossuet, qui le lut aussitdt et parut en faire grand cas, selon l'abbé Le Dieu *. Ce livre est, en effet, très solide et fort érudit*.

Coulau, un des amis des Jésuites, publia contre Du Pin l'avis qu'il avait émis dans les séances de la Faculté. Bossuet trouva ce livre très mauvais, y releva des cKoiet importantes à reprendre et engagea les supérieurs des Missions-Étrangères i en demander la

■ loumtl lie l'aLbé I^ Uieu, 17 scptfmlm.

* ItiJ, 3 oclobrc.

* IbU., 8 no . lïOO.

<• nid., i aoQl 1701.

» nu.

' Le P. d'Avrigay ea dit tiwucoup d« mal ; on eomiMvagl pourquoi.

DB VÈaua M miiGi. 901

oauare w cardinal de Noailles ^ Il rédigea pour eux, à cet eiTet, une lettre dans laquelle il prouva que le livre de Coulau était pernicieux pour la foi et tendait à Tindifférence des religions. Coulau lui effrayé d'avoir à lutter contre un tel adversaire. Il se bftta de désavouer son écrit et d'adhérer à la censure prononcée contre les Jésuites. Bossuet ne trouva pas cet aveu suffisant ; il eût voulu une rétnu^tation de la doctrine, et il écrivit un second mémoire en ce sens. Il l'adressa à Tiberge et à Brisacier *; quelques jours après, il leur envoya un troisième mémoire.

Le cardinal de Noailles trouvait que Bossuet demandait trop au docteur en exigeant ime rétractation, parce que la question était pendante à Rome et qu'il suffisait du désaveu de l'ouvrage. L'évéque de Meaux abandonna alors cette affaire, où il montra tant de lèle pour la vérité •.

C'est ainsi que fut terminée, en France, la querelle des cérémonies chinoises ^. Les Jésuites désavouèrent pour la forme le

* Journal de Tabbë Le Dieu, 28 et 29 août 1701.

* Ihid., 8 et 13 septembre.

* Le P. d'ÀYrigny, rendant compte de la censure de la Faculté, la trouve fort ridicule ; il traite comme des ignorants les docteurs qui se prunoncèrent pour la censure, et il admire ceux qui firent de Topposition. Tiiut cela est ttsez naturel, eu égard aux habitudes du P. d*Avrigny, qui nVpargne jamais Tinjure à ceux qui ne sont pas de Ta vis des Jésuites. Uoi?, ce qui est plus étooDant, c*est qu'il cite Bossuet parmi ceux dont la ductrine favorisa les e^ reore de sa Compagnie. Le lecteur a trouvé dans noire récit de quoi répondre à cette assertion étrange.

^ A Rome, le Procès des Jésuites fut poussé avec activité jusqu'à la mort 4*Ionofnil XII (septembre 1700). Il y eut alors quelque interruption. Cléneot XI, qui succéda à Innocent XII, fit reprendre cette affiiire On ountioui à ijiire, de part et d*autre, une foule d'écrits. Le pape envoya en Chine, CD 1701.. Qiarles-Thomas Maillard de Tournon, afin dVxamioer sur les lieux le véiitable état des missions et des questions agitées. Tuurnon fut de Tavis de l^évéque de Conon contre les Jésuites. Ceux-ci portèrent leur cause pardevant Tempereur de Chine, qui leur était favorable, et excitèrent une persécution ^ptre 1 évèque, le cardinal et tous les missionnaires qui n'étaient pas de leur tvif. Les Jésuites se chargèrent eux-mêmes de transmettre aux missionnaires fédit 4le l'empereur, et Tacoumpagnèrent d'une lettre qui est un modèle u'hfpocrisîe. L'évèque de Conon fut retenu quelque temps pri&onnier chez eux par ordre de l'empereur de la Chine, et le légat dut s'embarquer au plus tôt Avant deqoiilerle leiritoire chinois, Tournon eurivit à l'étêque deConun une lettre VTiiiaient apostolique sur les (^erséi-uiions qu'ils avaient eouCfertes l'un et l'autie. Lorsqu ii était bui- le point oe s'embarquer, il fut conduit de force à Macao et jeie en pri:M>u. L év^ue de Conon, après avoir été quelque temps ( risonùer en Chiue, en fut expulsé et revint eu Europe. Clément XI prit le parti de

ÉM

P. Le Comte, ^i Ait oUigé de quitter sa plaee de confleisear dt kl

dnehesse de Bourgogne et se retira à Rome.

Les Jésuites, humiliés par la censure des Pères Le Comte al Le Gobien, s'en dédommageaient en accusant de Jansénisme leurs adversaires. Dans cette question^ ils avaient reçu bien des humi-* liatlons sous Innocent XII ; mais Clément XI leur était plus fayo* rable, et ils espérèrent^ sous son pontificat ^ réparer les échtea qu'ils avaient éprouvés.

Nous avons parle des brefs d'Innocent XII aux évéques des Pays- Bas , lors des discussions soulevées , à propos du formulaire, par l'évèque de Malines. On avait remarqué que le pape n'y faisait pas mention de la question de fait; qu'il n'y paiiait pas des cinq pro^ positions ; qu'il ne prescrivait pas de les condamner dan$ le $enê de Jansenius^ comme on le disait auparavant, mais dans le sens naturel qu'elles présentaient à l'esprit.

Amauld avait tiré de ce bref cette conséquence fort juste : c'est que, la question de fait n'étant pas mentionnée, le pape laissait la liberté de la distinguer implicitement de la question de droit, et que l'on pouvait, en conséquence, signer purement et simplement le formuLeiire d'Alexandre Vil. Quelques théologiens, moins profonds et moins prudents qu' Amauld, s'appuyèrent sur le bref du 6 février 1694 pour attaquer le formulaire d'Alexandre VII; cette imprudence fut relevée par les ennemis de Port-Royal, et la guerre

Tournon, quMl Domma cardinal, et ëcrÎTit en sa faveur à Tempereur de la Chinp et au roi de Portugal. Les évéques de Macao et d*Ascalon, vendus aux Jésuites, ayant appelé des actes de Toumon au pape. Clément XI fit un décret conrre ces appels. Le cardinal de Tournon mourut prisonnier au mois de juin 1710, avf c le courage et les vertus d*un martyr. Clément XI fit soo elogo dans le consistoire du 14 oclobre 1711. Il avait précédemment donné ordre de se conformer aux décisions de ce cardinal touchant les rits chinois. Los Jésuites étHi nt aini>i condamnés de la manière la plus formelle, ce qui ne les a pas empéchéi>, eux et leurs amis, de soutenir toujours les mêmes erreurs. En bon Uliramontain, M. l\ibbé Rhoibacher, dans sa prétendue Histoire de TÉglise Catholique, a pris le parti des Jésuites contre le pape. Picot, dans ses Mémoires, prend également leur parti. Nous avons déjà remarqué que les Jésuites et les L'itrainontains ne sont qu*avec les papes qui partagent leurs erreurs. Ce n*est donc point l'autorité du pape qu'ils ret^pectent, ra^is sa eoumission à leurs pr^ugés. Ellies du Pin a donné les pièces relatives aux affaires de la Chine au t. it de son recueil intitulé: HiH* EeeL dm xvii.« siècU. On trouve des renseignements accablant^ contre les Jésuites aux archives du Vatican, registres de la propagande : ScrUture oHg'iialf, rifferite indie 9rientali, Un grand nombre de ces pièces seroot peut-être on Jotir publiées.

DE L*ft6LlSE DB FtANCB. 803

recommença plus vive. Pour Tapaiser^ Innocent XII donna> le il oovembre 1696^ un nouveau bref; dans lequel il confirmait celui de 1694^ mais en ajoutant qu'il n'entendait déroger en rien aux constitutions de ses prédécesseurs^ et, en particulier, au for« malaire d'Alexandre YII.

Ce sont les attaques contre les constitutions pontificales, nées au milieu de ces discussions, que nous avons \u censurées par l'assemblée de 1700.

Le bref de 1696 ne mil pas fin aux querelles. Ârnauld mourut dans ces circonstances, et son expérience manquait à ses amis au moment où elle leur devenait si nécessaire. Les Jésuites, qui sentaient leur cause en décadence, brûlaient du désir de la relever et affectaient de soutenir, sur la question de fait, des systèmes exagérés, afin de ranimer le feu et d'arracher à leurs adversaires quelques mots imprudents, dont ils pussent profiter pour attirer contre eux de nouvelles foudres.

En même temps, ils dirigeaient toutes leurs batteries contre \e livre des Réflexions morales et cherchaient à le faire passer pour Jaosénbte, afin de se venger en même temps, et du cardinal de Noailles, et de Bossuet, qui avaient approuvé ou défendu cet oufvrage, et de la censure de leurs Casuistes, provoquée par ces deux évéques.

Les choses en étaient là, lorsque les docteurs de la Faculté ÔB théoli^e de Paris furent consultés par un confesseur sur la nature de la foi qu'il devait exiger d'un de ses pénitents touchant la question de fait *. Ce pénitent rejetait formellement la doctrine des cinq propositions, mais ne voulait accorder à la décision -des papes, toQcbant la question de fait, qu'une soumission de respect et de sQence ; et il prétendait que les papes n'en exigeaient pas davantage, appuyant cette opinion sur les brefs d'Innocent XII.

Vingt-trois docteurs, auxquels on s'adressa d'abord, répondirent, le 26 janvier 1701^ que la doctrine du pénitent en question était conforme à celle de l'Eglise et d'une parfaite exactitude.

Plusieurs docteurs ayant trouvé cette décision trop absolue, les signataires eurent des conférences avec eux ; et, après s'être con-

* Les piten relalifesaa Cas âê OmseUnee oiAM réaniet dansvn oamge intitaié : Hi»toire du Cas de Cortseience. Les pièces princiiNii^s ont été recueillies au^8i par BUies du Pin au t. iv de sa collection iniUuléo : BisUdre AcUfioalifu^ du xvii.« siècle* F. les Mémoires de D*Agaes6eau.

Hullés, ili aignèrenl, au nombre de quaranle, que les opinions du pénitent en question n'étaient ni nouvelles, ni singulières, ni condamnées par l'Église; que le confesseur, par conséquent, ne pouvaiL exiger qu'il les abandonnât pour lui donner l'absolution.

Quoique la réponse desquarante fut négative et moins absolue que la première des vingt-trois docteurs, elle n'en a pas moins le même sens au fond ; quelques-uns, cependant, de ces derniers, refusèrent de la signer, comme trop peu explicite ; mais plusieurs autres y adhérèrent; de sorte que, en définitive, quarante-huit docteurs se prononcèrent contre le système des Jésuites touchant la quesUon de fait. Si ces religieux eussent été fidèles à leurs principes louchant la probabilité, ils auraient dû respecter cet avis; car ne soutiennenl-ils pas qu'on peut suivre une opinion probable, et qu'une opinion eslprobable lorsqu'elle a pour elle l'asseulimeut d'un docteur grave T L'opinion, soutenue dans la solution du Cas de Conscience, avait pour elle quaranle-huil docteurs graves de la Faculté de théologie la plus savante du monde catholique; elle devait donc être considérée comme ayant un degré de probabilité tellement élevé, qu'elle équivalait presque k la certitude. Quand bien même ils soutiendraient qu'on ne peut trouver que dans leur Compagnie des docteurs graves, la solution des quarante docteurs aurait àù être respectée par eux, car leurs Pères Simiond et Pelau ont soutenu la même opinion. Mais nous avons eu occasion de remarquer déjà assez souvent que les Jésuites savaient changer de principes selon les circonstances.

Ils firent donc grand bruit de la consultation des quarante docteurs de la Faculté, lorsqu'un l'eut publiée. Cette publication est due, soit à l'imprudence des Jausénistes, dit D'Aguesseau ', ou au lèle au moins indiscret des Sulpiciens, ou peut-être à l'babilelc et à l'industrie des Jésuites. On accompagna le cas de conscience d'une \eliTe qui ne pouvait qu'irriter ceux qui ne partageaient pas la même opinion. Les Jésuites en profilèrent pour mettre en mouvement tous leurs aRiliés, et ils firent tant de bruit, qu'ils étouflërenl en France la discussiion fameuse des cérémonies chinoises, qui occupait auparavant l'opinion publique; ils semèrent partout le bruit que le Jansénisme, qu'on avait cru mort, était ressuscité; ils publièrent plusieurs libelles pour exciter les passons ; ils se conlontaienl de dir«, dans ces écrits, qu'il fallait, de toute néce»ilé,

■ D'AguWiNiu, Uémoîits tur tes tHUres de l'Église de France.

DB L*É6LI8V DB PtANCB. SOS

perdre, punir, écraser ceux qui ne voulaient avoir qu'une soumission de respect pour les décisions relatives aux faits dogmatiques ; en politiques habiles^ ils ne touchaient point à leur système de la foi divine, qu'ils exigeaient pour l'attribution des cinq propositions à Jaosenius, car ils savaient que pei'sonne^ en France, n*^ût été de leoravis sur ce point; mais afin d'avoir avec eux Bossuet et quel* ques autres évéques^ ils ne parlèrent que de soumission, sans dire bien clairement ce qu'ils entendaient par cette expression.

Cette opinion émise, les Jésuites de la cour, tels que le confesseur de la duchesse de Bourgogne et le P. de Trévoux, confesseur du duc de Chartres^ se rendirent chez Bossuet pour lui parler du fiuneux Cas de Conscience, a J'ai ouï, dit l'abbé Le Dieu % que tous ces Jésuites lui font des cas de conscience au sujet du silence respectueux sur le fait de Jansenius. Ces Pères conviennent qu'il n'est pas à propos d'en faire une plainte dans la Faculté ; que les quarante, appuyés de leurs amis, l'emporleroient; que c'est aux évéques à parler, puisqu'il s'agit d'une décision sur un fait de leur asœmblée de 1700 ; et les deux bons Pères ont tranché le mot : • C'està vous. Monseigneur, à parler, puisque vous avez autorité.»

Les Jésuites n'avaient pas toujours si bien respecté l'autorité de Bossuet; les dernières discussions sur les Casuistes et sur les cérémonies chinoises en avaient fourni plus d'une preuve; mais ils sentaient que, dans la circonstance présente, l'autorité du grand évêque de Meaux servirait bien leur haine contre Port-Royal. Voilà pourquoi ils dissimulèrent leur véritable système pour adopter en apparence la pensée de Bossuet sur la croyance due aux faits dogmatiques. Ils publièrent, dans le but de tromper l'opinion, cinq b'belles équivoques' contre les docteurs signataires dn Cas de Conscience. Comme nous l'avons déjà fait observer, Bossuet voulait, pour les décisions relatives aux faits dogmatiques, un peu plus que le silence respectueux, qui ne supposait aucune adhésion de l'esprit; il pensait que, même dans les décisions où l'Église n'est pas infaillible, le fidèle doit à l'autorité ecclésiastique une soumission intérieure; mais il distinguait parfaitement cette soumission intérieure de la foi divine qui est due aux définitions sur les faits révélés et dans lesquelles l'Ëglise est infaillible. Bossuet ne croyait pas que TËglise fDit infaillible dans la décision des faits non révélés *, tels

' Joaroal de Tabbë Le Dieu, l.er janvier 1703.

* Oa peut voir ces cinq libelles diins VBittofre du Cas d$ Conscience.

' Méoioîres de Tabbé Le Dieu sur la vie et les ouvrages de Bossuet. F. Té-

Mf BitroiM

qiM l'altribalion de* cinq propositions à Janseoius. Les Jémilci soutenaient cette infaillibilité, pour le fait en question du moiat; mail ils dissimulèrent leur système , alla d'aToir Bossuel pour eux.

Ce grand homme, dont la loyauté et la franchise étaient admirables, se laissa tromper parles dehors hypocrites des Jésuites; il crut l'autorité ecclésiastique compromise par le Cas de Conscience. Il prit feu, comme dit son excellent secrétaire ', et se remit à lirt les ouvrafces qui pouvaient lui fournir des écÛrctstements sur le point en litige.

Du Mas, qui avait prêté son nom au P. Tellier pour publier l'histoire des cinq propositions, accourut chei B«>seuel comme l« Jésuites, et lui dit aussi < que c'étoit son afiaire, puisqu'il s'agisloit de la censure faite dans l'assemblée de 1700, qui étoit son ouvrage. >

On avait d'abord pensé à dénoncer les quarante docleursà U Faculté ; le P. de La Chaise en avait parlé au roi en ce sens * ; nuii la cardinal de Noailles avait fait observer que cette affaire y eicilerait de grands troubles, et que l'on n'était pas sAr devenirs bout d'y faire condamner le Cas de Conscience, a C'est ce qui a porté les Jésuites ' à prendre d'autres mesures et à se servir de M. de Meiux. a Us crurent que, pour le gagner, il fallait lui persuader que l'assemblée de 1700 était attaquée; de là leur léle édi- Qtnt pour les décisiouï de cette as<«mblée.

Le P. Martineau, confesseur du duc de Bourgogne, rendit visite k Bossuet le lendemain du jour où le confesseur de la duchesse, le P. de Trévoux et l'abbé Du Mas l'avaient entretenu. L'évéquc d« Ueaux congédia ceux qui étaient chez lui pour entretenir le Jésuit* ta particulier de l'aflaire du Jansénisme *. De Bissy, évéque àt Toul. le même que nous verrons cardinal et évêque de Meaui, onit ses efforts k ceux des Jésuites, ses anus.

Hais, ma^ré ces obsessions, Boesuet ne voyait pas la possibilité 4t condamter le Cas de Conscience, parce qu'il était fondé sur 11

ditioa qua nous » avons donnée d'après le m», aulogniftw; Paris, Didier,

' J«urnal de fib"^ U Dieu, 1.»» ianv, ITOJ. *iUd.,SjiDv.l-nn.

> tbid.

DB L*ÉGL19t M ^EANCB. W

JM&etion do fait et du dfoit^ et que cette dlslinctkm avatt été autorisée par la paix de Clément iX *. « M. delM^aux^ dit Tâbbé Lé Dieu \ in*a retenu pour lui faire lecture^ dans la soirée^ du sixième livre entier de l'histoire des cinq propositions de M. Tabbé Du Mas, pour voir comment il y tourne la paix de Clément IX sceordée aux quatre éxâques de France^ en se contentant de leuf rignature, avec la restriction que l'on sait •. C'est là oii M. de Meaux trouve toute la difficulté de condamner le Cas de Cons-* cîcnce ; car il est clair par les actes que les quatre évéques n'ont signé le formulaire qu'avec la condition du silence respectueux sur le fait de Jansenius ; et non-seulement les quatre éréques, mais M. Amauld même, et pareillement les religieuses de Port-Royal, qui donnèrent, sur cela, leur déclaration à peu près semblable à celle des évoques. i>

Bossuet croyait, avec raison, à la réalité des conventions faites entre le pape et les évoques de France pour arriver à la conclusion Je la paix ; seulement, il regardait comme un mensonge formel * là signature du formulaire d'Alexandre Vil avec la distinction du ftit et du droit, par la raison que la question de fait était intime* ment liée à celle du droit dans le formulaire, et que le signer en faisant la distinction, c'était le signer sans y adhérer. Amauld et les évéques qui avaient pris part à la paix de Clément IX, ne considéraient pas la chose sous le même point de vue. La rédaction du formulaire était pour eux une œuvre jésuitique ; maiscoume c'était un fait accompli et que l'œuvre d'un pape doit être respectée, au moins pour la forme, par ses successeurs, ils pensaient pouvoir, sans blesser la sincérité chrétienne, ménager la susceptibilité romaine, en admettant le formulaire modifié par l'acte d'un pape égal en pouvoir à celui qui en avait porté la responsabilité. Cnéiiient IX et les évéques médiateurs avaient trouvé cet unique moyen de mettre fin aux luUes déplorables qui agitaient l'Église depuis trop longtemps, et Port-Royal n'avait pas cru pouvoir continuer la guerre, lorsque le pape faisait tout ce qui lui était possi* ble pour favoriser la conclusion de la paix.

> F. Thistoire de cette paix au t. x de notre Histoire de VÉglise de France.

* Joarnal de l*abb(^ Le Dieu, 4 J&nv. 1703.

* Ceslrà-dire la distinction du Ui et du droit, comme tioos TavottS rapporté au t. X de notre Histoire de VÉgli^te de France.

^ Journal de Tabbé Le Dieu, 4 jaov. 1703*

Les évAques de Chartres et de Novon rendirent vûite à Bomet, comme les Jésuites, au sujet du Cas de Conscience. L'évéque de Qiartres, surtout, montra du zèle dans cette visite; le docteur Pirol applaudiss&îl aux paroles de ce prélat, qui lui adressait, de son cdié, des complimeuts sur sa science, fiossuet écouta cette conversalioD sans dire mol, comme le rapporte l'abbé Le Dieu '. En le quillant, l'évéque de Chartres lui donna rendez-vous chei l'archevêque de Paris pour le samedi suivant.

Nooilles se monlrail, dans cette grave discussion, ce qu'il a presque toi^ours été, c'est-à-dire faible et indécis. 11 n'aimait pas les Jésuites, mais il les craignait ; et il savait que son crédit auprès du roi et de madame de Mainlenon était perdu, s'il semblait favoriser tant soit peu ce qu'on élail convenu d'appeler le Jansénisme.

Bossuet, ai] lieu d'intriguer, étudiait. Il lit des Ré/lexioni sur h Cas de Conscience et les envoya à l'archevêque de Paris, n Ces réflexions ne tendent, dit l'abbé Le Dieu ', qu'à faire voir ta délicatesse de l'afTaire présente et la difficulté d'y prendre un bon parti, parce que, d'un côté, le cas ne peut être dissimulé, et que, d'ailleurs, il est fâcheux d'être forcé de condamner quarante docleurs, s

Bossuel eut plusieurs conférences avec l'archevêque de Paris et l'évéque de Chartres, et liC mettre au net sa lettre aux religieuses de Port-Royal comme pièce nécessaire dans la circonstance. Il ne dissimulait pas que le Cas de Consciem-e était une affaire sur laquelle il était très difficile de prendre un parti. Du reEte, ajoutail-il, 0 c'est l'affaire de M. le cardinal de Noaillesu'. U blfliaait la conduite des signataires^; mais plusieurs de ceux-ci s'excusaient d'avoir signé, eu disant ouvertement qu'ils ne l'avaient fait qu'après avoir en l'approbation de l'archetéquo. U paraît certain que ce prélat avait eu connaissance du Cas de Conscience avant sa publication et qu'il approuvait la doctrine des quarante ; mais les Jésuites avaient usé de toutes leurs ressources pour faire croire à Louis XtV que le Jansénisine était de nouveau tout prêt à foudre sur lui ; et ce roi, qui poussai! jusqu'au ridicule le préjugé sur ce point, se prononçait ouvertement contre le Cas de Conscience. Un

■ loumal de l'ibbé Le Dieu, 8 janvier i: */M(t., luadi, 8 janvier 1703.

> AU., 13 janvier.

* AU., IS jaiiTlcr.

DB L'ifiUSB M FEMICB. 209

gnnd-Tkaire de Clermont, nommé de Cbamflour^ ayant refusé à Perrier l'absolution parce qu'il admettait la doctrine approuvée par les quarante docteurs, reçut, pour récompense, l'éTéché de La Rochene K Chamflour unit ses efforts à ceux du P. de Trévoux, son ami, pour entraîner Bossuet dans leurs exagérations, il lui écrivit * à cet effet ; mais Bossuet, au milieu de toutes ces intrigues, continuait à étudier la question avec calme ; il relisait sa lettre aux religieuses de Port-Royal, en trouvait les principes certains, et ne blâmait Port-Royal que dans l'opposition directe qu'il avait faite aux décisions des papes et des évéques. Nous avons vu que, dans l'assemblée de 1700, il n'avait trouvé que cela ù reprendre en eux; le point était grave, surtout pour Bossuet qui avait pour l'autorité une espèce de culte ; mais il distinguait toujours la déférence et la soumission, de la foi, ce que les Jésuites ne faisaient pas dans l'affaire du Cas de Conscience.

Le 16 janvier *, l'archevêque de Reims, Le Tellier, arriva chez Bosuet pour contrebalancer, dans son esprit, l'influence des Jésuites. L'abbé Bossuet agissait dans le même sens auprès de son onde. L'évêque de Chartres et le cardinal de Noailles l'emportèrent dans l'esprit de Bossuet; et, après une nouvelle conférence qu'ils eurent ensemble à l'archevêché, la censure du Cas de Conscience fut résolue. Les Jésuites triomphèrent de cette décision ; les Pères Martineau, de Trévoux et autres de la Compagnie redoublèrent leurs visites à Bossuet ^; comme ils savaient qu*il était chargé de rédiger la censure, ils affectaient de faire les plus grands éloges de Ylnsirueiian qu'il avait publiée quelque temps auparavant contre la version du Nouveau Testament, par Richard-Simon ; ils espéraient, par leurs flatteries, le disposer plus favorablement en leur faveur.

Toutes ces intrigues n'auraient pas eu beaucoup de succès, s'ils n'avaient pas eu pour eux Louis XIV et madame de Maintenon, qui se prononcèrent ouvertement contre le Cas de Conscience. Devant cette volonté, l'archevêque de Paris oublia l'approbation qu'il avait donnée à plusieurs Docteurs, et Bossuet crut nécessaire de faire quelque chose qui frappai un grand coup et ne reçût pas

1 Jooraal d0 Tabbë Le Dieu» 15 Janvier 1703.

• JMd., 17 janv. 1703.

* AU., 18 janvier 1703.

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