‹ Histoire de l'église de FranceChapitre 14 sur 100 · XI. U · texte numérisé non relu

XI. U

de répUgm. Pendanl que Bossuet travaillait, Noaillei ehercluil à ramener lee docteura, et mettait tout cd œuvre pour les engager k atwndonner leur Cas de Contcieace, afin de l'épargner une censure ; l'ablié Bossuet voyant qu'on ne pourrait éviter celte ceniure que par dei concessions, eogageail les Docteura à donner quelque satisfaction } Uerlau, docteur de Navarre, entra le premier dans MM vues ; il l'amena à son oncle, qui eut avec lui une conférence particulière. En même temps, l'abbé Bossuet indiquait à l'év^ue de Meaux tous les documents qui rendaient la censure plus dJfGcile. a II faut bien remarquer, lui disait-il S que la conduite des quatre évéques a été approuvée non seulement à Rome, mais encore en France et par le roi même, comme il parait par la lettre qu'il écrivit alors au pape Clément IX au sujet de la paix, et par la lettre de H. Félix Vialarl, évëque de Chàlons, au même pape, et enfin par la lettre commune des trente évéques * sur le sujet de ta résistance des quatre évéques ; toutes ces lettres et pièces ont été imprimées par l'ordre de l'Assemblée générale du clergé de France de 1681, dans le livre de M. Gerbais, </e caïuii mo/oriiiM, approuvé par la même assemblée, et imprimé par son ordre, b Bossuet répondit à son neveu : a 11 faut examiner de près toute cette affaire, b

Le grand évéque l'examinait en effet très sérieusement * ; il dietait les réilexions que lui fournissaient ses études, et recevait le* docteurs qui semblaient di^iosés à rendre la censure inutile, par une déclaration qui ne laisserait aucun doute sur leur orthodoxie. Le cardinal de Noailles encourageait beaucoup les efforts de ceux qui voulaient arriver, parce moyen, à une solution, -et il eût vivement désiré sortir ainsi bonorablemenl de l'impasse où il s'était mis par l'approbation iudii-ecte qu'il avait donnée au Cas de Ck>n$cience ; Le docteur Ptrot travaillait en ce sens avec l'abbé Bossuet ; mais plusieurs docteurs inQuents ne voulaient pas entendre parler de c«tte transaction. Parmi eux, on citait particulièrement Petit-Pied el Bourret, professeurs en Sorbonne; de Blampifcnon, curé de Saint-Merri ; Hideux, curé des Saints-Innocents, et Ellies du Pin, professeur royal de pliilosopbie. Le P. Noël Alexandre, un des quarinitc docteurs, écriiit nu cardinal de Noailles une lettre qui

■ Joumnl dAfaiibë Le Dieu, 21 jni.\irr 170i

* V. vta pit^ccs au 1. x do l'BUtoire de [Église de FTauee.

> Journal do Vtbhi Le Dlv», 2j jinricr 1703 et J(

OB L*£aU8B tkE FtANCB. SH

conienait let éléoienti d'ane transaction ; il y disait que le silence respectueux n'excluait pas la soumission intérieure à la décision de i'Église touchant les faits non révélés.

L'abbé Bossuet et Pirot travaillaient chaque jour en Sorbonne à des projets de déclaration pour terminer la querelle ; on les com* iDuniquait à l'évéque de Meaux. Le 28 janvier, Tabbé Bossuet porta au cardinal de Noailles le projet qui avait eu l'assentiment de son oncle. Mais les docteurs opposés à l'accommodement traraillaient en sens contraire^ et ils répandirent une apologie mattus*» crite dans laquelle ils manifestaient une grande indignation contre Je P. Alexanare et sa lettre au cardinal de Noailles ^ &)mme le doc* leur Bourret était celui qui faisait le plus d'Opposition, le cardinal de NoaOles le iit exiler à Quimper-Corentin^ en vertu d'une lettre de cachet *• Cette violence ne ralentit pas le sèle des opposants ; Petit-Pied et Ellies du Pin, surtout, défiaient hautement la censure, et menaçaient de se défendre avec avantage ; ils virent Bot» suet, et se retirèrent mécontents de leur visite.

Cependant les démarches faites par Pirot et l'abbé Bossuet > au nom du cardinal de Noailles, aboutirent à une déclaration par laquelle les docteurs lui soumettaient leur solution du Cas de Conscience, comme au premier docteur de son diocèse. Onte doc* teurs, y compris le P. Noël Alexandre, adressèrent au oardmal une lettre dans laquelle ils interprétaient le silence respectueux, et reconnaissaient devoir une soumission intérieure aux décisions de rÉgiise touchant les faits dogmatiques. L'archevêque de Reims travaOlait de son côté à mettre un terme aux discussions. A sa prière, dix-huit docteurs, à la tète desquels était Petit*Pied, adressèrent à Noailles une requête dans laquelle ils ne lui faisaient que des protestations générales de soumission '.

Le cardinal était assez porté à se contenter de cette requête ; mais Bossuet lui fit comprendre qu'il fallait quelque chose de plus précis ^.

On doit remarquer que personne ne parlait d'un acte de foi, qui n'est dû qu'aux définitions de l'autorité infaillible touchant les faits révélés ; ni l'archevêque de Paris, ni Bossuet, ni les docteurs qui

> Journal de Tabbé Le Dieu, l.er fëvri r 1703.

* IMd., 7 fér. et jours suivants.

' Oa peut voir les leUres et la requête dans les recueils cités plus haiil<

^ Joarnal de Tabbé Le Dieu, 20 juin 1703.

HISTOIBB

se tK)uinettaient^ ne croyaient TÉglise infaillible sur les faits dogmatiques. 11 ne faut pas perdre de vue cette observation pour comprendre ces discussions. Aussi Bossuct, tout en blâmant la conduite de Port-Royal dans son opposition aux actes de plusieurs papes^ reconnaissait-il (c qu'on ne pouvoit pas dire ^ que M. Arnauld^ ni MM. de Port-Royal, ni ce qu'on appelle communément les Jansénistes, fussent des hérétiques, parce qu'ils condamnoient les hérésies, sur ce sujet, condamnées par l'Église. » Aussi, dans l'Assemblée de 1700, avait-on seulement censuré comme schismatiques et favorables à l'hérésie les propositions de ceux qui attaquaient les actes des papes et du clergé de France ; leur doctrine ellemême n'avait été l'objet d'aucune censure.

Le cardinal de Noailles, suivant les conseils de Bossuet, résolut de se prononcer touchant le Cas de Conscience. Le docteur Pîrot composa un projet de mandement. Celui-ci le communiqua à Bos^ suet, qui indiqua des modiQcations considérables qu'il devait subir *. Les évéques de Chartres, de Noyon et de Blois, qui eurent aussi communication du projet de mandement, se rendirent chez Bossuet et lui indiquèrent quelques corrections.

Tout en donnant ses conseils sur la teneur du projet de mandement, Bossuet ne voulait pas paraître l'approuver entièrement; il regardait l'affaire du Cas de Conscience comme appartenant au cardinal de Noailles. 11 n'en dit pas un seul mot au roi •, et se contenta de fournir des notes au docteur Pirot pour la rédaction du mandement^.

Ce mandement parut enfin, daté du 22 février*. Le 3 mars, le docteur Pirot l'apporta à Bossuet, qui se trouvait alors à Meaux. Noailles avait agi, dans cette circonstance, comme en 1696. En condamnant le Cas de Conscience, c'est-à-dire le silence respectueux, il n'épargnait pas les Jésuites qui, dans leurs libelles, étaient allés bien au-delà de ce que les Catholiques sont obligés de croire. Bossuet approuva cette censure des Jésuites, car, comme le dit l'abbé Le Dieu •, leur insolence avoit besoin d'être

* Journal de Tabbé Le Dieu, 21 février 1703. « /Wd., 21 et 22 février 1703.

' iftW., 28 février 1703.

^ Ibid., 3 et 7 mars.

* On peut voir cette pièce dans les recueils cités plus haut.

* Journal de Tabbé Le Dieu, 3 mars.

DE L'ÊaUftB DB FBÀNCB. 213

riffimie. Dans le même temps^ on connut en France une censure du Cas de Conscience faîte à Rome, et datée du 12 février *. Le bref de Clément XI était conçu d'une manière générale. Bossuet en témoigna beaucoup de joie et dit : « Us ne veulent pas faire (à Rome) de condamnations particulières, tant ils craignent de n'être pas infaillibles et de manquer. » Mais ce qui lui causa le plus de joie dans le mandement de Noailles et dans le bref de Clément XI, c'est que tous deux prenaient hautement la défense de la doctrine de saint Augustin sur la Grâce, et condamnaient ainsi indirectement le Molinisme. Il donna môme au bref du pape le nom de Bref de saint Augustin '.

Il est évident que le cardinal de Noailles n'avait eu d'autre but, dans son mandement, que de prendre un moyen terme pour arriver à la paix en condamnant les excès qu'il croyait apercevoir dans les deux partis opposés. Aussi ce mandement fut-il suivi d'un arrêt du Conseil d'État, rendu le 5 mars ', et renouvelant celui du 23 octobre 1668, qui portait défense de publier aucun écrit sur les matières de la Grâce et de se traiter de Jansénistes, de semi- Pélagiens, d'hérétiques, etc. Ce moyen terme ne satisfit ni Port- Royal, ni les Jésuites. « Les différents partis ne sont pas contents, dit l'abbc Le Dieu * ; les docteurs se trouvent fortement condamnés, mais ils ne laissent pas de se soumettre; pour les Jésuites, il est bien difficile de les contenter, et ils sont bien fâchés de voir renouveler l'ordonnance de 1696, 20 d'août, et condamner tous les libelles qu'ils ont fait courir. »

L'évéque de Chartres ne fut pas satisfait du mandement du cardinal de Noailles. 11 prétendait, comme les Jésuites, que l'Église était infaillible, même dans les faits doctrinaux. Dès que le bruit courut qu'il préparait une censure en ce sens, Bossuet lui écrivit pour l'éclairer.

Le cardinal de Noailles ayant publié son mandement, fit un petit formulaire, que ceux des quarante docteurs qui étaient à Paris fu-

' F. le bref dans VBisL EccL de EUies du Pin, ou dans YSfistoire du Cas àe Conscience.

' F. xiutre édition des Mémoires de Tabbé Le Dieu, sur la vie et les ouvrages de Bossuet. Paris, Didier, 1855.

' OUe pièce se trouve d»ns YBisUHre de EUies du Pin et dans Y Histoire en Cas de Condencef citées plus haut»

^ Jounud de Tabbé Le Dieu, 12 mars 1703.

BlSTOItB

re nt requis de signer. Bourret avait été exilé à QuJtnper, comme nous l'avons dit; Ellies du Pin avait été emprisonné depuis quelques jours àCbatellerault; Petit-Pied refusa de signer le nouveau formulaire ; la plupart des autres le signèrent. Les Jésuites passèrent pour les auteurs des rigueurs exercées contre Ellies du Pin^ et le roi révoqua^ à leur prière^ les privilèges pour l'impression de ses ouvrages: « ce qui fait connoitre davantage^ dit Tabbé Le Dieu S combien les Jésuites en veulent à ses livres, et surtout à celui que ce docteur a fait pour la défense de la censure de Sorbonne contre les Jésuites chinois. »

Le P. de La Chaise se vanta d'avoir provoqué les mauvais traitements dont Ellies du Pin fut l'objet, a II est clair^ dit Fabbc Le Dieu *, que ce docteur s'est attiré ces malheurs non pas tant à cause du Cas, que parce qu'il a déplu à la cour de Rome par son livre sur la puissance de l'Eglise^ et qu'il a déplu aux Jésuites par sa défense de la censure de la Faculté et par son histoire du seizième siècle^ où il a fait celle des Jésuites trop vraie et trop naturelle. B Le pape félicita le roi de l'exil de ce docteur.

La résistance du docteur Petit-Pied fit beaucoup de peine à Bossuet, qui désirait ardemment la fin de toutes ces discussions *. II priait Dieu de mieux inspirer ce docteur. A la cour^ on eut re» cours à des moyens moins paciHques pour vaincre sa résistance^ et; par une lettre de cachet, il fut exilé à Beaune ^. Les docteurs de Sorbonne reçurent Tordre du roi de mettre à sa place un autre professeur. Le cardinal de Noailles leur indiqua le docteur du Bourg comme étant fort agréable au roi; il fut choisi. Le docteur Gueston, chanoine de Saint- Victor, ayant imité Petit-Pied dans sa résistance, subit le même traitement et fut exilé à Tabbaye de 8aint-Ruf, près Valence. Le docteur De Lan, théologal de Rouen et professeur en théologie au séminaire de cette ville, marcha sur les traces de Gueston et de Petit-Pied. L'archevêque de Rouen ayant voulu le forcer à signer le formulaire de Noailles, il la refusa; Couet, grand-vicaire de Rouen, se déclara dans le même

* Journal de Tabbé Le Dieu, 97 mars 1703.

* Nrid, 29 mars.

»/M., l.er aYriU703.

^ IMd., 8 et 12 avril.

* IMd., 7 et 12 mai 1703.

DE L*é6UBB DB FRANCB. 215

sens, et bientôt le bruit se répandit qu'il était Tauteur du Cas de Conscience. L'archevêque de Rouen se rendit à la cour pour en conférer avec le roi^ et il visita Bossuet, afin de profiter de set conseils.

Ces nouvelles difficultés firent sentir à l'évéque de Meaux la nécessité d'un ouvrage où les questions controversées seraient exposées avec exactitude. Malgré son âge avancé et les souffrances presque continuelles qu'il éprouvait, il commença à y travailler ^

L'abbé Couet publia alors un ouvrage pour répondre à ceux qai le disaient auteur du Cas de Conscience; il y entrait dans la question doctrinale et faisait l'exposition de tous les faits sur lesquels on attaquait l'École de Port-Royal. L'affaire de l'abbé Couet prit ainsi des proportions assez considérables, et madame de Maintenon fit nommer, par le roi, trois évéques pour la juger. Ces trois évéques étaient ceux de Chartres, de Toul et de Noyon. L'archevêque de Rouen, qui aimait l'abbé Couet, trouva les troit commissaires bien rigoureux à l'égard de ce théologien, et il demanda l'adjonction de Bossuet.

Le 23 mai, Bossuet ayant accepté à diner chez l'évéque de Chartres^ lés autres prélats s'y rendirent, et il y eut, en sa pré^ lence, une nouvelle conférence *. Le grand évéque de Meaux posa les bases de l'accommodement avec ce calme et cette sagesse qu'il savait mettre en toutes choses. Au lieu de se laisser entraîner par les passions qui s'agitaient autour de lui, il ne songea qu'à sauver un honnête hommes tris instruit, tris pieux, et capable de servir utilement r Église.

11 composa, en conséquence, une déclaration ' que l'abbé Couet devait signer. Les évéques de Chartres, de Toul et de Noyon n'en furent pas entièrement satisfaits, parce qu'ils penchaient plus ou moins pour Tinfaillibilité de l'Église dans la décision des faits dogmatiques. Bossuet, comme nous l'avons déjà remarqué, était d'une opinion contraire, et il résista à leurs sollicitations sur ce point. Couet se rendit à l'archevêché de Paris le 9 juin avec l'archevêque de Rouen. Bossuet s'y trouva avec les évéques de Char* très, de Toul et de Noyon. La déclaration rédigée par Bossuet fut

* loamal de Tabbë Le Dieu, 19 mai 1703.

* i5<d., 27 m!ii et jours suivants ; 15, 17, 20 juin.

*iM(f., 9 juin et Jouts suivants; 11, 12 et 15 }uhi; Mfmoifee de Tabbë Le Dieu sur la vie et les ouvrages de Bossuet.

H18T0IBB

signée par l'abbé Couet sans difficulté. Uévéque de Meaux rendit compte de cette soumission à madame de Maintenons qui s'en était beaucoup occupée. Il insiste surtout dans sa lettre sur ce point que tout devait se réduire à V obéissance; et il y fait un éloge bien flatteur de l'abbé Gouet^ qu'il connaissait depuis longtemps^ et dont il estimait le mérite et la vertu ^

Comme l'abbé Gouet habitait, à Paris, le séminaire de Saint- Magloire *, dirigé par les Oratoriens, les Jésuites, qui n'avaient jamais aimé l'Institution du pieux cardinal de Bérulle, profitèrent d'une si belle occasion pour répandre le bruit que tous les théologiens et les beaux-esprits de l'Oratoire étaient Jansénistes, et qu'ils étaient bien honteux de l'acte de révocation qu'avait signé l'abbé Couet ».

Quelques évéques firent des mandements sur le Cas de Conscience, et donnèrent ainsi à cette affaire beaucoup plus d'importance qu'eUe n'en avait en effet. Leur but était de plaire aux Jésuites. Bossuet ne craignit pas de les traiter d'évêques lâches. Les évéques si énergiquement caractérisés étaient ceux de Clermont, de Poitiers, d'Apt, de Sarlat, dont les mandements furent supprimés par les parlements, parce qu'ils y donnaient comme obligatoire le bref du pape, qui n'avait pas été reçu en France dans les formes légales \

* Journal de Tabbë Le Dieu, 19 juin. L*abbë Le Dieu donne en cet endroit la lettre entière de Bossuet à madame de Maintenon, datée du 9 Juin 1703.

s Journal de Tabbé Le Dieu, 9 et 14 juin 1703.

* Les Jésuites avaient fait surtout une grande réputation de Jansénisme an P. de La Tour, général de TOratoire, et le roi était désolé de ne pouvoir le faire prendre en flagrant délit dMmprudence, car il eût été heureux de sévir contre lui. Madame de Caylus, femme légère de la cour, ayant été exilée, mit à profit sa disgrâce, se convertit et 8*adonna à la pratique de la piété, soos la direction du P. de La Tour. Cette conversion fit grand bruit. Le roi fut contrarié surtout de ce que la nouvelle pénitente suivait les avis du général de rOratoire. Il lui fit dire que, si elle changeait de confesseur, il augmenterait de quatre mille livres sa pension et qu^elle rentrerait en grâce auprès de lui. Madame de Caylus hésita ; mais elle craignit la persécution si elle résistait. Elle prit donc un confesseur Jésuite et rçntra à la cour. BientAt ses bonnet résolutions s*évanouirent, et ses intrigues amoureuses reconunencèrent. Le rt>i et madame de Maintenon rapprirent, mais ils fermèrent les yeux; ils Taimaient mieux vicieuse sous la direction d'un Jésuite, que vertueuse sous celle du P. de La Tour. (Mém. de Saint-Simon, t. it, ch. 28).

^ F., pour ces mandements et les arrêts des parlements , le reetieîl de Ellies du Pin et THistoire du- Cas de Conscience,

ra L'teUSB Dl PIANCB. S17

Pour lui^ au lieu d'encenser les préjugés de ces religieux^ il relisait les actes des conciles et travaillait à un ouvrage dans lequel il sapait^ par sa base, leur système touchant la soumission qui était due aux décisions de l'Église sur les faits dogmatiques. Il est vrai qu'il voulait, pour ces décisions, une soumission entière de juge^ meniy une entière et absolue persuasion ; il avait inséré ces expressions avec intention dans la déclaration de Tabbé Couet, afin de condamner le simple silence respectueux, qu'il urouvalt entaché de restriction mentale; mais il y avait moins loin de son opinion au silence respectueux de Port-Royal, qu'à l'acte de foi des Jésuites. D dicta, à plusieurs reprises, des indications assez nombreuses pour cet ouvrage; mais il ne put le terminer avant sa mort.

L'archevêque de Rouen ayant proposé au docteur De Lan de signer la déclaration de l'abbé Couet,ce docteur refusa et vint à Paris pour donner sa démission de ses bénéfices ^ Le cardinal de Noailles hésitait à le faire poursuivre ; l'évéque de Chartres le trouvait digne d'une lettre de cachet; de là une querelle entre eux. ce Us s'entendent comme chien et chat », disait Bossuet. Il fallut encore recourir à ce grand pacificateur, sur lequel l'esprit de parti n'avait aucune influence. L'évéque de Chartres était loin d'avoir le même calme, et il ne cessait de poursuivre le Jansénisme, dit l'abbé Le Dieu, comme s'il n'y avait pas eu d'autre erreur au monde à combattre. Il demanda l'heure de Bossuet, afin de conférer avec lui et les évéques de Toul et de Noyon ; mais, le jour même de cette conférence. De Lan recevait une lettre de cachet qui l'exilait à Périgueux.

Par ce procédé, on mettait fin à toute discussion avec une faci* lilé extrême.

Au lieu de s'occuper de l'affaire du docteur De Lan dans la conférence, on entendit la lecture du mandement que l'évéque de Chartres voulait décidément publier contre le Cas de Conscience. Il était contraire, en plusieurs points, k celui du cardinal. Les deux champions cherchaient à prévenir le roi chacun en sa faveur, et l'évéque de Meaux s'efforçait de les concilier *. Le mandement de l'évéque de Chartres parut au mois de septembre. On n'y trouva rien de oeuf pour le fond et un très mauvais style *; cependant

> Journal de Tabbé Le Dieu, 3, 7, 9 août 1703.

* IM., i% 13, 14, 20 août 1103.

* Iftf4., tt septembre 1709.

BI8T0IIB

Fauteur l'avait tellement traTaillé, qu'il en tomba malade. Son œuvre n'en eut pas plus de succès. La doctrine en était contra* dictoire et sans solidité ; un assez grand nombre d'évéques^ qui donnèrent des mandements ou instructions pastorales à la fin de l'année 1703 et au commencement de 1704, suivirent les mêmes principes ; quelques-uns seulement soutinrent d'une manière plus décidée le système des Jésuites toucbant l'infaillibilité de l'Église sur les faits dogmatiques; Fénélon et l'évéque de La Rocbelle ftirent ceux qui embrassèrent le plus ouvertement ce système. Lorsque l'instruction pastorale * de l'archevêque de Cambrai fut publiée, les Jésuites la firent lire au réfectoire de leur maisjii professe, comme une marque de leur approbation. Comme on en parlait à Bossuet, le vénérable évoque de Meaux se contenta de dire : (f M. de Cambrai est un esprit extrême qui outre tout ■. »

Bossuet était alors au lit de la mort. Avant de raconter les derniers moments de ce grand homme, nous devons faire connaître plusieurs de ses ouvrages, dont nous n'avons pas eu occasion de parler jusqu'ici.

Les discussions sur le Cas de Conscience avaient rappelé à Bossuet les grandes questions de la Grâce, qu'il avait autrefois traitées dans sa Défense de la tradition et des saints Pères. Il se fit relire cet ouvrage, qui était resté dans ses carions, et prit la résolution de le publier, afin d'éclairer tant d'ignorants, qui voulaient enseigner sur ces questions difficiles avant d'avoir appris. La maladie crueUe qui, pendant plus d'une année, le fit tant souffrir avant de le conduire au tombeau, ne lui permit pas d'exécuter son dessein et de mettre la dernière main à son ouvrage. On le publia après sa mort tel qu'il fut trouvé dans ses papiers, et ce n'est pas la moins belle des productions de ce grand génie. Les attaques de Richard- Simon contre saint Augustin y sont pulvérisées. Simon était, aux yeux de Bossuet, un homme bien dangereux pour l'Église; il avait de l'érudition et du style, et ses idées n'allaient à rien moins qu'à saper par la base les mystères du Christianisme. Bossuet comprit ses tendances; de là la vigueur avec laquelle il l'attaqua. Au milieu des souffrances de sa dernière maladie, il trouva encore assez de force pour écrire deux Instructions fort étendues, et qui forment

1 F. celte instruction pastorale contre le Cas de Conscience dans la collection des QEu?re9 de Fénélon.

* Journal de i*abbé Le Dieu, 27 mars 1701.

DE L*£flLMB » FEAKGE. M9

deux volâmes, contre cet adversaire^ qui venait de publier la rer^ don du Nouveau-Testament dite de Trévoux. Une des appréciations de cet ouvrage ne fut pas comprise par Yalincourt^ un simple laïque, qui lui en écrivit. Bossuet répondit à ses difficultés, et ces lettres sont devenues un ouvrage sur la prophétie d'Isaïe touchant l'enfantement de la sainte Yiei^e. C'est le dernier ouvrage publié par Bossuet. Il y joignit un commentaire du psaume XXi.*, quil flt pour se préparer à la mort.

L'abbé Le Dieu a raconté jour par jour ^ les phases de cette longue et affreuse maladie qui priva l'Église de l'un des plus grands génies qu'elle ait possédés ; si la faiblesse humaine parait quelquefois dans la lutte qu'il eut à soutenir contre la mort, la vertu chrétienne s'y montre bien davantage. Au milieu de ses longues insomnies, tor» turé par les douleurs de la pierre, qui lui ôtaient parfois toute connaissance, on l'entendait jeter quelques plaintes; mais, le plus souvent, il priait en silence ou disait à mi-voix à Dieu : « Que votre règne arrive ! que votre volonté soit faite! » Il demanda lui-même les derniers sacrements, qu'il reçut avec cette piété vraie, simple et sublime dont il avait donné des preuves en toute circonstance. Pendant les derniers mois de sa vie, l'Évangile, les épîtres des apôtres, la liturgie de l'Église faisaient sa consolation. Ne pouvant plus commenter les livres saints, il se faisait lire ses MédUationê mr r Évangile et ses Éiéva(ion$ sur les mystères; et ces commentaires si pieux, qui avaient sanctifié les moments de repos qu'il prenait de temps à autre dans sa chère solitude de Germigny, il les entendait avec délices et il y trouvait des consolations dans ses souffrances.

Nous ne réfuterons point les attaques que certains écrivains ont dirigées contre Bossuet. Ce grand homme est trop au-dessus des libeUisles pour que nous croyions utile de le venger. C'est à lui surtout qu'on peut appliquer la comparaison du soleil, versant des rayons de lumière sur ses obscurs blasphémateurs. Nous atons entendu, de nos jours encore, et des écrivains qui Tont attaqué, et d'autres qui se sont abaissés jusqu'à croire qu'il avait besoin de leurs réticences hypocrites ou de leurs justifications. Pour répondre dignement à tous ces blasphémateurs, nous avons dû nous coU'» tenter de présenter Bossuet tel qu'il a été *• Cela suffit pour faire

« V. notre édilioa dtt Joarnal ds Tabbé Le Mo.

* Cest dans le Imt de présenter Bossuet M 9U*« fat que noua ftdsons im*

220 HiSTOimi

comprendre àceox qui ont le sentimeo l du grand et dubeau^ que Bo&suetfutle digne successeur degTertullien, des Chrysoslôme, des Augustin ; le marteau de toutes les erreurs ; qu'il fut un saint ; une des plus pures gloires de TËglise éatholique et Timmortel honneur de rÉglise de France, dont il soutint si énergîquemenl la pure doctrine.

Pendant sa maladie, Bossuet, préoccupé des discussions soulevées par le Cas de Conscience, entreprit, comme nous Pavons dit, un ouvrage sur la croyance qui est due à l'Église sur les faits dogmatiques. Il relut, à cet effet, les actes des conciles et les principaux monuments de la tradition, et en dicta plusieurs passages avec quelques observations. Cet ouvrage resta imparfait. 11 ne put y travailler que vingt jours ^, et quelques heures seulement à chaque fois.

C'est ainsi que Tévéque de Meaux, accablé par la vieillesse et la maladie, s'occupait de travaux qui, selon le duc de Saint-Simon ',

primer, en même temps que ce onzième volume de Vffistoire de VÉglUe de France, les Mémoires et le Journal de Tabbé Le Dieu, qui fut, pendant plus de vingt ans, son secrétaire. Ces écrits, encore inédits et dont on a tant abusé, sont publiés par nous sur les manuscrits autographes de i*abbë Le Dieu avec la plus scrupuleuse exactitude. Nous y avons joint plusieurs fragments de Tabbé Le Dieu encore inconnus, et qui jettent de vives lumières sur plusieurs points controversés. Nous indiquerons seulement ici des pièces importantes touchant le livre de Bossuet intitulé ; Averlisaement sur les Ré^ flexions morales du P. Queânel. Nous sommes assez heureux pour avoir entre les mains toutes les pièces dont nous avons parlé d^ns notre Essai bibliographique, dirigé contre les assertions de M. Poujoulat touchant ce livre de Bossucf. Les manuscrits de Bossuet existent encore dans le carton même qui a appartenu au grand homme, et Tabbé Le Dieu y a joint les pièces que nous avof)s publiées à la fin de ses Mémoires, qui forment le tome i de notre publication. Qu*on nous permette d'ajouter que le manuscrit de Bossuet de la défense de la Déclaration du clergé de France, existe tel que Bossuet Ta laissé, et que Toriginal de cet ouvrage et celui de ['Avertissement sont entre nos mains.

1 II U'availla à cet ouvrage les 19 mai 1703; 1, 10, 15, 22, 23. 21 et 29 juin 1703; 2, .3, 4, 5, 6, 7, 11, 13, 26, 27 et 29 juillet 1703; le l.er août de U même année. Ce:) jours-lè, il s*en occupait seulement dnns la matinée.

Nous avons indiqué les jours où Bossuet a travaillé à cet ouvrage, pour prouver qu*il n*a jamais été achevé. M. de Bausset en a pensé autrement, et A accusé Tabbé Lequeux et D. D'foris d*avoir détruit ce prétemlu ouvrage. On peut voir la réfutation que noua avons faitn de^ accusations de M. de Baustet dans notre édition des Mémoires de Tabbé Le Dieu sur la vie et les ouvrages de Bossuet.

* liëmoires du duc de SainUSimon, t tr, eh. 13, édit. du marquis de

OB L'éfiUSB DB FRANCI. SU

« ftifloieiit honte à Tâge moyen et robuste des évèques, des docteurs et des savants les plus instruils et les plus laborieux. »

Nous pourrions nous éleudre davantage sur les œuvres de Bossuety mais nous en avons déjà parlé ^ ; d'ailleurs^ ses ouvrages sont autant de monuments qu'il faut lire et admirer par soi-même. Nous n'indiquerons donc plus que ses lettres de direction, qui ne nous semblent pas assez généralement connues. Ou peut les considérer comme un coars de spiritualité, et nous n'hésitons pas à dire que nous ne trouvons rien de plus parfait, de plus exact, de plus pieux dans les lettres des Pères de l'Eglise '. On a dit quelquefois, à propos des discussions sur le Quiétisme, que Bossuet ne connaissait pas les mystiques, et Fénélon a eu la faiblesse d'exprimer cette pensée. 11 est difGcile de comprendre comment Bossuet, nourri de rtcriture-Sainte et des Pères, de saint Bernard en particulier, n'aurait pas eu de grandes lumières sur la théologie mystique; mais ses lettres de direction sont là pour répondre à ceux qui auraient encore ce préjugé. H n'y a qu'un saint et un théologien de premier ordre qui ait pu écrire ces lettres, si clignes des Méditatùms sur l'Evangile, des Élévations sur les mystères y et de ces belles Prières qu'il fil imprimer avec son Catéchisme pour ses diocésains.

Les Jésuites craignaient tellement Bossuet, qu'ils dissimulaient devant lui leurs opinions les plus chères, dans la crainte de l'avoir pour antagoniste. Nous avons vu que, pour l'engager à se prononcer contre le Cas de Conscience, ils avaient affecté de ne soutenir que son opinion et avaient laissé croire qu'ils n'admettaient pas le sjstème de l'infaillibilité de l'Église dans la décision des faits dogmatiques; lorsque Fénélon eut publié son instruction pastorale, dans laquelle il soutenait ce système, ils l'exaltèrent conmie une

* r. t. X de VHiitoire de VÉglUe de France, ad fin.

* Bossuet eut une correspondance spirituelle avec plusieurs religieuses de un diocèse, et surtout avec la sœur Ck>muau, femme distÎDguée et très capable. Cette religieuse avait été mariée, et elle n*eDtra au couvent qu*après U mort de son mari. Ayant eu des épreuves intérieures à supporter, elle connlta Bossuet, qui lui répondit avec une piété et une délicatesse admirables. On faisait îirv au chœur du couvent de la Visitation do Meaux les leUres •lirituelles de Bossuet. La Bibliothèque impériale possède la copie faite pour ce choBur. Après la mort de Bossuet, le cardinal de Noailles demanda une copie des mêmes lettres, qui lui fut envoyée. La Bibliothèque possède aussi celle copie. F. les t. xxxi et xxxii des ross, de Bossuet, Suppl. franc..

œavM «nUimc ; mais a'yaiit apjH-ii que Bouuet avait été avtrti qu'ils l'avaient fait lire pubtiquement dam leur maison profeue, 1« P.MartJneau, confeKeurduducde Bourgogne et lupériear dccette maison, s'était liftté d'aller trouver l'évéque de Meaux, pour nier ce qu'on lui avait rapporté. L'abbé Le Dieu, qui raconte ce fait *, ajoute : a Je ne m';^ lie pas ; ces Pères savent trop bien déguiser quand tes temps le demandent. » L'évéque d'Apt, leur humble wrriteur, prélat aussi hardi qu'ignorant, dit d'Aguesseau », réclamait, dauE son mandement, l'infaillibilité non-seulement pour l'Élise, mais pour le pape, et non-seulcment dans les faits d(^matiques, mais en matière civile *,

Les Jésuites cherchèrent h enlratner l'épiscopat français et le Saint-Si^e lui-même dans cette voie désastreuse où ils marchaient eux-mêmes.

Voici un extrait de la censure de l'évéque d'Apt :

Après avoir parlé, la larme à Ccril, de la signature des quarante docteurs, il ajoute :

a N'ont'ils pas lu dans l'Écriture que, lorsqu'une aflaire étoil embrouillée et qu'il étoil difficile de discerner entre la cauêe et la eauie, te sang el le tang, la lèpre et la lèpre, on étoit obligé de s'adresser aux prêtres de la synagogue et à celui qui étoit à leur léte, et à s'en tenir à 3on jugement, qui étoit toujours selon la ju^ tice et la vérité, sans se détourner ni à droite ni à gauche, tous peine d'être puni de mort. Or, le souverain pontife des Juifs ne pouvoit errer dans les jugements qu'il portoil sur un homme qu'on soupçonnoit avoir la lèpre ou être honu'cide (fait par el timpte gui n'a que très peu de rapport avec le droit), à plus forte raison le chef de l'tigliae doit jouir de la même prérogative sur une matière où l'un est inséparable de l'autre. »

Tout est de cette force dans la ccnsun- que les Jésuites avaient composée pourleièque d'Api. Il veut que le pontife des Juifa ait été infaillible sur toutes les questions qui devaient être portées à son tribunal, et il conclut de son principe que le pape n bien plus de pouvoir encore que lui sur toutes ces qiri^slinns, puisque l'iïglise chrétienne est supérieure à la synagogue.

1 Journal de l'abljd Le Diou, 2Sm«rs 1701.

* D'AgumNUi Hdffloira nr les affairée de l'Église de FrtQM.

' V. la Censure de t'ivflqiic d'Apt, en dali' du 1 février 1701.

DB L*à6tltK DS FRANCE.

ATtt une pureille méibode, on peut arriver à de» eonduilom

merveilleuses.

Le bref du pape n'avait pas produit Teffet qu'en attendaient les Jésuites. Le roi l'avait envoyé aux évéques, parce qu'on n'avait pat d'abord osé demander au Parlement un enregistrement qui eût été refusé. On crut que la lettre du roi suffirait pour lui douner un ctraclère légal. Le P. de La Chaise le déclara et quelques évéques le publièrent; mais leurs mandements ayant été supprimés par les parlements^ comme nous l'avons dit, l'évéque de Chartres essaya, par l'entremise de madame de Maintenon, d'obtenir des lettrespatentes pour l'enregistrement. Malgré tout son crédit et toutes les voiesobliques qu'il crut devoir prendre^ il échoua. Les efforts du nonce n'eurent pas plus de succès^ Les évéques s'étaient en outre diviiés d'opinion touchant le Cas de Conscience, et n'avaient pas cro, sur un simple bref qui ne décidait rien, devoir adopter les opinions que les ennemis de Port- Royal voulaient répandre; si plusieurs d'entre eux avaient tonné contre le Cas de Conscience et i avaient dépeint comme un libelle affreux, plein d'hérésie et de rébellion, un grand nombre en avaient parlé d'une manière si générale, qu'il était facile de s'apercevoir qu'ils parlaient unique* ment pour ne pas se faire remarquer par leur silence.

Pour le fond de la question principale, c'est-à-dire sur l'autorité <le râglise dans les faits dogmatiques, les évéques n'étaient pas looins divisés. Les évéques de Sarlat, du Mans et de La Hochelle s'étaient rangés à l'opinion de celui d'Apt et de Fénélon, qui soutenaient l'infaillibilité. L'archevêque d'Arles et l'évéque de Noyon avaient embrassé l'opinion de Tarcbevéque de Paris sur la soumission intérieure à la décision de TËglisc, tout en ne reconnaissant |)as son infaillibilité dans les faits non révélés. L'archevêque de Vienne, les évéques de Poitiers, d'Angers, de Marseille s'étaient rattachés à l'évéque de Chartres et distinguaient, dans les faits non révélés, ceux qui éiaieni personmh et ceux qui étaient doctrinaux ott dogmatiques ; ils affirmaient que, sur ces derniers, l'Église ne |)eot se tromper; qu'il faut^ par conséquent, avoir une croyance intérieure à sa décision, mais non une foi divine.

Cette opinion se distingue de la première en ce qu'on n'y admet pas une infaillibilité semblable pour les dogmes et pour les faits dogmatiques, ni, par conséquent, une foi divine; elle se distingue

* n^AgiK^meau, Méinoirae sur les aflàires de TÉglise ds Franw.

de la seconde en ce qu'eUe admet une infaîllibilité que Pautre repousse formellement.

La plupart des évéques en France se rangèrent à Tune de ces trois opinions.

Quelques-uns cependant restèrent neutres comme ceux de Vence et de Coutances, qui ne condamnèrent le Cas de Conscience que comme un écrit tbéologique répandu dans leurs diocèses sans la permission de l'Ordinaire.

Il serait difficile de trouver aujourd'hui tous les mandements qui furent alors publiés, et de faire une statistique exacte de ces diverses opinions. Ce que nous avons dit suffira pour convaincre qu'il y eut, relativement aux faits dogmatiques^ une étrange confusion dans les opinions des évéques.

Nous avons dû remarquer^ dans l'histoire de la paix de Clément IX^ qu'en 1669 la presque unanimité des évéques français avaient une opinion différente des trois que nous avons exposées, et qu'ils n'accordaient aux décisions de l'Eglise sur les faits dogmatiques que le respect et le silence.

On comprend que nous ne devons, en histoire, que constater ces faits, sans entamer de polémique contre telle ou telle opinion. Cependant, on ne lira pas sans intérêt quelques extraits d'une lettre écrite à Fénélon par l'évéque de Saint-Pons, le seul qui restât des évéques qui s'étaient joints, en 1667, à Félix Vialart pour écrire au pape en laveur des quatre évéques d'Aleth, de Pamiers, de Beauvais et d'Angers.

a Je ne romprois pas, dit-il S pour moi seul le silence que j'ai gardé durant quarante ans sur les matières du Jansénisme, afin de maintenir mon diocèse dans une paix dont il jouit encore ; mais je me crois obligé de rendre témoignage à la vérité, s'agissant de l'honneur et de la réputation de vingt-deux évéques, dont la plupart m'honorèrent d'une amitié particulière.

» J'ai souvent été outragé par toutes sortes de gens sur le Jansénisme sans que j'aie voulu rien répondre ; mais votre personne^ Monseigneur, votre réputation et votre piété sont trop considérables pour pouvoir négliger ce qui vient de vous.

» Ce ne seroit rien, Monseigneur, et peut-être ne vous fatîguerois-je point par la lecture de cette lettre, si vos instructions (selon

^ V^ Lettre de Tévèque de Saiot-Poos à 11. Tarchevèque de Cambrai.

DE L*éOLISB DB PB4NCK. 325

t'extrait que j'en ai reçu et que je souhailerois n'être pas fidèle) ne Dous représentoient^ en difTéreuts endroits^ que comme des gens peu éclairés « qui ont suivi des opinions absurdes et contra- » dictoires, qui n'ont pas entendu les termes des bulles des papes, » qui n'ont point démêlé l'équivoque du terme du fait, n^ayant » point vu la différence qu'il y a entre les faits personnels et partia ailiers qui arrivent de jour en jour et les textes dogmatiques, » non plus que les conséquences affreuses des principes » contenus dans les lettres que nous avons signées. Mais nous représentant comme « coupables de la duplicité la plus odieuse qu'on puisse » imaginer et des artifices les plus scandaleux ; comme ayant fait » un jeu de notre propre serment ; rendu incertains tous les textes » adoptés on anathématisés par TÉglise ; renversé les symboles, les «canons anciens et nouveaux, et^ par conséquent TEcriture- » Sainte ; » je me flatte que vous me saurez bon gré si je vous fais connoitre qu'on vous a surpris...

» Ces évoques, je ne parle que de vingt-deux (car je n'ai garde de me mettre dans leur rang,) étoient pourtant révérés dans ri> glise, durant leur vie, comme l'ornement de l'Église de France, ei plusieurs d'entre eux sont bonorés, après leur mort, comme des saints dont les cendres mériteroient d'être mises sons les autels. Feu M. l'évéque de Tournai, Du Plessis-Praslin^ dont le diocèse est voisin du vôtre, a eu beaucoup de part dans cette affaire et dans les lettres dont il s'agit, lorsqu'il étoit évêque de Gomminge. il étoit si éclairé et si estimé, qu'on disoit de lui, avec raison, qu'il feroit honneur à un concile oecuménique s'il y présidoit, qu'il aroit toutes les qualités d'un parfaitement honnête homme et d'un grand évêque, et qu'il n'en avoit point de mauvaise.

» On attaqua, à la vérité, le rituel de M. l'évéque d'Aleth; mais ne venant alors que de mourir, il semble qu'on puisse dire que son ombre dissipa bientôt les projets qu'on avoit faits ; feu Af . l'évéque de Toulon comprit, par quelques réflexions qu'on lui fit faire \ le pea de solidité qu'il y avoit dans les mémoires qu'on hii avoit don* ni's contre la doctrine de ce saint prélat...

» Quant à ce qu'il paroît que vous croyez que le clergé de France étoit, pour lors, dans la même disposition qu'il est à présent sur ces affaires, je dois vous assurer que la plupart des prélats du

* Nou9 avons donné précédemment une partie de la lettre de l*évèquc de Saim-Pons à IVv^ue de Toulon, ù propos du Rituel d*A1eth.

il. 15

royaume étuient indignés du procéda qu'on tenoït coetre les qu&tre ér^ues, pei'snadé» qu'on leur ctierchoil une quereHe de gaieté de cœur pour les faire déposer. Nous disons hardiment dans nos letlict qne notre genlimenl éloit celui de loule l'Ëgiise de France...

■ Votre politesse, Monseigneur, et »otre charité \ousfonl cberrher des moyens pour mettre à couvert les personnes des dix-neuf évéques. He tout ce que vous dites contre ce qu'ils ont fait, vous >oudriez inférer que nous étions ou que noua pouvions être dans les teoliments que vous exposez, soit pour nous excuser effiectÎTeinenl, soit, alin que le public puisse au moins nous croire eze»sables. Mais je vous supplie, Monseigneur, de souffrir que je fisse un désaveu solennel, pour mes vingt-deux confrères et poar moi, de ce que votre charité a pensé et mis en avant pour dintïnoer la prétendue faute que nous aurions faite en nous laûsanl surprendre. »

Dans le resle de sa lettre, l'évéque de Saint-Pons traite la question doctrinale des faits dt^matiques, et démontre à Fénék» ifue sa distinction des faits personnels et des faits doctrinaux es( chimérique et qu'elle a toujours été considérée ainsi; ou il s'agit, dans tes faits doctrinaux, de la doctrine elle-même, ou du seM de l'auteur. S'il s'ugii de la doctrine, tout le monde est d'acewil, l'Église peut en ji^r infailliblement; s'il s'agit du sens de l'auteur, la question doctrinale devient par là même un fait personne), sur lequel, d'après Pénélon lui-même, l'Église n'eet pas infaillible; la distinction de l'archevêque de Cambrai, à l'aide de laquelle I) cherche à établir l'infaillibilité dans les faits dogmatiques, est doac illusoire ; c'est un jeu d'esprit qui n'a pour lui ni la logique ni la tradition cillialique. Tel est le sens de la lettre du véomble évoque de Saint-l'ons. Il résume ainsi les faits qu'il avait exposéi:

M Ces faits sont. Monseigneur, que les quatre évéqnes n'ont usé d'aucune mauvaise foi dans leur accommodement ; qu'il n'y a eu rien de caché au pape et au roi de ce qui éloit contenu dans les procès verbaux, rien d'équivoque ni de forcé, ni de contraire au respect dû au Saint-Siège et à la majesté royale dans les lettres des dix-neuf évéques; que, durant ces contestations, la doctrine de l'Ëglise de France sur la soumission due aux faits non révélés éloit presque uniforme, et que les différentes expressions se réduisoieni quasi toutes au silence respectueux; en sorte que, si on faisoit aujourd'hui uue hérésie du contraire, tous les évéques qui pafsr>ri-nl ei r'inii'ut véritablemenl catholiques dans le temps des ron-

DK l/KGLISK DC FRANCE. 2^7

tesfations, quoiqu'ils soutinssent avec force la suffisance du silence respectueux, deviendroîent à présont hérétiques en demeurant dans le même sentiment. »

L'opinion de Fénélon fut vivement attaquée dans plusieurs écrits fort solides; on lui opposa les raisonnements les plus concluants; on le mit en opposition directe avec des théologiens dont il ne pouvait récuser Tautorité, tels que les cardinaux de Turrecremala, Baronins^ Bellarmin ; du Jésuite Petau, du docteur Pirot et d^un grand nombre d'autres théologiens qui avaient soutenu l'opinion diamétralement opposée à la sienne. L*archevéque de Cambrai essaya d'échapper à ces preuves et à ces témoignages, au moyen de la distinction des textes doctrinaux et des faits personnels; ma» on le poursuivit dans ses retranchements avec vigueur, en lui démontrant Tinutilité de sa distinction, puisqu'il ne peut s'agir, dans les textes doctrinaux, que de la doctrine elle-même ou du sens de l'auteur; s'il s'agit du sens de l'auteur, la question devient personnelle; s'il s'agit de la doctrine, la question est purement doC'^ irinale, et alors tous les Catholiques sont d'accord, comme nous l'avons observé. L'évéque de Sains-Pons lui adressa sur ces divers points deux autres lettres, qui forment tout un livre, et dans lesquelles il combat la réponse que Fénélon avait faite à la première ^ n soutint la même doctrine dans l'assemblée provinciale de Narbonne, qui précéda l'assemblée générale de 1705'.

Cette polémique et les dissidences qui existaient parmi les évêqnes au sujet de l'autorité de l'Église dans la décision des faits dogmatiques, firent comprendre aux Jésuites que le bref du 12 février 1703 ne suffirait pas pour arriver au but qu'ils se proposaient. Le pape, en effet, se contentait d'y condamner le Cas de Conscience d'une manière générale, sans se prononcer ouvertement sur la question en litige. On négocia donc pour obtenir de Rome une bulle dans toutes les formes. Clément XI fit d'abord quelque difficulté; il n'était pas content de la manière dont son bref avait été reçu, et l'affectation que l'on mettait, on Franco, è vouloir que les

* Les lettres de l'évéque ds Saint-Poos furent roues à l'Indeï ; mais on ne put les réfuter. Parmi les ouvrages composés contre Fénélon, nous indiquerons les Éclaireitsements sur t Ordonnance de M. de Cambrai,

Les Lettres et Instructions de Fénélon se trouvent dans les diverses collectifiDS de ses enivres.

* D'Agiiepseau, Mémoires sur les affaires de T^^^lise de France.

actes pontificaux fussent adoptés par les évéques, ramme jugeant lie la foi avec le pape, lui semblait une prétention exorbitante el une humiliation pour sa dignilc. Pour le décitler, on eut recours au grand moyen, c'est-à-dire à rinter\'enlion de la puissance royale. L'évéque de Chartres se mil à la l^te de la cat>ale des Sulpiciens et des Jésuites '. Madame de Maiulenoii était à ses ordres, et cette dame avait une influence toute puissante sur le roi d'Espagne, pelit-tils de Louis \iV. Elle lui lit donc écrire au pape une lettre, dans laquelle il priait Sa Sainteté de définir ce qu'il fallait croire sur l'autorité de l'tglise par rapport aux faits dogmatiques. On se dcmandepourquot intervenait le roi d'Espagne, dans le royaumeduquel l'on ne s'occupait pas du Cas de Conscrence. C'est qu'on voulait avoir l'influence d'un roi auprès du pape, et on n'était pas certain d'obtenir celle de Louis XIV, qui avait encore confiance dans l'archevêque de Paris. Ou n'est pas d'accoi'd sur les démarches de Louis XIV en cette circonstance; cependant, on ne peut douter qu'il.n'ait donné son const-ntemenl à tout ce qui fut fait. L'année 170i se passa en négociations avec la cour «le Rome pour obtenir la nouvelle constitution *.

Alin d'obtenir plus sûrement une bulle fort claire, on dénonça au pape deux propositions, dont voici le sens: 1" Le silence respectueux suffit pour obéir aux coustitulious des papes louchant ie l'ait de Janseuius ; 2° on peut signer le formulaire d'Alexandre Vil purement et simpleineul sans croire que le livre de Jansenius soit hérétique.

Le cardinal de Janson, qui était chargé, il Borne, des affaires ecclésiastiques de France, reçut des ordres secrets pour agir auprès du pape et obtenir la condamnation de ces deux propositions.

Le pape nomma une commission de sept théologiens pour \et examiner,

iNoiis n'entrerons point dans le détail des intrigues et des pourparlers qui eurent lieu pour obtenir la bulle. Touchant le point délicat de l'acceptation épiscopale, Janson assura à Clément XI que les évéqiies français ne s'écarteraient point du respect qui était dû ù sa dignilc. Pour ne pas rencontrer d'obstacle au Parlement, on envoya an phancelier le projet de la bulle; ce projet fut eom-

'= (ie l'S alise ie Franc

muniqué au premier président et à d'Aguesseau \ qui n'y trouvèrent rien de contraire aux libertés de l'Ëglise gallicane.

EnRn^ie i7juillet 1705^ la bulle futaffichéeàRome.EUecommence par ces mots : Vineam Domini Sahaoth. Clément XI y condamne les deux propositions dénoncées^ et décide qu'il faut avoir une wimisiion intérieure pour les décisions de l'Église touchant les faits dogmatiques^ et que signer le formulaire sans cette soumission intérieure n'est pas remplir le devoir d'obéissance dû à l'Église.

Cette dernière décision condamnait évidemment les restrictiont; mentales, si chères aux Jésuites; la première ne consacrait pas leur système de la foi divine et de Tinfaillibilité de l'Église sur les faits non révélés. Clément XI évita^ dans sa bulle^ de soulever cette question. L'opinion de Bossuet était seule imposée comme obligatoire par la bulle ; Fénélon et les Jésuites ne pouvaient la revendiquer en leur faveur; ils le firent cependant^ et s'efforcèrent de faire croire qu'ils avaient gagné une victoire éclatante. On répondit à leurs chants de triomphe par des écrits théologiques^ auxquels ils répondirent par des injures et des déclamations^ selon leur habitude*.

Le nonce^ ayant reçu la bulle du pape, la remit au roi avec un bref; Louis XIV l'envoya à l'assemblée du clergé qui se tenait alors •, et à laquelle il écrivit pour l'engager à recevoir la constitution pontificale.

Le cardinal de Noailles, qui présidait, nomma une commission pour eu faire le rapport à l'assemblée. Sur l'ordre du roi, il en exclut Colbert, évêque de Montpellier, qu'il avait d'abord désigné. Noaiiies lit, au commencement de cette séance, un discours assez long, dans lequel il se plaignit de quelques évéques de France qui, dans leurs instructions pastorales touchant le Cas de Conscience, avaient passé les bornes. Il désignai en particulier celle de Fénélon comme exagérée. Il combattit le sentiment de ceux qui, comme cet archevêque, exigeaient pour les faits une croyance de foi divine,

* D^Aguesseau, Mémoires sur les affaires de i^Ëglise de France.

^ On trouve une partie des ouvrages qui furent alors publiés dans THistoire <hi Cas de 0>nscieiice. V. U. les &lémoires du P. D*Avrigny, ann. 1705.

' Prooès-verbal de rassemblée du Clergé de 1705 ; D'Aguesseau, Mémoirrs sur les affaires de TÉgliae de France; EHies Du Pin, Bist. ëccl. du xvii.« âècle, t. IV ; Hist. du Cas de Conscience, t. vu et viii; D'Avrigny, Mém chron., ann. 1705. .

HMTOIRI

et il Ut obëerver que le pape, dans sa constitutiou, ne lowbait poinl dans celte erreur, et ne réclamait pas pour TÉglise une iufail- Ubilité qui ne lui appartenait pas. Le 21 août, Tarchevéque de Rouen^ président de la commission, lit le rapport; il conclut à l'acceptation de la bulle^ après avoir état>li que les évéques ont, de droit divin, le pouvoir de juger de la doctrine avec le pape, et que les bulles des papes ne peuvent obliger qu'après avoir été reçues par répttcopat pwr voie de jugement. L'assemblée adhéra à ces maximes et reçut la constitution de Clément XI. Un député du second ordre ayant proposé d'adopter un formulaire pour la ttgnature de cette constitution, aucun autre membre de l'assemblée ne soutint cette proposition. L'assemblée écrivit au pape pour le remercia de sa bulle, et adressa à tous les évéques de France use lettre circulaire, avec un modèle de mandement pour Faoceptation.

En conséquence d'une lettre de cachet du 30 août, la Faculté de théologie accepta la même bulle. L'amiée précédente, elle avait témoigné beaucoup de zèle contre le Cas de Conscience, en prononçant rexchision des docteurs Petit-Pied et De Lan, », dam le délai d'un mois, ils n'avaient pas rétracté leur signature. De Lan céda, mais Petit-Pied tint ferme, tout en protestant qu'il admettait les constitutions des papes contre le Janséoiemc, et que s'il ne rétractait pas sa signature, c'était uniquement dans U crainte de reconnaître par là l'infaillibilité de l'Eglise dans les questions de fait'.

Le 31 août, Louis XIV ex|)édia ses lettres-patentes, pour l'enregistrement et la publication de la constitution pontilieale par le Parlement. Ces lettres avaient été rédigées par d'Aguesseau. Le roi recommanda instamment de mettre de la bonne volonté dans l'enregistrement, afm de satisfaire le pape qui, dans toute cette affaire, s'était montré si prévenant pour le roi. La bulle fut donc enregistrée, seulement avec la réserve générale des droits de la couronne et des libertés de l'Église gallicane. Pour donner uue leçon à l'assemblée du clergé, qui avait donné à entendre qu'elle considérait son acceptation comme faite au nom de tout le clergé, le Parlement inséra, dans son arrêt, que le roi serait prié d'envoyer la bulle à tous les évéques et archevêques, a atin que l'acceptation qu'ils en feront et la publication qui en sera faite dans leurs diocèaes, en

* IVAguc!^^cau, Mémoires sur les affaircî? de l'Eglise de Frtnre.

DK L BttUSE DK FRANCE. 231

exéeitlkn de Jeurs mandements^ puisse attirer robéissance qui est dse à kdite constitution. »

£n coQséi|uence de cet arrêt, Louis XIV envoya la bulle à tous Jeséréqnes, avec une lettre de cachet pour son acceptation.

Avant de se séparer, rassemblée du clergé fut vivement agitée. Les esprits s'aigrissaient les uns contre les autres ; plusieurs blâmaient le discours de NoaQIes sur la constitution, et quelques phrases du rapport de Tarchevéque de Rouen. Ces récriminations io^iirèrent des craintes aux deux prélats, qui jugèrent à propos de ne pas insérer dans le procès-verbal ce qui était sujet à discussion. D'antres requéraient l'insertion ' de ces pièces, conformément à l'oftge; ils ne purent obtenir ce qu'ils demandaient, et plusieurs dqmtés se retirèrent sans avoir signé le procès-verbal.

« A peine l'assemblée fut-elle séparée, dit d'Aguesseau % que l'on vit éclater les plaintes de deux sortes de personnes contre ce qui s'y étoit passé dans l'acceptation de la bulle. Les plus zélés aoti-JaBsénistes voulurent trouver, soit dans l'acceptation de la constitution, soit dans le modèle du mandement uniforme, un dessein cadié de favoriser les noivateurs, et de leur fournir des prétextes spécieux pour éluder les foudres de l'Église, tant de fois laneées contre le Jansénisme.

B ils répandoient, dans tout le public, que ce n'étoit pas sans mystère qu'on avoH dit, dans le résultat de la commission dont l'assemblée avoit approuvé les maximes, que les constitutions des papes contre les hérétiques obligent toute l'Église lorsqu'elles sont acceptées par le corps des pasteurs ; qu'on avoit voulu insinuer par la qu'il £alloit que l'Élise assemblée et ne composant qu'un seul corps, eût accepté de semblables constitutions pour leur imprimer le caractère de loi, et que ce dessein paraissoit d'autant plus visiblement, que, dans le modèle du mandement uniforme, on avoit ajouté que les constitations des papes sur le Jansénisme dévoient être regardées comme le jugement et la loi de toute l'Église, ofrèi Vaceept€UUm solennelle qui en m oit été faite par le corps des pa9ieurê ; qu'il n'en falloit pas davantage pour renouveler tontes les erreurs de Jansenius, et pour mettre en sûreté tous ceux qui voudroient les renouveler, puisqu'ils ne manqueroient pas âo, ire, d'un côté, qu'il étoit constant, dans le fait, que le corps des pasteurs n'a\oit pas accepté solennellement les constitutions des

* D*Aguesseau, Mémoires sur les affaires do rÉgliso de France.

(japea ; et, àe l'iiiili'c, qu'il n'étoU pus moiuit cerlaîri, dans le droii. suivant les maximes du clergé de France, que de semblables con»tilutions n'obligeoient tous les fidèles que lorsqu'elles auroient éii acceptées EolennellemeDl par le corps des pasteurs; d'oiiies Jansénistes, meilleurs dialecticiens que Ihéologiens, se croiroienl ni droit de conclure qu'il n'y avoit encore rien de décidé contre eux d'une manière qui obligeai tous les fidèles à s'y soumettre; et voilà, disoit-on, à quoi se réduiront plus de cinquante ans de peines cl du travaux, que l'on a employées à étoulTer cette hérésie naissante. La délibération du clen;é de France ellace et anéantit, par un seul mot, tout ce qui s'est fait pendant tant d'années, et, rele\anl l'espérance d'un parti qui alloit recevoir le coup mortel, remet l'Ëglise dans un état encore plus fâcheux qu'elle n'étoit au commencement des disputes. »

Telle était à peu près ta substance d'un écrit qui fut, dil-oii, composé par un Sulpicien, el présenté au cardinal de Noaillesacn' un appareil de douleur et d'inquiélttde dont ce prélat De fut paï fort touché '.

I^ cour de Rome ' faisait, de son càté, les plaintes les plus vivo sur le procédé du clergé de France ; elle rappelait la promesse du cardinal de Junson, que tout se passerait d'une manière dont le pape serait satisfait. Le pape, disait-on, n'a donné sa bulle qu'aux sollicitations de la France, et à la condition que les évéques n'agiraient pas comme dans l'acceptation du bref dirigé contre le liviï des Maximes des Saints; un l'avjiit promis, et on n'a rien tenu, les évéques, qui n'ont qu'à écouter lorsque le souverain pontife parle, ont prétendu juger avec lui, et donner, par leur adhésion à la bulle du pape, une autorité qu'elle n'avait pas par elle-même; ce procédé est un acte de désobéissance et une injure envers le chef de l'Église.

Le pape ne reçut donc qu'avec indignation la lettre que lui adressa l'assemblée pour l'assurer de sa soumission et de son respect. Il ne répondit pas d'abord à celte lettre ; mais on vil, bientôt après, éclater ?on ressentiment autrement que par le silence. Le nonce Guallerio reçut deux brefs, l'un pour le roi, l'autre pour l'assemblée du clergé; dans ces deux pièces, Clément XI se plaignait amèrement du procédé du clergé à l'égard de la bulle. Gual-

' IVAguesaesu, op. al.

1>K l/K<;Ll9e DE FRANOÎ. *i33

tfrio Irouvatt ces plaintes intempestives^ et il obtint J 'autorisation de se décharger sur le successeur qu'on devait lui donner, de la mission pénible de remettre ces brefs. Ce ne fut donc qu'en 1707 que le nouveau nonce présenta au cardinal de Noailles le bref destiné à rassemblée. Noailles fît observer que l'assemblée n'existait plus, que ses pouvoirs de président avaient expiré avec elle, et qu'il ne pouvait, par conséquent, recevoir le bref. Cet échec lit comprendre au nonce qu'il serait peu prudent à lui de présenter à Louis XIV le bref qui lui était destiné. Il n'en parla donc point officiellement; mais tout le monde sut bientôt qu'il existait. Quelque temps après, il fut imprimé en latin et en français. On soupçonna le nonce de celte impression frauduleuse, et les gens du roi demandèrent l'autorisation de poursuivre par-devant le Parlement la pièce illégale qui circulait dans Paris. Le roi hésita, ne permit la poursuite que sous toutes réserves, dans la crainte de rompre les mesures que l'on prenait secrètement pour apaiser le pape. L'arrêt ne fut donc rendu contre le bref qu'à la condition qu'il ne serait pas publié. L'abbé de Polignac, auditeur de Rote, avait été chargé de travailler à adoucir le pape ; cette mission lui avait été confiée parle cardinal de La Trémoiile, qui avait remplacé le cardinal de Janson comme ministre du roi à Rome ; Polignac devait s'entendre, pour arriver à son but, avec Fabroni, prélat romain, ennemi du cardinal de Noailles. Le diplomate français fit tous ses efforts pour justifier le procédé de Louis XIV et adoucir ce que les maximes du clergé de France pouvaient avoir d'amer pour le pape. Le cardinal de Noailles, par ordre du roi, travailla dans le même sens, et adressa à Rome un mémoire qui devait satisfaire tous autres que des prélats romains. Cependant, il y avait inséré quelques préservatifs contre les abus que la cour de Rome pourrait faire de ce qu'il disait de favorable à ses prétentions. Le pape et Fabroni se montrèrent assez satisfaits des explications de Noailles et de Polignac ; ils faisaient espérer que l'accommodement serait bientôt conclu, si Noailles écrivait au pape une lettre dans laquelle il mettrait ce qui^ dans son mémoire, était favorable aux prétentions ultramontaines, sans rien dire des préservatifs qu'il avait cru devoir mettre dans ce mémoire.

Pendant qu'on attendait cette lettre à Rome ', un moine obscur et inconnu vint dénoncer à Tlnquisition le Nouveau-Testament du

* D^Aguesseau, Mémoires sur les affaires de TÉglise de France.

^ HlïTOIttll

P. Quesuel, qu'll^ait approuvé le cardinal de >oaill««. L'abbé de Polig^c l'ajaul apprit, alla l^ou^cr Fabroni el lui fil ob&ener que la condamuation de ce livre, dans lea circoDstaoces présentei, seraJl fort impolitique ; que le cardinal de Noailles la coniùdérerait comme une insulte; qu'il n'enverrail pas alors à Rome la lettre qu'on lui demandait, et que les négociations pour l'accoiomodemenl seraient rompues. Fabroni lui promit que le livre de Quesuel ne serait pas condamné ; « s'il l'étoît, ajoula-l-il, on aura soin d'a\ertit que les erreurs de cet écrivain éloient dissimulées avec tau! d'art, qu'il a fallu qu'il se Irahil lui-niéine par des écrits postéricurs pour qu'où en découvrit Je vcnlu. Ainsi, l'ouvrage pourra être condamné sans que l'approbation du cardinal de Noailles soil atteinte. » Pendant ces pourparlers, Noailles adressai! à Rome la lettre qu'on lui avail demandée (1708); sans entrer dans les considérations de son mémoire qui avaient déplu au pape, il j faisail allusion, ce qui choqua d'abord Clémcnl Xt, et surtout Fabroni; mais ce dernier fut surtout exaspéré par ces premiers mois de la lettre de Noailles, dans laquelle il crut élre désigaé : « Je n'ai pas apprb suas un profond lenlimeni de douleur que /'Aomme ennemi, elc. « Quoi! s'ccria-l-il en entendant ce mot,c'e«t donc moi qui suis le diable !» et il le devint en effet, dit le sage d'AguesBcau '. Irrilé par ce seul mot, el devenu comme furieujc, il jura qu'il a'; aurait plus de paix, el il en vinlà bout Le premier acie d'boslililé fui la condamnation du Nouveau-Testament du P. Quesnel. tie fut en vain que l'abbé de PoUgnac essaya de l'apaiser, en lui représentant que le cardinal de Noailles a'avait pu eu l'inlenlion dg le désigner par les mots qui commençaient sa lettre ; Fabroni lui répondait toujours : n Je »uis le diable, et, puisque c«la est, le P. Quesnel sera condamné acre touUi Us taticn, et le nom de l'approbateur n'y sera pas oublié. » L'abbé de Polignac voulut iousler, mais Fabroni le quilla eu répétant : Inimicui komo! inimkm kumo!

Entraîné par les conseib. \iolcnls de Fabroni, Cléuwal XI n'écouta plus que les ressentiments qu'il avail depuis plusieurs années contre le lardinol de .Noailles; nous en verrons les fruits.

Avant de continuer ce récil, nous Ac\ ons parler des persécutioni qui accoUèrent, à cette époque, l'ticole et le monastère de Porl- Koval.

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DE LÉtiUliK DS FRAXE. 235

LesJé$uilt*si ii 'avaient réellement remporté aucune victoire par la bulle Vineam Domim, Cette eonstitation ne demandait pai> d'acte de fol divine sur le fait de Jansenius ; elle ne décidait pas <)ue relise était infaillible dang la déclaration des faits non rêvé* lés; ils ne pouvaient donc légitimement traiter d'hérétiques les partisans du silence re6(>cctueux^ puisque, pour être hérétique, il faut BÎei* opiniâtrement un dogme révélé et déGni par l'autorité infaillible de l'Église ; ils ne pouvaient même donner k la bulle un sens différent de celui qu'elle avait en effet, sans imprimer une Oétriwure au Saint-Siège; car si la bulle de Clément XI eût consacré le système des Jésuites sur l'infaillibilité du pape dans la déclaration des faits dogmatiques, il eût non-seulement condamné tous les théologiens catholiques, mais ses prédéccssurs eux-mêmes, et en particulier Clément IX et Innocent XII. Or, n'est-ce pas flétrir te Saint*-Siége lui-même que de mettre les papes eu contra* diction avec euzHnêmes? Mais, nous l'avons dit déjà, les Jésuites n'épargnent que les papes qui leur sont soumis, et ils mettent l'honneur du Saint-Siège bien au-dessous de Tintérét de leur Compa* fmie.

Appuyés sur le sens erroné qu'ils donnaient à la bulle Vineam Ikmini, les Jésuites improvisèrent tout à coup des hérétiques et excitèrent contre eux la colère du roi Louis XIV. Dans le même teoqis, le procès des Pères Quesnel et Gerberon leur fit découvrir one foule de suspects et grossir leur liste de proscription.

Le P. Quesnel ' habitait la Flandre depuis l'année 1685. Il avait vécu plusieurs années auprès d'Arnauld, et son amitié avait adouci les derniers moments de ce grand homme. Lorsque l'affaire du Cas de Conscience commença à agiter l'Église de France, il prit part à la lutte par un écrit intitulé : Lettre dtun évéque à un évéque, ou C(m8ultation sur le fameux Cas de Conscience résolu par quarante docteurs de la Faculté de théologie de Paris, Il justifie, dans cet ouvrage, la décision des quarante docteurs, et fait voir sa conformité avec l'enseignement des cvéques et des théologiens. A peine ce livre était-il imprimé que le roi d'Espagne, maitre de la Flandre, donna ordre d'arrêter l'auteur. Le bon ami des Jésuites,

I V, Causa QueàûeUiaoa; Protestation, mol il' de droit et lettres du P. Quesod; Vie mss. du P. Queenel, par D. Ctemencet; Histoire du Cab de Conscifuco : Gittsa Gerberoniana , publiée par rarcbevéque de Malines; Apologie pour D. Gabriel Gerberon.

lll«TO|RR

I archevêque de Malines^ voulut bien se charger de Texécutiou de cet ordre; son officiai, Van Susteren, reçut ses instructions^ partit pour Bruxelles avec quelques archers^ et se dirigea vers le logis de Quesnel^ qui^ alors^ était absent; Susteren arrêta un jeune homme nommé de Brigode, qui demeurait avec lui; puis il se mit à examiner tous les papiers qu'il put trouver. Pendant que rofticîal se livrait à cette honorable inquisition, le P. Quesnel rentra chez lui. On l'arrêta aussitôt et on le conduisit dans les prisons que l'archevêque possédait à Bruxelles. On saisit en même temps toutes ses lettres et ses autres papiers. Le P. Gerberon se trouvait à Bruxelles dans le même temps ; il fut aussi arrêté, et renfermé dans une prison de Tarchevêché. 11 était âgé de soixante-quinze ans et fort infirme. II pria l'archevêque de hâter son jugement et se soumit d'avance à la sentence. Il fut servi à souhait ; on le déclara, sur ses écrits et papiers, atteint et couvaincu de Jansénisme; il fut donc excommunié, et renvoyé en son abbaye pour y être corrigé. Survint alors un ordre de la cour de France, en vertu duquel on le transféra à la citadelle d'Amiens, et, de là, au donjon de Vincennes, où il resta quatre ans *.

Le P. Quesnel fut traité avec beaucoup plus de rigueur que le P. Gerberon par l'archevêque de Matines. Enfermé dans un cachot humide et obscur, il n'avait de communication avec personne, et son frère lui-même ne put obtenir la permission de le voir, même en présence de témoins. Le P. Quesnel, simple accusé, fut privé de la messe, quoique les plus grands criminels qui habitaient la même prison eussent cette faveur. Malgré toutes les précautions de roflicial, il fut délivré de sa prison, dont le mur fut percé par des hommes déterminés qui y travaillèrent pendant deux nuits. Il échappa à toutes les recherches, et les desseins de l'archevêque de Matines furent confondus.

Pour se dédommager de ce contre-temps, il fit instruire le procès du fugitif, le condamna, et dénonça à la cour de France tous ceux qui s'étaient compromis par leurs relations avec lui et dont on trouva des lettres dans ses papiers '.

1 Eu J710, il sortit de Vinceones, après avoir signé une rétractation , et mourut, en 171J, à l*abbaye de Saint-Germain-des-Prés.

2 Journal do Tabbë Le Dieu, pass. ; Histoire du Cas de Conscience; D. Glemcncct, Histoire générale de Port-Royal, F. il. plusieurs lettres et écrits du P. Qucs^nc*.

I>E L*éGLi9V DE FRANCE. âS7

Dom Tierry de Viaixne fut enfermé au donjon de Vincennes, el €on ami D. Tiroux^ Bénédictin de Saiut-Maur, fut conduit à ia Bastille ; Willart, qui prenait soin du temporel du P. Quesnel et répandait les livres de Port-Royal, fut aussi enfermé à la Bastille. Le P. Esterlin^ un des meilleurs théologiens de sou temps^ professeur et bibliothécaire de l'abbaye de Sainte-Geneviève, reçut ordre de s'éloigner de Paris à la distance de trente lieues; le motif de cette mesure était un billet où le P. Quesnel l'appelait un honnête homme et d'une bonne doctrine^ ses leçons et sa vie en étaient une bonne preuve^ et tout le monde en disait autant de lui; mais un éloge du P. Quesnel était un crime, qui devait être puni en celui qui le recevait. Godard, libraire de l'archevêque de Reims, ressentit le contre<-coup de l'emprisonnement de Quesnel et de D. Thierry. Il passait pour vendre des livres jansénistes; mais son plus grand crime était d'avoir fait imprimer les œuvres d'un savant théologien nommé Lemos. Ce théologien attaquait le Molinisme avec vigueur, et D. Thierry avait composé, pour mettre en tête de ses œuvres, une préface accablante pour les Jésuites; cette préface avait été adoucie, et le libraire avait, dit-on, entièrement détroit le travail de D. Thierry. Son crime n'en était pas moins irrémissible aux yeux des Jésuites, qui le firent mettre à la BastiUe.

Un grand nombre d'autres personnes furent inquiétées ou persécutées, à l'occasion du Cas de Conscience ou du procès du P. Quesnel.

Mais ces violences partielles ne pouvaient satisfaire la haine des Jésuites; c'est au monastère de Port-Royal lui-même qu'ils en voulaient.

Les religieuses de Port-Royal-des-Champs ' avaient joui de quelque repos après la paix de Clément IX ; l'influence de la duchesse de Longueville, qui les aimait, les protégea contre leurs ennemis; mais après la mort de cette dame, la persécution recommença. La haine que les Jésuites avaient pour Arnauld et ses amis s'étendait jusqu'à ces saintes filles, qui avaient le tort de les aimer et de vouloir pratiquer les vertus chrétiennes el religieuses sans subir le joug des bons Pères. Au moment où Arnauld était obligé de quitter la France, Harlai, archevêque de Paris, défendait aux religieuses de Port-Royal-des-Champs de recevoir des novices; en

' Y, le» diverse» Hiï^toires de Port-Rovftl,

IIItTOIIR

même temps, il leur suâciiait des embarras au moyen des reki^euse« de Port-Royal de Paris^ qui avaient akMindonné les traditions de la mère Angélique pour suivre celles des Jésuites. Nous n avons point à retracer, dans c^tte histoire, les détails de toutes les persecations qu'eut à souiTrir Port-Royal- des-Ghamps; la bulle Vineam Domini fut le prétexte de la dernière et Tocc^ision de la ruine entière de cette illustre abbaye.

Le cardinal de Noailles avait toujours protégé les religieuses de Port-Royal, et, grâce a son crédit, la défense de recevoir dea nivvices n'avait pas été exécutée. Le 17 avril 1706, il consentit à la publication de l'arrêt, sous prétexte que les religieuses avaient refusé d'accepter la bulle du pape Vineam Domini. Cette b«dte avait été, en effet, présentée à la signature des religieuses, quoique ni le pape, ni te roi, ni l'archevêque de Paris, ni i'assembUe du clergé n'eussent rien ordonné sur ce point. Les religieuses signèrent un certillcat d'acceptation et de soumission, mais avec cette clause : « sans déroger à ce qui s'est fait à la paix de l'Église sous Clément IX. » Noailles n'approuva pas cette clause ; l'abbesse lui écrivit plusieurs lettres pour la justifier; elle lui rappela l'obligation que Pérétixe, son prédécesseur, avait imposée à la coniaïunauté de ne déroger en rien à la paix conclue sous Clément IX. Si ce qu'on nous demande aujourd'hui, disait- elle, est conformée cette paix, la clause ne peut être mauvaise ; si c'est contraire à cette paix, nous ne pouvons y adhérer sans violer la promesse que nous avons faite h votre prédécesseur. Elle priait en même temps le cardinal de ne pas exiger de Port-Royal plus que ne portait son mandement. Mais la perte de Port-Hoyal était arrêtée depuis longtemps. Des l'origine des discussions, les papes, à l'instigation de« Jésuites, l'avaient demandée n Louis XIV ^, et l'occasion semblait favorable au P. Tellier, confesseur de ce roi, et aux Sulpiciena, pour mettre à exécution un projet qui leur était si cher.

On fit donc, auprès de Clément XI, des démarches pour obtenir une bulle supprimant l'abbaye de Port-Royal-des-Champs, et réunissant tous ses biens à Port-Royal de Paris. Les religieuses eu furent instruites, et se hâtèrent d'écrire au pape pour se justifier de toutes les accusations élevées contre elles. Un agent accrédité par elles défendit leur cause auprès du Saint-Siège, et Clément Xf se montra d'abord favorable. On redoubla alors d'intrigues.

* V. l'ExInil m-s. du P, Rapin, cifô dans lo x.e vo'. d* CPtt« Hlstoin».

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