‹ Histoire de l'église de FranceChapitre 15 sur 100 · DK L EGLISE DB FRANCE · texte numérisé non relu

DK L EGLISE DB FRANCE

A la fin de Tannée 1706, les religieuses de Port-Royal de Paris adressèrent une requête à Louis XIV, pour lui demander la destmetioB de Port-Royal-des-€hamps et la réunion de ses biens à leur abbaye ; en conséquence, le roi rendit, le 29 décembre, un arrêt en conseil pour ordonner la \isite des deux maisons. Voisin créatore de madame de Maintenon, fut chargé de celte visite. Il arriva à Por(-Royal-des-Champs le 19 janvier 1707.

Le 90 dn même mois, les religieuses adressèrent au roi une requête contre cet arrêt et contre la défense qui leur avait été intimée de ne plus recevoir de novices. Cette requête, comme celle qu'elles avaient adressée an pape et les nombreuses lettres qu'elles envoyaient à l'archevêque de Paris, sont autant de témoignages de la baute capacité et de la piété éclairée de ces humbles femmes. Dans cette lutte, qu'elles ont si admirablement soutenue contre Clément XI, Louis XIV et le cardinal-archevêque de Paris, elles fnrent admirables de sagesse, de modestie et de dignité. Si la raison et h vertu avaient pu avoir raison contre le despotisme aveugle, leur cause eût été gagnée ; mais elles devaient nécessairement sQceomber à la force brutale.

Les religieuses de Port-Rojal de Paris, serviles instruments du pouvoir, répondirent à la requête de l'abbaye des Champs par une deuxième supplique, semblable :\ la première qu'elles avaient déjà adressée au roi. Ce prince, qui n'avait rien à répondre à la vertu persécutée, écouta l'avarice, et révoqua l'arrêt de partage qui aA'ait eu lieu, en 1669, entre les deux monastères. Les anciennes religienees, en quittant Paris alors, avaient librement abandonné une partie de leurs biens à celles de leurs sœurs qui s'étaient séparées d'elles. La fiHe dépouillait, en 1707, la mère qui l'avait enrichie quarante ans auparavant, et n'attendait pas sa mort pour réclamer ^B héritage. Clément IX avait bien consacré par une bulle le par^ tage des biens entre les deux abbayes ; mais Clément XI se montrait ai docile aux exigences des Jésuites, qu'on se doutait bien que, pour leur être agréable, il ne ferait pas mention dtt mépris que l'on fit d'un acte 94>lennel de l'un de ses prédécesseurs.

Lotus XIV, ayant dépouillé Port-Royal-des-Champs quant au temporel, renvoya le spirituel à l'archevêque de Paris, c'est-à-dire que NoaUles fut chargé de procéder, selon les formes canoniques, à acquiescer au vœu des religieuses de Port-Royal de Pîiris, qui demandaient que le titre de Port-Royal-des-Champs fût supprimé.

Kn conséquence do sou arr^t sur le temporel, le roi ordonna que

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Ton mettrait chaque aimée sous le séquestre six mille livres de revenu de Tabbaye^ et que Ton en renverrait les bouches inutiles et tous les gens qui ne Feraient pas strictement nécessaires pour le service.

Si Louis XIY avait appliqué la même mesure à sa cour, ses fmauces eussent été en meilleur état^ et il n'eût pas eu besoin d'aceabler le peuple de si lourds impôts.

Tous les arrêts furent rendus sans que les reUgieuses eussent été entendues en leurs défenses. On ne trouvait pas nécessaire de conserver même les formes de la justice. Les religieuses opposèrent la patience et la résignation à toutes ces iniquités. « Jusqu'ici^ dit la prieure, nous n'avions pas pratiqué le vœu de pauvreté ; désormais, nous le pratiquerons, grâces à Dieu ! »

Noailles ne se pressait pas assez, au gré des religieuses de Paris, de remplir le rôle que le roi lui avait laissé, sans doute par délicatesse de conscience. Elles lui adressèrent, le 13 mars (1707), une requête dans laquelle elles reprochent à celles des Champs leur mauvaise doctrine et leur obstination à distinguer le fait du droit. Elles concluaient de là que Tabbaye de Paris, si orthodoxe, devait jouir au plus tôt des biens des hérétiques.

Les religieuses de Port-Royal des-Charaps se défendirent avec fermeté et modestie ; mais le conseil du roi rendit, par ses arrêts, toute défense inutile; le procès fut porté devant l'ofûcialité de Paris, qui n'osa se mettre en opposition avec le roi. Les biens de l'abbaye des Champs furent saisis et pillés au nom des religieuses de Paris; en même temps, le cardinal de Noailles ôtait aux religieuses des Champs leurs confesseurs, et lançait contre elles une ordonnance pour les priver des sacrements. Celles-ci en appelèrent à l'archevêque de Lyon, primat de l'archevêque de Paris, et rédigèrent de nouveaux mémoires. Sans attendre le jugement de l'archevêque de Lyon, les ennemies de Port-Royal portèrent la cause à Rome, non plus pour y faire condamner l'opposition à la bulle, mais pour obtenir une bulle de suppression.

Nous avons vu que le pape n'avait pas été d'abord défavorable aux religieuses de Port-Royal-des-Champs ; comme elles signaient la bulle Vineam Damini sans préjudice de la paix de Clément IX, et que l'on prétendait, à Rome, que cette bulle ne préjudiciait en rien ù cette paix, il s'ensuivait que la condition mise par les religieuses à leur signature était légitime ; Noailles et les Jésuites, qui la trouvaient mauvaise, fraisaient injui'e au pape, en supposant qu'il

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s'était mis, par sa bulle^ en contradiction avec celle de ses prédécesseon. On le comprit^ et l*on changea de batteries, et On agit, dit Saint-Simon *, sur le principe qu'il n'y avoit qu'un Port-Royal; que ce n'étoit que par tolérance qu'on en avoit fait deux de la même abbaye; qu'il convenoit de remettre les choses sur Tancien pied; qu'entre les deux^ il convenoit mieux de conserver celui de Paris que l'autre, qui avoit à peine de quoi subsister, situé en lieu mal sain, uniquement peuplé de quelques vieilles opiniâtres, qui, depuis tant d'années, avaient défense de recevoir personne à profession, n

On savait bien que tous ces prétextes étaient mensongers; on s'en ser?it néanmoins, et Clément XI crut devoir accorder une bulle de réunion aux instances de Louis XIV. Cette première bulle ayant élé trouvée trop favorable aux religieuses des Champs, Clément XI eu donna humblement une seconde, plus rigoureuse. Le cardinal de La Trémoille, ministre du rof à Rome, travailla avec zèle dans celte affaire. C'était un digne ministre pour d'aussi basses intrigues. Étant simple auditeur ', il avait commis à Rome des immoralités si épouvantables, qu'il fut dénoncé à l'Inquisition par sa propre sœur, la princesse des Ursins. On le fit évader. H se réconcilia ensuite avec sa sœur, qui travailla beaucoup à le faire cardinal. 11 était bossu, et d'une difformité qui n'était surpassée que par son ignorance et la bassesse de ses sentiments. Une éminence de cette espèce devait nécessairement être dévouée aux Jésuites et à leurs intrigues.

La bulle pour la suppression de Port-Royal-des-Champs et sa réunion à l'abbaye de Paris, fut enregistrée au Parlement le 9 décembre 1708. Pendant plus d'un mois, on délibéra sur la manière d'exécuter la bulle. Elle était adressée au cardinal de Noailles, qui ne voulait pas agir en simple délégué du pape, mais à titre d'ordinaire. Lorsqu'on voulut exécuter la bulle, les religieuses de Port-Roy al-des- Champs firent opposition par tous les moyens en leur pouvoir.

Ce fut dans ces circonstances que le P. de La Chaise mourut, et fut remplacé par le P. Tellier en qualité de confesseur du roi. Si nous en croyons Saint-Simon, La Chaise aurait sévi contre Por- Royal plutôt par faiblesse de caractère que par méchanceté, et iJ

< Méffloires du duc de Saint-Simon, t. vu, eh. 96. * HHd., U IV, ch. 91.

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