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» La première fois qu'il \it le roi dans son cabinet, après lui avoir été présenté^ il n*y avoit que Bloin el Fagon dans un coin. Fagon S tout \oûté et appuyé sur son bâton^ examinoit Pentrevue et la physionomie du personnage^ ses courbettes et ses propos. Le roi lui demanda s*il étoit parent de M. Le Teliier. Le Père s'anéantit : « Moi, Sire^ répondit-il^ parent de M. Le Teliier! Je suis bien j> loin de cela; je suis un pauvre paysan de la Basse-Normandie^ » où mon père étoit fermier. »
BientôtTellier fit sentir son influence peniicieuse sur Louis XiV. Son coup d'eâsai fut une persécution dirigée contre une simple femme, mademoiselle de Tours ', qui était très pauvre, mais qui avait beaucoup de mérite, d'esprit et de piété. La famille de Condé lui faisait du bien, et l'avait, pour ainsi dire, adoptée. On l'accusa d'avoir introduit le P. de La Tour auprès du prince de Conti et du prince de Condé pour les assister à la mort. C'était un crime irrémissible aux yeux du P. Teliier. Ce Jésuite fit si bien que la famille de Condé eut ordre du roi de renvoyer la pauvre fille, et aucun couvent n'osa lui ouvrir ses portes. Il fallut un ordre de la cour pour qu'elle trouvât un asile. Après quelques années, la princesse de Conti eut la permission de la reprendre chez elle. Teliier ne dissimula ni son exploit, ni le motif de la persécution qu'il avait eu la lâcheté d'exciter contre une femme sans défense. 11 croyait par là se faire craindre des ennemis des Jésuites.
Un tel personnage ne devait pas épargner Port-Royal; aussi, à peine fut-il revêtu du titre de confesseur, qu'il seconda les préjugés de Louis XIV contre la célèbre abbaye.
Avant d'exécuter la bulle, Noailles fit faire, dans les deux abbayes de Paris et des Champs, une enquête de commodo et incommoda, afin de constater que la suppression de celle des Champs était nécessaire. Ceux qui furent interrogés rendirent aux religieuses de cette dernière abbaye les témoignages les plus avantageux. Leur vertu était si universellement reconnue, que personne n'osait en dire de mal; on savait même qu'il circulait des bruits qui étaient loin d'être favorables aux persécuteurs de ces saintes liUes. On croyait y répondre en disant qu'elles étaient opiniâtres dans leurs erreurs. Pour le prouver, Noailles crut avoir trouvé un excellent moyen ; ce fut de publier la lettre que Bossuet avait écrite
* Premier médecin du roi.
* Mémoires du duc de Saint-Simon, t. vu, ch. 11.
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ponr elles à l'époque du formulaire d'Alexandre VII^ comme s'il eût Toulu rendre le grand évéque de Meaux complice des persécutions et des violences qu'on allait exercer contre la célèbre abbaye ; mais personne n'y fut trompé. On savait que Bossuet s'était toujours montré ennemi des rigueurs exercées, même contre ceux qui se déclaraient ouvertement ennemis de TÉglise ; à plus forte nison eût-il protesté contre les violences dont on ne rougissait pas d'accabler des femmes pieuses, sous le prétexte le plus vain et le plus ridicule ; Bossuet avait pu les engager à se soumettre aveuglément à la manière de voir de Péréfixe, qui était pour lui un protecteur et un ami ; mais il y avait loin de là à la persécu* tien. Noailies joignit à la lettre de Bossuet un mandement d'une faiblesse extrême, que les religieuses réduisirent en poudre dans une lettre qu'elles lui adressèrent; car, il faut l'avouer : dans ces tristes discussions, l'archevêque raisonnait comme une femme, et les religieuses écrivaient comme des docteurs en théologie.
Mais leur science ne devait pas être plus utile que leur vertu pour sauver cette abbaye. Le 11 juillet 1709, Noailies rendit, tant au nom du pape qu'au sien, un décret portant extinction du titre de Port-Roydl-des-Champs, et réunion de ses biens à Port-Royal de Paris. Ce décret fut signifié aux religieuses des Champs par un huissier du Châtelet, le 7 août. Celles-ci firent opposition par tout les moyens en leur pouvoir ; elles renouvelèrent leur appel au primat de Lyon, et firent sommation à l'official du primat de recevoir leur appel, déclarant que son refus serait considéré comme un déni de justice.
Pendant ce temps-là, l'abbesse de Paris se rendait à Port-Royaldes-Champs pour en prendre possession ; on la laissa faire ce qu'elle voulut, et l'on requit seulement de faire mention, dans son procès-verbal, de l'opposition légale que formait la communauté des Champs à cette prise de possession. Le 2 d*octobre, toute cette communauté fit signifier l'acte de cette opposition à Port-Royal de Pftris. Dix jours après, le roi, en son conseil, rendait un arrêt par lequel il ordonnait aux religieuses de Port-Royal-iles-Champs de reconnaître pour abbesse celle de Port-Royal de Paris. Dès-lors, elles abandonnèrent toutes les procédures, et ne songèrent plus qu'à souffrir avec patience les persécutions qu'elles prévoyaient.
Le P. Tellier se chargea de les conseiller au roi. Il lui dit que l'abbesse de Paris n'osait aller à l'abbaye des Champs, dans la crainte d'y trouver des obstacles à l'exercice de son autorité, et
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^fue l'on no |)oifiTRil venir à bout des religieuses bérétiquos que %\ le roi employait toute son autorité pour les disperser. Louis XIV rendit donc un arrét^ en son conseil^ pour ordonner la dispersion des religieuses. On eut soin de dire que cet arrêt était rendu pour des cansidéraiions imporiantes, qui regardent la tranquillité de VÈtat. Malgré cette affirmation, on aura peine à croire que la France eût été troublée si on eût laissé mourir en paix, dans leur abbaye, une vingtaine de religieuses^ fort anciennes pour la plu* part, et qui ne demandaient qu'à prier et à être oubliées. L'arrêt de dispersion est daté du 26 octobre 1709.
On dressa, le même jour, la liste des couvents où l'on devait envoyer les religieuses. De Ponichartrain, secrétaire d*État, eut ordre d'envoyer les lettres de cachet^ et d'écrire lui-même en son nom aux supérieures des couvents et aux évêques des diocèses où ces couvents étaient situés, avec un mémoire sur la manière dont on devait traiter les religieuses qu on leur enverrait. Ces lettres turent remises à d'Argenson, lieutenant de police, qui dut les remettre à chaque exempt qui serait chargé de conduire les religieuses. Dans le mémoire^ on recommandait de tenir au secret la religieuse exilée, et de la laisser sous l'interdit et la privation des sacrements tant qu'elle n'aurait pas donné de preuves de sa sou* mission à la bulle de Clément XI.
On ne peut, sans une émotion profonde^ lire ce triste mémoire et les lettres qui l'accompagnaient, surtout lorsqu'on réfléchit à l'innocence des pieuses filles que l'on persécutait. Que leur reprochait-on, en effet? Refusaient-elles de se soumettre à la bulle de Clément XI ? Non. Seulement elles mettaient à leur acceptation une condition par laquelle elles témoignaient leur respect pour les actes de Clément IX, et de Péréfixe, archevêque de Paris. Noailles les trouvait coupables, non parce qu'elles étaient rebelles à l'autorité de Dieu, «car Dieu, disoit^il^ n'a pas parlé dans le fait dont il ïi'agit, 0 mais parce qu'elles résistaient à une autorit humaine à laquelle elles devaient obéir. « S'il n'y avoit que les hommes^ disait Fénélon, elles ne pourroient, sans témérité, leur rendre l'hommage d'une croyance qu'elles ne doivent qu*à Dieu; et elles refuseroient avec justice le serment qu'on leur demande^ de peur de tomber dans le parjure, a
Ahisi, en posant le principe qui fait la base du mandemeRt de Noaillesy les religieuses de Port-ftoyal-des^Cbampa sMt justifiées par Fénélon ; eUes ne sont coupables qu'«A «dmeltant, avec ce
DB L'ioUtl Dl FBÀNCB. 347
deraier^ que la voix de Dieu se fait eûtendre lorsqu'il s'agit d'un fait non révélé, ce qui n'a jamais été admis que par les Jésuites et quelques évéques, assez lâches^ comme disait Bossuet, pour les courtiser aux dépens des vrais principes de la foi chrétienne.
Ceux qui provoquaient les rigueurs contre Port-Royal ou qui y applaudissaient, ne savaient donc pas déterminer clairement en quoi leurs victimes étaient coupables ; mais la haine des Jésuites, à défaut de culpabilité était plus que sufQsante pour les conduire au calvaire»
D'Argenson, lieutenant de police, fut chargé d'exécuter rarrét qui dispersait les religieuses de Port-Royal-des-Champs. Il partit» muni de vingt lettres de cachet et des autres pièces dont nous avons parlé. Le 28 octobre, trois cents hommes et des voitures allèrent oamperaux environs du monastère* Le lieutenant de police n'osa se mettre en route ce jour-là dès le matin, parce qu'il faisait 'trop mauvais temps. Il alla coucher le soir dans un village près Port^Koyal^ oà il arriva le 29 vers sept heures et demie du matin. La Gom« munauté sortait de la messe. Il plaça des gardes à toutes les portes et consigna les domestiques à certains lieux, avec ordre de n'y pas bouger. 11 lut ensuite à la prieure une partie de sa commission, où il était dit que les religieuses auraient à lui livrer tous leurs papiers; puis il entra dads les lieux réguliers, fit assembler lea religieusea au chapitre, et s'assit dans la chaire de l'abbesse, après ks avoir comptées plusieurs fois. Il lut de nouveau la partie de sâ sommisaioQ relative aux papiers qui lui furent remis et sur lesquels il apposa lea ^lés.
Pendant qu'il y procédait, l'heure de tierce sonna. Lea religieu* ses se rendirent au chœur, sans savoir encore que c'était pour la dernière fois qu'elles se réunissaient pour chanter les louanges de Dieu. Après tierce, d'Argensoo les fit assembler de nouveau, lea compta, puis leur donna connaissance de la suite de sa commisaioo, eu il était dit qu'elles seraient, sans délaii séparées et dispersées dans des maisons religieuses hors du diocèse de Paris.
La prieure demanda paisiblement combien on leur accordait de temps pour se préparer au départ. D'Argenson leur accorda un demi-quart d'heure. Les religieuses se rendirent alors à leurs cel* Iules. Elles ne firent pas entendre un seul murmure; elles ne répandireiit pas une larme. Leur sacrifice était fait d*dvance, et accepté en union avec celui de Jésus-Christ.
Pendant que ceci se passait à l'intérieur du monastère, des
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troupes se montraient sur le coteau qui l'entourait; il se troma investi comme une place assiégée. Tous les habitants des environs accoururent à ce spectacle^ et, en apprenant ce dont il s'agissait^ ils versaient des larmes et criaient : Miser ic^^del il faudra donc que nous mourions de faim! Port-Royal était, en eflel, la providence de ces pauvres gens.
Toutes les religieuses^ après avoir adoré le saint sacrement^ se firent les derniers adieux et demandèrent la bénédiction de leur prieure. Elles étaient si profondément désolées, dans leur silence et leur soumission, que d'Argenson lui-même en fut ému. La prieure partit la dernière, après avoir recommandé au lieutenant de police les domestiques de Tabbaye et ceux qui vivaient de ses aumônes.
D'Argenson envoya à la cour le bulletin de son expédition, et passa trois jours à inventorier tout ce qui était dans le monastère ; après quoi, il alla lui-même à Versailles rendre compte au roi de tout ce qu'il avait fait. L'abbesse de Port-Royal de Paris eut soin de faire transporter dans son monastère tout ce qui se trouvait à Tabbaye des Champs; lorsqu'il n'y eut plus rien, le Conseil d'État donna, le 22 janvier 1710, un arrêt pour démolir cette sainte demeure. La rage des Jésuites n'était pas encore satisfaite, et ils obtinrent un arrêt pour l'exhumation des corps qui reposaient dans les caveaux. Arnauld, marquis de Pomponne, obtint du roi la permission de transporter à Palaiseau la dépouille mortelle de ses parents. Quelques autres familles obtinrent des permissions analogues. Les autres corps furent transportés à l'Église de Magni, ou enterrés pêle-mêle dans le cimetière de Saint-Lambert.
Nous n'entrerons pas dans les détails horribles de cette exhumation d'une immense quantité de cadawes qui reposaient dans l'Église, le cloître et le cimetière de Port-Royal, a Le scandale en futjusques dans Rome, 0 dit Saint-Simon. On frissonnait d'horreur en racontant cette exécution contre la mort, et chacun disait que les Jésuites seuls pouvaient pousser aussi loin la haine.
Quant aux religieuses exilées, Saint-Simon s'exprime ainsi * : « Les divers traitements que ces religieuses reçurent dans leurs diverses prisons, pour les forcer à signer sans restriction, est la matière d'autres ouvrages, qui, malgré la "vigilance des oppresseurs,
1 Mémoires du duc de Saint-Simon, t. tu, cb. 36.
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furent bientôt entre les mains de tout le monde^ dont Tiodignation publique éclata à tel points que la cour et les Jésuites même en furent embarrassés ^ »
Suite des démêlés touchant l'acceptation de la bulle Vineam Domini. — Modifications faites, en 1710, au procès- vert>al de rassemblée de 1705. ~ Haine des iésoites contre le cardinal de Noailles. — Ils reviennent sur le livre des Réflexions morales- — Censure de l'évêque d'Apt. — Bref du pape contre ce livre. — Instruction pastorale des évéques de Luçon et de La Rochelle. — Noailles condamne cette Instruction et interdit les Jésuites. — Le roi, aux instances de Tellier, provoque une bulle contre le livre du P. Quesnel. — Intrigues à ce sujet. — Examen du livre de Quesnel à Rome. — Bulle Unigenitus. — Lettre du P. D'Aubenton au P. Croizet. — Aveux du P. Tellier. — Les évëques assemblés pour recevoir la bulle. — Division dans le clergé.— Inquiétudes de Rome. — Fin de rassemblée. — Division parmi les évéques. — Les mandements. — La bulle enregistrée au Parlement. — Acceptée par la Sorbonne. — Intrigues secrètes. — Mort de Louis XIY. — Mort de Fénélon. — Ses ouvrages.
Nous avons dit que le pape, épousant les préjugés et la haine de Fabroni, n^avait point été apaisé par les démarches du cardinal de Noailles, et qu'il gardait toujours rancune aux évéques de France, qui avaient osé juger avec lui une question de doctrine; mais il était disposé à calmer sa colère dès que le clergé de France se serait humilié devant lui. Les Jésuites, qui craignaient une seconde condamnation, plus solennelle que la première, de leurs erreurs touchanl les rites chinois, se posèrent en médiateurs, cherchèrent à se faire un grand mérite auprès de Clément XI d'avoir engagé le roi à terminer le différend au gré de TÉglise romaine ; donnèrent à penser qu'on pouvait compter sur eux pour arriver à une tin heureuse. Ils Qrent ainsi leur affaire, dit d'Aguesseau*, en paraissant faire celle du clergé, a On représenta au roi, ajoute ce grave magistrat, que l'honneur et la réputation de Sa Majesté étaient engagés à prociurer au pape une satisfaction raisonnable dans cette
* De nos jours, on a mis à découvert les fondations do TÉglise de Port- Rojal-des-Champs, et un grand nombre de pèlerins français et étrangers visitent ces ruines respectables. Les inscriptions qu'ils y laissent prouvent qu'ils rendent aux solitaires de Port-Royal la justice qui leur est due, et qu'ils vénèrent comme un lieu saint cette solitude, dans laquelle on a tant prie et tant travaillé pour l'Église.
* Hémoires sur les affaires de rÉgfisd de Franoe.
iso
AlftOtift
aHhire ; que , quôiqQé 8é Majesté pftt dire ar^ Térilé 411e la bviUt ayant été reçiie purement et simplement, elle ai?ail rempli tous les engagements contractés avec le saint Père, il était loajourafàcheul que le pape, qui s'était livré si absolument au roi dans cette afiaire, pût se plaindre qu'on eût reçu cette dernière bulle d'une manière plus dure que les précédentes, qui cependant n'avaient point été concertées avec le roi comme celle-ci. On ajouta que, quoique les intentions du clergé eussent été bonnes, il fallait avouer que ceux qui avaient eu le soin de rédiger les actes de rassemblée auraient pu mesurer leurs expressions avec plus d'exactitude et de ménagement ; qu'au fond le mal était encore aisé à réparer, qu'on était même déjà convenu des ai*ticles les plus essentiels, qu'il ne restait presque plus que de retrancher quelques expressions^ vraies en elles-mêmes mais odieuses à la cour de Rome, et peu nécessaires pour conserver les maximes de la France ; que c'était donc au roi d'examiner si, dans la situation où étaient alors les affaires, environné d'ennemis de toutes parts, voyant toute TEurope conjurée contre lui, et la fortune même passer du côté de ses ennemis, il lui convenait, par des expressions presque indifiërentes, de s'attirer encore un nouvel ennemi dans la personne du pape, dont les armes spirituelles répandraient au moins le trouble et la division dans un royaume déjà assiégé de toutes parts par les armes tem* porelles des princes ligués contre la France. » Enfin une dernière raison, peut-être plus puissante encore
3ue toutes les autres sur l'esprit du roi, et surtout entre les mains ^un confesseur, était le prétendu triomphe des Jansénistes qu'on représentait à Sa Majesté comme ceux qui avaient dicté, en quelque manière, les termes de la délibération de l'assemblée, et qui avaient prétendu effacer, par un trait de plume, tout ce qui avait été fait jusqu'alors contre eux à Rome ou en France, en établissant un principe par lequel les premières constitutions des papes contre le Jansénisme pourraient être aisément renversées. On représentait donc au roi le Jansénisme comme une hydre que des premiers coups avaient affaiblie et réduite jusqu'aux abois, mais que le dernier avait ranimée et comme ressuscitée; en sorte que ce monstre, dont la destruction lui avait coûté tant de soins et faisait tant d'honneur à sa religion, allait lui échapper s'il n'y nait garde, par une surprise qui lui ferait perdre en un jour W vrage de plus de cinquante années. »
L'abbé de PolignaCf qoi était revenu de Romej et TéTéque de
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Chartres^ se joignaient au P. Tellier pour développer ces fuioiis à Louis XIV. Il ne ftjt done plus question à la cour que de ln)Uii«r un mojeti d'obtenir du cardinal de Noailles des déclarations qui pussent être agréées du pape. L'abbé de Montboissler en fournil le moyen.
Oet abbé, an rapport de d'Aguesseau*, était lié arec l'archevêque de Cambraiy grand ami des Jésuites, et partant peu favorable à Noailles, cr avec lequel il avait eu plusieurs prises désagréables pour Tun et pour l'autre, » Il avait toujours différé, sous divers prétextes, de faire imprimer le procès-verbal de l'assemblée de 1705, dont il était chargé en qualité d'agent du clergé. Pressé par le cardinal de N(iailles et ne pouvant différer davantage, il adressa au roi un mémoire pour lui demander si, en présence des difficultés que l'assemblée de 1705 suscitait, il devait en faire imprimer le procèsverbal.
Ceux qui s'entendaient avec Montboissier firent insinuer au roi, par des voies souterraines^, qu'on ne pouvait différer plus long^ temps d'imprimer le procès-verbal ; mais qu'il était dangereux de le faire paraître avec des expressions qui blesseraient le pape ; qu'il fallait le modifier, remplacer ces expressions par d'autres qui plairaient au saint Père, et arriver ainsi à la paix. C'était un faux que l'on conseillait au roi; mais les politiques, les fanatiques et les ambitieux sont peu difBciles sur les moyens.
Il y eut de longs pourparlers entre le roi et le cardinal; d'Agues^ seau donna des conseils au prélat qui, selon son habitude, cher* chaitdes movens-termes et restait indécis; enfin le procè^verbal fut modifié à l'avantage de TUltramontanisme, par une déclaration signée de onze évéques et du cardinal de Noailles. Celui-ci copia en outre une lettre qui fût envoyée de Rome, et il n'eut même pat la liberté d'y faire les changements que dans sa conscience il croyait nécessaires pour être véridique *.
Toutes les concessions de ce prélat ne pouvaient désarmer la haine des Jésuites contre lui. Après lui avoir fait subir plusieurs échecs dans l'acceptation de la bulle Vineam Domini^ et l'avoir c<HDproiDis par ses ordonnances contre Port-Royal, ils entreprirent de le perdre entièrement dans l'esprit du pape et du roi, m le ùà*
1 D*Âgues9eaa, /Md.
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25fi
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sant passer pour fauteur du Jansénisme. Dans ce but, ils donnèrent une nouvelle vie à la discussion relative au livre du P. Quesnel^ que Noailles avait approuvé étant évéque de Châlons^ et qu'il avait fait imprimer en 1699, comme nous l'avons rapporté. Il ne lui avait pas alors donné une nouvelle approbation^ à cause du bruit que les Jésuites commençaient à faire à propos de cet ouvrage^ et du fameux Problhne ecclésiastique ; mais on savait qu'il conservait toujours la même estime pour le livre du P. Quesnel. Ce fut un motif pour eux de le trouver plus mauvais. De plus, ils trouvaient ainsi un moyen de renouveler la question du Jansénisme, dont on commençait à être las, et dont ils savaient trop bien profiter pour ne pas tenir à la faire vivre. Ils ne parlèrent donc plus de Jansénisme ni de VAugustinus, mais du Jansénisme transformé en Quesnellisme, et qui. n'en était que plus redoutable.
De Foresta de Colongue, cet évêque d*Apt que nous avons déjà vu quelquefois sur la scène, entra le premier en lice contre le nouveau monstre. Il lui porta un coup digue de lui et de ses amis les Jésuites, dans une censure datée du 15 octobre 1703.
Le P. Quesnel lui prouva qu'il n'avait pas même vu le titre du livre qu'il condamnait. Il est évident en effet, par la censure elle-" même *, qu'il confondit le Nouveau-Testament du P. Quesnel avec la version de Trévoux, de Ricbard-Simon, condamnée, cette même année 1703, par Bossuet et le cardinal de Noailles. Ce dernier prélat ne crut pas devoir attacher de l'importance à la censure de l'évêque d'Apt. Il méprisa de même d'autres mandements, que les Jésuites obtinrent de plusieurs évêques, leurs amis. Ces religieux en devinrent plus hardis, et portèrent leurs vues jusqu'à Rome.
Nous avons vu les Réflexions morales dénoncées au moment où le pape était mécontent du cardinal de NoaiUes parce qu'il n'obtenait pas de lui une rétractation pure et simple des maximes émises par l'assemblée de 1705. Le cardinal Fabroni jura alors de se venger du cardinal de Noailles, en faisant condamner un ouvrage
1 Dans cette censure, Touvrage du P. Quesnel est désigné aiosi : Le JVoiiveaurTeitament en françoU,.,. imprimé à Trévoux ou à Lyon^ ei $e vffidant à Paris, chez André PraUird, etc.
Le frontispice de toutes les éditions du livre de Quesnel antérieures à la bulle Vnigenilus, porte qu*il fut imprimé à Paris, chez Pralard ; aucune ne porte le nom de Trévoux.
Les Jésuites, dit- on, ne mirent ce mot que pour tromper Tévéque lui-méoie, qu^ils disaient agir.
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qu'il avait approuvé. Clément XI lui-même avait quelques rancunes à satisfaire contre Noailles, qui était un des cinq évéques qui avaient signé la lettre rédigée par Bossuet^ et dans laquelle on dénonçait à Innocent XII la doctrine du cardinal Sfondrate ; or, cet ouvrage pélagien avait été publié par le cardinal Albanie qui était devenu pape sous le nom de Clément XI. Noailles avait, en outre, présidé à rassemblée de 1700, où Sfondrate et Gabrieli furent censurés. Albani avait écrit à Noailles plusieurs lettres pour empêcher cette condamnation, et Ton n'y avait eu aucun égard.
Fabroni avait été atteint lui-même par la censure de l'assemblée de 1700, car il s'était joint à Albani pour engager Gabrieli à prendre la défense de Sfondrate contre Du Vaucel, qui en avait attaqué quarante propositions comme pélagiennes. Le livre de Gabrieli parut d'une manière clandestine; on mit sur le titre le nom de Cologne, quoiqu'il eût été imprimé à Rome, et ce ne fut qu'après de longues recherches que l'abbé Bossuet, qui, k cette époque, était à Rome dans le but de poursuivre la condamnation du Quiétisme, put s'en procurer un exemplaire, qu'il envoya à l'archevêque de Paris *.
Toutes ces circonstances expliquent pourquoi on condamna le livre des Réflexions morales avec une précipitation peu ordinaire i la cour de Rome. Le 13 juillet 1708, Clément XI rendit un bref contre ee livre * ; et, afin de faire comprendre que cet acte n'était qu'une vengeance qu'on voulait tirer de la dénonciation de Sfondrate, on affecta de calquer ce bref jsur la lettre des cinq évéques '. Ces derniers avaient accusé Sfondrate d'abuser des Saintes-Écritures pour appuyer ses opinions nouvelles; ce reproche était adressé à Quesnel dans tout le bref : ils avaient comparé les opinions de Sfondrate à des toiles d'araignées, tendues pour surprendre les simples ; le pape s'élève de même, dans son bref, contre ceux qui tendent des pièges pour surprendre les âmes simples et pures: ils avaient demandé la condamnation d'opinions qui, sous l'apparence de la piété, en ruinaient l'esprit; le pape reproche aussi à Quesnel des sentiments qui , sous l'apparence de la piété, ne sont propres qu'à la détruire.
^ Jouroai de l*abbé Le Dieu, 5 avril 1700.
* IMd., 5 octobre 1706.
* La lettre des cinq évéques se trouve dans la correspondance de Boatuet.
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Le pftp« affectait, en outroi de donner aui Riflêxiom mofulêi lee mémee qualifieationt que ke cinq évèques avaient données au lin'e de l^ondrate; seulement, au lieu de renroyer le jugement aux évéquee de France, il condamnait au feu tous les exemplaires du livre du P. Quesnel, et défendait, sous les plus graves peines, de le lire ou de le garder chez soi.
On avait eu soin de ne pas insérer dans ce bref trop de clauses oitramonUdnes, afin qu'il fût reçu légalement en France ; malgré cette précaution, il ne fui accepté ni par Tépiscopat, ni par le Parlement, et il ne put circuler que d'une manière clandestine.
Les Jésuites, voyant que cet acte ne produisait pas l'effet qu'ils en avaient attendu, organisèrent un nouveau plan pour se venger du cardinal de Noailles. Ce prélat venait de perdre dans Le Tellier, archavéque de Reims, un de ses plus solides appuis, et les Jésuites étaient débarrassés d'un rude et puissant adversaire *. Ils lancèrent contre Noailles quelques évéques qui leur étaient dévoués.
Parmi ces évéques, Lescur, évéque de Luçon, et Chamflour, évéque de La Rochelle, teuaient le premier rang. Nous avons déjà remarqué que Chamflour avait dû son évéché à son fanatisme an ti -janséniste, qui l'avait porté à refuser les sacrements à Perier, un des parents de Tillustre Pascal. A côté d'eux brillait Malissoles, évéque de Gap, digne émule de Foresta de Colongue. Ces évéques étaient comme les enfants perdus du parti ; on les jetait en avant, dans la certitude d'être obéi aveuglément. Bissy, le successeur de Bossuet sur le siège de Meaux, était, depuis longtemps, de la cabale anti-janséniste, mais il avait grandi en influence à la cour depuis la mort de Godet-des-Marais, qu'U remplaça dans la confiance de madame de Maintenon. Il devint bientôt le chef du parti, et madame de Maintenon le canonisa, en rappelant toujours le «otnl évéque. Ce prétendu saint ' était fort peu estimable, négligeait tous les devoirs de l'épiscopat, laissait tomber en ruine les meiUeures institutions diocésaines soutenues par ses prédécesseurs, et particulièrement par Bossuet; U ne savait pas même dire U
> L*archevêquo de Reims mourut subitement, à Vhge de 09 an?, en 1710. La même année, l*Eg1ise de France f erdit Flëchier, un de ses plus vertiieut évéques, et crateur 1res distingué. Il était évéque de Nîmes. On ne le îro aa jamais mêlé aux intrigues.
* Fm pour tous ces détails sur Bissy, la seconde partie du Jùumal Je Tabbé Le Dieu, chancelier de l'église d-^ lUeaux, ♦. m rto ftotr« publient i ou Ces Méwuiirei ei /oufna/de l'nbbé Le Dieu.
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messe pontlftcalement ; mais^ en reratiche^ il ehassâll Mên» m Imuvait mal comme une petlte-mattresie , avait des vapam/ «1 M* sait sigoer le formulaire d'Alexandre Vtl par tons les nouveaux binéficiers, ce qui ne s'était pas fait auparavant dans le dioeèse dtt Meaux; Q faisait admirablement la cour^ et courait à toutes Jambes au cardinalat par son dévouement pour les Jésuites. Dès sa jeu • nesse, il avait été dévoré d'ambition et du désir de faire fortune. Son père, le voyant un Jour loué à outrances lorsqu'il était encore tout petit, s*en impatienta : a Vous ne le connoissez pas, dit--il aux » Dalteurs; voyez-vous bien ce petit prestofel-là , qui ne semble B pas savoir l'eau troubler? c'est une ambition effrénée, qui sera » capable, s'il peut, de mettre l'Église et l'État en combustion pour « faire fortune. » Ce vieux Bissy, dit Saint-Simon *, n'a été que trop bon propbëte. Il y aura Heu de parler plus d'une fois de ce prestfilety qui en conserva Tair toute sa vie. »
Tandis que Bissy intriguait à la cour avec le P. Tellier pour ruiner le crédit du cardinal de Noailles, les Jésuites lançaient con* Ire ce prélat l'armée fanatique de leurs dévotes, qui répandaient partout que Tarcbevdque de Paris était un hérétique *.
L'archevêque pensa qu'il était temps enfin de se défendre contre ces attaques scandaleuses et incessantes, et il tit publier, par l'en* Iremîse du P. Quesnel, l'ouvrage que Bossuet avait composé, en 1699, pour la justification des Réflexions moraleg, lorsqu'on eut élevé contre ce livre les premières attaques dans le Problème ecelémsiique. Le Père Quesnel ayant publié en Flandre le livre de Bossuet, Noailles en fit faire à Paris une édition clandestine, et bientôt on sut dans toute TÉglise que le génie pénétrant de Bossuet n'avait aperçu aucune erreur dans le livre approuvé par Noailles, et que les Jésuites cherchaient à faire envisager comme un ouvrage horrible et pernicieux *.
^ Mëfflo!res du dac de Saint-Simon, t. m, eh. 18, édit. du marquis de Saiat- Simon.
* Journal de Fabbë Dorsanne.
• Plusieurs auteurs», comme d'Avrigny, Picot, de Baussef, Poqjoulat, ont < OCecté de répandre, touchant le livre de Bossuet sur les Réflexions morales ( t u publication, de nombreuses erreurs. Nous les avons réAilées «tans un Essai Hbliographique dirig<î contre M. Poujoulat. Nous avons, de plus, fait imprimer, à la suite des .Wmotres de l*abbé Le Dieu, des pièces iraporiantes dont nous possédons !«« origituiux, et qui démontrent, juigtf'à révidenee, a fausseté de toutes les assertions des écrivains ci-dessus, et antres de néme
RISTOIIE
Noailles mettait ainsi son orthodoxie à l*abri d'un nom respecté et respectable pour tous autres que pour les Jésuites. Ils osèrent^ en présence d'un livre de Bossuet, placer une Instruction pa$toraU signée de Lescur et de Chamilour. Ces deux évéques publièrent, en 1711, cette instruction pastorale, datée du 15 juillet 1710. Us y prétendent que le livre du P. Quesnel a étoit plein de dogmes impies, et d'un poison qui portoit la mort dans le cœur; que les blasphèmes de Thérésie de Jansenius y sont répandus en cent endroits; que toutes les erreurs et toutes les maximes de la nouvelle secte s'y trouvent enseignées presque à chaque page; que l'on voit évidemment que c'est partout la même doctrine, partout le système impie qui fait Dieu injuste et cruel; qui, de soi, anéantit la charité, l'espérance, la vigilance chrétienne, qui inspire à l'homme l'indolence ])our le bien, la tranquillité daus le crime. »
L'évéque de Gap, Malissoles, publia en même temps un mandement dans le même genre. Telle fut la manifestation anti-quenelliste que les Jésuites parvinrent à produire dans l'épiscopat français, par toutes leurs intrigues.
Aussitôt que l'instruction pastorale des évéques de Luçon et de La Rochelle fut publiée, l'imprimeur de La Rochelle en expédia uu grand nombre d'exemplaires à Paris *. Les neveux des deux évéques, qui étudiaient au séminaire de Saint-Sulpice, en distribuèrent eux-mêmes, et prirent soin de la faire afficher à tous les coins de rue de Paris, surtout aux environs de l'Église métropolitaine; on compta plus de vingt affiches sur les portes de l'archevêché.
Le cardinal de Noailles fit chasser de Saint-Sulpice les neveux des deux évéques, qui en écrivirent au roi. Leur lettre atteste un fanatisme peu ordinaire ; ils y font du cardinal de Noailles un hérétique, et demandent des rigueurs contre lui et contre le livre qu'il avait approuvé. Cette lettre devint aussitôt publique. Si nous en croyons l'abbé Le Dieu, elle révolta contre eux tout Paris, la cour de France et même celle de Rome.
Fénélon, archevêque de Cambrai, prit le parti des séminaristes
opinion. F. Mémoires de Tabbd Le Dieu; Journal du môme, aux H et 15 juin 1711.
^ Jeumal de Tabbé Darsanoe, ann. 1711. Cet ecclésiaslique ëUil officiai du cardinal de Noailles. Il cite le texte de la plupart des pièces sur lesquelles il 8*appuie, et il écrit avec beaucoup plus de modération que ceux qui aUaquent le cardinal.
r. it. le Jounial de Tabbé Le Dieu, 14 juin 1711.
DK L*ÉGUSS DE FAANCB. 257
contre le cardinal de NoaiUes. a Les séminaires, dtsait-il % étant considérés comme des écoles publiques, on ne doit en chasser que ceux qui ont mérité personnellement une punition aussi bonteose* j» Fénélon voulait croire que les neveux des évéques de Luçon et de La Rochelle n'étaient pour rien dans la publicité affectée que Ton avait donnée à Y Instruction de leurs oncles. On savait mieux à l'archevêché de Paris qu'à Cambrai^ à quoi s'en tenir sur ce point *. Fénélon avait trop d'intelligence pour ne pas voir le faible de son raisonnement ; mais il était trop irrité contre Noailles pour lui rendre justice. 11 poussa même contre lui la haine si loin, qu'il abusa, pour la satisfaire , de l'influence qu'il avait sur le duc de Beauvilliers. Nous avons dit avec quelle grandeur d'4me Noailles avait pris le parti de Beauvilliers auprès du roi, contre madame de Maintenon. Beauvilliers, pour obéir à Fénélon, fut ingrat et se rangea du côté des ennemis les plus ardents de Noailles, lorsqu'il fut tombé dans la disgrâce du roi'. Fénélon avait toujours à la cour son petit troupeau, qui ne poursuivait qu'un but : le retour de son prophète à la cour; et Fénélon, qui n'espérait plus rien de Louis XIV, s'était d'abord flatté de rentrer eu triomphe à la cour, lorsque le duc de Bourgogne monteradt sur le trône. La mort de ce jeune prince ne put détruire ses illosioDs, et il compta alors sur le régent, qui lui témoignait une certaine confiance*. Comme il savait qu'il ne pourrait rien sans les Jésuites, il flattait le P. Tellier, se montrait aussi fanatique que lui contre le Jansénisme et l'excitait à demander des mesures rigoureuses % tout en ayant soin d'ajouter qu'il ne parlait pas par intérêt, malgré Yétat humiliant ovl on l'avait mis. Fénélon en agissait de même avec le P. Daubenton, assistant français auprès du généra] de la Ck)mpagnie; ses lettres à ce Jésuite ne lui font pas honneur. Si nous en croyons le duc de Saint-Simon *, Fénélon ne
> Vie de Fénélon, par le cardinal de Baasset, liv. 6, $ 12.
* F. le loamal do Tabbé Dorsanne, ann. 1711.
^ Mémoires du duc de Saint-Simon, t. xi, eli. 21, édit. du marquis de Saiat-Simon. M. de Bauaset appuie une opinion contraire sur un fragment d» )ei\Te de Fénëlo'n, qui ne prouve rien contre raffirmallon du duc de Saint- Simon, ami intime de Beauvilliers, avec lequel il s*en entretint plusieurs fois.
^ Hémoires de Saint-Simon, loe. cU,
* Mémoires du duc de Saint-Simon, t. iz, ch. 22: Lettres d» Fénélon aux FF. Teltier et Daubenton.
* Mémoires du duc de Saint-Simon, t. ix, eb. 11 et 22.
HltTOlRI
fut pas étranger à Vimirucdon pastorale des évéques de Luçod et de La Rochelle. Un fait certain, c'est qu'elle fut inspirée, et peutêtre composée par un nommé Chalmet, ami de Fénélon, que le Père TelÙer envo^fa aux deux évéques, et qui s'entendit avec eux pour cette belle œuvre.
Vlmiruction pastorale ayant été répandue et affichée dans Pari$, oomme nous l'avons dit, les chanoines de la métropole, par délibération capitulaire du 24 avril 1711, députèrent au cardinal six d'entre eux, avec le doyen, pour lui témoigner la juste douleur qulU ressentaient de l'injure qui lui était faite et parcelle Instrwy iion, et par la lettre au roi; les curés, les supérieurs des communautés et une foule de docteurs se rendirent à l'archevêché dans le même but; tous demandaient avec instance que le card^al condamnât ces deux écrits. 11 le fit par une ordonnance datée du 28 avril, et affichée le dimanche, 3 mai, aux portes de toutes les églises. Le mandement de i'évéque de Gap était compris dans la condamnation.
L'ordonnance de Noailles déplut à la cour S gouvernée par le P. Tellier. Noailles avait demandé au roi, quelques jours auparavant, une audience, afin d'obtenir justice contre les trois évéques qui l'avaient si scandaleusement outragé. Le jour môme où son ordonnance fut affichée, le roi lui fit écrire par Pontchar train, secrétaire d'État, que, puisqu'il s'était fait justice lui-même, l'audience qu'il avait demandée devenait inutile, et qu'il ne devait pas se présenter à la cour. Noailles répondit au roi avec dignité. « J'es* père, lui écrivit-il, que quand Sa Majesté aura eu la bonté de faire un peu de réflexion sur mon procédé et sur celui qu'on a eu à mon égard, elle verra que je n'ai pas tort et qu'il n'est pas juste que pendant que des évéques, les derniers de tous en toute manièrey ont la liberté de faire à tort et à travers des mandameots, un archevêque de Paris ne l'ait pas. »
Noailles pouvait bien parler avec mépris de ceux qui lavaient attaqué. « Champflour, évéque de La Rochelle, étoit, dit le duc de Saint-Simon % l'ignorance et la grossièreté même, qui ne savoit qu'être follement tlltramontain, qui avoit été exilé pour cela lors des propositions du clergé de 1682, et que Saint-Sulpice et les Jésuites, réunis en faveur de ce martyr de leur cause favorite,
• Journal de Tabbé Dorsanne, ann. 1711.
* M'-'moirP3 du duc de Saint-Simon, t. tx, rh. If.
1» L*éciLiit ra nuNCB. S59
afOMOt i la fin bombardé à La Rochelle. 0 L'étéque de Luçon était moiDS i^orant que Champflour^ a mais aussi grossier et aussi Ultramontain que l'autre S auissi abandonné aux Jésuites, qui Tavoient fait évéque; ardent ^ impétueux et boute-feu par sa nature, d
Hébert, évéque d^Agen, digne ami de Bossuet et un des membres les plus vertueux de Tépiscopat français, écrivit à ses deux eonfrères de Luçon et de La Rochelle une lettre savante, fort pieiise, par laquelle il leur représentait le tort qu'ils avaient de troubler TÉglise et d'attaquer personnellement le cardinal de Noailles *. 2ilais la raison devait céder aux intrigues dans ces malheureuses circonstances. L'évéque d'Agen écrivit aussi à NoaiUes plasieurs lettres, dans lesquelles il qualifie énergiquement Vinsimeiion poUorale et la lettre au roi. « Quelle honte 1 s'écrie-t-il dans celle du 14 mai, quelle honte pour des évéques de servir d'instrument aux passions des Jésuites! Rien ne me paroitplus étrange. Je voudrois, Monseigneur, en cette occasion, marquer en particulier à votre Émiuence combien je déteste une conduite si peu chrétienne, si contraire à Tespritde l'Église, si opposée à toute tt discipliue, à ses saints canons, h la chanté et à cette unanimité qui doit nous unir tous dans le saint ministère où il a plu è Dieu da nous appeler. 0
Dans sa lettre du 2 mai, Hébert disait à l'archevêque de Paris
que l'évèque de Poitiers avait été importuné et pressé de se join*
, dre à ses deux voisins, mais qu'il leur avait répondu cr qu'il ne
eoQvenoit, en aucune manière, de faire de nouveaux troubles dans
l'Église sur une affaire qui étoit finie. »
L'évoque de Boulogne ' traitait à'in9olente entreprise la conduite des évéques de Luçon et de La Rochelle.
De Fleury, évéque de Fréjus, et depuis cardinal, s'exprimait dans les mêmes termes* : « J'ai appris avec une vraie douleur,
* Mémoires du due de Saint-Simon, t. ix, chap. 11.
* /Md. Le duo de SainUSimon rend pleine justice à Hébert sur ses vertus e( ses qualités épi-copales. Le P. d*Avrigny en fait un intrigant (Mém., aan. 1711). L'injare du Jésuite no peut contrebalancer le témoignage de Saint Simon et Testime de Bossuet pour le digne évéque. ( K. les Mémoiru de TabM Le Dieu).
Lettre de Langle, évéque de Boulogne, à Tarcbevéque de Paris, en date du 20 avril 1711.
* Lettre de Fleiiry, évéque de Fréju?, à rarchevéque de Paris, en date du
1IIRT0IRK
disail-ily Vwsolente dénonciation qu'on avoit fait afficher à la porte de l'archevêché ; et la licence monte à un point qui ne se peut supporter » . L'évéque de Sisteron écrivait à Noailles qu'il avait été indigné^ avec le public, de voir deux évéques €is$e% vendus et assez téméraires commettre uo aussi noir atUntat; mais que cet iJeux évêques, d'un mérite aussi mitice, étaient couverts du mépris public. « M. de Gap, ajoute-il, est encore plus méprisable, et je sais des choseis de lui qui, sans jugement téméraire, me le font regarder comme un |)etit hypocrite, fourbe et ambitieux. » Les ai-chevôques de Vienne et d'Embrun * n'en avaient pas une meillonre idée.
De Genlis, archevêque d'Embrun, écrivit * k Tévôque de Gap d'empêcher son mandement de circuler dans son diocèse, sans quoi il le condamnerait comme attentatoire à la doctrine de Saint- Augustin, qui est celle de l'Église catholique. L'évêque de Sisteron s'étant aperçu que le mandement de Gap circulait dans son diocèse, le condamna; et comme le P. TelHer lui en fit faire des reproches au nom du roi, cet évêque répondit avec fermeté qu'il avait fait son devoir *.
Cependant Louis XfV, qui estimait toujours le, cardinal de Noailles, entreprit de faire la paix entre lui et les deux évéques de Luçon et de La Rochelle ; il nomma, pour établir les bases de la réconciliation, une commission composée de Bezons, archevêque de Bordeaux, Bissy, évêque de Meaux, et plusieurs seigneurs de la cour, qui durent s'assembler sous la présidence du duc de Bourgogne, qui avait le titre de dauphin depuis la mort du fils de Louis XIV.
2i m li i7il. Fleury changea depuis dVipinion touchant les Janséniste.*. D^'rnnt élro précepteur de Louis XV cl rcnlrer h la cour, il résolut de donner sn déinis>ion de î'évôchë de Frëjiif». Avant de le quitter, il lit du zèle contre les Jansénistes, atln Je ^'igner les bonnes grâces du P. Teltier. li lit ensuite un mandement d*adieux à i-es diocésains, qui fut aitaqué avec biaucoup dVsprt par le P. Quesnel. Fleury ne lobblia jamaist ; de là la paFsion qu'il montra plus tard contre les QueneHUlei ou Jansénistes. ( K. les Mémoires du duc de Saint-Simon, t. in, ch. 6).
' Lettr»»s des archevêques de Vienne et d'Embrun à Tarchevéque de Paris, janvier 1712.
* Lettre de Tarchevéque d'Embrun à IVvèque de Gap, en date du 13juil* et 17H.
' Lettre de Tévéque de Sisteron au marquis de Torcy, secrétaire d*État, en date du l^r niars 1712.
DE L*BGLI8C DE PEÀNCE. 261
Bissy était soutenu de La Chétardie^ curé de Saint-Suipice^ qui crut devoir se mêler de cette afTaire ; ils avaient l'un et lautre la réputation de vrais fanatiques, au sujet du livre des Réflexions morales^ . Us s'entendirent pour rédiger une lettre que devrait signer le cardinal de Noailles, et dans laquelle il condamnait purement et simplement le livre qu'il avait approuvé. C'était là, selon eux, la première base de l'accommodement. La Ghétardie écrivit une nouvtelle lettre au cardinal ; Bissy lui adressa deux mémoires dans le même sens. L'archevêque de Bordeaux, plus modéré, présenta aussi quelques projets d'accommodement. Il reconnaissait que Noailles avait été dans son droit en condamnant les mandements par son ordonnance, tandis que Bissy voulait toujours que Noailles seul eût tort, et il donnait raison aux évêques qui avaient commencé l'attaque.
Bissy et La Ghétardie ayant la confiance de madame de Maintenon, avaient plus d'influence dans la commission que l'archevêque de Bordeaux ; en outre, le duc de Bourgogne, et Beauvilliers surfout, s'en rapportaient à Bissy, qu'ils savaient ami de Fénélon, contre Noailles, que l'archevêque Cambrai n'aimait pas. Le duc de Bourgogne présenta enfin lui-même, dans un mémoire, son projet d'accommodement. Il y proposait au cardinal de condamner le livre des Rt^ flexions morales; de confier à un ami commun les propositions qu'il trouvait répréhensibles dans V Instruction des évéques de Luçon et de La Rochelle ; il ajoutait que ces évêques seraient requis de donner des explications sm* ces propositions, et que ces explications, donnant satisfaction au cardinal, il permettrait la lecture de l'Instruction avec les explications.
Les choses en étaient là, lorsque l'on remit au cardinal de Noailles une lettre interceptée, qu'écrivait l'abbé Bochart de Saron à l'évêque dé Clermont, son oncle *. L'abbé Bochart avait été Jésuite et n avait quitté, comme tant d'autres, la Compagnie que pour la mieux servir. Voici sa lettre :
« J'ai eu d'assez longues conférences avec le R. P. Tellier touchant l'affaire des deux évêques et de son Éminence. Voici, mou très honoré seigneur et oncle, où les choses en sont : M. le dau-
^ F. les Hëmoires du duc de Saint- âimon et le Journal de l'abbé I3orsaone.
* Journal de Tabbë Dorsanne, ann. 1711; Journ<il de Ynhbé Le Dku, 6 août 1711; Mtooii^s du due de Saint-Simon, passim, L*intriguc décou- ^^ert^, eto.» par le P. Qucsne^
phiti, M. l'archevêque de Bordeaux, M. l'évéque de Mewis. M.M. VoUin, de Ueauvillien el Deimareli travaillent, par ordre du roi, k examiner le fond de l'aiTaire, et quand ilt auront trouvé le biais néce&aire pour finir cette conleslalion, ik en feront rapport k Sa Majesté. Pour le* procédét personnels, on est dans la résolu* tion de donner quelque satisfaclion k son lilmÎDence ; mais, sur le fond, cet deux évéques (gagneront leur procès. Le livre du P. Quesnel sera proscrit e( l'on fera justice aux évéques que le nuudemenl attaque. J'ai vu entre les opains du P. Tellier plue de trente ltttrê$ de» meilleurei Uttt du rfergé ', qui demandeat jua> Hce au roi du procédé de son Ëmiaence. Le P. Le Tellier m'a dit qu'avant huit jours il en auroit encore autant. Le secret est premia à tous ceux qui écriront, el jamais son Ëminence ni le puhUc n'en auront aucune connaissance. J'ai l'honneur de vous envoyer Ut hllre dw roi, que le Père Le Tellier vous prie de .signer. Il en garde une «^e pour l'envoyer, sans signature, à plusieurs prélats qui lui demandent un modèle. 11 faut, s'il vous plaît, que voua y mettiez une enveloppe el un cachet valant. J'ai crdre du P. Le Teilirr de la lui euvoyer à Fontainebleau en cet étal.... Le P. Le Tellier n'a point vu le mandement que vous devei signer avec l'évéque de &iint-Flour. Il trouve votre précaution sage de souhaiter qu'il soit vu avant que de paraître. Vous pouvez me l'adresser si vous le souhaitez; je le donnerai à de bons réviseur*, qui l'éplucheront exactement.... d Celle lettre était datée de Vincennes, le 15 juillet 1711 . Elle > fournissait une preuve de la conspiration formée par lea Jésnîtca contre le cardinal de Noailtes. La Ultre au roi, adressée k l'évéque de Clennont, contenait de très humbles remontrances k Sa Uajesté contre te cardinal, et on l'y exhOTtail à rendre justice aux deux évéques de Luçon el de La Rochelle, et à exterminer la mauvaise doclrine. On voulait donc exercer une |»«s8ion sur Louis XIV, par le moyen des évéques dévoués à la Société des Jésuites. Noaille*
I Le» Jësuilei sppcUii>Dt ainai les évoques qui leur ëMieut veodus «I qui teriTUcal au roi des Icllres dsus lesquciiei ils ee montriienl hjfpoerUemetU IrmnAIaalf, dit Saint Simon (Uém , I. i, ch. IS), pour la fol qu'ils préieDdaieot atliquAe par l'arcbeiéque de Paiia ; nivoqual la puiiMaea du iioutmu CoD'ilaniiu, du nouveau TliéoJusc pour pmtéger ta eaioa dcclriu». La T. ItlLicr poilait chaque Jour ces lelUM au toi, paur tui faire croira qae la (ui ëUii ea danger. La lelire ik Vabbé Bocturl lit voireooiMieiit M obtesail ces leUree.
DE L EGUn DB VBATCCB. 3M
dépota au grefle de eon ofBcîalité les lettres de l'abbé Bocbart, et en avertit le roi, le dauphin et madame de Maintenon ; puis les ût imprimer et les adressa à son clergé. Bientôt, des copies s'en répandirênt en grand nombre. On fut indigné des intrigues dont elles révélaient le secret. Le P. Tellier était compromis; mais un Jésuite D'est jamais embarrassé. L'abbé Bocbart publia une seconde lettre, dans laquelle il prit la responsabilité de la première, afflrmant qu'il ne l'avait point concertée avec Tellier, qui aurait complètement ignoré sa démarche. C'était avouer qu'il était un menteur. Q crut se justifier en jurant, devant Dieu et devant Uê hammeêg qu'il n'avait fait que ce que l'honneur et la conscience l'obligeaient de faire pour la défense de la vérité et de fa saine doctrine. L'abbé Bocbart appartenait, à ce qu'il parait, à Técole de ceux qui prétendent qu'on ne peut servir l'Église que par la dissimulation et le mensonge. Ceux qui croient que la vérité franchement dite est la seule défense qui soit digne de l'Église, nous semblent hono* rer davantage celle qui est appelée, ajuste titre : la colonne de la vérité. On se moqua de l'abbé Bocbart et de son désaveu, dit l'abbé Le Dieu, <r et l'on est, ajoute-t-il % d'autant plus persuadé que toute cette intrigue est. conduite par le P. Tellier contre le cardinal de Noailles. d
Le P. Tellier fut fort inquiet pendant plusieurs jours du résultai qn'aurait pour lui la lettre de Bochart; il se crut perdu; le duc de Bourgogne disait hautement qu'il le fallait chasser de la cour, et le montrait disposé à rendre prompte justice au cardinal * ; mais Bissy vint en aide au P. Tellier.
Cet évéque, qui s'était absenté quelque temps, arriva à Paris tuf
< lotirnil de Fabbé Le Dieu, 6 août 1711.
*Mémofres du duc de S.iint-Simon, t. x, ch. 5; iournal de Tibbd LeDiea, 6 tout 1711; Dac1«'S, Mëmoires seeret^, nim. 1715.
Le dtic de Bouigogne mourut sur ces entrefailei). On publia après sa morti à rimprimerie royale, uq mémoire au pape f>ur l'arfaire du cardinal de Noailles et des éréques de Luçon et de L» Rochelle. Ce mémoire fut probablement dit par Féoélon pour son élève. Il fut communiqué è Noaillf'S, qui y répondit avec beaucoup dn fermette. La réponse de Noailles, ayant été imprimée sans les formalités légale^\ fut supprimée par le Parlement. Ce même tribunal condamna au feu des liéfiexions faites sur le mémoire du due de Bourgogne, comme contraires au re.^pect dû au rui. ( K. le Journal de Tubèé l^e Dieu, 27 juin 1712). Fenélon qui, sans vouloir paraître en liffi, stimulait le zèle du P. Tellier contre Noailles, prenait chaudement le parti du Mémoire, et dcmand^ât à grands cris des mesures rigoureus^'s. V. fa correspondance de 1712.
RISTOIIS
ces entrefaites. Il vît a Conflans le cardinal de Noailles, lui témoigna beaucoup d'indignation contre Tellier et se plaignit vivement de l'esclavage où les Jésuites avaient réduit Tépiscopat ^ Arrivé à Fontainebleau^ où était la cour, il vit le P. Tellier, qui lui eut bientôt fait comprendre que, sans les Jésuites, il arriverait difficilement au chapeau de cardinal, qui faisait l'objet de tous ses vœux '. Un ambitieux comme Biss^f ne pouvait résister à une telle perspective; il courut chez madame de Maintenon et lui représenta que l'intérêt du roi voulait qu'il conservât le P. Tellier pour confesseur. Madame de Maintenon vit le roi, qui fut probablement enchanté d'avoir à lui céder; car, où eût-il trouvé un confesseur aussi capable de lui ôter ses scrupules? Il accablait alors le peuple d'impôts, et sa conscience lui en avait fait quelque reproche ; le P. Tellier, consulté, lui apporta bien vite une mystérieuse décision de docteurs de la Faculté, affirmant que, la France entière appartenant à Sa Majesté, il avait droit de prendre tout ce qu'elle contenait ; et que tout ce qu'il laissait à ses sujets était une marque de sa libéralité. Louis XIY avait vu disparaître ses scrupules comme par enchantement devant une si habile décision. Le P. Tellier lui faisait ensuite comprendre qu'il pouvait faire pénitence mr le dos des Jaménistes et des Protesiants^ et obtenir, en les persécutant, le pardon des désordres de sa vie '. On pouvait bien, en faveur d'un si précieux confesseur, fermer les yeux sur quelques intrigues dirigées contre un cardinal suspect d'hérésie. Ce cardinal reçut donc, pour toute réponse de la communication qu'il avait faite, ce billet du duc de Bourgogne, daté du 3 août 1711 :
a M. l'évéque de Meaux retourne aujourd'hui à Paris, Monsieur, pleinement instruit des instructions du roi sur l'affaire eu question. Il sait aussi ce que je pense sur les lettres que vous m'avez envoyées; ainsi, je ne vous en répéterai rien ici. Vous savez seulement ce que je vous ai toujours dit : que j'étois attaché plus que personne à l'Eglise et à sa hiérarchie, et que les Jésuites me trouveroient contre eux lorsqu'ils l'attaqueroient ; mais je ne les en crois pas capables, »
I Journal de Tabbé Doreaune.
* Mémoires du duc de Saint-Simon, t. xii, ch. 13 et paum ; Mémoires Fccrets de Duclos, ann. 1710*
* V. les Mémo:re8 du duc de Saint •Simon, passim.
DS L*ÉOLItB DK PIANCB. 98S
Huit jours après avoir reçu ce billet^ le cardinal de Noailles écrivit une lettre au roi^ dans laquelle il lui parle sans détour des intrigues du P. Tellier^ qui doivent le rendre indigne de sa confiance. N'ayant pas obtenu de réponse^ il crut qu'il était temps d'agir contre les Jésuites, ses ennemis. Personne ne s'était mépris sar les intrigues de ces religieux, et, malgré le soin qu'ils avaient pris de jeter en avant quelques-unes de leurs créatures, selon leur usage, on savait qu'ils étaient seuls promoteurs du désordre qui avait lieu dans le diocèse de Paris, a II a paru, dit l'abbé Le Dieu*, que les Jésuites se sont déclarés protecteurs de ces mandements (de Luçon, de La Rochelle et de Gap), qui favorisent leur doctrine sur la Grâce et leurs relâchements dans la morale. Ils ont aussi répandu avec une grande affectation la lettre manuscrite de ces évéques contre le cardinal.... Tout Paris, informé de la part que les Jésuites prennent contre le" cardinal de Noailles, se plaint hautement de la conduite de ces Pères, et se déchaîne contre eux plus ouvertement et avec plus de force que l'on n'a jamais fait. L'on a dit que plusieurs évéques excitoient le cardinal à pousser les Jésuites jusqu'à les mettre tous dans l'interdit, lui promettant d*en faire autant; mais, au lieu de cela, l'on croit déjà que le cardinal mollira et qu'il laissera tomber toute cette affaire; car l'on n'a pas grande opinion de la négociation de l'évéque de Meaux, connu pour tin faux poliiique, trop complaisant et tout livré aux Jêmitei, D'ailleurs le roi, toujours excité par son confesseur d'apaiser les bruits et d'entretenir la paix dans les esprits, a déjà défendu qu'on fit davantage d'éclat.... C'est ainsi que les Jésuites, perturbateurs du repos public et francs brouillons, après avoir excité la tempête, en attribuent à d'autres la cause et leur font imposer silence, comme si l'on avoit tort de demander justice de leurs attentats. Voilà le sujet des entretiens de Paris sans ménagement contre les Jésuites. »
Cette sympathie universelle donna à Noailles quelque énergie. « Lecardinad de Noailles, dit l'abbé Le Dieu ', profitant de Toccamn que le P. Daniel lui déclaroit le temps fini de sa supériorité dans la maison professe des Jésuites de Paris, et qu'il lui présentoit les listes des prédicateurs et confesseurs de cette maison, il a
* Journal de Tabbé Le Dieu, 14 juin 1711.
* Joarnal de l*abbé Le Dieu, 22 août 1711 ; Journal de l*abbé Dorsaone, %nn. 1711.
jogi à propos dt De point continuer les pouvoirs de coQfeiwr à quarante ou cinquante d'entre eux ; il ne lairaa cet pouvoin qu'aux confeaseuTE des princes, et encore avec limilation. Il refusa au P. Tellier le pouvoir d'absoudre des cas réservés et de confetser les religieuses. Il ne lui accorda même de simples pouvoirs qu'à la considération du roi, comme il eut soin de l'écrire avec fraocbiee à madame (le Maintenon, le 20 août : o Je donne de nouveaux pouvoirs au P. Tellier, lui dit-il, quoique ce soit celui qui mérite le mieux de n'en pas avoir ; j'en fais le sacriGce au roi et les remets à sa conscience, priant continuellement Noire-Seigneur de lui laire coDuailre le péril qu'il couil eu couliant son âme à un bomme de ce cai-actère. »
Les Jésuites firent intervenir le roi lui-même pour obtenir de nouveaux pouvoirs; mais NoaiUcs Uni ferme contre toutes les solliciialious *. ils s'en dédommagcreut eu répandant contre lui des bruits meneongers, et ils résolurent dès-lors de pousser les cboses à la dernière cxirémilé. 11^ clierchèreut à soulever de nouveau quelques cvéques, cl le P. Tellier conçut un plan que nous laisserons exposer au duc de Saint-Simon, qui avait des relations avec ce Jésuite et le connaissait intimement. H n'eut, pour confidents de sei intrigues, « que les Pères Doucin et Lallemant, aussi tins, aussi Eaux, aussi profon !e que lui, dit Saint-Simon ', et dont les preuves étoient faites que lei crimes ne leur coàtoienl ritn. Jésuites aussi furieux que lui, et auasi emportés contre le cardinal de Noatlles qui, pour quelques excès du P. Doucin, lui avoit fait Ater une pension du clergé, qu'il avoit attrapée d'un temps de faiblesse et de di^ràce des dernières années d'Hariai, archevêque de Paris. Ces deux Jésuites denieuroîent à Paris en leur maison professe, où le P. Tellier demeuroit aussi. »
Ce fut dans cet anlre de lénèbriuu intrigue que l'on conçut le projet d'obtenir de Rome une constitution qui écrasât Noailks et ses adhérents.
« Tout ce que vouloit Tellier, ajoute Saïat-Simon*, étoil de mettre un tel trouble et une telle division dans cette affaire, qu'on fùl obligé de la porter k Rome, contre toutes les lois de l'Ëgliie, tout usage et toute raison, qui veulent que les conteslaliuu nient
> Jouinal do l'abbd L« Dieu, 10 wplembre 17U.
* Mémoires du uuc de Saint -SiiLou, I. ix, ch. 11.
* Ibid.. t. u, oh. 1.
nettement jugées et juridiquement dans les lieux où elles naissent ^ sauf rappel au pape^ qui, par ses légats envoyés sur les lieux» revoit et réforme le premier jugement, ou le confirme d'une ioanière aussi juridique..,. Ce n'étoit pas le jeu du P. Tellier. Il ne savoit trop que penser du succès de cette atTaire traitée de la sorte, n la vouloit étrangler par son autorité, et s*en faire après une matière de persécution à longues années, pour établir en dogme de foi leur école, à grand'peine, jusqu'alors, tolérée dans l'Église.
» Son dessein, en faisant renvoyer l'affaire au pape, fut donc de le faire prononcer par une constitution qui, en condamnant un grand nombre de propositions tirées de ce livre, les condamnât d'une façon atroce, mît par leurs contraires l'école de Molina en honneur, et en dogme implicite, eu ruinant toutes les écoles catho* liques uniquement écoulées et suivies dans l'Église; et, comme cela ne se pouvoit espérer en termes clairs, qui auroient porté leur propre anathèmc sur le front, il voulut une condamnation in globo qui, en n'épargnant rien et tombant sur tout, se p&t sauver par un vague qui se pouvoit appliquer ou détourner suivant le besoin, et, par là même, hasarder de condamner dans ce livre des propositions purement extraites de saint Paul et d'autres endroits de l'Ëcriture, et d'autres de saint Augustin et d'autres Pères en termes formels, qui est la première fois qu on l'ait osé, pour tirer de là des conséquences nécessaires en faveur de Molina contre saint Augustin, saint Tbomas et toutes les autres écoles, et, à la longue, par\ &* nir par degrés à faire ériger les propositions de l'école de ÀfoUna les plus opposées à toutes les auti'es écoles, en dogme, et flétrir, par conséquent, tout ce qui, au contraire, a servi de règle jusqu à présent dans l'Église.
» Pour atteindre à ce but, il falloit autant d'adresse et de ténè<* bres, que d'audace dans la manière de dresser la bulle ou constitution; il falloit la dérober aux cardinaux et aux théologiens de Rome, surtout aux partisans sans nombre de saint Augustin et de saint Thomas; y flatter Rome et le pape sur les plus énormes prétentions ultramontaines assez solidement, pour attacher leur plus vif intérêt au maintien de cette pièce, sans toutefois que cela itki assez grossier pour choquer le roi ou se mettre en danger que les parlements le pussent vaincre à cet égard; et, pourtant, la fabriquer de manière que le pape se trouvât engagé en des condamnations teHement insoutenables, qu'il se sentit hors de moyen d'en pouvoir donner auctine explication si les évéques de France s'a^isoient de lui en demander, et que la superbe de sa prétendue
IIISTOIBE
infaillibilité l'empêchât toujours de souffrir que d'autres attentassent à l'interpréter eux-mêmes; que^ par là^ il se roidit à la faire recevoir purement et simplement^ et que les Jésuites^ a^jant pour eux le pape et Rome, également intéressés pour leur pouvoir et pour leur embarras^ le roi en France engagé^ dès en la demandant, à la faire recevoir et trop entêté de son autorité pour n'y pas employer toute sa puissance, ils eussent, par là, une préférence de leur école sur les ruines de toutes les autres, qui, portée par les deux puissances également, éblouiroit l'ignorance ou la faiblesse des évêques, attireroit les autres par l'ambition, forceroit tout théologien d'être publiquement pour ou contre, grossiroil infiniment leur parti, et leur donneroit lieu d'anéantir l'autre une fois pour toutes par une inquisition et une persécution ouverte contre des gens également en butte à l'autorité de Rome et à celle du roi ; par là accoutumer toute tête à ployer sous ce joug, et, de degré en degré, l'ériger en dogme de foi, et c'est là malheureusement où nous en sommes aujourd'hui. »
Le P. Tellier pouvait d'autant mieux se flatter de réussir, que ses prédécesseurs et lui-même avaient peuplé FÉglise de France d'évêques ambitieux et vendus à sa Compagnie, qui reconnaissaient lui tout devoir et tenaient à mériter sa bienveillance ^. Parmi eux* brillaient l'ambitieux Mailly, archevêque d'Arles, qui remplaça, en 1710, Le Tellier sur le siège de Reims; Janson, qui remplaça Mailly à Arles, homme d'une parfaite bêtise y d'une ignorance crassff, et que son oucle, le cardinal, ne jugeait pas capable d'être vicaire d'un curé de campagne; Le Normand, évêque d'Évreux,un homme fait exprès pour le P. Tellier, qui avait trahi le cardinal de Noailles à l'instigation des Jésuites. Ces évêques avec les Cfaampflour, les Lescur, les Bissy et un trop grand nombre d'autres, étaient vendus corps et âme à la Compagnie. Avec leur secours, Tellier espérait bien mener à bonne fin son projet. 11 sut gagner à cette cause l'archevêque de Cambrai, qui, du sein de son diocèse, conduisait les ducs de Beauvilliers et de Chevreuse, et qui entretenait de fréquentes rdations avec les Jésuites, surtout avec le P. Daubenton, le digne correspondant du P. Tellier à Rome.
On regrette de voir Fénélon mêlé à ces ténébreuses intrigues ;
* On se rappelle sans doute les aveux de certains ë?éques de rassemblée de 1700.
< Mémoires da duc de Saint-Simon, t. ix, ch. 1.
DE l'égusb db FRAMCK. ^69
mais il n'est que trop vrai qu'il fut un des auxiliaires du P. TelHer. il avait à se venger de Noailles et de Bossuet^ qui avaient fait condamner son livre des Maximes des SainiSy et il était flatté de ifoif censurer un livre qu'avaient approuvé ses deux adversaires. Comme la Justification du P. QuesneL composée par Bossuet, avait bit beaucoup d'impression h Rome^ il adressa au pape des observations ' pour donner un mauvais sens aux propositions que Bossuet avait approuvées.
Pour disposer le pape à donner une constitution, il fallait lui prouver qu'elle serait bien reçue du roi ; le P. Tellier obtint donc de ce prince un arrêt qui supprimait le livre du P. Quesnel et révoquait le privilège pour l'imprimer. On fut étonné de voir le roi interdire un livre de doctrine sans qu'il y eût aucun jugement de l'autorité ecclésiastique légalement reconnu; mais le pape avait donné un bref ^ et le P. Tellier voulait faire comprendre ù Clément XI avec quelle facilité on recevrait une bulle, puisque, sur un simple bref non reçu en France, le roi défendait d'imprimer le livre censuré.
L'abbé Le Dieu raconte ainsi ce fait, avec sa bonhomie et sa franchise ordinaires ' :
« Il nous est venu de Paris un arrêt du Conseil d'État, le roi y étant, donné à Mari y, le 11 novembre 1711, par lequel: pour certaines grandes et sages considératioM, il est défendu à tous imprimeurs et libraires de ne plus imprimer, vendre et débiter le XouceaU' Testament en français^ avec des réflexions morales, etc., c'est-à-dire le Nouveau-Testanient du P. Pasquier Quesnel. Ou a dit à ce sujet que M. le cardinal de Noailles a été sollicité de la part du roi', par M. le curé de Saint-Sulpice de Paris, d'abandonner ce Nouveau-Testament, d'en retirer son approbation, et même de le condamner et de rendre aux Jésuites de Saint-Louis * leurs pouvoirs ; et qu'ayant tout refusé, disant que sa conscience ne le lui permet point, le roi a fait faire l'arrêt ci-dessus dans son conseil, disant que sa conscience l'engageoit à supprimer ce livre, contre l'avis de M. de Pontchartrain, chancelier de France, et de
* Ge3 observations sont datées du mois de mai 1712.
* Journal de Tabbé Le Dieu, 4 di^ccmbre 1711.
* Ces solliettations Font racontées dans le Journal de Tabbé Dorsanne.
^ C'est-à-dire de la maison professe, rue Saint-Antoine, dont TégUse était dédiée à saint Louis.
RIBTOIBI
M. d'Aguesseau^ procureur-général^ disant l'un et Taotre que c'étoit agir contre les intérêts du roi et de sa couronne en approuvant ainsi tacitement la condamnation de ce livre faite à Rome par un bref^ qui est contre les libertés de TÉglise gallicane ; à quoi on dit que le roi a répondu que sa conscience lui est plus chère que sa couronne. On ne doute point que tout ce manège ne soit joué par le P. Tellier, confesseur du roi, qui se vante d'obtenir de Rome une bulle dans les formes contre le Nouveau -Testament du P. Quesnel ; et, pour y parvenir, il se servira de cet arrêt, qui fait voir la disposition du roi iî recevoir la bulle et à la faire recevoir par tous les évoques, et publier par tout le royaume. •
Ces précautions prises, Louis XIV donna ordre au cardinal de La Trémoille, chargé des affaires ecclésiastiques de France à Rome, de solliciter une bulle, en son nom, contre le livre des Réflexions morales. L'ordre était du 12 décembre 17il. La Trémoille était chargé de prier le pape de qualifier les plus mauvaises propositions du livre, de ne point envoyer la bulle et de ne la point rendre publique avant d'en avoir communiqué le projet au roi. Clément XF promit de faire ce qiie le roi demandait, et nomma une commission h la tète de laquelle il mit Fabroni. Celui^i s'entendit avec Daubenton, et ce sont ces deux hommes qui doivent être considérés comme les véritables auteurs de la constitution ^
L'affaire étant ainsi portée à Rome, on pressa Noailles d y envoyer un agent, afin de combatire l'influence de ses adversaires; mais il s'y refusa, disant que cette constitution n'était pas son affaire, mais celle de l'Église, et que son unique devoir était de prier Dieu pour que le pape et le roi n'eussent en vue que la vérité et la paix de l'Église *. Noailles le déclara publiquement dans sa lettre à Tévéque d'Agen, dans laquelle il fit, avec la plus grande modération, le récit de tout ce qui s'était passé dans sa discussion avec les évéqucs de Luçon et de La RocheHe.
«Cette lettre, dit l'abbé Le Dieu% répandue par tout le royaume, a révolté tout le monde contre les Jésuites, devenus l'objet de la haine publique, surtout à Paris. Ils n'oseroient paraître, mais ils ne font pas moins sentir leur indignation contre les parti-
* M'^moires du duc de Saiot-Siinon, loc. ctt; Journal de TabbéDorsanu, ann. 1711.
< Lettre du cardinal de Noailles à Téréque d*Agen. » Journal de l*abbé Le Dieu, 4 juin 1712.
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eiiKere, qu'ils font enfermer à la Bastille et qu'ils chassent de leurs emplois. Aussi M. RoHin *^ principal du collège de Beauvais^ a été obligé de quitter sa place^ à la poursuite des Jésuites. Il y a eu, dil-oD, aussi une lettre de cachet contre M. du Rieux, principal du collège du Plessis, mais sans effet, pour le respect que l'on a eu de la vertu de ce saint prêtre. Les biens infinis que M. Rollin et que M. du Rieux continuent de faire dans l'éducation de la jeunesse, qui lenr attiroient les enfants des grandes maisons de Paris et de la cour, faisant jalousie aux Jésuites, sont la vraie cause de cette persécution. »
Les Jésuites disaient, comme on le pense bien, qu'ils n'étaient guidés que par leur amour de l'orthodoxie et leur horreur du Jansénisme.
Dès que le bruit se fut répandu, en France, que l'affaire du livre des Réflexiùns morales était portée directement à Rome, et sans le concours de l'épiscopat, plusieurs évéques élevèrent, la voix. CIcrmont-Tonnerre, évêque de Langres, adressa au roi des remontrances fort dignes, et il écrivit au cardinal de Noailles *:
ff Je regarde comme un des plus grands maux qui puissent arri* ver à l'Église, celui de renvoyer les affaires présentes à Rome, et je ne puis voir dépouiller les évêques de l'autorité que Dieu leur a donnée sans sentir la douleur la plus vive, et sans implorer la miséricorde de Dieu sur nous. Est-il possible que rien n'éclaircira sur cela les bonnes intentions du roi, et que nous verrons demander une constitution à Rome qui achèvera de déshonorer l'Église de France, et dont l'on aura plus de peine à se servir, quand on l'aura reçue, qu'il n'y en auroit à trouver les moyens convenables pour terminer celle affaire en France ? Quand cette constitution de Rome, que le clergé de France n'aura pas demandée, sera arrivée, comment fera-t-on pour la recevoir? La recevrons-nous en jugeant avec le pape, ou sans juger avec le pape? Si nous la recevons en jugeant avec le pape, autre incident avec la cour de Rome, puisque le pape prétendra que nous ne pouvons pas juger après lui. Si nous la recevons sans juger, et seulement pour la faire exécuter en France, nous devenons des prévaricateurs de notre ministère, et, au lieu de l'honorer, nous le déshonorons. J'ai asset
* Cest ruiustre auteur des histoires ancienne et romaine. > Lettre de Tévèque de Langres au cardinal do . Noallîes, en date du 18 nvril 1712.
bonne opinion des év^ues de France, pour cnàre qu'ils sonfiriroienl plulAt toutes sortes de maui, que de commettre une actioD si indigne, et je vous promets par avance que je serai du nombre de ceux qui feront leur devoir, d
Quoique le cardinal de Noailles regardât comme indigne de lui d'organiser à Home une contre-intrigue pour entraver celle de ses ennemis, il ne voulut pas cependant y abandonner complètement sa cause ; il écrivit donc au pape une lettre pleine de calme et de dignité, dans laquelle il lui lit le récit de tout ce qui s'était passé depuis la publication de la rameuse Inilnution paitoraie des évoques de Luçon et de La Rochelle, et il lui exposa ses sentiments touchant la doctrine des cinq propositions, celle de saint Augustin et celle de Molina. Il avertit le pape du dessein qu'avaient les Jésuites d'abuser de son autorité pour imposer le Molinisrae, à peine toléré dans l'Ëglise jusqu'alors, et que les tbéologteng les plus savants rejetaient comme un Pélagiaulsme déguisé.
Les Jésuites avaient d'abord déféré au pape trente-trois proposition!, tirées du livre des Ae/7e;riotu mora/»'. Le 15 août 1712, ils en envoyèreDt cent-trois nouvelles. Le pape en Ot t'aveu au cardinal de La Trémoille, et ajouta : u Je ne sais comment l'entend le P. Tellier; il me fait écrire à tous les ordinaires par le roi et par l'ancien auditeur de U nonciature pour accélérer la constitution, et il fait, par cette nouvelle dénonciation, tout ce qu'il faut pour la reculer. S'il a fallu tant de mois pour examiner trente-trois propositions, il en faut bien plus encore pour en examiner ceni trois. >>
Parmi les consulteurs de la congrégation, un seul savait bien le trançais ; c'était Le Orou, sacrîste du pape. 1) était en oulre'graiid partisan de la doctrine de saint Augustin et de saint Thomas ; il lui était facile, à ce tiire, d'éclairer les consulleurs sur le vérituble sens du P. Quesnel, qui, par ses explications, devenait irréprochable. Fabrani et Daubenlon le trouvèrent gênant. Ou l'envoya donc à Liège, sous prétexte de gouverner cette Église comme suffragant; on apprit, par la suite, qu'il était dans cette ville sans emploi*.
Le P. Quesnel ne resta pas insensible à tout le bruit qui se faisait à propos de son livre des Béflexiont moralfs; il publia une Explication apologèlique de ses sentiments, dans laquelle il
* Jounut de l'ibbë Dorsnnne, i
Dl L*6qLIM mi PRANCl. 278
démontra^ avec ime lucidité parfaite, qne la doctrine des cinq propositioDs^ connue sous le nom de Jansénisme, n'était pas dans son livre des Réfleœionê morales, et que Ton n'y trouvait que la doctrine de saint Augustin et de saint Thomas* Il réfutait, dans cet ouvrage, la pauvre Instruction pastorale des évéques de Luçon et de La Rochelle. Le 22 juillet 1712, il écrivit à Oément XI une lettre dans laquelle il demandait avec beaucoup de respect de n'être pas condamné sans avoir été entendu, sans avoir eu la liberté de se défendre, et sans avoir eu connaissance des griefs que l'on élevait contre son livre. On n'eut aucun égard à cette lettre, les tribunaux romains regardent comme autant d'injures ces demandes, qui paraissent si justes aux hommes raisonnables et amis de la vérité.
Tandis que la cabale des Jésuites poussait vivement à la condamnation des Réflexions morales, ime vive polémique avait lieu en France sur ce livre. Le grand nom de Bossuet dominait cette lutte depuis la publication de l'ouvrage qu'il avait fait pour- la défense du livre du P. Quesnel. Quelques fanatiques prétendirent d'abord que cette Justification n'était pas de lui ; mais bientôt ils furent réduits au silence ; ils inventèrent alors une fable dénuée de toute raison, et qui n'en a pas moins été copiée depuis par ceux qui eurent intérêt à l'admettre. Un nommé Gaillande ^ eut la gloire de Tinvention. II prétendit donc que Bossuet n'avait composé son Ateriissement apologétique des Réflexions morales que par déférence pour le cardinal de Noailles, mais qu'il ne le donna qu'à la condition que l'on ferait cent vingt corrections; qu'il avait retiré son travail à cause du refus de profiter des corrections qu'il avait indiquées, et que son travail avait été depuis publié contrairement à ses intentions. Toutes ces assertions étaient autant de mensonges, démentis par l'ouvrage lui-même et par tous les faits. Le P. Quesnel, qui avait reçu de l'archevêché de Paris le manuscrit de Bossuet, le prouva avec évidence *, et, aujourd'hui surtout,
M^ livTe de (raillande était intitulé: Eclaircissements sursQuelquêS ouvrages de théologie. Les évéques de Luçon et de La Rochelle soutiorent la même thèse que Gaillande, et citèrent quelques extraits de lettres saisies dans les jupiers du P. Quesnel. On ne peut avoir confiance en de pareils extraits, lorsqu'on connaît tous les faux comniis par les Jésuites dans la plupart de l«ira ouvrages.
* Jostificatlon des Héflexiom morales, avec un avertissement du P. Quesnel ; Tains efforts dra Jésuites contre la justification des RéflexUrns morales,