II
aMTômi
auouM dat aiiertions de GaiiUndc ne peut être sonteniie ptr lu hmnine de bonne foi. On en fit beaucoup de bruit cependant^ et l'on répandit des anecdotes apocryphes plus ou moins absurdes ^ Malgré tout ce bruit^ il rei^ta démontré que Bossuet, jugeant le livre du P. Quesnel avec toute la pénétration de son génie et la noble indépendance, n'y trouva point Terreur désignée sous le nom de Jansénisme ; il examina les propositions incriminées dont les Jésuites avaient, dès-lors, dressé la liste, et il déclara ces propositions orthodoxes *. Nous n'avons pas à discuter la valeur de ce témoignage. Notre devoir est de constater seulement le fait. Gaillande, dans son écrit anonyme, s'était donné le titre de docteur de Sorbonne, et son livre avait été approuvé par le docteur Quinol. La Sorbonne ' se crut obligée de faire des excuses au cardinal de Noailles pour ce libelle ; le chancelier déclara que sa bonne foi avait été surprise, sans quoi il n'eût pas permis l'impression, et Quinot fut rayé de la liste des examinateurs. Aurait-on pu croire qu'un tel libelle aurait été considéré longtemps comme une autorité par des écrivains qui ont des prétentions à la gravité et à la science !
Sur ces entrefaites, la continuation de V Histoire des Jésuites \ du P. Jouvenci, fut supprimée par le Parlement de Paris •. La sentence eût été plus rigoureuse si les Jésuites ne s'étaient hâtés de
par le P. Quesnel. K., sur celte question, notre Eisai bibliographique sur VAvertitsement ëe Bossuet, et les pièces inédites publiées par nous à la suite des Mémoires de Vikhbé Le Dieu, secrétaire de Bossuet. F. it. le Jowmal de Vabbé Le Dieu, il juin et 96 oclobro 1711.
^ V. le témoignage de l'abbé Le Dieu contre ces anecdotes, dans une ie((R de Tabbé de Saint-\ndré, vicaire-général do Moaux sous Dussuct, insérée prmi les pièces inédites, à la suite do notre édition des Mémoire^ tic Tablié Le Dieu.
* Nous avons 'sous les yeux le mémoire des Jésuites annoté par Bossoet. » Journal de Tabbé Le Dieu, 10 janvier 1713.
♦ La grande histoire des Jésuites a été conunencée par Orlandiui, et ccolinuée par Sarchini, Jouvenci et Cordera.
On y trouve des aveux précieux, maii», en général, elle n'est qu*un panégyrique de la Compagnie; l'on a soin d'y dissimuler tout ce qui l'a rendue odieuse.
•Arrôts du Parlement du 22 février et du 24 mars 1713; d'Àguesseau, Mémoires présentés au roi au sujet de la contiouation de l'histoire de la Compagnie d« s Jésuites, composée en l«tin par le P. Jouvenci, t, xn des OEuvres comj.Iùtef, p. 471 et suiv. ; Journal tie l'abbé Le Die-», % avril 4713.
ni L*teuiB M PIANCK. Wi
nMn, miré h$ atini du roi, une déclaration galBcanc. Par et
nBn, Tk aaliaflrtnt le roi, qui arrêta le Parlemeot. Uonvrase du Duveoei avait élé imprimé k Rome en 1710. U attaquait direo» tenwat let juge menta rendus par la magistfature française contre les personnes et les livres des Jésuites, si justement condamnés à la fin du seiaième et au commencement du dix-septième siècles. Le (yrannicide, le fanatisme des ligueurs, la participation du pape aaz guerres civiles de France, les fureurs des Jésuites et de leurs amis, tout cela est fort innocent aux yeux du P. Jouveaci ; il n'a de larmes que pour les complices de Chàtel et de liavaillac, qu'il proclame innocents, malgré les sentences si graves et si fortement motivées qui les ont frappés. Mais un Jésuite ne peut être coupable aux yeux d'un Jésuite ^
Les Jésuites profitèrent de Tarrét rendu contre le P. Jomrenct pour accélérer la bulle ; ils se posèrent en victimes des Jansénistes, et l'on feignit de croire que FËglise était en danger. Fénélon voulait le croire. Il répétait à satiété, dans ses lettres, qu'il n'agissait pas par intérêt; qu'il était déjà vieux, d'une santé délicate; qu'il n'espérait plus rien en ce monde ; et, en même temps, il recom* mandait toujours de montrer ses lettres au roi, en se gardant bien de lui dire que c'était h sa recommandation. Dans ces lettres, il prétendait que le P. Tellier n'excitait pas assez vivement le roi contre les Jansénistes. Il écrivait dans le même sens à Rome ; il multipliait les lettres, les mémoires pour hàler la bulle et les rigueurs qui devaient en être la suite *. Il écrivait au P. Danbenton le 4 août 1713 : « Il faut se hâter de finir en frappant un grand coup, qui ne laisse aucune évasion sérieuse au parti. Si je ^trc^ loin, il est facile de m'arrêter; mais si je ne dis rien de trop, il faut se hâter de sauver le sacré dépôt, d
Les Jésuites n'avaient pas besoin qu'on leur recommandât d'avoir du zèle. Au mois de janvier 1713, la commission se mit a eiaminer le livre du P. Quesnel avec beaucoup plus d'activité qu'auparavant. Comme les membres de la commission ne savaient pas le français, on mit à leur disposition deux exemplaires d'une
' Le P. d'Avrigoy, en bon confrère, excase Jouvenci aussi bien que tous doat cet histonen prétend faire Tapologie. F. Mém« ehronol.» aaa. .171S. > F. les Lettres de Fénélon aux PP. Tellier et Daubeulon, et, en général, toutes les leUres des années 171S, 1713 et 1714.
arc
traductÏMi latine S et l'on crut, avec ce secours, £li« ea droit de décider sur le seaa de l'auteur. Les congrégatioas forent lerminéei au mois d'aoAt'. La bulle fut signée le samedi, 8 septembre, et publiée )e lundi suivant sans avoir été communiquée aux cardinani, comme c'était l'usa^. Elle commençait par le mot VnigtniHu. Cent et une propositions y furent condamnées m globo, avec les qualificBlioiu les pluf horribles que l'on put i marner. Parmi ces propositions, la plupart étaient tirées textuellement de l'Écriture- Sainte et des saints Pères' ; un iisseï (jrand nombre se rapportaient k la Grftce, plusieurs à la puissance ecclésiastique et à celle du pape en particulier, et à divers points disciplinaires. Voici ce que noiis apprend le duc de Saînt-Kimon sur la publication de la bulle Vmgenitut. Cel écrivain n'avait aucune relation avec les Jansénistes, et il voyait au contraire intimement plusieurs Jésuites et les amii de Pénélon :
« Daubenlnn el Fabroni, dit-il ', étoieni venus à bout de leur ténébreux ouvrage. La pièce fui mise dans l'état de perfection que le P. Tellier avoil commanilt'. Tout y brilloit, excepté la vérité. L'art et l'audace y étolent sur le Irànc, cl toutes les vues qu'on s'y étoil proposée!" s'y Irouvcrcnl plus que parfaitement remplies. L'art s'y étoll épuisa, l'audace y surpas^oit celle de lou^ les siècles, puisqu'elle alla jusqu'à condamner eu propres termes des texte* extraits de saint Paul ', que tous les siècles, depuis Jésus-Clirisl. avoienl respectés comme les oracles du Snint-Espril m£me. L'incooveulent étoit un peu fort, mais tout h fait indispensable pour le but auquel on tendoit. Les deux ailleurs le sentirent. Ils n'espérèrent pas de le faire passer aux cardinaux, qu'une nouveauté si étonnante rcvolleroil. Daubenton avoit fourni l'adresse; ce fut ù Fabroni de se charger de l'impudence. Ils enfermèrent des imprimeurs, tirèrent ce qu'ils \onlurcnt d'exemplaires, gardùrenl les
< Journal de rabl>é Dursanne, aiin. tT13.
' Le bruit courut mime à Pari», àti le mois Je mni, (ju'oUes (*t.ii*nl termina (Jountil de rnbl>£ Le Dieu, 3 mai 1713).
* On peut Toir dans \m Piêeet StuVfieativeg de ce volume le tPïlP d« propositions eondamiiées, cl les piis!a)^a de l' Écriture-Sainte et des saints PiTt". mis en parallèle.
* Mémoires du duc de Sainl-Simnn, t. ai, ch. 6; V. aussi Duclos, Hémoi-
■ On disait, pour eicuwr rex coiidannalions, que ces lexles avaienl, dsH l'ouvrsge du P. Que«nel, une autre signiflcation que dans Ws Épitres de niM Paul. On afQrmail la in<>mc chose pour les \ex\ta dm wints Père*.
DE l*6gubb de faakce. 277
pianches et les imprimeurs tant que le secret leur fut importauf, puis ils allèrent trouver le pape^ auquels ils en firent une rapide lecture.
» Elle ne put l'être assez pour que Clément ne f&t pas frappé de la condamnation des textes formels de saint Paul^ de saint Augustin et des autres Pères. Il se récria. Fabroni insista pour achever la lecture que Daubenton en faisoit modestement. Le pape voulut garder la pièce pour la relire à son aise et y faire des corrections ; Fahroni étourdit le pape et le malmena. Clément crut au moins s'en tirer de biais en représentant à Fabroui le danger d'exposer à Texamen des cardinaux une censure expresse des termes formels de saint 'Paul, ce dont il n'y avoit point d'exemple dans l'Église^ et même de saint Augustin^ dans une matière où elle avoit adopté sa doctrine pour sienne. Mais cela n'arrêta pas Fabroni^ qui lui dit qu'il seroit plaisant de donner son ouvrage à des réviseurs^ et qu'il ne se laisseroit point mettre sur la sellette^ ni le pape^ sous le nom duquel l'ouvrage étoit fait^ et qui le prononçoit^ y parlant et y décidant lui-même. Clément dit qu'il étoit engagé de parole au cardinal de La Trémoille en particulier^ de ne rien donoer làdessus que de concert avec lui : et qu'il avoit solennellement promis au sacré collège que la pièce ne verroit pas le jour qu'ils ne l'eussent examinée par petites congrégations les uns avec les autres, et que conformément à l'avis du plus grand nombre d'entre eux. Fabroni s'emporta de colère, traita le pape de faible et qui se rendoit un petit garçon, lui soutint la constitution belle et bonne, toute telle qu'il la falloit, et que, s'il avoit fait la sottise de dooner cette parole, il ne falloit pas la combler en la tenant. Puis, laissant le pape éperdu, il sort, et, de ce pas, envoie afficher la pièce par tous tes lieux publics où on a coutume d'afficher et de publier les bulles et les constitutions faites à Rome. »
D'après une autre narration S le pape aurait eu le temps de consulter , sur sa bulle , le cardinal Carpaigne qui alors était atteint d'une maladie mortelle, et qui l'aurait supplié de ne pas publier une pareille constitution.
Quoi qu'il en soit, les cardinaux ne furent pas consultes. Ils en firent grand bruit * et portèrent leurs plaintes au pape. Casoni et Davia s'exprimaient sans ménagement sur la bulle elle-même, et
* Journal de Vàhhé Dorsaone, anu. 1713.
' Mémoires du dao de Soint-Simun^ toc. cU* ; Journal de l*abbé Dursanne.
HISTOmS
n'en troutaient pas la doctrine plus tolérable que le procédé dont on avait usé à leur égard. Albani et les créatures du pape firent tous leurs efforts pour amortir ce premier feu ; on leur reprâtenU la bulle comme un moyen efficace de proclamer leur dogme faTori de rinfaillibilité pontificale^ et bientôt la paix Ait rétablie.
Le P. Tellier et le nonce Bentivoglio reçurent la nouvelle bulle au commencement d'octobre. Bentivoglio s'était déchargé sur k P. Tellier de toutes les démarches pour l'obtenir . Du reste, il préférait aller à TOpéra que s'occuper de théologie ^ La constitution ne fut pas mieux reçue d'abord en France qu'à Kome. Le cardinal de Roban et Bissy eux-mêmes la condamnèrent. Rohan venait d'être nommé grand aumônier par le crédit du P. TeUier; Bissy, par la même entremise, était nommé cardinal, mais n'avait pat encore reçu le chapeau. Le P. Tellier les tenait ainsi l'un et l'autre : cr II tint ferme, dit Saint-Simon ^ fronça le sourcil sur Kssy comme sur un homme dans sa dépendance, qui ne tenoit paa encore son chapeau, et à qui, en disant un mot et ici, et à Rome, il pouvoit le faire manquer; il parla ferme à Rohan, et lui fit entendre le péril qu'il couroit à ne pas tenir les promesses qui lui avoient valu la charge de grand aumôm'er, et il n'oublia rien pour se rendre mai* tre de tout ce qu'il put d'évêques et pour intimider ceux qui litoient déjà siens, de façon qu'aucun ne lui pût échapper, o
Par respect pour le Saint-Siège, nous devons, avant de continuer le récit des intrigues de Tellier, faire une observation nécessaire touchant la bulle Unigenitus :
Qément XI eut-il vraiment l'intention de condamner, dans cette bulle, la doctrine de saint Paul et de saint Augustin sur la Grâce? Non, assurément. L'Église romaine a toujours déekré, avant comme après cette bulle, que saint Augustin est le docleor de la Grâce, et que sa doctrine est celle de l'Ëglise romaine. En censurant d'une manière générale des propositions extraites textuellement soit de rÉcriture-Sainte, soit des saints Pères, il n'a condamné que l'abus que le P. Quesnel, selon lui, en aurait Ait en les détournant en un sens qu'elles n'ont pas, c'est-è-dire an tens de la Grâce nécessitante ou du Jansénisme. La buHe Uniffe-
> Ce nonce avait une conduite immorale. Il entretenait à peu près publiquement une fille de TOpéro, dont il avait un enfant. F. Mémoires du duo de Saint-Simun, t. xii, ch. 19.
* Mémoires du duc de Saint-Simon, t. xi, ch. 6.
D£ L'bGUSJ: de FRANCE. 279
nUuê a le même sens que celle d'Innocent X contre les cinq propositions; c'est la même doctrine qui est condamnée dans ces deux constitutions.
On ue peut avoir une autre opinion sans accuser Clément XI d'avoir prévariqué et abandonné la doctrine de toute la tradition catholique^ et, en particulier, celle de tous ses prédécesseurs sans exception. De ce que le P. Tellier et les Jésuiles avaient un autre but en provoquant cette bulle^ on ne doit l'interpréter ni d'après ce but des Jésuites^ ni d'après les chants de triomphe qu'ils entonnèrent après l'avoir obtenue. Nous ne ferons point au Saint-Siège cette injure, et nous laisserons les Jésuites, qui se proclament cependant ses défenseurs intrépides et dévoués^ assurer que, par la buUe Unifenitu», Clément XI a voulu changer la doctrine de TËglise au profit des erreurs de leur P. Molina.
A peine la bulle était-elle affichée à Rome, que le P. Daubenion t'interpréta en ce sens dans une lettre qu'il écrivit au P. Croiset^ Quelques extraits de cette lettre confirmeront ce que nous avons rapporté des projets des Jésuites :
« Vos vœux sont enfin accomplis, dit-U au P. Croiset * ; voilà k fameux livre des Réfkxionê tnaraleê de Quesnel sur le Nouveau* Testament et tous ses écrits apologétiques réduits en poussière par les foudres que le Dieu du ciel a mises dans la main de son vicaire en terre; voilà le cardinal de NoaUles et l'engeance quenellislô écrasés sous les pieds du pluê grand pontife qui ait paru $ur la ekaire de Rome, Ces loups ravissants sous la peau d'agneaux^ ce» maîtres de mensonge, ces séducteurs pleins d'artifices sont aujourd'hui démasqués à la face de l'univers. C'est au Parlement de Paris à rougir de son refus à recevoir le premier décret^ qui condamnoît en gros ce Iivt« janséniste et séditieuxi et, ce qui est le plus info* lérable, conforme à la version de Mons '. Il est de la justice divine et du devoir du souverain prince des apôtres de faire boire jusqu'à la lie le calice de confusion à ces opiniâtres.
s Quelle joie puur vous, mon révérend père, et pour le prélat de volte voidnage!' Je le dois féliciter ici de l'heureux succès que eoiit aoofu donné à ton entreprise. Le petit diocèse oik son grand
1 Lettre da P. Dauhcnton au P. Croiset, en date du 9 septembre 1713. Le9ié»ttUes en ont eontesté Tauilieatteité^ ou eompreod pourquoi. ^Tersien «piirooirM par Bassoef, aommè aoes Tavoes remarqué. • Vé9é(tm d*Ap», FofiMa da Goteiii«s<
HISTOIRB
zèle a éclaté devient^ eu cette occasion^ le plus graud du royaume. Faitesrluipart au plus tôt d'une copie de cette bulle^ et répandez-la promptemeni dans les diocèses circonvoisins^ surtout à Arles, à Aix^ à Marseille et à Toulon. 11 est à propos qu'elle soit imprimée de tous côtés, et que la voix générale que nos Pères vont former du royaume entier ne laisse point aux plus vigoureux Jansénistes le moment de respirer avant la publictUion qui doit les étouffer. »
Les Jésuites auraient pu attendre la publication légale et faHe par les évéques, mais ils se croyaient sans doute excusés par la bonté de Tacte lui-même.
a Vous concevez trop, ajoute le P. Daubenton, l'immensité des biens que doit produire ce nouveau décret, pour ne pas agir eu conséquence. La doctrine de notre Société est à couvert d^ insulte à Vavenir, et celle de la Sorbonne est entièrement flétrie. Les docteurs de cette université qui ont embrassé notre parti sodI à présent autorisés; tout le reste ne sauroit tenir
» Voilà Nicole, Saci, Le Tourneux, Thiers, Thomassin, Tillemont, Fleury même, Baillet et tant d'autres, censurés par celte bulle, et nous verrons bientôt tous les livres jansénistes au feu tout comme Quesnel, si le zèle que nous avons soin d'inspirer à Clément XI depuis 1702 dure encore quelques années. Recommandez, s'il TOUS plaît, aux saintes âmes de notre direction d'en demander à Dieu l'accroissement. Il est encore très sûr que, par le Queneltiême, nous irons beaucoup plus loin que par le Jansénisme. Il est cependant bon de n'avancer que par degrés.
» Prenez garde, s'il vous plaît, mon révérend Père, que, dans la composition de vos livres, vous n'approchiez pas quelquefois des expressions notées par la nouvelle bulle. L'avis n'est pas à négliger, après que je vous aurai dit que nous allons le suivre dans la traduction des homélies de Sa Sainteté. Et, si vous êtes par hasard dans ce cas, n'oubliez pas de le coucher dans l'errata des volumes qui suivent. Car, quoique nous ayons pris d'aussi justes mesures pour être sûrs du présent pontificat^ il est, néanmoins, bon d'ôter aux Jansénistes la récrimination... • Soyez surtout attentif qu'en insinuant nos opinions, vous ne donniez prise au Parlement. Le temps de prêcher sur les toits n'est pas encore venu. Nous écrirons au révérend Père Le Tellier de choisir des Pères propres à composer des livres de dévotion qui puissent remplacer ceux que nous (tvons à faire condamner. Il faut que k public voie que nous ns
DE L*ittLUS DB FAAMCB. âM
sommes pas ennemis de la piété. Les libraires se verront par là dédommagés '• Nos prédicateurs ont aussi de nouveaux avis....
9 Au reste, ce n'a pas été sans beaucoup de peine, je vous assure, que nous avons eu la bulle qui nous met en aussi beau champ de moissons. Vous eu jugerez par la copie d'une autre toute différente, qui avoit été ébauchée sur les idées que quelques théologiens de la clique du prisonnier au château Saint-Ange ' avoient entassées. Quelle latinité dressent-ils en comparaison de celle qu'on voit dans tous les brefs qui ont paru ! Il a fallu employer une infinité de moyens. Nos Pères Yally, Diare, Imperiali et Francolin le sont donné plus de mouvements pour donner un bon tour à cette affaire^ qu'il n'en a fallu pour porter Alexandre VIII à excommunier la France. Ça été un autre embarras de soutenir nos sentiments d'une manière que le Parlement de Paris ne trouvât pas d'abord sujet de s'opposer à la réception. Nous en sommes heureurtement venus à bout, comme vous le connaîtrez par les articles de l'excommunication. L'erreur des opinions gallicanes se trouve précédemment condamnée par les termes particuliers contre le litre en général. Voilà encore Jouvenci vengé pour la doctrine, et unu pourrez accorder aux royalistes de Provence que notre histoire a été un peu trop sincère.
» La cour de Rome doit beaucoup, en cette rencontre, aux mémoires que nous avons reçus du P. Le Teilier. Celui qui est coté ou nom de M. de Fréjus^ a paru des plus efiicaces.... Nous ne doutons pas que les évéques qui ont agi dans cette affaire ne prennent un nouvel essor.... Nous ne voyons nulle apparence que ceux qui ont du Quesnel à la cour voulussent hésiter de se faire mettre au catalogue des indignes du cardinalat, ou, du moins, dans la
' Le P. DaubentoQ exalte ici le Nouveaa-Testament du P. Lallement, que In Jésuites avaient fait composer pour remplacer celui de Quesnel, et Y Année chrétienne du P. Groiset, qui devait faire eoBcorreooe à celle de U Tourneux. Il conseille de ne pas mettre en tête des nouveaux livres des Jésuites les approbations des évéques d*Apt et de Gap, trop connus par leur aouroission entière aux désira de la Compagnie.
* Ce prisonnier était Louis Maille, qui s*était fixé à Rome, et qui fut retenu prisonnier au château Saint-Ange comme suspect de Jansénisme. Il y resta einq ans, et ne fut renvoyé en France qu*aprèi U mort de Louis XIV.
' Cétait Flenry, depuis cardinal et ministre de Louis XV. Nous avons dit pourquoi il se déclara poui^les Jésuites. On peut consulter les Mémoires du àm de Salnê-Simon touchant la moralité de ce personnage.
BlfMlftl
liftte dd c^x que le P. Tellief trouve trop (kibles pour rarehevêché.
» Le$ inêiruetiom que nous enf^oyans à ce sujet sont âs^et prêches; elles ne manqueront pas défaire impression sur l'esprit de ceux qui sont plus en passe d'aspirer aux avancements, et lé paquet que nous allons expédier dans quatre ou cinq Jours four-* nira contre tous les obstacles imaginables, etc.... n
Tous les faits et les témoignages viennent à l'appui de ces confidences intimes du fameux Daubenton.
On sera moins étonné, après cela, en lisant le récit suivant, dtl duc de Saint-Simon * :
« La constitution venue, le P. Tellier me demanda un rendeivous pour raisonner avec moi. Je crus que c'étoit pour me la montrer, car presque personne encore ne l'avoit vue, et le nonce ne l'avoit pas encore portée au roi. Quand nous fàmes tète à tête, je lui demandai à la voir. Il me dit qu'il n'en avoit qu*un exemplaire, sur lequel on travailloit, mais qu'il me le donneroit au premier jour, et qu'il pouvoît m assurer qu'elle étoit bien et bonne, et telle que j'en serois content; que ce qui l'avoit engagé à me demander cette conversation étoit pour me consulter sur la manière de la faire recevoir. Je me mis à rire de ce qu'il vouloit me demander ce qu'il savoit bien mieux que moi, et, peut-être, ce que déjà il avoit résolu. 11 se répandit en discours, partie de compliments, partie de la difficulté de la chose sur un premier eflarouchement qui commençoit à bourdonner. 11 me pressa tellement, que je lui dis qu'il me paraissoit qu'il avoit sa leçon toute tracée dans la manière dont le roi avoit fait recevoir la condamnation de M. dé Cambrai^ qui étoit parfaitement juridique, sans embarras, et selon toutes les formes les plus ecclésiastiques.
» Je n'eus pas lâché la parole que, d'un air de conGance et d'ingénuité dont je ne reviens pas encore, il me dit en propres termes qu'il ne se joueroit pas à cela, et que cette forme étoit trop dangereuse ; qu'il se garderoil bien de livrer la constitution aux assemblées provinciales de chaque métropolitain, au génie de chaque évéque du royaume, et à des gens qui ne seroient pas dans Paris, sous ses yeux. Je sentis incontinent la violence qu'il vouloit exercer, qui m'anima è disputer contre et à lui représenter l'Irrégularité d'une réception faite par des évéques qui, au hasard, se trouve-
^ Mémoires du duc de Saint-Simoo, t. xi, ch. 6.
Dl L'fetWI M FMANCB.
roNBl à P«rî0. « Au hasard? reprit le oonfetseur) je âc veux poîat a me fier au hasard ; je prétenda mander des provinces les évéques » qui me c<mviendront^ empéeher de venir ceux que je oroiraî » difficiles à conduire^ et^ comme je ne puis pas emptefaer ceux qui » sont à Paris d'être de l'assemblée qu'il y faut failne pour recevoir, » et qu'il peut y en avoir de discoles, j'y fourrerai les évéques m » pariiiuif et ceux mêmes qui sont nommés et qui n'out pas » encore leurs bulles, pour être par eux plus fort en voix, et les a opposer à qui voudra raisonner, a Je frémis à ce langage, et je lui répondis que cela s'appeloit jardiner et choisir. — a Vraiment, » répUqua-t-il avec feu, c'est bien ce que je veux faire et ne » m'abandonner pas aux députations. — Mais, lui dis-je, queb » pouvoirs auront des évéques fortuitement à Paris ou qui y seront » mandés, d'accepter pour leurs comprovinciaux, destitués de pro» a'eurations d'eux? — J'en conviens, me répondit le confesseur» 9 mais, de deux inconvénients, il faut éviter le pire; or, le pire » est de se Uvrer au hasard et de ne pas se bien assurer. Pourvu a qu'ik acceptent dans l'assemblée, je ne m'embarrasse pas du » reste, et, avec ce chausse-pieds, nous verrons qui osera résisler » au pape et au roi. Les défauts se suppléeront par l'autorité, et la a bulle sera reçue comme quoi que ce soit : voilà ce qu'il faut, a
a Nous disputâmes et discourûmes encore quelque temps sur ces évéques tu pariitm et ces autres nommés et encore sans bulles, moins, de'ma part, pour le persuader que pour le faire parler, tÀ j'admirois en moi-^méme également ce fond de supercherie, d'adresse, de violence, de renversement de toute règle, et cette incroyable facilité de me le montrer à découvert. C'est une finan» ehise que je n'ai jamais pu comprendre d'un homme si faux, si artificieux, si profond ; encore moins à quoi il le pouvoit croire alife. Je le quittai épouvanté de lui et des suites que je prévoyois.
a Nous prîmes un rendez-vous pour parler de la bulle même, après qu'il m'en auroit donné un exemplaire. Nous nous revîmes très peu de jours avant le départ de Fontainebleau. Je le trouvai radieux. Il avoit rangé Bissy et le cardinal de Hohan à ses volontés, et reçu, apparemment, de bonnes nouvelles de ses batteries de Paris... Il me demanda une audience chei moi, à Versailles, le vendredi après le premier vendredi que le roi y seroit aitivé... Il me conta, toujours avec cette naïveté dont, à peine, je pus croke mes oreilles, le nombre d'évéques qu'il avoit mandés des provise c% à quoi> s«BS doirte, îk s'éloil pris avAnt dei na'eii avoir parlé
HISTOniE
pour la première foig^ et pour les avoir à temps^ et d'autres mesures générales^ avec un épanouissement singulier. Nous nous séparâmes de la sorte^ pour nous revoir chez moi au jour dont nous venions de convenir.
» Le P. Tellier ne manqua pas au rendez-vous qu'il m'avoit demandé^ et nous nous enfermâmes vis-à-vis l'un de l'autre, mon bureau entre-deux, avec deux bougies allumées dessus. Là, il se mit à me paraphraser les excellences de la constitution C/mgenitusy dont il avoit apporté un exemplaire, qu'il mit sur la table. x>
Une vive discussion s'engagea d'abord entre Saint-Simon et le P. Tellier sur la censure de cette proposition : <f Une excommunication injuste ne doit point empêcher de faire son devoir. » Si cette proposition est mauvaise, la contradictoire est bonne ; dans ce cas, on ne serait pas tenu de faire son devoir lorsqu'une excommunication, même injuste, en empêcherait. Tellier chercha à se tirer d'afl&iire par des distinctions que Saint-^imon n'eut pas de peine à réduire à leur juste valeur : a 11 rageoit, dit Saint-Simon, et plus il se contenoit à mon égard, moins il le put sur la matière ; et, comme pour se dédommager de sa modération à mon égard, plus il s'emporta et se lâcha sur la manière de forcer tout le royaume à recevoir la bulle sans en modifier la moindre chose.
» Dans cette fougue, où, n'étant plus maître de soi, il s'échappa à bien des choses dont je suis certain qu'il auroit après racheté très chèrement le silence, il me dit tant de choses sur le fond et sur la violence pour faire recevoir, si énormes, si atroces, si effroyables, et avec une passion si extrême, que j'en tombai en véritable syncope. Je le voyois bec à bec entre deux bougies, n'y ayant du tout que la largeur de la table entre nous deux ; éperdu tout à coup par l'ouïe et par la vue, je fus saisi, tandis qu'il parloit, de ce que c'étoit qu'un Jésuite qui, par son néant personnel et avoué, ne pouvoit rien espérer pour sa famille, ni par son état et par ses vœux pour soi-même, pas même une pomme ni un coup do vin plus que tous les autres, qui, par son âge, touchoit au moment de rendre compte à Dieu, et qui, de propos délibéré et amené avec grand artifice, alloit mettre l'État et la religion dans la plus horri- Me combustion, et ouvrir la persécution la plus aifreuse pour des questions qui ne lui faisoient rien, et qui ne touchoient que l'honneur de leur école de Molina.
» Les profondeurs^ les violences qu'il me montra, tout cda
eofemble me jeta en une telle exiase^ que, tout à coa^, je me pria à loi dire en rinterrompant : o Mon Père, quel âge avezr-vousT » Son extrême surprise, car je le regardok de tous mes yeux, qui la virent se peindre sur son visage, rappela mes sens, el sa réponse acheva de me faire revenir à moi*méme : « Hé ! pourquoi me » demandez-vous cela ? » L'eSbrt que je me fis pour sortir d'un qm po9ito si unique, et dont je sentis toute l'effrayante valeur, aie fournit une issue : a C'est, lui dis-je» que je ne vous ai jamais » tant regardé de suite qu'en ce vis-à-vis et entre ces deux bougies, » et que vous avez le visage si bon, si sain, avec tout votre travail, » que j'en suis surpris. » 11 goba la repartie, ou en Gt si bien le semblant qu'il n'y a jamais paru ni lors, ni depuis, et qu'U ne cessa point de me parler très souvent, et presque en tous ses voyages de Versailles, comme il faisoit auparavant, et avec la même ouverture, quoique je ne recherchasse rien moins. Il me répliqua qu'il avoit soixante-quatorze ans, qu'en effet il se porloit très bien, qu'il étoit accoutumé de toute sa vie à une vie dure et de travail ; et, de là, reprit où je l'avois interrompu. »
Cette conférence dura plus de deux heures» On comprendra mieux la confiance du P. Tellier pour le duc de Saint-Simon, lorsqu'on saura que ce seigneur était l'ami et le pénitent du P. Sana- (lon, un des Jésuites les plus considérés de cette époque.
La bulle étant arrivée officiellement en France *, le roi chargea le. marquis de Torcy d'en envoyer aussitôt une copie à l'archevêque de Paris, et une autre au premier président du Parlement. Il donna ordre en même temps à Voisin, secrétaire d'État de la guerre, d'aller à Paris pour conférer, avec l'archevêque, sur la manière de recevoir la nouvelle constitution^ ou plutôt pour lui proposer de consentir à ce qui avait été arrêté d'avance avec le P. Tellier. Il lui communiqua en même temps un projet de mandement pour l'acceptation delà bulle. Comme Voisin s'en prétendait auteur, l'archevêque, avec son air doux et tranquille, lui fit compliment de la netteté et de la précision qu'il mettait dans ses œuvres théologiques, quoique ses occupations ordinaires fussent d'un genre bien différent. Le cardinal ajouta que, Sa Majesté voulant bien le consulter sur la manière de recevoir la bulle VnigeniluSy son avis serait qu'on y procédât par des assemblées provinciales, comme pour la condamnation du livre de Fénélon. Il en écrivit en ce sens à Voi-
* Joumat de Tabbé Dorsanne. ann. 1713.
rin, en toi e«r*o^t le prqfet in maBdcnmit qu'A voriiil piAltar pour révoquer ion spprc^tioDduhvredMjl^/biiMMiiiont/u^ Li roi ht conlent de ce mandranenl, et le renvoTa, par m eooitier ■pfcial, à l'an^evéque, qui le fil imprimer te jour m4me.
Le premier prétident du Parlement, le procureur général et le* avocats fténéntix, coniullés sur la manière de recevoir la bidie, forent dn mtme avis que Noaillet, et rejetèrent en pirticnlicr une anemblée des évêques qni seraienl à la cour ou k Paris tans eoo- TOCBtion ou délégation spéciale. Ils trouvèrent, du reste, que jamais bulle plus innocente, qvani à la forme, n'avait été envoyée en France par la cour de Rome, et que l'on avait en soin d'y respecter les libertés de l'Édite gallicane ; ils ne firent donc, soue ce rapport, que quelques réflexions générales. Le P. Tellier, comme nous l'avons dit, avait bien eu soin de faire respecter, dans la forme, les libertés gnlliciines, afin de ne pas rencontrer d'obstacle au Parlement pour l'acceptation.
Le jeudi, 5 octobre, le roi décida qu'il y aurait une assemblée des cardinaux, arche\âques et évéques qui seroient à Paris ou à la suite de la cour ; que cette assemblée se tiendrait le 16 octobre, et il fit écrire aux agents que te pape lui ayant accordé la condamnation du livre des Réflexion» morales, ils devaient avertir les prélats ci-dessus désignés de se réunir pour accepter la conslitutim*. Voisin en donna avia au cardinal de Noailles en ces terme*' :
« Votre Imminence saura par M. de Ponlcbartrain, Monseigneur, qo'entre les différent» parti» qui pourraient être prit pour porrenir à taecfplaîion de la conttitHlion, le rot a «Aot'«i l'assemblée extraordinaire des évéques qui se trouvent à Paris ; ils peuvent être au nombre de trente ; il a paru que cette voie seroit la plus sûre et la plus courte. Votre Ëminence y préfidera. •
Ainsi, cette assemblée d'évéques, convoquée par le roi, n'eut même pas la liberté de choisir son président. Les évéques m partibus, les évéques sans litre, excepté d'Aquin, ancien évéque de FréjuB, el les évéques seulement nommés furent convoqués comme les autres à l'assemblée. Le P. Le Bel, Recolle), nommé à l'évécbé
< Lettt«dtiMrdiiiaIdeNouUHklC.Voisin,end3taduj»*i)pliaibt«t7U; Joumal de l'abbé DorgsoiM.
■ y. la Lettre du roi nui agents du clergd, en lâle du procès-verl»! de l'assemblËe de 1713 1714.
■ Lettre de Voisin au cardiail ds Noaillet, en it<ta du B oc4obre.
Dl L*illU«« M PBAMCI.
4t BetUéem, demanda à m point élre d« rasaembléei et ftit renwfi pour cela au cardinal de Noaillea^ qui trouva la demande fort légitime '.
Noaillee fil au roi quelques observations touchant la précipitation que Ton mettait à tenir cette assemblée^ car ce n^était que le 8 octobre que le nonce Bentivoglio avait remis ofiiciellement la imik au roi ; deux jours après, on envoyait de la cour Tordre d'aswmbler les évéques, et on ne mettait^ entre cet ordre et rassemblée, qu'un intervaUe de dix jours. On ne fit pas droit à ses réclamations. Voisin lui répondit : a Le premier jour de l'assemblée ne lera pas le jour de l'acceplation de la constitution; il y aura apparemment un temps d'examen et des commissaires; ainsi, on ne pourra pas dire qu*ll y ait eu de la précipitation. »
En conséquence, le 16 octobre 1713, les cardinaux, archevêques et évoques qui étaient à Paris pour les affaires de leurs diocèses, furent avertis, conformément à Vordre du roi, par les agents du clergé, de se réunir à l'archevêché de Paris •. L*abbé de Broglio ou Broglie^ un des agents, lut la lettre que le roi leur avait adressée. La veille, le roi eo avait envoyé une à l'archevêque de Paris pour l'assemblée; elle fut également lue^ et elle renfermait les mêmes choses que celle aux agents. On nomma ensuite une commission pour aviser aujr mot/ens les plus convenables de recevoir la. constitution. Les commissaires furent : le cardinal de Rohan, évêque de Strasbourg, président ; les archevêques de Bordeaux et d'Anch^ les évêques de Soissons, de Meaux et de Blois. On décida enroite que la constitution serait imprimée, afin que chaque meml>rc de l'assemblée pût en avoir un exemplaire.
Vîngt-neiif archevêques et évêques assistèrent à cette première séance. Voici leurs noms :
De Noailles, archevêque de Paris ; de Bohan, évêque de Strasbourg; de Gesvres, archevêque de Bourges ; de Mailly, archevêque de Reims; de Vintimille du Luc, archevêque d'Aix ; Desmarets, archevêque d'Auch; de Beauveau du Rivau, archevêque de Toulouse; Humbert Ancelin, ancien évêque de Tulles; de Béthune^ évêque de Verdun; Brustart de Sillery, évêque deSoissons; d'Argouges^ évêque de Vannes; Daniel
* lounul de Tabbé Dorsannp, ann. 17i3.
* Proeès- verbal de ra<«embt^ de 17iM7lf ; loumal do l*àbbë Dersanne, aw. 17«a
Huet, ancien évtique d'Avranchea; de Thytrd de Vian, èvtque de Meanx; Bochard de Saron, é\êcjue de Ctennont; de Chainiliart, évéque de Senlis ; de Ratabon, évéque de VivierB ; Gaston de Noailles, évoque de ChàloDS; de Clermont, évdque de Langres ; de Berihier, évéqtie de Blois; François de* Bretons de Grillon, évêque de Vence ; Pierre de l^ngle, évêque de Boul<^e; Baglinn de la Salle, évêque de Hende; Gaspard de Grammont, évêque d'Arelbuse, suffragant de Besançon : Le NormanI, évêque d'Évreux; Le Pilleur, évêque de Saintes; d'Hennin-Liélard, évêque d'Alais; de Beauviliiere-de- Saint-Aignan, évêque de Beauvais; Louis des Bretons de Grillon, évêque de Sainl-Pons; de Maieiieux, évêque de Lavaur.
Le!< 19 et 21 octobre eurenl lieu des séances de pure cérémonie. Vingl-Irois nouveaux évéques arrivèrent à Paris dans cet inler- \alle, ce qui éleva le nombre des membres de l'assemblée à cinquante-deux. Voici leurs noms :
De Hervau, nrcbevêque de Tour«; de Bezons, archevêque de Bordeaux; d'Aubigné, archevêque de Rouen; de Loménie dt> Brienne, évêque de Coulances; de Briquevillc de la Luzerne, évêque de Cahors ; de Clermonl-de-Chaste-de-Roussillon, évêque de Laon; Soanen, évêque de Senez; Bouthîllier dcCbavigny, évêque de Troyes; De Fleuriau, évêque d'Orléans ; François DesniarelM, évêque de Sainl-Malo ; De Tubièl'es de Cajlus, évêque d'Auxerre ; Blouel de Comilly, évêque <le Ton) ; de Bargédê, évêque de Nevers ; Poncet de la Rivière, évêque d'Angers; Sabalier, évêque d'Amiens; Dreuillet, évêque de Bayonne; de Chasteauneuf de Rocheboone, évêque de Noyon; de Uonlier de Mérinville, évêque de Chartres; Turgot de Saint-Clair, é\éque de Séez; d'Hallencourt de Drosmenil, évêque d'Autun; Crissé de Sanzay, évêqne de Rennes; Rogier du Creui, évêque du Mans;Bal- Ihazar Phélipeaux, évêque de Riez.
La quatrième séance de l'assemblée eut lieu le 15 janvier 1714. Le cardinal de Bohan y commença la lecture du rapport de la commission. Il la continua dans les séances du 16, du 17, du 19, du 20 et du 21 janvier. Le bul de ce rapport lut d'établir « qu'il n'y avoil aucune des propositions condamnées qui ne méritât au moins quelques-unes des qualitications portées dans la cons-
Dl L*KGL18E DB FR4NCE.
titution^ et qu'il n'y avoit aucune des qualifications qui ne dût être appliquée à quelques-unes des propositions ^ »,
Le 22^ on lut la constitution en entier, puis le cardinal de Rohan communiqua à rassemblée l'avis de la commission sur ce quelle avait à faire pour recevoir la constitution. Cet avis était : l^' que l'assemblée devait témoigner sa joie de trouver, dans cette constitution, la doctrine de TËglise ; 2^ Taccepter avec soumission et respect; 3^ condamner le livre des Réflexions morales et les cent une propositions censurées par la bulle ; k^ arrêter un modèle d'instruction pastorale pour tous les évéques de France ; 5^ renvoyer à tous ces évéques; 6® écrire au pape pour le remercier de sa bulle; 1^ remercier le roi de son zèle pour la bonne doctrine.
Noailles fit alors quelques observations sur l'importance de la délibération que l'on allait prendre; puis l'archevêque de Tours, le plus ancien des prélats, émit l'avis d'attendre après la lecture de y Instruction pastorale projetée, pour opiner sur les autres conclusions de la commission ; son motif était que l'on sauraitmieux, après celte lecture, le sens que l'on attachait à la constitution. Le 23, il , y eut deux séances. Quarante-neuf évéques y assistèrent. Neuf se rangèrent à l'avis de l'archevêque de Tours ; les quarante autres adoptèrent les conclusions des commissaires. Séance tenante, « l'assemblée pria le cardinal de Noailles de rendre compte à Sa Majesté de la délibération qui venoil d'être prise *. » Ces quarante évéques reconnaissaient, avec raison, qu*ils n'étaient, en toute cette affaire, que les humbles serviteurs du roi, et qu'ils exécutaient ses ordres.
Le !«' février, dans la séance du matin, le cardinal de Rohan donna lecture de l'Instruction pastorale composée par la commission.
Dans la séance du soir, le cardinal de Noailles déclara, tant en son nom qu'en celui de l'archevêque de Tours et des évéques de Verdun, Xaon, Châlons, Senez, Boulogne, Saint-Malo et Bayonne, qu'ils ne pouvaient se joindre à rassemblée, et qu'ils avaient à demander au pape des éclaircissements avant d'accepter sa constitution ; qu'ils assisteraient à la séance par respect pour les ordres du roi, mais que leur présence y serait purement passive.
* Procès-verbal de T/isscmblée de 1713-1714. •JMtf.
Les quarante autres membres se déclarèrent éclairés et satisfaits sur tous les points, et adhérèrent à YIm(ruction paMorale de la commission.
Le 5 février, le cardinal de Rolian déplora que l'assemblée n*e(^t pas été unam'me ; puis il lut les projets des lettres que Ton devait adresser au pape, au roi et aux évéques absents. Tous ces projets furent adoptés par les quarante.
11 ne restait plus qu'à signer le procès-verbal. Le cardinal de Noailles déclara, en son nom et en celui de ses huit adhérents, qu'ils ne signeraient que Tavis émis par lui dans la séance du 1^' février, et il pria le cardinal de Rohan de signer le procès-verbal comme président de l'assemblée, ce qui eut lieu.
C'est ainsi que fut terminée cette assemblée extraordinaire, convoquée par le roi* pour recevoir la constitution Vnigenitus.
Cinq jours après la conclusion de l'assemblée, de CTermont, évéque de Laon, révoqua la sif^nature qu'il avait donnée à la déclaration du cardinal de Noailles, et se rangea à l'opinion des quarante, sons prétexte qu'il n'y avait aucune dissidence entre tous les membres de l'assemblée sur le fond de la question. On pouvait s'attendre à plus d'énergie de sa part, après la letttre qu^il avait écrite au cardinal de Noailles et sa lettre au roi.
Le 12 avril, l'cvêque de Lisieux et l'ancien évéque de Limoges adhérèrent aux décisions de l'assemblée, et requirent les agents de recevoir leur signature. Le 14 du même mois, Huet, ancien évéque d'Avranches, demanda à signer aussi le procès-verbal, ce qui lui fut accordé *.
Nous avons suivi pas à pas le procès-verbal de l'assemblée dans ce que nous venons de rapporter. L'abbé Dorsanne, vîcaîregénéral de Noailles et qui a travaillé sur les papiers de ce cardinal, note plusieurs particularités qu'il faut recueillir.
Dans la première séance, après la lecture de la lettre dn roi à l'assemblée *, Noailles crut devoir donner à l'assemblée des éclaircissements sur sa conduite à Tégard du livre des Réflexions ma-
* Louia XIV avait convoqué de norabreirses assembtdcs depuis celte de 1700. Il y en eut en 1701, 1702, 1705 1707, 1710, 1711. Dm» tontes ces réan ons, on s'occupa principalement de la question de donner de rcr^ent aa roi, et l'on no lit rien de bien important, excepté dins celle de 1705, où l*on accepta, par voie de jugement, la constitution Vineam Damini.
* F. le piocès-verbal de l'asseroblëe de 1713-1711. ^ Journal de Tabbé Dorsanne, ann. 1713.
D> 1,'ÉQLI^E m FRANCE. â9t
raln. fl nppela l'approbaiioti qu'en âiall fait Pélla VialaH, son prW^sseur à ChAlona; la boane réputation dont l'otivrage h\àit jouipendani tani d'années; l'ealime qu'en faisait HariSi, son prédiwweiir à Paris, êvêqne si vigilant contre le Jansénisme; la Juili/iMlion qu'en aToii faile Bossuet, dont l'autorité était si grande non-seulement dans l'Église de France, mais dans l'Église unÎTCr- "■lie. Il linit en disant que, puisque le pape considéraîf la lecture 'Inn lel livre comme dangereuse, il se soumetlail à ce jugement.
Plusieurs évéques auraient voulu qu'au lieu de nommer une fommissioii, ce qui senlail l'examen, on se soumit purement et 'implement à la liulle ; l'étêque de Vence était de cet avis, m Est-ce que l'on prétend ici, disail-il, corriger le pape* — Est-ce que Tuts croyez, lui répondit l'évoque de Boulogne, que le pape soit incorrigible T »
U roi avait voulu qu'il y eût au moins les apparences d'un fïamen, mais il avait eu soin de désigner les membres de la tommissioD, et Noailks n'eut qu'à faire eoflnaltre les fiCms à l'assem- M^. Le P. TeIKpr alla tous les jours h la fin de chtqiie séance de bccrmmission, pour se faire rendre compte de ce qu'on y avait fuit. Les séances se tenaient chez, Rohan, h l'hftlel de Soubîse; l'on nf communiquait d'abord rien à Noailles, quoiqu'il fftl ptésident d« i'issemblée, et des théologiens dévoués aux Jésuites donnaient des nnips aui commissaires. Le rapport fut rédigé p8r le P. Doacift, Jésnite, et Vivant, cnré de Sainl-Metry, qni s'était distingué dan* l'ïffaipe de !a destruction de Port-Hoyâl.
Va hacbelier de Sorbonne ayant fah împtimer, sur cM entrefaites, une thèse dans laquelle il soutenait que les constttntlona de» («pea doivent être reçnès des évéques par voie de jugement, toute la cabale des Jésuites fit gtnad bfuit, et le roi fit sopprimet h *^, quoiqu'elle fftt conforme ii la doctrine ie l'assemMéc if 1705 et de toOfc fÈglise de France, dans Ions les temps.
Pendant que la commission faisait l'elameo des propositions, l« roi ordonna; le 2§ oCtobfd, au cardinal de Hohan, de faire traduire la bulle en français et de la publier, sous prétexte que les Jansénistes en répandaient une traduction peu fidèle et téditteuie. Il n'en élait rien ; mais on voulait sans donle persuader an pafe que le simulacre d'examen que l'on faisait n'était que pour la forme, el que la bulle avait été publiée même sans lellreE-patentMj aiH acceplatioii Ak l'épncopat et sam enregirireraent du Pat^ 'cmcnl. L'évéquf de Soissons fut chargé de faire Iravailler à la
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traduction française, qui fut revue le 4 novembre et pubUée aussitôt. Elle provoqua un soulèvement presque général * ; les fidèles en gémirent, les hérétiques eu triomphèrent, les incrédules accablèrent l'Église de leurs railleries, et répandirent une foule de poésies légères et de pamphlets contre l'œuvre pontificale. En même temps, les dévotes des Jésuites s'érigeaient en théologiennes, et soutenaient l'infailUbilité des constitutions des papes. Bissy, qui avait d'abord trouvé la bulle outrée, en était devenu l'admirateur passionné, et lui trouvait mille beautés qui échappaient aux esprits superficiels.
Le cardinal de Noailles assista aux dernières séances de la commission. Un jour que l'on discutait la soixante-huitième des propositions censurées, dans laquelle le P. Quesnel dit que Dieu a tout renfermé dans la foi et la prière, on prélendit que cette proposition était digne de censure, parce que l'auteur n'y tenait point compte de la charité. « Prenez garde, dit Noailles aux commissaires, de vous contredire dans votre censure; dans les précédentes séances, vous avez reproché au P. Quesnel d'avoir trop parlé de la charité. — Les hérétiques se contredisent souvent, répondit brusquement Bissy ; nous ne sommes pas ici assemblés pour concilier les contradictions de Quesnel, mais pour condamner ses erreurs. ■— Je crains fort, repartit Noailles, que le public trouve plus de contradictions dans la censure que dans le livre. » Broglio fut scandalisé de ce qu'avait dit le cardinal, et dit aux commissaires qu'en récoutant on n'entrerait pas dans les vues du roi. Cette observation était digne d'un abbé qui savait mieux boire et chasser que faire un argument théologique.
Le roi s'impatientait de Texamen, si rapide cependant, que l'on faisait, dans le sein de la commission, des propositions condamnées, et il^rivit au cardinal de Rohan d'en finir au plus tôt et d'en arriver à l'acceptation ' ; mais les commissaires étaient embarrassés touchant cette acceptation, et penchaient à adopter l'opinion du cardinal de Noailles, qui disait qu'on ne pouvait recevoir la bulle
> Journal de i*abbé Dorsanne, ann. 1713 ; Instruction pastorale de Fénëloo sur Tacceptation de la bulle Unigenittts; Mandement de Fleurj, évéquede Fréjus, du 0 mai 1714 ; diverses lettres tirées des Archives de Rome, citées plus bas.
< LeUre du cardinal de Rohan au cardinal de Noailles, en date du 12 d^- (omhre 1713.
LKGU6E DR PlUNCE. l03
qu'avec explications^ afin de mettre à couvert Jes vérités qu'elle semblait attaquer; Bissy seul se prononça avec beaucoup de chaleur contre cette opinion, qui n'allait à rien moins qu'à renverser l'échafaudage d'intrigues élevé par les * Jésuites en faveur de Molina. Bissy, se voyant abandonné des autres membres de la commission, se retira mécontent, bien résolu, comme il disait, de faire sonner la grosse cloche, c'est-à-dire de faire parler le roi.
En efifet, le 27 décembre, Rohan communiqua à la commission les ordres qu'il avait reçus de la cour pour que la constitution fût reçue purement et simplement. En entendant ces ordres, Bissy luimême se crut obligé d'affecter la surprise; il fit le piteux , et se contenta de prononcer quelques mots inintelligibles. On communiqua en même temps à la commission et à Noailles une dépêche de Rome, adressée au nonce touchant les explications. Eu voici la substance :
a Ce n'ent point assez que les évéques ne fassent, dans leur acceptation^ aucune mention de leur qualité de juges, mais il faut encore empêcher qu'ils n'en fassent la fonction. Cette longue assemblée^ passe déjà, dans les gazettes, pour un examen; il faut qaeles évéques acceptent purement et simplement; ensuite, s'ils veulent faire paraître leur érudition, ils pourront faire un commentaire de la constitution. On explique tous les jours les canons des conciles et même les Saintes-Écritures; il n'y auroit donc rien d'étonnant qu'ils expliquassent aussi la bulle. On ne doit point écouter tout ce qui se dît, en France, sur ce que certaines propositions sont les propres termes de saint Augustin ; Luther et Calvin n'avaient que saint Augustin dans la bouche; les Jansénistes ont parlé de même, et cependant le Saint-Siège n'a pas laissé de les condamner, sans condamner la doctrine de taint Augustin. Le roi a promis de faire accepter la bulle purement et simplement; c'est à lui que le nonce devra s'adresser pour Texécution de la parole royale. Le roi ne doit point se faire de peine d'exiger cette soumission des évéques, qui sont ses sujets et dont le pape est supérieur; en cela, il exige seulement d'un inférieur ce qu'il doit à son supérieur légitime. 0
' Nons en avons fait coimaltre toutes tes séances d'après le procès verbal. On doit en conclura que, ci elle fut longue pour le tempe, elle ne le fut pas peur les délibérations.
Ijl cour de Kofoe, sûre d'élre écoutée, déclarail sa,m déluur »e^ prétentions.
Le nonce apporta lui-même celte dépèche au cardinal de Noailles. Nous n'entrerons pas dans le détail des intrigues peu édifiantes qjii décidèrent la commission à accepter la bulle purement et sim-
Element. Tout cela jeta l'épiscopal dans un bourbier, comme disait lermont, éyêque de Laon ; u pour l'en tirer, ajoutaitiU il faudroit des bœufs, et on n'a que des ânes, » Quelques évoques se plaignirent bien haut de ces paroles, a Si l'on veut me nommer, répondit Clermont, ceux qui se sont appliqué mes paroles, j'irai chez eui leur en faire salisfaclion. »
Le rapport de |a commission ayant été communiqué à Noailles, il en blâma le style aigre et injurieux ; il y noia une intention évidente de 4o"ner k toutes les propositions le plus mauvais sens, sans réfléchir qu'elles étaient, pour la plupart, tirées des Pères de l'Église. On ne tint aucun compte de ces observations, et nous avons dit la manière dont il ta\ adopté.
Pendant les quslre derniers jours de l'assemUée, le cardinal de lUAan donna un dîner spleadide, servi avec un luxe et une délicatesse [dus digîiesde Sybarites que d'évéques. On fit observer que les évéques d'autrefois se préparaient, par le jeâne et l'abstinente, aux grandes décisions. Les censeurs étaient bien certainement des QueHellisles.
CayluB, évéque d'Auxerre *, s'était d'abord joint au cardinal de Noaillea pour refuser d'accepter la constitution purement et simplement ; mais il le quitta ensuite, entraîné par les sollicitations de sa famille. En revanche, les évéques de ticuez et de Saint-Malo arrivèrent k temps pour se joindre au cardinal. L'évéque de 8enei était même porteur de la procuration de Thomassin, évéque de Sisteron, pour protester, au besoin, contre la bulle, et en appeler au concile générai.
Le 35 janvier 1714, Louis XiV envoya au pape un courrier pour riqttruire du résultai de l'assemblée, dès que les avis eurent été donnés.
L'aise)nb)ée fut close te 5 février. Le 7, le roi fit défendre à Noailles de se présenter à son audience, et il envoya aux huit adhérents du cardinal des lettres de cachet, pour sortir de Paris dans les trois jours et se retirer dans leurs diocèses. On faisait
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