‹ Histoire de l'église de FranceChapitre 3 sur 100 · DR L ÉGLISE DK FRANCK · texte numérisé non relu

DR L ÉGLISE DK FRANCK

ne voyons pas sur quoi vous pourriez vous appuyer pour dire que vous avez été vaincus dans la discussion^ que vous avez perdu votre cause. Comment celui qui ne se tenait pas debout aurait-il pu tomber? Comment celui qui n'a pas combattu aurait-il pu être vaincu? Quel est celui d'entre vous qui a' plaidé devant le roi une cause si grave, si juste, si sacrée? Qui de vous est descendu dans l'arène pour se poser comme un mur pour la défense de la maison d'Israël? Qui a osé se dévouer à l'envie? Qui a prononcé uu seul mot, en se rappelant l'ancienne liberté ? Comme vous nous l'avez écrit, les ministres du roi crièrent pour leur maître, et dans une mauvaise cause; et vous, dans une cause excellente, vous avez gardé le silence sur l'honneur du Christ. »

Le pape, après avoir combattu les raisons exposées dans la lettre (lu clergé , ajoute :

a Nous n'avons pu lire sans horreur cette partie de votre lettre où vous dites que vous abandonnez vos droits, et que vous les transmettez au roi ; comme si vous étiez les maîtres et non les gardiens des Églises qui vous sont coniiées; comme si les Églises elles-mêmes et leurs droits spirituels pouvaient être abandomiés au pouvoir temporel par les évêques, qui devraient eux-mêmes se réduire en servitude pour leur liberté. »

Innocent XI finit son bref en annulant et cassant tout ce qui avait été fait, touchant la régale, par l'assemblée du clergé; enga* géant ceux qui y avaient pris part à se rétracter au plus tôt, pour accomplir un devoir de conscience et ne pas porter atteinte à l'honneur du clergé de France.

Le bref du pape est daté du 11 avril ; sur la proposition du président, il fut renvoyé à la commission delarégale, laquelle rédigea un projet de lettre qui devait être envoyée à tous les évêques de France; mais, le 23 juin (1682) , on décida qu'on ne prendrait aucime ré~ solution sur le bref, pour obéir au roi et pour l'amour de la paix.

Amauld *, du fond de son exil, jugeait comme le pape l'œuvre des évêques de l'assemblée de 1682, touchant la régale. Il écrivait, le 26 août, à Dodart , médecin du roi et ami de Port-Royal : « Je trouve une parole dans votre lettre qui doit bien faire gémir. Le roi y dites-vous, était bien disposé à faire toute sorte de bien; les évêques n'avoient qu'à dire. Quel compte n'auront-ils donc point a rendre à Dieu? Cela fait trembler. Je ne parle pas de ceux qui

* Amauld, Considërdttons sur les ofTains deVEgUse, etc., t. xxxvndeses œuvres.

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n'ont aucune crainte de Dieu , qu'en pourroit^on espérer? Hais je pense à ceux qui font profession d'être gens de bien et qui le sont à un certain degré. Vous jugez assez ceux que je veux dire. Peuton comprendre qn'ik n'aient aucun scrupule de ne pas ouvrir la bouche sur la manière dont on traite les plus gens de bien^ par les surprises que l'on fait au roi, qu'il leur seroit si aisé de détromper s'ils en avoient le courage? Et au lieu de cela, ils font, d'une part, les généreux contre le pape, qui ne s'est engagé dans cette affaire que pour soutenir la liberté canonique de leurs Églises, et de l'autre, ils se laissent amuser par de prétendues n^ociatîons qui leur font croire que tout tend à une bonne paix, et que le roi même y est bien disposé lorsque les violences continuent toujours à l'ordinaire. Mais ce qui me paroit plus inconcevable, c'est qu'il ne se soit pas trouvé un seul évéque qui ait représenté à ses confirères l'obligation qu'ils avoient, se trouvant assemblés, de faire réparer l'injure qu'on avoit faite à l'Église en condamnant à mort le grand vicaire d'un diocèse pour avoir défendu le droit de son chapitre. ^ »

Amauld faisait allusion à la condamnation prononcée parle parlement de Toulouse contre le P. Cerle, condamné à mort et exécuté en efSgie un an auparavant, pour avoir résisté à la volonté du roi dans l'affaire de la régale.

Amauld trouvait, comme le pape, que le silence des évêques était une lâcheté, et que leur lettre était pitoyable. Lorsqu'il reçut le bref il le trouva vigoureux *.

Ce n'était pas la première fois que ceux que l'on voulait faire passer comme hérétiques se rangeaient du côté du pape dans les discussions. On se rappeUe que l'abbé de Saint-Cyren se prononça pour l'opinion du pape contre la dissolution du mariage de Gaston, lorsque de nombreux évéques, la Faculté de théol<^ie et tous les chefs d'Ordre, se rangèrent du côté de Richelieu et du Parlement. Du reste, Arnauld ne recevait de consolations que de Rome au sein de son exil, et Innocent XI, appréciant ses vertus et son mérite, l'engageait à supporter avec courage les calomnies et les afOictions dont il était accablé '.

Les évéques qui n'avaient aucune crainte de Dieu, selon Amauld, étaient principalement Harlai, archevêque de Paris, et Le Tellier,

1 Amauld, Lettre 367. e « Arnauld, Lettre 369.»

* Arnauld, Epist. 336 ad Innocent pap. ; Epist. Favorit. ad Amald.

DB L'iCLlSB DB PBAMCB. 79

archevêque de Reims; ceia qu'il regardait comme gens de bien étaient surtout Gilbert de Choiseul^ évéque de Tournay, Bossuet et quelques autres, dont les intentions étaient bonnes, et qui croyaient pouvoir rétablir la concorde entre les deux puissances au moyen de concessions réciproques.

Les circonstances étaient critiques. Harlai et Le Tellier n'auraient pas hésité un instant à se ranger du côté du roi contre le pape, jusqu'à faire un schisme; d'autres, comme Gilbert de Choiseul, n'auraient pas rompu avec l'unité, mais, profondément irrités de tout ce que la cour de Rome faisait ou permettait depuis un siècle pour imposer l'ultramontanisme, ils n'auraient pas hésité à opposer une barrière à ces empiétements et à engager une lutte l'iolente, dont le schisme aurait pu résulter aussi bien que de la lâcheté des évéques courtisans.

Bossuet entreprit de modérer les passions et de se poser en médiateur entre le pape et l'assemblée du clergé. Son génie, sa ^nce, sa vertu lui donnaient une supériorité incontestable sur tous les autres membres de l'assemblée ; Louis XIV, qui connaissait ^D dévouement à sa personne, avait pour lui une affection et une confiance particulières; Innocent XI lui avait aussi doané des témoignages nombreux de son estime ; il pouvait donc s'attribuer le rtie de médiateur, et il sut le remplir avec autant de sagesse et de modération que de fermeté.

Dès Touverture de l'assemblée, il avait posé, dans son sermon, les bases de sa conduite : respect et amour pour le Saint-Siège, centre de l'unité catholique; fidélité à la doctrine ancienne de l'Église de France. Les circonstances n'étaient pas, à ses yeux, de nature à rien retrancher des premiers sentiments, ni à rien ajouter à une doctrine dont on ternirait l'éclat en l'exagérant pour obéir aux passions du moment.

Innocent XI n'écrivit son bref que trois mois après avoir reçu la lettre des évéques.

Ce fut dans cet intervalle, c'est-à-dire le 19 mars 1682, que l'assemblée adopta les quatre fameux articles connus sous le nom . de Déclaraiion du clergé de France mr la puissance ecclésiastique. Ce document a une trop haute importance doctrinale et historique pour que nous ne le donnions pas dans toute son étendue ^ :

c Plusieurs personnes s'efforcent de ruiner les décrets de l'Église

* Procès-verbal de Vassemblée de 16S2» t. v. de la CoUectioa générale.

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gallicane el ses libertés, que nos ancêlres ont soutenues avec lant de zèle, et de renverser leurs fondements, qui sont appuyés sur les saints canons et sur les traditions des Pères ; d'autres, sous prétexte de les défendre, ont la hardiesse de donner atteinte à la primauté de saint Pierre et des pontifes romains, ses successeurs, instituée par Jésus-Christ; d'empêcher qu'on ne leur rende l'obéissance que tout le monde leur doit, et de diminuer la majesté tiu Saint-Siège apostolique, qui est respectable à toutes les nations où l'on enseigne la vraie foi de l'Église et qui conservent son unité. Les hérétiques, de leur côté, mettent tout en œuvre pour faire paraître celte puissance, qui maintient la paix de l'Église, insupportable aux rois et aux peuples, et ils se servent de cet artifice afin de séparer les âmes simples de la communion de l'Église.

D Voulant donc remédier à ces inconvénients, nous, archevêques et évéques assemblés à Paris par ordre du roi, avec les autres ecclésiastiques députés qui représentent l'Église gallicane, avons jugé convenable, après une mûre délibération, de faire les règlements et déclaration qui suivent :

» l.** Que saint Pierre et ses successeurs, vicaires de Jésus-Christ, et que toute l'Église même n'ont reçu de puissance de Dieu que sur les choses spirituelles et qui concernent le salut, et non point sur les choses temporelles et civiles ; Jésus-Christ nous apprenant lui-même que srm royaume n'est point de ce monde^ et, en un autre endroit, qu'i7 faut rendre à César ce qui est à César^ et à Dieu ce qui est à Dieu ; et qu'ainsi ce précepte de l'apôtre saint Paul ne peut en rien être altéré ou ébranlé : Que toute personne soit soumise aux puissances supérieures; car il n'y a point de puissance qui ne vienne de Dieu, et c'est lui qui ordonne celles qui sont sur la terre. Celui donc qui s'oppose aux puissances résiste à l'ordre de Dieu* Nous déclarons, en conséquence, que les rois et les souverains ne sont soumis à aucune puissance ecclésiastique, par Tordre de Dieu, dans les choses temporelles; qu'ils ne peuvent être déposés, directement ni indirectement, par l'autorité des chefs de l'Église; que leurs sujets ne peuvent être dispensés de la soumission et de l'obéissance qu'ils leur doivent, ou absous du serment de tidélilé; et que cette doctrine, nécessaire pour la tranquillité publique, et non moins avantageuse à l'Église qu'à l'État, doit être invariablement suivie, comme ' conforme à la parole de Dieu, à la tradition des saints Pères et aux exemples des saints.

» 2.® Que la plénitude de puissance que le Saint-Siège aposto-

DE l'Église db fbance. 81

lique et les successeur de saint Pierre, vicaires de Jésus-Christ^ oDt sur les choses spirituelles^ est telle^ que néanmoins les décrets du saint concile cecuménique de Constance^ contenus dans les sessions IV et \y approuvés par le Saint-Siège apostolique, confirmés par la pratique de toute TÉglise et des pontifes romains, et observés religieusement dans tous les temps par rÉglise gaUicane, demeurent dans leur force et vertu ; et que l'Eglise de France n'approuve pas l'opinion de ceux qui donnent atteinte à ces décrets, ou qui les affaiblissent en disant que leur autorité n'est pas bien éta- Ûie, qu'ils ne sont point approuvés, ou qu'ils ne regardent que le temps du schisme. >

9 3^ Qu'ainsi, il faut régler Tusage de la puissance apostolique, eq suivant les canons faits par l'esprit de Dieu, et consacrés par le respect général de tout le monde ; que les règles, les mœurs et les constitutions reçues dans le royaume et dans l'Église gallicane, doivent avoir leur force et vertu ; et les usages de nos pères doivent demeurer inébranlables; qu'il est même de la grandeur du Saint- Siège apostolique, que les lois et coutumes établies du consentement de ce Siège respectable et des Églises, aient l'autorité qu'elles doivent avoir.

j> 4** Que, quoique le Pape ail la principale part dans les questions de foi, et que ses décrets regardent toutes les Églises, et chaque Église en particulier, son jugement n'est pourtant pas irréformable^ à moins que le consentement de l'Église n'intervienne.

» Ce sont les maximes que nous avons reçues de nos pères, et que nous avons arrêté d'envoyer à toutes les Églises gallicanes et aox évéques que le Saint-Esprit y a établis pour les gouverner, afin que nous disions tous la même chose, que nous soyions tous dans ks mêmes sentiments, et que nous tenions tous la même doctrine. »

Ces articles furent lus par Bossuet, et l'évoque de Touniai lui en attribua, devant toute rassemblée, la rédaction*. On peut croire que l'illustre évêque de Meaux les rédigea en effet, mais il n'en eut pas la première idée, comme il l'atteste lui-même. Voici, à ce propos, ce que rapporte l'abbé Le Dieu dans |on Journal* :

a On parla de l'assemblée de 1682. Je lui demandai qui

avoit inspiré le dessein des propositions du clergé sur la puissance de l'Église. Il me dit que M. Colbert, alors ministre et secrétaire

* F. Procè*-vcrbal de rassemblée de 1682.

* Journal de l'abbé Le Dieu, 19 janvier 1700.

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