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même vigueur et cassèrent les ordonnances des évéques, qui prétendirent donner connue obligatoire une constitution qui^ d'après le Parlement^ n'avait pas été acceptée dans les formes légales, et qui^ par conséquent, ne pouvait être imposée à personne. Le Parlement, en effet, l'avait enregistrée par force, et il prolestait, comme la Sorbionne, dès qu'il était libre de ses actes.
Afin d'aplanir les difficultés que l'on rencontrait à Rome, le régent y envoya, au mois de mai 1716, l'abbé Chevalier, vicaire* général de Meaux. Bissy se hâta de déclarer qu'il n'était pour rien dans la mission confiée à son grand-vicaire. Il eût été plus honorable pour lui de garder le silence, et de ne pas se poser ainsi publiquement en partisan avoué des dissensions qui désolaient l'Église de France.
A l'appui de la missiou de l'abbé Chevalier, le régent écrivit pour le pape une longue lettre, dans laquelle il parlait fort au long des troubles dont la bulle avait été l'occasion. 11 s'appliquait à faire comprendre au' pape qu'il ne donnerait aucune atteinte à son autorité par les explications qu'on lui demandait, et au moyen desquelles il reudrait facilement la paix à l'Église. Enfin, il dtôait qu'il avait choisi l'abbé Chevalier pour négocier la paix à cause de son mérite, bien conuu même ù Rome, où il était longtemps demeuré K Afin de ménager la susceptibilité du cardinal, le régent ajoutait que l'abbé Chevalier travaillerait sous ses ordres. L'abbé Chevalier étant arrivé à Rome, le cardinal de La Trémoille obtint pour lui du pape la permission de voir le cardinal Paulucci. Il en fut bien reçu et il espérait beaucoup de sa négociation, lorsque, le jour de celte audience, et trois jours seulement après son arrivée à Rome, il apprit que le pape avait convoqué, avec grande solennité, tous les cardinaux pour le surleuderaaiu, 27 juin. Le but de cette convocation était de consulter ces prélats sur la manière dont ou devait procéder pour ôter h Noailles le chapeau de cardinal. Il y fit lire des brefs que le régent avait refusé d'accepter, et se montra vivement irrité contre les évéques opposants.
Dans les brefs que le pape fit lire, il demandait au régent des mesures de rigueur contre la Sorbonne et contre les évéques opposants; il avertissait l'archevêque de Paris qu'il le priverait de la dignité de cardinal, s'il ne recevait purement et simplement la
' LeUro du régent au cardinal de La Trëmoillc. «lu mn\9 de jam 17 16: J jurnal de Tabbé Dorsinne, ann. i7l<l.
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constitution dans un court délai, qu'O lui fixait; il menaçait les évéques opposants de faire procéder à leur déposition s'ils n'obéissaient. Le régent, qui avait été averti par le cardinal de La Trémoille de ce que contenaient ces brefs, n'avait pas voulu recevoir le nonce lorsqu'il était venu les lui présenter; il l'avait renvoyé au maréchal dlluxelles, président du conseil des afiaires étran* gères ; celui-ci lui demanda un double de ses dépêches, et comme le nonce s'étonnait de cette demande, d'Huxellea lui déclara qu'il le lui donnerait^ ou bien qu'il enverrait le paquet au Parlement pour y être ouvert. Le nonce ne crut pas devoir Uvrer à ta magistrature des brefs qui attaquaient directement les lois françaises, et il remporta son paquet.
Trente-huit cardinaux assistèrent à la réunion du 27 juin. Le pape leur demanda réponse par écrit dans la quinzaine.
On peut considérer comme le résultat de cette assemblée les quatre nouvelles pièces qui furent envoyées de Rome en France à la fin de Tannée 1716. La première était un bref adressé au r^ent^ 11 l'avertissait de ce qu'il avait Tintention de faire contre le cardinal de Noailles et contre la Sorbonne et les évéques opposants. La seconde pièce était une lettre du sacré Collège au cardinal de Noailles. On Ty exhortait à recevoir la bulle sans entrer dans ces explications forcées qui la détournaient de son véritable sens. On a droit d'être étonné de cet ordre, car il est évident aue, dans toutes les explications qu'il avait proposées, le cardinal de Noailles avait été d'une orthodoxie que ses ennemis avaient été obligés de reconnaître. Si ces explications n'étaient pas conformes au sens de la bulle, on devait en conclure que cette bulle n'était pas orthodoxe. Les auteurs de la lettre des cardinaux n'avaient pas songé sans doute à la conséquence qui découlait nécessairement de leur assertion. La troisième pî^ce renfermée dans les dépêches de Rome était un bref à la Sorbonne, pour suspendre ses privilèges. Enfin, la quatrième pièce était un bref adressé aux évéques acceptants, et Ton y soutenait l'inutilité des explications, par la raison que la constitution était claire par elle-même, et que les erreurs du livre des Réflexions morales étaient si nombreuses, que personne ne pouvait y être trompé. Cependant, le clergé de
> Bref au régent, en date du -20 novembre 1716. Le bref aux évéques ac- (Tétants était de môme date; celui qui était adressé à la Faeulté de théologie était dalé du 28 du même moifs. La lettre des cardinaux était datée du 16.
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Frauvc t«ul entier, 1« plus savant Je rf^flise catlioiique, n'j avait ri«n trouvé de mauvais pendant un grand nombre d'années, et BosGuet, le génie le plus pénétrant peut-être qu'ail eu l'Église, l'avait justifié. Les explications n'auraient donc pas été inutiles. Il eût suili à Clément XI de déclarer solennellement que la docli'ine de saint Augustin et de saint Thomas était respectée par sa bulle ; que Molina n'était pas glorifié ; qu'il u'j condamnait que la doctrine de la Gr&ce nécessitante comme Innocent X; et toute discussion eût cessé à l'instant, et la bulle eîlt été acceptée. Pourquoi ne fit-il pas celle déclaration légitime? Nous devons croire qu'il l'eût faite s'il eût été livré à ses propres inspirations; mais un génie malfaisant était h. ses cdlés qui le dominait, et que sa déclaration KfA frappé au cœur; rien d'élonnant donc qu'il se soit opiniâtrement refusé à la déclaration si catholique que Noailles et ses adhérents sollicitaient.
Le régent refusa de recevoir les quata^ pièces expédiées de Rome. Le nonce les ayant fait imprimer, les agents du clergé écrivirent aux évéques', par ordre du régent, aHn de les avertir qu'ils ne devaient pas les recevoir. Les parlements les supprimèrent comme contraires aux lois et répandues illégalement.
Ces pièces n'empêchèrent pas de s'occuper en France du projet d'accommodement dont la base était le corps de doctrine, rédigé par Noailles pour donner à la constitution un sens que l'on put admettre sans favoriser le Molinisme ni l'Ultramontanisme. Malgré les oppositions que rencontrait ce projet, on le regardait généralement comme le seul qui pût amener un dénouement honorable pour les deux partis. Le cardinal de Jtoban accueillit l'idée ; seulement, il voulut établir pour base un autre corps de doctrine que celui de Noailles; des conférences s'établirent alors entre les évé-
3ues acceptants et les évéques opposants pour arriver à un accord éfloitîf. Mais la cour de Rome oc pouvait se fa^rc à l'idée que ses préjugés ultramon tains ne seraient pas respectés, et les Jésuites tenaient à faire croire la doctriue de leur P. Molina comme un dogme; on envoya donc de Rome en France le P. Laflleau, Jésuite, afin d'entraver le projet d'accommodement. Ce Jésutlc devint plus tard évéque de Sisleron, et publia un ouvrage sous le
1 Lettre des agents du cl«r(té ans dvdques, en date du 12 décembra 1716 ; JuuiDal d« l'abtyë liurS4nD0, ua. ITIB; LalïtMU, Hisl. d<i la CodsIUuIIod C'iif9«m'<iu, liv. 'A.
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iiire menteur d'Uisioîre de la eonsÊitution Unigeniiui. II s'applique^ dans ce livre, à dénaturer tous les faits; il n'y tient aucun compte des monuments ; remplace les preuves par des insinuations haineuses et des injures indécentes ^ Si nous Ten croyons luimême, il était un personnage fort important, et initié par le pape aux plus grands secrets et aux plus intimes conGdences. Quoi qu'il en soit, il vint en France chargé d'une mission secrète qui n'eut aucun résultat.
Les conférences entre lei» acceptants et les opposants n'eurent aucun résultat, comme on devait s'y attendre, les prétentions étant contradictoires. Les écrivains Jésuites accusent les opposants de mauvaise foi ; les autres en accusent Bissy, Rohan et leurs amis *. Peu importe à l'histoire, qui n'a qu'à constater l'inutilité des négociations et la pensée arrêtée du pape de se refuser à toutes explications; tous les historiens conviennent de ces deux faits, qu'il suffit d'enregistrer.
Pendant ces négociations, la plus grande émotion régnait parmi le clergé secondaire, les ordres religieux et les simples fidèles. Chaque jour voyait naître de nouvelles protestations contre la bulle et de nouveaux excès des Jésuites, qui lui donnaient un sens complètement hétérodoxe. Le cardinal de Noailles prouva ce dernier fait au régent par des thèses soutenues dans les collèges des Jésuites, et révéque de Mirepoix donna aussi en preuve un livre d'un certain P. Assermet.
Cependant le régent, ennuyé de tant de négociations infractueuses, commençait à se ranger du côté des acceptants, et il fit sonder secrètement ceux des opposants qui lui semblaient de plus
■ Le livre éè Lafiteau a été copié par le Jésuite Berault-Bereastel, par Picot et autres écrivaios de la même école. Nous n^avoos pas relevé leurs innombrables erreurs, par la raison que nous aurions été obligés de nous arrêter à chaque ligne pour leur faire la guerre. Nous prierons seulement les lecteurs de lK>nne foi d'observer que les auteurs nommés ci-dessus ne donnent aucune preuve à Tappui de leurs récits, tandis que les nôtres sont solidement appuyés sur des monuments authentiques et des témoignages non suspects. Nous n'hédtons pas à déclarer que les Jésuites d*Avrigny, Lafiteau et BeranlI-Beroastel sont les corrupteurs de Thiatoire ecclésiastique des derniers sièeles, ainsi que Picot, leur copiste. M. Tabbé Rhorbacher n*a pas jugé digne de lui sans doute de parler des discussions soulevées à propos de la Constitution thùgenUus, Sa tftche devenait ainsi plus facile à remplir.
* V. FHisloire de la Constitution» par Lafiteau ; THistoire de la Constitution, par Tautenr des Hexaples ; le Journal de Tabbé Dorsanne.