‹ Histoire de l'église de FranceChapitre 24 sur 100 · B18T01AB · texte numérisé non relu

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fldle conpoftitiou ^ Il les trouva plus solides qu'il ne pensait. Il prit êion U résolution d'imposer un silence absolu aux deux partis.

Quatre des opposants^ voyant cette indécision du régent^ résolurent de faire un coup d'éclat^ qu'ils jugeaient être de la plus grande nécessité pour résister au torrent de mauvaises doctriues que les Jésuites répandaient sous le couvert de la bulle. Ces quatre é.véques étaient : de La Broue^ évéque de Mirepoix; SoaneOj évéque de Senez; Colbert^ évéque de MontpelUer^ et de Langle, évéque de Boulogne. Le 1'' mars 1717> ils signèrent un appel de la constitution Unigenittu au concile général.

Voici comment l'évéque de Mirepoix raconte lui-même ce grand événement^ :

Après avoir dit qu'il n'avait pas cru devoir avertir le cardinal d^ Noailles du dessein des quatre évéques de former appela il continue ainsi:

« J'envoyai prier Monsieur de Montpellier de me venir voir, et d'apporter ce qu*il avoit fait préparer '. Il vint aussitôt. M. l'év^ue de Senez et M. de Boulogne, que j'avois fait avertir, y arrivèrent aussi. Nous lûmes et relûmes l'acte d'appel qui avoit été dressé par les soins de M. l'évéque de Montpellier et de M. l'évéque de Senez, qui éloit presque tout pris du recueil des difticultés envoyé à Rome. Je demandai qu'on y fît quelque changement, surtout pour marquer un plus grand respect pour le pape et un plus grand attachement au Saint-Siège, comme au centre de l'unité. Les changements furent faits et approuvés, et nous nous rendîmes tous chez M. de Montpellier, où nous crûmes être plus en liberté et mieux cachés que chez moi. La difGculté étoit de trouver un notaire qui voulût bien s'exposer à toutes les suites que pouvoit avoir notre appel, et nous en trouvâmes un dans le quaitier qui s'estima heureux de pouvoir nous servir dans cette ocoa-

1 Journal de Tabbé JDorsanne, ano. 1717.

* Relation de Tévéque de Mirepoix, adressée à Cateliui, évéque de Valence; K. iê. Relations des assemblées de Sorbonne; Journal de Vabbé Dorsanoe, ann. 1717.

* L'acte d'appel avait d'abord été rédigé par les évéques de Senez et de Montpellier, et déposé le 22 février 1717 à TÛniversité, en préaeooe de deux témoins : Boursier, doeteur en théologie, et Dugué de Bagnols. L*acte Ait reçu par Demontempuis, recteur de TUniversité. Nous possédooa cet acte authentique avec lea signaturea des deux évéques, des deux léoMlBa et du radcur I>pmonteMpuif, et lea letam des évéques et de TUniversité ; dix pafes in-folio sur papier timbré.

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âoD. Aiiui^ notre acte fut fait et signé le premier jour de mars, sur las iMuf haiires du soir.

» Nous ne savions point encore le temps et en quelle occasion aous le maaUesterions. Il falloit, pour cela, nous adresser à quelque OM^M que nous pussions prendre à témoin de notre appela et qui pût nous accorder les lettres dites aposiolas ^ Nous n*osioni pas aller à TOfficialité, qui est le tribunal naturel où se prennent (Pmtlinaire ces sortes de lettres, dans la crainte qu'elle ne nous fût fermée. Nous pensâmes à l'Université, où nous espérions d'être reçus favorablement; mais le désir que nous avions d'être suivis, dûs notre appel, par la Faculté de Ûiéologie de Paris, dont nous connaissions les dispositions, nous détermina à prendre l'occasion de la première assemblées qu'elle tiendroit. Les évêques qui sont docteurs ont droit d'assister à ces assemblées, et nous ne doutions pas que nous ne fussions bien reçus. Elle avoit sujet de se plaindre du pape, qui avoit fait afficher à Rome la révocation des privilèges que ses prédécesseurs lui avoient accordés; elle avoit même reçu depuis peu de jours, de la part de M. le régent, une mortification qui lui avoit été très sensible, et dont le contre-coup avoit été senti par M. le cardinal de Noailles. On lui avoit ordonné, par ane lettre de cachet, d'efTacer de son registre la conclusion qui avoit été portée en corps à son Ëroinence, au sujet de Tacceptation de la constitution *, et on ne lui permettoit point de délibérer sur cette matière. Nous résolûmes donc de nous adresser à la Faculté

> « L*acte d*appel pouvait se faire ou dB vi?e voix eu présence du juge, ou par un écrit qui lui était signifié (C. Appell. in 0*). En cas que celui qui avait rendu la sentence ne désapinrouvàt point Tappel, on lui demandait des lettres par lesquelles il accordait à la partie la permission de se pourvoir devant le juge supérieur. On appelait ces lettres Apôtres (ou Apostoios), qui signifiaient missions ou renvois au juge supérieur. On demandait de pareilles lettres quand le juge ne voulait point déférer à Tappel. S*tl les refusait après en avoir été requis, toute la procédure qu*il faisait après ce refus tombait d*elle-môme. La partie qui inleijetait Tappel était obligée de demander ces lettres avec instance dans les trente jours, à compter de celui de son appel; sinon, elle était censée y avoir renoncé... (D*Hérieourt , Lois ecclésiastiques de Franee, analyse des Déerétales, D. II, SBi). « Parmi non^, on ne signifie point d*aele tfaqppel an juge, «Mis seulement à la partie; et on relève Va^el par des lettres (|tt*oa obtient à la justice supérieure, où on doit procéder sur Tappel. » (/Md.)

* La Faculté de théologie craignant que Noailles ne fléchit et n*aoceptÂt la Constitution, avait adopté la conclusion dont il est ici fait mentloD. On lui promettait dé le soutenir eonrageasemeal s*il résislall avec fermeté «m iastsM^e qui lui disient fttilee pour raeesptatioa.

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de théologie, et» heureusement, elle avoii la permission de s'assembler pour les articles de doctrine auxquels elle travaiiioit depuis quelque temps.

n I^ vendredi suivant, 5 du mois^ nous nous rendîmes donc à la maison de Sorbonne par deux chemins différents. Nous passâmes, M. de Boulogne et moi^ par la maison de Navarre, où logeoil le doyen de la Faculté, pour pouvoir lui dire que nous avions passe chez lui pour lui communiquer le dessein que nous avions d'entrer ce jour-là en Faculté. M. Tévéque de Montpellier et M. l'évéquc de Senez vinrent par la rue Saint-Jacques. Nous arrivâmes tous en même temps à la porte de la salle^ et les docteurs ne faisoient que d'entrer. Nous fîmes avertir par le bedeau que nous avions des choses importantes à proposer à la Faculté. On délibéra d'envoyer huit docteura pour nous recevoir, et nous fûmes placés immédiatement après le doyen, selon l'usage.

» Je fis d'abord un discours fort courte pour expliquer le sujel qui nous amenoit. M. Févéque de Senez, qui étoit auprès de moi, lut l'acte d'appel, qui fut écouté avec une attention extraordinaire, après quoi je dis encore deux mots sur les effets de l'appel, tant à notre égard qu'à l'égard de ceux qui y adhéreroient. Je n'eus pas plus tdt fini, qu'il s'éleva un bruit confus de voix qui crièrent; adhœremus^ fidhœremus.

f) M. le syndic proposa de nietlrc la chose en délibération, et alors M. Tcvéque de Senez, qui n'est pas docteur de la Faculté de Paris, voulut sortir; mais on cria de toutes parts qu'on le prioit de demeurer. On nous demauda d'abord nos avis; je dis que j'avois déjà dit mon sentiment par l'acte qui venoit d'être lu. M. Tévéque de Montpellier et M. de Boulogne dirent à peu près la même chose. •

» Ensuite, les docteurs opinèrent. Les premiers, jusqu'à M. Léger, furent pour adhérer à l'appel. M. Léger fut d'avis de uou^ accorder les lettres que nous demandions, et, à l'égard de l'appel, de nommer des commissaires pour Texaminer. r,eux qui suivirent s efforcèrent d'exprimer, chacun en sa manière, la joie qu'ils avoient de pouvoir adhérer. 11 y en eut un qui remarqua qu'il y avoit précisément, ce jour-là, trois ans que le décret que la Faculté avoit été obligée de déclarer faux avoit été porté; et fit la comparaison de ces deux jours, Tun de trouble et d'erreur, et l'autre de liberté et de joie. Plusieurs louèrent la manière dont l'acte d'appel «ftvoit été dresfé, et M. Dn Pin, opinant, dit qu'il avoit bien lu dos

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actes en sa vie, mais qu'il n'en avait pas vu de si sage et de si mesuré, iofn apte caneinnaium. Quelques-uns des Mendiants se retirèrent. Un Cordelier opina contre l'appel. M. Bidet, de Saint- Sulpice, dit que non-seulement il l'improuvoit, mais qu'il le détesioii, 11 est vrai que, conseillé par celui qui étoit auprès de lui, il rétracta ce dernier mot avant qu'on eût achevé d'opiner.

» 11 y eut quatre-vingt-seize voix pour adhérer à l'appel, et une douzaine qui prirent des partis différents. »

En sortant de la Sorbonne, les quatre évéques se rendirent chez le procureur-général. Ce magistrat était chez le régent, au Palais- Royal. Le régent savait déjà ce qui se passait au sein de la Faculté. Vivant, curé de Saint-Merry, était sorti de la salle aossitAt qu'il avait entendu ce dont il s'agissait, et en avait averti le docteur Le Moine, qui, aussitôt, en avait averti le prince. Le notaire qui avait reçu l'acte et l'adhésion de Sorhonne se rendit au Palais-Royal pour en faire la significalion au procureur-général * : mais ce magistrat refusa de la recevoir.

Les quatre évéques se rendirent à l'officialité, où on leur accorda lrè$ grtuneusetneni les lettres dites apostolos; et, quelques jours après, ce tribunal avait enregistré plus de deux mille adhésions à l'appel *. Si nous en croyons Lafiteau ', l'ofiicialité a fut ouverte jour et nuit à tons ceux qui vouloient adhérer à l'appel des quatre évéques. n

Nous devons faire connaître cet acte, si important pour l'histoire ecclésiastique :

« Au nom du Seigneur, amen.

û Pierre, évéquc de Mirepoix, Jean, évéque de Senez, Charles Joachim, évéque de Montpellier, Pierre, évéque de Boulogne, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut en celui qui est le véritable salut de tous les hommes.

» La douleur amère dont nos coeurs ont été pénétrés à l'occasion de l'affaire déplorable qui agite, il y a déjà longtemps, toute l'Église de France, ne nous est pas particulière ; elle nous est commune avec plusieurs, et principalement avec ceux qui ont un amour et une vénération sincère pour le Saint-Siège apostolique.

^ Ce procureur était iuly de Fleur}% qui venait de succéder à D*Agui«$eau, nommé ctiancelier après la mort de Voisin. * Relation de Tévéque dm Mirepoix; Journal de l'abbé Dorsanne, ann. 17t7^ » Latiteau, Hist. de la ConBtitution Tnigenit., liv. 4.

• Tous les gens de bf en n'Mtpn voir nui r^aaire des kunrn que Is constitutioii qni commence par ces mois : Cnifmitm Bti ^iut, depuis qu'elle a paru, est un «jet de joie pour les emenù de l'Eglise; que le peu[Ae iidèle est exposé aux iusultes coDtiBodIet des impies et des bérétiques ; que la fiM encore faible des nouTeaui convertis en est ébranlée ; que le salut de plusieurs est en danger; qD'H s'excite de loules parts de funestes divisions; que les fauleors turbulents d'une morale pernicieuse et corrompue triomphent ; que la lumière fwre de la doctrine céleste est obscurcie par les nuages de la nouveauté profane; que tous les ordres du royaume, les magistrats, les ecclésiastiques, les Facultés de théologie, et surtout celle de Pans, si recommandable par son érudition, la première dei Universités, les curés, les évéques, et enfin tout le royaume loal . dans le trouble et l'inquiétude.

D Dans ces circonstances fi f&cbeuses et si pleines de périls, pendant que les plus saints prêtres demeurent prosternés devant l'auld de Jéaus-Christ, et que la multitude des fidèles élève s« mains vers le ciel, nous n'avons point cessé de prier aussi, et de conjurer cdui de qui nous avons reçu le sacré dépAt de la foi, et qui nous a chargés de le garder, de vouloir lui-même le conserver sain et entiar selon ses immuables promesses. Et nous avons apporté en méoïc temps tout le soin et toute l'application que la sollicitude pastorale exigeoit de nous pour empêcher, autant qu'il étoit en nous, qu'on ne donnât aucune atteinte au respect dû k l'autorité du souverain pontife, qui a reçu de Jésus-Christ la primauté dans totrte l'Église, au lien indivisible de l'unité ecclésiastique, ni aux droits sacrés des vérités chrétiennes.

B Tout le monde chrétien sait que, depuis trois ans, nousavont employé toutes sortes d'efforts, de supplications et d'instances auprès do notre ^ainl Père le pape, pour l'engager à remédier à ces maux. Nous espérions qu'à l'exemple de ses prédécesseurs il rece- VToil avec bonté ceux que l'amour seul de la vérité et de la justice portoil à déposer dans sou sein les gémissements publics des tidèles et les propres sentiments de leur cteur aFHi^, et qu'il reconnaltroit enfin qu'on lui avoit caché la vérité, et qu'on l'avoit surpris par de fausses suggestions.

a Mais puisque nous n'avons pu rîen obtenir, parce que les préventions formées par d'infidèles rapports De sont poiat eouic dissipées, «1 que, oependant, les scandales efois«en( de jour ea jour, que les dissensions s'échauffent de pins en pins, qm la piix de

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l'église est troublée et que la vérité chrétienne e«t afhiUie : nous, qm sommes établis par le Saint-Esprit pour gouTemer sekrn ht poi^ tien d'autorité qui nous a été confiée^ l'Eglise de Dieu dans la vérité et dans la charité^ sommes obligés d'avoir recours au remède que les besoins présents rendent aussi nécessaire^ qu'il est en luimême certain et efficace.

» C'est pourquoi, en marchant sur les traces que nos pères nou> ont marquées pour conserver la vérité et pour rétablir la paix de l'Église, nous déférons toute cette affaire au jugement de TÉglise universelle, qui est le tribunal souverain de la puissance spirituelle, la colonne inébranlable de la vérité et le sanctuaire assuré de la paix et de la charité.

» Bien loin que par là nous voulions faire aucun préjudice, ni déroger à l'honneur du Saint-Siège apostolique, à son autorité, à son unité ; nous croyons, au contraire, suivant la tradition générale des Saints-Pères, que '^'est le moyen le plus propre et le plus convenable pour les conserver et pour les défendre.

B Nous donc évéques soussignés, ayant recours au remède dudit appel, disons, mettons en avant et offrons de prouver en temps et Keu ce qui suit, d

Les quatre évéques entrent ici dans le détail des propositions condamnées par la bulle, et dont la censure, d'après eux, attaque les fondements de la hiérarchie ecclésiastique, les droits sacrés des évoques, les libertés de l'Église gallicane, le sentiment unanime des saints Pères et leur vraie doctrine, les véritables règles de la pénitence, les plus fermes fondements de la morale chrétienne. Us sou tiennent que, dans la forme comme dans le fond, la constitution Unigenitus est illégale et contraire aux saines traditions ecclésiastiques et h la justice. Ils forment ensuite leur appel tant pour eux que pour leurs adhérents, non-seulement de la bulle, mais de toutes les mesures que le pape pourrait prendre contre eux, a après avoir fait préalablement des protestations expresses qu'ils n 'entendaient jamais rien dire ou même penser de contraire à V Église, une^ sainte, catholique, apostolique et romaine, ni à Vauiorité du Saint-Siège apostolique. »

La Faculté de théologie adhéra de cette manière à l'appel :

« La sacrée Faculté adhère à l'appel interjeté parles illustrissimes princes de l'Église, les seigneurs évéques de Mirepoix^ de Senez, de Mon^llier et de Boulogne, au concile général, de la constitution du souverain pontife Clémeût XI, commençant par le

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mol Unigênituty et de ce qui s'en est ensuivi et ensuivra, ensemble des griefs qui ont été ou qui seront portés par notredit saint Père le pape Clément XI ; de son autorité ou de toute autre quelle qu'elle soit : laquelle constitution, ladite Faculté a déclaré, par plusieurs conclusions, n'avoir point élé acceptée par elle : racle duquel appel a été lu dans rassemblée générale de ladite Faculté, et copie lui en a été laissée, et toutes les choses contenues en iceini ont été par elle approuvées. La sacrée Faculté accorde acte auxdits seigneurs évêques de la présente adhésion, et est prête à se joindre partout et quand il sera besoin, pour la poursuite dudit appela et à le poursuivre en son nom devant le concile général, qui sera assemblé librement et légitimement, et devant celui ou ceux qu'il appartiendra.

A Fait dans l'assemblée générale de ladite Faculté, en présence des seigneurs évéques ci-devant nommés, le 5 mars 1717. »

Le régent, instruit de ce qui s'était passé en Sorbonne, convoqua au Palais-Boyal une assemblée* où se trouvèrent les cardinaux de Rohan et de Bissy, le chancelier, le duc de Noailles, d'Huxelles, d'Effiat et Amelol. L'acte d*appel y fut lu ; Rohan et Bissy y conseillèrent des mesures violentes contre les quatre évéques et leurs adhérents. Après les délibérations, on s'arrêta à ce qui suit : le syndic Ravechet sera exilé h Lyon * en vertu d'une lettre de cachet ; d'Armeuonville, secrétaire d'État, ira le lendemain chez les quatre évêques, pour leur dire de sortir de Paris dans les vingt-quatre heures ; défense sera faite à la Faculté de théologie de s'assembler; le notaire Thouvenot, qui a la minute de l'appel, sera arrêté et conduit à La Bastille. Le chancelier d'Aguesseau fut d'avis qu'en adoptant ces mesures, il fallait respecter l'appel en lui-même, parce qu'il était légal et qu'on serait peutêtre obligé d'y avoir recours, si le pape continuait à tout refuser. On ne blâma donc cet acte que comme intempestif et fait san^ autorisation du régent. Les quatre évêques écrivirent à ce prince que leur seul crime était d'avoir eu recours aux voies canoniques contre une bulle qui mettait le trouble et la division dan.^ le

* Journal de rabl)é Oorsanoe, ann. 1717.

' Le lieu de son exil fut depuis changé, et il partit pour Saitit-Brteuc. Il roounU en rotite, cliez les Bénédictins de Saint-Mélaine de Renned, Bpré'^ avoir r^u le^i Sacrements avec une piété qui édifia tous ceiik qui rnreni témoins d(^ cptte action.

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royaume, mais qu'ils n'en obéiraient pas moins à sesoMres; en effet, ils se retirèrent aux environs de Paris. Le surlendemain, Tév^ue de Mirepoix eut ordre de partir incessamment pour son diocèse^ et de n'en point sortir sans Tagrément du prince régenf. Les trois autres éi^^ues reçurent le même ordre quelque temps après.

Le 8 mars, le cardinal de Rohan assembla chez lui trente-cinq évéques acceptants, et l'on y délibéra sur une lettre d'une^extréme Tivadté, que l'on voulait envoyer au régent contre la Faculté de théologie, les parlements, les adhésions à l'appel et les ouvrages eomposés contre la bulle. Plusieurs évéques refusèrent de signer cette pièce. En même temps, le cardinal de Noailles et les évéques de Laon, Auxerre, Montauban, Condom et Agen se rendaient aa Palais-Royal, pour faire au régent des représentations touchant les mesures prises contre les quatre évéques appelants, afRrmant que leur conduite était légale et ne méritait aucune flétrissure. Ils se réunirent ensuite, et décidèrent que* dans les circonstances graves où l'on se trouvait, ils devaient publier un mandement suspendant, dans leurs diocèses, l'effet de l'acceptation de la constitution.

Tandis qu'ils adoptaient cette mesure, d'autres évéques se prononçaient officiellement contre l'appel. Mailly, archevêque de Reims, un de ceux qui faisaient le plus de bruit depuis la publication de la bulle, lança une excommunication ipso facto contre tous ceux qui révoqueraient leur acceptation de la constitution et adhéreraient à l'appel. Cette menace n'empêcha pas les adhésions de l'Université de Reims, des chapitres de la cathédrale et de la collégiale de saint Symphorien et d'un grand nombre de particuliers. Les adhésions à l'appel étaient innombrables dans la plupart des diocèses, malgré les mesures rigoureuses adoptées par plusieurs évéques; et partout régnait le trouble et la confusion*

Le gouvernement était inquiet. 11 entreprit d'entraver l'appel de l'Université de Paris et fut obligé de céder ; craignant que la cour de Rome ne se portât à des extrémités, le régent écrivit au pape des lettres remplies de paroles pacifiques ; le chancelier avertissait, de son côté, le cardinal de La Trémoille qu'il devrait protester si la lettre du régent ne portait pas ses fruits, et si la cour de Rome entreprenait sur les libertés de l'Église gallicane. Le pape hésita; il assembla les cardinaux à La Minerve ; et, pendant qu'Us délibéraient, on alluma un énorme bûcher, rempli de matières propres à

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réfMiiidrê une puante et noire fumée ; c'était poui* brûler quelques opuscules où rinfaillibilité du pape n'était pas respectée. On ^ contentait jusqu'alors de brûler en secret au Saint-Office les livres hérétiques; mais il fallait plus d'appareil contre des opuscules gallicans. Le bon sens du peuple fit justice de cette exagération^ et traduisit^ selon son usage^ par une pasquinade, son opinion. Mar^ phoHo >f demandait à son voisin Pasquin ce que signifiait cette cèréinonie : a C'est un feu de paille^ répondait Pwquin, il passera vite ; mais la Constitution vient d'en allumer dans l'Église un qu'il ne sera pas si facile d'éteindre, d

L'archevêque de Reims a jant rendu des ordonnances contre les appelants^ ceux-ci eurent recours au Parlement. Joly de Fieurf, procureur^énéral^ proposa de déclarer que^ tm Vacte d'appel au fïUtÊJt concHts il n'empêchait pas qu'il fût fait défeme de poêêer outre aux ordonnances de l'archevêque. Cet arrêt effraya les theh des acceptants^ et ils en comprirent toute la portée. Les appelants avaient^ par là^ un refuge contre toutes les rigueurs que l'on vaudrait exercer contre eux^ et ils laissaient supposer que la constitution VnifenituSy malgk*é l'enregistrement fait par les ordres du feu roi, n'était pas considérée comme loi de TElat. Ils parvinrent h faire changer, dans l'arrêt, les mots qui ne leur convenaient pas, quoiqu'il eût été adopté par la majorité; le régent suivait, en tout cela> un système de haicule vraiment dépk)rable ; voulant ménager tous les partis, il donnait raison tantôt aux uns, tantôt aux autres, favorisait quelques appelants, et donnait contre les autres des lettres de cachet, lorsqu'elles étaient sollicitées par certains personnagiês. Il entretenait ainsi la guerre, tout en protestant de son désir de la paix. Quelque temps après, le Parlement, dans l'afiaire de Reims> reconnut positivement l'appel comme légal. Il rendît plusieurs autres arrêts du même genre, qui irritèrent la cour de Rome et les acceptants. Le 11 avril, le régent réunit au Palais-Royal plusiMrs conseillers, pour délibérer s'il ne serait pas urgent de prescrire, par une déclaration royale, le silence le plus absolu touchant la bulle ; s'il fallait fonder la déclaration du silence ^ir l'appel des qnatre évoques, où seulement sur les troubles excités par la constitution. On ne prit aucune résolutioti ce jour-là.

Quelques jours auparavant, c'est-à-dîrè le 3 avril, le cardinal de NoaiUes avait mis swr les registres du secrétariat dé son att*ev*cbé un «cte par lequel il appelait de la constîtutibin IMgeniTHî ttn pape meuœ informé w an fmur concile génêtaL Le* évêqties d*A^n,

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de Condoniy de Chftlons et de Saint-Malo adhérèrent à cet appel le 23 du même mois. Dans le même temps^ les évéques de Verdun et de Pamiers adhérèrent à l'appel des quatre cvéques.

On fût effrayé à Rome d'une si redoutable opposition ; et le pape écrivit au cardinal de Noailles un bref^ dans lequel il le suppliait très afTectueusement de recevoir la constitution^ afin de mettre un terme à a cette funeste division^ qui croissait de jour en jour dtnë le royaume de France^ au grand désavantage de la tranquillité publique^ h l'avilissement de l'ordre ecclésiastique, au mépris de l'autorité apostolique et au danger évident de la religion eatho* lique. D On regarda ce bref comme un effet d'un mémoire très solide que présenta à Clément XI le cardinal de La Trémoille. Cependant, la majorité du conseil fut d'avis qu'il ne fallait pas se laisser prendre aux doucereuses paroles du pape ; et plusieurs évéques acceptants favorisaient cette défiance en répandant le bruit que le bref n'était, sous une forme polie , qu'une monition canonique adressée à Noailles. Il est plus exact de dire ^ que le pape, effrayé des suites qu'il prévoyait, tentait une première avance auprès d'un prélat qu'il ne pouvait s'empêcher d'estimer à cause de ses vertus, et avec lequel il se serait entendu plus tôt s'il n'eût été sous l'influence d'une cabale infâme, qui trafiquait, à son profit, des maux de rËglise. Sous cette impression, Clément XI demanda an régent une déclaration qui imposât purement et simplement le silence, promettant de le garder de son côté. On trouva des difficultés en France à une déclaration ainsi conçue, parce qu'elle laissait les choses sans solution, et qu'à la première occasion le pape agirait en conséquence d'actes antérieurs non révoqués, ce qui renouvellerait nécessairement les appels et la division qu'on voulait éviter.

Le cardinal de Noailles répondit au pape avec tant de douceur et d'exactitude, que les plus farouches Ultramontaios furent obligés de lui rendre justice. Il exposait au pape que sa buUe avait excité de grands troubles; qu'on en avait abusé pom* lui attribuer beaucoup d'erreurs; qu'il désirait vivement voir finir ce scandcie par les explications que le pape voudrait bien donner, afin de tonfondre ceux qui lui attribuaient des opinions hétérodoxes.

On comprit enfin à Rome que c'était là le vrai moven de mettre

* Lettre de Tabbé Chevalier ou chancelier â'Agiie.9seaa > en étie du 21 avril 1717.

RISTOIRB

un terme aux divisions. Le cardinal Toloméi^^ qui était Jésuite, en parla au P. Lafiteau, son confrère^ et le chargea de sonder le cardinal de La Trémoiile sur les dispositions où serait Noailles de recevoir les explications. Ce qui avait surtout disposé la cour de Rome à en donner^ c'était que le régent envoyait à Borne le duc de La Feuillade^ avec mission d avertir le pape que^ s'il se refusait au projet d'accommodement dont les explications étaient la base, on laisserait pleine et entière liberté pour les appels. Le P. Ladteau fit un projet d'explications qui fut examiné dans une réunion qui eut lieu chez La Trémoiile^ et a laquelle assistaient labbé Chevalier et le P. Laborde. Il fut facile de découvrir la tactique du Jésuite qui s'était appliqué à parler d'une manière générale et purement négative, afin de laisser à ses confrères la liberté de soutenir toujours que la bulle était la consécration de la doctrine de leur P. Molina. Si Ton eût voulu véritablement arriver à la paix, aurait-on chargé deux Jésuites d'en poser les bases? Le projet de Lafiteau fut envoyé à Noailles, qui en jugea comme ses amis de Rome. Noailles pensait qu'au lieu de restreindre les explications, il fallait en donner au contraire de plus explicites qu'au commencement des négociations et avant l'appel^ et que des moyens qui eussent été suflisants autrefois ne l'étaient plus^ dans les circonstances présentes^ pour ramener les esprits.

Les choses en étaient là lorsque le marquis de La Feuillade arriva à Rome. Pour préliminaire des négociations, on convint qu'on imposerait silence sur la bulle. A Rome, on voulait que le silence fût prescrit aux seuls appelants, et que les acceptants eus> sent toute liberté de les attaquer. On trouva, en France, cette prétention exagérée, et l'on résolut d'imposer silence aux deux partis pendant les délibérations qui allaient avoir lieu à Rome. Li déclaration royale qui prescrivait le silence fut rédigée par d'Aguesseau, et publiée le 7 octobre 1717. On y lisait :

a Disons et déclarons^ voulons et nous plaît que toutes les disputes et contestations et différends qui se sont formés dans notre royaume à l'occasion de la constitution de notre saint Père le pape contre le livre des Réflexions morales sur le Nouveau-Teslament soient et demeurent suspendues, comme nous les suspendons par ces présentes, imposant par provision un silence général et absolu

1 Joamai de Tabbë Dorsanne, ann. 1717; Histoire de la Constitution Unigenitus, par Lafiteau, liv. IT.«.

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sur cette matière. Et ce^ pendant le cours des instances que nous continuons de faire auprès de notre saint Père le pape, pour obtenir de sa sagesse et de son autorité des secours capables

d'éteindre et de terminer entièrement les divisions présentes

Et, en conséquence, faisons très expresses inhibitions et défenses à tous nos sujets, de quelque état et qualité qu'ils soient, de s'attaquer, de se provoquer les uns les autres par des termes injurieux de novateurs. Jansénistes, semi-Pélagiens, schismatiques, hérétiques et autres noms de parti, le tout à peine, contre les contreyenanls, d'être traités comme rebelles, désobéissants à nos ordresi séditieux et perturbateurs du repos public. »

Les appelants et les acceptants rigides furent également mécon^ tents de la déclaration qui confondait, selon eux, la vérité avec Terreur, et ils prétendaient que le roi n'avait pas le droit de prendre une telle mesure. Le silence ne fut donc guère mieux observé qu'auparavant, et les libelles continuèrent à alimenter la division excitée par la bulle. Les Jésuites et les évéques qui leur étaient dévoués cherchèrent surtout, à celte époque, à obtenir à l'étranger des acceptations de la bulle. On savait qu'en Allemagne, à Venise, en Sardaigne, en Sicile, on ne jugeait pas à propos de s'occuper d'une question inconnue, et qui occasionnait en France tant de désordres. On chercha alors des adhésions particulières. L'évéque de Nîmes écrivit à cet effet une lettre circulaire aux évéques d'Espagne et de Portugal, et le cardinal de Bissy à ceux d'Italie et d'Allemagne. La lettre de l'évéque de Nimes fut saisie par les ambassadeurs français, qui l'envoyèrent au régent. Le conseil la jugea injurieuse au gouvernement et à plusieurs prélats du royaume ; c'est pourquoi l'évéque de Nîmes eut ordre de quitter Paris. Cet évéque se nommait La Parisière. 11 avait d'abord feint de ne pas accepter la constitution en arrivant dans son diocèse, atin de connaître les opposants. Lorsqu'il fut par\'enu à son but, il se déclara contre eux et les persécuta. En tout cela, il suivit les conseils de Tellier, qui se souvenait de la fourberie de Douai. La Parisière mourut, après vingt ans d'épiscopat, en banqueroutier sans foi ni loi ^ Au moyen de ces circulaires, les acceptants recueUtirent environ trente adhésions à la constitution, et ceux qui les donnèrent, ne s'étant appuyés que sur le principe de l'infaillibilité pontificale, ne jugèrent point avec le pape. Le Jésuite Daubenton,

( Mémoires de Saiût-Slmoni t. xii, cb. 6.

HltTOniB

qui était alort fort puissant en Espagne, était l'agent de Biasy et de l'évéque de Nîmes pour faire accepter la constitution ^

Après avoir publié la déclaration royale qui prescrivait le silence, on entama de nouveUes négociations * sur cette base. On proposa au pape d'approuver un précis de doctrine qui expliquait la buUe, et exposait la véritable doctrine sur les matières relatives aux propositions censurées. On promettait que, si le pape donnait un bref approbatif de ce précis, Noailles accepterait la bulle relativement à ce bref. Ce projet avait été élaboré par les évéques de Toul et de fiayonne. Le précis composé par Noailles avait été autrefois modifié par Bissy et Rohan, mais Noailles déclarait n'avoir pas adhéré à leurs modifications, et il était adressé au pape tel qu'il avait été composé primitivement. A l'appui des négociations, le régent envoya de l'argent dont on avait, disait-on, grand besoin à Rome, et qui devait aider beaucoup au succès. Le P. Lafiteau fit même des promesses de sommes considérables, après s'être entendu pour cela avec le marquis de Plaineuf, envoyé à Rome avec une misnon secrète *. Il sembla travailler à la paix, afin de se montrer digne d'une pension de deux mille livres, qu'il recevait de la cour de France depuis deux ans dans ce but. Après quelques efforts, du moins apparents, pour négocier l'approbation du précis de doctrine, il fit naître une dénonciation anonyme d'un Jésuite qui Im* inspirait des craintes graves, comme étant compromis par son dévouement, et fit entrevoir que l'unique moyen de le préserver de la colère de ses confrères et de ménager la délicatesse de sa conscience au sujet de ses vœux, était de le faire nommer évéguê inpattihui. On ajourna à la cour de France cette nomination, qui ne semblait pas encore assez méritée ; mais le P. Lafiteau ne lâcha

1 Mémoires de Saint-Simon, t. xvi, ch. 2, 20.

* Journal de l'abbé Dorsanne, ann. 1717 et 1718; Lafiteau, HIst. de la GonstituUou Unigenitus. Ces deux auteurs sont en parfait désaccord sur U manière d'inteipréter les faits; mais ils s*accordent sur les faits essentiels que nous nous bornons à reproduire impartialement, et ils se complètent Tun par Tautre.

* Lafiteau se garde bien de parler de ces propositions dans son Histoire de la Comtiiution. Il passe légôrement sur œ qu'il fit alors et sur ce qui le rrgarde personnellement. Lafiteau, outre son Histoire de la Comslilulion, publia la Réfutation des anecdotes ou Mémoires secrets sur la Constiiuiion, lequel ouvrage est comme une première édition du Journal de Tabbé l>orsaune. La réfutation de Lafiteau est d'une faiblesse extrême; il n'y réfute riru d'important.

DE L^ÉGUSK OX FRANCE. 3l3

po» prise et parvint^ raaoée suivante^ h l'évéçhé de Sifiteron. I] flera fait meutioD plus tard de quelques actes de soa épiscopat.

Pendant qu'on négociait h Rome^ l'appel du cardinal de Noaillesy tenu secret jusqu'alors , fut imprimé clandestinement. Cet ardievéque en fut désolé et comprit^ comme le régent^ combien cette publication était funeste dans les circonstances où Ton se trouvait. Il consentit donc à ce que le Parlement supprimât Tim* pression clandestine i mais il ne crut pas devoir désavouer l'acte en lui-même^ puisqu'il lui appartenait véritablement. Le Parlement ne sévit donc que contre la publication, comme contraire à lia déclaration sur le silence ^ et sans préjudice de l'appel en luî» méme.

Le pape, sollicité d'approuver le précis de doctrine, avait écrit en France a Bentivoglio pour savoir si Rohau et Bissy.y adhéraient. Ce dernier fit grand bruit de certains changements qu'on aurait fait au précis arrêté dans les conférences du Palais-Royal. Bissy et Roban. les trouvèrent nombreux et conaidérables; les autres n'y trouvèrent que deux modifications légères convenues entre te chancelier et Tévéque de Toul, et qui ne touchaient en rien au fond de la doctrine. On avait tellement embrouillé toutes choses, et tant de gens avaient fait des propositions ; Polignac s'était tellement avancé pour Noailles sans y être autorisé, qu'il n'y a rien d'étonnant dans cette divergence d'opinions à propos du précis. Quoi qu'il en soit, et sans tenir compte des reproches que l'on s'adressa réciproquement dans cette aCTaire, les modifications servirent de prétexte pour refuser l'approbation demandée, quoique tout fût orthodoxe dans ce précis. Après mille incidents où l'astuce italienne parut dans tout son éclat, les négociations furent rompues.

Le pape avait paru disposé, pendant quelque temps^ à donner tes explications demandées par Noailles; mais rassurée par les cardinaux Rohan et Bissy» dont l'influence devenait chaque jour plus prépondérante, et qui la flattaient d'un succès éclatant, la cour de Rome reprit courage, et le pape se montra tout à coup moins bien disposé pour la paix qu'aupara\ant. Cette nouvelle disposition fut tellement remarquée à la cour de France^ que le roi écrivit au pape, dans le courant de mars, poiu* se plaindre du peu de soin que l'on prenait à Rome de le satisfaire en ce qui regardait la paix de TËglise. 11 accusait même le pape de conh*ibuer à entretenir le trouble^ l'avertissait qu'A prendrait la

défense des appels s'ils élaîent censurés, et se prononçait avec vivacité louchant les bulles que le pape refusait toujours d'envoyer aux évêques nommés. Quand celle lettre fat écrite, les appels étaient condamnés à Rome par la coi^régation de l'Inquisition. Ce décret fit une profonde sensation. L'évéque de Senei assembla son synode, exposa les motifs de son appel, et tous ses curés, moins un, adhérèrent au discours qu'il prononça. Les quatre évéques appelants écrivirent au régent une lettre énergique pour l'engager à défendre les droits de l'Église et de l'épiscopal. Enfin le Parlement, prenant fait et cause pour l'acte d'appel, qu'il considérait comme légal, d'après le dro)t ecclésiastique de France, supprima le décret de l'Inquisition. Le régent, voyant enfin qu'on n'obtiendrait rien de la cour de Rome, résolut d'agir énei^quement et commença par l'alTairc des bulles.

Depuis plus de deux ans, le pape jdifTérait, soua divers prétextes, d'envoyer les bulles aux évêques nommés '. Le véritable motif était que plusieurs d'entre eux, comme l'abbé Bossuet, nommé k l'évéché de Troyes, n'avaient pas montré de zèle pour la bulle, et étaient mal notés par la cabale, à la léte de laquelle étaient Rofaan et Bifsy. Bentivoglio avait envoyé leurs rense^ements à Rome, où Fabroni les présentait au pape comme k vérité. Ces quatre personnages, vendus aux Jésuites et sans moralité, étaient la cause directe de la division et des troubles qui agitaient l'Église, sous le prétexte menteur de dévouement au Saint-Siège et à la constitution Vnigeniluê. Le maréchal d'Huxelles, ministre des affaires étrangères, irrité de voir toutes ses négociations échouer au sujet des bulles, conseilla au régent d'aviser à un moyen de s'en passer. Le conseil de régence fui du même avis, et l'on nomma une commission pour s'ot;cuper de cette affaire ; elle fiit composée du duc de Saint-Simon, président; de Villeroy, d'Antin, d'Huxelles et de Torcy. Saint-Simon, pour mettre la commission à même de remplir utilement sa mission, demanda à plusieurs docteurs des mémoires sur l'ancienne discipline touchant l'institution canonique; il consulta surtout le fameux docteur Petit-Pied, qui avait obtenu la permission de résider a Asnîères. Saint-Simon obtint son retour à Paris, afin de le consulter plus facilement. Rome eut bientôt reçu l'avis que l'on cherchait sérieusement en France i se

r, ch. 21 ; Juurnal de l'alibé Dor-

DB l'église de riANCE. 345

pa»er des bulles du pape. On fut effrayé de cette entreprise^ et toutes les bulles furent expédiées avant même que la commission eût tenu une seule séance. On remarqua^ à cette occasion, que la cour de Rome ne se montre difficile et intraitable que lorsqu'elle s'imagine n'avoir rien à craindre.

Les Jésuites ne furent point eff'rayés des dispositions de la cour de France ; ils voulaient la guerre, et ils encouragèrent la cour de Rome à répondre, par un acte violent, au moyen que l'on avait pris pour avoir les bulles. Cependant, parmi les Jésuites, quelques hommes sages redoutaient les suites que pourraient avoir les conseils de leurs fanatiques confrères. Parmi eux était le P. Tournemine, qui instruisit secrètement le cardinal de Noailles ' des vues de la cabale héritière des projets de Tellier, et qui avait à sa tête le P. Lallemant. Rohan ne voulut voir, dans le P. Tournemine et ses adhérents, qu'un parti de mécontents, et il prit la défense du P. Lallemant et de sa cabale. Le régent ne put se décider entre Noailles et Rohan, ce qui permit aux disciples de Tellier d'agh* en toute liberté. On vit bientôt l'effet de leurs intrigues. Ce qui contribua surtout à rendre la cour de Rome intraitable, c'est qu'alors elle fit l'acquisition de l'abbé Dubois, ex-précepteur du régent, ou plutôt son corrupteur.

Dubois est un des êtres les plus vils qui aient déshonoré l'humanité. La bassesse, la crapule, l'hypocrisie, l'orgueil, l'ambition, l'avarice, tous les vices s'étaient entendus pour former cette nature exceptionnelle. Par ses intrigues, ses complaisances infâmes pour' le duc d'Orléans, il parvint aux plus hautes fonctions politiques, lilinistre des affaires étrangères, il se laissa acheter par l'Angleterre et lui sacrifia la France. Il fut, après La Trémoille, archevêque de Cambrai, et il parvint enfin à la pourpre romaine, que déshonoraient déjà assez tant d'intrigants mal famés, tels que Rohan, Bissy, La Trémoille et cet infâme Tencîn, moins infâme encore que Dubois *.

^ Mémoires du P. TournemiBe au cardinal de Noailles, insérés dans le iooroal da Tàbbé Dorsanne, qui les copia sur l'autographe.

* K. le Journal de Tabbé Dorsanne, janvier et février 1720 ; les Mémoires du duc de Saint-Simon, t. xii, ch. 15 et pamm, et tous les écrits du temps sur ee personnage. Quelques écrivains de nos jours ont cru devoir prendre la déloDae de Dubois, sous prétexte que c'est être utile à l'Église de le venger. Nous ne voyons pas que le bien de TÉglise réclame une telle apologie. En outre, la défense que l'on f«it de ce personnage est tellement absurde, qu'elle ne mérite pas qu'on s'y arrête.

346 BisToiii

Ce personnage promit son concours à flohap et à Bissy^ c'est-àdire aux Jésuites de la cabale de Tellier •. La cour de Rome en fut instruite. Elle lui avait promis le chapeau s'il panenaît à vaincre les indécisions du régent et à l'amener à se prononcer contre le cardinal de Noailles. Dubois se mit à TœuvTe, et Ton vit le crime personniGé courir de porte en porte, et aboyer contre un homme dont les mœurs angéliques faisaient un si grand contraste avec celles de tous ces zélateurs de Torthodoxie qui le persécutaient.

Pendant que Dubois, de concert avec les Jésuites, criait contre Noailles et les Jansénistes, Clément XI publiait ses lettres Pasto^ ralis offidi, par lesquelles il excommuniait tous les appelants. Elles furent affichées à Rome le 8 septembre 1718.

On savait, à la cour de France, que le pape préparait cette bulle ; Rohan et Bîssy en semblaient effrayés, et feignaient d*écrire à Rome pour engager le pape à la suspendre. En même temps, ils travaillaient secrètement en sens contraire, et envoyaient à tous les évéques acceptants un modèle de mandement avec une circulaire, pour les engager à publier la bulle sans délai, et avant l'appel que le Parlement en ferait •.

Quinze jours après que les lettres Pastoralis officii furent affichées à Rome, Noailles ' publia l'acte d'appel qu'il avait déposé, dix-huit mois auparavant, au secrétariat de son archevêché. Au commencement d'octobre, il appela des lettres Pastoralis officii, cl joignit à cet appel un mandement pour instruire les fidèles des griefs et des contraventions aux canons que contenaient ces lettres. Le chapitre de Paris adhéra à ce second appel comme au premier. L'Université en fit autant. Les quatre évêques appelants de la bulle Unigenitus publièrent en commun un appel raisonné des lettres Pastoralis officii; ils eurent pour adhérents les évêques de Verdun, Pamiers, Auxerre, Angoulêmc, Châlons-sur-Mame, Acqs, Rayonne, Lectoure, Agen, Condom, Laon, Mâcon, Saint- Malo. Un grand nombre de chapitres et une foule d'ecclésiastiques instruits suivirent le même exemple. Le Parlement se disposa à appeler au concile général d'une bulle dans laquelle op ne tenait aucun compte des lois ecclésiastiques qui régissaient l'Église de

* iournal de Tabbé Dorsanne, ann. 1718.

* On peut voir ces pièces dans VHisttHrt de la ConsUiuîiaH qui se trouve eo tête des Héxaples, F. aussi le Journal de Tabbé Dorsanne, oetobre 1718-

* Journal de Tabbé Dorsanne, ann. 1718.

DE l'Aglisb db fmakci. 347

France, Le récent trouva qu'il suffisait d'appeler comme d'abus. Dubois voulait gagner son chapeau. La guerre n'en fut pas moins terrible dans toutes les Églises^ et jamais on n'avait vu une telle division parmi les Catholiques. Bissy fut obligé d'avoir recours au régent pour arrêter les appels que son chapitre et les curés de son diocèse de Meaux s'apprêtaient à publier. Il n'avait pas confiance en sa propre influence; et, sous ce rapport, il avait raison, car il en avait peu, malgré tous ses titres et toutes ses richesses.

Dans les provinces, une lutte très vive s'établit entre plusieurs parlements et des évêques, qui ne se contentèrent pas d'accepter la dernière bulle, mais qui publièrent des mandements dans lesquels fls foulèrent aux pieds toutes les lois ecclésiastiques de France. Les parlements étaient établie pour veiller au dépôt de ces lois aussi bien que des lois civiles, puisque le clergé était un des corps de l'État, et que l'État et l'Église étaient si intimement liés l'un à l'autre, que les lois de l'Église, dûment enregistrées, devenaient lois de l'État. Personne ne contestait ce principe, et les évêques les plus ultramon tains et les Jésuites eux-mêmes savaient bien appeler aux parlements lorsqu'ils avaient lieu d'espérer qu'on leur y ferait justice. Quand ils virent la magistrature flétrir leurs mandements, ils crièrent à Tempiétement du pouvoir civil. Ils auraient dû cependant comprendre qu'ils devaient se soumettre aux lois dans l'exercice de leur juridiction, et que ce n'était point entraver cette juridiction que de les obliger à cette soumission. Si le régime sous lequel était l'Église était mauvais^ ils devaient en demander l'abolition; mais, bien loin de demander la séparation de l'Église et de I^État, ils eussent crié à l'impiété si l'on eût formulé cette doctrine; pourquoi donc, alors, se plaignaient-ils de ce que l'on appliquait les lois qui réglaient ce régime, et si la magistrature gardienne de ces lois les forçait à s'y soumettre et à les respecter? Mais parce que leurs excès étaient dissimulés sous le voile menteur du lèle pour l'orthodoxie, ils crurent pouvoir tout oser, et ils s'abandonnèrent à des déclamations absurdes qui n'allaient à rien moins qu'à attaquer le grand principe du respect de la loi, une des bases les plus fermes de l'ordre social. L'évêque d'Apt se distingua encore, en cette circonstance, parmi ses confrères. Son mandement ayant été supprimé, il en appela du roi mineur au roi majeur. Le parlement de Provence déclara cet appel séditieux^ téméraire, tendant à la révolte. De Gaufredi, avocat-général, traita un peu le pauvre évéque comme il le méritait. Il rappela son approbation de

Marie d'Agreda, et un fameux inandetnenl dans lequel il déclarait qu'il TL^ était pas du sentiment de saint PaulK Les évéques de Toulon et de Marseille ne furent guère moins fanatiques que celui d'Apt. Belzunce, de Marseille^ avait été Jésuite; il n'en donna que trop de preuves.

On doit faire aussi mention de Languet, évéque de Soissons, et qui devint depuis archevêque de Sens. Depuis le commencement des troubles, il s'agitait beaucoup et se distinguait comme un des plus zélés acceptants. Si nous en croyons le duc de Saint-Simon \ il ne s'éleva que par des courbettes dans l'antichambre des dames de la cour. Arrivé à l'épiscopat, il se distingua par ses violences et par des libelles calomnieux, qu*il n'avait pas, dit-on, le talent de faire lui-même. Les excès firent sa fortune ; mais il fut « inconsolable, dit Saint-Simon, que tant et de si étranges personnages qu'il a faits, même sa Marie Alacoque, ne lui aient pas procure le chapeau qu'il a brigué toute sa vie, et qu'il a cru tenir plus d'une fois. » Ou sait que Languet fut le principal propagateur des visions de Marie Alacoque, à laide desquelles on cherchait à faire croire que la fêle du sacré cœur de Jésus était établie d'après une révélation divine.

En 1718, Languet publia ses fameux Avertissements^ qui tirent beaucoup de bruit.

Les libellistes les plus furieux s'élancèrent dans l'arène, et publièrent des écrits dans lesquels les exagérations les plus hétérodoxes, les injures, les déclamations furibondes se trouvent à chaque page. Les tribunaux ne suffisaient pas à les condamner. A Rome, l'Inquisition lançait des décrets fulmhiants contre ceux qui parlaient mal des bulles, et le pape faisait encore de plus grandes menaces ^ La cour de Home se sentait d'autant plus forte, qu'eUe s'était assurée du régent par Dubois ; ce fut grâce à ce personnage que les négociations continuèrent après les lettres Pastoralis officii. U cul pour confident Lafileau, qui obtint pour récompense Tévêché de Sisteron. Telles furent les bases des nouvelles négociations : des théologiens durent composer une explication de la bulle, qui fût également approuvée des acceptants et des opposants; cette pièce

1 On peut consulter les maDdements de i*évéque d*Apt, et le Journal de labbé Dorsanne, décembre 1718.

' Mémoires du duc de Saint-Simon, t. vu, ch. 30. * Journal de Tabbé Dorsanne, aun. 1719.

DB LÊOLISB Dl FBANCI. 349

approuTée^ Noailles devait publier un mandement d'acceptation^ dont la teneur serait convenue à Tavance, et le roi publierait de nouvelles lettres-patentes pour Tacceptation de la constitution. Nous n'entrerons point dans les détails fastidieux qui accompagnèrent la composition des deux pièces jugées nécessaires *. Tandis qu'on y procédait, Noailles publia une Instruction pastorale, une lettre circulaire et un Mémoire sur la paix de V Eglise, afin de tranquilliser ceux des opposants qui croyaient qu'il abandonnait la cause qu'ils considéraient comme celle de la vérité. L'Inquisition censura Y Instruction pastorale et le Parlement supprima la censure de l'Inquisition. Cet incident n'arrêta pas les négociations soutenues par Dubois, qui recevait chaque jour de nouvelles faveurs du pape, comme le gratis de ses bulles pour la riche abbaye de Bourgeuil, Yindult pour l'archevêché de Cambrai. Ce sieste n'était pas de ceux auxquels le roi pouvait nommer en vertu du concordat, parce qu'il n'appartenait à la France que depuis peu de temps. Enfin Noailles signa les explications * et publia son mandement d'acceptation; c'est ce qu'on est convenu d'appeler Vatcommodement de 1720.

Clément XI ne fut pas satisfait du mandement. Il était surtout irrité que Noailles y fît mention des quatre articles de 1682, qui étaient regardés à Rome comme un attentat contre le pouvoir papal. 11 s'autorisait d'une lettre écrite par Louis XIV à Innocent XII, et qu'il voulait considérer comme une abrogation des quatre articles. Mais Louis XIV, malgré les complaisances qu'il avait eues pour la cour de Rome dans ses dernières années, avait protesté contre cette interprétation dans une lettre du 7 juillet 1713 au cardinal de La Trémoille, et aftirmc qu'il avait simplement rendu la liberté au sujet de l'enseignement public des quatre articles, prescrit comme obligatoire en 1682, cl suspendu l'arrêt qui avait alors été donné, sans toutefois l'abroger.

Dubois, qui tenait à paraître avoir réussi, dit au pape que, s'il manquait quelque chose à l'accommodement, on aurait soin d'y remédier en temps opportun, mais qu'il fallait l'envisager comme

1 F. le Journal de Tabbé Dorsanne, ann. 1719, 1720; Lafiteau, Hist. de la Constitution Uniçenitus, lir. v.

* Ces explications furent concertées entre Tabbë Couct et le P. de La Tour, de TOratoire, de concert avec Massillon, qui venait dVtre nummé éi^que de Clermont.

-UD fait accompli. On crut Dubois d'auUnt plus voloDtien qu'il avail donné des gages, à l'égard des articles de ISSU, enfaisani supprimer «ne décision de la Facullé de théologie contre l'iafailHbilité du pape *.

Clément XI ferma donc les yeux. Le roi publia de nouvelles letlrcB-patentes par lesquelles il fut défendu d'attaquer la conslitnlion Unigenitus, l'InslrucUon dressée par les quarante évéqueï de l'assemblée de 1713, et les dernières expiicatious qui élalenl U base de l'accommodement. Comme le Parlement avait voulu faire opposition à plusieurs mesures prises par le régent et par Dubois, on l'avait eiilé à Pontoise. On lui présenta les lettres-patentes, qu'il refusa d'abord d'enregistrer. Le grand-conseil y suppléa, puis le Parlement se rendit, atin de mériter la fin de son exil.

Plusieurs évêques et un grand nombre d'appelants se prononcèrent contre l'accommodement. Armé des lettres-patentes, le gouvernement entra dans la voie des arrêts et des lettres de cachet, comme sous le règne du P. Tcllier.

Aluni mourut Clément \l. C'était un homme verlueuz, qui eùl fait le bien de )'li)g)ise s'il n'eitt pas été despoliquement gouverné par Fabfoni. Le cardinal Conlî fut élu pape sous le nom d'Innocent XIll.

n qut^ l'opinion de t'inraillibiljld d

DB L*é6LISB DE FBANCR. 351

luDOcent lui pape. ^ bubois cardinal. ^ Oppositions ft raccommodement. — iettm de cachet. -^ Lettre des sept évéques opposants au pape. «- Cette lettre censurée à Rome. — Brefs du pape contre les sept évéques. — Leur lettre condJimnfte par un arrt^t du conseil. — lis se Justifient. — Réapparition du tbrmulaifc. i^ Mort da rtgent. -« rieutr à la tête des aflbirés ecclésiaBtiqôes. — SoQ caractère. ^ Benoit XllI succèdn à innocent Xill. — Caractère général de ce pontificat. — Ses brefs au cardinal do Noailles. — J-es douze articles. - Concile de Rome. — Cabale des Jésuites. — État de TÉglise en France. — les tfHatre évéques persécutés. — Colbert de Montpellier. — Ses ouvrages. — Testament spirituel de Soanen, évèque de Senez. — Concile d*Enibrun, où PKèque ne Senee est Jugé. — Les Juges et l'accusé. — \a sentence. — GonsttUatioo de cinquante avocats de Paris contre la sentence d*Bmbrun. — Suites de cet acte. — Conduite du cardinal de Noailles en cette circonstance. — Ses contradictions. — Mort de Tabbé Dorsanne. — Soumi.«îsion du cirdiiial de Noailles. — On lui envoie de Rome le Jubilé. — Pouvoirs rendus MX Jésuites. — Mort de Noailles. — Yintimille lui succède. — Ses premiers actes touchant la constitution. — Oppositions. — Ordonnance. — Interdits et lettres de cachet. — Mort de Benoît xm.

TNNôCKjrr Xllf monta sur le Saînt-Siége en des circonslances délîcales et difficiles. L'accommodement élaîl signé il est vrai, mais il ne plaisait pas plus K la cour de Rome qu'aux appelants. On dit que Clément XI était sur le point de le rompre lorsqu'il mourut. Il est certain que le point de la difficulté n'avait pas été résolu. Clément XI avait toujours demandé une acceptation pure et simple^ él quoiqu'il eût consenti, dans ces derniers temps, à ce que cette acceptation fût accompagnée d'explications sur le sens de la bulle, j

il pensait que son honneur voulait que Tacceplation ne fût pas absolument relative à ces explications. Le régent et Dubois avaient cherché à dissimuler le point précis qui était en litige, et le pape et Noailles avaient semblé céder de leurs vues particulières sans qu'il en fût rien en réalité. On conçoit donc que l'accommodement n'ait en rien remédié aux divisions qui existaient auparavant. Innocent XIIl voulut cependant considérer l'accommodement comme sérieux, et il se flatta de l'espoir d'amener le cardinal de Noailles à ne rien faire qui pût le tirer de Tillusion qu'il voulait conserver à cet égard. Il acquitta envers Dubois la dette de son prédécesseur, et la liste des cardinaux scandaleux fut augmentée d'un nom devant lequel s'éclipsèrent ceut des La Trémoule et des Mailly! Ce

HIgTOIRE

dernier^ qui avait passé d'Arles à Reims, était, depuis peu^ décoré de la pourpre romaine. Mais cette pourpre ne put que dissimuler la lèpre honteuse dont il était dévoré. On doit croire que la cour de Rome ignora les orgies de cet homme^ qui étaient publiques dans son ancien archevêché d'Arles, aussi bien que celles de Dubois; autrement, il faudrait dire qu'elle aurait considéré le fanatisme constitutionnaire comme un moyen de pallier à ses yeux des infamies révoltantes, que la pudeur nous défend de révéler.

La bulle Unigenitus * quoique reçue officiellement dans le diocèse de Paris, ne fut point lue au prône des messes paroissiales; elle ne fut notifiée aux fidèles que par des placards affichés au coin des rues, A peine cette publication eût-elle eu lieu, que la plupart des curés de Paris et du diocèse s'élevèrent contre la bulle par des remontrances qui furent adoptées dans chaque doyenné, et adressées àTarchevéque, qui se vit accablé de lettres, de plaintes, de députations. Cependant, huit des évéques appelants, des ecclésiastiques et des religieux en grand nombre, las du scandale qui résultait des débats sur la bulle, imitèrent le cardinal par amour pour la paix. Les autres persévérèrent dans leur appel au concile, disant que le seul tribunal compétent pour juger la question était l'Église elle-même, et que celte question resterait en suspens tant qu'elle n'aurait pas prononcé. On leur objectait le consentement tacite des autres Eglises; mais ils répondaient que ce consentement n'était pas une acceptation suffisante, parce que, dans les circonstances où Ton se trouvait, la voix de l'Église n'était pas libre; qu'elle était, d'un côté, enchaînée sous le despotisme du pouvoir temporel, et, de l'autre, par les préjugés ultramontains; que les évéques des divers pays qui avaient adhéré à la constitution ne l'avaient fait qu'en abdiquant formellement leur qualité de juges de la foi; qu'ils n'avaient point jugé avec le pape, et que les traditions de leurs Églises étaient sacrifiées à leurs préjugés ultramontains.

Les quatre évéques opposants et les théologiens qui combattaient sous leurs ordres exposèrent ces raisons, qui les empêchaient d'adhérer à l'accommodement et les faisaient persévérer dans leur appel. Les quatre évéques pubUèrent, à cet effet, un acte commun et une protestation, qui fut supprimée par un arrêt du conseil. On n'en fit pas moins circuler un acte de renouvellement d'appel, qui

Journal de Tabbë Dorsaiine, ann. 1720.

DK'L'lJiUSIi DK PRA^'CB. 303

fat bientôt signé par trois cents ecclésiastiques réguliers ou séculiers de Paris^ et qui obtint de nombreuses adhésions dans les provinces. Ces signatures étaient d'autant plus courageuses^ que le régent et Dubois regardaient comme des rebelles ceux qui n'adhéraient pas à raccommodement. Les lettres de cachet furent prodiguées, et Ton vît àe toutes parts les réappelants fugitifs^ emprisonnés^ privés de leurs bénéfices, persécutes à outrance.

Le nouveau conseil de conscience dirigeait toutes les opérations. Il était composé des cardinaux Dubois, Rohan^ Bissy^ et de Fleury, ancien évéque de Fréjus, qui aspirait à la pourpre^ dont il n'était vraiment pas plus indigne que ceux qu'il en voyait décorés. Le nouveau conseil de conscience fut une inquisition digne de celles d'Espagne et de Rome ^ L'inculpé y était condamné avant d'avoir su qu'il était accusé. Non-seulement les réappelants éprouvaient les rigueurs du nouveau tribunal, mais ceux même qui ne montraient pas pour la bulle un zèle assez vif. La loi des suspects y fut en honneur, et il suffisait d'être suspect pour être condamné. Chaque jour, de nouveaux arrêts du conseil ôtaient à la justice régulière du Parlement les aiTaircs qui regardaient plus ou moins directement la bulle. Gomme un comité de salut public, le conseil de conscience était en permanence et jugeait avec une célérité étonnante. Les évêques zélés pour la constitution étaient les correspondants naturels du comité , dans les autres diocèses, il se rencontrait des dénonciateurs ; et les évêques se voyaient enlever chaque jour des curés, des vicaires touchant lesquels ils n'avaient même pas été consultés.

La Faculté de théologie eut sa large part de lettres de cachet. Ceux qui en avaient été éloignés y rentrèrent ; les autres en furent chassés; Jullain, curé de Saint-Hilaire, son syndic, fut exilé et remplacé par Romigni, dont la délicatesse n'était pas à l'abri du soupçon.

Malgré la terreur imprimée partout, sept évêques osèrent écrire au nouveau pape contre la constitution : c'étaient l'ancien évêque

* >ioiis avons rapporté ailleurs ce que le duc de Saint-Simon, dans ses ^/cf- SMrtrvs, a dit de crUe persécution. Ntius ne pourrions faire la simple nomenclature des innombrables écrits qu*enfanta la persécution du régent et de son &)nseil de conscience. Ce ne sont que des plaintes qui retentissent de toub l«s coins de la Francv. On ne peut jeter l«»9 yeuï stir ces écrits sans être c mu de compassion.

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de Tournai et les évÂques de Pamiers, de Senez, de Montpellier, de Boulogne, d'Auxerre et de Màcon '.

a La bulle, disent ces évéques, est un corps entier d'une nouvelle doctrine qui attaque toutes les parties de la religion, et qui <e répand tou$ les jours de plus en plus dans toutes les nalioni du monde chrétien. Les opinions nouvelles sur la Grâce, et lec max>mes corrompues sur la morale qui en sont le$ productions, opiniims condamnées par les congrégalioos de Auj^lii$, et dont les pap^ ont promis plusieurs fois do publier la condamnation, se loni accrues et fortifiées par celte impunité et par ce délai ; et c'tsl ce système qu'on veut faire régner aujourd'hui sur les débris de li doctrine et de la morale de nos pères. Le livre du cardinal Sfoodrate et celui du P. Franculin, Jésuite, sont devenus comme le signal de l'exécution de ce projet. Ils n'ont reçu aucune flétrissure, quoique remplis des pins intolérables erreurs; et le premier, malgré la dénonciation de cinq évéques de France, est demeuré i couvert »ous la protection du feu pape, dont l'union étroite avec le cardinal Sfondrate n'est que trop connue de toute la terre.

0 On a été alarmé de cette protection ; mais combien l'a-t-on été davantage eu voyant une censure, si justement demandée par ces éviîques, retomber lur ceux mime qui ta demaudaienl ', c'eîl-idire sur le livre des R^flexiom moralei, approuvé et défendu par les principaux de ce! prélats ? Quelle consternation, 1res saint Père, ^ la vue de ce décret! Jamais le cri de la foi n'a été plus éclatant et plus soulenu. Quelles agitations et quels mouvements parmi In évê(|ues! Quelle affliction parmi les théoloi^iens tes plus distingués par leur érudition et leur piété ! Quel soulèvement dans le peuple, et, ce qui est encore plus triste, quel triomphe pour les Protestants! »

Les sept évéques fanl ensuite remarquer au pape que les Jésuites.

< Lcltre deu sept évéques an (Mpe lanoceul Xllli Journal de t'alitii Oorsanne, ano. ilii.

' C'esl-à-dire principali-mcnt sur Bossuel cl sur Noiîlles, qui avaient sigaè, avM trois autres ëiêques, la (ottre au pape eon're le cinlinal Sfonilrale, el qui avakut a^^uvâ lo lirra du P. Quesnel. Nous avoDS nmarqu^ aiUcnra qif CUmenl XI aviii calq'i^ >od premier bref contre l« P. Queuirl aur la laUn lies dnq i'v«ques contre le canlinal Stondraip. Celte coadalia était ngniOrative. Faul-jl s'donner, après cela, que NuailW n>l demandé aa pape de* rtp\>- "■■"ij qui donnaiecnl à sa bulle une Msnifiraiiciu dont ira <emJ-Péla|p*n« «n

Mntinisifs r

DR L'iOLlSB tm FBANCI. 355

ptr Torgane du P. Fontaine^ qui a publié son ouvrage à Roioa ménie^ ont regardé la bulle comme la consécration de la doctrine de Molina^ de 8fondrate et de Francolln, et qu'ils l'opposent à Ions les saints Pères comme un acte contre lequel ils ne peuvent défendre leurs opinions sur la Grftce. a Est-ce donc, continuent ks sept évéques, à Francolin, au P. Fontaine et à cette troupe de corrupteurs de la morale qu'il faudra s'attacher désormais, comme aux interprètes et aux arbitres de la foi ? Francolin recueille, dans on ouvrage qu'il publie à Rome, tous les relâchements des autres Casuistes : il ose assurer que c'est maintenant le sentiment de l'£glise romaine, et il demeure impuni. Le P. Quesnel fait^ en peu de mots, le précis des maximes de saint Charles, et on le condamne, b

Après avoir passé en revue tous les abus que l'on faisait de la bulle et avoir constaté que l'on donnait impunément ces abus comme de véritables interprétations, les évéques concluent qu'il est légitime de continuer à demander au pape de mettre la foi en iûreté, et de persévérer dans l'appel au concile général. Us ajoutent ensuite :

«t Dans une si triste situation, nous avons tâché de joindre la vigueur épiscopale avec les cages ménagements de la charité. On a tenté de nous séparer de la communion du Saint-Siège, et noue n'avons témoigné que plus d'attachement au centre de l'unité ecclésiastique. On nous a chargé de malédictions et d'injures, et nou9 n'avons opposé que des paroles de douceur et de paix. On a irrité contre nous les puissances temporelles, et nous n'avons cessé d'affermir les peuples qui nous sont confiés dans le respect qui est dû, suivant les saints canons, au pontife romain. Il ne nous est jamais venu dans l'esprit qu'une cause aussi générale pût être terminée par noire autorité propre, ni même que quelques évéques séparés pussent apporter un remède efficace à un mal si pressant. Mais après avoir inutilement tenté de dissiper les nuages répandus dans l'esprit de Clément XI, nous avons enfin suivi la voie qui nous est montrée par Jésus-Christ dans l'Évangile, et nous demandons que ce soit l'Église qui juge notre controverse.

» Prenez en main, très saint Père, la cause de la religion contre ceux qui l'attaquent, et consolez l'Ë^lise dam sa douleur, en faisant connaître à toute la terre les abus, les nullités et les marques d'obreption d'une bulle qui condamne le langage de tous les Pères e\ la tradition de l'Église romaine. Votre Sainteté jugera

MISTOIftK

sans peine lequel des deux partis est plus honorable à la cour de Rome^ ou celui de laisser subsister éternellement un décret si manifestement opposé aux dogmes de la foi et aux règles des mœurs^ dont les défauts intolérables percent au travers des Toiles dont on s'efiTorce en vain de les couvrir; ou celui de prononcer, conformément aux règles du grand pape Innocent III^ Tun des plus célèbres de votre illustre maison, à l'usage perpétuel de FËglise et aux maximes constantes du Saint-Siège : que ce décret est subreptice et rempli de contraventions aux lois de TÉglise romaine. Les monuments sacrés de la tradition de l'Église nous apprennent que le Saint-Siège a cru que rien n'était plus convenable ni plus nécessaire que d'annuler certains décrets rendus par quelques papes, et même de flétrir leur mémoire^ lorsqu'ils avaient eu le malheur de persévérer jusqu'à la mort dans de funestes engagements. »

Les sept évéques finissent leur lettre en priant le pape de convoquer un concile général, pour remédier à tous les maux qui sont nés de la constitution Unigenilus.

Cette lettre excita les plus vives clameurs à la cour de Rome. Elle fut déférée à l'Inquisition a comme contenant beaucoup de propositions injurieuses aux évêques catholiques, et principalement à ceux de France; à Clément XI, d'heureuse mémoire; à Sa Sainteté et au Siège apostolique ; et comme étant, dans son tout, schismatique et pleine d'un esprit hérétique, d Non content de cette censure, le pape écrivit à Louis XV un bref foudroyant contre les sept èvèques; il implorait contre eux son autorité et lui disait, en propres termes : a Vous comprenez qu'on ne peut plus laisser les brebis de Jésus-Christ à de tels pasteurs^ plus propres k les perdre qu'à les gouverner. » Cette sollicitude aurait dû s'étendre sur bien d'autres Églises gouvernées par les Rohan, les Bissy, les Mailly, les Dubois, les Tencin^ les Laflteau et tant d autres mauvais évéques dont le pape, chaque jour, ratifiait le choix, et qui désolaient l'Église par des scandales qui déracinaient encore bien plus la foi dans les cœurs qu'un appel au concile général. Innocent XIII écrivit en même temps au régent et dans le même sens. Celui-ci crut devoir donner satisfaction au pape en déférant la lettre des sept évêques au conseil ; elle y fut condamnée sous les mêmes rapports qu'à l'Inquisition, et on y décida de plus qu'il serait a procédé extraordinairement, suivant les constitutions canoniques et les lois du royaume, contre ceux qui avoient composé, souscrit et signé la dite lettre. » Cet arrêt demeura sans exécution, et les sept évêquei

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