DE LEGU8E DE FRANCE
Dominé premier ministre, laissant à Fleury^ ancien évéque de Prijue, la direction des affaires ecclésiastiques. Nous avons dit que cet évéque n'avait quitté son siège que pour revenir à la cour oà il avait passé sa jeunesse. Nommé précepteur de Louis XV^ il ne songea qu'à augmenter sa fortune. Avant de quitter Fréjus, il avait fait du zèle anti-janséniste^ afin de mériter les bonnes grtces du P. Tellier ; le P. Quesnel ayant relevé avec esprit plusieurs de ses erreurs, il en gfirda rancune. Telle est la source de la haine qu'il manifesta contre les Quenellistei, 11 n'avait pas été toujours dans les mêmes sentiments, et c'était le cardinal de Noailles qui l'avait fait nommer évéque. Mais Fleury était un de ces hommes qui changent d'opinion avec une facilité extrême, parce qu'ils n'ont d'autre conviction que celle de leur intérêt ^
Innocent XIU mourut peu de temps après le régent^ au mois de mars 17â4. Il eut pour successeur Benoît XIU. Ce pape avait appartenu à l'ordre des Dominicains, et était partisan très prononcé de h doctrine de saint Augustin et de saint Thomas sur la Grâce. L'affaire de la constitution prit donc une nouvelle forme sous sou pontificat. Le cardinal de NoaiJles, qui avait gardé le silence pendant le pontificat d'Innocent XIU et depuis l'accommodement de 1720, reprit courage et espéra enfin obtenir de Benoît XIII les explications qu'il jugeait nécessaires pour mettre la foi à l'abri des atteintes de l'hérésie et des opinions erronées des Jésuites. Dès le 16 juillet i72i, il le complimenta sur son élection et lui fit envinager la paix de l'Église comme la gloire de son pontificat. Il terminait sa lettre par ces paroles ' : a Que Votre Sainteté daigne recevoir ce témoignage de notre drès humble soumission^ de notre obéissance filiale, et, en même temps^ de nos vœux et de nos e^érances^ témoignage par lequel nous protestons devant Dieu en Jésos-Christ^ que nous ne eédmis et ne céderons jamais à personne en tète, en vénération, en soumission envers le 8aint-6iége apos-
* Eo 1723, on tint une assemblée générale du clergé, qui ne se distingua que par le soin qu*elle prit d*ô(er les pensions à ceux qui ne montraient pas de zèle pour la Constitution. Elle 6ta eo pari iculier une pf'usion de 800 fr. que le dergé faisait h Noël Alexandre. Ce savant vieillard, ftgé de plus de quatre- TÎngls ans, étail si infirme qu*ou le regardait comme en enfance. Il n* avait pour tout secours que cette pension. Son grand crime était d*aToir persévéré dan« son appel avec Tapprobrition de son archevêque. Le cardinal de Noailles continua, sur sa cassette, la pension au vénérable savant.
* Lettre du cardinal de Noailles au pape Benoît XIII du 16 juillet 1724.
lolique et Voire Sainleté, et plAl à Dieu qu'il me fût permu Af m'if préeenler en personne ! Je répaudrois mon Ame ea u présence; je m'en rapporlerois à ea conscience defanl Dieu; Votre Sainteté entendrott elle-même ce que l'esprit désire ; je lui exposerois sans rien craindre, dans le Seigneur; j'ose même dire que je la persuaderois de la sincérité de cœur avec laquelle j'ai toujours agi, et de la simplicité des voies que j'ai suivies. Mais pourquoi m'étendre là-dessus? La suprême équité de Votre Sainteté ne lui permettra pas de juger de nous Bans s'être auparavant instruite de l'état de nos alTaires. d
Benoît XllI estimait Noailles ; il avait Toi dans la sincérité de cet bomme candide, qui n'avait été faible et n'avait hésité que dans le désir de concilier sa foi avec son respect pour le Sainte Siège. Témoin des abus que faisaient les Jésuites de la bulle Vnigenitui, il pensait ne pouvoir les consacrer par une acceptation pure et simple, car il eût adhéré ainsi d'une manière indirecte à l'hérésie; d'un autre cdté, la délicatesse de » conscience, la faiblesse de son caractère lui faisaient envisager comme dangereuse l'opposition qu'il faisait. Telle fut la source des hésitations de Noaillca, que des hommes fanatiques ont préseutées pour des duplicités '.
Benoit XllI a\ait une estime toute particulière pour son ancien confrère Noèl-Alexandre; il en faisait baulcmeat l'éloge, et il t'appelait son trit savant tmUlre dans un ouvrage qu'il faisait imprimer au moment où il monta sur le Saint-Siège. Averti de ces bontés, le vénérable Domiaicain écrivit au pape une lettre touchante, dans laquelle il le félicite de son élévation, lui parle des inflrmités dont il est afttigé et de sou dévouement pour le Saint- Siège. En parlant du titre flatteur que lui donnait Benoît, il dit ' : a Je ne doute pas que ce témoignage, plus durable que l'airain, ne ferme fa bouche à tous ceux qui parlent mal de moi; et malgré l'envie excessive de mes ennemis, ou plutât des ennemis de noire iaint ordre *, je ne sois toujours reconnu, dans tout l'univers
< Y. Sur ce point Ta mensoiigùrc histoire do li Constiiulion par i« IiisuilB I.alîleau, copiée par te Jéiuiie berault-B r<^asle1 nu le lé'wt- Fel'e', son coltdb'iraieNr. Picot n'a pds suivi d'autre guide daas ses Mémoirei, qui ne méritenl aucune ciaGHiicc
* Lettie du P. Alexandre au p.ip», en date du 13 août 1721.
* Ce.~t-ii>dtra les lâsuJtes, eimoinis de tous les aulns ordres leligtau. et
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chrétien^ pour un vérilable et très dévoué fils du poutife romain et du Saint-Siège. »
Ces lettres de Noaiiies et du P. Alexandre prouvent que les appelants n'avaient vraiment pas de dispositions très schismatiques.
Benoit Xlil répondit au cardinal de Noaiiies par un bref très flatteur ^ Après avoir dit que les dissensions qui existaient dans l'Église le remplissaient de douleur, le pape ajoute; a Tandis que percés des traits cruels de la douleur^ nous pensions à remplir les devoirs que nous impose la vigilance pastorale^ celui qui console les humbles et soutient les cœurs brisés nous a montré un signe d'espérance, et a apporté un grand soulagement à notre affliction par les heureux présages de la paix désirée que nous donne la lettre pleine d'honnêteté que nous avons reçue de vous. En effet, comme vous nous témoignez avec effusion de cœur votre amour et votre joie de ce que le ministère du souverain sacerdoce a été déféré à notre faiblesse, et que, détestant la discorde, vous faites profession de désirer sincèrement l'ancienne union des esprits, ce double office de votre charité nous a relevés par la douce espérance d'un heureux succès, et a procuré un adoucissement signalé à nos inquiétudes paternelles. Car ces sentiments de votre part nous ont rappelé le souvenir de notre ancienne amitié et mutuelle bienveillance, et des vertus que nous avons estimées et aimées en