TOUS. A
A la fin de ce bref, Benoît XHI annonçait au cardinal de Noaiiies qu'il était obligé de respecter les actes de ses prédécesseurs et qu*il attendait de lui une entière obéissance. II est évident par ces paroles, comme le remarque un auteur italien *, que ce nouveau pape voulait maintenir les bulles Unig^Uus et Ptzstoralis officii; mais ces paroles n'inspirèrent à Noaiiies aucune dé6ance, parce qu'il savait que le pape était partisan avoué de la doctrine de saint Augustin, et qu'il ne soutiendrait les actes de Clément XI qu'en leur donnant une signification orthodoxe et non conforme aux désirs des Jésuite^. Un bref adressé par ce pape aux
(MniculiArement des Dominicaifis, qui leur portaient ombrage par leur scieDC* et Ifura succès. *
> Bref du pape Benoit XIII au cardinal de Noaiiies, en date du 2t août 1721.
* Aosidei, Relation de ce qui se passa sous Benoit XIII touchant k Coosti* tntioD.
HISTOttB
DominicaiuB, dès le début de ftoa poulifical^ ne laissait au(;4jn doute sur ce point. Ce qui donna à Noailles de nouvelles aspirances, c'est que le cardinal de Polignac fut envoyé à Rome parle roiy ù la place du fameux Tencin^ nommé à rarchevéché d^Eœbrun. Polignac était un bomme conciliant, qui aimait Noailles. U politique et Tintérét ne le trouvaient pas inébranlable; mais il avait des qualités qu'il serait injuste de ne pas reconnaître, et il savait, sous un extérieur honorable, dissimuler ses faiblesses. H n'en était pas ainsi de Tencin, dont nous aurons occasion de parier plus tard.
Le cardinal de Noailles, heureux des espérances qu'avait îêi\ naître en lui le bref du pape, lui écrivit de nouveau ^ pour l'en remercier et lui exposer ses vues. Il lui retraça l'origine et les progrès des divisions et la véritable cause, qui était dans l'abus que les Jésuites et leurs partisans faisaient de la bulle. Il assure que les disciples de Jansenius l'entendaient dans le même sens que ceux de Molina, double interprétation qu'il fallait confondre par une explication aussi éloignée du semi-Pélagianisme que de la doctrine des cinq propositions. Noailles voit, dans cette doubla interprétation erronée, la cause de tous les troubles, a C'est là, dit-Û, la principale cause de ce grand soulèvement qu'on a vu dès que la bulle a été répandue dans le public, et peut-être n'y en a-t-il jamais eu de plus grand. On publia de toute part que le Saintr Siège s'était laissé surprendre. Tout fut rempli d'écrits et de tumulte. Les différents partis n'épargnèrent rien pour exciter la haine, la pitié, la crainte et le dépit. Les consciences faibles furent alarmées, les petits scandalisés, les forts ailaiblis, les serviteurs de Dieu réduits à gémir, les nouveaux convertis furent ébranlés, et la conversion commencée de quelques-uns fut désespérée. D'un côté, les railleries des libertins, de l'autre, les reproches amers des hérétiques: qu'on renvei*sait la foi ancienne; que les docteurs catholiques leur en avaient imposé jusqu'alors, et qu'enfin, on condamnait la doctrine dont on les avait assurés que rÊglise romaine faisait profession, »
Noailles entre ensuite dans le détail des principaux projets d'accommodement ; il ajoute qu'il avait toujours été persuadé que de« explications données par le Saint-Siège pouvaient seules donner la paix aux âmes, et que c'est pour cela qu'il les lui avait
LcUre du cardinal de Noailles à Benoit XIII, en date du l.er octobre iTàk.
DE LÉaUW DB FRANCK. 968
demandées avec laot d'mstance. Il remarque avec raison que les obstacles mit par certains personnages connus à ces démar* ches prouvent qu'ils craignaient les explications que Clément XI eût données, et qui eussent été conformes à la doctrine de saint Augustin, c'est-a*-dire à celle de l'Église. Après de telles explications, ils n'auraient pu propager leurs erreurs sous le couvert de la bulle ; de là toutes leurs in^igues pour empêcher les explications du pape. Après avoir parlé du corps de doctrine de 1720, qui avait été la base de l'accommodement, Noailles fait observer que le Saint-Siège avait gardé le silence sur cette pièce, où l'on avait prétendu fixer le véritable «ens de la constitution. Il déclare ensuite qu'il accepte la constitution a non d'une autre manière, mais précisément dans le même sens, dans le même esprit et dans les mêmes vues que Votre Sainteté veut qu'elle soit reçue et la reçoit elle-même. »
Cette déclaration ' avait été demandée confidentiellement à Noailles; mais, après l'avoir donnée, il insiste sur la nécessité où était le pape de déterminer pour tous ce sens de la constitution, afin de donner la paix à tous les esprits. Il remarque qu'Innocent XHl avait déclaré que la constitution n'avait condamné qu'un venin couvert de miel, et non les sentiments des Pères ni les opinions innocentes des écoles catholiques. C'était donc aller ouvertement contre les intentions du Saint Siège que de donner à la bulle une extension qu'elle n'avait pas, comme le faisaient les Jésuites et leurs partisans; telle était la source de tout le mal, ajoutait Noailles; de là la nécessité d'ôter lieu à ces mauvaises interprétations par une explication qui, venant du pape, ferait taire tous les ennemis de la véritable doctrine cadiolique. Noailles répond ensuite à l'objection que Ton lirait de Tétat de rébellion où étaient, par leur appel, ceux qui sollicitaient cette explication, et demandait s'il fallait écouter à leur égard les conseils violents, et les exterminer au lieu de les guérir. « Le Seigneur, dit-il, eût pardonné à un peuple très criminel s'il s'y fût trouvé seulement dix justes. Si, entre les rebelles dont il s'agit, il y a seulement cinquante justes qui, par défaut de pénétration ou par excès de zèle, sont accablés de difficultés, sans aucune mauvaise in tenUon, sans opiniâtreté et avec une conscience droite, et qui, d'ailleurs,
* Ansideî, Relation Mpraeii; Lettre du P. de Gravezoa, Dominicain, uu cardinal de Noailles, en date du 20 octobre 1724.
au
demeurent fenuet cUue le bien, et travailienl toujours de plus en plus à l'cpuTre du Seigneur, les perdrez-rous, tr^ saint Père, et lerait-ce Ik une conduite digne de vous? Non, vous n'ezerceret pas un tel jugement. Vous ue les perdrei donc pas, A Père digne de l'amour le pins tendre, car je ne vous présenterai pas dix «i cinquante, mais un grand nombre de prêtres encore plus respectables par leur piété que par leur Age, qui tracaillmt à la prèdieatùm de la parole, et qui ont le latent (Texhorler avec font iani la gaine doctrine; beaucoup de théologiens qui ont reniJn terrice à l'Église de Dieu, en dispensant dignement la parole de U vérité; un grand nombre de sen'iteure de Uieu de tout état, et surtout qui portent dantlescloîireslejougde Jésus-Christ, n'ayant d'autre occupation qu'à mener une vie paisible et tranquille en toute piété et chasteté, qui, cependant, sont si troublés de cet disputes, que toute leur sagesse parait s'être éTanouie, et qu'ils ne peuvent presque plus se lier à eux-mêmes. Voudriez-vous perdre ces personnes alUigées et accablées de tristesse* Serait-il digne de vous de eontristfr t Esprit de Dieu qui gémit en eux? Non, sans doute, vous ne le ferez pas. »
Noailles ajoute que le Saint-Siège, pour son hoonneur si compromis aux yeux des hérétiques, doit donner des explications.
Le pape reçut avec bonheur ' la lettre du cardinal de Noaillet, la lut à genoux dans son oratoire et en témoigna la joie la plus vive; il promit les explications. Mais lorsqu'il fallut en préciser la forme et la portée, il y eut hésitation, car aussilAt les intrigues se renouvelèrent, et le pape ne fut pas laissé à sa liberté. Les Jéniites n'osèrent pas combattre de front le projet des explications, nuis ils insinuèrent que Noailles devait préalablement rétracter tous les mandements, circulaires et initruclions qu'il avaient donnés touchant la bulle. Ils espéraient que, Noailles s'y refusant, les explications ne seraient pas données*. L'inquisition se rangea du parti des Jésuites, et déclara haulement que le pape ne devait donner d'explications qu'après que la France entière aurait reçu la bulle •olennellemeni et sans restriction. Quelques hommes modérés conseillaient un moyen terme, qui consistait à donner les expUcattona à l'Église d'Espagne, qui en demandait, et qui avait refu U
< JuQraal do Dorsaana ; Lettre de Polignac i Noailln, bot, l'nf. * T. plusieurs <J«pklw de Roow, dus l'ffiaMre 4< ta CoNttitaMa. P» rautwr dM HeiaplM.
IIK L KGLISe DK VUXMIK, JI65
buOe^ ou aux Dominicains, qui prieraient le pape de donner une déclaration en faveur de leur École de Saint-Thomas. On espérait que la France, satisfaite de ces explications, n'en demanderait pas de particulières et accepterait la bulle unanimement, d'une manière relative à ces explications; mais ce moyen échoua.
De Caumartin, évéque de Blois, se joignit au cardinal de Noailles pour demander des explications. Afin d'éloigner toute idée de partialité, il dit d'abord au pape qu'il n*a été fait évéque qu'à M ans, quelques années après la publication de la bulle Unige^ niiuê, étant prêtre, docteur, assez instruit dans les lettres divines et humaines, et au courant des contestations qui avaient précédé la bulle ; qu'il ne s'était livré à aucun parti, laissant les dogmes et les opinions dans le rang qui leur convient; qu'ayant été fait évéque, il a suivi, soit à Vannes, soit à Blois, les traces de' ses prédécesseurs, s'appliquant à maintenir son peuple en paix. Après ce préambule, Gaumartin entre en matière ; il constate d'abord que les congrégations de Au^nliit n'ayant pas tranché la question officiellement entre les Thomistes et les Molinistes, il est resté une certaine liberté de soutenir les deux systèmes, mais que cette liberté ne s'est pas maintenue dans les justes bornes. <« Si, d'un côté, dit-il, on a vu dans Jansenius une manière d'écrire trop dure, les autres se sont écartés du droit sentier et de l'esprit de l'Église par des opinions trop relâchées et trop libres. De part et d'autre, l'envie de disputer et de s'accuser mutuellement a été poussée trop loin ; ce sont ces maux qu'il eût été à souhaiter que le souverain pontife eût bannis, en portant son attention à tous. Mais n'ayant frappé, par son décret, que sur un parti, l'autre a cru que le triomphe lui était décerné. »
De là, Gaumartin concluait que le pape devait donner satisfaction aux disciples de saint Augustin et de saint Thomas, dont la doctrine était plus orthodoxe que celle de Molina, afin d'empêcher les partisans de ce dernier théologien de donner la bulle comme une consécration de son système.
Le savant Denis de Sainte-Marthe, général des Bénédictins de la congi*égation de Saint-Maur, envoya dans le même temps au pape son acceptation de la bulle, dans l'espérance des mêmes explications. La congrégation de Saint-Maur, comme celles de l'Oratoire, des Dominicains et des Doctrinaires, était, en grande majorité, contre la bulle entendue dans le sens que lui donnaient les Jésuites.
Ces démnrclieB élaienl contredites par ics Jésuites, qui rettoublaienl d'intrigues afin d'empêcher toule» explications, et psr leurs amis, parmi lesquels se distiii^aienl toujours Gaillande en France, et Fabroni à Rome '. Ils savaient bien que le pape ne poutsit st déclarer oflicîellement que pour la docirinc de saint Augustin, qui est celle de l'élise; ils ne pouvaient donc voir dans ces eig^ications qu'une flétrissure pour Molina et pour eux. Dès la fin de l'année 1724, Benoit XIII ne se montrait plus aussi bien dispose en faveur du cardinal de Noailles*; un nommé Mayela, de b cabale des Jésuites, était resté auprès de Benoît Xlll après la mort de Clément XI. Il n'entrait pas dans les pensées du pape, et il écrivit en son nom un bref au cardinal de Noailles, tout différeol du premier. La cabale voulait que Noailles donnAt un mandement pour se condamner lui-même; après tout ce qu'il avait déjà fait, Noailles ne pouvait ; con^entif ; les ennemis de la paix le savaieol bien, c'est pourquoi ils tenaient opiniâtrement à celle démarche. Opendant Noailles ne désespérait pas, et il envoya au pape douie articles, qu'il le priait d'approuver par un bref, qui serviraienl des explications demandéss, et qui rendraient certainement li paix à l'Église. Le Dominicain Gravezx^n était l'intermédiaire eatre le pape et le cardinal. Ayant reçu les douse articles, il les remit à Benoit Xlll ; il» étaient ainsi conçus :
« l." Depuisle péché d'Adam, personne n'a puacquérirli véritable justice ou le salut éternel sans la foi au Médiateur et lu Rédempteur, plus ou moins développée et distincte, selon la différence des temps et des personnes.
a 2." La loi de Moïse ne donnait point, par sa propre vertu, la ^ilce qui est nécessaire pour accomplir les comtnandemRnik de Dieu.
B 3.° Personne ne résiste à la volonté de Dieu:
Il 4.*> Dans l'état de la nature tombée, afin que le libre-arbitre de l'homme soit censé pécher ou mériter, il n'est pas nécessaire qu'il ait une é^çale facilité pour le bien et pour le mal, ou un penchant é^al des deux côtés, ni des forces éfcales dans sa volonté *.
■ On intercepta nlo» une lettre de GaitUnde k Fabroni, qui ëttll dam tr gmte dj (elles que nous avonc fuit connaître plus haut. V. l'Histoire da ti Cunslilulion Vnigenitiu, pu l'auteur des Uexaples.
• V. la Correspondance du cardinal dî NoiiUea avec le P. (iravMOO, dam \o Journal de l'abbé Dorsanne, décembre 1721.
' 11 fuffil, cnr-fH, que rtiomme Bit la possibilité d'ohlun'r de OiPii la !I^ii^'
DE L* ÉGLISE Dl FBANCB. 367
» b.^ Plusieurs théologiens célèbres soutiennent^ sans aucun dangtr d'erreur^ que les aveuglés et les endurcis soat quelquefois destitués de toute grftce intérieure^ en punition de leurs péchés précédents : mais que qui que ce soit n'ait la hardiesse d'avouer que ceux qui, étant privés de toute grâce, commettent des péchés considérables, ne soient pas coupables devant Dieu.
» 6.0 Le point capital et le plus important de la religion est le divin commandement de Tamour de Dieu, et ce commandement est distingué de tous les autres.
» 7*^ I^ rapport de toutes nos actions à Dieu est de précepte, et DOD pas seulement de conseil ; et il ne suffit pas que nos actions y tendent interprétativenient.
» 8.* Celui qui commet des péchés considérables offense Dieu, quoiqu'il ignore Dieu, ou qu'il ne pense pas actuellement à lui, ou qu'il ne fasse pas attention expresse à la matière du péché.
» 9.** Ceux-là ne suivent pas la voie sûre du salut qui ne demandent point, dans le sacrement de pénitence, le même amour de Dieu que le second concile d'Orange et le concile de Trente exi* gent des adultes pour être justifiés dans le baptême.
» lO.o C'est une conduite conforme aux préceptes de l'Évangile ei aux règles de l'Église, de différer le bienfait de l'absolution aux pénitents qui sont chargés de très grands crimes ou de crimes publics, ou à ceux qui sont dans l'habitude ou même dans l'occasion prochaine du péché mortel ; à ceux qui refusent de se réconcilier sincèrement avec leurs ennemis, de restituer les biens qu'ils ont enlevés à leur prochain, son honneur et sa réputation ; de réparer les scandales qu'ils ont causés, ou même qui diffèrent à s'acquitter de ces obligations par leur faute ; à ceux encore qui donnent des signes douteux et équivoques d'une sincère conversion ; à ceux qui négligent de s'instruire des mystères de la foi et des préceptes de la vie chrétienne, et, en général, à tous ceux qu'un confesseur prudent et sage ne juge pas suffisamment préparéi et disposés.
n 11. *> La lecture de rÉcriture-Sainte est sans doute utile par
4ui le iélie des chaloes du péché et qui lui rend ta liberté entière perdue par U* péché. Les Mol nistes n'ont pas réfléchi que la Grâce, ou Taction de Dieu sur l'homme, lui rend toute sa liberté au lieu de lui imposer contrainte ou néces- !«ité. Cependant ce principe si profond est écrit clairement dans la Sainte- Écriture, et c'est le grand principe de saint Augustin.
elle-même; mais elle n'est pas nécessaire de nécessîlé de uluti tous et cfaacan des hommes sans exc^tion, et il n'est pas pennit à chaque particulier de l'interpréter à sa fantaisie, et en suiviDl pour rèf\e leur propre esprit, ni de la lire sans conserver le retpect et l'obéissance due aux pasteurs, ou sans une sincère soumission h l'esprit de l'Église, k qui il appartient de juger du vrai sent el de la vraie interprétation de l'Écriture.
» 13." Si quelque sentence d'excommunication défend clairement d'exercer l'acte d'une vraie vertu, ou détourne d'un vrai précepte, elle doit être regardée tout a la fois comme nulle et injuste; et cela conformément aux décrets de r£glise. s
Ces propositions étaient comme un résumé des diiférenls points de la doctrine catholique opposés aux systèmes des Jésuites. Ca systèmes avaient été, pnur la plupart, censurés par les papes el par le clergé de France ; mais les Jésuites les soutenaient loujourt, et leur intention avait été de les faire consacrer par la bulle Uttgrnitui, lis se tantaient d'avoir triomphé, et ils répandaient, sous le couvert de l'Église, leurs systèmes absurdes et rationalistes avec une impudence incroyable. Tout, dans leur doctrine, tendait au naturalitine et à l'exclusion de Dieu des actes de l'homme comme de la société ; leur crime était d'autaol plus gr^nd, qu'ils donoaient leurs erreurs comme la doctrine orthodoxe, el qu'ils voulaient forcer, depuis la bulle Vnigenitui, tous les catholiques à les envisager de cette manière. En considéraul les choses à ce point de me, qui est celui de la vérité, on s'explique facilement l'insistance que mettait le pieux cardinal de Noaiites à demander au Sainh Siège des explications qui ne pouvaient avoir de véritable valeur que données par lui; maïs on comprendra en même temps les intrigues des Jésuites pour empêcher ces explications, qui ne pouvaient être pour eux qu'une censure.
Les douze articles de Noailles étaient d'une orthodoxie irréprochable, quoi qu'en aient dit les Jésuites; et ces re%ieux se sont convaincus eux-mêmes d'erreur en les attaquant. On n'aïuait pas cm cette contradiction possible si l'on n'avait pas leurs écrits. Le Jésuite lâiiteau s'est bien gardé de les transcrire dans sa mensongère Uittoire de la Ctmttilulion l'nigmitus. 11 était plus libre ainsi d'en dire beaucoup de mal : n Ce n'est pas le lieu, dit-il ', de disculer ici ces douze articles; mais pour on donner une idée
> LsGlenu, Hist. de la Coastit. I'rii(,'., liv.
Di l'Ahusb db fbancb. 3r»9
générale, î) me suffira de dire qu'ils étoient tous équivoques dans les termes et suspects d'un mauvais sens ; que quelques-uns étoient faux par la trop grande généralité des expressions dans lesquelles ils étoient conçus; que quelques autres enseignoient des erreurs manifestes; que plusieurs donnoient lieu à des conséquences nécessaires^ mais pernicieuses, et que la plupart étoient contraires aux sentiments les plus communs des théologiens et à la liberté des Écoles catholiques. » Telle est refifronlerie monstrueuse qui règne dans Tauvrage de Lafiteau, et, en général, dans tous les écrits des Jésuites sur la Constitution. Ce déclamateur pensa qu'on le croirait sur parole ; un grand nombre en effet ont copié ses mensonges; un plus grand nombre les ont crus sans examen.
Le P, de Gravezon, ayant remis au pape les douze articles du cardinal de Noaillcs, écrivit à ce dernier la lettre suivante * :
« Quoiqu'il ne me soit pas difficile de connoître, par les lettres et rinstruction secrète que Votre Ëminence m'a envoyées, que l'on a voulu me rendre auprès d'elle un très mauvais service en faisant croire que je Tamusois dans cette cour, dans l'espérance d'avoir des explications sur la bulle Unigenittis/je puis pourtant lui prolester et faire serment devant Dieu que je ne lui aï rien écrit que conformément à ce que notre saint Père le pape m'a dit de sa propre bouche. Je n'approuve point le deuxième bref que M. Mayela vous a écrit de la part de Sa Sainteté. Il n'a aucune affection paternelle dont le saint Père a coutume de se servir; je m'en suis plaint à Sa Sainteté aujourd'hui dans une audience que j'eus l'honneur d'avoir avec elle, quoique fort tard ; car j*aî demeuré cinq heures au Palais sans pouvoir avoir audience, à cause de plusieurs cardinaux qui sont venus ; et enfin, à une heure et demie après midi, le saint Père, qui n'avoit rien pris aussi bien que moi, a eu la bonté de m'entendre pendant jtrois quarts d'heure, pendant lesquels je lui ai expliqué que vous n'étiez pas content de son second bref, parce qu'il étoit tout différent de celui qu'il vous avoit écrit auparavant. Cela lui a fait beaucoup de chagrin, et il a dit d'en parler à M. Mayela. J'ai présenté ensuite à Sa Sainteté les propositions (les douze articles) que Votre Ëminence m'a envoyées, et qu'elle souhaite que Sa Sainteté insère dans un bref affectueux qu'elle lui enverra. Je lui ai fait connaître que cela étoit absolu-
* Lettre du P. de Gravezon au cardioal de Noailles, en date du 23 janvier 1725.