XI. U
HIêTOllI
ment néeessairepour attirer tous les appelants en France^ et qu'autrement Votre Eminence se trouveroit toute seule^ et que, d'ailleurs, les propositions que Votre Eminence m'avoit envoyées Aan/ iris catholiques, Sa Sainteté ne devoit faire aucune difficulté de les approuver dans un bref adressé à Votre Eminence. Le saint Père m'a répondu qu'il fCavoit sur cela aucune difficulté, mais qu'il auroit seulement souhaité que Votre Eminence lui eût écrit une lettre là-dessus, mais que, néanmoins, il les liroit et qu'il la oonsoleroit au plus tôt. Je tâcherai, si je puis, d'avoir pour mardi prochain le bref du pape ; je conseille pourtant à Votre Eminence d'écrire à Sa Sainteté au plus tôt pour l'y engager; et je vous donne ma parole que Sa Sainteté vous accordera tout ce que vous lui demanderez. Gomme il éloit tard lorsque je quittai le saint Père, il eut la bonté de me faire dîner dans son palais, et m'ordonna d'écrire à Votre Eminence qu'il avoit pour elle toute l'estime et l'affection possible, et qu'elle ne devoit, en au^cune manière, douter de ses promesses, qu'il tiendroit infailliblement. Je suis obligé d'écrire à la hâte à Votre Eminence ce que je viens d'apprendre actuellement de notre saint Père le pape. »
Telles étaient les dispositions de Benoit XIII. il lut les propositions du cardinal de Noailles, et le 25 janvier, étant allé au couvent des Dominicains de la IViinerve, il dit ces remarquables paroles ^ : a Père de Gravezon, j'ai lu avec toute l'attention possible les propositions que vous m'avez présentées au nom du cardinal de Noailles, je les ai trouvées saines, véritables et catholiques, tellement que, si le cardinal de Noailles m'eût écrit cet ordinaire, je lui aurois incessamment envoyé un bref pour le contenter sur ces propositions. Mais puisque le cardinal de Noailles ne m'a pas encore écrit sur ce sujet, mandez-lui, de ma part, qu'il m'écrive au plus tôt et qu'il insère dans sa lettre ces propositions telles que vous me les avez présentées.. Enfin, signifiez au cardinal de Noailles que j'ai pour lui un cœur véritablement paternel ; que je ne désire rien tant que de lui en donner des marques, et que je n'ai jamais eu intention de le mortifier dans le second bref que je lui ai envoyé. »
On peut rapprocher ce jugement porté par Benoit XIII sur les douze articles, de celui de Lafiteau, que nous avons donné plu?
^ Lettre du P. de Gravpzon nu c^irdinal de Noaillos, en date du i6 tévrier 1725.
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htul. On verra par là que le pape et les Jésuites ne pouvaient Mérer 4'une manière plus éridente dans leurs appréciations. Les Jésuites le savaient ; au lien de soumettre leur jugement à celui du pape^ comme Us Texigent des autres^ ils entreprirent de lui imposer leur manière de voir. Il essayèrent d'éloigner du palais le P. de Gravezon^ qui leur faisait olntacle ^ lis commencèrent par répandre contre hii des soupçons de Jansénisme^ selon leur usage. Les émissaires des Jésuites auprès du pape procédaient doucement et avec prudence, afin de lui insinuer plus adroitement leurs pensées; en France, le nonce et le reste de la eabale se gênaient moins, et annonçaient hautement que Noallles n'arriverait pas à son but. De Fleury, ancien évéque de Fréjus, se montrait d'un fanatisme extraordinaire ; et il dit hautement, en plein conseil, que le pape ne donnerait pas le bref qu'il avait promis. Noailles écrivit au pape pour le lui demander, en soumettant les douxe articles à son approbation ; mais en même temps Fleury, Rohan, Bissy, Tencin et le nonce expédièrent au cardinal Paulucci, dévoué à leur cabale, un paquet contenant plusieurs pièces propres à traverser l'accommodement et à révolter les cardinaux contre le pape.
Au lieu d'expédier son bref, le pape nomma une commission composée de cinq cardinaux et de Mayela, secrétaire des brefs*. NoaiUes redoutait toute espèce de commission, parée qu'il savait bien que lee Jésuites y domineraient ; il eût voulu n'avoir affaire qu'an pape lui-même ; mais les Jésuites se défient trop ies papes pour leur laisser leur libre action ; et ils réussirent à faire nommer une commission, à laquelle ils firent adresser de France des lettres gui faigaient hùrreur, selon l'expression du cardinal de Polignac*. Ces lettres firent beaucoup d'impression à Rome, même sur l'esprit du pape. Le P. de Gravezon en écrivit à Noailles en ces lermes* :
« C'est avec bien du chagrin que je me vois obligé de faire savoir à Votre Éminence le changement «ubit qu'a causé, dans cette cour, l'arrivée du courrier que M. le nonce a dépêché à notre
^ Jooraal de Tabbé Dorsanne, 1725 ; Lettres du cardinal de Polignac et du P. de Gravezon au cardinal de Noailles. « lUlalioa d*AnMdei.
* Idettre du P. de GrafVEon au eardinal de Noailles, avril 17S5. ^ LfHfe du P. de Grareton au eardinal de Koaill^s, a ) date du iê avril.
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faim Père le pape. La paix étoit entièrement conclue, et la congrégation des cinq cardinaux que Sa Sainteté avoit consultés avoit favorisé les saintes intentions de ce grand pape. Mais après que les cardinaux ont su le contenu de ces lettres, dans lesquelles il y a bien des calomnies, particulièrement contre moi S sans néanmoins aucun fondement, ils ont commencé à faire un tintamare, un charivari horrible y et ont été cause que ces cardinaux ont conseillé au pape de n'exécuter poiut le projet de paix qu'il avoit envoyé à Votre Ëminence, dans la crainte qu'ils ont eue que les évéques de France ne réclamassent contre ce projet de paix, et, de là, ne prissent occasion de faire un schisiâe en France, selon les menaces qu'ont fait au saint Père ceux qui lui ont écrit par le courrier extraordinaire de M, le nonce. »
Les intrigants qui s'étaient permis ces menaces étaient bien capables de les exécuter; car ils n'avaient d'autre foi que leur intérêt, et ils eussent non-seulement attaqué la bulle, mais organisé une opposition schismatique si leur ambition leur avait fait considérer ce rôle comme avantageux.
Le P. de Gravezon envoya des détails encore plus circonstanciés sur leurs projets, dans sa letlre du 3 mai, au cardinal de Noailles *.
« J'ai déjà fait savoir, par une précédente lettre, à Votre Émineuce, les bruits et les tintamares qu'ont faits ici les cardinaux, après l'arrivée du courrier extraordinaire que Monseigneur le nonce de Paris a dépéché à Sa Sainteté. La paix étoit entièrement conclue, et les cinq cardinaux que notre saint Père le pape avoit députés pour examiner le projet Tavoient approuvé, lorsque, par un malheur imprévu, le courrier du nonce a suspendu l'heureux succès que Monseigneur le cardinal de Polignac et moi, fondés sur la parole de Sa Sainteté, avions tout lieu d*espérer de voir bientôt le fruit de cette négociation de paix, si importante à l'Église et ù l'État. Votre Éminence ne sauroit croire les excès de passion dans lesquels ont donné ces évéques et cardinaux de France, qui ont écrit à notre saint Père le pape pour l'empêcher d'approuver les douze articles selon le projet de paix qu'il avoit fait pour attirer à son obéissance tous ceux qui ne veulent pas accepter la constitu-
t On l^aoc usait en parUoolier, dans ces lettres, d*étre Janséniste et d*aToir appelé au concile; ce qui était d*une évidente fausseté.
* Lettre du P. de Graveton au cardinal de Noailles, en date du 3 Mai t78&*
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Hon UnigemUus. Ils ont employé dans leurs lettres des calomnies ^ des faussetés^ des impostures criantes et des menaces si terribles^ qu'ils n'ont pas fait difficulté de menacer notre saint Père le pape que tout le clergé de France se sépareroit de communion et feroit un schisme^ s'ii persistoit à approuver ou à faire exécuter le projet de paix qu'il avoit envoyé à Votre Éminence. »
Tandis qu'ils faisaient au pape ces menaces schismatiques^ les chefs de la cabale soutenaient^ dans leurs instructions pastorales, les principes ultramontains^ pour démontrer qu'on devait accepter la bulle et regarder comme hérétiques et schismatiques ceux qui demandaient au pape des déclarations orthodoxes pour tranquilliser leur conscience alarmée.
Ce fut sous rimpression de ces menaces que Benoît Xlil tint à Rome son concile provincial. Il avait d'abord Tintention d'y travailler à la réforme bien nécessaire des mœurs, et de censurer les Casuistes. Mais^ grâce à la cabale, il n'y fut guère question que de la constitution. On l'y reçut solennellement, sans réfléchir qu'en agissant ainsi, on attaquait de front l'UItramontanisme, et l'on supposait que cette constitution n'avait pas été acceptée précédemment. De plus, un simple concile provincial, même tenu à Rome, ne pouvait donner à la bulle une plus haute autorité; l'iniquité se. mentait donc à elle-même ^en forçant le pape à des démarches qui n'étaient ni dans son caractère, ni dans ses vues ^
Quelque temps après, on fit imprimer à Paris les douze articles, sous le titre à* Explications données par Benoit XIlI. Les exemplaires eu furent peu nombreux et personne ne connaissait cette pièce, qui n'en fut pas moins dénoncée au Conseil par le nonce. L'empressement qu'il mit à faire cette démarche fit soupçonner que la cabale avait fait imprimer elle-même les douze articles avec un titre menteur, afin de les faire supprimer solennellement, d'empêcher ainsi le pape de les approuver, et de pouvoir dire qu'ils n'avaient jamais reçu de lui aucune approbation *.
Le pape, n'ayant pas donné suite à son projet de bref approbatif des douze articles, fit adresser à Noailles un projet de mandement dressé par l'Inquisition, lui promettant d'approuver les douze articles dès qu'il l'aurait publié. Mais, outre que ce mandement était mal digéré et excessif, Noailles ne pouvait espérer que la cabale
* Lettre du P. de GravezoD au cardinal de Noailles, juillet ITUô. ^ Journal de Tabbé Dorsann<<, juin 1725.