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laissât au pape h liberté d'envoyer son bi«tV même appès kt publication du mandement. H connat«ait les Italiens et les Jésuites, et n'avait pas une haute idée de leur bonne foi. Peut-être nV vait-il pas tort.
Tandis que ces négociations avaient lieu entre la cour de Rome et le cardinal de NoalUes^ on continuait en France à persécuter les réappelants ; on les considérait comme hérétiques et rebelles ; et, comme tels^ ils étaient exilés, emprisonnés, et on leur refusait après leur mort la sépulture chrétienne. L'assemblée du clergé s'étant réunie à Paris au mois de juillet 1725, plusieurs évêqucs demandèrent, avec beaucoup d'instance, la permission de tenir des conciles provinciaux. L'archevêque de Narbonne se distingut surtout parmi ces évêques. Il voulait y faire le procès à Tévéque de Montpellier, un des quatre appelants, et qui avait le tort fort grave, aux veux de ses adversaires, de défendre avec beaucoup d'éloquence et d'énidition la cause à laquelle il s'était consacré. Les évêques de Mirepoix et de Boulogne étaient morts depuis l'appel, et après avoir montré beaucoup d'énergie dans les Iribûlalions qu'ils avaient eu à supporter. Leurs vertus étaient coanues. Ils avaient été remplacés par desconstitutionnaires, qui n'avaient pas, il faut l'avouer, continué leurs traditions sous le rapport de» vertus pastorales. Celui de Boulogne surtout était peu édifiant, et la simonie avait été pour beaucoup dans l'acquisition des rkbeases qu'il possédait*. L'évêquc de Mirepoix aurait voulu gonvcmer le diocèse de Montpellier comme s'il eût été vacant; mais Golbertefi appela contre lui à tout l'épiscopat français, et fit comprendre à son ambitieux confrère que si, à Rome, on ne respectait pas les lois ecclésiastiques de France, le clergé français ne devait ni les oublier, ni les transgresser. Colbert avait appelé et réapf>elé de la bulle. Les faits, exposés avec ûdélité, ont dû former le jugement des lecteurs sur la valeur d^; cet acte. Nous leur laissons les appréciations; mais ce qu'il est impossible de nier, c'est que Colbert défendit avec talent la cause qu'il avait embrassée, et qu'il était un évêque aussi distingué par sa science que par ses vertus. Ses ouvrages * peuvent être divisés en trois catégories. La première renferme les actes d'appel de la constitution UnigeniluSy des lettres
1 Mémoires du duc de Saint-Simon, t. xv, ch. 10.
' Ils ont été réunis en trois volumes in-4.o et classés comme noni l'indiquons.
Dl L'iOLWB Dl FRANCE. ffifS
Pê9ê9r0li$ of/icU et les écrits composés pour la défense de ces actes. La deuxième catégorie renferme les écrits sur le formulaire^ sur le concile qu'on projetait contre lui et contre celui d'Embrun, où Soanen^ évéque de Senez^ fut condamné^ comme nous le Terrons bientôt. La troisième catégorie renferme des mandements et instructions pastorales sur divers sujets^ et un recueil considérable de lettres. Dans ces divers écrits^ on voit tour à tour Colbert en lutte avec Bissy^ Languet, Belzuuce, contre tous ceux qui attaquaient les appelants. Tous se posaient sur le terrain de l'Ultramontanisme pour attaquer leurs adversaires; Colbert les combat au nom de toutes les traditions de l'Église de France. Les circonstances faisaient naître parfois entre lui et ses adversaires des questions intéressantes^ qu'il exposait avec beaucoup de force et de lucidité ; nous en indiquerons une seulement^ qui fut soulevée par Belzunce^ évéque de Marseille, et qui mérite de fixer l'attention. Il s'agissait du célèbre abbé de Saint-Cyran, dont nous avons ailleurs retracé la vie. Belzunce avait cru utile d'élever les accusations les plus haineuses contre TËcole de Port-Royal, et particolièrement contre l'abbé de Saint-Cyran, qu'il en considérait comme le premier chef. Prenant pour appui les assertions mensongères d'Abelly, premier historien de Vincent de Paul, il s'appuya sur les prétendues accusations de ce saint homme pour imputer à l'abbé de Saint-Gyran les plus monstrueuses erreurs. Colbert le combattit avec avantage, et prouva que Vincent de Paul avait eu pour l'abbé de Saint-Cyran l'estime que lui témoignaient les évéques et les hommes les plus vertueux de la même époque ^ Belzunce et quelques Lazaristes imprudents croyaient, par leurs déclamations contre Port*Royal, et en niant avec la plus grande mauvaise foi des faits certains, avancer le procès de la canonisation de Vincent de Paul. Les vertus de Vincent étaient cependant assez éclatantes pour qu'on n'eût pas besoin d'avoir recours aux intrigues de parti pour le faire déclarer saint par l'Église. Mais, à cette
* On peut voir ce que nous avons dit des relations de saint Vbcent de Paul et de Tabbë de SaiDt-Cyran dans notre dixième volume. Notre relation a été attaquée par VAmi de la BeHgUmt qui a cru faire beaucoup d*érudition en nous donDHot une seconde édition des erreurs de Belzunce et du prieur de Saint-Edme (Ck)llet). Gomme o*e8t la première attaque sérieuse (du moins en apparence) qui ait été dirigée contre VHisioire de VÉglise de France^ nous croyons devoir y répondre d*une manière complète. On peut voir cette réponse dans YApfm^iee du présent volume, no a.
HISTOI»
funeste époque dont nous retraçons l'histoire^ k cabale jésuitique était tellement puissante^ qu'on se croyait obligé de lui faire les sacrifices qu'elle exigeait, et qu'elle infiltrait son esprit jusques dans les actes les plus respectables. Nous reviendrons sur la canonisation de saint Vincent de Paul.
Quant à Golbert^ il soutint avec beaucoup de fermeté les outrages dont il fut chargé, soit de la part de quelques évéques fanatiques^ soit de la cour de Ronie^ soit de la cour de France^ qui s'appliquait à lui susciter des embarras et des désagréments. La saisie de son temporel ne put lui faire abandonner ce qu'il regardait comme le parti de la vérité. Malgré le désir qu'avait l'archevêque de Narbonne et quelques-uns de ses comprovinciaux de lui faire son procès, ils n'osèrent^ et Golbert mourut en paix dans son diocèse.
11 n'en fut pas de même de Boanen^ évêque de Senez.
Soanen retraçait^ dans toute sa conduite^ la vie des plus saints évéques de l'antiquité chrétienne. Sa simplicité^ sa douceur^ sa modestie^ sa piété^ sa charité pour les pauvres^ sa fidélité à remplir ses devoirs épiscopaux^ toutes ses vertus enfin étaient admirables. Avant d'être évêque, il avait appartenu à la célèbre congrégation de l'Oratoire. Il s'était acquis alors la réputation d'un prédicateur distingué^ et ses sermons imprimés sont dignes de cette réputation*. Dans le courant de l'année 1726, on fit courir le bruit qu'il était mort. Il saisit cette occasion pour adresser à son troupeau son Testament spirituel en forme d'instruction pastorale, et le rendre ainsi dépositaire de ses derniers sentiments sur les affaires de l'Église. Cet ouvrage est rempli d'onction et de piété. Soanen y rend compte des démarches qu'il a faites contre ht bulle Unigefiitus; il les confirme toutes et il corrige ce qu'il y a eu de défectueux dans ce qu'il avait fait du temps de Louis XiV par rapport au formulaire. 11 révoque la signature pure et simple qu'il en avait faite à son entrée dans l'épiscopat, et la part qu'il avait prise à la réception de la bulle Vinearity sans distinguer ce que cette bulle confondait et embrouillait. Il prend hautement la défense de Colbert, évêque de Montpellier; il s'unit aux démarches de ce prélat et adopte les écrils qu'il a publiés sur le formulaire. 11 arrive ensuite aux douze articles et fait voir qu'ils ne
* Sermons prêches devant le roi par J. Soaiieo, 2 vol. in-13.
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contiennent qu*une doctrine saine et catholique ^ Il termine son omrrage en faisant des vœux pour le triomphe de la vérité.
Soanen avait plus de quatre-vingts ans lorsqu'il publia sou TeUameni spirituel. Son grand âge et sa vertu ne purent ie mettre à Fabri des persécutions et des humiliations dont son dernier ouvrage fut le prétexte.
En 1726, les évéques de l'assemblée générale^ avaient sollicité, comme nous l'avons dit, l'autorisation de tenir des conciles provinciaux, afin de juger les évéques de Bayeux et de Montpellier et leurs écrits. Plusieurs membres de l'assemblée essayèrent de ramener les promoteurs de cette proposition à des sentiments plus modérés. PUini eux se distinguèrent de Chavigni, archevêque de Sens, de Tourouvre, évéque de Rhodez et Bossuet, évéque de Troyes, qui plaida avec beaucoup d'éloquence la cause du vénérable évéque de Montpellier. Plusieurs autres évéques se joignirent à eux, et iosi»tèrent sur l'irrégularité d'une mesure qui supposait, dans les. accusés, une culpabilité qui n'était pas prouvée, puisqu'ils n'avaient pas été mis en jugement. Malgré ces observations, la majorité se prononça contre les évéques de Montpellier et de Bayeux, qui prolestèrent légalement contre cette décision.
Sur ces entrefaites, l'assemblée fut dissoute et fut reçue par le roi en audience de congé.
Les ennemis des évéques de Montpellier et de Bayeux se crurent en droit de continuer les assemblées contre leurs confrères ^ et adressèrent une lettre au roi pour obtenir l'autorisation de réunir les conciles de Rouen et de Narbonne, alin de déposer les deux évéques qu'ils jugeaient coupables. Plusieurs évéques refusèrent de signer cette lettre, qui ne fut pas reçue par le roi et fut énergiquement stigmatisée par le Parlement.
Cet échec ne découragea pas les zélés constitutionnaires. Le duc
> Les évéques de Saintes et de Marseille publièrent alors des mandements pour attaquer ces articles. L*évêque de Montpellier, prenant puur base ces mandements, démontra une fois de plus que les Jésuites et leurs amis interprétaient la bulle UnigenUuê d*UQe manière hélérodoxe. Les évOques de Bayeux et de Pamiers publièrent aussi des mandements en faveur des douze articles.
* Brocèft-verbAl de rassemblée de 17^; Journal de Tabbë Dorsanne, aan. 1728.
* Fleury avait obtenu une prolongation de rassemblée pour terminer rexamen do quelques ouvrages trouvés répréhensibles.
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de Bourbon fut rimplacé alors, comiiie premitr minittre, ptr Fleury, ancien évèque de Préjus, dévoué à la cabale. On reprit aussitôt le deMein des conciles provinciaux, et Ton résolut de commencer par Soanen, évéque de Senez, la guerre que l'on Toulait faire aux évéques appelants. Le TeêiametU spirituel de cet évéque sembla une occasion favorable. Soanen n'était pas, comme les évé« ques de fiayeux et de Montpellier, d'une famille puissante ; i) n'avait, pour se défendre, d'autre influence que celle de sa vertu. Ce n'était pas assez à cette triste époque. Fleury s'entendit avec Bissy et Tencin, métropolitain de Soanen, en sa qualité d'archevêque d*Embrun. On s'assura des intrigants de la cour de Rome, et Tencin, par l'entremise de Fleury, obtint l'autorisation de convoquer à Embrun son concile provincial. Peu auparavant, et dani le courant de l'année de 1726, Fleury avait reçu de Soanen une lettre qui l'avait profondément blessé. Il venait d'être décoré de la pourpre, qu'il ambitionnait depuis longtemps.
Fleury avait été lié avec Soanen lorsqu'il était évéque de Fréjus; alors il se montrait dévoué au cardinal de NoaiUes, et il faisait gloire d'estimer le livre du P. Quesnel. Soanen orut que leur ancienne liaison lui donnait le droit de lui parler à cœur ouvert. Il ne crut pas devoir le féliciter d'une dignité qui était pour lui un accroissement de tentations, mais il lui exposa ce que rÉglise et l'État étaient en droit d'attendre de lui. a Ce concours, lui dit-iP, des deux plus augustes puissances de la terre à vous revêtir de toute leur gloire, me donne un juste sujet de présumer que vous emploierez ce double pouvoir à soulager un royaume qui est dans le comble de la misère, et à pacifier l'Église de France, qui est agitée depuis un siècle. »
Soanen traite ces deux points d'une manière pathétique j après quoi, résumant son discours, il dit : <f Permettez donc que, me voyant bientôt à la (In de mes quatre-vingts ans et sur le point d'aller comparaître au tribunal de Dieu, je prenne aujourd'hui la liberté que j'aurai alors, de vous dire après saint Grégoire de Nazianze, deux mots à Voreille devant un grand juge; et ces deux mots ne seront pas, comme ceux de ce Père, des paroles de plaintes, mais des remontrances respectueuses, l'une pour le royaume, Tautre pourTÉglise. » Soanen demande pour le royaume une diminution dans les impôts, et pour l'Église, la paix fondée
1 Vie et lettres de Jean Soanen, évéque de Senex, édit. inrk*^.
01 L'â«UtB VI rBANCB. I7f
mr k vérité. Puis il ajoute : « J'auroia torl^ Montieur, û, en tout priant de donner le calme à TÉglise de France, je craignois pour moi l'orage qui la trouble ; puisque le Seigneur m'a convaincu, après saint Grégoire deNazianze, qu'un évéque ne doit craindre qu'une seule chose, qui est de craindre quelque chose plus que Dieu ; et j'ose ajouter, avec saint Ambrolse, que je ne suis point abattu par la peur, quoique j'aie recours à la prière, parce qu'il convient à des chrétiens de désirer la paix avec ardeur, et de soutenir la vraie foi avec un courage que Je danger même ni la mort ne puisse afiSublir. »
Les deux mots à roreiUe ne plurent pas au cardinal-ministre. Il n'avait pas l'àme assez élevée pour comprendre la noble indépendance de Soanen. H profita donc avec empressement, pour se venger, du Testament spirituel du pieux évéque. Tencin, qui désirait être cardinal, entra dans ses vues, et le concile d'Embrun fut résolu. On avertit Soanen des mauvais desseins que l'on avait c<»itre lui dans ce concile, mais il n'en fut point ému. Il écrivait à un Père de l'Oratoire de ses amis : a Les nouvelles venues depuis peu d'Aix disent qu'on a de mauvais desseins contre Dom Jean (c'était lui-même), mais. Dieu merci, il est prêt à tout. Celui qui lui donne cet avis lui conseille d'éviter l'orage en prenant de bons moyens. Vous savez, mon très cher Père, que les meilleurs, sans comparaison, sont de craindre beaucoup Dieu et fort peu les hommes. C'est h quoi je m'en tiens, depuis treize ans principalement, et je m'en trouve fort bien. »
Tencin envoya à ses sufTraganls une lettre circulaire imprimée pour les convoquer, prenant soin seulement de la signer. U en adressa une à l'évêque de Senez comme à ses autres suffragants ^
Tencin* était, depuis longtemps^ perdu de réputation. Ses mauvaises mœurs étaient connues aussi bien que ses liaisons avec le fameux Law. Dès 1719, il s'était fait remarquer comme un des principaux tenants de la rue Quincampoix, qui était le siège de Vagiot^ et ses intimités avec Law lui avaient donné la facilité de gagner des sommes énormes en jouant à coup sûr à la hausse et à la baisse. Le régent, enthousiaste du système de Law, voulait avoir cet aventurier pour contrôleiv-général ; mais il y avait une diffî-
' Nous «vous flotts les yeux cette lettre, signée de Tencin. * On peut voir sur oe personnage tous les écrits du temps, que nous as faisons que résumer d*une manière aussi convenable que possible.