‹ Histoire de l'église de FranceChapitre 4 sur 100 · XI. e · texte numérisé non relu

XI. e

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d^tat^ contrôleur général des finances^ en étoit véritablement Fauteur, et que lui seul y avoit déterminé le roi. U diâoit que la division que Ton avoit avec Rome sur la régale, étoit la vraie occasion de renouveler la doctrine de France sur l'usage de la puissance des Papes; que, dans un temps de paix et de concorde, le désir de conserver la bonne intelligence, et la crainte de paroître être le premier à rompre l'union, empêcheroient une telle décision : il attira le roi à son avis par cette raison, contre M. Le Tellier méoiey aussi ministre et secrétaire d'État, qui, et M. de Reims avec lui^ avoient eu les premiers cette pensée, mais qui aussi Tavoient rejetée depuis, par la crainte des suites et des difticultés.

» Au reste, feu M. de Paris, de Harlai, ne faisoit, en tout cela, que flatter la cour, écouter les ministres, et suivre à Taveugie leurs volontés comme un valet. Ce fut donc un coup d'une grande im-

Sortance de relever l'ancienne doctrine de France, par l'autorité es évêques mêmes, assemblés entre eux. » Bossuet était, sans contredit, partisan de la doctrine des quatre articles; mais il n'aurait pas voulu que l'assemblée fît sa déclaration, dans la crainte d'aigrir le pape*. Cependant, le roi s'étant prononcé de manière à ne laisser aucun doute sur ses intentions, il craignit de rencontrer des obstacles à la paix dans ce prince, qui avait fait, sur l'aflaîre de la régale , des concessions importantes. Dans ces difficiles circonstances, Bossuet crut qu'il devait accepter la charge de rédiger les quatre articles; et il faut avouer qu'il y règne un esprit de modération et de sagesse di^e de ce grand homme.

Coquelin, chancelier de Notre-Dame et promoteur de l'assemblée, avait, comme nous l'avons vu, proposé de renouveler simplement les six articles de la Faculté de Théologie sur la même matière '; mais on trouva que ces articles péchaient par la rédac^

* Fleury, nouveaux Oposcules publiés par M. Émery.

* Voici les six articles adoptés par la FacuUé de théologie en 16d3, h la demande du roi, qui voulaiti par eux, arrêter le torrent de Tultramontanisme, auquel Marie de Médicis, Du Perron et Mazarin avaient donné beaucoup de force:

« 10 Que ce n*e8t point la doctrine de la Faculté que le pape ait aucune autorité sur le temporel du roi; qu'au contraire, elle a toujours résisté, même à ceux qui n*ont voulu lui attribuer qu*une puissance indirecte.

j> '29 Que o*eit la doctrine de la Faculté que le roi ne reconnaît «t a*a d*ao-

DE L'teUSB DB FRANCK. 83

tion^ et qu'on pouvait les remplacer par des décisions plus claires et moins scolastiques.

L'évéque de Tournai avait préparé l'assemblée à entendre les quatre articles^ par un savant rapport dans lequel il avait exposé- Topinion de ht commission qu'il présidait^ sur l'indépendance de la puissance temporelle et sur l'infaillibilité papale.

Selon l'évéque de Tournai, la puissance civile avait été reconnue indépendante de la spirituelle dans les premiers siècles de l'Église. Le pape Grégoire VH est le premier qui ait voulu s'attribuer une suprématie sur les rois; mais en cela il est condamné , avec tous les papes qui ont eu les mêmes prétentions, par toute la tradition catholique. La France a toujours gardé cette doctrine traditionoelle, que la commission propose d'ériger en forme de canons et décisions; elle a également conservé la doctrine de la tradition catholique sur le juge infaillible des controverses dans l'Église; c'est pourquoi elle n'a point fait résider cette infaillibilité dans le pape^ mais dans l'Église.

tre sapérieur au temporel que Dieu seul; que c'est son ancienne doctrine» à» laquelle elle ne se départira jamais.

» 30 Que o*est la doctrine de la môme Faculté que les sujets du roi lui doi- Tent tellement la fidélité et Tobéissanoe qa*ils n'en peuvent être dispensés, sous quelque prélexte que oe foit.

> jo Que la même Faculté n'approuve point, et qu'elle n'a jamais approuvé aucunes propositions contraires à l'autorité du roi ou aux véritables libertés de l'Bgliiîe gallieane, et aux canons reçus dans le royaume, par exemple, que le pepo puisse déposer les évoques, contre la disposition des mêmes canons.

» 5» Que oe n'est pas la doctrine de la FacuHé que le pape spit au-dessus du concile général.

» fto Que oe n'est pas la doctrine ou un dogme de la Faculté que le pape aoit infaillible, l<»Bquil nintervient auoun consentement de TÉgllse. »

Ces décisions furent provoquées par des thèses soutennes, par les Jéstd(6S, en fiveur de rinfaillibilUé du pape*

Le Parlement ordonna que les articles de la Faculté de théologie de Paris teraieni reçus el enseignés dans toutes les Universités du royaume. (On peut voir les vUeles et l'arrêt du Parlement, ainsi que les thèses des Jésuites, oans le recueil de EUies du Pin, intitulé : Histoire eceléstasUque du xvii* H^^fe, t. II).

Le Pariement écrivit en outre à la Faculté de théologie une lettre fort remarquable, pour la féliciter de la doctrine contenue dans ses articles. (L'original de cette kître est aux Archives, sect. hist. L, 12).

Ce fut en cette occasion que l'on restreignit enfin le nombre des religieux dans les assemblées de la Faculté, conformément aux règlements. On les considérait avec raison comme les défenseuis de Tultramuntanism .

U* rap|Kn*l de Gilbert de Ghoiseul est Irès-érudit, et il reçut iU* ra^^cinblôo la plus vive approbation.

l,es quatre articles du clergé furent adoptés le 19 mars. Le lendemain^ la commission, ayant à sa tète l'archevêque de Reims , Tun des deux présidents de l'assemblée, se rendit à Saint-Germain et offrît au roi la déclaration du clergé , en le priant de la promulguer comme loi de l'État, ce qui fut fait. L'édit de Louis XIV fut enregistré au Parlement le 23 mars. Il rendait obligatoire l'enseignement des quatre articles. La Faculté de théologie , tout en professant la doctrine contenue dans ces articles, craignit que l'édit ne fût préjudiciable à ses privilèges. Elle fit à ce sujet une requête au roi , qui , dans une note signée de Harlai *, rassura la Faculté sur ses droits et privilèges.

La déclaration du clergé de 1682 a été jugée bien diversement par les écrivains gallicans ou ultramonlains. Pour l'apprécier avec exactitude, il faut d'abord distinguer l'acte en lui-même de la doctrine contenue dans la déclaration.

L'acte n'avait pas, comme on l'a vu, l'approbation de Bossuet. Il le jugeait inopportun ; mais la volonté de Louis XIV, fortement exprimée, lui sembla, dans les circonstances difticiles où l'on se trouvait, une raison suffisante pour s'y prêter. L'assemblée eut certainement l'intention de formuler la doctrine de l'Église de France en forme de canons et de décisions, comme le dit l'évêque de Tournai dans son rapport. En avait-elle le droit? Les assemblée^i générales du clergé n'étaient pas des conciles et n'étaient ordinairement convoquées que pour arrêter et surveiller les affaires temporelles du clergé; cependant, depuis la fameuse assemblée de Melun, l'usage s'était établi peu à peu que les assemblées îf'occupassent de questions doctrinales; celle de 1682, ayant été convoquée extraordinairement et dans l'unique but d'en traiter, se crut en droit de faire sa déclaration ; mais il faut remarquer qu'elle ne s'attribua que le rôle qui lui convenait, et qu'elle n'entreprit point de formuler une doctrine qu'on serait obligé d'admettre ailleurs qu'en France. Elle ne fut même pas une décision proprement dite pour la France, mais une déclaration dos sentiments qui avaient toujours été ceux de TÉglise gallicane; c'était une protestation

» On peut voir les origloaux do la Reguvlê et de la noie aux Xrekives, soct. hist. L, i2; édit du Roi, etc., cî ce qui s'est passé en rUniversité, Sorbonne, etc. Paris, l\ Muguet, 1683.

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qu'elle cnit devoir faire, au nom du clergé de France, contre les exagérations ultramontaines qui s'étaient donné libre carrière dans les luttes engagées entre les cours de France et de Rome.

C'est ainsi qu'on doit, pour être juste, apprécier Vacte de l'assemblée de 1682.

Quant à la doctrine, il n'y eut jamais en France de dissidence véritable sur les questions formulées dans la déclaration. Il est vrai que depuis la Ligue, jusqu'au jugement doctrinal de la Faculté de théologie, en 1663, il y eut en France un parti ultramontain dont le docteur Duval fut le chef le plus accrédité ; mais si ce parti fit quelque bruit, grâce surtout à Marie de Médîcis et à Mazarin, ses protecteurs, il n'eut jamais qu'une influence factice, comme tout ce qui n'est fondé que sur les circonstance^. Il ne pénétra jamais jusqu'à la conscience du clergé de France, qui montra, à toutes les époques, la plus forte antipathie pour l'ultramontanisme.

On comprend que la doctrine de la déclaration dut être considérée comme un attentat par les préjugés ultramontains ; mais rien n'est plus faible que les arguments qu'on lui opposa. Les théologiens les plus sérieux qui Tout attaquée furent Schelstrate, Charlas, Gonzalez, d'Aguirre, Sfondrate, Rocaberti*. Bossuet composa contre eux son savant ouvrage intitulé : Défense de la déclaration du rlergé de France '.

Il l'entreprit peu de temps après l'assemblée de 1682, cl il y travailla jusqu'à la fin de sa vie. Dès 1682, il avait fait un résumé des preuves sur lesquelles la doctrine de la déclaration pouvait être appuyée. Cet essai peut être considéré comme le premier jet de la Défense de la déclaration. Il commença ce dernier ouvrage qucl-

* Les écriraiiis modernes ont copié les arguments de ces théologiens, en les accompagnant de déclamations et d*impertinences, comme de Maistre, Du Lac, Rhorbacher, etc., etc. Ces pamphlétaires, d*autant pins hardis qulls sont plus ignorants, n*ont pas cru devoir s'épargner la honte de ne poser en antagonistes de Bossuet et de la Défense de la Déclaration,

Innocent XI nomma, au mois d*août 1682, une congrégation composée de cardinaux et de neuf théologiens, pour censurer la doctrine des quatre articles. ( F. Censura propositionum, etc.» pro congregationo cardinalium, etc. ; auctore Angelo de Nuce , archiep. Rosanensi ).

* On a voulu douter de Tauthenticité de la Défense de la Déclaration, ou faire croire que Bossuet n*avdit pas puhlié lui-même son ouvrage, parce qu*il en désavouait intérieurement la doctrine. Le Journal de Tabbé Le Dieu, que nous publions sur le manuscrit outographe, ne permettra pas de soutenir, à Pavenir, de pareilles opinions.

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ques années après. Il est divisé en deux parties : dans la première , intitulée Gallia artkodaxa,Bos&uei a pour but principal de réfuter Rocaberti, qui accusait l'Église de France d'erreur et de schisme^ parce qu'elle admettait la déclaration. Rocaberti attaquait surtout l'acte en lui-même^ comme entaché d'illégitimité. Bossuet, après avoir établi la nature^ de la déclaration contre les assertions erronées de son adversaire, abandonne Vacte en lui-même^ pour s'appliquer h la défense de la doctrine ^, et il en établit la vérité sur la tradition toute entière.

Après cet ouvrage^ pour ainsi dire préliminaire, Bossuet exa* mine chacun des quatre articles en particulier, et prouve^ avec une érudition aussi exacte que profonde, que la tradition catholique toute entière est conforme à la doctrine de l'Église gallicane.

On trouve dans la défense de la déclaration autant de calme et de sagesse y que l'on rencontre de déclamations dans les ouvrages que Bossuet avait entrepris de réfuter. Et cependant^ Rocaberti et Charlas étaient des modèles de prudence, en comparaison des fanatiques qui se crure^nt aussi obligés d'attaquer le clergé de France. Parmi ces derniers, il faut citer un certain Dubois^ licencié de Louvain, et le marquis Geroli de Carreto. Nous trouvons, à propos de ce dernier^ les paroles suivantes dans une lettre d'Arnauld * :

a Je ne puis m'empécher de vous dire que ce seroit un mauvais conseil que l'on donneroit à Sa Sainteté, si on la portait à condamner d'erreur les quatre articles du clergé^ touchant la puissance de déposer les rois, Tinfaillibilité^ la supériorité du concile général. Car le clergé ne manquera pas d'écrivains pour les défendre^ au lieu qu'il en manque pour appuyer ses autres injustices. Et cela produira un grand nombre d'écrits de part et d'autre, dont l'effet sera de donner de grands avantages aux hérétiques pour rendre odieuse l'Église romaine, de mettre un obstacle à la conversion des protestants, et d'être l'occasion d'une persécution plus cruelle contre les pauvres catholiques d'Angleterre. On en voit déjà des commencements, car il paraît ici un livret sous ce titre magnifique s Antigraphum ad cleri gaHicani de ecrlesiasticd potestate déclara-tionem. Optimo, maximo, summocftie pontifici Christi vicario InnocentioXi, urbis et orbis domino^ Cœlcrum, Terrarum, Jnfe-

' CVst en CA s^ns qu*il dit ces mots, dont on a tant abuse : abeai deelarvr If) quo libnerit (g 10, Gall. orthod.).

' > Ârnautd, Lettre aSS.t* à M. du Vaucel.

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rorumque JanUari unieo , fideique oraeulo infcMibiliy kumiliter âkaiy conseer€Uj prœsenUU Nicolatu Cercli ex Marchianibui de Carreio ^y etc. Je ne Tai point vu , mais M. de Sainte-Marthe^ qui m'en écrit , ajoute : « La suite du livre est proportionnée à la ma- • gnifieence du titre. Il prétend que Jésus-Christ ayant été roi de » toute la terre^ et le pape étant son vicaire y il a aussi une souve^

> raine puissance sur toute la terre ^ et par conséquent sur tous les

> souverains. » Je plains le Saint-Siège d'avoir de tels défenseurs ; et c'est on terrible jugeaient de Dieu sur l'Église^ si Rome prend cette voie de se défendre contre les évéques de France. »

A Rome, on ne partageait pas les sages opinions d'Arnauld ; et œ grand homme en était surtout afOigé parce que l'attachement de cette cour aux erreurs développées par Dubois et Geroli était un obstacle insurmontable à la conversion des Protestants, rendait l'Église romaine odieuse et était la principale cause de la persécution cruelle que l'on faisait supporter en Angleterre aux Catholiques*. Le procès de milord Staffort en était une preuve évidente'. A Rome » on ne voulait pas comprendre ces vérités, et l'on y croyait l'Église dignement défendue par les livres très méprisables de CeroU et de Dubois; ce dernier avait même à Rome une telle influence^ qui] enleva à l'Université deLouvain une partie du crédit dont elle jouissait, et qu'il fit censurer une thèse dans laquelle un docteur de cette Université soutenait que la juridiction des évéques était de droit divin. Ces excès commis sous un pape aussi saint qu'Innocent XI démontraient aux yeux des plus aveugles que l'on agissait en France avec beaucoup de sagesse en se maintenant dans la pos-

* Ànêtgraphe à ta déelmraiion du clergé gaïHcan iùuehami la pHissance ecdMasUqme; humbitmeni éMé, eonsaeré^ pré$enié au M$ ^on, très pWÊd H êouverain ponlife fnnocerU XI, seigneur de Rome et de lunivert, setd pnrlier des cievXf des terres et des enfers, oracle infaillible de la Foi, par Nicolas CeroH, marquis de Carreto, etc.

' Après avofr fait sa dédaration, rassemblée de 1(182 adressa une lettre circulaire aui Protestavts, ponr les engager à rentrer dans TÉglise catholique. Elle entreprit ensuite une censure de la morale des Gisuistes, que Bo<suet avait préparée ; mais on ne lui laissa pas le temps de terminer son trayail, et Louis XIV mit fin tout à coup à rassemblée. Il est facile de comprendre d'où ee coap partit; maid Bo&supt revint à rassemblée de 1700 avec sa censure d 'S Casoistes, comme nous le verrons en son lieu. ( V. les Lettres 97.e et 96.e de Bossuet au docteur Dirois).

* Arnauld, Lct'rc 398.« à du Vaucel.

IMSTOIBB

stv«lon on Ton étail de n'avoir aucun égard à de pareilles cen-

sures*.

Dubois avait surtout nui, auprès de la cour de Romc^ à la Faculté de LoQ^ain , en donnant un mauvais sens à la réponse qu'elle avait faite sur les quatre articles du clergé de France. Plusieurs docteurs de cette Faculté, qui avaient des rapports fréquents avec les Prolestants, et qui cherchaient à les réunir à l'Église catholique, comprenaient mieux que les employés de la cour de Rome qu'il ne fallait point exagérer la puissance pontificale^ si l'on voulait avoir auprès d'eux quelque succès. Tous les grands controversistes en convenaient; aussi Véron, Richelieu, Wallembourg, du Perron, n ont-ils jamais soutenu, dans leurs discussions avec les Protestants, que rinfaillibilité de l'Église universelle. Bossuet ne défendait aussi contre eux que cette vérité ; et l'on a pu remarquer dans le préambule de la déclaration, qu'il avait les Protestants en vue d'une manière toute particulière en rédigeant les quatre articles. Dans le livre de VExposition, approuvé par innocent XI, il n'avait donné comme de foi que l'infaillibilité de l'Église. Si donc, comme le pensait Arnauld*, d'accord en cela avec Bossuet lui-même, «l'assemblée eut le tort de remuer ces questions . ce n*est point ce qu'elle en a dit qui a formé la créance qu'on a sur ce point. Je ne saurais me lasser, ajoute Arnauld, de dire que ce ne sera point le contraire de ces articles qui affermira l'autorité du Saint-Siège, mais bien plutôt le bon usage que les papes feront de l'autorité que tous les Catholiques reconnaissent que Jésus-Christ leur a donnée. Les autres prétentions, si on les considère bien, ne peuvent être regardées par ceux mêmes qui les croient vraies, que comme des titres sans réalité. »

La déclaration du clergé de France, promulguée par Lom's XIV et enregistrée parle Parlement, fut acceplée dans tout le royaume à peu près sans difficulté. Les Jésuites se distinguèrent, entre tous les ordres religieux, par leur zèle pour la doctrine gallicane. Nous avons dit que leur conduite, dans ces circonstances difficiles, leur avait mérité les éloges du Parlement. Voici ce qui se passa ^ :

^ Arnauld, Lcllrc 398.e.

î Ibid.

' D'Avrigny, Méiu. chronol., ann. i681 ; Crctineau-Joly, liist. de la Compagnie do Jésus, t. IV, chap. 5, pag. 361 etsuiv.; Relation de la régale; Vie de M. do Ciulet, évêi|uo de Pamicrs, liv. x; registres du Parlement.

Innocent Xi, ayant public son troisième bref contre la régale, ordonna au général des Jésuites d'en envoyer des copies aux provinciaux de Paris et de Toulouse, avec commandement exprès de les rendre publiques et d'obliger leurs inférieurs de publier qu'il était ^érilabie.

Cette mesure avait été inspirée au pape par la conduite des Jésuites de Toulouse et de Pamiers , qui avaient affecté de ne pas regarder comme authentiques les premiers brefs, afin de ne point se prononcer ouvertement en faveur du pape, dans les troubles dont ces Églises étaient agitées. Ils ne pouvaient, en effet, se prononcer contre la régale, puisqu'ils avaient eux-mêmes provoqué cette question, et qu'ils étaient ainsi la cause première des troubles qui en avaient été la suite.

Le Père de Noyelle envoya bien le bref du pape aux provinciaux de France; ceux-ci, pour se tirer de l'alternative où ils se trouvaient^ ou de désobéir ouvertement au pape, ou de condamner leurs propres antécédents en déplaisant au roi, trouvèrent un moyen qui leur sembla fort sage : ce fut de se faire citer pardevant le Parlement pour rendre compte de la lettre qu'ils avaient reçue de leur général *.

Le Parlement de Paris cita les Jésuites à comparaître le 20 juin. De Novion, premier président, fit d'abord un discours rempli des éloges du roi. Il s'applaudit de ce que le paquei envoyé de Rome était tombé en des mains aussi sûres que celles des révérends Pères, dont on ne pouvait ni surprendre la sagesse, ni corrompre la fidélité. A la demande du Parlement, le P. Verthamont, recteur de la maison professe de Paris, raconta ce qui s'était passé à propos du bref qui leur avait été adressé de Rome. Ensuite, l'avocatgénéral Talon prit la parole. Il fit observer combien il serait dangereux de laisser publier les actes de la Cour de Rome par les Ordres religieux. On n'a pas à se plaindre, ajouta-t-il, de la conduite des Jésuites en cette circonstance; elle est, au contraire, pleinement justifiée par les lettres qu'ils ont reçues du pape et de leur général. Innocent XI avait en effet rappelé aux Jésuites le quatrième vœu, par lequel ils s'obligent à obéir au pape ; leur général leur avait

i M. Grétiaeau-Joly avoue suffisamment que ce furent les Jésuites eux-mêmes «iui se firent citer, en disant : « Pcut-ôtre lea Jésuites eux-mêmes s^arrangèrcnt-ils si bien que les Parlements de Paris et do Toulouse furent informés (ies précautions prises par Innocent XI. » (Op. cit., p. %6}.

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écrit dans le même sens, par ordre du pape. Talon trouva qu'il était utile de protéger les Jésuites par un arrêt, aQn de les tirer d'embarras. Cet arrêt fut rendu, après de nouveaux éloges adressés aux révérends Pères par le premier président. Le Parlement leur défendit expressément de publier les actes de la cour de Rome qu'en conséquence des lettres-patentes du roi. Jamais si touchant accord n'avait existé entre les parlementaires et les Jésuites; il est vrai que c'était pour désobéir à un pape jansénisle, qui correspondait avec Amauld, et qui n'avait trouvé hérétique ni l'évêque d'Aleth, ni celui de Pamiers.

Le 7 juillet, le Parlement et les Jésuites de Toulouse imitèrent ceux de Paris. L'entente et les compliments furent les mêmes.

Mais la soumission des Jésuites n'était qu'une affaire de politique, et leur doctrine n'en était pas moins toujours celle des Bellarmin et des Santarclli.

Les Carmes de la place Maubert, qui n'avaient point fait vœu d'obéir aveuglément au pape, surent bien lui rendre leurs devoirs, sans blesser ni leur conscience ni les lois françaises, dans des circonstances analogues à celles où s'étaient trouvés les Jésuites ^. Un religieux de ce couvent, nommé le P. Buhy, ayant soutenu dans une thèse publique dans laquelle il se prononçait ouvertement contre le pape dans l'affaire de la régale, le pape l'interdit. Le 25 janvier 1682, le roi défendit d'exécuter Tordre du pape, et le P. Buhy s'enfuit i Lyon, où il prêcha publiquement. Les supérieurs le regardèrent, malgré l'ordonnance du roi, comme dûment inter* dit, et reçurent avec respect de nouvelles dépêches de Rome, qui déclaraient Buhy incapable de toutes fonctions ecclésiastiques et privé de voix active et passive dans les élections. Ce décret fut lu en plein chapitre le 4 d'avril et enregistré dans les formes ordinaires. Cette procédure fut connue du Parlement, qui prit la défense de Buhy et cita le prieur, avec ordre d'apporter les registres du couvent. Ce religieux écrivit aux magistrats une lettre fort modeste et très bien raisonnée pour expliquer sa conduite; il comparut ensuite; sa défense fut conforme à sa lettre. Le Parlement le condamna et rétablit d'autorité le P. Buhy dans ses fonctions de lecteur de théologie.

Vers ce temps, la ville de Douai ayant été réunie par Louis XIV

* F. ÀrcMtes, sect. hUt. L, 12; 3, 12; registres du Parlemeut, des 9 avril 1682 el jours suivants ; d*Âvrigny, Mém. chronol. aon. 1681.

OB l'bqlim ob fhancs. 91

au roj^uiBB de France, la Faculté de théolc^e de cette ville se crut obUgée d'écrire au roi qu'elle ne pouvait accepter la' doctrine conteaue dans la déclaration du clergé. Les Jésuites dominaient dans cette Faculté ; ejt ils voulaient sans doute^ par cette démonstration, apaiser le pape^ indigné de la conduite de leurs oonfrères de France» Us soutenaient, dans leur lettre S que la doctrine du clergé de France avait toigours été regardée comme erronée en Belgique. Cette assertion était fausse ; car plusieurs docteurs de l'Université de Louvain ne pensaient pas comme ceux de Douai ; et le |Mpe Adrien YI, qui était docteur de la première Faculté, avait combattu l'infaillibilité papale en des écrits qu'il fit réimprimer à Rome lorsqu'il fut monté sur le Saint-Siège. La Faculté de Douai, pour rendre son opposition moins dure pour Louis XIV, caressa les préjugés de ce prince contre les Jansénistes. « Les docteurs, disaient-as, ne voient pas comme ils pourront, sans la croyance de Tinfaillibilité du pape, résister dorénavant aux insultes que leur font les Jansénistes, leur reprochant que la doctrine de Jansenius n'a pas été condamnée par un concile général, mais seulement par des papes sujets à manquer* »

Ârnauld releva énergiquement celte assertion. 11 prouva aux docteurs de Douai que jamais un écrivain de Port-Royal ne s'était servi d'une semblable raison et n'avait pu s'en servir contre eux. S'agit-il de la question de droit ou de celle du fait, leur dit-il ? Sur la première, les prétendus Jansénistes n'ont fait aucune difficulté. Ils ont trouvé bien condamnée la doctrine des cinq propositions. S'agit-il de la question de fait ? Us n'en* appellent point au concile général, puisqu'ils soutiennent, avec tous les théologiens catholiques, que l'Eglise elle-même n'est pas infaillible sur les fidiê non révélés.

L'archevêque de Gran, ou Strigonie, en Hongrie, alla plus loin que la Faculté de Douai contre la déclaration du clergé de France '. Il la condamna en termes très forts, sans réfléchir qu'il n'avait aucun droit de condamner un acte dans lequel les évéques d'une Église aussi catholique et plus illustre que la sienne, exposaient leurs opinions sans prétendre les imposer aux autres.

Le Parlement de Paris manda les principaux docteurs de Sor-

> Arnauld, Lettres 406.e et 407.«.

' Arnauld, Lettre 401.« ; Bossuet, Gallia orthod., ch. 2 ; D'Avrigny, Méia. Hironol., ann. 16K5.

92 HI8TOIHB

bonne pour leur dénoncer la censure de l'évéque de Strigonie, et un pamphlet intitulé dt^uM/to Theotogico-Juridica^ dirigé contre la déclaration. La Faculté nomma une commission de quatorze docteurs qui entreprirent de prouver les quatre articles du clergé d'une manière si évidente^ qu'il ne pourrait rester aucun doute à ce sujet, a Voilà^ disait Amauld ^^ ce que Rome aura gagné par la censure de cet archevêque. Avant cela^ on pouvoit douter, dans ifs pays étrangerSy de quel sentiment étoit la Sorbonne sur ces quatre articles, à cause des brouilleries qui y étq^ent arrivées à l'occasion de l'enregistrement; maison n'aura plus garde maintenant d'en douter. »

En France, on savait que la Sorbonne n'avait pas fait de difficultés sur le fond de la doctrine. Elle craignait seulement pour ses privilèges, que l'édit du roi ne paraissait pas respecter. Pour la punir de sa résistance, on avait suspendu les cours de théologie^ et la Sorbonne s'était hâtée alors de demander sa grâce et d'enregistrer les quatre articles *.

La Sorbonne * fut en même temps saisie par le parlement d'une thèse, dans laquelle on soutenait que le pape était \ejuge suprême des œniroverses de la foi. Le rapport des commissaires chargé^ d'examiner cette thèse et la censure de l'archevêque de Strigonie, fut déposée le 1®' mars (1683). La Faculté délibéra pendant deux mois et demi eu quarante-ciuq assemblées. Elle rendit, le 19 mai, son avis doctrinal. La proposition qui faisait du pape le juge suprême des controverses fut condamnée par elle, en tant qu'elle enlevait aux évêques le titre de juges de la foi, titre qu'ils possèdent de droit divin. Le 22 juin, l'avocat-général Talon fit connaître cet avis au Parlement. On peut s'étonner, dit-il, que la Faculté ait eu besoin de trois mois pour délibérer sur une proposition dont la fausseté était si évidente ; mais on peut l'excuser à cause du grand nombre de docteurs qui avaient à donner leur avis, et dont plusieurs se sont appliqués à présenter, dans leurs discours, tout ce que l'antiquité ecclésiastique fournit de renseignements sur la question. Après son discours. Talon demanda la suppression de la censure de l'archevêque de Strigonie et de la thèse. Le parlement rendit, le lendemain, un arrêt contre ces deux libeUes.

t Aroauld, Lettre 406.«.

> Ârcfiive9, scct. hist. L. 12 ;'ElUes du Pin, Uist. ceci, du xvii.e siècle, t. m; Registres du Parlement, 31 juillet 1682 ;D*A.vrigoy, Mém. chronol., ann, 1682. * D'Avrigny, Mém. chronol., ann. 1683; Arnauld, Lettre 409.e.

DB l*6glisb db prancb. 93

Ces actes et la censure que la Faculté avait faite de rUItrarhontanisme, enseigné par François Malagola^ augmentèrent encore le mécontentement qu'Innocent XI avait conçu delà déclaration du clergé et de l'extension de la régale. La déclaration avait soulevé la cour de Rome et l'on y parlait des mesures les plus rigoureuses contre le clergé de France. Le docteur Dirois, témoin de ces dispositions, en écrivit à Bossuet, qui lui répondit^ :

c Votre lettre me fait une peinture de l'état présent de la cour de Rome^ qui me fait trembler. Quoi ! Bellarmin y tient lieu de tout et y fait seul toute la tradition! Où en sommes*nous si cela est, et si le pape va condamner ce que condamne cet auteur? Jusqu'ici on n'a osé le faire; on n'a osé donner cette atteinte au concile de Constance^ ni aux papes qui l'ont approuvé. Que répondrons-nous aux hérétiques^ quand ils nous objecteront ce concile, et ses décrets répétés à Bâle avec l'expresse approbation d'Eugène IV, et toutes les autres choses que Rome a faites en confirma^ tien? Si Eugène IV a bien fait en approuvant authentiquement ces décrets, comment peut-on les attaquer? et s'il a mal fait, où était, diront-ils alors, cette infaillibilité prétendue? Faudra-t-il sortir de ces embarras et se tirer de l'autorité de tous ces décrets, et de tant d'autres décrets anciens et modernes, par des distinguo scholastiques, et par les chicanes de Bellarmin? Faudra-t-il dire aussi, avec lui et Ba^onius, que les actes du concile VI et les lettres de saint Léon II sont falsifiés? Et l'Église, qui jusqu'ici a ferm^ la bouche aux hérétiques par des réponses si solides, n'aurat-elle plus de défense que dans ces pitoyables tergiversations? Dieu nous en préserve ! ne cessez, monsieur, de leur représenter à quoi ils s'engagent, et à quoi ils nous engagent tous. Je ne doute pas que Son Eminence * ne parle, en cette occasion, avec toute la force aussi bien qu'avec toute la capacité possible : il a le salut de l'Église entre les mains Je ne puis m'imaginer qu'un pape si

zélé pour la conversion des hérétiques et pour la réunion des schismatiques, y veuille mettre un obstacle éternel par une décision telle que celle dont on nous menace. » Quelques jours après, Bossuet écrivait à l'abbé de Rancé ' : « Les affaires de l'Églises vont très mal. Le pape nous menace de

* Bossuet, Lettre 98.* au docteur Dirois.

' Le cardinal d'Estrées, qui était à Home, comme nous Tarons dit.

' Bossuet, Lettre 90.« à VnhM de Rnncë.

cQDsIitutîoDf foudroyantes et mime, à ce qsk'ùa éi\, de foramlaires nouveaux. Une bonne intention avec peu de lumières^ c'est un grand mal dans de ai hautes places, i»

Bossuet reconnaissait, comme on yoifc^ qu'Innocent XI n'agisaah qu'efi bonne inêeniion contre la dédaraiion du d^rgé; mais ce pape, si respectable^ partageait l'ignorance de toute la cour de Rome touchant la tradition. Gomme l'avait écrit le docteur OftroiSy Bellarmin tenait lieu de tous les saints Pères aux prêtais romains ; toute leur science était dans les chiemufê de ce théologien^ qui s'est appliqué^ dans tous ses ouvrages, à remplacer par des arguties le grand témoignage de la tradition catholique. La cour de Rome Ait toujours si attachée à ses erreurs, qu'elle voulut souvent les impcK ser comme des dogmes. Le clergé de France était moins intolâranl, quoiqu'il eût pour lui tous les Pères de l'Église ; et il ne denuindait que la liberté ^ de suivre sa doctrine, sans prétendre l'imposer aux autres.

Le cardinal d'Estrées, malgré son habileté et toutes les ressources de la diplomatie, ne pouvait amener Innocent XI à tolérer la déclaration de 1682. Les hommes ks plus éminenis de l'Église étaient, comme Bossuet, préoccupés de ce qu'on allait faire à Rome à ce sujet. Amauld jugeait la situation comme Tévéque de Bleaux : « Selon toutes les nouveUes et publiques et particuMèrea, disait-il % toutes les espérances d'accommodement sont perdues. Et c'est ce qui fait plus craindre qu'on' ne fasse, de part et d'autre, des choses qui pourroient rendre la plaie de la division incurable. La condamnation des quatre articles pourroit avoir ce mauvais effet et embarrasser ceux qui travaillent à la conversion des hérétiques, car si on les avoit condamnés comme des erreurs appr^^kaniea de f hérésie, les Protestants ne manqueroient pas de dire que lea controversistes se moquent d'eux quand ils leur déclarent qu'oa n'oblige point les catholiques de croire que le pape soit infaillible et qu'il puisse déposer les rois; que ce sont des artifices par lesquels on prétend les endormir; mais qu'il faut bien que tous les catholiques qui ont la conscience timorée, et qui ont de la vénération pour le Saint-Siège croient cela, puisque Rome déclare que le contraire est une erreur qui approche de Thérésie. De sorte que s'U arrivoit, diront-ils, que le pape entreprît de déposer un roi, la plus

1 Bossuet, Lettre 117.e à D. Mibillon, * Arnauld, Lettre 449.* à du Vftueel.

DB L'iOLMl Mt FRANCK. 9ft

gnnde partie de ses sujets^ s'ioiaginant qa'îl a le droit de le faire, se rangeroient de son c6té. On sait que c'est ce point qui est la principale cause de la persécution des catholiques d'Angleterre. »

On savait, à Rome, qu'Amauld et ses amis adoptaient la doctrine des quatre articles. S'ils avaient été hommes à se venger de Loois XIV et de certains évéques de France en sacrifiant la vérité, ils eussent pn se ranger du c6té d'un pape qui les aimait, et dé-> nonlrer à leurs persécuteurs qu'ils ne les avaient tourmentés à propos des dnq propositions et du formulaire qu'en reconnaissant implicitement l'infaillibilité papale, dont ils se déclaraient les adversaires. Mais Port-Royal aima mieux perdre quelque chose de son crédit auprès dinnocent XI que de soutenir ce pape dans les exagérations de l'ultramontanismeS et Arnauld profitait de toutes les occasions pour faire parvenir à Rome les plus sages conseils touchant la doctrine de la déclaration '.

Innocent Xi n'osa publier la censure de la déclaration dressée par une congrégation spéciale qu'il avait établie ; mais pour donner «ne preuve non équivoque de ses sentiments, il refusa les bulles à tous les députés du second ordre qui avaient assisté à l'assemblée de 1682, et qui furent nommés par le roi à desévéchés. Louis XIY, de son c6té, ne voulant pas qu'ils fussent distingués des autres nommés, fit la défense générale de se pourvoir en cour de Rome pour avoir des bulles.

Tel était l'état des choses lorsque le clergé se réunit, pour son assemblée ordinaire, en 1685.

Cette assemblée 'fut présidée par Hariai, archevêque de Paris. BoBSoet n'y assista pas; on ne doit pas le .regretter pour sa gloire.

On lit dans le préambule du procè^verbal :

« L'assemUée a non seulement secondé, mais même excité le zèle du roi pour la destruction de l'hérésie ; elle a poursuivi les Huguenots dÀus leurs derniers retranchements, et mis à découvert toutes leurs calomnies... M. l'archevêque de Paris (de Hariai), son président, en a été l'âme, ainsi qu'il l'avoit été de toutes les assem-

1 F. te Lettre de dn VauMlà Arnauld» dans la eofrespMdiBoe de oe dernier, è^ la 404.« lettre.

* F. dans la cofTespendaooe d*Aniauld, ses Lettres k U» da Vaucel» qui habitait Rome, où il était coiinu sous le nom de Valoni.

* Proote-verbaux des aasemblëes du clergé de Franoe» t. v de la ooUection géaënle.

96 HISTOIBB

blées auxquelles il présidoit depuis vingt ans. Les plus grands éloges lui sont prodigués: il est appelé, comme saint Cyrille, rectœ et immaculatœ fidei advocatus; Pater probatissimus; Dux veritatis. Les termes dont se servit rassemblée dans la séance du 30 mai pour le nommer seul président, sont remarquables : « Il a » été résolu unanimement, y est-il dit, de ne faire qu'un prési- » dent, et, eu égard aux grandes qualités de M. l'archevêque de JD Paris, à son génie supérieur, à sa grande expérience dans les » affaires, au long temps qu'il y a qu'il préside dans les assem- 0 blées, aux services qu'il a rendus et qu'il rend tous les jours à S) l'Église, et à l'honneur qu*il a d'être dans la confiance du roi, » toutes les provinces l'ont prié d'accepter cette place. »

On est humilié, pour une assemblée qui comptait certainement des membres honorables, de ces éloges outrés qu'elle prodigue à un évoque sans foi et sans mœurs. On ne vit plus que ses vices lorsqu'il eut pe^du son crédit à la cour ; mais la confiance que lui témoignait le roi à l'époque de celte assemblée était-elle un motif suffisant de l'appeler Yaoocat de la vraie et pure foi y un père vertueux et le chef de la vérité ?

L'assemblée s'ouvrit le 25 mai 1685 et finit le 23 juillet suivant.

On n'y fit môme pas mention des discussions qui existaient entre les cours de France et de Rome ; il est évident que le roi avait donné des ordres précis sur ce point, et la seule question grave qui préoccupa l'assemblée fut celle des Protestants.

De Boucherat, envoyé par le roi pour saluer l'assemblée en son nom, lui dit, dans la séance du 14 juin:

a Secondez, comme vous avez toujours fait, les* projets que la piété et la charité de Sa Majesté lui inspirent, pour faire rentrer dans l'Église catliolique ceux qui s'en sont malheureusement séparés. »

L'assemblée, instruite d'avance des projets du roi, n'avait pas attendu ces paroles- officielles pour s'occuper de ces projets , qui n'étaient autres que la révocation du fameux édit donné en 1598 à Nantes par Henri IV, et qui avait accordé aux Protestants la liberté de conscience. L'édit de Nantes* n'avait pas été respecté par Richelieu, qui avait entrepris de ruiner le Protestantisme en France, en même temps qu'il s'alliait avec les Protestants du dehors pour affaiblir la puissance de la maison hispano-autrichienne.

1 Benoît, Histoire de l*Édit de Nantes, t. ni et suiv. ; Cahicrâ du clergé et Procès-verbaux des assemblées du clergé de France.

DE L*ÉGLI8B DE FEANCB. 97

Depuis la prise de la Rochelle^ les Protestants avaient cherché à accroître le reste de liberté qu'on leur avait laissé^ et^ d'un autre côté^ le clergé catholique ne voyait qu'avec dépit leurs temples et les garanties qui leur étaient laissées. Un profond sentiment de haine couvait au fond des cœurs dans les deux partis ; de là des luttes fréquentes et des plaintes continuelles portées à la cour. Toutes les assemblées du clergé se plaignaient des empiétements des Protestants, leur reprochaient des délits commis contre les Catholiques ou contre leur culte, demandaient au roi des mesures de compression. On les avait écoutés plusieurs fois, et Lom's XIV avait si bien préludé à la révocation de l'Édit de Nantes par a une foule d'édits donnés l'un sur l'autre, qu'au commencement de 1684 fl nerestoitguères que l'ombre et le nom de celui de Nantes ^ » Le but évident que l'on se proposait était d'affaiblir peu à peu les Protestants, et de préparer ainsi les voies à leur destruction complète.

En même temps, Louis XIV se prononçait ouvertement en faveur de ceux qui se convertissaient à la religion catholique ; il les comblait de faveurs; il répandait, ainsi que le clergé, des sommes considérables * parmi les nouveaux convertis. Les seigneurs de la cour, les fonctionnaires, les grandes dames qui, jusqu'alors, avaient suivi le Protestantisme, se firent catholiques, peut-être autant pour plaire au roi que par conviction; seulement, pour faire avec quelque honneur ce changement, ils s'adressaient à Bossuet pour leur instruction ; et ce grand homme, dont l'âme candide et pure ne pouvait soupçonner l'hypocrisie, travaiUait avec autant de science que de zèle, et avec une prodigieuse activité, à donner l'instruction î ceux qui en manifestaient le désir. Tout le monde demandait son livre de l'Exposition de la doctrine catholique, et les presses de l'imprimerie royale ' en jetaient les exemplaires par milliers dans les diverses provinces de France.

L'assemblée de 1682 ^ ayant été réunie alors par le roi, elle

* Ces paroles sont du P. d*Àvngny ; Mémoires chronol., ann. 1665.

* F. IMscouTB de Boucherai à rassemblée de 1685, et dADS les Procès-verbaux des assemblées du* clergé, le chapitre des subventions aux ministres et aux Protestants convertis.

* Mémoires de Tabbé Le Dieu, sur la vie et les ouvrages de Bossuet.

^ Procès-verbal de rassemblée ^de 1682, et Pièces JusHIicatives de cette assemblée; Benott, Histoire de TÉdit de Nantes, ann. ICffô. D*Ague$seau , Diseourssur la >ie et la mort de son père, t. xîii dc9 œuvres complètes, p. 39 et 8uir.

9d HISTOIIB

adressa aux Prolestants un averHi$emen$ jHUtoral pour les engager à rentrer dans le sein de l'Église. Après des paroles pleines de tendresse^ elle aTait prononcé ces mots^ qui laissaient déjà entrevoir les desseins du roi :

a Et parce que cette dernière erreur sera plus criminelle en tous que toutes les autres ^ vous devez vous attendre à dés mattieiini incomparablement plus épouvantables et plus funestes que tous ceux que vous ont attirés, jusques à présent^ votre révolte et votre schisme.))

Vaioerti$»emeH$ fut envoyé aux évéqnes, qui durent en donner connaissance à tous les consistoires. L'assemblée adopta en outre un mémoire concernant les différences méthodes dont on peut se servir utilement pour la conversion de ceux qui font profession de la religion prétendue réformée.

Le roi joignit à ce mémoire et à Vavertissement de rassemblée deux lettres circulaires, Tune pour les évéques^ et l'autre pour les intendants des provinces, afin de leur témoigner le vif désir qu'il avait de la réunion des Protestants à l'Église catholique. On doit remarquer que, dans ces pièces, le roi recommandait de ne rien faire contre les édîts et déclarations en vertu desquels le Protestantisme était toléré en France. On nourrissait certainement des projets de violence contre les Protestants; on peut donc croire que Bossuet, qui dirigeait surtout l'opinion sur ce point, contribua à les faire ajourner. Il aQait beaucoup mieux à son génie de travailler à la réunion par les moyens pacifiques que par la force ; et même, après la révocation, il n'eut recours qu'à la douceur et à l'instruction envers eux.

Mais plusieurs évéques ne partageaient pas sa manière de voir, et n'hésitaient pas à exciter le roi à avoir recours aux moyens les plus rigoureux, comme on le vit dans l'assemblée de 1685 ^ Dana leurs harangues, l'évéque de Valence et le coadjutcur de Rouen, Colbert, félicitèrent, il est vrai, Louis XIV de n'avoir eu recours qu'aux moyens autorisés par rËvangile pour la conversion des hérétiques, c'est-à-dire aux moyens de douceur ; mais il faut avouer que ce prince, par toutes les mesures adoptées précédemment^ avait dignement préludé aux dragonnades. Dans son opinion , on

i Procès-verbal et Pièces jmUficatives de l'assemblée de 1685; Recueil des Uarangues du clergé ; Benoit, Histoire de TÉdit de Nantes, azm. 1663; d*A* guesseau, Discours sur la vie de son père.

DE l'églisb dk pbancb. 99

pouvait licitement avoir recours à la force dans les choses purement spirituelles; c'était, du reste, l'opinion généralement admise alors par le clergé lui-même, sauf de rares exceptions.

L'assemblée de 1685 formula ses résolutions en TÎngt-neuf articles, dont voici les principaux :

1 1.^* Sa Majesté est très-humblément suppUée de faire inhibitions et défenses à ceux de la religion prétendue réformée de faire l'exercice de leur religion prétendue, dans les villes où U y a archevêché et évéché , et qu'à cet effet les temples seront démolis ;

» 2.^ Qu'il soit pareillement défendu à ceux de la religion prétendue réformée de faire aucun exercice de la religion dans les lieux et seigneuries appartenant à des ecclésiastiques ;

» 3.° Que défenses soient faites à ceux de la religion prétendue réformée de faire l'exercice de leur religion dans les terres et domaines du roi ;

0 4.<' Que défenses seront faites à tous seigneurs de haute justice de faire aucun exercice de la religion prétendue réformée dans les seigneuries qui ne relèvent pas immédiatement du roi ;

n 5.*» Que les temples de la religion prétendue réformée qui se trouveront proche des Églises et chapelles, en sorte que le service divin soit interrompu, seront démolis et transportés ailleurs;

» 6.** Qu'il sera permis aux curés, vicaires et autres ecclésiastiques des lieux où il n'y a pas d'exercice public de la R. P. R. *, de baptiser les enfants de ceux de ladite religion , et qu'à cet effet les pères et mères seront obligés d'avertir les ecclésiastiques de la naissance de leurs enfants...

» il.* Qu'il plaise à Sa Mîijesté déclarer que les ministres ne sont pas personnes capables de recevoir des legs et des donations pour leurs subsistances ;

» 12.<> Qu'il soit fait défenses à ceux de la R. P. R. de faire aucunes fonctions d'avocats ;

» 16.» Qu'il soit fait défenses à toutes personnes de la R, P. R. de faire aucune fonction d'imprimeurs-libraires, ni débiter aucuns livres;

» 17.® Qu'il soit fait défenses à tous ceux de la R. P. R. d'aller faire leurs études hors du royaume ;

« 20.* Que tous les conducteurs d'horloges et autres charges

* Ces trois leUres, dans les écriU du temps, sigoUieot : RiUifUm préUndUê réfoméi.

100 BISTOIIB

municipales et emplois puUics, comme portiers et concierges des prisons, seront possédées par des catholiques;

» 21.0 Qu'a soit fait défense à ceux de la R. P. R. de tenir logis, hôtelleries et cabarets;

» 25.0 Qu'a plaise à Sa Majesté de faire défenses a ceux de la R. P. R. de faire aucune fonction de secrétaires, déjuges, clercs d'avocats, notaires et procureurs, ni de s'employer aux sollicitations, ni instructions d'aucun procès, avec défenses à toutes personnes de les y employer ;

» 27,0 Qu'il sera permis aux curés et vicaires d'entrer dans les maisons des malades de la R. P. R. accompagnés d'un magistrat ou du consul du lieu seulement, pour savoir si le malade veut se rendre catholique ou mourir dans la R. P. R. ;

» 29.® Qu'il plaise à Sa Majesté de donner une déclaration, portant condamnation de quelque amende contre les nouveaux convertis qui, depuis leur abjuration, ne font aucune profession de religion. »

Dans sa réponse aux articles, Louis XIV fit remarquer qu'il avait déjà été pourvu à plusieurs ; il accorda presque tous les autres, et promit, pour quelques uns, d'y faire considération. La réponse est signée du 9 juillet 1685.

Dix jours auparavant, les membres de la commission de la reli-gion avaient eu une conférence, avec les membres du conseil du roi, sur la question du Protestantisme, et avaient discute les articles qu'ils présentaient au roi.

Le 11 juillet, l'archevêque d'Albi, président de la commission chargée d'examiner les calomnies des hérétiques contre la profession de foi de VÉglisey rendit compte de ce qui s'était passé dans cette commission. Le résultat fut une requête contre les calomnies j qui fut présentée au roi le 14 juillet. Cette requête était accompagnée d'un mémoire sur ces calomnies. Il était divisé en sept articles et écrit sur trois colonnes. Les deux premières étaient consacrées à l'exposition de la foi caAoliquc en latin et en français ; la troisième contenait les assertions des Prolestants sur chacun des articles de foi, justifiées par de nombreuse notes tirées de leurs écrits.

Harlai présenta au roi la requête et le mémoire, en conséquence desquels Louis XIV rendit un édit défendant aux ministres, et à toutes personnes de (a religion prétendue réformée^ de préeher, de

DE L*i6U8B DB FBiNCB. 101

composer aucun livre contre la foi et la doctrine de VÈgliee, etc. Cet édit fut enregistré au Parlement le 23 août.

L'archevêque de Paris fut ensuite chargé de dresser un catalogue de tous les ouvrages qu'il serait défendu à tous les siqets du roi de garder chez eux. Les livres désignés furent supprimés par un arrêt du Parlement du 7 septembre. En conséquence^ les officiers de la police en firent la recherche dans les boutiques des libraires et dans les maisons des ministres protestants.

Plusieurs parlements de province firent exécuter Tarrêt de celui de Paris ; lés agents de police et les troupes se répandirent donc en bien des lieux^ soit pour rechercher les livres^ soit pour faire observer les édits du roi. De grandes violences furent commises^ et plusieurs protestants effrayés quittèrent dès-lors la France; d'autres^ par crainte, feignirent de se convertir à TÉgiise catholique. Ce fut en ces circonstances que Louis XIV révoqua l'édit de Nantes, et enleva ainsi toute existence légale aux Protestants.

Cette révocation est datée du mois d'octobre 1685. Elle fut suivie d'une foule d'ordonnances ^ par lesquelles on défendait de concourir en rien à l'évasion des Protestants ; on accordait à ceux qui les dénonçaient la moitié des biens des réfugiés ; on obligeait ceux qui rentraient en France après s'être exilés à déclarer au juge leur retour; on ôtait aux Protestants le droit de remplir les fonctions de juge, d'avocat, etc. ; on leur enlevait leurs enfants, de 5 à 16 ans, pour les confier à des parents catholiques, ou, à leur défaut, les mettre dans les hôpitaux; on privait les veuves protestantes du droit de disposer de leurs biens; on condamnait aux galères ceux qui^ après avoir donné des marques de catholicité, refusaient les acrements dans les maladies graves dont ils guérissaient.

On ne s'en rapportait pas au zèle du clergé pour faire exécuter ces ordonnances. Des instructions, envoyées aux officiers des troupes du Languedoc, les chargeaient de surveiller les ex-protestants, appelés officiellement nouveaux convertie^ pour voir s'ils allaient à la messe ; ils devaient doubler et tripler le nombre des dragons en logement chez ceux qui n'y allaient pas; si ce moyen ne sufBsait pas, ils devaient les mettre en prison et les y traiter durement. Les pères et mères qui n'envoyaient pas les enfants aux écoles catholiques étaient condamnés à de fortes amendes ; on promettait cinquante pistoles à ceux qui donneraient avis d'une réunion pro-

> Benoit les a réuDics à la fio de son Histoire de l*Édit de Nantes.

102 BISTOIKE

testante avant qu'elle n'ait eu lieu; l'assemblée découverte, les troupes devaient s'y rendre^ écharper une partie des assistants, faire pendre ceux qui seraient trouvés munis d'armes. Cinquante louis étaient promis à ceux qui livreraient un prédicant ; cijf q mille cinq cents livres pour la capture d'un ministre.

Nous n'avons point à entrer dans le détail des horribles exécutions qui suivirent ces édits ; les dragonnades ont acquis une triste célébrité. Les Protestants, depuis plusieurs années, s'étaient facilement aperçus que l'on méditait leur ruine. Les guerres de religion auraient recommencé s'ils eussent été assez forts; mais ils n'avaient pu se relever du coup que leur avait porté Richelieu par la prise de La Rochelle ; et leurs soulèvements isolés, sous Louis XIV, ne servirent qu'à provoquer contre eux de plus grandes violences.

Le clergé, en général, applaudit à la révocation de l'édit de Nantes. Voici les raisons sur lesquelles les hommes les plus éniinents de l'Église s'appuyaient pour justifier cette mesure :

Bossuet s'exprime ainsi dans une lettre adressée à un réfugié ' : « J'ai vu, dans une lettre que vous écrivez à mademoiselle de V***, que la vraie Église ne persécute pas. Qu'entendez-vous parla, monsieur? Entendez-vous que l'Église par elle-même ne se sert jamais de la force? Cela est très vrai, puisque l'Église n'a que les armes spirituelles. Ëntendez-vous que les princes qui sont enfants de l'Église ne se doivent jamais servir du glaive que Dieu leur a mis en main pour abattre ses ennemis? L'oseriez- vous dire contre le sen* timent de vos docteurs mêmes, qui ont soutenu, par tant d'écrits^ que la république de Genève avait pu et dû condamner Servet au feu, pour avoir nié la divinité du tils de Dieu ? Or, Sims me servirdes exemples et de l'autorité de vos docteurs, dites-moi en quel endroit de l'Écriture les hérétiques et les schismatiques sont exceptés du nombre de ces malfaiteurs contre lesquels saint Paul a dit que Dieu même a armé les princes ? Et quand vous ne voudriez pas permettre aux princes chrétiens de venger de si grands crimes, en tant qu'ils sont injurieux à Dieu, ne pourraient-ils pas les venger, en tant qu'ils causent du trouble et des séditions dans les États ? »

Bossuet avait raison contre les Protestants qui admettaient les mêmes principes que lui sur l'intervention du pouvoir temporel dans les choses religieuses; mais on doit regretter que Bossuet

1 Bossuet, Lettres diverses, lâ7.e

DE L'ÉGLiaB De FRANCE. 103

n'ait pas vu Je daager de cette opinion, qui fait véiitablement le pouvoir temporel juge de la religion elle-même. Tandis que Louis XIV persécutait le Protestantisme comme une église hétérodoxe, le roi de Suède puûissait de mort les Catholiques, en s'appayant sur les mêmes principes que Louis XIY. Comment Bossuet, qui constate ce fait dans la lettre que nous avons citée, n'eïi a-tnl pas tiré d'autres conséquences? Le génie, quelqu'élevé qu'il soit, tient toujours à l'humanité, et participe à ses imperfections.

Il faut dire, à la gloire de Bossuet, que, tout en approuvant en principe la révocation de l'Édit de Nantes^ il ne fut jamais partisan, non-seulement des cruautés, mais de certaines violences que d'autres évéques regai'daient comme nécessaires. Il s'éleva entre lui et les évéques du Languedoc , unis à Lamoignon de Basville, intendant de cette province, une discussion très vive sur l'utilité d'une mesure adoptée par ces derniers, et qui consistait à forcer la Protestants à aller à la messe. Malgré les raisons que faisaient valoir et Basville, et le respectable évêque de Mirepoix, de La Broue, Bossuet tint ferme et soutint qu'on ne pouvait, sans manquer de respect aux saints mystères, y admettre ceux qui n'y croyaient pas; à plus forte raison ne devait-K)n pas les forcera y assistera II faut avouer, pour êtrç impartial, que c'était à cause de l'inconvenance qu'il y trouvait au point de vue religieux, que Bossuet rejetait la mesure, et non à cause de la violence faite aux Protestants ; car il écrivait à Basville ' : a Je conviens sans peine du droit des souverains à forcer leurs sujets errants au vrai culte, soua

certaines peines. »

Il prit même ofticiellement la défense de la révocation de l'édit de Nantes, dans son Instruction pastorale sur les promesses de V Église ', en s appuyant sur l'autorité de saint Augustin. On aimerait mieux entendre Bossuet s'appuyer de l'exemple et des paroles de saint Martin de Tours, qui pe^wit que c'était à l'Église à condamner l'hérésie, et que les princes ne devaient s'occuper que des choses temporelles ^.

^ V. la Correspondance de Bossuet avec révoque de Mirepoix et Basville, parmi ses lettres diverses.

< Bossuet, Lettre 2!27.e

) 11 en parla même avec une espèce d'enthousiasme dans Toraison- funèbre du chancelier Le Tellier.

^ V.dans Sulpice-Sévère, les paroles de saint Martin à propos desithaciens, qui imploraient Tautorilé de Tempereur Maxime contre les hérétiques.

104 HISTOIIB

Ariiauld^ mal^é la noble iiulépendance et la grandeur de son génie^ partageait le préjuge qui s'était imposé à Bossuet ^. H en avait cependant été victime ; car il était évident pour lui^ comme pour tous ceux qui ont approfondi les tristes querelles qui ont troublé rÉglise au xvn." siècle^ à propos du livre de Jansenius, que si Louis XIV; à la sollicitation de ses confesseurs, ne s'était pas prononcé aussi ouvertement contre Port-Royal, les' Jésuites auraient échoué à Rome même dans leurs intrigues. Arnauld, moins que tout autre, aurait dû partager Terreur commune ; mais il n'est que trop vrai qne les hommes les plus clairvoyants subissent toujours, en quelque chose, le joug des préjugés qui dominent de leur temps. Les Protestants eux-mêmes, qui se plaignaient des violences de Louis XIV, approuvaient les violences des rois d'Angleterre et de Suède contre les Catholiques, comme ils avaient approuvé la mort de Servet, condamné au feu par Calvin lui-même. On doit donc être réservé, de part et d'autre, dans les récriminations que l'on serait tenté de s'adresser, et tenir compte à Bossuet, à Amauld et aux plus éclairés des Catholiques, des sentiments de douceur qu'ik ont toujours conservés à l'égard de leurs adversaires, tout en admettant en principe comme légitime l'usage de la violence. «' Je pense, disait Amauld *, qu'on n'a pas mal fait de ne point faire de réjouissances publiques (à Rome) pour la révocation de redit de Nantes et la conversion de tant d'hérétiques. Car, comme on y a employé des voies un peu violentes, quoique je ne les croie pas injustes, il est mieux de n'en pas triompher. »

Amauld parlait ainsi à la 6n de Tannée 1685. Les plus grandes violences n'avaient pas encore été commises ; un peu plus tard, il voulait croire que les journalistes hollandais exagéraient les rigueurs au moyen desquelles on forçait les Protestants à embrasser extérieurement le culte catholique*. Vers la tin de 1686, il défendait très faiblement l'œuvre de Louis XIV dans une lettre au landgrave de Hesse *, et priait ce prince « de le dispenser de lui rien dire sur les moyens qu'on a employés en France pour la conversion des hérétiques », et il admettait, peu de temps après, que c'était

* Amauld, LvUivs 537.f, 538.c » Iftùf., 5:2.0

DE L EGLISE DE FBiKCE. . 105

« une matière sur laquelle les Catholiques tnémes {)euvent être partagés ^ »

Il est certain que la Eévocatlon de Tédit de Nantes et les violences des princes protestants procédaient d'un état social commun à tous les royaumes^ et qui était fort vicieux. Les ennemis de Louis XIY et de TÉgUse sont tombés en des appréciations fausses et parfois ridicules^ çn voulant juger ces faits d'après les idées plus ou tnoins justes qu'ils avaient adoptées^ au lieu de prendre pour base de leurs appréciations les opinions qui régnaient universellement au dix-septième siècle. En partant d'une idée personnelle fort juste^ on peut apprécier philosophiquement un fait en lui-même et isolé; mais on ne peut^ sans tomber dans Terreur^ vouloir l'apprécier historiquement sans se transporter au siècle où il a eu Ûeu^ sans s'identifier, pourainsi dire^ à l'esprit de ce siècle. La révocation de l'édit de Nantes, jugée d'après les idées de notre temps, fut un acte mauvais et digne d'être flétri ; mais en tenant compte du système politique-reUgieux qui régnait alors, on le comprend parparfaitement^ et on ne s'étonne plus que les hommes les plus remarquables et les plus doux y aient applaudi.

Louis XIV manqua son but en employant la violence pour réunir les Protestants à l'Église catholique ; on put bien donner le nom de nouveaux convertis ou nouveaux Catholiques à ceux qui restèrent en France; mais la plupart persévérèrent dans leurs opinions, en donnant quelques marques extérieures de catliolicisme. Les rigueurs firent plus d'hypocrites que de véritables convertis; et, après quelques années de violence, Louis XIY revint au système de douceur que Bossuet avait toujours mis en pratique dans son diocèse.

Nous avons, sur la conduite vraiment épiscopale de ce grand homme, un témoignage non suspect, celui du ministre du Bourdieu^ qui écrivait à un de ses amis. Protestant à Montpellier : « Je vous dirai franchement que les manières honnêtes et chrétiennes par lesquelles M. de Meaux se distingue de ses confrères ont beaucoup contribué à vaincre la répugnance que j'ai pour tout ce qui s appelle dispute. Car, si vous y prenez garde, ce prélat n'emploie que des voies évaugéliques pour nous persuader sa religion. Il prêche, il compose des livres, il fait des lettres, et travaille à nous faire quitter notre croyance par des moyens convenables à son

1 Amauld, Lettre 570.e.

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