Jean, évéque de 86nez. s
8oanen ayant donné lecture de cet acte, l'archevêque d'Embrun et l'évéque de Grasse nièrent, pour ce qui les concernait, ses assertions. L'archevêque fit même lire, dans )a séance du lendemain, des pièces qu'il croyait probantes en sa faveur, et qui, en réalité, ne prouvaient rien ^ 11 vit l'évéque de Setiei! pour l'engager à renoncer à son acte de récusation. Celte démarche fut inutile. Soanen tint ferme, et le concile décida qu'on n'aurait aucun égard à ses récusations. Le promoteur essaya de démontrer qu'on eu avait le droit ; mais les principes qu'il émit étaient loin d'avoir la solidité nécessaire pour être admis par d'autres que par des auditeurs dociles. Le décret du concile contre les récusations f\it notifié à Soanen le 19 août. On refusa de lui en laisser copie. Le lendemain, l'évéque de Grasse fit le rapport deV instruction pastorah, qui devait être la base du jugement.
On voit que les membres du concile d'Embrun, malgré leur petit nombre et leur peu de capacité, traitaient les choses avec une rapidité que n'avait jamais montrée le concile de Trente sur des objets moins importants.
Afin de ne pas paraître réuni seulement pour juger un confrère, le concile s'occupait en même temps des devoirs des ec^lésiasti-
^ Elles prouvaient plutôt contre lui ^ puisque le ji^g^o^er^t ^vait été rs^4u conformëri^Qnt à la plaidoirie de Tavocat de la partie, qui s^appuya uniouemeot sur les crtmee de confidence et de simonie pour obtenir justice contre Tencio. De 06 que le jugement n*en disait rien , on ne pouvait conoltire qu« l^MKttn étfit inapc^t.
, DB L'iOLlME M flULNCE. 385
ques, d'un projet <to catéchiune et de )a constitution Umgmtr tusK
Avant de rendre son décret contre les récusations, le concilo arait envoyé à Soanen Tévéque de Gla^dèvCj qui l'engagea à assister à la congrégation où ses récusations étaient jugéeSj l'assuraot qu't7 aurmt de la con9olatiQn d'entendre h décision qm ternit iétre rendue <ur les récusation^ personnelles, Soanen vit le piège; pn voulait lui arracher des actes ou des paroles dont la coDséquence eût été la reconnaissance du concile. Il se contentai do&c de dire à l'évéque de Glandève qu'on ne pouvait être juge en sa propre cause^ et que les évéque» du concile n'avaient pu, par conséquent; prononcer sur son acte de récusation.
Dans son rapport contre V Instruction pastorale de Soaneni Tévéque de Gra39e adopta ]gs mémea conclusions que le promoteur. Ce rapport fut fait en moin« de deux jours *, et l'siuteuf aansta, pendant ce temps^ à toutes les congrégations du matin et do soir. 11 est vrai que l'on a soupçonné AnthelmT de Tavoir reçu tout fait, ou de l'avoir composé avant le concile. Quoi qu'il en soit, il y parle d'u|iQ foule de questions importantes : de la constir tution^ de l'appel^ du livre du P. Quesnel^ du formutaire^ i^ h paix de Clément IX^ des douze articles, etc.
La rapport fut lu dans la quatrième congrégation générale^ qui s'ouvrit le 30 août, à trois heures après midi. Il est dit, dans les actes du concile, que Y Instruction pastorale fut lue ensuite: puis que le promoteur requit d'appeler au concile des évéques des proliaces d'Aix, d'Arles, de Lyon et de besançon ; que l'on délibéra sur le rapport, sur l'Instruction pastorale et la réquisition ; que, séance tenante, les évéques de Vence et de Grasse, Tabbé de Puget et le promoteur se rendirent chez l'évéque de Senez pour l'engager à la soumission, et qu'ils rendirent compte au concile de rinutiUté de leurs efforts; après quoi l'assemblée fut levée. Par malheur pour la bonne foi de celui qui arrangea les actes, la simple lecture de Vhkstrucêwn pasiorale de l'évéque de Senez était
' GqdcU. Ebred.; Lettre-circulairo de révoque de Senez aux évoques de France; Observations d*un ëvéque, etc. ; Relation du secrétaire du concile, etc.; Hist. de la condamnation, eta
* ia coomssioD pour rezamen de riDstruction pestorale ftit formée la 10, comme on le voit par les aotes du concile et une lettre de Tencin à Rouget» 90D agent à Rome, en date du 23 août.
plus que suffisante pour occuper toute la séance. C'est là une des nombreuses marques de fausseté que portent les actes du concile d'Embrun.
Le 21 9 on notifia àSoanen le décret qui appelait, pour le juger, des évéques des provinces limitrophes de celle d'Embrun. Cette assemblée^ qui avait si vivement désiré être reconnue comme compétente par Soanen^ comprenait enfin qu'elle était trop peu nombreuse pour juger un évéque ; en effets les canons exigent pour cela au moins dix évéques.
Avant de passer outre^ nous devons mentionner une calomnie infâme dont Tévéque de Senez fut l'objet. Tencin^ désespérant de le faire renoncer à la récusation personnelle dirigée contre lui^ essaya de l'intimider en lui parlant d'une accusation contre les inœui'S; qui aurait pour fondement un écrit qu'il avait entre les raains^ et qui pourrait être porté au concile. Dans cet écrit, on accusait Soanen d'avoir des relations coupables avec des religieuses de Caslellane^ et l'on donnait pour preuve une porte de communication entre l'Église et ce monastère. La preuve n'était pas très solide en elle-même^ et, de plus^ la porte en question n'existait pas, ce qu'il eût été facile de constater. Mais Tencin ne prenait pas tant de précautions; il voulut croire à Vé%niy qui avait pour auteur un prêtre scandaleux^ lequel n'avait pas osé le faire imprimer , et qui l'avait même fait circuler si prudemment que^ jusqu'au concile d'Embrun, Soanen n'en avait pas eu connaissance. Lorsque Tencin Mui en parla, Soanen conserva le calme de l'innocence et sollicita un jugement sur ce point, au lieu d'en manifester aucune crainte. Tencin n'osa porter Técrit dont il était dépositaire pardevant son concile, qui lai était cependant bien soumis; on essaya de répandre sourdement la calomnie, mais la réputation de Soanen était trop bien établie pour que cette accusation pût avoir du succès. Le seul résultat de cette intrigue, c'est que Tencin, simoniaque et immoral, mérita de plus le titre de calomniateur, puisqu'il se rendit complice d'un infâme pamphlet, dont il eût mieux profité s'il eût cru pouvoir s'en ser>ir contre le vénérable évéque de Senez *.
Le jour même où l'on notifia à Soanen le décret par lequel on
* V, Histoire de la condamnation de M. l*ëvêque de Senez ; Observations d'un évéque du concile, etc. ; Acte du 27 nov. 1727, de i*évèque de Senez. Vie et Lettres de Soanen.
appelait au concile d'Embnm les évèques des provinces limitrophes, il fit signifier au secrétaire du concile un acte par lequel il persbtait dans ses actes d'incompétence et de récusations personnelles. Quant au décret qui appelait d'autres évéques, Soanen refusa de répondre à la demande que lui fit faire le concile^ savoir : Si parmi les évéques des provinces indiquées^ il y en avait quelqu'un contre lequel il eût des moyens de récusation. Soanen ne pouvait répondre à une question faite par des gens qid se posaient en juges malgré ses récusations^ et r qui ne pouvaient la faire qu'en qualité déjuges. Il se fût contredit en répondant par un acte officiel; aussi se contenta-t-il de déclarer de vive voix que «le concile étant incompétent et récusé, il n*avait aucun droit d'appeler des juges pour assesseurs. » 11 cita en outre la délibération do clergé de 1650^ par laquelle il était décidé, conformément aux canons, que Tévéque inculpé choisirait lui-même ses juges. Non^seulement on ne laissa pas les évéques assesseurs au choix de Soanen, mais on ne lui nomma même pas ceux qu'on avait résolu d'appeler.
Le décret pour appeler les évéques des provinces voisines fut suivi d'une lettre latine écrite aux évéques de ces provinces par ceux du concile. Voici l'abrégé de cette lettre * :
« Assemblés dans la ville d'Embrun avec l'agrément du roi dans le but de pourvoir au bien des Églises de notre province, on nous a dénoncé un ouvrage français : Imtruction poêiarale de Monseigneur révéque de Senez, etc. Cet auteur y soutient plusieurs dogmes condamnés par l'Église, détourne de l'obéissance due aux princes et aux pasteurs légitimes, résiste aux constitutions des papes promulguées par toute l'Église. Ce qu'il y a de plus effrayant, c'est que le révérendissime évéque de Senez, interrogé si cette Inêtruciion était son œuvre, l'a reconnue.
» Nous avons donc décidé d'agir contre cet évêque pour son propre bien et pour le salut du peuple, qui est en péril; et pour donner plus de solennité à notre jugement, nous avons résolu d'appeler plusieurs évéques des provinces voisines de la nôtre. Nous vous prions donc de vous rendre à notre concile pour le huit septembre prochain, afin de délibérer avec nous touchant l'afiaire du révérendissime évêque de Senez. Nous avons la confiance que notre invitaiion vous sera agréable; car vous savez qu'il ne s'agit
^ Concil. Ebred., p. 7-2.
ici qwe d'être utile A l'Éplise, de défendre la (rfoire de l'éphcopai el de mettre fia â un scandale mortel. »
Cette lettre ne fui pu« envoyée indistinct^meiil h tous Uf évétjues de» provinces voisines; on lit un choix très sifiniltcalif. Cnolel. itéqwede Grenoble; Milon de Valence; de Villeneuve, deVÎTiers, furent choisis ponr h province de Vienne; Mnlissotea, de Giip: Lafiteau, de Bïsleron ; Vaccon, d'Apt : Castellane, de Fréju», poar lu |M^>vince d'Aix; Beliunce, de Marstille pour la province d'Arles : Doucel, de Belley, ponr la pn»ïince de Besançon; Mootoley. d'Aulun pour la province de Lyon,
On lit dans lee actes dn concile qu'on t'envoya aussi aux épiques d'Orange, de Saint-Pau!-Trois-Chfl(eaui, de Pie et de CbMoB. Hff ^rivaing bien infonnés l'ont nié.
Les dii premiers évêques seulcnicnl se rendirent J l'iaviladon, Ih étaient tous cornus pour éli-e de la cabale des Jésuites ; plusieurs môme, comme Beimnce el Lafileau, appartenaient h la Comp^îiie.
En attendant les évéques invilés, le concile s'occupa à Ure le» «ctes da dernier concile, tenu au même lieu, en 1584, et l'on adopta quelques résolutions pnrliculières.
Le 27 août, Soauen signifia de nouveau les actes d'incompétence et de récusations personnelles, afin d'en obtenir les copies authentiques, qu'on lui avait refusées jusques-IA, et qui pomaieni seules attester légalement la réalité des notifications. On n'y eut aucun égard, el le secrélaire du concile lui lut seulement le dfcret, Bans lui laisser aucune copie. Ce fut ce même jour, 27 août, qitp Soanen adressa aux évoques de France une lettre circulaire conlrc tout ce qu'avait fait jusqu'alors conire lui le concile d'Embrun. Dans le même temps, il écrivit au roi pour se plaindre dei violences dont il était l'objet. On voulait, pour ainsi dire, l'isoler ; el les personnes qui lui étaient utiles, en particulier un DOtalrc de Casiellane el un prêtre qui l'avaient suivi, furent tellement effrayées, qu'elles se retirèrent.
Soanen termine ainsi sa circulaire du 27 août :
« Voilà un exposé fidèle de la conduite que les éviques du concile d'Embrun ont tenue à mon éftard jusqu'à t-ejour. Je ne doute point que la seule vue de tant d'injusiices réunies t excita votre iMe contre ceux qui en sont tes auteurs; mais j'ai lieu àWteadre quelque cbose de plus de lotre amour pour le bien de t'élise et l'honneur de l'épiscopal. Je me ilatte dOBC que vous
DB L'toUSI M riANCK. -Mè
vowiret bien toi» Bfiir à ma eiiuse pour cmjpAoher qtie Je ne èon opprimé par left inoiee les plus irrégnlièrtt et les moyens les plus injnstes ifu'eu puisse ettipteyer. S'il y a jamais en dans TÉglise qneifoe occasion oit le zèle et la charité épiscopale aient dû s'anima'^ c'est sans doute dans celle-ci^ où il ne s'agit pas seulement de mon oppression particulière^ mais encore de l'avilissement de Mre dignité commune et du renversement des lois les plus saintes et les plus inviolables, s
Cette lettre produisit une vive sensation, et le concile d'Embruû se crut obligé de publier des Obseri!fations qu'on n'eut pas le courage de signer, et que l'on attribua d'une manière vague à un évêque du concile. Cet évoque avait bien peu dé courage de ne pas signer un écrit qu'il opposait à une lettre signée et adressée officieHement, Comme il n'avait à produire que des dénégations dépourvues de preuves et les plus ridicules calomniés, il n'osa s'exposer aux réponses accablantes que lui eût opposées tttt évéque octogénaire, dont il était obligé d'admirer l'éloquence et les vertus. L'histoire ne doit mentionner son pamphlet anonyme que pour le flétrir.
Cependant Tencin s'efforçait d'amener Soanen à ce quil appelait une légitime soumission; il le visita plusieurs fois, lui parlant toujours d'accommodement. Soanen répondait qu'il se prêterait à tout accommodement qui ne trahirait ni la justice ni la vérité. Un jour que la conversation roulait sur le formulaire, il proposa de le agner parement et simplement, pourvu que, préalablement, le concile mit à l'abri la foi, en établissant les vrais principes sur les questions de fait et de droit. Arnauld en avait agi ainsi après les brefs d'Innocent XII. 11 proposa même de rétracter toutes les erreurs qu'il serait convaincu d'avoir soutenues dans son Instruc-
sur ce p<
Vnigeniii
d'en appeler du pape à l'ÉgUse, jugeant véritablement et en toute
liberté.
Sur ces entrefaites, le roi écrivit aux évoques pour les inviter à chanter un Te Deum pour l'heureuse délivrance de la reine. Soanen se transporta à l'archevêché et dit à Tencin qu'il l'accompagnerait à l'Église pour cette cérémonie religieuse. Les évoques de Gap, de Marseille, de Grenoble, de Glandève, de BeUey et de Grasse étaient
présents '. Soanen s'étant retiré pour Be revêtir de son rochet et de son comail, ces évâques décidèrent pendant ce temps qu'il ne leur élait pas permis de communiquer, en assistant à un Te fi«tMi, avec l'évéque qu'ils venaient condamner. Ils ne réiléchirenl pu qu'en agissant ainsi ils donnaient la mesure de leur sagesse et de leur justice. Soanen était inculpé, mais il n'était pas condamné, et aucune sentence n'avait été prononcée contre lui. Ses juges se hâtaient donc un peu trop de le traiter en excommunié. Le pieui évéque protesta contre cette conduite, mais comme le notaire de Castellane qui l'avuil suivi à Embrun élait retourné chez lui, il ne put notifier cette protestation en forme légale au concile. Trois notaires d'Embrun, qui avaient consenti successivement à prêter leur ministère, furent effrayés des avis qu'ils reçurent et le refusèrent. Telle était la liberté dontjouissait Soanen; on effrayait les gens qui l'entouraient, on interceptait ses papiers et tous les officiers publics lui refusaient leur ministère.
Le 9 septembre, les dix évoques qui avaient répondu à la convocation de Tencln se réunirent avec les quatre de la province d'Embrun, et le promoteur leur tintun discours dans lequel ilavaii pour but de proiiver que le concile provincial pouvait juger Soanen, nonobstant son appel au concile cecuménique, et que les acle^ signifiés par lui étaient de nulle valeur. 11 osa dire que ptusicuh> faits avancés par ce vénérable évSque étaient contraires à In vérité. Nous n'avons point à apprécier le discours du promoteur: mais ce qui nous a frappé en ie lisant, c'est qu'il j manquait na\ plus simples convenances envers un évéque, que ses vertiL=, son âge et ses talents rendaient vénérable. Si le concile d'Embrun croyait bon et utile de condamner Soanen, et si le promoteur devait à sa charge de faire des réquisitions, tous se fussent honorés en observant envers un vénérable vieillard toutes les convenances de langage que commandaient la justice et la charité. Ik auraient pu le considérer comme un homme abusé, qui voulaii voir des erreurs où il n'y en avait pas, et non le traiter comme un
> L'dilqne de Siateron, Lilitesu, était arrivé h celM fpoque. Dans li Congr^galion du 2 septembre, au malin, U avait renicrrid le concits de i'tioir admis. [ConcU. Ebred , p, W.) Les évSques de Gap, de Marseille, de Bellfj. de Fréjus, de Viviers, d'Api et de Grenoble assisierent à ta Congrtgaiioii du 7 septembra, au wir. (Coneil. Ebred., p.!».) L'éi-«qiie ds Talepee avislal 1» troinènw jession, qui se linl te B sf ptembr». (fioiicil. Ebred., p. 87.)
DE L*6gLI8B db feanck. 40t
hérétique^ puisqu'il ne luttait que pour l'orthodoxie contre quel- (pies actes des papes et qu'on ne pouvait lui reprocher de soutenir opiniâtrement aucune opinion contraire à un dogme défini par l'Église.
Le promoteur finit son discours en requérant que Ton passât oatre au jugement et que Ton notifiât à l'évéque de Senez que les évéques de Gap^ Marseille^ Belley^ Fréjus^ Sisteron^ Autun, Viviers^ Apt, Valence et Grenoble étaient arrivés pour le juger.
Cette notification fut faite à Soanen par un acte daté du 9 septembre, qui lui fut porté par les évêques de Glandève et d'Apt^ aesistés du secrétaire du concile et de deux notaires.
Ce fut ce même jour que Soanen adressa au concile sa protestation contre l'injure à lui faite à propos du Te Deum, Tencin la lut dans la congrégation du soir et déclara qu'il n'avait point empêché l'évéque de Senez d'assister au Te Deum, mais qu'il lui avait simplement représenté que plusieurs évéques avaient de la répugnance à y assister avec lui. Soanen affirmait que Tencin lui avait dit que les évéques ne voulaient pas soufirir qu'il assistât avec eux au Te Deum et qu'il avait été obligé de se retirer pour éviter le scandale. La déclaration de Tencin ayant été notifiée à Soanen, celui-ci répondit, le jour même, par un nouvel acte pour soutenir ce qu'il avait avancé.
Nous laissons le lecteur juge entre les affirmations contradictoires de Tencin et de Soanen ; nous ferons seulement remarquer que le dernier donne des preuves, tandis que le premier n'en donne pas.
A la fin de la déclaration, Tencin permit aux notaires de recevoir les actes de l'inculpé, faisant droit ainsi aux plaintes qu'il avait insérées, sur ce point, dans sa protestation.
Ce même jour, 9 septembre, l'évéque de Grasse recommença la lecture de son rapport contre VInstruction pastorale de l'évéque de Senez. Il la continua le lendemain ; puis le promoteur demanda que Soanen <t fût cité en persoime pour répondre de sa bouche aux interrogatoires qui lui seront faits par le concile, n Le concile fit droit à cette réquisition, et Soanen fut cité par un acte qui lui fut présenté par les évêques de Yence et de Sisteron, accompagnés du secrétaire du concile et de deux notaires.
Le lendemain, 11 septembre, la deuxième citation fut faite de la même manière que la première par les évêques de Belley et de Grenoble, à onze heures du matin. Le même jour, à quatre
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heures du soir, les évoques d'Aulun et de Viviers firenl la troirième el dernière citation.
Ces deux évéques s'étanl retirés, Soanen se rendit au palaîi archiépiscopal et demanda d'entrer au concile, ce qui hii ftrt accordé; mais on lui refusa d*y admettre avec lui deux témoins qu'il avait amenés. Tenciu eut recours à toute son habileté pour engager Soanen à reconnaître le concile pour son juge, ou pour lui arracher une réponse qui pût être considérée comme une reconnaissance indirecte de ce tribunal. Ce fut en vain. Soanen vit tous les pièges el ne tomba dans aucun ; il se contenta de lire un acte d'appel au pape et au futur concile général de tout ce qui tHait fait contre la paix de Gcment IX, qui devait servir de règle dans toutes les affaires du Jansénisme. Colbert, évêque de Montpellier, avait signé cet acte avec Soanen. Tandis que le vénérable évéquc le lisait, Belzunce, évêque de Marseille, se servait d'une feuille de .papier en guise d'éventail et faisait Fhomme qui s'ennuie ; révêque de Grasse, Anthelmy, affectait de causer avec son voisin d'une manière tellement indécente, que Soanen s'arrêta et s'inclina en le regardant, pour lui faire comprendre qu'il ne continuerait sa lecture qu'après que la conversation serait terminée.
Soanen, ayant quitté l'assemblée, fit signifier de nouveau ses actes d'incompétence et de récusations contre les évêques de la pro\înce d'Embnm ,• il y joignit un nouvel acte, par lequel il récusait de nouveau, pour des motifs légaux et légitimes, sept des membres du concile, c'est-à-dire l'archevêque d'Embrun, les évêques de Gap, de Marseille, de Glandève, de Grasse, de Belley et de Grenoble. Enfin, il en appela comme d'abujs au Parlement de tout ce qui pourrait être tenté, et fit observer à tous les évêques appelés des provinces voisines qu'ils ne pouvaient être ses juges que dans un concile national ou général, et non dans celui d'une province, auquel ils n'avaient pas droit de siéger.
Les évêques délibérèrent quelques instants sur ces actes et décidèrent qu'il ne fallait y avoir aucun égard. On fil de cette décision un décret dans la congrégation du 12 septembre, et les évêques de Gap et de Grasse le notifièrent à Soanen ce jour-là même, avant dix heures du matin. La congrégation n'avait cependant commencé qu'à neuf heures un quart. Si nous en croyons les actes du concile d'Embrun, on aurait entendu, pendant ces trois quarts d'heure, un discours du promoteur rendant compte au concile de* trois actes signifiés la veille par l'évéque de Senez; puis lecture