‹ Histoire de l'église de FranceChapitre 32 sur 100 · DE LÉ6USB DE FRANGE · texte numérisé non relu

DE LÉ6USB DE FRANGE

aurait été faite de ces actes, qui occupent huit pages in-quarto dans les actes du concile ; ensuite le concile aurait délibéré, aurait fait son décret et choisi les évéques de Gap et de Grasse pour le signifier. Ces évéques auraient même eu le temps de faire le trajet pendant ces trois quarts d'heure, et ils étaient déjà au logis de Soanen lorsque dix heures sonnèrent.

On voit que le concile d'Embrun avait un privilège tout particulier pour expédier les affaires; nous avons déjà eu occasion de le remarquer.

L'appel comme d'abus au Parlement inquiétait plus le concile que celui au pape et au concile général. Fleury l'en débarrassa en faisant évoquer au conseil, c'est-à-dire à lui-même, tout ce qui concernait le concile d'Embrun. On voit que l'on prenait à peine te soin de garder les apparences. Tandis qu'à Paris on adoptait cette mesure, on continuait à Embrun la persécution sourde qui avait eommencé avec le concile contre tous. ceux qui entouraient Soanen el pouvaient lui être de quelque secours. On voulait l'isoler complètement, et Ton menaçait jusqu'à son médecin, qui ne le quittait point à cause des soins incessants que réclamaient sa mauvaise santé et son extrême vieillesse. Le 15 septembre, le promoteur requit le concile de faire à Soanen les trois monitions dites canoniques. L'évêque de Glandève fit ensuite le rapport de la procédure suivie jusqu'alors centre l'accusé^ puis le concile rendit un décret en vertu duquel la première monition fut faite ce jour-là même parles évéques de Valence et d'Antun. Dans la congrégation du 17, on lut un bref de Benoît Xllf où Tencin était loué d'avoir réuni son concile provincial dans un temps où il était si nécessaire de rétablir la bonne discipline. On lut ensuite un nouvel acte de Soanen en réponse à la première monition, et dans lequel il renouvelait tous ses autres actes d'appel. Sans y avoir plus d'égard qu'aux autres, on fit ce jour-là même la seconde monition. Les évéques de Sisteron et de Glandève en furent chargés. Les évéques de Bellev et de Grasse firent la troisième le lendemain.

Le 20, dans la congrégation du matin, le promoteur remit sur le bureau ses conclusions contre les écrits et la personne de Tévêque de Senez. L'évêque de Grasse fit de nouveau le rapport de VInstruetion pastorale dénoncée. On a aussi lu de nouveau, disent les actes, ladite Instruction pastorale. Nous devons aussi faire observer de nouveau que cette lecture, même rapide, était plus que suffisante pour occuper toute la séance. Les évéques de Glan-

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(lève et de Viviers^ nommés commissaires par le concile, Brent, dans cette même séance^ le rapport de tout le procès.

Le rapport finl^ on entendit les députés et les théologions, qui se retirèrent ensuite. L'évéque de Marseille demanda à n'être pas du nombre des juges, ce qui lui fut accordé après quelques difficultés. Enfm le concile rendit une sentence qui, avec les conclusions du promoteur, contient vingt-quatre colonnes in-quarto dans les actes du concile.

En quelques heures, le concile d'Embrun fit ainsi des choses que le concile de Trente n'eût pas faites en un mois, et que tous autres que les Pères d'Embrun n'eussent pu faire, même physiquement parlant, qu'en plusieurs jours; mais le zèle de ces vénérables prélats opérait des merveilles.

La sentence fut signifiée le 22 septembre à Soanen, qui en appela le jour même.

Dans cette sentence, le concile, le saint nom de Dieu invoqué, condamne V Instruction pastorale comme téméraire ^ scandaleuse, séditieuse, injurieux aux évêques et à Pautorité royale, schismatique, pleine d'un esprit hérétique, remplie d'erreurs et fomeniant l'hérésie; il suspend Soanen de tout pouvoir et juridiction épiscopale et de tout exercice de l'ordre tant épiscopat que sacerdotal. Il commet pour grand-vicaire et officiai dans le diocèse de Senez Jean d'ise de Saléon, et pour promoteur Jean AUard, auxquels il assigne le tiers du revenu de l'évéché. Le concile chargea en même temps le vicaire-général de faire signer le formulaire purement et simplement et accepter la constitution Vnigenitus dans tout le diocèse de Senez.

Telle est, en substance, la sentence rendue contre le vénérable évêque de Senez. Malgré les notes infligées à son Instruction pastorale, le concile ne put rien y relever de véritablement erroné, et il n*osa, dans sa sentence, parler de son appel de la constitution Vnigenitus, qui était cependant le seul motif des procédures dirigées contre lui. Ce fait est très significatif, et il prouve que les acceptants eux-mêmes étaient forcés, conformément au droit civil ecclésiastique de France, de regarder l'appel comme légal.

Le 28, on fit la clôture du concile avec une procession solennelle, dans laquelle on porta, à travers la ville, un corps que Tencin avait fait venir des Catacombes de Rome et qu'il fit appeler sainte Victoire. Sa victoire était en effet assez glorieuse pour chercher à en perpétuer le -souvenir.

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Soanen tut obligé de rester à Embrun en attendant les ordres de h cour. Ils arrivèrent enfin; le saint évéque était exilé à La Chaise-Dieu. Il partit le 13 octobre pour cette destination^ dans une litière de Tencin et sous la surveillance du commissaire des guerres d'Embrun. Il ne voulut point passer à Grenoble sans rendre visite à Tévéque^ un de ses juges. L'évéque de Vence se trouvait dans la même ville Ils déjeunèrent avec l'illustre exilé. Au moment du départ^ les deux prélats le prièrent de tout oublier^ et révéque de Vence lui demanda sa bénédiction. Soanen Tenibrassa en lui disant : a Vous m'avez^ Messeigneurs^ brisé bras et jambes; comment pourrai-je vous bénir? » Et il les quitta en les assurant de toute sa charité. Il renvoya de là la litière de Tencin avec un mot de remerciement^ dans lequel il disait qu'il était avec vénération son serviteur. Tencin voulut abuser de ce mot pour faire croire que Soanen le croyait vénérable, même après la sentence. Il oubliait que, dans sa foi et sa charité, Soanen ne voyait en lui qu'un archevêque et son métropolitain, et que sa personne n'était rien à ses yeux. En entrant chez les moines de La Chaise- Dieu, Soanen prononça ces mots du psalmiste : Htec requies mea, etc. Quand il eut pris un peu de repos, il écrivit à Févêque de Montpellier* :

a Me voici enfin arrivé, depuis huit jours, dans le port où la providence du Seigneur m'a jeté par une grande tempête. Les ennemis de la grâce de Jésus-Christ et de la paix de son Église sont bien contents^ et je le suis aussi. Ils se réjouissent de cette victoire, si elle mérite ce nom. J'espère en Dieu que leur joie ne sera pas longue et que la vérité sera reconnue. J'ai trouvé sur ma marche, en divers lieux, tout l'empressement imaginable pour notre cause. »

Lorsque Soanen était encore à Embrun, il avait écrit, comme nous l'avons remarqué, une lettre circulaire à tous les évêques de France pour se plaindre des mauvais traitements dont il était lobjet. Colbert, de Montpellier^ s'était chargé de l'envoyer à ceux qui lui semblaient les mieux disposés. Aucun n'osa d'abord se montrer ; mais quand la sentence fut prononcée, plusieurs élevèrent la voix. Dès le 8 octobre, de Beaujeu, évéque de Castres, écrivit à Soanen : a Je vous félicite. Monseigneur, et je plains vos juges. Us vous ont couronné de gloire et ils se sont couverts d'un oppro-

Soanen, Lettre du 90 octobre 1727.

HISTOiRK

bre étemel. Peui-étre Dieu n'a permis l'excès dans lequel il viennent de tomber que pour nous ouvrir les yeux. Déjà \es écailles tombent des miens; el je n'hésite que pour peu de jours sur le choix des moyens que je dois prendre pour l'exécution de ce que la grâce de Dieu me met dans le cœur. »

Dès le lendemain, l'évéque de Castres écrivait a plusieurs de ses confrères pour les engager à prendre en main la cause de révêque opprimé. Nous remarquons le passage suivant de sa leltre^ dans lequel il parle de la signature du formulaire :

« Nous avons tous signé et fait signer le formulaire ; mais nouf avons presque tous supposé comme notoire et suffisamment expliqué ce que iMM. de Senez el de iMontpellicr ont cru devoir développer plus distinctement. Jamais aucun évéque tant soit peu sensé n'a prétendu donner un fait non révélé comme un article de foi *. Nous savons tous la vérité conslanie de ce que disent ces deux prélats touchant la paix de Clément IX y dont on t>oudraii abolir la mémoire. Pourquoi n'imiterions-nous pas aujourd'hui^ quoique un peu tard, la respectueuse liberté des dix-neuf évéques qui, par leurs sages remontrances, procurèrent une paix dont il est de notre intérêt autant que de notre devoir de solliciter le rétablissement? Que pensera de nous la postérité? De quel œil nous regardera-l-elle si nous restons dans le silence? Que pense déjà le public de nous voir muets et immobiles, (pardonnez si j'ajoute) et comme presque stupides au milieu de tant de sujets de nous récrier et de nous plaindre ? ^ »

Onze évêques , à la tête desquels était le cardinal de NoaiJics, entendirent l'appel de Tévêque de Castres et écrivirent au roi en faveur deSoauen. D'abord, ils demandent si on devait s'attendre à aussi peu de retenue de la part d'un concile où, selon les ordres mêmes du roi, tout devait se passer selon les lois et les formes canoniques; puis ils ajoutent' ;

> Fénélon, d'après Ips Jésuites, a voulu inventer des distinctions, pour dire que le fait de Jansenius était intimement lié à un dogme révélé; nous avons r«it voir que ces di.^tinctions sont puériles et ne donnent aucun fondement am système si décrié de Jf. de Cambray, comme dit Tévêque de Castres dans la kllrc que nous citons,

* Lettre circulaire de M. révoque de Castres à plusieurs évêques de France, au sujet du concile d*Embrun, 8 pages iD-4.o.

' Lettre des cardinaux, archevêques et évéques du n»i, ptc, 1728. iO p«- Res in-^.".

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cQa'il noos soit permis de répandre notre douleur dans le sein d'un prince plein de bontés en voyant un ancien éTéque que sa vertu et son grand âge n'ont pu mettre à couvert des traits de ses accusateurs, se plaindre, dès le commencement du concile, de ce que, parles démarehes les plus opposées à la liberté qui devoit ; régner, et par un appareU menaçant et capable d'inspirer la terreur, on le prive des secours dont il a besoin pour sa défense, on écarte la seule personne qu'il eût amenée pour l'aider dans les procédures; on lui enlève des mémoires importants et Ion met en prison le messager qui les apporte ; on chasse du concile, avec ignominie, des théologiens qu'il avait choisis pour son conseil ; on lui refuse des expéditions en forme, que la justice oblige d'ac^ corder; on le laisse sans moyen, par conséquent, ni d'instruire sa cause, ni de la défendre.

)> Quoi! Sire, des criminels ne sont point privés de ces ressources, et des é vaques le seraient? Les tribunaux séculiers les (»t)curent eux-mêmes à ceux qui ne les ont pas, et on les ôterait à un évéque dans une assemblée ecclésiastique? L'Église assemble se£ pasteurs ailn qu'ils se prêtent une assistance mutuelle, et qu'à la faveur d'un saint concert llnnocence et la vérité éclatent ; et l'on accable un évêque en Je dépouillant de secours? On fait plus, Sire, et avant même que M. de Senez soit juge, il est déjà traité comme proscrit. Il n'enlend plus, de toutes parts, que les menaces les plus effrayantes. Il est retenu par des ordres dans Tenceinte des murailles de celte ville ; enfin, ses deux théologiens y sont consignés conune lui, ce qui met les évéques en danger de manquer de conseil dans les procédures. Et que deviendroient. Sire, les accusés, si ceux qui les assistent dans les tribunaux étoient menacés de perdre la liberté?

» Nous ne pouvons dissimuler à quel point le public est blessé de la sentence portée contre M. Tcvêque de Senez, Toutes les personnes équitables sont touchées de la piété de ce prélat, de sa charité pour les pauvres, de son austérité pour lui-même, du soin infatigable qu'il prend, malgré son grand âge, pour remplir toutes devoirs du ministère épiscopal. Nulle tache dans sa conduite, nul reproche dans ses mœurs. Ses accusateurs mêmes sont forcés de reconnaître que la modestie de sa personne et la gravité de sa conduite lui ont attiré, depuis longtemps, le respect de toute la province. Et à l'égard de la doctrine, ce prélat, Sire, a parlé publiquement à tout le monde pendant un très grand nombre d'années ;

il a prêché l'Ëvaugiie à la cour et dans la ville capitale avec édification et applaudissement. G*est à ceux qui l'accusent aujourd'hui dans sa foi^ à montrer sur quel article il a changé. »

Cet article^ comme cela résulte de leurs accusations *, consistait en ce que Soanen ne se croyait pas obligé^ en conscience^ de faire un hérétique de Tévéque d'Ypres^ mort dans le sein de l'Église. Mais les Jésuites et leurs amis voulaient que l'on crût comme un article de foi que cet évéque avait été hérétique ; la question pouvait être grave aux yeux de ces religieux; mais Û en est qui croient plus juste et plus charitable de donner aux écrits d'un bon et pieux évéque une explication orthodoxe plutôt qu'une hérétique^ en rejetant positivement les erreurs qui lui sont attribuées. Malgré le zèle du concile d'Embrun et de son promoteur^ on ne put attribuer à Soanen aucune erreur positive. Du reste^ on ne s*en préoccupa point; on voulait le condamner et non le juger.

Les douze évêques continuent ainsi leur lettre au roi :

a On fait retentir dans toute la France des accusations générales d'erreurs monstrueuses^ et le prélat accusé ne peut savoir quelles sont ces erreurs contraires à la foi : on ne cesse de faire des reproches vagues^ et il ne cesse de demander qu'on s'explique et qu'on articule avec précision les points de doctrine dont il s*agit. »

Les douze évêques reconnaissent ensuite la légalité de l'appel au futur concile; ils s'étonnent que les évêques du concile d'Embrun n'y aient eu aucun égard, et que^ touchant la paix de Clément IX et le formulaire^ ils aient supposé un délits sans examiner au fond la matière. Ils finissent leur lettre en disant qu'ils ne peuvent reconnaître comme interdit un évéque si injustement condamné.

Cette lettre fut signée du cardinal de Noailles et des évêques de Mâcon^ Angoulême^ Montpellier, Montauban, Auxerre, Castres, Rbodez, Blois, Bayeux, Troyes, et par l'ancien évéque de Toumay.

Il est à regretter que l'épiscopat français n'ait pas fourni une

^ On peut cousulter sur cos accusatioDS» outre les actes du cpncUe, mi Mémoire mr le concile d'Embrun. Grenoble, 1728, avec les armes de Teaein, 51 pages in-4.o.

On duit comparer à ce Mémoire celui de Tëvêque d*Angoulême ; VinS' êrueiUm pastorale publiée par Etienne de La Forte, Ticaire-général de Soaoen, après la condamnation de cet évéque ; Vinstruclion pastorale de Tévéque de Montpellier, au sujet du jugement rendu à Embrun, etc.

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liste plus longue; mais les hommes courageux ont été de tout temps en faible minorité. Les évéques du concile d'Embrun écrivirent au roi une lettre en réponse à celle des douze évéques.

Fleury^ qui avait fait condamner Soauen^ n'avait pas l'âme assez élevée pour comprendre la lettre des douze évéques. Il se montra impertinent, croyant paraître gr^nd, et il renvoya la lettre k ceux qui l'avaient adressée^ avec un avis dans lequel on regardait comme criminelle l'entente des douze évéques^ faite sans la permission du roi ' ; dix de ces évéques envoyèrent des remontrances, qui ne furent pas mieux reçues que la lettre'; ceux de Mâcon et de Castres ne la signèrent pas; mais ce dernier écrivit une lettre particulière au roi pour défendre Soanen '. Fleury rendit ces protestations inutiles. Plus de deux mille prêtres ^^ presque tous distingués par leur science et leurs vertus^ suivirent l'exemple des douze évéques^ aussi inutilement.

Vingt des plus célèbres avocats du barreau de Paris avaient signé^ dès le 1<^' juillet, une consultation ^ dans laquelle ils démontrèrent rincompétence du concile d'Embrun pour juger l'évéque de Senez. Quand le jugement fut rendu^ ils signèrent^ au nombre de cinquante^ une nouvelle consultation*. Dans ce nombre étaient les avocats des cardinaux de Fleury, de Bissy^ de Roban et des Jésuites. La consultation fut dressée par Aubri^ et elle passa à bon droit comme un chef-d'œuvre. On y discute trois points: La forme du jugement^ la compétence du tribunal^ le corps de délit imputé à l'accusé. On soutient que^ dans sa forme, le jugement est rempli d'irrégularités ; que le tribunal n'était point compétent, puisqu'il y a appel à un tribunal supérieur de tout ce qui concerne la bulle; enfin, que le délit n'est en rien précisé, "et qu'on ne peut le trouver ni dans l'appel, ni dans la signature du formulaire faite conformément à la paix de Clément IX.

' La lettre était renvoyée avec un avis de Maurepas, dans lequel on considérait chaque signataire comme rebelle à i*autorité du roi et de l*Églifle.

* Très humbles remontrances, etc. Paris, 1728, 16 pages in-4.o.

* Cette leUre a été imprimée en 16 pages in-4.o.

^ Les liâtes de toutes les adhésions ont été imprimées. Nous les avons sous les yeux.

* Consultation des avocats du Parlement de Paris pour la cause de M. Tévèque de 8enez, 8 pages in-4.o.

* Consultation de MM. les avocats au Parlement de Paris, au sujet du jugement rendu à Embrun contre M. Tévèque de Senez.

4tO HlfTOIHE

Celte contultalion Ht gnud bruit, et U cour la jugea aaei importante pour convoquer à ce sujet les évéques les plus déToué». En conséquence, le roi fil écrire par Maurepa^ au cardinal de Rohan ta lettre suivante, qui mérite d'être citée' :

a Monseigneur, le roi a été infornié qu'il paroissoit depuis queW que temps un écrit imprimé sous le titre de ConsuUalion det ■Tocats du Parlement de Paris nu sujet du jugement rendu à Embrun contre M. l'évéque de Senez, et que cet ouvrage excite beaucoup de plaintes cl de murmures dans le public. Sa Majesté m'a ordonné d'avoir l'honneur de vous écrire d'assembler cAfi TOUS les prélats qui se trouvent à Paris, dans la /"orme et en la manière que vous jugerez la plus convenable, soit en les réunissant tous ensemble, soit en ne les assemblant qu'en certain nombre les uns après les autres, pour les réunir tous quand les matières auront été digérées avec eux : l'intention de Sa Majesté esi qu'alors vous lui donniez sur cet ouvrage votre avis et votre jagemenl en commun. »

On ne pouvait pas dire plus ou^ertemenl que le roi voulait que les évoques convoqués fussent choisis exprès et préparés d'avance i lui donner l'avis qu'il désirait. Bohan réunît chez lui au Ix)uvre trente évéqucs parmi lesquels brillaient Fleury et Bissy, On y rédigea un avis dans lequel on s'occupa principalement de li signature du formulaire, et l'on condanma les signatures avec li dislinctioQ du fait et du droit. Ce fut à ce point de vue que l'on trouva la Consulbilion des avocats très défectueuse et même hérétique. En conséquence de cet a\is, la Cousultation fut supprimée par arrêt du conseil ; mais on ne put supprimer avec elle U polémique importante qui s'éleva. Les écrits se multiplièrent à l*inlîni*. Les pièci's les plus authenliqu<^, les raisonnements les plus forts furent apportés en Faveur des principes de la Consultation; d'un autre côté, on défendit Pavis cpiscopal le mieux qu'il fut possible : la guerre reprit encore une fois une violence nouvelle, La (^usullatîoa fut condamnée k Rome et les actes d'Embnin approuvés. On opposa ets témoignages du pape et les rigueurs de l'autorité

■ Lrttr* du coiate dp MaurefiH, KrT^ire d'ÊUt, k M. le carJîMl à<' Rohan, en dsle du 9 avril tT28.

■ Ou peM eoBfulter, k oe niiel, 1m Mtret de l'araksrttB» d^oArao À Soanen ; les iDSIruclions pasloralsj de l'abbé de La f»ne; Itséoiia de f*Mv de SêUon et oeuj d* l'abbé de U Huthe, qui I ' téviir»\ délégué par k fMKÎle. V. H. Koarpllni e

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royale à ceux fui prenaient la défense de Soanen ; mais ces derniers voyaient toujours Tautorité royale, dirigée par Fleury, dominer Rome et l*é{nscopat, leur enlever la liberté sans laquelle leurs actes sont de nulle valeur, et leur innposer des opinions qu'ils n'avaient pas eux-méme le droit d'imposer aux fidèles. Les lettres (\e cachet étaient la suprême raison de Fleury contre ces opiniâtres raisonneurs.

Nous ne pouvons entrer dans le détail des discussions dont le diocèse de Senez fut le tliéàtre, après la condamnation de Soanen. De la Porte, son vicaire général, y lutta contre les abbés de Saléon et de La Mothe, qui se succédèrent comme vicaires généraux nommés par le concile d'Embnm.

L'autorité royale poursuivit l'abbé de la Porte et nommages antagonistes successivement évêques, le premier d'Agen, le second d'Amiens.

Les partisans du concile d'Embrun triomphèrent de l'approbation donnée par le pape à ce concile ; ils firent imprimer le bref avant qu'il eût été enregistré ; ce qui provoqua un acte d'opposition à cet enregistrement de la part du cardinal de Noailles et desévéques d'Aiigouléme, de Montpellier, d'Auxerre, de Hhodez, de filûis^ de Troyes, de Bayeux et de l'ancien évêque de Tournai *. Cet acte d'opposition fut signifié le 7 mai 172iB au procureur général. Douze jours après, le cardinal de Noailles, dans un moment de faiblesse et de maladie, signa une espc'ce de désistement de cet acte; mais, le 22 août suivant, il signa une déclaration dans laquelle il s'exprime ainsi ;

« Au milieu des troubles qui agitent l'Ëglise et qui sont pour nous un sujet si continuel de douleur, que notre sauté succombe sous le poids de cette affliction; notre cœur s'est toujours trouvé partagé par deux sentiments dont l'un est un désir sincère de conserver la doctrine et les règles de l'Église ; l'autre un si grand amour pour la paix, qu'il nous porte, par une pence naturelle, à condescendre à ttmt moyen qui semble pouvoir y conduire.

» Pressé par ces deux sentiments, nous avons éprou\'é combien il nous était difficile, dans la pratique, de les concilia l'un avec l'autre, surtout dans des temps aussi orageux que ceux où nous sommes.

< r. cette pièce et plasieurs aiitres rnUtiveg à i^alTaire d^Emhrun, impri. née? au t. I des OCuvres de Colbert, éréque de Montpellier.

» Le désir de conserver le dépôt de la vérité, les droits de Tépiscopat et les règles de l'Église a été le motif qui nous a porté à interjeter appel de la constitution Unigenitus, et depuis à écrire, avec onze de nos collègues dans l'épiscopat, une lettre respectueuse à Sa Majesté, dans laquelle nous rendons témoignage à la doctrine des douze articles, et nous nous plaignons de la sentence prononcée contre toutes les règles, dans l'assemblée tenue à Embrun. C'est dans la même vue que nous avons donné procuration de former opposition à l'enregistrement de tous décrets, lettres-patentes, et autres actes qui tendaient à confirmer directement ou indirectement cette sentence.

» Mais des personnes constituées en dignité ayant fait auprès de nous des instances très vives au sujet de cette opposition, et s'étant servies du motif de la paix, la condescendance nous a porté à signer, le 19 de mai de cette présente année, un acte qu'elles nous ont présenté, et sur lequel l'intérêt de la vérité et de la justice, que nous devons préférer à toute autre considération, nous oblige de nous expliquer aujourd'hui. »

Noailles dit ensuite qu'il n'a vu, dans l'écrit signé le 19 mai, qu'une protestation générale de vivre et de mourir dans la soumission due au Saint-Siège et à l'Église; mais qu'il voit avec douleur qu'on veut abuser de cette pièce, en la présentant comme une rétractation de sa lettre au roi. Il maintient les principes de cette lettre, et déclare que sa bonne foi a été surprise; puis il ajoute :

« Nous avons cru devoir faire la présente déclaration pour rendre hommage à la vérité, pour être un monument éternel contre toute signature surprise, pour servir de témoignage à nos illustres collègues dans l'épiscopat, avec lesquels nous sommes unis dans la même cause, pour consoler et soutenir le clergé et les fidèles de notre diocèse, dont nous avons vu des marques si touchantes et si sensibles d'un attachement inviolable, et auxquels nous nepouvons nous dispenser de donner ce gage d'un amour paternel et d'une union étroite contre laquelle rien ne sera capable de prévaloir. »

Au bas de cette déclaration, le cardinal de Noailles écrivit de sa propre main :

et Après avoir lu plusieurs fois l'acte ci-dessus transcrit, et y avoir fait toute l'attention qu'il demande, je l'ai signé comme contenant mes véritables sentiments et pour être un monument authentique contre tout acte, mandement, instruction pastorale et déclaration telle qu'elle puisse être, qu'on pourroit me faire faire ou en

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pleine santé ou au lit de la mort^ qui pourrait y être contraire ; donnant pouvoir au porteur du présent acte de le rendre public, s'il paraissoit de moi quelque mandement , instruction pastorale, acte ou déclaration qui y fût contraire. »

Noailles était alors vieux et d'une mauvaise santé. Son caractère, qui avait toujours été très faible, le devenait davantage encore à mesure qu'il approchait du terme de sa carrière. Les partisans de la buUe, qui ne pouvaient s'empêcher de rendre hommage à ses Tertus, désiraient vivement obtenir de lui, avant sa mort, un acte qui fût comme une rétractation de tout ce qu'il avait fait, et ils ne obligeaient rien pour arriver à ce but. Voilà pourquoi Noailles signa la déclaration ci-dessus, dans un moment où il était dans toute sa liberté.

Nous avons laissé ses négociations avec Rome ^ au moment où il refusait de publier un mandement rédigé par l'inquisition, et que l'on donnait comme un préliminaire à l'approbation des douze articles. Fleury et ses amis avaient entravé des négociations qui pouvaient donner la paix, en mettant à couvert la bonne doctrine ; et ils mettaient tous leurs soins à faire accepter la constitution Unigeniius. Les lettres de cachet se multiplièrent à l'infini, et le canUnal de Noailles était circonvenu de toutes parts. Les curés de Paris, qui s'en aperçurent, lui adressèrent un écrit pour l'affermir et lui faire le tableau des troubles qui seraient la suite de son acceptation de la buUe. Noailles avait auprès de lui l'abbé Dorsanne qui lai inspirail quelque fermeté ; mais Fleury, Rohan et Bissy faisaient jouer tous les ressorts pour arracher de NoaiUes une acceptation. Ils obtinrent enfin la signature d'un mandement dans lequel la constitution Unigenitus était acceptée purement et simplement, et dans lequel on adhérait à la sentence d'Embrun.

Ce mandement ne fut pas envoyé aux curés, mais seulement affiché aux portes des Églises. Des gardes étaient postés pour le garantir des insultes du public. L'émotion fut grande à la nouvelle de cet acte; mais tout à coup parut la déclaration que nous avons citée plus haut, et qui enlevait à Fleury tout le fruit de ses instances ; il les renouvela afin d'obtenir la rétractation de la déclaration. Il l'obtint en effet; mais quelque temps après, le 17 décembre,

t Journal de Tabbë Dorsanne, ann, 17-28; Recueil d^actes, de lettres et de difeoors de M. le cardinal de NoaiUes; Lafîteau, Hist. de la Constitution Unigenitus, Ut. 5 et 6.

414 Mwro»!

Noifiles \a eonânni de nouveau, et l'orifinal de m d

comme de la déclaration «fte-méme hir«nl déposés enlrt ks tDaiu

de t'évêque de Senei.

Fleury compril que l'abbé Dorsanne avait profité de son '»• flnence sur Noailtes pour lui faire signer ses déchralions. L'abbé Dorsanne monrnt alors avec tous les signes d'un empotaonnement. Le duc de Saint-Simon, cité ailleurs, nous apprend que cette mort fut attribuée aux chefs des constitntionnaires. Vivant, bien connu par son zèle pour la bulle, avait été installé (^cial, quelque temps «Tant la mort de Dorsanne; il enregistra le mandement d'acceptation comme une frièee authentique. On voulut croire que ce mnndement avait de la valeur. Les Jésuites et quelques aulre» religieux vinreni complimenter le cardinal en grande pompe; le pape lui envoya le jubilé ; les cardinaux lui adressèrent une lettre de f^ieitation. La Sorbonne, épurée des appclasts, soutiut dans le même temps que la constitution Vnigenitut était règle de foi; k Parlement voulut sévir contre eette théfe ; Fleury lui fit dire que le roi désapprouvait tout ce qui pouvait nuire à la paii; que la bulle n'était pas règle de foi; mais qull lui défendait de s'occuper de celte affaire.

Tenctn trouva que Fleury élail hérétique eu ne regardant pas la bulle comme règle de foi et lui en écrivit. Fleury lui envoya » lettre au Parlement, avec des apostilles; Tencin l'enTop k Rome, d'où elle revînt à Fleury, qui exila Tencin dans son diocèse. Cw querelles de famille sont peu intéressantes, mais il en ressort du moins cette conséquence, c'est que les chefs des constitntionnaires ne s'accordaient pas stir la valeur de la bulle, et que Fleur* faisait exiler, emprisonner, persécuter un grand nombre de gens parce qu'ils refusaient de se soumettre à une bulle qui n'était pas, d'après lui, rigk de foi, et n'était pas regardée comme loi de l'Étal par le Parlement, dépositaire des lois.

Noailles mourut sur ces entrefaites, le 3 mai 1729. Ses actions l'ont assez fait connaître pour que nous ne croyions pas utile de retracer son caractère. 11 eut pour snccesseur de VintimiDe du Luc, archevêque d'Aix.

Le premier acte de Vintimille fut de proposer au chapitre d'accepter la constitution. Les chanoines, moins quatre, consentirent à l'accepter conformément au mandemeol du cardinal de Noailles. L'abbé d'Eaubonne, un des quatre opposants, apporta le leodemainJei deui déclarations de Noailles mentionnées plus haat, et qui reo-

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daient complètement nulle l'acceptation de la veille. Eu même temps^ vingt-huit curés de Paris adressèrent au nouvel archevêque une lettre, dans laquelle ils se montraient fort opposés à la constitution. Ce prélat se crut donc obligé de publier un nouveau mandemeDt d'acceptation. L'opposition était si forte dans le clergé de Paris^ qu'il n'osa l'adresser aux curés^ et il se contenta de le faire afficher. Une opposition formidable se manifesta; Vintimiile y répondit par des interdits multipliés. Les curés lui euvoyèrent une seconde lettre; un grand nombre de docteurs de la Faculté les appuyèrent; cent dix de ces docteurs furent exilés par lettres de cachet; ils protestèrent et en appelèrent au Parlement; mais la cour dominait le Parlement et lui enlevait les causes^ en les évoquant au conseil. Vintimiile^ de son côté^ sévissait contre les opposants; Fleury soutenait ses sentences de lettres de cachet. Le diocèse de Paris était dans une entière désolation.

Ce fut en ces circonstances que mourut le pape Benoit Xlli^ le 21 février 1730. Ce pape avait d'excellentes intentions; mais dominé par la cabale des Jésuites, il n'osa ou ne put suivre les inspirations de sa conscience.

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