‹ Histoire de l'église de FranceChapitre 49 sur 100 · SUR · texte numérisé non relu

SUR

LES RAPPORTS QUI ONT EXISTE ENTRE SAINT VINCENT Dl PAUL

ET L'ABBË M 8AINT-GYRAN '.

Dans aolrc^ dixième volume^ nous avons parlé des rapports de saint Vincent de Paul et de l'abbé de Saint-Cyran. Nous aou» sommes cru obligé de réfuter sur ce point Abelly, premier histo-* rien de Vincent, et source première de toutes les erreurs qui ont été répétées depuis dans une foule d'ouvrages.

LÀrni de la Religion s'est scandalisé de ce que nous soutenions ({ue saint Vincent de Paul avait été ami de Tabbé de Saint-Cyran; iï s'est imaginé que la gloire du saint instituteur de la Mission était compromise, et il s'est mis h l'œuvre pour nous réfuter. On jugera s'il a bien réussi, par ce que nous allons lui répondre.

Comme préliminaires nous ferons deux observations : la pre*uùère, c'est que, pendant toute sa vie, l'abbé de Saint-Cyran a été lié d'amitié avec les plus saints personnages de son temps, entre» autres le cardinal de Berulle, le P. Bourdoise, le saint prêtre Charpentier du mont Valèricn, sainte Françoise de Chantai al bien d'autres. Le clergé de France lui donna une rémunération pour lui témoigner sa reconnaissance des ouvrages qu'il avait pM«< blics; de plus, trois assemblées générales du clergé donnèrent & ses écrits sur la hiérarchie, publiés sous le pseudonyme de Petnu» iurelius Théologien, les plus magnifiques éloges, et offrirent k l'auteur une pension. Si l'abbé de Saint-Cyran ne crut pas devoir se faire connaître, ce fut une preuve de sa modestie ; mais on savait

* Noos répondons dans cette dissertation à nne suite d'articles publiés dans le t. ie8 du journal fotitulé YAmi de la Religion, avril et mai 18&5.

bien qu'il était le principal auteur de ces ouvrages; les éloges du clergé lui étaient donc personnellement adressés.

Voilà des faits sur lesquels Y Ami de la Religion n'a pas jugé à propos d'insister ; c'est qu'en effets il faudrait détruire les actes du clergé de France pour essayer d'élever à cet égard le plus léger doute.

S\, comme le prétend l'Ami de la Religion, saint Vincent de Paul a regardé l'abbé de Saint-Cyran pendant sa vie comm un hérétique^ il a été en opposition avec les plus saints personnages et avec tout le clergé de France. On peut croire que sa gloire gagne à cela ; mais il est permis d'avoir une opinion contraire.

La seconde observation préliminaire que nous avons à faire se rapporte à une insinuation calomnieuse que l'Ami de la Religion 8*est permise à notre égard^ dès le début de ses articles. Il prétend que nous avons pris à iâche, dans notre ouvrage^ de défendre la mémoire des héros du Jansénisme, Nous savons mieux que tout autre quel est le but que nous nous sommes proposé dans notre travail. Ëh bien^ nous déclarons h VAmi de la Religion que notre unique but a été de dire la vérité. Si en racontant les faits^ d'après les monuments les plus authentiques^ et sans tenir compte des préjugéSj nous avons été amené à louer ceux qu'il appelle ks héros du Jansénisme, qu'il reproche ce résultat aux faits et non pas à nous; car les faits sont tout^ dans notre histoire, et les rares observations que nous avons disséminées çà et là sortent du sein des faits et n'en sont que le résumé rigoureux. VAmi de la Religion a peutêtre été dans son rôle de journal en insultant à nos intentions; mais lorsqu'on porte un titre comme le sien^ il faudrait commencer, ce semble, par suivre les premiers principes de la morale chrétienne, et ne pas calomnier les intentions d'un prêtre qui n'écrit et ne travaille que pour l'Église.

Arrivons maintenant à la question débattue entre VAmi de la Religion et nous.

Nous avons réfuté Abelly à l'aide du témoignage de l'abbé de Barcos, neveu de l'abbé de Saint-Cyran, et du témoignage écrit de saint Vincent de Paul lui-même.

• VAmi de la Religion prétend : i.® que l'abbé de Barcos ne doit pas être cru dans ce qu'il affirme, parce qu'il était Janséniste;

2.® Que le témoignage écrit de saint Vincent de Paul n'est pas authentique, parce qu'il n'a été cité que par des Jansénistes;

3.® Ou' Abelly est plus digne de foi, parce qu'il a composé sa vie de saint Vincent sur les manuscrits des archives des Laiaris-

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\e&y comme Ta attesté Aimeras successeur de saint Vincent de Paul dans la charge de supérieur de la Mission ;

4.» Que plusieurs personnes ont attesté que saint Vincent de Paul leur avait parlé de l'abbé de Saint-Cyran comme d'unhérétique; et plusieurs lettres de saint Vincent prouvent que telle était son opinion.

Examipons chacune de ces assertions.

L'abbé de Barcos ne doit-il pas être cru parce qu'il fut Jansé^ niête déclaré?

VAmi de la Religion aurait dû commencer par prouver qu'il le fût. Il est vrai qu'en 1696, le cardinal de Noaiîles fit une ordonnance contre un opuscule qui lui fut attribué, et qui fut publié par . le P. Gerberon ; mais cet opuscule fut imprimé vingt ans après la mort de l'auteur, sur une simple copie. L'opuscule de l'abbé de Barcos avait été fait à la prière du pieux évéque Pavillon d'Aletb, pour les élèves de son séminaire. Les séminaristes le copièrent pendant plus de vingt ans pour leurs études, et c'est sur une de ces copies que le P. Gerberon fit imprimer l'ouvrage. Ne peut-on pas penser que quelques mots avaient pu être changés dans un ouvrage qui avait passé par les mains d'un si grand nombre de copistes? Or, le cardinal de Noaiîles n'a relevé que quelques mots dans ce livre; et il était facile de leur donner une bonne interprétation, comme on l'a fait dans les remarques opposées à son instruction pastorale. Quant à Rome, on a mis purement et simplement l'ouvrage à l'Index, sans rien spécifier.

Mais nous voulons bien admettre que l'opuscule de l'abbé de Barcos contenait quelques expressions trop fortes, et qui tendaient à faire attribuer à l'auteur la doctrine de la grâce nécessitante ; du moins, pour être juste, il ne faut pas attribuer cette doctrine à l'auteur, puisqu'il n'était plus là pour s'expliquer, et que son ouvrage ne fut pas imprimé sur son manuscrit.

On a attribué à Tabbé de Barcos une phrase de la préface du livre d'Aniauld sur la fréquente communion, phrase relative à samt Pierre et à saint Paul, comme chefs de l'Eglise. Les Jésuites qui poursuivaient le livre d'Arnauld trouvèrent une hérésie dans cette phrase. L'inquisition, qui ne leur accorda pas la condam-

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nation du lî\re^ leur sacrifia cette phrase et la condamna en tant qu'elle exprimait Thérésie aperçue par les Jésuites. L'abbé de Barcos défendit sa phrase, en prouvant qu'elle n'avait pas le sens forcé qu'on lui avait attribué, et fit, pour le prouver, des ouvrages orthodoxes. Au reste, cette question n'appartenait en rien an Jansénisme.

Comprend-t-on après cela que VAmi de la Religion (p. 61) ail établi si triomphalement que l'abbé de Barcos était JtxnsénisU décla^éy et qu'il a été condamné par V Église dans plusieurs de ses ouvrages comme hérétique ou suspect d'hérésie?

Ce respectable prêtre, ayant été pourvii, grâce à saint Vincent de Paul, de l'abbaye de son oncle, se retira à cette abbaye, où il mena la vie la plus sainte avec ses religieux; donnant l'exemple de toutes les vertus. Il passa avec raison pour le digne émule de l'abbé de Rancé ; et, sous sa direction, l'abbaye de Saint-Gytan ne fut pas moins régulière que celle de La Trappe. '

Quand un tel homme affirme des faits dont il a ^ témoia et auxquels il a eu part; lorsqu'il en d<Hine des preuTies; lorsqu'il parle en présence de témoins qui pouvaient le démentir et qui ne l'ont pas fait, oet homme n'estnl pas digne de foi ; et est-ce assez de dire qu'il était Jansénisie pour l'éloigner du débat?

Or, l'abbé de Barcos a convaincu Abelly d'erreur et de calomnie dans sa Dé fente de M. Vincent^ en aooablant ce biographe des faits les plus positifs; il lui a raconté les rapports intimes qai avaifflit existé entre saint Vincent de Paul et son oncle et luimême, abbé de Barcos, qui hérita de l'affection du pieux instittiteur de la Mission. Abelly voulut répliquer par sa Vraie Défenu de M. Vincent, L'abbé de Barcos l'écrasa dans sa répUque.

Après ce débat, Abelly publia une seconde édition de b Vie de saint Vincent de P^uL 11 s'avoua vaincu en supprimant ce qu'il avait dit, dans sa première édition, des rapports de son héros avec l'abbé de Saint-Gyran. Celte snppresston fut remarquée et til grand bruit. Le P. Daniel, Jésuite, avoue ces suppressions faites dans la dernière édition de la Vie du saint homme; ^ il les attribue au parti janséniste, qui vient à kout, ditr-il, de tout ce qu'il entreprend^. Un homme raisonnable poavait*il donner une aussi sotte raison? Le P. d'Avrigny y va plus franchement. Après avoir dit que l'on c(»nnaissait par l'ouvrage d' Abelly ce que pensait saint

* Entretiens de €léandre et d'Eudoxe; 6n><» Entrât, aâ flp.

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Vincent de Paal du fameux abbé de Saint-Cyran^ et avoir relevé quelques injures du P. Crerberon à l'égard de Vincent, il ajoute : a Ces outn^es sont une partie de sa gloire, et il eeroit à souhaiter que ceux qui sont le plus intéressés à la soutenir n'en eussent pas rougi poiBT lui, en retranchant dans les dernières éditions de sa m les preuves incontestables, etc. »

Le Jésuite d'Avrigny attribue à la lâcheté des Lazaristes ce que le Jésuite Daniel attribue aux Jansénistes.

Ne seraient-ils pas Tun et l'autre dans le faux, et n'est-il pas plus naturel de croire qu^Abelly, convaincu de n'avoir pas dit 1^ vérité, n'a pas osé répéter ce qu'il avait d'abord avancé ?

Collet, qui a fait, sous le pseudonyme du Prieur de Saint- Ëdme, un paoïphlet sur la question qui nous occupe, croit triompher de la difficulté en disant que les suppressions ont été faites parce que la seconde édition a été plus abrégée que la première. Il a'eu est pas moins étonnant qu'on ait supprimé, pour abréger un livre, précisément les faits sur lesquels la bonne foi d'Abelly était attaquée. S'il avait été certain de ce qu'il avait avancé, et si les preuves de l'abbé de Barcos ne l'avaient pas réduit à l'impossibilité de soutenir son premier récit, Abelly l'eût certainement reproduit dans sa seconde édition, aussi bien qu'un grand nombre d*autres faits beaucoup moins importants que celui-là; et la polémique qu'il avait soutenue aurait été pour lui une raison déterminante d'insister sur les faits controversés.

Personne ne se trompa sur l'importance des suppressions, et si, après environ un siècle, Collet ne put inventer que la pauvre raison que nous venons de réfuter, c'est que, vraiment, la matière est ingrate; il doit être bien constaté qu' Abelly s'est avoué vaincu, et qu'il a abandonné ce qu'il avait affirmé sans preuves.

On voit que VAmi de la Religion a eu de graves raisons de passer si rapidement sur la réfutation que l'abbé de Barcos a faite d'Abelly? Croit-il avoir répondu sincèrement à ses raisons et à son témoignage en articulant contre lui le vague reproche de Jansénisme: ?

Quand l'abbé de Barcos aurait été Janséniste, s'en suivrait-il qu'il n'eût ni conscience ni logique ? On attribue ordinairement aux Jansénistes une morale sévère, et cette sévérité est un des signes indiqués par leurs adversaires pour les reconnaître. VAmi de la Religion contredit ainsi ses amis en prétendant qu'il ne faut pas lyouter foi aux Jansénistes. S'ils ont une morale sévère, ils craignent plus que d'autres la dissimulation et le mensonge; on

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