DE L EGLISE DE FEÀNCB
pellier^ on ii'eùl pas» mentionné le témoignage écrit de saint Vincent de Paul en faveur de l'abbé de Saint-Gyran. L'abbé de Barco6 en parie dans sa réfutation d'Abelly ; ce témoignage n'était pas alors entre les mains des Jansénistes^ mais on savait qu'il existait, et l'abbé de Barcos s'appuie sur ce témoignage et il défie «es adversaires de le produire. Us n'osèrent faire connaître ce témoignage, qui était un démenti solennel donné à toute la narra^ 6on d'Abelly.
Il est donc faux de dire que le témoignage écrit de saint Vincent n'était pas connu avant que Colbert ne l'eût fait imprimer.
Comment ce témoignage était-il venu aux mains de Colbert, qui l'a fait imprimer pour la première fois 1 Nous n'en savons rien ; mais il est évident que ce témoignage était bien celui sur lequd s'appuyait l'abbé de Barcos et qu'il défiait ses adversaires de produire. On n'a qu'à rapprocher la pièce elle-même du récit de l'abbé de Barcos pour s'en convaincre.
Maintenant, de ce que Colbert a appelé de la bulle Unigeniiui au concile général, peut-on conclure qu'il fût faussaire et qu'il fit imprimer comme de saint Vincent de Paul un témoignage qui n'était pas de lui ? Nous croyons que, pour tout homme impartial etlih^ de préjugés, la conséquence paraîtra absurde. Colbert était non-seulement un honnête homme, mais un évéque zélé, vertueux, instruit; nous le disons sans détour parce que c'est la vérité; et quand bien même VAmi de la Religion nous reprocherait encore d'avoir pour but de glorifier les héros du Jansénisme, nous ne cesserons pas de dire ce que, dans notre conscience, nous considérons comme la vérité.
Colbert, opposant à Belzunce le témoignage écrit de saint Vincent de Paul, lui dit qu'il le possédait, ofirant de le lui communiquer pour le convaincre de la vérité de ses assertions. Belzunce, malgré la passion qu'il montra contre les appelants et contre Colbert en particulier, connaissait trop la gravité, l'honnêteté et la science de son adversaire, pour avoir besoin de voir de ses yeux la piice dont il parlait. Il aima mieux n'en plus parler. Colb^ lui oifiit alors publiquement ^ de lui conuonuniquer l'autographe de
* NonveUss eoolésiast. du 2 août 1731. VÀmi de te IMgUmlp. 63) trouva que c*e8t en désespoir de cause que nous eiton« ce recueil janséniste. Ltjn»- ^^lé Janséniste n*est pas de meilleur aloi à ses yeux, k ce qu*il parait , qu*aa témoignage janséniste. On croira difficilement que la puMieilé n'existe P*9 parce qu*im journal fort répandu a telle on telle nuance.
sainl Vincent de Paul, mais il ne crut pas devoir se con\aincre par ses yeux.
Mais, dit VAmi de la Religion^ Collet demanda à voir ce témoignage de saint Vincent de Paul ; il le fit demander à Montpellier par un chanoine ; on lui répondit de Montpellier qu'il était à Paris, et à Paris^ on lui dit qu'il était à Montpellier; il somma celai qui le possédait de le déposer diez un notaire, et on ne tint aucun compte de cette sommation.
C'est Collet lui-même qui raconte celle anecdote dans ses LeUm rritiques, publiées, sous le pseudonyme de Prieur de SmfU-Eàm, en 1744. Seulement, il donne des détails qu'il est bon de recueillir, et qui ôtent beaucoup du majestueux avec lequel VAmi de la Religitm a raconté ce fait. Nous voulons bien croire que Colletée soil adressé à un chanoine de Montpellier pour obtenir eommuni* cation du témoignage écrit de Vincent; mais, en 1744, il aitimit que ses démarches duraient depuis trois ans et qu'il n'avait pas obtenu de résultat. Or, à cette époque, Colbert était «lorl depuis cinq <ms. Comment se fait-il que, trois ans auparavant, il loi a^ait fait demander son autographe par un chanoine de sa catbédralet Admettons que Collet se soit trompé dans son calcul, et qu'it ait adressé sa demande du temps de Colbert, le chanoine qm n'est pn$ nommé a-t-il fait sa commission auprès de Tévêque? De qui Collet a-t-il reçu la réponse qu'il mentionne ? H ne le dit pas. A qui s'est-il adressé à Paris ? ^ des genê, dit-il, initiés aujcmy$tèrft du parti? Pourquoi ne les nomme-t-il pas ? Supposé que ces gens étaient initiés, comme il le dit, s'ensuivrait-^l qu'ils connusèent une pièce qui appartenait à Colbert ? Comment s'est faite la sommation dont parle VAmi de la Religion? Collet a fait remettre simplement un exemplaire de ses Lettres critiques à l'adversaire qu'il injuriait dans ces Lettres, et qui n'était autre que Tabbê Le Gros; il lit remettre, dit-il, cet exemplaire par un anii^Consti' tutionnaire très déclaré. Or, parce que, dans son pamphlet, le Prieur de SeUnt^Edme, sonunait M. Le Gros de déposer chez uo notaire le témoignage écrit de saint Vincent de Paul, et que M. iie Gros n'a pas obéi, il en conclut aussitôt que l'écrit publié par l'évéque de Montpellier est une pièce fausse. Il s'eDsuf>^t tout simplement que M. Le Gros (qui demeurait à Reims) n'avait pas à tt dispMition k pièce en question ; toute autre eonséquenco e»t forcée et absnrde. Collet trouva fort extraordinaire que le parti n'ait pas obéi à la sommation, et il soutient que tout le monde a dû
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la connaître, puisque ses Lettres critiquée ont eu deux éditions. Laffrétention du pamphlétaire eni assez ambitiense. Nous croyons qu'3 eût été beauooiQp pius dans )e vrai en reconnaissant que son pamfMet fut méprisé de tous ceux qui le connurent. H n'est l?ttère possible^ en effet, d'être f^us insolent que Collet 4lans iW puflcttle intitulé : Lettres critiques. Il n'y a pour but que d'e»* tasser les acematioms les plus absurdes, les plus haineuses oenire l'abbé de SainM]!yran et l'École de Port-4loy«l. Ses prétentions à i'espnt n'enfatitent que des grossièretés, et il n'est pas possiMe d'être plus plat, plus trivial, plus haineux que Collet dans ce pamphlet.
CmtM>n que des hocniiies graves devaient attacher la moin-^ dre importance à un tel homme, qui n'osait pas signer son œuvre? Il n'ose même pas l'avouer ouvertement dans sa Vie de mint Vincent de Paul, et cite son pamphlet comme l'œuvre d'vm autre dans ses notes et éclaircissements. Est-ce donc sérieusemewt queTilmt de la Religion a donné quelque valeur aux 4émaMhes de Collet? Nous les avons exposées d'après Collet lui-même ; que le lecteur juge.
Que reste-t-il des arguments de VAmi de la Religion contre lauthenticité dn témoignage écrit de saint Vincent de Paul? Rien, ce noue semble, que les défauts qu'il trouve dans la pièce elle* même. Nous allons rexmniner tout a l'heure; nfmis, auparavant, nous devons relever une assertion que ce jounml ne hasarde que timidement, il est vrai, mais qui tend à appuyer son argumentalion contre le témoignage écrit. « Il ne parait pas, dit«il (p. 46), que le saint fondateur de la Mission ait été interrogé par le docteur Lescot. »
H faut avoir du courage pour faire une telle insinuation en présence du récit de l'abbé de Barcos, de celui de tous les histcH * riens, qui s'accordent à admettre ce fait; du procès de l'abbé de Hainl-Cyrau, publié par les Jésuites eux-mêmes ; en6n dn récit d'Abelly, qui s'étend fort au long sur l'interprétation de la fameuse lettre sur laquelle Vincent eut à donner des explications.
En outre, safnt Vincent de Paul parlait souvent à ses disciples de l'interrogatoire qu'il avait subi en cette circonstance. H faisait même observer qu'il avait récusé Laubardcmonl, juge laïque, et qu'il avait été interrogé alors par un juge ecclésiaBtique. Le Latariste qui raconte ce fait, Comuel, dans une lettre citée par Collet lui-même^ ajoute que Vincent parlait souvent des grandissimes
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liaitan$ qu'il avait eues avec Tabbé de Saint-Gyran '. Seulemeat, il nomme Richelieu^ au lieu de Lescot^ comme ayant fait Toffice de juge d'instruction. Il est évident que le bon Lazariste manquait de mémoire sur ce détail, car tout le monde convient que Richelieu conGa à Lescot, son confesseur, les procédures qui regardaient l'abbé de Saint-Gyran. Du reste, Richelieu lui-^éme interrogea aussi Vincent, comme le rapporte l'abbé de Barcos. Le défaut de mémoire du disciple de Vincent ne porte donc que sur la manière trop absolue dont il s'énonce. On aurait peine à croire que Y Ami de la Religion (p. fc5) se serait appuyé sur la lettre du Lazariste Comuel pour prétendre que Vincent n'a pas été interrogé par Laubardemont. Pour le récuser, il a été obligé d'être cité par lui et de connaître la nature de ses procédures. Pour cela, il a dû se rendre à la citation et subir un premier interrogatoire. Tout le monde sait que Lescot n'a été chargé de l'affaire de l'abbé de Saint-Cyran qu'après Laubardemont.
Arrivons maintenant aux défauts ifUrinsèques que VAmi de te Religion^ d'après Collet, a trouvés dans le témoignage écrit de saint Vincent de Paul.
Pour le juger, ces deux critiques sont partis d'un principe tout à fait erroné. Us ont voulu voir dans cette pièce un acte juridique, et ils s'étonnent que cet acte soit signé de Vincent et non de l'ofBcier public qui recevait les dépositions. UAmi de la Religion, d'après Collet (p. 64), parle d'un grave magistrat qui aurait été assez perspicace pour découvrir ce défaut de forme, et déclarer que la pièce n'était pas dressée conformément aux us et coutumes du Parlement.
Nous sommes, sur ce point, de l'avis du magistrat, de Collet et ' de VAmi de la Religion; mais qui a jamais donné le témoignage de Vincent comme un acte juridique? Colbert ne l'a jamais donné comme tel, mais uniquement comme un témoignage écrit de la propre main de Vincent lui-même. 11 faut même pousser un peu loin la simplicité pour s'imaginer qu on a voulu donner comme l'interrogatoire lui-même une pièce écrite par Vincent et signée par lui.
^ Abelly prétend qa*fl n*y eut que quelque anUlié entre Vincent et Tabbe de Saint-Gyran. VAmi de la Religion dit : d*aa<es fréquents rapports. Abell) prétend que Vincent n'en parlait que rarement et quand il s'y voyait obligé. Le Lazariste cité par Collet est d*un avis contraire. On voit que les traditioiis sur lesquelles s'appuie Abelly ne sont pas incontestables.
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Un faU^ raconté par l'abbé de Barcos, nous découvre la nature de ce témoignage. II rapporte que Vincent le vint trouver aussitôt après Temprisonnement de son oncle^ et le chargea de lui recommander de sa part de se défier des gens chargés des procédures contre lui ; de vérifier si ses réponses étaient exactement transcrites et de les dicter lui-même.
Vincent^ appelé et interrogé à plusieurs reprises^ d'abord par Laubardemont^ auquel il refusa de répondre sur les matières ecclésiastiques 9 ensuite par Lescot, craignit sans doute qu'on n'altérât ses réponses et les écrivit lui-même en rentrant chez lui^ mettant en pratique le conseil qu'il donnait à l'abbé de Saint- Cyran.
Voilà pourquoi le témoignage de Vincent est écrit et signé par loi-même. Nous pensons que ce témoignage Ait ensuite envoyé par le pieux Vincent aux juges de Tabbé de Saint-Cyran.
En partant de cette donnée, on comprend pourquoi l'écrit de Vincent comprend le récit d'interrogatoires tenus h des jours différents; pourquoi on parle de Lescot tantôt comme absent, tantôt comme présent.
Ces contradictions apparentes, qui sont, pour Collet et l'Ami de la Religion^ une démonstration de la fausseté de la pièce, nous confirment à nous son authenticité. Elles ne prouveraient sa fausseté que si on prétendait que c'est la copie d'un interrogatoire subi en une seule séance; mais, dès qu'on le considère comme un récit fait par Vincent de ses divers interrogatoires, subis à des jours différents, et transcrits par lui après, au moment où ses souvenirs étaient encore présents, on comprend que le témoignage de Vincent de Paul ne pouvait être rédigé autrement qu'il ne l'a été.
Un faussaire eût été plus habile et aurait pris beaucoup plus de précautions pour cacher sa fraude.
Le témoignage porte donc en lui-même toutes les preuves d'authenticité, et VAmi de la Religion n'y a vu tant de défauts que parce qu'il avait une idée complètement erronée de la nature de cette pièce.
Collet a voulu voir un signe de fausseté en ce que Vincent se donne 60 ans dans son témoignage, tandis qu*il en avait, ditil, 63. Vincent se dit âgé de 59 ans, ou environ, ce qui prouve qu'il n'était pas absolument bien s&r de son âge. Les historiens ont fait depuis, sur son Age, des recherches dont il ne se préoccupait pas beaucoup lui-même. Bossuet, qui célébrait chaque année
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le jour de son baptême, se trompait bien sur ce jour. Croil-oa que si un faussaire avait voulu fabriquer, au dix-buitième siècle, une pièce comme celle dont nous nous occupons, il ne serait pas d'abord allé au premier chapitre de sa vie, écrite par Abelly, pour savoir au juste TAge de Vincent? Un faussaire n'aurait jamais mis: âgé de cinquante-neuf ans au environ; et cette manière de s'exprimer s'accorde bien avec le caractère du bon Vincent, qui se préoccupait fort peu de savoir exactement son Age. Nous avons connu des gens qui n'avaient ni la simplicité, ni l'abnégation de Vincent, et qui, comme lui, ne connaissaient pas exactement leur âge, malgré les moyens que l'on possède aujourd'hui, et ((ue Vincent n'avait pas.
Son témoignage prouve qu'il ne le connaissait pas, en effet, d'une manière précise ; mais de voir là une preuve de fausseté de son témoignage, ce n'est que l'effet d'une très mauvaise logique.
Le témoignage de Vincent ne contient donc intrinsèquemeat aucune preuve de fausseté.
Son authenticité est donc établie d'une manière solide et indubitable, et VAfni de la Religion a été plus qu'imprudent en affirmant, (p. 62), qu'il est controuvé et apocryphe.
Voyons maintenant si Abelly est plus digne de foi que l'abbe de Barcos, en ce qui concerne les relations de saint Vincent de Paul et de l'abbc de Saint-Cyran,
D'abord, l'abandon qu'il fit de son cécit en ce qui concerne ces relations est déjà un préjugé très fort contre lui. Si, après avoir soutenu une polémique contre fiarcoa, il s'est cm obligé de battre en retraite, c'est qu'il s'avouait vaincu.
De plus, l'abbé de Barcos vivait avec son oncle et voyait Vincent chei lui ; il resta uni d'amitié avec Vincent après la mort de son oncle ; il reçut de lui de fréquentes visites peiMlant l'emprisonoemenl de l'abbé de Saint-Cyran. Il fut donc témoin oculaire de ce qu'il rapporte. 11 ne raconte, en outre, que des faits trop publics de leur nature, pour que beaucoup de personnes n'en aient pas été instruites. Voilà pourquoi Abelly n'osa pas les coatesier et s'avoua vaincu.
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Collet a fait grand bruit^ dans ses Lettres critiques, d^une prétendue contradiction de Tabbé de Barcos^ à propos des funérailles de Tabbé de Saint-Cyran. Abelly, dans sa Vraie Défense, prétendit que, sur ce points .Barcos s'était trompé en disant que Vincent avait assisté à ces funérailles. Barcos répondit qu'il n'avait point affirmé ce fait dans sa Défense, Sur cela. Collet crie au mensonge^ à l'infamie, et renvoie à la page 28 de cette Défense pour prouver qne Barcos l'avait affirmé. Nous avons vérifié le passage cité de la page 28, et nous n'y avons trouvé qu'une phrase que Collet n'a pas comprise. L'abbé de Barcos y dit tout simplement que Vincent ne se laissa pas plus émouvoir des calomnies répandues contre son oncle que tes évéques qui assistèrent à ses funérailles ; puis, quelques lignes après^ il remarque qu'il fut un des premiers à venir jeter l'eau bénite sur le corps du défunt, dans sa maison. La passion a rendu aveugle et prévenu le Prieur de Saint-Edme, voilà toute la conclusion à tirer de ses exclamations et des injures qu'il adresse à l'abbé de Barcos.
Mais Abelly, dit l'^lmt de la Religion, a composé sa Vie de Vincent de Paul sur les monuments les plus authentiques des Archives de Saint-Lazare ; sa narration est donc incontestable, et la preuve qu'il l'a faite sur des monuments fidèles, c'est le certificat que lui a donné Aimeras, supérieur de la Mission après Vincent.
Nous ferons remarquer à Y Ami de la Religion deux choses : La première, c'est que le certificat d'Alméras ne se rapporte pas à tous les détails ni même à tous les faits contenus dans le livre d'Abellj, mais qu'on lui a fourni seulement les principaux et plus importants mémoires, comme on le déclare expressément; la seconde, c'est qu'Abelly n'appuie son récit des relations de saint Vincent et de l'abbé de Saint-Cyran que sur des conversations qu'il aurait eues avec quelques personnes. Abelly fournit donc lui-môme la preuve que le certificat d'Alméras ne se rapporte point à son récit sur l'abbé de Saint-Cyran. Quand bien même il ne fournirait pas cette preuve, on ne pourrait s'appuyer sur ce certificat pour prouver son exactitude en tous ses récits, puisqu'Alméras ne parle pas d'une manière absolue, et qu'il restreint même son attestation à ce qu'il regardait comme plus important.
On doit donc poser ainsi la question :
Abelly s'appuyant sur une simple conversation est-il plus digne de foi que l'abbé de Barcos, témoin oculaire et articulant des
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faite positifs et précis? Poser cette question, c'est la résoudre évidemment en faveur de Tabbé de Barcos ; nous pouvons donc affirmer que son témoignage l'emporte sur celui d'Ahelly, quoi qu'en dise l'Ami de la Eeligian.
Nous voici arrivés à certains écrite de saint Vincent de Paul; et au3c témoignages par lesquels Y Ami de la Religion a prétendu prouver que ce saint n'avait pas eu avec l'abbé de Saint-Cjran les relations que nous avons admises sur les témoignages de saint Vincent de Paul lui-môme et de labbé de Barcos. On s'appaie sur ces écrits et témoignages pour en conclure (p. 63), que Vincent n'a pu être en contradiction avec lui-même, et qu'en conséquence^ le témoignage écrit est apocryphe et que l'abbé de Barcos en a imposé.
Ce raisonnement n'a peut-être pas toute la valeur qu'on lui attribue, comme nous le verrons. Examinons d'abord les pièces citées par Y Ami de la Religion. Ce sont d abord trois dépositions laites dans le procès de canonisation par Montmorin, archevêque de Vienne, Tabbé de Chandenier, et Pallu, évêque d'Heliopolis.
Que lit-on dans les attestations de ces personnages? que saint Vincent de Paul accusait Tabbé de Saint-Cyran de certaines idées extraordinaires ou d'opinions qui, présentées d'une manière \ague et générale, pouvaient paraître hasardées et téméraires.
Telle est l'unique conséquence que l'on peut en tirer.
11 en est de même des autres pièces, telles que les deux lettres écrites à l'abbé d'Orgny en 16i8, et celle qui fut écrite à l'évéque de Luçon en 1631.
Les lettres écrites à l'abbé d'Orgny ne sont connues qu en partie, par la vie de saint Vincent de Paul de Collet. Cet auteur peut être justement suspecté d'avoir supprimé le^ passages qui ne lui convenaient pas, et qui en expliqueraient peut-être d'autres. Mais admettons ces lettres telles qu'il a jugé à propos de les donner. Que s'ensuit-il? Que saint Vincent de Paul faisait à l'abbé de Sainl- Cyran quelques reproches vagues et qui n'ont pas une haute portée.
Mais enfin ces reproches, comme ceux qui sont mentionnés dans les dépositions des trois personnages cités ci-dessus, ne prouvent
I»K LKGLlhK pu FMAUCK. 481
qu'une chose, c'est que- saint Vinceat de Paul changea d'opinion AU sujet de l'abbé de Saint*Cyran,. quelques années après la mort ^e ce dernier.
Nous ne l'avons jamais nié; mais que veut-on en conclure? De ce qu'en 1648 et plus tard^ saint Vincent de Paul adressait quelques va^^s reproches à l'abbé de Saint-Cyran> peut-on en conclure qu'il n'eut pas avec lui les relations, les plus intimes jusqu'i sa mort? Qn voit au contraire, par les pièces mémes;^ que ces relations e^ist^eat; et c'est ainsi que Vincent fut instruit des pensées les plus intimes de son ami.
Maintenant^ comment se fait-il que saint Vincent de Paul ait chaqgéd'4;)pinion?
La cbose est facile à comprendre, U était du conseil de conscience où dominaient Mazarin et Ja Régente, dévoués i'un et l'autre aux Jésuites. Alazarin et la Régente sollicitèrent la buUe d'Urbain VIII contre Jansenius, dont l'ouvrage avait été publié par les soins de Tabbé de Saint-Gyran. En même temps, on faisait beaucoup de bruit en France d'une grande hérésie dont Jansenius et son ami Saiot-Cyran^^taient les chefs, et qu'on venait de découvrir. La bulle du pape donnait une apparence à cette fantasmagorie des Jésuites.
La cour adopta cette bulle avec éclat, et Vincent fut subjugué et par la bulle et par la résolution prise par les membres influents du conseil de conscience. II écrit lui-même à l'abbé d'Orgny quelle fut la première raison qui le décida à se prononcer contre le Jansénisme :
a La première, dit-il, est celle de mon emploi au conseil des choses ecclésiastiques dans lequel chacun s'est déclaré contre : la reine, M. le cardinal, M. le chancelier et M. le pénitencier. Jugez de là si j'ai pu demeurer neutre; le succès a fait voir qu'il était expédient d'en user de la sorte. »
Dans ces dispositions, Vincent attacha plus d'importance à des phrases vagues, qu'autre fois il avait interprétées favorablement, à cause de l'amitié qui le liait avec l'abbé de Saint-Cyran. Il crut y découvTÎr des symptômes de la grande hérésie qu'on avait décou^ verte depuis, et il en parla en ce sens.
Telle est Texplication naturelle du changement qui arriva, après la mort de labbé Saint-Cyran, dans les sentiments de saint Vincent de Paul. Son union avec le Jésuite Dinet, qui fut le principal agent de la levée de boucliers contre les cinq propositions, le lança dans cette lutte périilonse. Il î^ervil d'inti^rmédiaire entre Dinet et