‹ Histoire de l'église de FranceChapitre 56 sur 100 · XII. t · texte numérisé non relu

XII. t

Ig HIETOIIIK

(aire dp faire iin choix, ce qui leur (il donner le nftm de mâangistes 011 do ftiarirnants.

Carre de Jlontpcroii '. conseiller au Parlement, composa trois volumes în-i." pour di'femlrc l'reuvre des conMjlsionB et en prouver le caractère di\in.

D. La Tasie, BûniMiictin, cïéqiie de Bethléem*, attaqua cetouvrapp et s'appliqua à prouver que toul. dans les couvulsions, élail un effet de la puïi^sancc du (1i,il)1c.

Hecquet, médfcin tnVreiiiîii'ux et fnri savanl, qui apparlenail k l'école de Port-Royal, ne voyait dans les convulsions que des effets naturels ; il composa à l'appui de son opinion un intéressant ouvrage intitulé : le ifalurnlisiitc des Convulsions; il s'y montra aussi faabilo médecin que savant théologien'. La médecine lui fournit un graud nombre do faits non moins étranges que ceui des convulsions. Il rappela les pyrophages, les religieuses de Laudun, et bien d'autres faits aussi extraordinaires. Il cita des effet' de l'épilepsie, de l'hysléric et d'autres maladies nerveuses qui avaient une singulière analogue avec les convulsions. Il remarqua que les personnes affectées de ces convulsions étaient, pourU plupart, des femmes, clieî lesquelles les maladies nerveuses sodI plus fréquentes et pro<luiscnt des effets plus extraordinaires. II cita aussi un grand nombre de faits prouvant que la sympathie ou t'iraitation ont une inÛuence directe el véritablement conlaeieuse sur les sujets prédisposés à ces maladies ; ce qui explique une foule de détails racontés par les partisans ou les adversaires An convulsions.

Le système de Hecquet est généralement admis aujourtl'huî par la médecine.

Les théologiens les plus remarquables de l'école de Port-Rnyal le déclarèrent, comme Hecquet, contre les con vu Isionn aires. Diiguel, Fouillou, d'Asfeld, Petit-Pied, de Bonnaire, Besoigne, le

' Cet ouvrage srt Intitulé : ta VFHtè dei miracUs opérés d ntOêmttU» « «. de Pdru «( avtret appcUanls, Oémrmtrée contre M. fanknéqiàt it MM. par H. Cwré de MoDlgiron, conseillef au Parlenient, 3 vol. in-J.o.

Monlgeron priSsento le premipr vdlume de son livre au roi, le îfljuillel 1737. Il fui, la nuitsuivanie, envoyé à la Basliile; il fui ensuite etilË k \'\- •tmt, lA 11 conUDoa soa «iivrtge; enfla, eorarmé tlius U cit«lellt de V»wnoi, ail 11 inouruL

' D. U Taale. Lettres théologiques, a toi. iii-4.o.

' He«quel, le Naturalisme des convulsions, 3 vol. in-12, ^733,

DE l'ÉGLIAB de FRANCE. 19

Grofl^ de Lan^ de Latour, Gourlin^ Boursier, les attaquèrent avec beaucoup de vivacité. Les évoques Soaneu, Colbert et Caylus , Mésenguy et plusieurs autres théologiens de Port-Royal, partisans des premiers miracles du diacre Paris, se prononcèrent contre les mauvaises convulsions, tout en soutenant qu'il y en avait de bonnes mêlées aux miracles ; madame Mol, nièce de Duguet, fît son Journal historique des convulsions, pour les combattre sans distinction. Petit-Pied, d'Asfeld, de Lan et Besoigne signèrent la consultation adoptée par trente docteurs de Sorbonne contre les convulsions, le 7 janvier 1735 ^

Malgré ces faits et les ouvrages composés contre les convulsions par les théologiens de Técole de Port-Royal, les ennemis de cette école ont voulu lui faire porter la responsabilité des puérilités et des inunoralités qui accompagnaient parfois les convulsions. Un peu plus d'équité les eût garantis de cette calomnie; mais on s'est toujours cru tout permis, dans un certain parti, quand il s'est agi de nuire à ceux que l'on désignait avec affectation sous le nom de Jansénistes*.

^ Afin de prouver d'une manière përemptolre que TÉcole de PoTt*Royal ne doit pas être confondue avec le Convulsionisme^ nous indiquerons les prin^ eipanx ouvrages faits par les théologiens de cette Ecole contre les Convulsions : Réponse à récrit intitulé : Plan général de Vœuvre des Convulsions, par le Dr de Lan. — Dissertation théologique contre les Convulsions, par le même.

— Défense de la Dissertation théologique, par le même. — Réfleiions judideiDKS sur les Nouvelles EcclésiasUques de Tannée courante 1736, par le intme.— Observations sur Torigine et le progrès des Convulsions, par FouiUou.

— Nouvelles observations sur les Convulsions, par le môme. (Ou a quelquefois attribué ces deux ouvrages au Dr Petit-Pied.) — Examen critique, physique et théologique des Convulsions, etc., par de Bonnaire. — Observations apologétiques, etc., par le même. — Tains effdrts des Mélangisêe» et Disamaniâ dans rœuvre des Convulsions, par Tabbé D*Asfeld. — Recherche do la vérité, ou Lettres sur Tœuvre des Convulsions, par Gourlin. — Lettres sur les Con* vnlsions, par le D' Petit-Pied. -^ Discours sur les miracles de M. de Paris, par le Dr Le Gros. — Lettre de M. Le Gros, docteur en théologie, à un de ses amis, au sujet de Tœuvre des Convulsions. — Deux Problèmes à résoudre sur Toravre des Convulsions, par le D* Besoigne. — Apolc^e de Tauteur dm Problèmes, par le môme, ~ Mémoire théologique sur ce qu*on appelle les :)«cours violents dans les Convulsions, par le Dr Boursier.

Nous pourrions citer encore beaucoup d'autres ouvrages composés par les théologiens de PorWRoyal contre les Convulsions. Ceux que nous avons indi* qués snlfiseDt, ce nous semble, pour justifier cette École célèbre.

* Les Jésuites disent dans leur Histoire : « Le Jansénisme alors s'abîma •ovs le ridieule, il devint Convulsionnaire au tombeau du diacre Paris, i» J9Mo<r« ée la Compagnie de Jésus^ publiée par Ci^tineau-Joly , U vr, p. 487.

Cm rtncontre cette èoiHM foi à tsotes les pages de es livre»

La discussion des mipacles donna une nouvelle aclivilé aux mesures rigoureuses employées depuis longtemps contre les appelants ; ce fui alors que Ton mit surtout en pratique les refus de sacrements et de sépulture, qui remplirent TÉglise de nouveaux troubles. Le premier refus de sacrements qui eut du retentissement fut celui qu'ordonna Fleuriau, évêque d'Orléans, contre une femme de son diocèse. On interjeta appel de ce refus au Parlemeni, qui rendit un arr^t contre l'évoque, lequel arrôt fut cassé par le roi.

Sous le régime où était l'Église au xvni^ siècle, le refus de sacrements et de sépulture ecclésiastique était de la compétence des ParlementSi On ne pouvait les refuser qu'à ceux qui, par un acte public, s'éUiieiit séparés de l'Église catholique. On convenait de ces deux points. Mais l'appel de la constitution Unigemius était-il un acte qui , de sa nature , fût hérétique ou schismatique ? Les évoques partisans de la Constitution et le roi le voulaient ainsi. L* Parlement prétendait que la bulle Unigenitus n'était point un jugement de l'Église légalement reconnu ; que cette bulle n avait point été enregistrée comme loi de l'État ; qu'on ne pouvait, en conséquence^ infliger de peines extérieures à ceux qui ne voulaient pas s'y soumettre et qui avaient eu recours à VappeU reconnu de tout temps en France comme légitime. Quoique le roi eût cassé l'arrêt du Parlement, celui-ci persista dans ses conclusions, et ainsi commença entre la magistrature d'une part, le roi et les évéqucs de l'autre, cette lutte scandaleuse et opiniâtre qui déconsidéra dans l'esprit public et la royauté et le clergé.

Le cardinal de Fleury, Bissy, Rohan et Vintimille, qui dirigeaient la cour, ne cherchaient qu'à enlever au Parlement la connaissance de tout ce qui était relatif à la constitution et aux miracles. Le Parlement; qui connaissait les intentions des prélats^ ne laissait échapper aucune occasion de leur faire sentir son autorité.

Le 27 avril 1732, Vintimille avait condamné les Nouvelles Ecclésiastiques, journal hebdomadaire dans lequel on attaquait sans relâche les actes et les ouvrages des partisans de la constitution *.

^ Les Nouvelles Ecclésiastiques commencèrent à paraître en 1713. Leur publication ne commença à être régulière qn*en 1728. Le premier auteur fut Jacques Rochi*, prêtre du diocèse de Poitiertt. Berthier, ficaire deSaint-Barthëlemy, fut son principal collaborateur. Ce fut surtout à dater de i7i9, que les ScuvslUs Ecclésiastiques prirent la forme d*un oarrage travaillé sur un certain plan. Elles ont paru jusqa*en 1808. Les Jésuites ont dit beaucoup de

DE l/ ÉGLISE DE FRANCE. 21

Lorsque ce recueil avait commeDcé à paraître^ le Parlement eo avait condamné quelques feuilles comme remplies d'imputations calomnieuses et dénuées de preuves. Duguet^ d'Alsfeld^ De Lan, Fouillou, Besoigne etautresamisdePort-Royal les avaient blâmées^. iMais l'auteur avait mis plus de circonspection dans ses articles, qui étaient accueillis avec faveur par un nombre immense d'abonnés. Lorsque Yintimille eut condamné les Nouvelles EccléstaS" tiques *, vingt-deux curés refusèrent de publier son mandement. Il voulut les y forcer; ceux-ci en appelèrent au Parlement. La plus grande partie de la magistrature était opposée à la constitutioD ; on le savait, et le roi multipliait les ordonnances pour évoquer à lui ou à son conseil toutes les causes qui y avaient quelque rapport. Uue nou\elle ordonnance fut lancée pour enlever au Parlement la connaissance de ta cause des vingt-<leux curés; mais l'abbé Pucelle plaida si énergiquement en faveur des droits de la magistrature que le chancelier d'Aguesseau, et le premier président ne pureut empêcher le Parlement de passer outre. Le roi manda à Ck)mpiègne les députés de ce corps, leur réitéra ses ordres ; il exila le conseiller Pucelle dans son abbaye, et envoya le conseiller Titou dans une prison d'État. Tous les magistrats prirent fait et cause pour leurs collègues, quittèrent le palais et refusèrent de rendre la justice. Le 21 mai, ordre leur fut donné de reprendre leurs fonctions ; ils se rendirent au palais et refusèrent de rendre la justice ; le 25, nouvel ordi*e du roi par lettres-patentes ; le Parlement se réunit, enregistra ces lettres, et sur-le-champ arrêta que le mandement de Yintimille contre les Nouvelles Ecclésiastiques serait remis aux gens du roi pour être examiné. Le 13 juin, le procureur-général fut reçu appelant du mandement, quoique les gens du roi eussent refusé de faire aucune réquisition. Le roi exila quatre conseillers ; les autres prirent leur parti. La justice ne (ut plus rendue; cent cinquante magis-

mal de ce recueil. II n*eii «st pas moins vrai que, s'il a des défauts comme toates les publications périodiques, il contient une foule de choses intéressantes et curieuses.

^ Lettre de Tabbé Duguet à un professeur d*un collège de TOratoire, 1732; Lettres de M. do Lu Tour, au sujet de la feuille des Nouvelles Ecelésiasiiques,

' Mandement de rarchcvèquc de Paris , portant condamnation de plusieurs libelles qui ont pour titre : Nouvelles Eeclésiastiques, Paris, Simon, 1732 ; Arrêt du Parlement, du 13 juin 1732.

■I9TOIM

trats donnèrent leur démission. On négocia de nouveau, et le Parlement fut rétabli. Le 18 ao6t, nouvelle ordonnance du roi; nouvelle opposition du Parlement, qui fut exilé. 11 fut rappelé au moi» de novembre, el le roi retira son ordonnance *.

Les luttes entre la cour et le Parlement, à propos du Jansénisme, ne cessèrent qu'avec le Parlement et la cour. Les évéques qui prenaient parti, dans leurs instructions pastorales, contre les appelants, émettaient ordinairement des principes plus ou moins opposés à la doctrine des quatre articles, et attiraient ainsi k leurs oeuvres des flétrissiu*es ; les Jésuites ne manquaient pas non plus, dans ces circonstances , de répandre Tultramontanisme et méritaient des condamnations analogues '. D'autres ecclésiastiques se montraient, dans les refus de sépulture^ d'une intolérance qui allait jusqu'à la violation des lois, et ne trouvaient devant les tribunaux qu'une condamnation qu'ils regardaient comme injuste.

Gomme la Cour prenait ordinairement le parti des évéques ou des ecclésiastiques condamnés^ il eu résultait que les appelants, malgré la protection des Parlements, n'en étaient pas moins exposés à la persécution. Traqués de toutes parts, embastillés, exilés, soumis à mille avanies, ils ne pouvaient même plus espérer le repos après leur mort depuis que leurs adversaires avaient inventé les billets de confession el les refus de sépulture. Celui qui ne reconnaissait pas officiellement^ à la mort, que la constitution Unige^ nitiis était un jugement de l'Église, et que Janseniu» ne pou^nit être qu'un hérétique, était traité en excommunié , et son corps était jugé indigne de la sépulture chrétienne. Dès que l'usage se fut établi d'exiger à la mort ces déclarations ou billets de confession des personnes suspectes, une inquisition plus terrible encore que celle du Formulaire s'établit, et l'on vit des actes d'intolérance et de fanatisme que Ton aurait peine à croire s ils n'étaient pas aussi invinciblement prouvés '.

Un grand nombre d'appelants, effrayés de ces actes, quittèrent

> Toutes les pièces relatives à ces faits ont été imprimées. Nous en vroûs là collection sous les yeux.

• F. en particulier Tarrét du Parlement dn 10 mai 1730.

> On trouve aux Archives de VEmpire un grand nombre de pièces m.sf relatives aux troubles qui avaient lieu dans les diverses Églises à propos des billets de confession et des refus de sépulture. F. en particulier Sect. Hist^ L., 4 et 5. On a imprimé en outre une masse énorme de pièces relatives à ces troubles.

DB l'Église de fb^cb. 23

la France et se retirèrent en Hollande, où Técole de Port-Roya avait toujours eu de fervents disciples depuis que le doctenr Arnauld s'y était réfugié '.

* L*£glise de Hollande eut tant de rapports avec TÉcole de Port-RoyâU qu*il est nécessaire de la faire connaître, au moins d'une manière succincte, pour compléter Thistoire de cette célèbre école.

Après la révolution de Hollande et la suppression du culte catboliqae dans ee pajrs, le clergé séculier demeura ferme à son poste. Frédéric Schenck, archevêque d*Utrecht, étant mort en 1580, le chapitre nomma trois vicaires capitulaires; deux d*entre eux furent dans F impossibilité de remplir les fonctions. G*est pourquoi, en 1583, le clergé élut pour grand vicairo du chapitre Sisbold Vosmeer, qui remplit toutes les fonctions qui ne sont point esseo- Uellement ë^ndantes du caractère épiscopal. En 1602, Sasbold alla à Rome, où il fut sacré archevêque dTtrecht; il prit le titre d^archevêque de Philippes, pour ne point irriter les États-Généraux, qui ne recoDuaissaient plus le cuite catholique, mais il eut la faculté de changer ce titre en celui d'archevêque d'Utrecht, dès que les circonstances le , permettraient. Obligé de fixer quelque temps son séjour en dehors de son Église, il reçut de Tarchiduc le tilre d*arcbevêque d'Utrecht, ce qui le fit bannir par les États de Hollande. 11 mourut en 1614. On doit remarquer que Sasbold, avec son titre d'archevêque d'Utrecht, avait celui de vicaire apostolique de l'Église de Hollande; mais ce titre était purement honorifique et ne le rendait pas, comme on l'a prétendu, simple vicaire du pape. Les archevêques d'Arles ont possédé en France ce même titre de vicaites apostoliques ou du Saint-Siège. Ce fut pour éviter les persécutions que les successeurs de Sasbold ne prirent que des titres d*évèché3 in partibuSy quoiqu'ils fussent élus archevêques d'Utrecht canoniquemenL Philippes Rovénius succéda à Sasbold en 1^ sous le titre d*aN ehevôque de Philippeâ; il eut pour successeur Jacques de la Xorre, archevêque d'Ephèse. Raudoio Catz, archevêque de Philippes, tint le siège ensuite. Kn 1663, Jean Van Neercassel fut élu archevêque d'Utrecht sous le titre d'évêque de Gastorie. C'est lui qui reçut Arnauld. Il fut en correspondance iaiime avec Bossuet. Il y eut, aprè^ sa mort, une vacance de trois ans, après laquelle fut élu Hugues Van Heussen. Sun élection ne fut pas confirmée à Rome, qui voulait nommer d'office. Le clergé de Hollande s'empressa de proposer d'autres sujets, parmi le-cjuels était Pierre Codde, qui fut reconnu par la congrégation des six cardinaux chargés des affaires de Hollande. Pierre Codde prit le tilre d'archevêque de Sébaste. En 1702, Codde fut déposé de ses fonctions à Rome, pour son refus de signer purement et simplement le Formulaire. Cet acte fut le principe des grands troubles qui suivirent. Le clergé d'Utrecht voulut se maintenir dans le droit dont il avait toujours joui d'élire wt» évêques; Rome prétendit qu'elle pouvait nommer directement parce que cesévêques n*étaiait, depuis la révolution de Hollande, que des vicaires du pape pour administrer cette Église, que l'on voulait considérer comme une sémpk mission. Cette Église, qui était persécutée, mais qui n'avait pas été détruite, prétendit avoir conservé ses droits, et continua à élire ses évêques. De nos jours. Pie IX a fait des vicaires des papes, des évêques titulaires. Les Catholiques qui s'attachèrent aux vicaires apostoliques nommés directement forment le troupeau de ces évêques nommés par le pape. Les fidèles et le

Nous n'eatrcprittidroDS pat^ le récit de tous \ei acles d'inloléraace exercés coDlrc îeE appelants. Il sutfit d'en retracer le caractère général pour les faire apprécier. .\u moment où les appelants étaienl si vivement poursuivis, que plusieui's évéques, frappés d'épouvante, révoquaient leur ailliésion n l'appel de la bulle, Jean- Charles de ^é;^ur, é\éque de Suint-Papoul, osa donner un mandement pour révoquer l'acceptation qu'il en avait faite. Ce mandement fut publié le 26 février 1735 '. Sé^nir j annon<viil à son peuple qu'il avait conçu des scrupules touchanf son élévation à l'épiscopat ; qu'il était résolu de quitter son siège, et que, $e> sentiments toucliaitt les affaires présentes de l'Église étant changés, il adhérait à l'appel des quatre évëques de Mirepoix, de Senez, de Montpellier et de Boulogne, et révoquait les mandements qu'il avait domiés eu faveur de la bulle, u Quand nous reuonoâmes à l'appel pour devenir évéque, dit-il, le motif éla il digne de la caus<- ît laquelle nous nous unissions. Maintenant que nous rcnonraus a l'épiscopat pour nous réunir ù l'appel, uou> rendons à la mérité un hommage qu'elle seule peut inspirer.... Déclarons, ajoulc-l-il, sous les yeux de celui qui Hinde les cœun. et les reins que nous ne nous somines déterminé au parti que nous prenons, qu'après y avoir longtemps réOcchi ; que celte démarche n'est l'eflet de la suggestion de personne, et que uou» la fuisons dans une pleiue liberté. »

De Ségur adressa son mandement a\cc des letli-es particulière» aux évécjues de Senez, do Montpellier cl d'.\u.\erre, qui le félicitèrent de riiuiuble et courageuse déinarche qu'il avait faite ^

Jean-Cliarles de Ségur, après a\oir été militaire, était entré dans la congK-gntion de l'Uraloire. lla^Hil appelé de la bulle l'oïgtnilui; mais î) révoqua cet appel pour être chèque. A peine eulil obtenu ce qu'il désirait qu'il sentit des scrupules s'élever dan»

elsrgd qui restènnl alUcliés aux ëv^uea Hua rorment la tninpeau de cet érttiues. L'archeiéquf <l'(*ireeht élu eU «Djunrd'hui U. Jeu Vu Soiitnu

Les appeUnls français au iviii" iiècle sa déclarèrt-ot viTemenl pour le* éréquca Àlus, qui re^urenl un grand nombre do oeui qui furent obliKés ie quitter la France pour échapper k la persiicution.

> Handetnenl de Hgr l'évAque de Sainl.Papoul, 7 pages in-4.<>, stnsnioi (l'imprimeur. Nous avons sous les yenx un exemplaire de m UaDdencNi sigu4 d« Jean-Clurk-s de Ségur lui-mdne.

* Toutes CCS lellns uul éliS loiptim^es. V. au^si les NoHPtlki Ecel- des *, 18el2j4cc. 17W.

r>E L*foLl!IE nS FRANCK. 25

sa' coDiScience. C'est ce qui le porta à quitter son diocèse et à s'ensevelir dans la retraite. Il y vécut 13 ans^ dans la pratique de la pénitence^ la prière et Tétude des sciences ecclésiastiques. 11 mourut en 1748, à Tâge de 53 ans^ sur la paroisse Saint-Gervais^ à Paris. Le curé de cette paroisse^ qui appartenait à l'ancienne Sorbonoe y lui administra les sacrements y et lui donna la sépulture ecclésiastique, malgré son adhésion solennelle à l'appel.

De Ségur écrivit au cardinal de Fleury pour lui faire connaître sa détermination ^ et envoya sa démission au roi. Le 2 avril, le conseil d'État supprima son mandement * « comme injurieux à rÉglise, contraire à son aulorié, attentatoire à celle du roi, tendant à inspirer la révolte contre Tune et l'autre puissance , et à troubler la tranquillité publique. »

De La Fare, évéque de Laon, publia , le jour même où le Conseil d'Etat donnait son arrêt , un mandement ' dans lequel il déverse les plus grossières injures contre Tévêque de Saint-Papoul. Ce mandement fut stigmatisé cl ridiculisé comme il le devait être. Plusieurs écrits furent publiés, soit pour attaquer la démarche de Tévéque de Saint-Papoul , soit pour la défendre. L'affaire parut grave à la Conr, et le 24 avril fut publié un arrêt du conseil qui réservait au roi la connaissance de toute l'afiaire, el des écrits coutradictoires qui avaient été publiés.

Beizunce, de Marseille, publiait, le 25 du même mois, un Avertissement * dans lequel il osait dire que l'évêque de Saint-Papoul venait de se couvrir d'un opprobre éternel ; l'évêque de Châlont» imita Belzunce, et Tencin lui-même, Teucin le simoniaque, osa élever la voix pour blâmer l'humble Ségur d'être entré, comme il l'avouait, dans l'épiscopat par ambition *.

On doit remarquer avec quel empressement le roi évoqua à. sa personne tout ce qui tenait à l'affaire de l'évêque de Saint-Papoul. Le Parlement , lidcle à ses principes, ne pouvait condamner le mandement de cet évêque. La Cour, qui tenait à considérer la bulle comme loi de l'Étal, devait, à ce point de vue, le condam-

^ Arràt du conseil d'État, etc., I p. ia-1.o, de rimprimerid royale.

' Mandement de Mgr révoque duc de Laon, etc. Laon, François Meunier, iii-4.0 de 7 pages.

' Avertissement de Mgr Févéque d8 Marseille, etc. 8 pages in-4.o.

^ Il ne fallut pas à Teucin moins de 7 pages in-4.o de petit texte pour injurier révéque de Saint-Papoul. L'évêque de Cbftlons M contenta de 4 pages.

ner. I^ latte de b Cour et des Parieniaits daas toutes le* dîicuiùoxtB dnni la bulle était l'origioe, avait toujours aiuii le même earaclère.

La polémique qui eut lieu en 1738, a propos de la bulle de canonisation de saint Vincent de Paul, sortit de la même source, coaune la plupart des querelles religieuses de la même époque'.

Noui avons rapporté que Vincent de Paul, après avoir été intimement lié avec l'abbé de Saint-^yran, s'était prononcé contre la doctrine des cinq propositions , lorsque la cour de France eut obtenu leur condamnalion à Rome. Après la mort de Aincenl , Abelly, son historien, parla avec une espèce d'afTectation du zèle qu'il avait montré contre le Jansénisme, et crut devoir à sa mémoire de raconter d'une manière mensongère les relations qu'il avait euesavecl'abbé de Sainl-Cyran,auténcurcmenl aux discussions rdatives aux cinq propositions. L'abbé de Barcos, neveu de l'abbé de Saint-Cyran, força AbeUy à renoncer à ses erreurs sur ce point % et lui prouva qu'il avait cédé, daus ses récits, à l'influence des Jésuisles, qui tenaient à se mettre, eux el leur doctrine, sous la sauvegarde des vertus et de la sainteté de saint Vincent de Paul. Aussi les Jésuites réclamèreut-ils vivement lorsqu'Abelly eut retranché de son ouvrage un récit qu'il ne pouvait plus soutenir honorablement. Ces religieux u'en conliuuèrcul pas mobis à exploiter la sainteté de Vincent au protit de leurs colères contre Pon- Royal, el exagérèrent le plus possible les démai'ches que Vincent avait faites, sous leur iollueuce, pour la condamnation des cinq propositions. Ils étaient parvenus ainsi ù taire un honuuc de piu-ti d'nn saint prêtre dont toute la vie ne fui qu'un acte de charité, cl qui ne fût jamais sorti de cette mission que lui avait confiée la Providence, si des iulriganls n'avaient pas abusé de sa simplicité toute chétienne pour lui faire croire que la foi était en dinger.

Le» Jésuites, pour coidirmer l'idée qu'ils tenaicut à donner de Vincent de Paul , trouvèrent facilement le moyen de faire ^sisler ■onvenl sur son zèle auti-jansénisle daus le cours du procès de su canonisation, cl ils obtinrent de quelques évéques, connus par

' Les piècea principales retdlives h cette oDiiire se trouvent, au moÏDs loi- Ifsées, dons l'ouvrage intitulé : tAvoatl du Dilate ow Mémoirrs Uitoriqutt tt ciiUqua, etc. 5.< partie.

■ F> k la Oa du xi.a vol. de celle hisloire, nolie disserlalioD SUT iM rdaliou dt mat Vinc«nt de Paul et de l'abbé de Saîa-Cfrui.

1»B 'àùïMM Oi FIANCE. fg

«Mr «bioki dévûnenent à leur Compagnie; des attestalioiu dans le «eoB qu'ils désiraieiit

OBconnatt leiir puissance dans toutes les affaires de TËglise. On peut donc sans crainte leur attribuer le caractère que Ton donna î la buHe. Il est certain que^ dans cette pièce. Clément XII ne paria pas avec la gravité convenable ; la bulle n'est qu'un écho des luttes qui agitaient l'Eglise de France d'une manière déplorable, et elle vint leur fournir un nouvel aliment ^

Un grand nombre de curés de Paris donnèrent le signal des réclamations qui eurent lieu contre la bulle de Clément XII^ en s'opposant à l'enregistrement des leUres-patentes qui étaient données parle roi pour la publication de celte bulle. Dix avocats distingués appuyèrent leur démarche d'une consultation * fortement motivée. Le Parlement jugea conformément à cette consultation, et supprima la bulle de canonisation de saint Vincent de Paul, par un arrêt du 4 janvier 1738 '. Cet arrêt fut annulé par la cour en ce qui regardait l'impression et la distribution de la bulle; quant aux motifs du jugement, elle n'osa les attaquer.

11 ne faudrait pas croire que les curés de Paris, les avocats et le Parlement doutassent de la sainteté de Vincent de Paul ^. Ce n'était ni cette sainteté ni la bulle, en tant qu'elle la proclamait, qui était attaquée et supprimée ; ils ne condamnaient que les attaques conte^ nues dans cette bulle contre la doctrine des quatre articles, et l'esprit de parti qui s'y montrait à découvert. Si Clément Xil se fût contenté de retracer les vertus de Vincent et de le déclarer digne des honneurs publics des fidèles, personne n'eût réclamé contre sa bulle, car les évéques qui passaient pour Jansénistes avaient montré le même zèle que les autres pour solliciter la canonisation du charitable instituteur delà Mission.

C'est à tort qu'on a voulu envisager autrement cette question. On

' * Canonisât. É, Vincent, a Paulo. Paris, Simon, in-4.o. 1737.

' CoQsultatiou de MM. les avocats du Parlement de Paris. in'4.o, Paris, 1738. On y trouve Pacte d^)pposition des curés.

\ Arrêt de la cour du Parlement du 4 janv. 1738, qui supprime titi imprimé intitulé Canonisatio, etc.

^ On peut consulter à ce sujet la kllre d'un chanoine de province à tm da ewrés de Paris; la lettre de W*" à M*** au sujet de saint Vincemi ^ Paul. Les auteurs de ces écrits, condamnés par Tarclievêque de Cambrai, étaient appelants. Ils se montrent très respectueux pour saint Vincent de ^ftQl. Les évéques appelants avaient solUeité, comme les autns, la oanooisatioB de ce saint prêtre.

doit te lenir en garde conire lee appréciations générales données par certains écrivains ', touchant la conduite des Pariements dans le$ alTaires ecclésiastiques. Il serait certainement à souhaiter que ni les Parlements ni les rois ne se fussent jamais occupés de ce» questions ; mais sous le régime où était alors l'Église, elles se rattachaient, par plusieurs côtés, aux lois que les Parlements étaient chargés de faire exécuter. Les écrivains qui se plaignent de leur conduite dans les affaires de la bulle, approuvent absolument c«lle de Louis XIV, et de la cour de Louis XV, sous Dubois et sous Flcurj. Si les Parlements ne devaient poiul s'occuper de questions religieuses, les rois ne le pouvaient pas davantage, il faut donc s'élever au-dessus des préoccupations de parti pour juger les unes et les autres, et se souvenir que le régime sous lequel était la société religieuse, aux xvn* et icvni* siècles, ne peut être comparé à l'étal où elle fut depuis la Hévolulion de 1789, et qa'A serait ridicule de juger les Parlements du point de vue ou l'on jugerait aujourd'hui les tribunaux. Nous avons souvent déploré, dans le cours de cet ouvrage, que l'on ail cru devoir introduire le pouvoir temporel dans le sanctuaire, et nous avons remarqué que c'étaient les papes eu.v-mémes qui lui avaient ouvert la barrière. C'est par eux que le régime mixte de l'Église fui rendu légal an moyen du Concordai. Ce régime doit être, même pour l'hislorieD qui le déplore, un tait accompli ; et il doit l'accepter, pour le temp^ dont il raconte l'histoire, sous |)einc de présenter les événemenu sans vérité et avec passion

Au ivni* siècle, tout ce qui se rattachai! au culte public élail dr la compéleuce du Parlement, eoiinne tout ce qui, dans l'cusetgnemeiit, était opposé k la doctrine reconnue légalement; il n'esl donc pas étonnant qu'il ait atla(|ué les mandements de certains é\èques, et quelques actes émanant de la cour de Home ; qu'il se soit occupé de ta légende de saint liréi;oire VII et de la bulle de canonisation de saint Vincent de l'aiil, entin des litui^ies qui furent alors réformées dans la plupart des Kglises de France. Nous devoll^ dire quelques mots de cette réforme.

Ix's litui^ies avaient été envahies, au mojen-ftge, par nue fouie de légendes ou autres pièces apocryphes et certains usages plus ou moins ridiculei:'. Dès le xvi< siècle, la critique avait fait de tels pro-

■ Picot el ses cupislos oal aNiiciô de no pas Uâie les disliuolioiis qve it raisons, aHn de puuruir présenter cctts affaire avec ps'.sioii.

DR L KGIJftB DE FRANCE. ^

grès, que plusieurs ofiices ou usages élaient devenus intolérables, et Ton sentit le besoin d'une réforme, sur ce point, comme sur tous les autres.

La question fut portée au Concile de Trente, qui s'en déchargea sur le pape. On se mit donc, à Home, à réformer la liturgie romaine, et, après plusieurs essais. Pie V publia, enfin, des livrés liturgiques, sinon parfaits, du moins meilleurs que ceux dont on se servait auparavant. Les Églises qui n'avaient pas de litm'gie particulière ou qui ne pouvaient faire la dépense de nouveauxlivres, adoptèrent ceux de Pie V. Les autres, comme la plupart des Kglises de France, commencèrent à réformer leurs liturgies particulières, partiellement et peu h peu, afin de ne pas faire un changement trop brusque dans les habitudes du peuple, qui eût considéré comme une transformation de la religion elle-même celle des livres liturgiques. Dans le cours du xvn^ siècle, certains usages ou offices disparurent; les pièces apocryphes tirent place à d'autres que la critique éclairée pouvait avouer. Enfin, après environ m siècle de changements prudents et sages dans les habitudes, on put songer à donner des liturgies entièrement réformées.

Les évéques de France se mirent à l'œuvre. De tout temps, ils a\ aient usé d'un pouvoir à peu près absolu dans la direction des prières publiques de leurs diocèses. Nous avons vu, dès le v« siècle, saint Venerius de Marseille , saint Mamers de Vienne , et d'autres saints évéques donner à leurs Églises des liturgies entières. Saint Sidoine Apollinaire, saint Grégoire de Tours, saint Fortunat de Poitiers suivirent cet exemple, qui le fut aussi par les évéques les plus saints et les plus zélés des siècles suivants, comme nous l'avons souvent remarqué.

On vit donc paraître, à la fin x\1i« siècle, plusieurs liturgies améliorées ou réformées. Les premières qui parurent furent celles de Soissons, de Ueims. du Mans, de Vienne et celle de Paris, sous l'épiscopat de Harlai. Les Gondi, qui avaient successivement occupé le siège épiscopal de Paris, s'étaient occupés de l'amélioration dcsi . livres liturgiques de leur Église et en avaient fait disparaître les principales fautes. Péréfixe avait nommé une commission pour eu préparer une édition correcte et entièrement réformée. Harlai donna suite au projet de Péréfixe, et, en 1685, publia le nouveau Bréviaire de Paris. La commission s'attacha surtout à retrancher certaines homélies faussement attribuées aux Pères de TÉglise; les choses erronées ou incertaines qui se trouvaient dans les légendes

des taînts; de remplacer par de nouvellee hymnes, composées principalemens par Santeuî), celles dont le rhy thme n'était pas pur ou qui contenaient des faits apocryphes; de réformer les répons, d'an style peu convenable, par d'autres composés des paroles mêmes de la sainte Ëcriltire. En génériit, les membres de la commission se montrèrent préoccupés de la pensée de substituer des pa»sages des liTres saints aux répons plus ou moins heureusemenl composés par des auteurs ecclésiastiques. Celle idée était bonne; car une pensée ccrile sous ia dictée de Dieo est toujours plus féconde pour l'esprit et le cœur qu'une pensée qui ne ïient pas directement d'une source divine.

Les superstitions et les erreurs historiques disparurent ainsi d« livres liturgiques de Paris, qui s'enrichirent en même temps des hymnes et des proses les plus belles que l'on eût encore composées'; ils devinrent ainsi les plus parfaits de l'Église catholique. La critique et la science n'en exclurent point la piété ; jamais les mystères de Jésus-Christ n'avaient été chantés avec plus de magnificence ; les fêtes de la Sainte-Vierge célébrées avec plus de douceur et d'amour ; celles des saints avec plus de pompe et de grandeur.

1^ réforme de la lilui^ie parisienne fut uu événement ; rile servit de hase et de modèle ti celle? qui furent enlreprises dans les autres Églises de France, pendant un demi-siécle.

Quelques particuliers, sans mission, essayèrent une révolution liturgique, au sein de celle réforme. Le cardinal Quignonez avaîl déjà essayé de celte révolulion avec l'approbation du pape Paul ITl- Son Bré^'iairc particulier avait même été publié à Rome ; i son exemple, Poinarl composa un Bréviaire, et son cenvre fut incontestablement meilleure et surlout plus chrétienne que l'ofuvre romaine, qui se ressentait de l'esprit demi-payen de la Renaissance. Les évéques voulaient réformer et non changer radicalement les usages liturgiques de leurs Églises. L'reuvre de Foinard eut moini de succès en France que n'en avait eu b Rome celle de Omgnonez.

Le cardinal de Noailles respecta l'œuvre de Hariai, dans les diverses éditions qu'il donna des livres liturgiques. Son t

I iaiOftote wulMaK les prosM Solâmnlt hae fitUnloi; Biiwani H"^ ri$i Sptma ehritH. LeabjouMi de SuteuM sont i peu près loulei des rb«b-

DE l'bgusb db francs. Sf

Vintimille lui fit subir une modificatioii importante, en donnant au Psautier une nouvelle disposition. Les psaumes furent groupés dans un ordre logique selon les différents jours de la semaine, de sorte qu'à chaque jour fut rattachée une pensée principale, se rapportant soit à une des principales vertus, soit à Pun des mystères du Christianisme. Dans la division nouvelle, chaque prêtre put lire chaque semaine à peu près tout le ps^autier, au lieu de répéter souvent les mêmes psaumes, conrnie dans l'ancien ordre, conservé dans la liturgie romaine.

Vintimille remplaça quelques anciennes hymnes par de nouvelles, composées par Goffin ; et des répons et antiennes de style ecclésiastique par des extraits de la sainte Ecriture parfaitement appropriés aux solennités. Sa réforme ne fut donc qu'un développement de celle de Harlai. La plupart des évéques de France adoptèrent le plan de la nouvelle liturgie parisienne , et dotèrent leurs Églises de livres où la piété n'avait rien perdu, où la science et la critique ne pouvaient plus rien reprendre, où Ton trouvait même des chefs-d'œuvre que le goût le plus difficile était forcé d'admirer^ ; 23 évéques adoptèrent la liturgie parisienne elle-même pour leurs diocèses. Ventimille eut des contradicteurs ponrte ré-

* Nous avons vu s* élever de nos jours des ëcrivams excentriques et fort peu instniits qui se sont donné la mission d*insulter à la réforme liturgique de France et de créer un nouveau droil qu*ils ont appelé liturgique pour nier le pouvoir qu^ont toujours eu les évéques de donner à leurs Églises des liturgies en rapport avec les goûts, les mœurs et les usages des peuplés confiés à leurs soins. Leurs principes, nouvellement inventés, n*ont aucun fondement ; leurs injures à Tadresse de TÉglise gallicane ou des évéques réformateurs de la liturgie, retombent sur eux de tout leur poids. A la tête de ces nouveaux écrivains est M. Tabbé Guéranger, qui a toutes les prétentions d'un chef d*écoIe. Cet ecclésiastique, qui a rétabli l'Ordre de Saint-Benott, moins la science et la gravité des anciens Bénédictins , a fait compiler un gros ouvrage pour transformer en hérésie la réforme liturgique, et en hérétiques les évoques et les écrivains qui y travaillèrent. On n'a probablement pas écrit (f ouvrage plus faux et plus insolent, depuis un siècle, que celui de M. Tabbé Guéranger. Il ne voit partout que des Jansénistes à propos de liturgie, sans réfléchir que le plus grand nombre des évoques réformateurs de la liturgie gallicane furent grands partisans des lettres de cachet» des biUets de confession, des refus de sépulture et des autres persécutions dirigées contre ceux que Ton gratifiait de l'accusation de Jansénisme. Il a rencontré, il est ▼rai, parmi ceux qui travaillèrent à la réforme des livres liturgiques, des écri- Tains auxquels on a fait la réputation de Jansénistes; mais il aurait dû remarquer quHto étaient employés par des év^ues qui, comme Vintimille, méritent peu d'Mr» afiootés de Jansénisme. Il eût pu remarquer euasi que, dalM la

forme du Bréviaire. Il reçut une lettre cl une remontrance^ que l'on regarde comme émanant des Jtisuiles *, et qui furent condamnés par le l'arlement. Un publia trois lettre» en répome aux littelle» " et l'oppusilion fut réduite au silence.

La réforme de la litui^ie romaine s'arrêta au xvi* siècle ; on ne put donc profiter des grands travaux d'érudition ecclésiastique des xvir» et xvm« siècles. Le savant pape Benoil XIV, qui occupait le siège de Rome dans le même temps que Viulimille était arclie»fquc de Paris, comprit la nécessité de faire disparatu-e de l'œuvre de Pie V tous les défauts et les erreurs historiques qu'on y avait laissées en grand nombre. Il travailla à cette réforme, et blâma ouvertement l'usage qui s'était introduit à Rome de supprimer l'onice du temps qui forme comme la base de la titui^ie catholique, par desoflices de saints ou de pure dévolion. Benoit XlV.ne put mener son œuvre à bonne tin. Ses successeurs l'abandonnèrent. On peut donc dire que ce pape, le plus savant peut-être de ceux qui occupèrent le Saint-Siège, est le seul qui ait compris les nécessités île notre temps et les besoins de l'Ëglise, sous le rapport litur|pque.

L'œuvre de Pie V est ainsi restée a^cc ses défauts, auxquels un grand nomt>re d'autros furent ajoutés avec les oftices nouveaux.

tliéologie, la controverse, taules les «cieoces erelesinsiiqiies, la plupart île eeuï qui n'acquirent de la répulalion élnient accusés de jannémsna pu ceux dont il eonlinue si bien les Irnditioni. Devant ces deux considéralionc, un écrivain grave ahandunntrait cette otisurde accusation de Jan^éflisme dirigée contre les nouvelles liturgies, et se croirait obligé de réviser de san?troid le procès qui a été fait si ligèremenl k tant d'Iuimmes qui font la g1ai[« de l'Église. Mais M. Guéraoger n'a san^ doute aucune prétention k la grivité, qui ronviendrail pourlant n liien h celui qui porte un nom qu'bonorèreol les Mabillon, les Ù'.Vcheri et Inr.l d'outrés satanls aussi recommandablrpar leurs vertus que par leur i^rudîlion.

Nous ne pouvons, dans notre ouvrage, réfuter en délait toutes les ermurdcM. Gui^rniiger. Mais c'était un devoir pour nous de protester courre les injures qu'il s'est permises k l'égard de rÉgli'C gallicane, et d'avertir que su principes sont faux, et ses apparences de seienec sans aucuns solidité.

■ La lettre est composée du ]] pages in-j.o, et la remontrance de 12. On n'y trouve que des banalités qui ont défrayé la science de SI. t'ubbé Guério ger. Ces libelles furent condamnés, comme calomnfeui, à élre brilles, par arrêts des S juin et Sa août 1736.

■ On compo» sur cela une clianson sssoz spirituelle intitulée : la snuiblés regrclt des Jésuilei, etc., 12 pages in-I2, 1730.

* Lettre de U. l'abbâ "' à un de ses amis en réponse aux libelka qui oui para contre le nouveau Bréviaire de Pari', iD-t.o. Paris, Pierre Simon, iïX-

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Or, c'est cctle œuvre défectueuse que, de nos jours, on veut rendre obligatoire à toutes les Églises de France^ et, au lieu d'en faire disparaître les fausses légendes et les défauts, des écrivains passionnés et ignorants se sont donné la mission de préconiser ces défauts et de proclamer ces fausses légendes comme autant de monuments historiques incontestables.

Le délire ne pouvait guère aller plus loin. Ce qu'il y a de plus triste, c'est que des évéque se sont rendus les échos des témérités et des principes hérétodoxes de ces écrivains ^

Nous n'avons point à entrer dans le détail de l'établissement des nouvelles liturgies dans les Églises de France. Nous devons cependant mentionner la discussion qui s'éleva entre Bosâuet^ évéque de Troyes, et Langue t, archevêque de Sens, au sujet du missel de Troyes*. Bossuet ayant voulu, comme les autres évéques de France, donner aussi une liturgie à son Église, Languet crut devoir, sur la réclamation de quelques chanoines, intervenir à titre de métropolitain. Gomme il se laissait guider par les Jésuites qui lui composaient ses mandements et ses ouvrages, Languet voyait des Jansénistes en tous ceux qui ne croyaient pas aux révélations de Marie Alacoque '. Bossuet, évéque de Troyes, était un de ceux qui osaient n'y pas croire, aussi Languet se hâta-t-il de publier contre lui trois mandements dans lesquels on retrouve toutes les pauvretés qui ont été rajeunies de nos jours par les admirateurs exclusifs de la liturgie romaine. Seulement on n'y rencontre pas les principes du nouveau droit liturgique qui est de leur invention. Bossuet répondit à tous les reproches de Languet par trois mandements fort solides, et lui

^ Parmi ces évéque?, M. Gousset, archevêque de Reims, M. Parisis, évéque d*Arras, et M. Pallu-Duparc, évéque de Blois, se sont fait particulièrement remarquer.

* F. les mandements de Languet, archevêque de Sens, et de J.-B. Bossuet, évéque de Troyes.

> Languet publia une vie de Marie Alacoque, qui contenait des choses tellement ridicules, que, sur les observations de plusieurs évéques, il fut obligé de la modifier. Ce fut à Taide cette vie que Ton répandit Topinion que la fête du Sacré-Cœur de Jésus avait été établie par suite d*une inspiration divine. Les récits absurdes de Languet rendirent ridicule cette fête aux yeux d*un grand nombre de Catholiques. Si Ton s'était contenté de présenter cette fête comme un hommage rendu ù Tamour de Jésus-Christ pour les hommes, aucun Catholique n*eût réclamé; mais les gens sensés ne pouvaient quos'indfgner de tout ce que Ton avait imaginé sur les communications de Marie Alacoque avec Dieu. On ne pi'Ut évidemment être obligé de croire à l'inspiralion de cette religi(*use.

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