‹ Histoire de l'église de FranceChapitre 57 sur 100 · XII. U · texte numérisé non relu

XII. U

lit comprendre qu'il uvuil, <lans nm dim^èse, le droit de diapoMr les ofQcet el de régler les céréiaoDÎeii et les fétesi. Langue! (^t obUgé de lui recoonatlre ce droit; seuiemeot il prélendit que l'érAquede Troyes en aliuBUl ; ce qui n'était pas aussi clair qu'il le prélôidaiL Comme l'arcfaevéque de Sens avait insiuué que l'uiiilé llturgîqiM était dans l'inlentioii de l'I-'lglise , Bossuel n'eut qu'à le reovojer à l'histoire de toute* les Églises chrétiennes de l'Orient et de l'Occident, qui eurent, dans tous les temps, des liturgies différentes, pour le convaincre que son opinion était nouvelle et erronée. Il en est en eiîel de la liturgie comme de tout ce qui tient à la discipline ecclésiastique ; les principes fondamentaux doivent en être partout '"^ les mêmes ; mais elle doit se diversilier dans les accessoires et dam

^ l'application selon la diversité des mœurs, des usages, des babitudes

(les populations. L'Écriture Sainte et surtout les psaumes, les ouvrages des Pères de l'Église , les histoires véritables des sùntH, forment la base de chaque liturgie; l'arrangement des lectures et le choix des vies des sainte furent abandonnés aux évèques, qui doivent savoir mieux que tous autres ce qui convient au troupeau qui leur est canlié : ou ne peut, sans blesser la vérité, faire coih sisler l'unité de la prière dans l'uniformité d'arrangement des liturgies; encore moins doit-on faire consister dans cette uniformité l'unité de l'Ëglise, et faire autant d'hérésies des modilicatious apportées par des cvéques à cerlaiaes formules liturgiques.

Bossuet, pénétre de cet vérités, battit en brèche les petites chicanes de Lauguet, ou pluldl des Jésuites. Il le confondit surtout P par des ai^umeiits ad kominem, car Languet approuvait lui-nême

le changement de liturgie qui avait eu lieu ù Sens comme dans les autres Eglises. Celait en effet plutôt à Bossuet, qualilié de Janaéoisle, que l'archevêque de Sens voulait s'attaquer, qu'à l'évéqiK de Troyes publiant un missel pour son Eglise. Bossuet se défendit parfaitement sous l'un et l'autre rapport. Seulement, par amour pour la paix, il consentit à revenir sur quelques-unes des rubriques qu'il avait publiées etauxquelles on donnait un mauvai:i sens. On sera moins étonné de la guerre que les Jésuites tirent à 6o»> auet, par l'oigne de Langue!, quand on «aura que, quelques années auparavant, l'cvêque de Troyes les avait obligés â recounattrc publiquement qu'ils l'avaient calomnié. Yoici à quelle occasion :

Bcssuet, ayant entrepris de publier les œuvres posthumes de son oncle, le grand évêque de Meaux, avait commencé par les Élèvatima

DB L'ftOLlSE DB FBANCB. 35

$ur les myUèr99, qui furent publiées, pour la première fois, en 1727. Les Jésuites, qui écrivaient le Journal de TréwmXy osèrent affirmer * que cet ouvrage n'était point de révêque de Meaux, ou du moins quMi était altéré. La raison qu'ils en donnaient, c'est qu'il était «rempli de sentiments que ce savant )prélat avait toujours i^éprouvés comme opposés à des articles esserUielsà la religion; et d'un langage qu'à regardait comme contraire à la pureté de la saine doctrine. »

Le 1^ juillet 1733, l'évéque de Troyes publia une instruction pastorale * pour v venger son honneur de Toutrage des journalistes et l'auteur des Élévations de leurs calomnies, d

Au mois de mars précédent, il avait adressé au Parlement une requête à l'effet d'être autorisé à prouver par devant lui l'authenticité de l'ouvrage intitulé Élévations sw les mystères, etc. Le Parlement fit droit à sa requête, et Bossuet déposa au greffe de ce tribunal le manuscrit original de son oncle sur lequel il avait donné son édition. Ce manuscrit * était écrit entièrement, revu et corrigé par l'évéque de Meaux lui-même. Bossuet de Troyes fit en outre assigner Michel Fichant, prêtre du diocèse de Quimper *; le pro- Tinciai des Jésuites de la province de France; et les supérieurs des trois maisons des Jésuites de Paris, pour être présents à la vérification du manuscrit ejt pour rendre la collation avec l'imprimé plus authentique. Fichant, les Jésuites assignés et les journalistes de Trévoux, se hâtèrent de déclarer qu'ils n'avaient eu l'intention ni de manquer au respect qu'ils devaient à l'évéque de Troyes, ni de 3e rendre juges d'un ouvrage qui portait un nom aussi respectable que celui de l'évéque de Meaux. Ils n'en furent pas moins obligés de se rendre au greffe du Parlement, où ils reconnurent que le manuscrit des Élévations était bien écrit de la main de Bossuet, évéque de Meaux ^ et que l'imprimé était entièrement conforme à l'original.

Ce honteux échec ne fit qu'exciter la colère des Jésuites. Six

* Journal de TréTonx, juin 1731.

* Cette Instruction pastorale forme un volume in-12 de 300 pages. On y a joint les pièces du prooès.

' Ce manuscrit original est aujourd'hui à la bibliothèque impériale. Suppl. franc, n.o 5133.

^ Ce Fichant était un correspondant des Jésuites, et avait attaqué, de concert avec eux, le livre de Bossuet et son authenticité, dans le Journal de Trévoux.

3ti

HISTOlKI

mois après % ils attaquèrent les MédikUtam $ur VÈrangiif: et n*osant en nier rauthentlcité^ ils prétendirent que si ce nouveau livre était de Tévéque de Meaux, il était en contradiction avec luimême, puisqu'on ^ trouvait une doctrine contraire à celle de ses autres ouvrages. Ils poussèrent en avant Lauguet, archevêque de Sens, qui écrivit à Tévêque de Troyes une lettre dans laquelle il prétendait que le grand évêque de Meaux était Quiéliste et Janséniste dans ses Élévations sur ks mystères et les JUédiialions sur rÉnangile. Cette accusation ridicule est une nouvelle preuve que les Jésuites et leurs amis savaient trouver partout du Jansénisme quand ils voulaient. Ils l'ont prouvé plus que suftisamment. C'est la conséquence qu'il faut tirer de leur accusation contre Bossuet.

L'évêque de Troyes n'abandonna pas l'œuvre de son oncle aux attaques des Jésuites. 11 publia une seconde instruction pastorale * dans laquelle il confondit la malveillance des adversaires du grand Bossuet et de la saine doctrine.

Les Jésuites avaient donc plus d'un grief contre l'évêque de Troyes, qui, de plus, portait un nom qui retentissait toujours à leurs oreilles comme un anathème '. Ils cherchèrent à se venger des deux instructions pastorales par un pamphlet intitulé : Dénonciation des erreurs de M. révéque de Troyes, et qui sortit des presses de Timprimeur du Sainl-Ofûce, à Avignon. Le Parlement condamna ce pamphlet au feu ^. Les Jésuites accusaient de Jansénisme les instructions de l'évêque de Troyes. Il n'y avait rien là d'étonnant, puisqu'ils trouvaient cette erreur dans les sublima; ouvrages du grand évêque de Meaux; qu'ils dénonçaient à Rome cent propositions extraites des Essais de morale de Nicole, et qu'ils

* Joaroal de Trévoux de février 1733.

* CeUe seconde Instruction pastorale forme un volume in-12 de prè« de 500 pages.

* L*édition des œuvres posthumes de i*ëvéque de Meaux fut commencée par Bos^iuet de Troyes. L*abbë Pérau avait donné une édition complète de» œuvres imprimées pendant la vie du grand évêque. L*abbé Lequeux et les Bénédictins entreprirent une édition complète des œuvres d« Bossuet éditées et inédites. Elle fut interrompue par la révolution de 1789. Nous avons dit ailleurs comment Tédition bénédictine fut remplacée par celle de Versailles au commencement de ce siècle.

( V, notro publication intitulée : Mémoires et Journal de Tabbé Le Dieu, sur la vie et les ouvrages de J.-B. Bossuet, évêque de Meaux. T. i, notice sur Tabbé Le DieuJ.

^ ArrtU de la cour du Parlement du 2 juillet 1735.

DK l'Église de FRA^CK. Zl

osaient dire que les erreurs étaient si multipliées dans cô dernier ouvrage, qu'ils se lassaient de les extraire *.

Bossuet de Troyes^ en butte à mille contradictions de la part de SCS adversaires^ quitta son évéché quelques années après.

Les appelants perdirent à peu près à la même époque Soanen, évéque de Senez, et Golbert, évéqué de Montpellier. Soanen mourut à la Chaise-Dieu, en 1740, %é de 95 ans. Colberl étai mort deux ans auparavant, à l'âge de 71 ans. « Il édifia, dit le Jésuite Feller *, le diocèse confié à ses soins, travailla à la conversion des hérétiques, et en ramena plusieurs à l'Église. » Nous avons parlé de ses ouvrages. Il publia ea outre le catéchisme^ si connu sous le titre de Catéchisme de Montpellier. 11 laissa un ouvrage posthume contre le P. Le Courrayer. Nous devons faire connaître cet ouvrage elles erreurs qui y étaient réfutées.

' V, le libelle des Jésuites intitulé : Examens des essais de morale et des Insirvciims théologiques de M> Nicole, l ' Feller, v.o Colbert.

Erreurs du P. Le Courraycr, — Kitulation Hé res erreurs par Colberf. ëT^iv de Montpellier. — Le inénie év*que attaquo l«» livres du P, Mmiyer. — C« Usuite est comlamné à aotae arec le P. Bankiia, son canCrAr*. — Les léiuites soutiennent Biirruycr malgrt^ m cotulaninatioD, — Ils apB^nl de mèmei l'égard du P. Pichon. — Erreurs de ce Jcauite. — Sa condannatioa. — Lm Jiauilea propagtnt eoo liTre. — Erreurs de ces religieux sur les rllet ohiDo» coudamnéâ par Bonoll XIV. — Inutilité de celle condamnation. — Bulle tle Benoit SIV contre la franc-maçonnerie. — Alliance de la frane-maçonnene et du philiMopliisme contre l'Église. — rablewi du pbiliwaptiiaBe. tes origt- Des, ses œuïres, ses adeptes, ses tendances. — Bapport CDlrc U doclruie ite» Jésuites et le pliilosophienie. — ap|>osLtion cunslaule de l'école de Port Boyat au philosophisme, — Le clergé el le Parlement tentent de «^opposer au piiloeophlsme. — Lutte conlre le philosopËisme au sein de l'Église. -~ Les savants.

— Les prédicateurs. — Les théolt^iens. — Les pliilosoplies, — Les apologisIe>.

— Les poêles religleui. -r- Fin du pontifleat de Benotl XIV.

Le P. Le Coiirrayer, natif de Rouen, était chanoine régulier de Sainte-Geneviève et bibliothécaire de la maison de ce nom à Paris. En 1723, il publia une Dissertation mr la validité des ordination» anglicanes. Il \ soutenait que les cvêques proteslanU d'Angleterre avaient conservé la véritable forme du sacrement, et que leurs ordinnlions étaient valides. Cet otivrage donna occasion à une vive polémique, à laquelle prirent part surtout le Bénédîclin Gervaise, Le (>uien, de l'ordre de Saint-Dominique, et le jésuite Hardoin. Ils se prononcèrent contre l'opinion de Le Gourrayerqui leur opposa une défense de sa disserlation.

Le^ deux ouvrHg:es du Génovéfain furent condamnés par \'é\&que de Marseille; le cardinal de Noailles qui vivait encore à celle époque ; el par une réunion de vingt évéques ' assemblés chei le cardinal de Bissy (1727). En conséquence de celte décision, un arrêt du conseil du 7 septembre 1727 supprima les livres de Le Gourrajer el les condamna à élre lacérés.

L'auteur y soutenait, uutre l'erreur capitale qui en faisait l'objet, plusieurs autres opinions erronées touchant le sacrifice de la

messe^ îe* sacerdoce, les sacremente, les cérémonies de TÉglise, l'autorité de l^glise et du pape.

Le Courrayer avait contracté des liaisons étroites a\ec plusieurs évé<iae9 anglicans et TUniversité d'Oxfort. Il reçut de oe corps un diplôme de docteur, et bientôt après il passa en Angleterre, où il fut bien reçu de la cour et du clergé. Gomme il avait appelé de la buBe Uniffenitui, i\ crut pouvoir cohipter sur les sympathies du clergé appelant de Hollande, et il alla offrir ses services à Farchevêque Barchman ; mais celui-ci les refusa. La Sorbonne^ qui soutenait alors son appel, se prononça ouvertement contre Le Courrayer, qui fut attaqué en même temps par plusieurs théologiens de Port-Royal, comme Le Gros, Boursier, d'Etmar et plusieurs autres. Les évéquesappelan ts de France ne montrèrent pas plus de sympathie pour Le Courrayer, et ce fut même parmi ces évêques qu'il rencontra le plus savant adversaire, lorsqu'il eut publié, en 1736,' sa traduction de VHistoire du conciU de Trente, de Fra-Paolo, accompagnée de notes*.

Dès que cet ouvrage parut, Colbert, évêque de Montpellier, en écrivit • à Cayhjs d^Auxerre, et il prît dès lors des* engagements pour le réfuter et le censurer. Il mit la dernière main à son ouvrage; mais sa mort, arrivée^en 1738, l'empêcha de le publier. 11 fat imprimé peu après '.

L'auteur, après avoir convaincu Le Courrayer de renouveler le tolérantisrae, prend la défense des dogmes de l'Église, définis par le coDcite de Trente : divinité des livres deutéro-canoniques, autorité de la tradition, nécessité de la grâce,' vérité des sept sacrements, né(;es3ité du baptême pour être sauvé, présence réelle du corps et du sang de Jésus-Christ dans l'Eucharistie, transubstantiation, adoration due à Jésus-Christ dans le sacrement de l'autel, réalité du sacrifice de la messe, nécessité de la confession, pouvoir de l'Église d'accorder des indulgences, sacerdoce fondé sur la réatité du sacrifice, invalidité des mariages clandestins, sainteté du culte public célébré en langue non-vulgaire, primauté du pape de droit divin, infaillibilité de l'Église.

' Le P. Le Courrayer traduisit aussi du latin en (lançais l'Histoire de la^ réformationj par Sleidau, 3 vol. ixi-4.o. ' OEuvres de Colbert, t. m, p. 810.

' Il forme 80 pages in-4.o de petit texte. F. (ouvres de Colbert, t. ii, p. 057

't suiv.

Sui' tous ce& points, (Albert venge l'K^jlise des notes erronées du P. Le Courrayer. Son ouvrage posthume est sans contredit uu dei^ meilleurs qui soient sortis de sa plume. Il répond à bien des accu- Mtions lancées par ses adversaires contre son orthodoxie ; aus» l'évéque d'Auxerre écrivait-il dans une de ses lettres * :

a Qu'il est beau. Monsieur, de voir un prélat à qui on a suscite tant de traverses dans ]e sein de l'Ëgltse catlioliquc, et qui a été accusé par sesfrères et traité d'ennemi, de rebelle, de schismatique, et presque d'hérétique, soutenir avec tant de zèle les intérêts d< celle même Église, et prendre en mains la défense de son autorilé et de sa doctrine ! Qu'il est glùrieux pour ce prélat, au milieu des disputes qui partagent les pasteurs et les enfants de l'Église, de se réunir avec des frères dont il a tant de sujets de se plaindre, pour attaquer avec eux un ennemi commun '. Qu'il est digue d'un é\éque vraiment catholique de donner de telles preuves de son lèlc pour toutes les vérités de la foi et de son atLachement inviolable ii l'unité, et de mourir les armes à la main, en combattant pour l'Ëglise, et en particulier pour les droits du Siège apostolique, malgré les injustes préventions qui l'avaient rendu si odieux à la cour de Rome'..,.* »

Colbertavait montré le même zèle contre le P. lierruyer, jésuite, qui, dans son Histoire du peuple de Dieu, soutenait des erreurs monstrueuses.

Berruyer était né ù Rouen, comme Le (lourrayer '. 11 publia, en 1728, la première partie de son histoire, qui fut réimprimée en 1733. L'année suivante, cet ouvrage fut censuré à Rome, et. peu

< On a imprimé cette lettre à li auile de l'indlructiun paHoralo de Culbcrt.

* Picul, dans ses Mémmrei, s'u^l bien gsrdé de parler de eut ouiTage it l'évoque de Montpellier contre Le Courrayer. Il n'a pas menlioiiDd non plii'> l'opp'isition que lui firent les théologiens de Port-Royal. Il a été ccppailani obligé d'avouer que l'arcbevéque appelant d'Utrecht avait refusé see st^ri-ii^. Cet écrltain voulait se donner le plaisir de Taire porter k J'écoto de Pint- Roffll la responsabilité des erreurs du P. Le Cuurrnyer. Ans» le fait'ii avec une impudeur étrange. Il ose même rapproclier Ici nomade Le UrM et d'Elmare de celui de Le Courrayer, h propos do l'Angleterre, i6d da (tire soupçonner que ces théologiens qui l'ont combattu, pu-lageaient 9M erreurs. Telle est la buime foi babituelle de Picot dans ces mémoires, gui ont forme jusqu'ici comme la base de l'enseigtiemonl de l'histoire ecclcH astique d"iB I» cWiBé, et que nous voyons réimprimés de nos juurs par les soins d'u" vicaire général de Paris.

' Fellef, v.o BerriiTcr, n"U3 a'surc q'j'il hmtoiii niat>ît de J-'t.uil* parir' liienis.

de temps après^ Ck)lbeit publia une savante iiiHliuction pastorale dans laquelle il exposa ainsi les erreurs de l'écrivain jésuite * : (t Corrompre les divines Écritures; substituer à la parole de Dieu les illusions de Tesprit humain; placer l'erreur dans le sanctuaire de la vérité ; avilir la majesté de l'Être suprême ; effacer les grands traits qui servent à le représenter; changer en style de roman la gravité du style des livres saints; corriger les expressions du Saint- Esprit ; les rejeter comme peu propres à instruire, à édifier^ à toucher ; mettre dans la bouche des auteurs sacrés un langage profane ; travestir les patriarches en héros copiés d'après ceux de la fable ; en faire des comédiens dans les actions où l'Écriture nous fait apercevoir les plus grands mystères; ajouter au texte sacré des discours que la pudeur ne peut soutenir; affaiblir et diminuer Tidée des plus grands crimes; faire de l'homicide de soi-même une action héroïque : voilà jusqu'où les excès sont portés dans l'affreux ouvrage que nous sommes obligé de proscrire. ;)

Les écrivains les mieux disposés en faveur de Berruyer sont obligés de convenir que la plupart de ces reproches sont mérités ^. Le P. Berruyer, au lieu de corriger les erreurs de la première partie de son ouvrage, en publia, en 1753, une seconde partie beaucoup plus condamnable encore que la première. Il s'éleva contre ce nouvel ouvrage une réclamation presque universelle; les Jésuites furent effrayés. Le P. Toumemine, et quelques Jésuites, l'attaquèrent, et les supérieurs des trois maisons de Paris en désavouèrent l'impression. On était habitué à ces manières, et on les acceptait pour ce qu'elles valaient.

On eut lieu d'être persuadé de leur importance, lorsque, cinq ans après, fut imprimée la troisième partie plus répréhensible encore que les deux autres Elle contenait un commentaire des Épitres entièrement conforme aux opinions paradoxales et hérétiques du Jésuite Hardoin, ami de Berruyer *. Ces deux écrivains sépa-

* F. cet ouvrage dans les CSuvres de Culbeit, t. ii, p. 571 et suiv. Cette Instruction est composée de près de 100 pages iii-4.<».

' V, Feller, v.o Berruyer ; Picot Siémaires, ann 1753 ; le P. Bertbier dans le Journal de Trévoux, ann. 1701.

* Le P. Hardoin est connu pour ses excentricités scteutifiques. Il soutenait que la plupart des ouvrages de Tantiquité payenne avaient été composés par des moines du moyen-âge. Ses principaux ouvrages sont une eolUction de coneUes qui fut supprimée sur le rapport de plusieurs docteurs de Sorbunne, Qui reprochèrent i Tauteur d*avoir supprimé les pièces opposées à Tultra-

raient letlpmrnt l'humanité de In divinité en JwiM-CMst, 4|H'ih admetlaienl en lui une double personnalité. Oh compreml i c«bbit^n d'piTours donnait lieu un principe aussi ntauvais. Aoniles ouvrapes df Hardoin et de Bemiyer en sont-ils remplis.

Rome, les évfiques de France, la Sorboane, le Parlement luimême se [irononcèrent contre le li*re de Berroycr. Les Jésuites, eUhiyés. nlitinrent de l'auteur quelques actes de soumission, qui n'étaient i'^ iitemment donnés que par nécessité, et dans lesqiMliil K'allarhiijt i Justifier au moins ses intentions. Un des évdqucs qui combailiiiiil a\ec le plus de science les erreurs de Bermyer, est Fitz-James, évéque de Soissons. Sous le titre A'ktstnustion pa$loraie, il publia un ouvrage fort étendu et plein de science, dans le quel il rériitait les erreurs qui furent ensuite ceosuréee solennellement p:ir la yorbonne'.

On rorLi;ii'qae que, malgré les condam nations dont les deux prfrmicrcK {i^riiei du livre de Berruyer furent frappées, les Jésuites travaillèrent à les répandre, après les a*oir désavouées pour li forme. Il paraissait étonnant qu'un simple religieiu, sous la dépendance absolue de ses supérieurs, pAl composer, sous les yeui de ces sup<>rieurs, et faire imprimer un ouvrage aussi considéraUe. s'il n'avait \iàS été encouragé par eux. Personne ne se Iron^ donc sur les dispositions des Jésuites. Aussi, lorsqu'au commeDceratat de son pontilicat, Clément XIII condamna la troisième partie àt l'ouvrap' ili- Berruyer, il put dire avec vérité : que la meture ài jranrfrt/i' ,i\ait été comblée,

Aprèr' Il morl de Berruyer, les Jésuites publièrent smK/VftBWM mr lu foi, dans lesquelles on retrouve les erreurs de son Hittùrr

le pour las KtniibceT pu d'aubes pièoM fatUts : wt anwMUfw dK nouvfa'i-Tealamaii dsos lequel le P. BeiTujw pui» lies erroura; plusieurs ijulT' iiitTagea d'érudition.

L^ l>. Il :mi[i fut dief d'écule chu le» Jésuites, cl le P. Bernifer fal >on priiiciiiil 4, {lia, selon Feller, v.» Uenloin.

Piciii 'ji,: .111 invariablentenl et sans se préoccuper ,d«e pMU*es, ks biu i|uiue lui t. :i viennent pas, prétend que ce parti n'-exialt pM cImi ImMmît«e. t'. s."' MiMnret, uin. 1153, et k l'artida Merrm^.

1 l.a et ii~iirr de U Sorbonne porte contre les deui pwBitères paHiM Mslenicat. Elle l\il publiée en 17Si et en 17U. Li obuU dea JéuilM aniU vUe

Picot tilTprle 4e Teiiiar<]uar que l'Instilullon pnstorala de Fiti-JaMW tt compoiiëe de 7 vohimn tnUtmMt. Il t'atiribne I Goiiriin, IhMogwn ^f»but. iju'il dit BToir aussi travaillé pont l'archerlqu» de Tours. Pewquoi Pi-

Dl L EOLIiB DB VEANGI. 43

(tupeuple de Dieu. L'auteur aTait adressé œt oairrage à rarchâvâc|ue de Paris ^ qui, dévoué ou^ mesure aux Jésuites, ne flétrit pas cetta production, qui paraissait cependant presque sous son pateonage.

De Montazet, archevêque de Lyon % et Tévèque d'Alais, mon-» trèrent plus de zèle et prouvèrent que récrivain jésuite, en aoun tenant les erreurs des Siaibeiliens, des Âri^is, des Pébgien^ et dca Sooiniens, sapait le christianisme par sa base.

Un autre Jésuite, le P. Pichon, soutenaîl dans fe mâne tempa une doctrine non moins répréhensîMe que Ben*uyer et HardoÎB. Il avait pubHé, en 1745, un ouvrage intitulé : VEiprii de Jéua^ Chriêt et de V Eglise sur la fréquenie Cùvnmunian, Il avait évî-« demment Fintention de réfuter dans ce livre celui d'Arnauid su» le même sujet '. Il parut revêtu de rapprobatioa d'un praviocJAl et de trois thécdogiens de la société. Marcilly, docteur de Sorbonae> dévoué aux Jésuites, en avait été le censeur, et il osait dire dans San approbation que l'écrit de Jésus-CbriiSt s'était communiqué à railleur \ Le journal de Trévoux ^ rédigé par les Jésuites les plu9i arthodoxesy comme les Pères Touirnemine et Bertbiei*, fit de Vou- ^^e du P. PichoA un éloge des plus flatteui^, et le présenta comme «. le résultat d'une bonne et longue pratiqpie, souteJiue à!nxm théorie étendue et d'une science de Ui religion bien solide. »

coi, si aévèie conlre les évéques qui n*almaient pas les Jésuites, ne dit-U pas que U plupart des écrits publiés par Lauguet, archevêque de Sens; Belzuoce, évéque de Marseille, et par tant d^autres, y compris le carâmal d« Bissy liiiiQème« ékaient composés par les Jésuiles? On Q^peut en 4puter cependant, et oertainement il le ^vait. Nouvelle preuve de Timpartialité de cet écrivain, qui déguise mal ses sympathies pour nemiyer, tout en avouant ses erreurs. Si les instrucUoDs pastorales de Rastignac, de Bezons, de Fitz-4fime8 ont moins de portée parce qu'elles furent composées, par le P. Mbpiçda ou G^rlia t celles de Lang;uet et autres, composées par les Jésuite, en o^t-elles dj^vantage? (V. Picot, ann. 1648, 1053 et passim.)

^ De Beaumont, successeur de Yintimille. Cet archevêque laissa paisiblement le P. Berruyar exercer le ministère ecclésiastique malgré ses hévésies manifestes.

* Son Institution pastorale est de 1763; celle de Tévéque d*Alais de 1764.

' Nous avons rapporté (T. x de cette Histoire), tout ce que les J^Buit^s ont fait pour obtenir de Rome la condamnation d'Àroauld ; ib n'ont jamais pu Tobtenir, malgré leur influence. On peut voir par le livre du P. Pichop, la doctrine qu'ils voulaient substituer à celle d*Arnauld.

^ L*Esprit de Jésus-Christ et de TÉglise sur la fréquente communion, i]H2, édit. de 1645.

* Journal de Trévoux, octobre 1745, art. 87.

44 HIDTOIRI

Le P. Pichon fait consister la saiulelé daiu l'exemption du péché mortel, et ne demande que cette dispositioa pour communier tous les jours. Lorsqu'on est coupable de péchés morteU, il faut ee hâter de s'en confesser afin de ne pas manquer à la cotamunion ' ; la participation à l'Eucliaristie tient lieu de péaitence, et est, pour le plue grand nombre, l'unique moyen * de salul. '1 Car, dit-il ', il en est de l'Euchariflie comme du haptéme, qui agit sur les enfants, et donne la grâce sans aucune autre disposition.» Pour communier, les pécheurs n'ont pas besoin de s'astreindre à des délais, à des épreuves; les confesseurs, pour les absoudre, pe doivent pas attendre qu'ils ue soient plus sujets à retomber. A force de communier, ils se corrigeront et se sanctitieront '.

Citons encore quelques passages de ce détestable livre, pour en inspirer l'horreur à tout ^Tai chrétien : parlant de la communion comme moyen de Ralut, l'auteur dit' :

« Comparons-le aux autres moyens que nous trouvons marqués dans l'Ëvangile ; auquel vous déterminerez-vous 1 Est-ce à une prière ; à un jeûne continuel ; à la distribution de votre bien aux pauvres; aux exercices les phm humbles de la charité, dans les prisons, dans les hôpitaux ; à la pratique d'une pureté virginale? Chanm de ces moyens alarme l 'amour-propre, effraie les ?eD% désespère une faible volonté comme la nôtre; mais, communier souvent, est une voie plus aisée, n

Ainsi, la communion fréquente remplace la pratique des vertus esseutielles et fondamentales du christianisme.

M Le seul moyen de salut, continiie-t-il, qui reste a la plupart: le seul proportionné h leur faiblesse et à leur tempérament, c'est la communion fréquente. »

Selon le P. Picbon, la communion e&l la pénitence ta plus parfaite, S'étant demandé si un confesseur pouvait donner pour pénitence la communion fréquente , il répond affirma tivemeal. a Lorsqu'un pénitent, dit-il ', est assez heureux pour trouver un

' L'E^t de Jésus-Chniii, eic, p. SDH.

' L'Etprit da Jësua-Clirisl, etc., p. 36».

* INd; p. 355.

* Ibid.. p. 330, 331.

* Ibid., p. 360.

* IbU., p. 397.

DC L KttLISB DE FRANCK.

directeur qui lui impose une telle pénitence^ il est sûr de triompher bientôt de lui-même^ du monde et de Tenfer. »

il suit de là que la satisfaction, partie essentielle du sacrement de pénitence^ est complètement inutile, aux yeux du P. Plchon, puisque sans elle, on est si bien disposé, que l'on doit communier chaque jour.

Lorsque le livre du P. Pichon eut été publié, Tauteur des Nouvelles ecclésiastiques fut le premier à jeter le cri d'alarme ^ et il en donna une analyse exacte qui éveilla Tattention. Les Jésuites prévirent le scandale que ce livre allait donner. Us se hâtèrent de le désavouer soit par eux-mêmes, soit par Tentremise de quelques évéques qu'on leur savait dévoués. Languet, archevêque de Sens publia, en juin 1747, des remarques pour relever les erreurs de Pichon ; de Brancas, archevêque d'Aix, déclara quelques jourh après, dans un mandement, qu'il n'approuvait point ce livre -. Pichon se hâta lui-même de désavouer son ouvrage dans une lettre à l'archevêque de Paris. On remarqua qu'il s'exprimait, dans cette lettre, en termes vagues ; qu'il ne renonçait à aucune de ses erreurs en particulier ; que son livre était répandu par les Jésuites comme avant le désaveu. L'évêque de Saint-Pons s'en plaignit très vivement dans son instruction pastorale : a Ce n'est point, dit-il ', la morale relâchée que Ton décrie dans la chaire de vérité, c'est la rétractation elle-même. On se reproche sa complaisance; on

* iNouvelles «cclésiasUques, août il\ù ; février 1747.

* Après avoir rapporté ces deux censures, Picot «joule : « Bientôt les ennemis de la société, avertis des fautes do Vauteur, lurent et épluchèrent son ouvrage. »

il suffit de rapprocher les dates pour voir ceux qui signalèrent les prenûers le mauvais livre de Pichon.

On trouve à chaque page des mémoires de Picot de ces fausses appréciations, sans compter dUnnombrablcs erreurs.

' Instruction pastorale de Tévéque de Saint-Pons. Cet évéque était très zélé contre les appelants. Picot s*est bien gardé d« citer son mandement. Il tenait à dire que Pichou n*avait été attaqué vivement que par des Jansénistes. Pour arriver à ce résultat, il prétend que Rastignac, archevêque de Tours, fit rédiger son mandement par le Janséniste Gourlin ; les évèques de Carcassnnne et de Soissons par le P. de Laborde, aussi Janséniste. Les mandements de ces <^véqDes, et celui de Caylus d*Àuxerre, seraient seuls sans modération, diaprés Picot. Un fait certain, c*est que celui de Tévèque de Saint-Pons, est beaucoup plus vif que ceux que blâme indiscrètement Picot, et que cependant il ne dépasse pas les bornes. Cet écrivain n*avait sans doute lu aucun des mandements dont il parle. Il n^explique pas non plus comment des évOques anli- Jitniénisl^H firent rp*iiger Ipwr» In*trueliops par Gourlin tt le P. de Laborde.

proteste toul bas contre la prétendue viiJence; l'onvrafe r r^im'' prime; on ctierche h se fortiRer par des suffrt^ qu'on n^tpose ou qu'on mendie ; on répuitd ce livre avec une nouvelle forewr, •

L'évéque de Saint-Pons ne Tait pas difficulté de dire que h doctrine de Pichon lui a fait hormr et l'a (errmtié. Il )a flétrit avec indignation, aussi bien que les manœuvres des Jésuites qui, «o désavouant ce livre pubHquement, le favorigaienl en secret.

Les Jésuites prouvèrenl bien qu'ils avaient de vives sympathies pour la doctrine du P. Pichon, par la guerre qu'ils tirent à Rastignac, archevêque de Toars. Ce prélat avait «pposé, au livre de Kchon, une Instruction pastorale sw la jostice chrétienne. Il y ciposait' avec heaucop de science, les dispositions nécessaires pour arriver Ji la justice chrétienne; les caractères et les marque» de l'ette justice ; les moyens de la conserver et de l'accroître par l'nsage saint et éclairé de l'Eucharistie. Celle Instruction pastorale f^t le point de mire de mille pamphlets insultants de la part des Jésuites; el le cardinal de Rohan, leur ami, se posant en soutien de l'orthodoxie, osa envoyer à l'archevêque de Tours un projet d'explications qu'il devait donner è son Instruction. Rastignac répondît à Itohan qu'il n'accepterait jamais le code des Jésuites ; i]u'il saurait se soumettre, s'il était condamné; mais qu'il se défendrait, ea attendant, avec courage. Il n'eut pas besoin de se soumettre ; car les Jésuites, malgré leur influence et leurs intrigues, ne purent faire condamner son Instruction à Rome '.

Plus de vingt évoques publièrent des mandements contre Pichon. Tous s'expriment à peu près de la même manière, et adressent à ce Jésuite les mêmes reproches. Plusieurs, comme celui de Saiut- Pons, dont nous avons cité les paroles, incriminèrent tmutemenl toute la société des Jésuites cfmme infectée des mêmes erreun. Ceux qui ne le dirent pas le pensaient; et, malgré les dénégations de ces religieux, accompagnées toujours de restrictions mentales, on savait qu'ils favorisaient la propagation du livre si légitimement condamné. Il faudrait, du reste, être aveugle pom? ne pas voir, dans l'histoire, l'obstination continuelle avec laquelle tes Jésuites ont soutenu leurs opinions erronées, même après les con-

< Instructfan prot. de Rasiigtiac. areh. de Tours, contre Pi^oa.

* Picot dit treo atTeclatioii que Rutlgaac publia piwimrt ierils ooDtn Kelion. Il ne dit pas que ces éciiU farcnl prnvoqiiAa par les libellN des Itmr tn. Toujours I* même bonne toi

Di l'bmjm oi fmanci. 47

ènnaimHi des ptpeè. Us ikrent surtoui paraître cetle obstiH&tiôki <iMi8 Taffam des eérémoiiks ctiînoises.

Ces cérémonies idolâtriques avaieot été coadamnées par la plufNui des évéqaes didst les Jésuites de Chine devaient respecte^ la juridiction; k oaràinal de Tournon, délégué du Saint-Siège^ les avait solennellement condamnées dans un mandement qui fut appivuvé par Clément XI, fet qui dut faire loi. Les Jésuites provoquèrent ie martyre du eardloal de Tonmon, et sotttinrent leurs «rrenrs oonne auparavant. Les papes et ta congrégation de la propagande avaient frappé l'opinion des Jésuites d'une foule de censures, et, eo 1742, tous ces religieux ne la soutenaient pas moins ouvertement, lorsque Benoit XIV la condamna de nouveau par la bulle solennelle Exquo sinfularù 11 y rappela les condamnations aniérienres^ dont la première remontait à pr^ d'un siècle, c'est-^-dire i Wi&, Deux ans après, le là septembre 1744, Benoit XIV donna la biMe OtMiàAm iottmiudînum contre les rites malabares, dont les Jésuites voulaient faire, comme des rites chinois, un mélange idolàtrique avec le culte chrétien.

il semble étonnant, au premier abord, de voir, après un sièdft d'examens, de discussions et de condamnations renouvelées par les actes les plus authentiques et les plus solennels, les papes échouer contre les Jésuites; car enfin ces religieux se posent en prêtres attac^s au pape par un veeu solennel d'obéissance absolve, et ils soutiennent qu'il est dans l'Églne un monarque absolu, dont les actes, même ccmtraires aux canons, doivent être respectés comme ceux de Dieu. Malgré cette doctrine et ces vœux, les Jésuites résistèrent toujours aux papes qui ne leur ftirent pas faVombles, et qui n'adoptèrent pas leurs systèmes. Ils soutenaient Tul^ tmmontanidme le plus exagéré en Europe, au xvni.^ siècle, contre recelé de Port-Royal ; donnaient aux bulles qu'ils avaient provoquées contre elle une extension qu'elles n'avaient pas par ellesmémes; et, dans le même temps, ils opposaient aux bulles tami solennelles et plus claires qui les avaient frappés, une résistance plus opiniâtre que celle qu'ils reprochaient si vivement à leurs adversaires. En efiet, ceux qu'ils appdaient Janê^ites rejetaient, au moins pour ht plupart, la doctrine des cinq propositions ; ils se soumettaient aux bulles, en tant qu'elles condamnaient une mauvaise doctrine; seulement, ils ne croyaient devoir au Saint-Siège qu'une simple soumission de respect et de discipline, dans les dé^ lisions de fait où l'on n'avait jamais attribué à l'Église elle-même

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rinfaillibilité. Les Jésuites inventèrent un nouveau système four atteindre leurs adversaires dans ces derniers retrancbements, afin d'en faire des hérétiqnes malgré eux ; et^ dans le môme temps, ils méprisaient et les bulles des papes^ et les mandements des évéques qui condamnaient leurs erreurs monstrueuses et leurs hérésies formelles. Ce simple rapprochement en dit assez.

La condamnation portée par Bienoit XIV contre l'opinion des Jésuites, touchant les rites chinois et malabares, fut aussi inutile que celles qui l'avaient précédée. Les Jésuites ont toujours prétendu échapper à ces bulles par la distinction du fait et du droit, qu'ils ont tant reprochée à l'école de Port-Royal, et qui portait (Cependant, de sa part, sur une question beaucoup moins importante. Les papes, à leur avis, n'étaient pas bien informés de leur doctrine et des faits sur lesquels elle était appuyée ; quoique, à vrai dire, la cour de Rome n'ait jamais employé tant de précautions sur aucune question. Les amis des Jésuites les ont imités dans leur résistance au Saint-Siège '. Ce qui prouverait qu'ils ne sont, pour l'obéissance absolue à l'égard des papes, que dans les cas où les papes veulent imposer à l'Église les systèmes de leur Société.

Benoît XIV était trop profondément instruit des erreurs des Jésuites pour les tolérer pi us long-temps. Il commença, par leur condamnation solennelle, l'œuvTc qu'accomplit Clément XIV en supprimant leur société. Benoit irvait la science, et Clément l'énergie. En les condamnant, malgré sa douceur et l'influence qu'il leur laissait encore à Rome, le bon et savant Lambertini prouva au monde catholique qu'il les connaissait bien. Lorsque Ganganelli fut élu pape, il crut que le moment était arrivé de débarrasser le Saint-Siège de ses dangereux janissaires, et il tenta ce grand coup qui avait été préparé, surtout par Benoit XIV, et que les excès des Jésuites avaient rendu nécessaire.

Benoît XIV, qui avait aperçu le danger que les Jésuites faisaient courir à l'Église, avait aussi porté les yeux sur la franc-maçonne-

^ De nos jours, M. Tabbé Rhorbaober, écrÎTain ultramontain, s*est prononcé en faveur des Jésuites contre le Saint-Siège, sur la question dea rilfs chinois, dans sa compilation intitulée : Histoire universelle de CÉgHae caUto- Ifque. Picot (ann. 17fâ), apr^ avoir passé rapidement sur la qua«tion el dissimulé TopiniAtreté des Jésuites, affirme que Benoit XTV termina la controverse. Il Vf ut bien avouer, cependant, que VobservatUm de re jugement solennel fouffnt encore quelqws difflailtés.

I>E LhiilAhK IIK Klt.iNt.^. i<|

rie, quiy depuis quelques années^ prenait ea France d énormes proportions.

Nous n'irons point chercher l'origine de la société secrète de la franc-maçonnericy chez le peuple juif^ à Tépoque de la construction du temple de Salomon^ et nous ne lui bâtirons point une histoire de fantaisie pour en constater l'existence à travers les siècles. II y eut, dans l'antiquité comme au moyen-^e et de nos joun, des sociétés établies dans le but de détruire les institutions sociales qui ne s'accordaient pas avec les idées et les projets de ceux qui rêvaient uu ordre de choses différent de celui qui existait. Ces sociétés, par la nature même de leurs projets, devaient s'ensevelir <iaDs le plus profond secret; de là les rites et le langage mystérieux dont elles se servaient; les téuèbres dans lesquelles les chefs ^'ensevelissaient même à l'égard de la foule des adeptes, trop peu wlides pour être initiés dans les plus profonds secrets.

La fiânc-maçoimerie moderne prit naissance en Angleterre, et b première loge fut établie en France vers 1725 par lonl Der\'ent- Water. La société prit de rapides accroissements. Plusieurs seigneurs français furent initiés, et, en 1738, le duc d'Antin fut nommé grand-maître. Trois ans après (1741), le comte de Clermont, prince du sang, fut revêtu de cette dignité. A dater de cette époque, les loges se multiplièrent, et la franc-maçonnerie acquit beaucoup d'iniportauce, par le nombre et la qualité des membres qui en firent partie.

On ne peut douter que, parmi les projets dont cette association poursuivait la réalisation, ne fût la destruction de l'étcit politique du clergé. On sait que, au \vm.^ siècle, le clergé était, par le rang comme par la fortune, le premier corps de TÉtat. La noblesse était jalouse de ses prérogatives ; aussi voit-on un grand nombre de nobles se faire initier à l'association nouvelle. A la même époque, le philosophisme, qui, comme la franc-maçonnerie, était né en Angleterre, faisait à la doctrine catholique la guerre la plus active. H trouva dans la noblesse de nombreux adeptes, grâce à la jalousie que cette classe de la société avait, en général, conçue contre le clergé. Les nobles, sophistes et franc-maçons, enveloppèrent bientôt dans une même proscription le clergé et la religion ellemême; c'est ainsi que la franc-maçonneriè et le philosophisme se rencontrèrent dans le même but : celui d'écraser l'Église et de remplacer la révélation par le déisme ou le matérialisme.

En méiue ttMups que la franc-maçonnerie poursuivait son «um i

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