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vre au moyen de ses affiliatioDs soaterraines, et de ses secrètes prédîcations^ le philosophisme se montrait au grand jour, et, dam une foule de livres de toute nature, attaquait le clei^, UÉglise et les principes fondamentaux de la révélation.
Nous avons dit que le philosophisme, comme la franc-maçunnerie, avait pris naissance en Angleterre. Voltaire l'étudia, en efiet, dans les livres des Toland S* des Woolston, des Collins, des Tindal, des Morgan, des Chubb, des Bolingbroke, avant de le fonder en France.
Voltaire, que Fon considère avec raison comme le chef dtl philosophisme, se nommait tout simplement Arouet, et était fils de François Arouet, d'abord notaire au Ghfttelet, puis trésorier de la chambre des comptes, il échangea plus tard le nom que lui avait légué son père, contre celui de V^oltaire, qui sonnait mieux à son oreille aristocratique, et qui avait l'avantage de cacher son origine, qu'il trouvait trop peu distinguée. II naquit* à Chàtenay, près de Sceaux, le àO février 1694. Neuf mois après, il fut baptisé à la paroisse Saint-André-des-^Arcs, à Paris. L'abbé de Châteauneuf fut son parrain. Cet abbé était un homme immorid, qui jeta dans l'esprit de Voltaire les premières semences de l'impiété. Il lui
« Toland composa VAdéiUdemon ou les Origines judaïques ; le ChrU- Hanisme sans myOères ; le Nazaréen, ou le Christianisme Judaïque, paten et mahométan; la Destinée de Borne; le Panthëisticon, ou formule pout une société socratique ; le Tétradffnuss^ dissertation contre divers points d'histoire ou de doctrine. «
Woolston est surtout connu par le livre intitulé : Ancienne apoUtgU de kl religion contre les juifs et les chrétiens, renouvelée. H y entend lotfle rEcriture sainte dans un sens purement allégorique.
Collins est célèbre par ses Discours sur les fondewsenU de la reOgion chrétienne; Tindal, par son Christianisme aussi ancien que le monde; Morgan par son Philosophe moral; Chubb, par plusieurs écrits impies dont le plus hardi est V Adieu à ses lecteurs,
Bolingbroke fit nn grand nombre d*ouvniges ; les ijcitres sur Vifude (Êe Chistoire; les LeUres au pape sur la reê^ien H la pMloeophie, sont bs plus célèbres.
L'Angleterre fournit à la religion de savants apologistes : Lardoer, Leland, dheriock, Clarke, Hallet, West, Warbulon et bien d'autres, opposèrent au philosophisme des ouvrages fort savants et très logi<{ues.
* y. Vie de Voltaire, par Paillet de Warcy, ou par Lepan. Le premier de ces historiens &it remarquer que le nom de Voltaire n'est que Tanagramne de son nom Arouet, auquel il ajoutait, en signant, les deux lettrt^s L. J. (le jeune), pour se distinguer de son f^re aîné. Vu se mettait olor:; pour le r •t le / pour Vi.
# DE l'ÉGIJM im FilA?iCB. 51
mdtifra à lire ditns la MtÀ'êèuie, et, à tirois atis^ VoUaife savait par pœur ce morceau de poésie, le plus impîe qni fût aloi*s.
En 1704, Voltaire, âgé de dix ans, entra au collège Louî^le- Orand, dirigé par les Jésuites. On remarqua bientôt en hii des dispoMtions extraordinaires pour la poésie. L'abbé de Ghâteauneut' en parla à la fameuse courtisane Ninon de Lenclos, qui \onltit voir Je polir prodige, et lui légua, par testament, deux mille francs pmir acheter des livres.
Introduit dans le monde sous de tels auspices, Vo!!a?re s'eb montra digne par une xîe d^avenlures immorales et de pamphlets, clans lesquels il ne respettait personne. Apfrès avoir épuisé tous les moyens de correction^ son père le chassa de cher. lui. En 1T16, on lui attribua une satire grosMère contre Lwiis XIV, ef il fut enfermé à la Bastille. Ce fut en sortant de prison qu'il changea de nom. Il se rendit dès lors célèbre par des ouvrages qui le placèrent, sans contredit, à la léte de tous tes poêles de son temps, et sur la même ligne que Corneille et ftacine. En 1726, il passa en Angleterre, où il connnt les ^iflcipaux chefs du philoSophismé. Depuis ce royage, « il se sentit, dit Condorcel \ appelé à détruire les préjugés de toute espèce dont son pays était l'esclave ; il sentit la possibilité d'y réussir par un mélange heureux d'audace et de souplesse, en sachant tantôt céder au temps, tantôt en protîler ou les faire naître, en se servant tour à tour, avec adresse, du raisonnement, de la plaisanterie, du charme des vers ou des effete du théâtre ; en i^endant enfin la raison assez simple pour devehir populaire, assez aimable pour ne pas effrayer la frivolité, assez piquante pour être à la mode. Ce grand projet enflamma Fàme de Voltaire, échauffa son courage. Il jura d'y consacrer sa vie, et il a tenu parole. Sa tragédie de Brutus fut le premier fruit de soà voyage en Angleterre, n
A dater de celle épo^e. Voltaire répandit dans toutes ses œuvres des principes qui n'allaient à rien moins qu'à substituer la raison humaine à la révélation de Dieu. Génie varié et facile, il essaya de tous les genres ; et s'il ne fut réellement au premier rang qu'en poésie, il traita tous les sujets avec une facilité et ut\ esprit qui firent oublier la faiblesse des aperçus et des raisonnements. A Toccasion de la mort de la tragédienne Le Couvreur, 'A ^'éleva dans un pamphlet contre les préjugés qui avaient empêché
' Vie de Voltaire, pût CondorCet.
5^ HISTOItK
de Hnliumer a\cc les pompes il'une religion dont elle ne s'était pas souciée pendant sa vie. Après ce pamphlet, il fut obligé de s'absenter quelque temps, il profita de sa retraite pour faire imprimer les Lettres philosophiquf » qu'il a fondues depuis, sou» divers litres, dans son Dictionnaire philosophique. C'est le premier ouvrn^^e de philosophie qu'il ait puUié. Il y effleure tout : la théologie, la métaphysique, Fhistoire, la Hltérature, les sciences, les mœurs. Il s'y montre déjà avec son style léger, son ton décidé et frondeur, ses épigrammes acérées, son esprit facétieux. Il s'attaqua à tout, même à Pascal, et lui voua une espèce de haine; il comprenait sans doute que les pensées profondes de ce religieux génie étaient un des remparts les plus forts de la religion qu'il voulait détruire. Il ne tint pas à lui que l'on ne crût que Pascal avait la tête peu solide. Personne n'ajouta foi à la parole de Voltaire^ que des adeptes aveugles et des Jésuites ^ Les Lettres philosophiques furent condamnées par le Parlement, et, pendant plusieurs années^ Voltaire sembla s'appliquer à effacer Timpressioo qu'elles avaient causée dans le public. Il brûlait du désir d'entrer à l'Académie française, et il craignait que sa réputation d'impiété ne lui en fermât l'entrée. 11 s'abaissa jusqu'à l'hypocrisie, cajola Boyer, ancien évêque de Mirepoix et précepteur du Dauphin^ Ht le bon Catholique dans sa Lettre à un Académicien, et dans celle qu'il adressa au P. de La Tour, Jésuite. La protection de Tune des maîtresses du roi, jointe à son hypocrisie, lui ouvrit enfin les portes de l'Académie, qu'il eût certainement honorée, s'il eût fait de ses talents extraordinaires un plus digne usage. Peu après son admission à l'Académie, il publia Zadig,
« Je serais très fûché, écrivait-il alors à d'Argental *, de passer pour l'auteur de Zadig y qu'on veut décrier par les interprétations les plus odieuses, et qu'on ose accuser de contenir des dogmes téméraires contre notre sainte religion. Qiftlle apparence! » Telle était la manière ironique et légère dont Voltaire parlait du christianisme avec ses confidents, parmi lesquels était Frédéric, alors prince royal de Prusse. En 1750, Voltaire, désigné comme Tauleur d'un pamphlet contre le clençé intitulé la Voix du sage et du peu-
* V. le Dictionnaire liistoiiiiLC du Jésuite, Fellcr, v.o Poscal. Cet écrivain s*appuie beaucoup surlespliilosophesdu wiii." siècle contre Port-Boral, dans un grand nombre d'article^ de sa compilotion dite lustorique.
* Letlrt» du 10 octob, 1758.
DE L EGLIse DE FMANCE. ol
/)/e, se relira auprès de son ami Frédéric. Il y trouva d'Aiyons, La Metlrie et Toussaint, qui formaient comme une cour phiJoso^ pliique au prince incrédule. ïl y fut admis avec crapressemenl. « Jamais, dit-il lui-même dans ses Mémoires, on ne parla dans aucun lieu du monde avec tant de liberté de toutes les superstitions des hommes, et jamais elles ne furent traitées avec plus de plaismlerie et de mépris. »
D'Argens s'était fait une certaine réputation par ses Lettres juives, ses Lettres chinoises, ses Lettres cabalistiques, et la Philosophie du bon sens. Dans ces ouvrages, il s^attaque directement ù la religion, et s'applique à exciter le mépris et la haine du clergé. Cependant, il ne s'y montre point athée. La Mettrie, qui faisait œmme lui partie de la cour de Frédéric, afiectait au contraire l'athéisme et le matérialisme le plus dégoûtant. L'Histoire naturelle deràme^ connue aussi sous le tîlre de Traité de Pâme; le Sys^ tme d'Èpicure^ YHomme machine, VHomme plante, sotit écrils «lans le but de prou\er que Thomme n'est qu'un animal qui a poussé fortuitement comme un champignon, et qui n'a pas plus d'avenir éternel que cette plante. La Mettrie, selon Voltaiic, était un fou qui n écrivait que dans l'ivresse. Il n'en fut pas moins son commensal chez Frédéric. Toussaint, qu'il trouva aussi en Prusse, avait fait un livre intitulé Les Mceurs, Il s'était proposé de tracer dans cet ouvrage un plan de morale naturelle, indépendant de toute croyance religieuse et de tout culte extérieur. Il y comptait, en conséquence, la révélation et les preuves sur lesquelles t'IIe est appuyée. Tous les cultes y étaient présentés comme indifférents, et le culte catholique, en particulier, tourné en ridicule. Toussaint essaya de justifier son li\Te dans ses Eclaircissements ««r les mœurs; mais il est certain qu'on ne peut y voir que l'œu- \Te d'un déiste ; il alliait avec ces erreui*s certaines pratiques religieuses, ce qui faisait dire de lui que c'était un Déiste dévot,
Frédéric avait encore accueilli à sa cour Maupertuis, et l'avait ^ait président de l'Académie de Berlin. C'était un savant distingué. ^s œuvres ne sont pas irréprochables, et il émet parfois des opinions peu favorables à la révélation. Il ne faudrait pas le confondre cependant avec ceux qui attaquaient la religion de parti pris. H la respectait, au contraire, et il rendit pleine justice h l'É^ angile dans son Essai de philosophie morale. Voltaire tourna en ridicule ce savant dans sa Diatribe du docteur Akakia. Nous n'avons point « nous étendre sur leui's discussions.
•14 HISTOtlE
Lns philosophes dr la cour de Frédéric appartenaient, comme on le \oit, à la France, qui en possédait, à cette époque, une foule, dont le but avoué était de renverser le christianisme. Nous ferons connaître seulement les plus célèbres.
Le baron d'Holbach, quoique né dans le Palatinat, appartient réellement à la France; car il se fixa de bonne heure à Paris, et il écrivit en français. Il enfanta un nombre prodigieux d'ouvrages contre la religion, ou plutôt il les publia. Comme il était riche, sa maison était le rendez-vous d'un grand nombre d'écrivains sans réputation, qui lui offraient leurs écrits. D'Uolbarh les faisait imprimer, et ses amis cherchaient à l'en faire passer pour auteur. Parmi les ouvrages qui sortirent de Thôtel du baron d Holbach, on cite particulièrement : V Esprit du clergé; de f Imposture sacerdotale ; la Contagion sacrée ; Examens critiques d^s prophétie; Lettres à Eugénie ; Lettres philosophiques sur F origine des préjugés; les Prêtres démasqués; la Théologie portative; Examen critique de la vie et des ouvrages de saint Paul; Histoire critique de Jésus-Christ; Système de la nature; le bon Sens delà nature humaine; le Système social^ etc. Parmi les parasites du baron d'Holbach, étaient Dumarsais, auquel on attribue VEsxal sur les préjugés; Boulanger, qui passa pour auteur de V Antiquité dévoilée; l'abbé Hayaal, auteur de Vnistoire philosophique el politique du commerce et des établissements des européens dan$ les dieux Indes.
Cet ouvrage se distingue ie la plupart des productions du pbikv sophisme p^r la profondeur desaperçus et l'éclat du style ; mais la doctrine en est aussi opposée à la révélation. On dit que Diderol eut beaucoup de part a la rédçjctîon de ce livre, et que des hommes politiques importants en fournirent les matériaux. Diderot était le plus distingue des habitués de la maison du baron d'Holbach ; il la nommait, en plaisantant, la synagogue de la rue Royale- Sain t-Roch. Il s'était déjà fait connaître par ses Pensées philosophiques, et quelques autres ouvrages, lorsque, de concert avec d'Aleml)ert, il conçut le projet de V Encyclopédie. Tous les partisans du philosophisnic applaudirent à ce projet, même ceux qui ne partageaient point toutes les opinions de Diderol; c^ir il était athéi», et il peut même être considéré comme le chef d'une école qui posait, pour premier principe de son système philosophique, la né- ^atjou de Dieu. Naigeon, Damilaville et Grimni, furent les principaux disciples de Diderot. Ils étaient plus philosophes et moinf^
DE L'ÉGilSV DE fBA?(CE. ÔÔ
grossiers que ia Mettrie dans TexpositiQQ de leur système ; mais leur doctrine n'était pas moins grossière en réalité.
D'Alembert. collaborateur de Diderot dans la direction de VEnq/dopédiCy n'était pas athée ; mais il s'entendait avec Voltaire pour attaquer la religion eu déversant le ridicule sur ses dogmes^ son culte et ses piinistres. La correspondance active qui eut lieu entre d'Alembert et Voltaire révèle un complot véritable formé contre la révélatiqq. Ce complot se trahit de même dans la correspondance entre d'Alembert et Frédéric de Prusse. On ne peut nier que ces hommes n'aient songé à détrôner ia religion de Jésus- Christ^ pour mettre à sa place le philosophisme on le déisme.
Les connaissances mathématiques de d'Alembert, et son incontestable talent littéraire^ l'avaient élevé dans la société à une position hoporable qu'il ne voulut point compromettre par des écrits ouvertement irréligieux; de là, les précautions qu'il prend dans les Qifvrages dont il acceptait la responsabilité vis-à-vis du public. Gepepilant, il laissait percer ses opinions, et^ comme il le disait lui-même, il donnait des soufflets en faisant semblant de faire des révérences.
Les principaux ouvrages de d'Alembert sont purement scientifiqiiçs. Son Discours préliminaire de TËucyclopédie est son principal titre littéraire. La force et la clarté des idées s'y trouvent jointes à l'élégance et à la précision dp style. C'est un tableau complet des sciences et des rapports qui les unissent entre elles. On a peu de chose à y reprendre au point de vue religieux. D'Alembert n'attaquait pas ouvertement le christianisme dans les ouvrages qu'il destinait à la postérité. Ses Mélanges de littérature, d'histoire et de philosophie, sont plus répréhensibles que ses autres ouvrages, ainsi que les nofçs qu'il mit à ses éloges académiques. Le philosophisme était en progrès au moment où ces ouvrages furent publiés, et, malgré ses précautions calculées, d'Alembert croyait pouvoir être un peu plus hardi. Dans sou opuscule de la destruction des Jést^ifes, son biTt fut évidemment de jeter le blâme sur eux et sur leurs adversaires de l'école de Port-Royal, au profit du philusophisme ; voilà ce qui explique quelques passages que Ton pourrait prendre au premier abord pour des signes d'impartialité. Il devait donner des éloges aux Jésuites pour déprécier Port-Royal, et relever cette école célèbre pour humilier les Jésuites, afin de mieux appuyer cette conséquence qui ressort de tout l'ouvrage : mie le philosophisme doit l'emporter sur les uns et les autres. 11 suivit le
56 HisTOinc
même système dans son ouvrage itilitulé : Abus df la cntiqw m matière de religion. Avec un peu d'attention^ il est facile d'y découvrir le but d'attaquer le christianisme d'une manière d'autant plus redoutable qu'elle est plus adroite^ el dissimulée sous les dehors de l'impartialité entre les ennemis et les IndifiTérents.
Sa correspondance avec Voltaire fait parfaitement connaître son caractère hypocrite *. Voltaire reprochait à d'Alembert certains articles de TÉncyclopédie^ où la religion était respectée, et où l'on établissait des principes contraires à ceux du philosophisroe. Celui-ci lui répondit* : « Sans doute nous avons de mauvais articles de théologie et de métaphysique; mais^ avec des censeurs théologiens et un privilège, je vous défie de les faire meilleurs, il y a d'autres articles moins au jour où tout est réparé. Le temps fera distinguer ce que nous avons pensé d'avec ce que nous avons dit. »
Voltaire ayant adressé quelques articles pour l'Encyclopédie, sous le nom d'un prêtre de I^usanne, d'Alembert lui écrivit: « Nous demandons permission à votre hérétique de faire patte de velours dans les endroits où il aura un peu trop montré les griffes, c'est le cas de reculer pour mieux sauter. »
Diderot et d'Alembert se croyaient obligés à ces ménagements dans l'intérêt de la publication de leur œuvre. L'Encyclopédie avait été interrompue en 1752 à cause des principes irreligieux qu'on y avait découverts. Les deux premiers volumes seulement avaient alors été publiés. Grâce à la protection de madame de Pompadour, les deux philosophes obtinrent la permission de continuer leur œuvre ; mais ils jugèrent prudent d'user de dissimulation. Voilà pourquoi ils adoptèrent le plan si bien exposé par Diderot lui-même' : «Toutes les fois qu'un préjugé national mériterall du respect, il faudrait, à son article particulier, l'exposer respectueusement et avec tout son cortège de vraisemblance et de séduction; mais renverser l'éditice de fange, dissiper un vain amas de poussière, en renvoyant aux articles où des principes solides servent de base aux vérités opposées; cette manière de détromper le^ hommes opère très promptemSnl sur les bons esprits. »
I On a publié les œuvres tittéraires et philosophiqaes de d*AleiiilMrt en 18 vol. in-8.o
* Lettre du 30 juillet 1737. F. la Correspondance de Voltaire et de d*Alembert. Les traits que nous signalons y abondent à chaque page.
* V.o Encyclopédie.
DE L EGLISE DE FHANCE. o7
Telle est lu méthode employée par les rédacteurs de l'Eucyclopedîe; c'est ce qui explique qu'à côté d'excellents articles que l'on est étonné d'y rencontrer, on en trouve où les plus mauvais principes sont exposés.
L'Encyclopédie devint ainsi une Babel, où le bon et le mauvais sont confondus, de manière cependant que le bon n'y serve que de passeport pour tout ce que le philosophisme voulait propager de principes anti-chrétiens et matérialistes.
Cette compilation ne fut véritablement que l'application du complot formé par le philosophisme, de détruire le christianisme. On a voulu douter de ce complot avant la publication des correspondances de Voltaire, de d'Alembert, de Grimm, etc. Aujourd'hui le doute n'est plus possible. Un écrivain moderne, assez favorable au philosophisme pour n'être pas soupçonné de partialité contre lui *, avoue que Voltaire et d'Alembert firent, dans leur correspondance, a un déplorable assaut de mépris pour la religion chrétienne. Une pensée domine dans leurs lettres, ajoute-t-il, c'est celle de réunir contre la révélation toutes les forces de l'esprit philosophique. »
Ils ne voulaient cependant pas que le philosophisme pénétrât dans le peuple, qu'il fallait, selon eux, laisser à ses superstitions ; te philosophisme n'était fait que pour les hautes classes de la société.
Voltaire, retiré à Cirey, auprès de la marquise du Châtelet, sa concubine, fut le véritable chef des philosophes, quoiqu'il ne réunît pas sous son drapeau, plutôt déiste que matérialiste, toute l'armée du philosophisme. Tandis qu'il ne semblait occupé que de travaux sîérieux, qu'il publiait ses Éléments de Newton, V Histoire de Charles XII, ses Discours^ sur Vhomme, le Siècle de Louis XIV, V Essai sur les mœurs et Vcsprit des nations et quelques belles tragédies, il poursuivait le christianisme dans ses travaux clandestins, ses poésies fugitives, ses romans, son poème infâme de La Pucelle et sa correspondance ; ses ouvrages sérieux et avoués sont bien inspirés par le même esprit que ses productions franchement irréligieuses; mais ses principes n'y apparaissent que çà et là, et comme à l'improviste, à travers des pages nombreuses où l'on ne peut apercevoir que le grand écrivain ou le grand poète.
Nous n'avons point à juger Voltaire sous ces deujc rapports.
< Lacretelle, Histoire de France pendant le xvui.« siècle, t. m, Uv. 9.
Nous dirons seulement qu'il sérail ridicule de lui refuser Tesprit le plus pénétrant et le plus vif, la grâce et la facilité de Tclocution, le génie poétique. On retrouve ces qualités jusque dans ses pamphlets irreligieux ; mais alors, son esprit devient de Timpiété, parce qu'il ne lui fournit que des sarcasmes contre ce que l'humaniié posséda jamais de plus respectable et de plus sérieux. Aussi son rire est-il forcé; il resscnible plus à la grimace de la co)ère qu'à Fexplosiou d^ine joie intime. C'est ce que Ton remarque surtout dans sa correspondance avec d'AJefîibert.
a Si vous étiez tous unis^ disait-il^ vous donneriez des lois Tous les cacouacs (nom de guerre des incrédules secondaires) devraient former une meute... Ah! pauvres frères, les premiers fidèles se conduisaient mieux que nous. Patience, ne nous décourageons point : Dieu nous aidera si nous sommes unis et gais. Hérault disait un jour à un des frères : vous ne détniirez pas la religion chrétienne. — C'est ce que nous verrons, dit l'autre... Je voudrais voir, après ce déluge de plaisanteries et de sarcasmes, quelque ouvrage sérieux, et qui pourtant se fît lire, où les philosophes fussent pleinement justifiés et Vinf. (c'est-à-dire l'infime ou religion chrétienne) cpnfondue. Je voudrais que les philosophes pussent former un corps d'initiés. Je voudrais que vous écrasassiez Vinf.; c'est là le grand point... Que les philosophes véritables fassent une confrérie , comme les francs-maçons, qu'ils s'assemblent, qu'ils se soutiennent, qu'ils soient fidèles à la confrérie, et alors je me fais brûler pour eux. Mais chacun ne songe qu'à soi, et on oublie le premier des devoirs, qui est d'anéantir Vinf.,. Confondez Vinf, le plus que vous pourrez... J'ai toujours peur que vous ne soyez pas assez zélé. Vous enfouissez vos talents. Vous vous contentez de mépriser un monstre qu'il faut abhorrer et détniire. Que vous coûterait-il de l'écraser en quatre pages, en ayant la modestie de lui laisser ignorer qu'il meurt de votre main?»
Voltaire écrivait avec la même colère à Thiriot, à Damîlavîllc, à Saurin,.à Helvetius, àMarmontel *. Il était possédé d'une espèce de rage contre la religion chrétienne et contre Jésus-Christ lui-même; et lorsqu'il veut s'abandonner à son penchaïit naturel pqur la facé-
t Leitres du â& mars 17S84 du 33 juin de U piéme aniipe ; du âO avcil i76J: du 28 septembre 1763.
» F. la Correspondance générale de VoUaire.
DE l'Église de France. ^9
lie et le sarcasme^ la colère le suffoque et il déclame avec fureur.
Tandis que Voltaire, des châteaux de Cirey, des Délices ou de Ferney^ stimulait le zèle des adeptes, il leur donnait l'exemple par un déluge de pamphlets anonymes *. Le Testament du curé Meslier y le Sermon des Ç%\iquante^ la Bible commentée par les aumôniers du roi de Prusse, vont jusqu'au cynisme le plus dégoûtant. Les adeptes qu'il appelait ses Bertrandsy lui fournissaient les matériaux qu'if mettait en œuvre dans une foqle de libelles scandaleux, qu'il s'attribuait, dans sa correspondance intiifie, sous le nom de Raton. « Mes chers Bertrands, disait-il, vous me fjtites si souvent tirer les marrons du feu, qu'à la fin vous me fere^ griller les on^eç. »
Le Mandement d'Alexis; les Questions $ur les miracles; la Dénonciation de Jésu^-Christ^ de V Ancien et du Nouveau Testament ^ toutes les puissances de VEurope; I4 Lettre de milord Caniorhéry; les Anecdotes sur Belizaire; le Sermon du Rabbin Ahib; lé Philosophe ignorant; le Dîner du comte de Boulainvillier$;V Examen important; les Questions de Zapata; la Défense de mon oncle; la. Canonisation de saint Cucufin; \ Homme aux quarante écus; les Doutes sur la religion; le Catéchutnène ; la Professiqn de foi des Théistes; VA^ B, C, dialogues curieux; le. Sermon prêché à Bâle; V Homélie du pasteur Broten; les Co(imaçons du R. P, VEscarbotier et cent autres libelles étaient ainsi jetés dans le monde pour y détruire, sous le ridicule et les déclamations^ les principes qui font la base de l'ordre social.
<c Tels étaient, dit Duvernel ', les jeux et les amusements de la vieillesse de Voltaire. Chaque écrit portait son cachet, mais aucun ne portait son nom. Quand il avait jeté dai^s le public ui^ petit écrit philQSophique, il riait et tremblait tout à la fois, s'en avouant tout bas l'auteur à ses amis, le désavouant tout haut. »
Cet aveu d'un admirateur devait élre enregistré.
En même temps qu'il attaquait la religion dans l«s libelles les plus infâmes, Voltaire affectait d'en suivre les pratiques extérieures. En sa qualité de seigneur de Ferney, il se croyait obligé de donner l'exemple à ses vassaux ; comme nous l'avons remarqué, il ne voulait de philosophie que pour l'aristocratie de naissance ou de talent. U donnait dojic lui-même je pain bénit à sa paroisse, et
I Histoire de Voltaire, ptr Paillet de Warcy ; œuv. compl. de Volt. > Duvemet, He de Voltaire.
faisait ses Pâques. Il lil rétablir TÉplise de Ferney, qu'il avai( détruite en y arrivant ; en 1768, il se tît même prédicateur, monta dans la chaire de rÉglise paroissiale, et fit un sermon sur le vol, à propos d'une vache qu'un paysan lui avait prise. L'année suivante, étant malade, il désavoua, par acte notarié et devant témoins, ses ouvrages irréligieux, et communia. Puis, étant revenu en santé, il se moqua de la religion et de Iui*méme, et avoua qu'il avait joué la comédie *.
Voltaire unissait Thypocrisie à l'impiété; et ces vicea n'étaient égalés en lui que par ses mauvaises mœurs et son orgueil. Ce dernier vice lui inspirait un profond mépris pour le peuple. 11 n'aimait que la noblesse, et cette caste lui paya en admiration la prédilection qu'il avait pour elle. Ce fut dans les salons que le philosophisme prit naissance et qu'il grandit. Il fut du bon ton, dans le grand monde, d'affecter de petits airs moqueurs à l'égard du christianisme ; de se croire bien au-dessus de la superstition, c'est-H-dire de la religion; les gentilshommes se prenaient tou$ pour des esprits- forts ; et les dames elles-mêmes luttaient de blasphèmes délicats. Voltaire était vraiment le nouveau Dieu de cette aristocratie, qui s'était hypocritement humiliée sous la férule de Louis XIV, devenu dévot, et qui s'en dédommagea en se plongeant dans l'ordure sous la régence. Ce fut elle, surtout, qui présida à son apothéose, lorsque ce vieillard, dont l'orgueil n'avait pas fléchi sous ses quatre-vingt-quatre années, vint à Paris juger par lui-même des résultats qu'il avait obtenus contre TÉglise et contre Jéfius-Chrisl.
Ce fut en 1778 que Voltaire arriva à Paris, et qu'eut lieu ce scandale qu'on a appelé son triomphe. 11 descendit chez le marquis de Villette, dont l'hôtel était à l'angle de la rue de Beauneet du quai qui a porté depuis le nom du fameux écrivain. Sa première visite fut pour le comte d'Argental. 11 alla le voir à pied, la tête couverte d'une perruque de laine et d'un bonnet rouge. Les huées des enfants furent, en cette circonstance, le seul enthousiasme qu'il provoqua. Les adeptes du philosophisme, les académiciens et les comédiens vinrent tour à tour lui rendre hommage. La Clairon se mit à genoux devant lui, et Duvernet dit, sans rire, que c'était a une prêtresse d'Apollon qui adorait son Dieu. » Les
^ V. rHistoire da Voltaire par Paillet de Warcy, et la OfurufionAoïnet générale.
DB L*ft6LISB DB FRANCE. 61
philosophes de la cour et de la ville ne parlèrent bientôt plus que de Voltaire. Son arrivée à Paris fut le grand événement; tous les journaux en parlaient sans-cesse; on répétait les mots spirituels qu'il prononçait. On préparait ainsi son triomphe. L enthousiasme était passé du monde artiste ou élégant dans le peuple, qui finit par croire que Voltaire était son grand homme, comme celui de l'aristocratie. Le quai était continuellement couvert de curieux qui attendaient des heures entières le bonheur d'apercevoir le héros du jour. Voltaire consacrait les instants que lui laissaient les visites, à préparer, avec les artistes, la représentation de sa tragédie d7m^tf. U se rendit au Théâtre-Français pour y assister. A peine était-il assis dans sa loge, qu'on lui déposa sur la léte une couronne de laurier, au milieu des transports enthousiastes des spectateurs. « Ah Dieu ! s'écria-t-il, on veut donc me faire mourir ! » Et il pleurait de bonheur. Pendant quatre heures que dura la représentation, des cris enthoi^iastes retentissaient par intervalles. Lorsque la toile fut baissée, Voltaire se leva pour remercier ses admirateurs. Au même instant, le rideau se leva de nouveau, et un busle apparut sur la scène, entouré de tous les artistes tenant à la main chacun une couronne de laurier. C'était celui de Voltaire, qui reçut des hommages idolâlriques, et que le comédieu Brizard couronna, au milieu des fanfares et de cris fanatiques, a Ce fameux couronnement, dit Mercier *, ne fut qu'une farce aux yeux des gens sensés. Qui posa ces couronnes de laurier sur le busle, en face de l'original ? Des mains d'actrices et de comédiens. Une comédienne soubrette s'émancipa même jusqu'à caresser et flatter de la main, en plein théâtre, le buste triomphant de l'auleur; mais le public, qui s'était imaginé qu'on voulait persécuter son poète, redoublait d'enthousiasme, comme pour le prendre sous sa protection ; et cel enthousiasme ne lui permit pas de voir ce que celte facétie avait d'incohérent et d'étrange. »
Selon Condorcet ', « les spectateurs suivirent Voltaire après le spectacle presque dans son appartement. Les cris de vive Voltaire! vive Mahomet! vive la Pucelle! retentissaient autour de lui; on se précipitait à ses pieds; on baisait ses vêtements, au risque de se faire écraser. »
Ce triomphe accéléra peut-être la mort du héros. C'est l'opinion
* Mercier, Tableau de Paris.
' Condorcet, Vie de Voltaire.
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de Me^Tèr : « Lés tisiles^ dM-fl, et lé» loimfigfes iTnxqueHes son amonr-propre TOtilut riposter, usèréhl Lientdt ses forces ; sa carrière ftit abrégée paf ses bons amis, et l'apothéose tua le j)oèt^. *
Voltaire motinit le 30 mal 1778. Son neveti, Tabbé Mignol, le fit transporter secrètement à son abbaye de SceHières, ert Champagne, où il ftit inhuftté. On a beaucoup disenté sut retfe question, savoir : s'il se confessa avant de mourir. Quand ^'^oltaire aurait joué la comédie, à ses derniers moments comme pendant sa rie, on ne pourrait rien en conclure touchant ses sentiments religieux, qui furent absolument nuls. Il fut impie et hypocrite ; son immoralité ne peut être mise en doute ; son orgueil était celui de Lucifer, puisque, comme lui, il voulut s'élever jusqu'à Dieu, et qu'il flit jaloux des œuvres du Dieu-homme. Il n'y a gtièrîe de tice que n'ai! eu Volldire, et il n'eut aucune vertu. Son géuie était brillant, mak il en lit un mauvais usage. S'il combattit quelques préjugés, ce ne fut point par amour de la vérité ou du bien. On ne peut donc avoir aucune estime pour ce personnage.
J.-J. Rousseau, qui doit être mis à côté de lui à titre de champion du déisme, n'était guère plus estimable personnellement; cependant on doit reconnaître qu'il mit plus de gravité dans ses attaques contre la Révélation, et que, dans ses rôves philosophiques ou sociaux, il fut inspiré par un sentiment plus élevé que Voltaire.
J.-J. Rousseau * naquit à Genève, le 28 juin 1712. Il fut tour à tour, dans sa jeunesse, copiste chez un huissier, apprenti gravcnr, laquais, secrétaire du comte Gouvon et séminariste. La baronne de Warens lui fit du bien et cultiva un peu son éducation. Pour la récompenser de ses bontés, Rousseau Ta diffamée dans ses Confessions. En 1740, il devint précepteur, et l'année suivante, il se rendit à Paris, où il espérait faire fortune au moyen d'une méthode qu'il avait inventée pout noter la musique. Cette méthode n'ayant pas réussi, Rousseau devint secrétaire de Montaigu, ambassadeur à Venise. Quelques années après, il était à Paris, où il se tu connaître des philosophes. En 1749, il allait au Donjon de Vincennes visiter Diderot, lorsqu'il remarqua dans le Mercure d( France, qu'il lisait chemin faisant, que l'Académie de Dijon proposait un prix sur cette question : « Si le rétablissement des scien-
* Vie de Jean-Jacques Rousseau, par Barruel-Beauvert ; ConfeséiofUy écrites par lui-môme; L«Ures sur les ouvrag^^ et le caraetère de Jean- Jacques Rou»* leau, par madame de Staël.
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ces et des arts a contribué à épurer tes mœurs. » tl concourut, et son discouts^ dans lequel II soutenait la négative^ fut couronné, il était alors caissier chez Francueil, fils du fameux financier bupin. Il renonça à cette place, et gagna sa vie à copier de la musique. Il se croyait ainsi plus libre de cultiver les talents d'écrivain qui venaient de se révéler en lui. Bientôt il publia son Ùiscours sur lei causes de Fine gati té parmi les hommes et sur V origine des sociétés; il s'y fil le panégyriste de Iliomme sauvage et le calomniateur de la civilisation, sous prétexte des abus que l'on rencontre dans la société.
Rousseau, fort instruit de la musique, était auteur d'un /)tc/tonnatre de musique fort estimé. 11 composa des opéras ; un seul eut du succès, le Devin de village, dont il fit les paroles et la musique. Après avoir obtenu ce succès, il s'érigea en frondeur de la musique française, et commença, contre Lulli et Rameau, une querelle qui remua tout le beau moncle. L'opinion publique lui fut défavorable, ce qui lui inspira la pensée de quitter Paris et de s'ensevelir dans la flolitude. Il se réfugia dans une petite maison de la vallée de Montmorency, appelée l'Hermitage. Il y emmena sa concubine nommée Thérèse, pauvre fille sans éducation, d'une beauté médiocre et d'un esprit borné.
Le premier truiX de sa solitude fut la Nouvelle Heloltse, roman plein de détails licencieux, de sophismes, et où Ton rencontre en même temps des vérités aussi fortement senties ({u'éloquemment exprimées. Sa Lettre sur les $pectacles a les beautés que Ton rencontre dans presque tous les ouvrages de Rousseau, sans en avoir les défauts. Nous ne pouvons en dire aotant de l'ÊfmVe, daoïs lequel Tanteur attaque les bases mêmes du christianisme. On ne peift nieir que, dans ce livre célèbre, il n'y ait des pages dignes à'mi grand écrivain et d'un penseur profond ; mais elles disfmraisseftt presque au milieu des sophismes et des déclamations. Vtiirile est un traité d'éducation. L'anteur veut qu'en y abandonne FenfaiH à sa nature ; il rejette toute influence setiale, comme nn pr hvcipë corrupteur. Il passe en revue toutes les institutions sociales, depuîà la reHgion jusqu'aux moindres usages. Il parle avec respect de Jésus-Christ et de l'Évangile; mais Jésus-Christ n'est pour lui qn'urt bonarae, et l'Évangile le code de la plus pure morale. Quatit à la deetrine ehrétienne et & tout ce qui fend k faire du chnstianisnie' une religion révélée de Dieu, ce ne sont, à ses yeux, que des préjugés.
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Le Parlement de Paris condamna V Emile en 1762^ et ordonna deâ poursuites contre Fauteur. Rousseau s'epfuit à la bâte et se retira en Suisse. 11 écrivit de là sa Lettre à Carchevéque de PariSt Christophe de Beaumont, qui avait fait un mandement contre YÈmile. Ses Lettrée de la Montagne le brouillèrent avec les ministres protestants. 11 quitta la Suisse et suivit Hume en Angleterre. Les deux amis furent bientôt divisés^ et Rousseau revint en France sous un nom supposé. Il fit plusieurs voyages dans les provinces méridionales^ ne s'occupant que d'herboriser, et toujours suivi de sa Thérèse^ qu'il épousa enfin en 1768^ à Monquin près de Bourgoin. 11 avait eu d'elle plusieurs enfants^ qu'il avait abandonnés. En 1770^ il obtint la permission de revenir à Paris, à condition qu'il n'écrirait plus sur la religion ni sur la politique. Huit ans après, il mourait à Ermenonville, chez le marquis de Girardin. On croit qu'il abrégea sa vie par le poison. L'existence lui était devenue à charge, et, avec les années, sa misanthropie s'était accrue au point qu'il ne pouvait plus vivre en société.
On trouva dans ses papiers ses Confessions, livre infâme, dans lequel il révèle ses vices et ses turpitudes avec un cynisme révoltanty et en se proclamant le plus pur des hommes.
Nous devons encore mentionner le Contrat social de Rousseau, quoique ce livre soit à peu près exclusivement politique. On y trouve, comme dans les autres écrits de l'auteur, de grandes vérités à côté de sophismes insoutenables. Le défaut essentiel du génie de Rousseau fut l'exagération. Il était né pour rempUr une carrière plus brillante, et il le comprenait. Au lieu de s'aplanir la route par la vertu, il s'indigna de ne pouvoir briser les obstacles ; de là sa haine de la société et sa misanthropie. Son talent subit l'influence directe de ces deux sentiments. Sous toutes ses phrases on sent la colère et l'orgueil; son style n'est pas l'expression calme et limpide d'une conscience qui jouit de la paix; il est toi^fours sous l'impression d'une haine violente contre la société. Tout en poursuivant le même but que Voltaire, il voulait y arriver par une route tout opposée. Ces deux hommes, que l'on a souvent rapprochés comme les deux lumières du philosophisme, avaient l'un pour l'autre l'antipathie la plus décidée. La Lettre sur les spectacles avait surtout blessé Voltaire ; les philosophes l'attaquèrent comme de concert, et elle fut l'origine de la scission profonde qui exista entre eux et Rousseau, qui s'en vengea à l'occasion.
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On connaît ce i^igoureux portrait qu'il a tracé des philosophes avec lesquels il avait vécu :
o Mon fils^ tenez votre ftme en état de désirer toujours qu'il y
ait un Dieu^ et vous n*en douterez jamais Fuyez ceux qui,
sous prétexte d'expliquer la nature, sèment dans le cœur des hommes de désolantes doctrines, et dont le scepticisme aj^arent est cent fois plus affirmatif et dogmatique que le ton décidé de leurs adversaires... Sous le hautain prétexte qu'eux seuls sont éclairés, vrais, de bonne foi, ils nous soumettent impérieusement à leurs décisions tranchantes, et prétendent nous donner, pour les vrais principes des choses, les inintelligibles systèmes qu'ils ont bâtis dans leur imagination. Du reste, foulant aux pieds tout ce que les hommes respectent, ils ôtent aux affligés la dernière consolation de lemr misère, aux puissants et aux riches le seul frein de leui^ passions; ils arrachent du fond des cœurs le remords du crime, l'espoir de la vertu, et se vantent encore d'être les bienfaiteurs du genre humain. Jamais, disent-ils, la vérité n'est nuisible aux hommes : je le crois comme eux ; et c'est à mon avis une preuve que ce qu'ils enseignent n'est pas la vérité.
» Je regardais tous ces graves écrivains comme des hommes modestes, sages, vertueux, irréprochables. Je me formais de leur commerce des idées angéliques, et je n'aurais approché de la maison de l'un deux que comme d'un sanctuaire. Enfin, je les ai vus ; ce préjugé puéril s'est dissipé, et c'est la seule erreur dont ils m'aient guéri... Au lieu de lever mes doutes et de fixer mes irrésolutions, ils avaient ébranlé toutes les certitudes que je croyais avoir sur les points qu'il m'importait le plus de connaître; car, ardents missionnaires d'athéisme et très impérieux dogmatiques, lis n'enduraient point sans colère que, sur quelque point que ce pût être, on osât penser autrement qu'eux. »
On trouve dans les livres de Rousseau bien des traits semblables dirigés contre le philosophisme, et de hautes vérités exprimées avec une admirable éloquence. On ne peut le lire sans regretter qu'un aussi beau génie se soit abandonné trop exclusivement à la haine que lui inspiraient les abus de la société ati sein de laquelle il était appelé à vi\Te. S'il eût été vraiment vertueux, et s'il eût combattu, au nom de la vertu, les vices dont il était témoin, en respectant les bases de l'ordre social, qui ne devaient pas être confondues avec eux, Rousseau eût dignement rempli la haute mission h laquelle fl semblait appelé. 11 avait en lui l'énergie, le talent,
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Féloquence d'un rcformatear; mais il lui en manqua la vertu, qui seule aurait vivifié ses qualités éminentes.
J.-J. Rousseau n'est pas estimable; comme écrivain nous le préférons de beaucoup à Voltaire^ dont l'esprit^ continuellement railleur^ finit par fatiguer. Rousseau a du moins le mérite d'avoir traité sérieusement les choses sérieuses. Il sera toujours apprécié, à ce titre, même des philosophes qui ne partagent pas ses erreurs; tandis que Voltaire ne peut être le héros que des hommes légers et sceptiques^ qui croient répondre à des raisons par un dédaigneux sourire.
A côté de Rousseau nous placerons Montesquieu, qui a avec loi plus d'un rapport. Montesquieu D*a pas l'éloquence du philosophe de Genève; mais ses principes sont plus rapprochés des siens qu'on ne le pense ordinairement. Comme Rousseau, Montesquieu rend parfois hommage aux grandes vérités morales, et même au christianisme ; mais si l'on veut lire avec attention les Lettres persttnes, et même Y Esprit des lois, on y rencontrera des théories qui ne vont à rien moins qu'à la négation de la Révélation, et par cons^ quent au déisme. Il a bien dit que la Révélation était le plus beau présent que Dieu pût faire aux hommes ; mais il a fait en même temps du christianisme un système qui ne pouvait convenir à certains climats. La religion comme la morale, selon Montesquieu, devait se modifier selon les zones, et le meilleur était de rester dans la religion au sein de laquelle on était né. Les missionnaii^ catholiques avaient donc tort, d'après lui, d'aller prêcher le christianisme aux Orientaux, parce qu'il ne convenait point aux mœurs de ces peuples, et qu'il est toujours mal d'engager les hommes à changer de religion.
Tel est le système qui ressort des écrits de Montesquieu. On rencontre chez lui moins de déclamations, et plus de vérités de détail que dans la plupart des philosophes du xvni.^ siècle; il ne fui jamais affilié à l'école de Diderot ni à celle de Voltaire ; mai? il n'en doit pas moins être range parmi les écrivains hostiles à la Révélation.
Il en estde même deBuITon. Cet illustre naturaliste n'était pas* croyant. Seulement il voulait le paraître, parce qu'il pensait que c'était utUe dans la position sociale ou il était placé. Il n'eût pas voulu scandaliser ses vassaux de Montbart en n'allant point à la messe ; sous ce rapport, il se rapproche trop de Voltaire. Les premiers volumes de V Histoire naturelle attirèrent, en i750, l'atten-
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lion de la Sorbonne. Une commission^ nommée pour les examiner, releva quatorze propositions qu'elle jugea contraires à TÉcriture sainte, touchant la formation de la terre. Buffon, en ayant été averti, se hâta de protester de sa soumission à la Bible et à toutes les vérités révélées, et il évita ainsi la censure de la Sorbonne.
On a tout lieu de croire que ces déclarations n'étaient à ses yeux qu'un acte de pure convenance.
Quelques autres naturalistes cherchaient, à la même époque, à substituer leurs théories à la Bible, sur la formation de la terre. Nous nommerons seulement Robinet et de Maillet; ce dernier eut la fantaisie de faire porter à son livre son propre nom écrit à rebours : Tettiamed, Dans ce livre, de Maillet avait pour but d'expliquer le monde sans Dieu. Ses systèmes, quoique absurdes, eurent une espèce de vogue et vinrent fortifier la tendance au matérialisme que Diderot et son école avaient imprimée à une partie de la société.
Nous pourrions citer encore un grand nombre de savants ou de philosophes qui appartenaient plus ou moins au philosophisme. Nommons seulement Condillac, qui enseignait le sensualisme, d'à* près Locke ; Freret, qui attaquait la Révélation au nom de l'histoire ; l'abbé de Prades, qui, dans une thèse devenue célèbre, soutint le Déisme en pleine Sorbonne ; Marmontel, dont les romans favorisent l'incrédulité.
Les philosophes avaient les Jésuites pour auxiliaires puissants, dans la guerre qu'ils avaient déclarée à la Révélation et à l'Église, et il est facile de remarquer des rapports étonnants entre les opinions des uns et des autres. Seulement les Jésuites essayaient de donner leurs erreurs comme la doctrine de TÉglise, et prétendaient défendre cette doctrine en la détruisant radicalement. Un coup-d'œU général sur l'ensemble de leurs opinions démontrera cette vérité qui, au premier coup-d'œil, pourrait paraître étrange à ceux qui n'ont jamais approfondi ces opinions.
Tout le christianisme est appuyé sur la doctrine du péché originel; sans cette dégénération de l'humanité, le Rédempteur n'est pas nécessaire ; la venue du Fils de Dieu dans le monde est à peu près inutile. Posé la chute originelle, Jésus-Christ, médiateur entre Dieu et les hommes, et Rédempteur de l'humanité, lui inspire par iia grflce une nouvelle vie ; lui donne une nouvelle naissance ; il restaure l'homme déchu dans son inteUigence, en dissipant son ignorance par la révélation de sa doctrine ; sa volonté par l'établissement des grands principes évangéliques ; sa liberté par son se-
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cours ou sa grâce qui Tarrachc à Tempire du mauvais principe ou de Satan.
Tels sont les bases du christianisme et les branches principales d'où sortent tous les rameaux de la doctrine évangéiique.
Les Jésuites établissent d'autres principes. D'après eux, Dieu aurait pu créer l'homme dans Tétat où l'a réduit le péché originel, et qu'ils appellent Vétat de pure nature. Si Dieu a pu le créer en cet état, il n'est pas radicalement mauvais : ce qui est nier implicitement le péché originel. De ce principe, il suit nécessairement que l'homme, dans cet état de pure nature, où il est rentré par le péché, n'a un besoin absolu ni de la grâce, ni de la révélation divine. Il peut, par les propres forces de son libre arbitre, opérer le bien, et, par les seules forces de son intelligence, connaître les principales vérités qui lui sont nécessaires. Ses inclinations ne sont pas naturellement portées au mal ; et ce n'est que par suite des préjugés, qu'on a souvent considéré comme mauvais ce qui est bon en soi. Delà les efforts des Jésuites pour relever outre mesure le libre arbitre de l'homme, et rendre moins nécessaire le secours du Rédempteur ; de là leurs systèmes qui tendent tous à atténuer les vices qui découlent du péché originel , et à changer en bien ce qui est mal d'après les principes de l'Evangile.
A ce système général des Jésuites, se rattachent les erreurs particulières des Hardoin, des Berruyer, soutenues par la Compagnie, et qui n'allaient à rien moins qu'à ébranler le dogme des deux natures en Jésus-Christ, qui est le principe fondamental de la Rédemption et de tout le christianisme. Sous prétexte de concilier la foi et la raison, l'Évangile et la nature, les Jésuites inventèrent mille théories philosophiques et morales, qui portèrent un coup funeste à la Révélation elle-même ; et, sans exagération, on peu dire qu'ils furent aussi nuisibles à la doctrine chrétienne que Voltaire et Rousseau.
Nous avons fait observer que, dès le principe, les solitaires de Port-Royal avaient aperçu les dangers de ce naturalisme qui tendait à s'insinuer dans la doctrine révélée, et de cette apologie exagérée que l'on s'efforçait de faire de la liberté et de la raison humaine. Us prévirent les dangers qui en résulteraient pour la saine doctrine, et cherchèrent à s'opposer au torrent en s'établissant sur le terrain solide de la tradition catholique. De là les nombreux et savants ouvrages de cette docte école, dans lesquels on s'occupe uniquement d'exposer les ^Tais principes, Ja doctrine pure de l'Évangile.
DE l'Église dk France. * 69
Lorsqu'au xvui/ siècle^ les maux prévus par l'abbé de Saint- Gyran et Amauld se furent réalisés^ les héritiers des traditions de ces grands hommes suivirent la route qu'ils avaient tracée pour s'opposer au torrent. Ils entrèrent peu en discussion avec les philosopheS; mais, en revanche, Us s'appliquèrent à exposer la vraie doctrine de l'Église, et à l'opposer, dans sa noble simplicité, aux systèmes que Ton voulait mettre à sa place.
Parmi les ouvrages qui furent composés dans ce sens, par l'école de Port-Royal, il faut placer au premier rang F Exposition de la doctrine chrétiennej par Mésenguy, et son Histoire de Vanden Testament, ouvrages trop peu connus de nos jours, que l'on a cherché à déprécier par suite d'une haine systématique, et auxquels on n'a rien à comparer pour l'enseignement de la religion. Ces ouvrages de Mésenguy sont écrits avec une éloquence gracieuse et simple, un style pur, une science sans prétention. C'était surtout par de tels ouvrages que l'on devait combattre le philosophisme. Ceux qui nourrissaient leur esprit de la lecture des ouvrages de Mésenguy n'avaient rien à craindre des sarcasmes de Voltaire. Ils connaissaient trop bien la religion pour se laisser ébranler par des plaisanteries ou des sophismes qui ne pouvaient avoir aucune valeur à leurs yeux.
Mésenguy écrivit son Exposition de la doctrine chrétienne^ au coQége de Beauvais, sous les yeux de son ami Rollin, qui était à la tête de cet établissement.
Quoique Rollin n'ait rien écrit, précisément contre le philosophisme, il en fut cependant un des principaux adversaires par le caractère éminemment chrétien qu'il imprima à ses ouvrages et à l'éducation qu'il donnait dans son collège. Rollin était le type du professeur chrétien. On ne pouvait allier plus de simplicité et de science. Sa tendresse vraiment paternelle pour les enfants confiés à ses soins, son désintéressement, sa piété, étaient admirables. Si, au lieu de persécuter cet homme illustre, sous prétexte de jansénisme, les Jésuites eussent copié ses principes dans l'éducation de la jeunesse, le philosophisme eût fait dans la société des recrues moins nombreuses.
Duguet appartenait à la même école que Mésenguy et Rollin. 11 défendit le christianisme comme eux, en l'exposant dans sa majestueuse simplicité. Son Traité des principes de la foi chrétienne est un des livres les plus solides que l'on ait composés sur ce sujet. Il n'y entre point en lutte directe avec le rationalisme ; mais
U k e».imr.Miii SMM \n dé\ebppeineDts clairs et wvantî qu'il ail aoaiwr aux premiers principes de la foi. Les nombreux commentairea «Je Duquel sur l'Écriture sainte, écrits avec autant d'élœwKt que de piéié. jettent df vives lumières dans l'esprit, en déTeloppani dans le cœur l'amour des vertus chrétiennes. Nous en pomons din autant de ses Conférences rccUsùuti fuei, de ses Tnalà di U pnin pmbliifue, des CaractèreÊ de ta charité et de ses autres libres de pieté. Son ouvrape intitulé : De l'éduceUon d'an primx. renferme des chi>s« ejcellentes. Tous les ouvrages de Duguet nyai éirih ave<r beaucoup de pureté et d'élégance. On y rencontre peuiétt« parfois un peu d affectation ; mais ce léger défaut est aiml^ nteni racheté par les qualités éminentes qui distinguent son stvle. el surtout par la solidité de ses principes et la finesse de 's*s •prrçus.
L'abbé d'Asfeld travailla à quelques-uns des ouvrages de Dupiei, S.» style, comme celui de son collaborateur, est pur et éléganl. L éade de Port-Roval asait conservé ses bonnes (nditîons littérai-