‹ Histoire de l'église de FranceChapitre 59 sur 100 · IV · texte numérisé non relu

IV

Le ihaiitelier d'.Atruesseaii se rapproche de cette école par te principes qu'il a répandus dans ses ouvrages religieux. Ce vertueiu riiAgi»tr«t doit flre compté parmi les adversaires les plus sérieui .lu iihikwphiwne. fia science était vaste, son esprit juste, sa philo- -ipliie vraie et toute chrétienne. Ses Hèflexiimt divertei sur Je- *tu-Christ, vt ses Méditations me'tapAi/sigufs sont deux bons ouvraRes, où les xérités attaquées par les diverses branches de; philosophes sont exposées avec sagesse et éloquence,

D'Aguesscau combattit le philosophisme, non -;.-iileraenl comme .-.rivain, dan» ses erreurs religieuses, mais aus-i . omme magistral

m rd qu'il avait d'antisocial et de conlrair. mx lois alors en vÉKiwur. Kn génériU, la magistrature se monli i sru-re eontn' U-< j.r'idiiolions jdiil.^ophiques, que soutenait la n [I.^se de cour

U» principaux ouvrages de Diderot, de Voila irv,, l'Holbach etc fiirf nt l'ohjot dr réquisitoires et de seulences . „, jciques L« is^ .(Tf«hl^-« du clergé montrèrent moins de zèl.. Opendant relie -II. t7.1,. , cliargea f'évêque du Puy de fait*.,,, r.ipport contre les .„nii»«i« Ivres. Dans ce rapport, on blâma au rm'nie titre lesou- .niKi'i. lUriurr contre la religion. I*w moiurs et l.t n.yamé d' irM

< Mr.m.-i.t.Tlwuv dPs oKembl. es du Hprsi!, i. »m, p. 55», el fMw>w-

DE l'Église j^e FaA^CE• 71

drnn. Les ouvrages politiques de Jean-Jacques ^ étaient clairement désignés. On y demandait au roi de faire des lois sévères contre les mauvais livres^ à l'exemple de saint Louis^ qui s'était illustré en punissant sévèrement les blasphémateurs. L'assemblée adopta le rapport de l'évéque du Puy, et le cardinal de La Rochefoucauld fut chargé de le présenter au roi.

L'assemblée de 1758 fit présenter au roi un nouveau rapport contre les mauvais livres ^ L'assemblée de 1765 s'occupa du même objet. Enfin^ en 1770 > l'assemblée publia un Avertissement aux fidèles sur ks dangers de Vincréduliti. Celle de 1775 publia un Aterik$emeni aux fidèles sur les avantages de la religion et les effets pernicieux de l'incrédulité'. Ces deux ouvrîmes sont certainement fort sages; mais le remède était insuffisant pour combattre le mal. Depuis que les philosophes s'étaient unis pour attaquer TÉglise, tes assemblées du clergé auraient dû former une forte et savante association pour sa défense. Ce ne fut qu'en 1775 qu'on y songea; et encore le projet ne fut-il pas réalisé. Il n'y eut donc au sein de l'Église que des efforts isolés contre le philosophisme. C'est peut-être pour cela que les travaux des apologistes de la reli* gion obtinrent si peu de succès. Cependant, parmi ces travaux^ â y en avait de remarquables^ et qui prouvent surabondamment que le clergé possédait tous les éléments nécessaires pour combattre les philosophes avec avantage, si Tépiscopat^ dans ses assemblées, eût encouragé, soutenu et groupé en un faisceau les savants, les orateurs, les théologiens, les philosophes et même les simples littérateurs qui combattirent isolément en faveur de l'Église.

Parmi les savants, nous citerons D. Calmet, bénédictin de la congrégation de Saint- Vannes. Il avait une profonde connaissance des langues orientales, des livres saints, des commentateurs chrétiens et juifs. Voltaire puisa dans ses conversations avec lui les quelques difficultés qu'il exploita dans ses écrits contre la Bible. Il eût pu en trouver la solution dans les savants ouvrages de son niaitre, parmi lesquels nous citerons : les Commentaires, le Dictionnaire de la Bible, l'Histoire de l'ancien et du nouveau Testar luent. Les incrédules qui ont voulu faire de la science anti-biblique 1 ont puisée, à Texemple de Voltaire, dans les ouvrages de D Cali&et; seulement le docte bénédictin avait mis les réponses au):

* Proeès-verbaux des assemblages du clergt*, t. viii passim, cl IHèce9 ivsH- I^Hvei.

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objection^^ et ces dernières seules furent acceptées par les ennemis de rÉglise.

La congrégation de Sainl-Maur possédait, au xTin.* siècle, de dignes successeurs des Mabillon et des Montfaucon : Le Nourry, de Sainte-Marthe y D. Clémencet et cent autres, continuaient les savantes traditions de leurs prédécesseurs.

A côté des bénédictins de Saint- Vannes et de Saint-Maur, il faut placer d'Argentré, Renaudot^ BaiUet, Le Bœuf, Rondet, Goujet, Pezron et bien d'autres savants, qui,| par leurs travaux, prouvaient que rérudition était noblement représentée dans l'Église.

L'éloquence était déchue du haut degré de gloire où Tavaient élevée Bossuet et fiourdaloue ; cependant Soanen, Massillon, Segaud. Cheminais, NeuviUe, Bridaine, exposaient noblement dans la chaire les vérités de la religion.

Dans la théologie proprement dite, Juenin, Witasse, Touroely, Boursier, Petit-Pied, Delan, Gourlin, se faisaient remarquer par leur science.

La philosophie chrétienne ne possédait pas un grand nombre de représentants dignes d'elle. D'Aguesseau, dont nous avons parlé, était le plus illustre. Toumemine, Buffier, Lami, Berthier, ne manquaient ni de science ni de pénétration.

Les assemblées du clergé eussent donc trouvé des éléments, si elles eussent voulu mettre à exécution le projet d'une vaste association catholique pour la défense du christianisme.

A défaut de cette association, des écrivains, n'écoutant que leur zèle, n'hésitèrent pas à se prendre pour ainsi dire corps à corps avec le philosophisme, et à le combattre , même au nom de la science et de la philosophie.

A leur tète, nous nommerons les évéques qui se sont fait une juste réputation dans cette lutte : de Gaylus et de Fitz-James, combattirent l'incrédulité dans plusieurs instructions pastorales qui jouirent d'une, réputation méritée. De Jilonlazet se fit de bonne heure un nom dans la lutte contre le philosophisme; chargé du discours, è l'ouverture de l'assemblée de 17â0, il appela l'attenlion des évéques sur le ravage que causait l'incrédulité. Son Imiruciion sur les sources de Vincrédulité est remplie de science et d'éloquence. Christophe de Beaumont attaqua vigoureusement J.-J. Rousseau, Voltaire et plusieurs autres philosophes; il est un des évéques qui ont le plus énergiquement combattu le phllo^ phisme, ainsi que de Pressy, évoque de Boulogne.

DK L'ÉeUSB DB PBANCB. 73

Dans les rangs inférieurs du clergé, il faut placer en première ligne Guénée^ dont les Lettres de quelques Juifs obtinrent un succès mérité. L'auteur eut pour but, dans cet ouvrage, de répondre aux sarcasmes de Voltaire sur la fiible. Il réussit à faire un ouvrage qui est tout à la fois fort savant et très spirituel. Sous une apparence simple et innocente, il fit payer cher au philosophe de Pemey ses excursions un peu aventurées dans l'histoire et les langues orientales. Bergier n'imita pas le ton malin et spirituel de Guénée dans sa polémique contre le philosophisme ; mais il poursuivit l'erreur à outrance, appuyé sur la plus ferme logique et sur une science vaste et sûre. Bergier ne fut pas un homme de génie , mais un écrivain savant, honnête, et dont le style ne manque ni de pureté, ni de grandeur. Son Traité historique et dogmatique de la religion est un beau monument élevé en l'honneur du christianisme. Dans le Déisme réfuté par lui-^néme, il combattit Rousseau; il opposa à Freret la Certitude des preuves du christianisme; à Boulanger et à Voltaire, V Apologie de la religion chrétienne et la Réponse aux conseils raisonnables; à d'Holbach, V Examen du matérialisme; à tous les adversaires du christianisme, son Dictionnaire theologique, dans lequel il résuma les principales réponses à opposer aux erreurs des ennemis de l'Église. Houtteville opposa au philosophisme un ouvrage excellent, bien écrit et bien pensé, intitulé : La religion chrétienne prouvée par les faits f et un Essai philosophique sur la Providence. Le François fut un des apologistes les plus féconds : les Preuves de la rdigion de Jésus^Christ ; V Examen du catéchisme de V honnête homme; les Réponses aux difficultés proposées contre la religion chrétienne par J.-J. Rousseau; VExamen des faits qui servent de fondement à la religion chrétienne; sont ses principaux ouvrages. 11 publia aussi des Observations contre la philosophie de iliistoire et le Dictionnaire philosophique de Voltaire. Ce philosophe, qui ne se piquait pas de politesse à l'égard de ses adversaires, prétendit que les Observerions étaient Tœuvre d'un pauvre imbécile; mais il y a tout lieu de croire qu'il n'eût pas montré tant d'humeur s'il ne se fût pas senti blessé.

Il était passé en usage, au sein du philosophisme, d'opposer le paganisme et l'histoire profane au christianisme et à la Bible. Plusieurs apologistes entreprirent de démontrer que l'histoire des origines des divers peuples n'était que de grossières contrefaçons du récit biblique, el, par conséquent, que ceux qui opposaient les

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historiens profanes à Moïse faisaient preuve d'ignorance. L'ahbé Guérin du Rocher occupe la première place dans cette luUe. Son Bisiaire véritable des tempe fabuleux n'est peut-être pas satisfaisante sur tous les points ; mais on ne peut nier qu'elle ne soit remplie d'érudition et bien écrite. Elle contient des aperçus vraiment lumineux^ et elle accuse^ dans son auteur^ autant de pénétration que de science. Guérin du Rocher appartenait à la sociélé des Jésuites^ ainsi que Guénard^ connu par un excellent discours sur cette question : En quoi consiste l'esprit philosophique! Ce discours obtint le prix d'éloquence de l'Académie française. On dit que Guénard avait passé la plus grande partie de sa carrière à réfuter l'Encyclopédie^ et qu'il jeta au feu son manuscrit en 1793, à l'époque de la Terreur. La compagnie des Jésuites fournit encore les deux apologistes Nonotte et Barruel. Le premier est connu surtout par l'ouvrage intitulé : Les erreurs de Voltaire; le Dictionnaire anti-philosophique; le Dictionnaire philosophique if la religion. Barruel se fît principalement connaître par les ffehiennes et les Mémoires pour servir à l* histoire du jacobinisme. Ces deux écrivains avaient certainement de la verve et du talent: mais ils montrèrent trop de passion contre leurs adversaires. La religion veut être défendue avec calme et charité^ oe qui n'empêche ni la vigueur ni l'énergie. Bergier est préférable, sous tons les rapports à Nonotte^ qui semble avoir voulu marcher dans la même voie que lui; elles Helviennes on Lettres provinciales philosophiques y non-seulement n'approchent pas des immortelles Provinciales de Pascal, mais ne peuvent même pas être comparées aux Lettres de quelques Juifs du spirituel Guénée. L'abbé Gérard eut du succès contre le philosophisme par son ouvrage intitulé : Le comte de Valmont; les notes de cet ouvrage sont savantes et curieuses. Pluche opposa au philosophisme deux ouvrages importants : le Spectacle de la nature et V Histoire du ciel. La science est jointe, dans ces ouvrages, à l'élégance du style, et Pluche mérite certainement une des premières places parmi les écrivains du xvm.^ siècle. Dans le premier de ses ouvrages, il fait connaître et aimer Dieu en traçant le tableau de ses œuvres; dans le second, il s'applique à démontrer que le récit de Moïse sur rorigine du monde l'emporte sans contredit sur tous les systèmes que les philosophes lui opposaient ordinairement. L'abbé Pioche appartenait à l'école de Pori-Royal; il en suivit, dans ses ouvrages, rcxcellente méthode. Au Heu d*cntrer en polémique avec les phi-

DE L'ÉGLldK DÉ PBANCE. ib

losophes, il eayoiaU avec netteté les grandes ▼érités qu'il voulait démontrer, et devant cette simple exposition^ les objections des adversaires du christianisme disparaissaient d'elles-mêmes.

Cette méthode était incontestablement préférable à celle de de Fréron, par exemple, qui se prenait corps à corps avec Voltaire, Le phOosophe de Ferney reçut, dans ces pugilats, de graves blessures, on ne peut en disconvenir; sa haine pour Fréron le dit assez ; mais il faut avouer aussi qu'il était supérieur, du côté de resprii, à son antagoniste, et qu'il le tua sous le ridicule.

Fréron faisait au philosophisme une guerre de chaque jour dans son Année littéraire: mais comme ses mœurs ne répondaient pas à la sainteté de la cause qu'il défendait, il s'attirait parfois de dures vérités. 11 avait débuté dans le monde littéraire par sa collaboration aux recueils périodiques de l'abbé Desfontainès. Cet abbé, qui avait été Jésuite comme Fréron, fit la guerre au philosophisme ; mais les hommes vraiment religieux n'approuvaient pas plus sa polémique que celle de son ex*confrère. L'un el l'autre attaquaient plus les philosophes comme écrivains que comme ennemis de h religion. Sous ce rapport, ils avaient un désavantage évident; et leurs œuvres ne pouvaient, au point de vue littéraire, lutter avec celles de Voltaire, de Rousseau, de d'Alembert et même de Diderot. De pluS; leurs principes, comme ceux de tous les Jésuites, n'étaient pas exacts. On remarque encore parmi ces religieux quelques apologistes comme le P. Colonia, auteur d'un ouvrage intitulé : Iji religion chrétienne autorisée par les témoignages dè$ auteurs païens. Ce Jésuite eût mieux fait de suivre la carrière où il était entré par cet ouvrage, que de céder à sa haine contre Portftoyal, qui lui fit composer la Bibliothèque anti-janséniêie^ ou- ^â tellement exagéré, qu'il fut censuré à Rome. 11 le refondit dans le Dictionnaire des livres jansénistes, dans la composition duquel il eut le P. Patouillet pour digne collaborateur. FeUer luimême * avoue que le zèle du P. Colonia lui fit apercevoir la secte des Jansénistes où elle n'était pas. Feller eut trop souvent le même défaut, aussi bien que la plupart de ses confrères. Malgré la passion qui éclate presque à chaque page des ouvrages de ce dernier Jésuite, nous devons cependant le mentionner parmi les apologistes de la religion, pour son Catéchisme philosophique. Cet ouvrage n'est pas fort remarquable; cependant il peut être utile à ceux qui commen-

* F^jller. Vo ColoDia.

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cent Tetude des apologistes chrétiens. Un autre Jésuite^ Baltus^ se distingua par un ouvrage en faveur des prophéties qui établissent la religion chrétienne. II fut surpassé cependant, sur cette matière, par Lefranc de Pompignan, archevêque de Vienne. Ce vertueux prélat mérite une place des plus distinguées parmi les apologistes de la religion. Ses principaux ouvrages sont : Que$tion$ diverses $ur rincrédulité ; V Incrédulité convaincue par les prophéties; là Religion vengée de l'incrédulité par f incrédulité elle-même; la Dévotion réconciliée avec Fesprit. Ces ouvrages sont généralement écrits avec sagesse et clarté ; mais on n'y remarque pas le cachet d'un esprit vraiment philosophique. Sous ce rapport, il fut dépassé par deux écrivains qui ne sont pas assez connus : Para-du- Phanjas et Lamourette. Le premier se distingua surtout par sa Philosophie du christianisme; le second, par ses Pensées sur la philosophie de Fincrédulité, et sur La philosophie de la foi. Ces deux ouvrages sont incontestablement des plus profonds qui aient été écrits pour la défense de la religion. L'auteur s'y montre aussi \ philosophe que croyant, et démontre avec une logique entraînante et avec éloquence que la vraie philosophie et la foi se prêtent un mutuel secours pour diriger l'esprit de l'homme et Tamener à la connaissance de la vérité. Mentionnons encore Jacques et Duvoisin parmi les apologistes de la religion.

Après avoir nommé les principaux orateurs^ théologiens ou apologistes qui prirent la défense du christianisme contre les philosophes; nous devons faire connaître les poètes qui suivirent la même carrière. Ceux qui méritent d'être cités sont : Louis Racine, de BemiSj de Polignac, Lefranc de Pompignan et Gilbert.

Louis Racine^ digne fils de l'auteur à'Athaliey consacra son talent poétique à exposer les preuves de l'existence de Dieu et de la Révélation. Son Poëtne de la religion est écrit en fort beaux vers. On ne pourrait, sans injustice, demander à un poème didactique de ce genre les détails qui émeuvent les passions on qui frappent l'imagination. Avant tout^ Louis Racine voulait être exact et orthodoxe. Il y a réussi^ et son poème est considéré comme une des œuvres les plus pures de notre littérature. Voltaire opposa au poème de Racine celui de la Religion naturelle; s'il égala le poète chrétien pour la poésie, il reste loin derrière lui pour la vraie philosophie et les sentiments.

Le cardinal de Polignac, qui joua le rôle que nous avons vu dans les affaires de la Constitution Vnigenitus, réfuta en bons vers

DE L'àOWm »B PRANGB. 77

latins Fathéisme et le matérialisme; son Anii-Luerèce est, sans contredit; un bon ouvrage; mais^ composé en latin, il ne pouvait avoir beaucoup d'influence sur les idées de la société. Le cardinal de Bemis voulut imiter Louis Racine. Son poème de la Religion vengée est loin de son modèle, quoiqu'on y rencontre quelque» beaux vers. Lefranc de Pompignan, frère de Tarchevéque de Vienne du même nom, défendit la religion dans plusieurs ouvrages qui ne sont pas sans mérite, particulièrement dans ses Poésies sacrées, et dans ses Discours philosophiques. Le pauvre et malheureux Gilbert osa s'attaquer au philosophisme dans ses satires. S'il eût vécu plus long-temps, on peut croire qu'il eût parcouru cette carrière d'une manière distinguée. Ce qui reste de lui atteste un vrai taleut poétique. Quelques poésies, au moins légères, ne permettent pas d'accepter sans réserves Gilbert parmi les poètes défenseurs de la religion; nous en dirons autant de J.-B. Rousseau, si connu par ses belles odes sacrées, et même du cardinal de Bemis, qui sacrifia trop à la galanterie dans ses vers.

D'après le tableau rapide que nous venons de présenter des traTaux entrepris, dans tous les genres; pour la défense de la religion contre le philosophisme, on sera convaincu qu'il y avait, au sein de l'Église, de nombreux éléments auxquels une habile impulsion eût pu faire produire de grands résultats. Malheureusement, cette impulsion manqua. Le haut clergé, en France, était trop occupé de ses misérables querelles sur le Jansénisme, pour prendre une généreuse initiative et concentrer vers le point menacé toutes les forces de l'Église. Les efforts restèrent isolés, voilà pourquoi ils échouèrent à peu près contre la coalition du philosophisme et de la franc-maçonnerie, et que l'Église fut submergée avec la royauté. Tandis que les évèques s'occupaient de refuser les sacrements et la sépulture aux Jansénistes, les ennemis de la Révélation et de l'Église continuaient leur œuvre, et arrachaient des cœurs ces grands principes que tant de discussions intestines avaient déjà ébranlés.

Nous avons devancé les temps pour présenter dans leur ensemble les principaux traits de la grande lutte qui eut lieu au xvm.* siècle entre le philosophisme et TÉglise. Nous devons revenir aux événements religieux qui eurent Ueu en France dans les dernières années du pontificat de Benoit XTV, qui se termina en 1758.

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Situation des afTaires â la mort du cardinal de Fieurx- — tt^»^ ^ i»v ^^ ^

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cour que des hommes d'État. Il était «SeSent TTlé a t

plaisait aux «suites de faire passer pour JansénisU»

A sa mort la duchesse de Châteauroux, maîtresse du roi dirigea le ministère composé de nulUtés. Boy;r, év^de S,S

Zi f "?' \''""''*'°°f "' *^"™«- De »eJs ministres s'occupdTÎ toute autre chose que de questions religieuses. La «S^Mil le r^te des préoccupations que laissaieTt iTJtJ^lS

et les Jésuites, qm se montraient d'autant plus cruels que leis

DR ÛÈaUBE PB PEANCB. 79

enfiemîs avaient été presque mis hors de combat sous le ministère du cardinal de Fleury. Boyer soutenait à la cour les traditions de Fleury, et savait arracher son élève pour quelques instants à ses infâmes orgjes, pour en obtenir des ordonnances favorables aux persécuteurs. Christophe de Beaumont^ archevêque de Paris depuis 1746^ secondait Boyer. Du moins ces deux évéques étaient vertueux, ce qui était rare à la cour de Louis XV, Après la mort

' de Boyer, Tabbé de Bernis, digne protégé de madame de Pompadour, devint l'homme important avec le comte de Slainville, autre protégé de la fameuse duchesse, et qui se fit connaître sous le titre de duc de Choiseul.

Lorsque Fleury et Boyer furent morts, le fanatisme antî- Janséniste n'eut plus à la cour de soutiens influents. Une atmosphère d'incrédulité enveloppait le gouvernement, et Christophe de Beaumont était en disgrâce. Cet archevêque avait montré un zèle extraordinaire dans la poursuite des Jansénistes. Le bon et pieux Gofiin lui-même avait été traité en hérétique, et on lui avait refusé les sacrements. Des ecclésiastiques subalternes, encouragés' par I^appui de l'archevêque, montraient un zèle qui allait parfois jus-

' qu'au plus absurde fanatisme. Le Parlement prenait parti pour les persécutés, et la cour restait témoin presque insensible des troubles. Lorsqu'en 1752, le Parlement eut décidé que la bulle Unigenitus n'était ni une règle de foi, ni un jugement de TÉglise, le plus vif enthousiasme éclata dané la population* Le conseil d'État cassa son arrêt, mais le Parlement suivit dans ses jugements la règle qu'il s'était tracée. De leur côté, les Molinisies redoublèrent de fureur. Les prédicateurs tonnaient autant contre les Parlements que contre les philosophes, et les magistrats faisaientarrêter les prédicateurs. Quelques incrédules, pour fronder la cour et les Jésuites, feignaient d'être Jansénistes ; les anathêmes et les colères troublaient trop souvent les derniers moments des malades; les hôpitaux eux-mêmes

' étaient autant de théâtres où le fanatisme se montrait dans toute sa nudité. On exigeait des déclarations catégoriques de pauvres gens

' qui ne comprenaient rien aux questions agitées. Les hommes légers

' s'amusaient de tous ces troubles; ils lançaient dans le public une foule de chansons et de pamphlets satiriques. Les hommes sérieux

' en gémissaient; les vrais Chrétiens versaient des larmes sur la religion, dont toutes ces querelles scandaleuses détruisaient la légitime influence dans les âmes.

Les Jésuites étaient ivres de joie au milieu de ce désordre. Ih

80 ■itToili

composaient des comédies ' contre le Jansénisme ; Os croyaient leur triomphe assuré, lorsqu'ils marchaient à grands pas à leur raine. Leurs excès avaient redoublé la haine qulls inspiraient depuis longtempSj et la Providence leur préparait un ch&timent mérité.

Ces excès affligeaient d'autant plus les membres modérés du clergé, qu'ils s'apercevaient fort bien qu'à la faveur des troubles, non-seulement le philosophisme gagnait du terrain, mais que la Cour elle-même nourrissait des projets qui n'allaient à rien moins qu'à menacer l'existence temporelle du clergé. Le contrôleur général des finances, Machault, avait jeté les yeux sur les biens du clergé pour couvrir le déficit effrayant du trésor royal. Le clergé accordait bien, à titre de dons gratuité^ dans toutes ses assemblées \ quelques millions; mais Machault avait conçu l'idée d'aliéner une partie des biens-fonds, en supprimant quelques abbayes qui ne lui semblaient pas fort nécessaires. Le clergé s'émut àcelte propontion. 11 fut effrayé de l'édit du mois d'août 1749 sur les biens de mainmorte. On y posait une digue à l'accroissement de ses richesses, en rendant obligatoire l'autorisation rojale pour toute nouvelle acquisition ou fondation.

Le cardinal de Larochefoucault fut, à la Cour, l'interprète des craintes du clergé. Des négociations secrètes qu'il y entama, il fut conclu d'un côté, que la Cour ôterait les finances à Machault, et qu'on abandonnerait ses projets sur les biens ecclésiastiques ; d'un autre côté, qu'on n'insisterait plus sur les billets de confesdon, et que les quenelles religieuses auraient enfin un terme. Cet acccffd fut sanctionné par la publication de l'édit du 2 septembre 1754, dans lequel il fut défendu d'exiger à l'avenir des billets de confession. Christophe de Beaumont n'eut tint aucun compte; il fut exilé. L'assemblée du clergé de 1755 ' prit chaudement le parti de l'archevêque de Paris et des billets de confession, et écrivit à Benoît XiV pour soUiciter une déclaration favorable à ses sentiments. Christophe de Beaumont n'attendit pas la décision du pape, et il publia une Instruction pastorale ^ qui n'était qu'une apologie

* Un recueil de oes eomédies a été imprimé.

* F. la GoUection générale des Prooès-verbaux des assemblées du elargé de Franoe.

> Procès-verbal de rassemblée de 1705, t. vtu, U* partie de la CoUee*ioo générale.

Mandement et Instruction pastorale du 19 septembre 1756.

OK L'iGLISB DB FEANCB. SI

de la conduite de ceux qui avaient montré le zèle le plus aveugle pour exiger des billets de confession. Un mois après cette publication, Benoît XIV adressait aux membres de la dernière assemblée du clergé le bref Ex omnibm^y dans lequel il prescrivait les règles que l'on devait suivre dans les refus de sacrements. Il s'y étendait surtout sur les conditions requises pour qu'un pécheur fût considéré comme notoire et public. Le pape blâmait donc indirectement l'inquisition qui avait été exercée dans la recherche des appelants^ tout en maintenant la légitimité des refus de sacrement en général. Il eût été à désirer que le pape eût exprimé son blâme d'une manière plus énergique^ afin d'ôter tout lieu aux abus; mais il crut devoir user de ménagements, et il parla d'une manière tellement vague que l'on pouvait abuser de son bref. Le roi défendit aux évoques de le publier avant qu'il eût donné ses; iettred-patentes. Au lieu de donner ces lettres^ il publia le 10 décembre^ une déclaration pour expliquer son édit de 1654. Il y ordonnait le respect pour la bulle VnigenituSj tout en défendant de lui attribuer le nom, le caractère ou les effets d*une règle de foi. Il déclarait que le silence prescrit par ses édits ne devait pas préjudicier au droit qu'avaient les évéques d'instruire les peuple^ sur les questions controversées; mais on les engageait à ne poini troubler la paix. On défendait les interrogations indiscrètes quo certains prêtres faisaient subir aux malades^ et D était interdit aux tribunaux séculiers de prescrire l'administration des sacrements en quelque circonstance que ce pût être. EnGn on déclarait nul et non avenu tout ce qui avait eu lieu à l'occasion des derniers troubles excités par les refus de sacrements.

Le clergé s'étant réuni en 1758 ^y adressa au roi des observations sur l'édit de 1754^ et la déclaration de 1756, et demanda la publication légale du bref Ex omnibus. La Cour esquiva ces demandes sous des phrases vagues. Elle en fit autant lorsque rassemblée de 1760 renouvela les mêmes plaintes '. Ces deux assemblées avaient demandé inutilement le rappel de l'archevêque de Paris. La Cour se montrait donc décidée à mettre fin aux troubles. L'assemblée de 1765 résolut de prendre sans elle une résolution

< V. Bullaire de Benoît XIV.

* Prooès-verbal de rassemblée de 1758. Première partie du t. viii et Piéc^ justifleat. du même volume.

» Procès-vwhal de rassemblée de 17«0. Loc. cil.

in. e

8^ HISTOIEB

énergique sur les affaires de TÉglise ^ Elle composa sous le titre d'actes sur la religion, des déclarations contre quelques ouvrages philosophiques^ sur les droits de la puissance spirituelle^ et l'obligation où Ton était de refuser les sacrements à ceux qui ne se soumettaient pas à la bulle Unigeniius, On rédigea une lettre aux évéques pour accompagner l'envoi de ces actes. Les éyéques qui étaient i Paris, sans faire partie de l'assemblée, y adhérèrent. Le Parlement les annula. Les évéques firent un Mémoire au rai pour en soutenir la validité. Le roi donna quelques paroles vagues, et maintinl ses édits et déclarations. Plusieurs prêtres, qui avaient imité Christophe de Beaumont dans son opposition aux volontés de la Cour, avaient été éloignés de Paris comme l'archevêque. L'assemblée de 1765 demanda en vain leur rappel. Larochefoucault, Bemis et Jarente, qui fut depuis évêque d'Orléans, dirigeaient la Cour dans ces circonstances. L^assemblée de 1770* renouvela la demande de celle de 1765, et aussi inutilement.

Les actes de l'assemblée de 1765 furent acceptés par tous les évéques, moins quatre, lies Parlements de province les annulèrent comme celui de Paris; et, de tout ce bruit, il ne résulta rien d'utile à l'Église. La Cour et les Parlements tinrent ferme, et Ton n'entendit plus parler de billets de confession.

Benott XIV était mort en 1758, et avait été remplacé sur le Saint-Siège par Clément XII [. Sous ce pontificat, la grande affaire religieuse en France fut celle de l'abolition de la Compagnie des Jésuites. L'abbé de Bemis céda, à cette époque, le ministère aa duc de Choiseul.

On se souvient sans doute que les Jésuites n'avaient été reçus en France qu'avec beaucoup de difficulté. Us étaient parvenus à t'y former un parti, mais la majorité leur avait toujours été contraire. Leurs intrigues pendant la Ligue, leur mauvaise doctrine, leur opposition aux évéques, leur ambition, avaient toujour éloigné d'eux la plus saine partie des catholiques. Marie de HécQçis, Mazarin, Louis XIV, se prononcèrent successivement en

* Prooès-verbal de rassemblée de 1705, t vni; de la coUeetion générale, deuxième partie.

L*assemblé9 de 1166, à U prière da la reine, écrivit mxt érdqiMS uw cireuUire pour les engager à établir dans leun diocèses la fête du sseréH de Jésus. L'abbé de Gicé fut la rédacteur de la lettre.

* V. Procèt-verbal de rassemblée de 1770. Loe. oit.

OB L'ftfiLISB BB FBANCE. 88

kRir fawur« Les Jésuites profitèrent largement de rinfluénce qui leur élait accordée. Ils s'emparèrent de la Cour^ et^ par son moyen, ib firent à leurs adversaires une guerre opiniâtre et incessante. Lis cfflifesseurs du roi^ chargés de la feuille des bénéfices ou maîtres de la conscience du roi^ devinrent des personnages à peu près tout poissants dans les aifaires religieuses. Les évéques furent choisis par eux; ib s'appliquèrent surtout à ne laisser entrer dans Té^ piscopat que des hommes qui étaient dévoués à leur Compagnie. Ceux qui furent élevés à Tépiscopat, soit à cause de leur mérite peneoutel, soit à cause de l'influence de leur famille, furent en trèi petit nombre; et les Jésuites, par leurs intrigues continuelles, «ir Bucitèrent mille difficultés, pour les punir d'avoir été élevés i Pépiscopat sans eux. Le Jansénisme fut surtout le grand moyen des Jésuites pour nuire à leurs adversaires. Ils furent ouvertement les auteurs de tous les troubles qui eurent lieu à ce sujet sous le règne de Louis XIV. Leurs intrigues étaient continuelles dans les Cours de France et de Rome. Ils obtenaient, grftce à l'influence de lemr roi, ce qu'ils n'auraient pu obtenir par eux-mêmes k Rome, et û% ne profitaient de leur succès que pour humilier et persécuter ceux qui leur faisaient ombrage. Après la mort de Louis XIV, ils surent se ménager quelqu*accès auprès du régent et de Louis XV. Les cardinaux de Bissy, de Dohan, de Tencin, de Fleury, qui leoF devaient tout, les sen iront à la Cour; et, par eux, ils continuèrent à choisir les évéques, et à persécuter leurs adversaires.

Leurs inteigues étaient trop évidentes pour que l'on en pftt douter. Fiers de leur puissance, ils se cachaient à peine ; et si parfois ils maniaient dissimuler, chacun savait parfaitement à quoi s'en tenir. Tont ee qui ne leur était pas exclusivendent dévoué, dans le dergé, dans k noblesse, dans la magistrature, était par eux desservi, caloinnié, persécuté. Ces viotenees leur firent d'ianambrables ennemis, et accélérèrent leur ruine.

C'est en vain qu'on a voulu trouver d'autres causes à la haine dont les Jésuites furent l'objet, et à leur chute. Toute leur histoire atteste qu'ils n'ont dft l'une et l'autre qu'à leurs intrigues et à leurs violences.

Après la mort de Boyer, leur dernier protecteur à la Cour, la haine qu'ils avaient inspirée et que chacun avait refoulée au fond de son cœur se fit jour, et éclata tout à coup. Comme partout ils aTaient^ voulu impeser teur joug, ils s'étaient fait de noncibreux ennemis dans la plapart des royaumes de l'Europe. Voilà pourquoi

84 NtSTOWI

on se déclara contre eux de toutes parts, dès qu'on le put sans courir trop de danger. Nous n'avons point k parler de l'abolition des Jésuites en Portugal, en Espagne, dans le royaume de Naples. Les faits sont assez importants et assez nombreux en France pour fixer toute notre attention.

Le procès du P. Lavalette fut le commencement et le prétexte de la guerre. Ce Jésuite français S établi à la Martinique, | avait fondé un vaste établissement commercial, en y appliquant les fonds d'une mission que le Gouvernement avait établie aux Antilles. Ses spéculations furent longtemps heureuses. Un grand nombre de Jésuites qui, comme lui, faisaient le commerce, étaient ses correspondants, et la société trouvait dans ce négoce des ressources immenses. Depuis longtemps on savait que les Jésuites faisaient du commerce dans leurs missions, et qu'ils accumulaient des monceaux d'or; mais ils voulaient faire croire que leurs spéculations n'existaient que dans l'esprit de leurs calomniateurs. Les Jésuites négociants prenaient les précautions les plus minutieuses pour envoyer leur argent en Europe ; et si par hasard on découvrait leurs fraudes, ils aimaient mieux perdre des sr»mmes énormes que de passer pour les avoir gagnées. C'est ce qui arriva en 170i, en Espagne, à l'arrivée d'une flottille qui venait des Indes. Le duc de Saint-Simon raconte ainsi le fait dans ses Mémoires * :

<f En déchargeant les vaisseaux, il se trouva huit grandes caisses de chocolat, dont le dessus était : Chocolat pour le très ritirtni procureur général de la Compagnie de Jésus. Ces caisses pensèrent rompre les reins aux gens qui les déchargèrent, et qui s'y mirent au double de ce qu'il fallait è^les transporter à proportion de leur grandeur. L'extrême peine qu'ils y eurent encore avec ce renfort, donna curiosité de savoir quelle pouvait en être la cause. Toutes les caisses arrivées dans les magasins de Cadix, ceux qui les régissaient en ouvrirent une entre eux, et n'y trouvèrent que de grandes et grosses billes de chocolat arrangées les unes sur les

* Ré7ui8i(oire de Vavocat-génëral Le Pelletier de Saînt-Fargeau ; Mémoira à consulter pour Jean Lioncy, m-4.o de 25 pages ; Mémoire à consulter pour les lésuites, iii-4.o de 51 pages; plaidoyers de Gerbier et de Le Goavé eoatre les Jésuites; plaidoyers de Thëvenot dXssaules et de Laget pour les Jésuites; Mémoire pour le sieur Cazotte, commissaire général de la marine, eontre le général et la société des Jésuites.

* Mémoires du due de Saint-Simon» t. lit, oh. 7. I^t. du marqnl* «te Saint-

BilBOD.

DB L*A6LIM DB FEANCB, SS

autres. Ils en prirent ane dont la pesanteur les surprit^ puis une deuxième^ une troisième toujours également pesantes. Ils en rompirent une qui résista^ mais le chocolat s'éclata^ et ayant redoublé, ils trouvèrent que c'étaient toutes billes d'or revêtues d*un doigt d'épais de chocolat tout à l'entour; car, après cet essai, ils visité» rent au hasard le reste de la caisse et presque toutes les autres. Ils en donnèrent avis à Madrid, où, malgré tout le crédit de la Compagnie, on s'en voulut donner le plaisir. On fit avertir les Jésuites, mais en vain. Ces fins politiques se gardèrent bien de réclamer un chocolat si précieux; ils aimèrent nueux le perdre que de Tavoner. ils protestèrent donc d'injures, qu'ils ne savaient ce que c'était, et ils y persévérèrent avec tant de fermeté et d'unanimité, que l'or demeura au profit du roi, qui ne fut pas médiocre, et on en peut juger par le volume de huit grandes caisses de grandes et grosses billes solides d or; et le chocolat qui les revélissait à oeux qui avaient découvert la galanterie, b

Les Jésuites pouvaient, sans se gêner, faire ce petit cadeau au roi d'Espagne; ils possédaient dans ses états d'assez grandes richesses : a L'Espagne, dit le duc de Saint-Simon % fourmillait de leurs collèges, de leurs noviciats, de leurs maisons professes; et, comme ik héritent en ce pays-là comme s'ils n'étaient pas religieux, toutes ces maisons vastes, nombreuses, magnifiques en tout, sont extrêmement riches. »

En France, les Jésuites n'héritaient pas légalement; ils voulurent profiter du dévouement extraordinaire que leur témoignait Louis XIV pour arriver, par des voies détournées, à enrichir leur Compagnie de l'héritage 46 leurs profès. Le moyen qu'ils imaginèrent fut de faire sortir, pour la forme seulement, de leur société, ceux dont ils convoitaient les biens, afin qu'ils pussent, en rentrant dans le monde, réclamer à leur famille ce qui leur revenait. Us essayèrent de ce moyen dans la personne d'un certain d'Âubercourt *. Louis XIV fit entendre aux magistrats qu'il voulait qu'on donnât raison aux Jésuites; mais le Parlement soutint la législation alors en vigueur, pour tous les profès des congrégations religieuses ayant fait des vœux solennels; et les Jésuites échouèrent dans leur dessein, malgré l'autorité de leur roi *.

* Mémoires du duc ds Stint-Siinoo, t. m, oh. 9.

* IMtf., oh. 9f7.

* Bn 1715, Us obtfaireiit que las Jésuites renvojrés hériteraient jusqu'à as ans. Saint-ëlmoD, t. xn, eh. 18.

86 HIffTOItC

Mais s'ils n*héritaieot pas en France, les Jésuites savaient bien s'y procurer de Targent, soit au moyen des bénéfiees qu'ils fai<> saient unir a leurs collèges ^ , soit par d'autres moyens à eax eotmus, et que chacun soupçonnait* Le commerce de leurs confrères n'était pas muis douté moins productif pour eux que pour les Jésuites d'Espagne ou d'Italie*

Le P. Lavalette* avait des correspondants en France avec plu* sieurs maisons de commerce de France, et en particulier arec les firères Lioncy et Gouffre, de Marseille. En 1756, lorsque lagoenv fiit dédarée entre la France et l'Angleterre, cette dernière puissance captura un grand nombre de vaisseaux appartenant à Ah Français* Lavalette perdit alors plusieurs de ses bâtiments. 11 se hâta de demander des secours aux Jésuites négociants qui coneipondaient avec lui, et au général de la Compagnie. Mais ceux-d^ trouvant ses dettes trop onéreuses, résolurent de l'abandonner, d de répandre le bruit qu'il n'avait fait le commerce que pour son propre compte» contre la volonté de ses supérieurs, et en transgressant les constitutions de la Compagnie. Plusieurs lettres de change du P* Lavalette furent donc protestées. Lavalette déclara une faillite de plusieurs millions» Les frères Lioncy et Gouffre, porteuis d'un des effets de commerce du P. Lavalette, voyant leur situation compromise par le non-paiement, s'adressèrent aux tribunauXi qui condamnèrent les Jésuites comme solidaires et responsaUes du P. Lavalette. Les négociants avaient d'abord fait des démarches directes auprès des jâuites , qui leur avaient offert de dire h messe à leur intention. Ce n'était pas précisément ce que demandaient les négociants si gravem^it lésés dans leurs intérêts*

Les Jésuites appelèrent de là sentence des tribunaux de oomneroe au Parlement de Paris. Ik y exposèrent leur système de défense, désavouèrent Lavalette, et parlèrent de leurft oonstitutiens, sans prévoir les suites de cette déclaration.

Le Parlement confirma la sentence des premiers trihuiiaux ; et b solidarité de toute la Compagnie lui parut tellement démontrée, qu'il ne crut pas devoir appliquer la loi alors en vigueur» qui

1 On peut Toir le relevé des biens des Jésuites dans le Recueil de$ arréu cùncernant les Jésuites. Paris, Simon, imprimettr du Psrltf&ent.

* Outre les plaidoyers et Mémoires cités ci-dessup, on peol oonsulter : Mémoires de Gwrgel ; VolUire, sièole de Louis XV; da la Destrad»«^ Jésuites, par D*Alembert.

DE L*èOL10B DB FKANCB. gy

condâérait ehaque maifion religieuse comme un propriétaire entièrement libre des obligations des maisons du même ordre. Les Jésuites comptaient sur cette législation; mais ils furent trompés dans leur attente. L'avocat général^ Lepelletier de Saint-f argeau^ prouva 5 d'après les bulles des papes concernant TLostitut des Jésuites, que le générai était Tunique propriétaire de tous les biens de l'Ordre, et> en conséquence, responsable de tous les membres. Le tribunal, cotiformément à ses conclusions, condamna le ; général des Jésuites à payer les dettes de Lavalette s'élevant à

I million 500 mille livres environ, et à 60^000 francs de dommagesintérêts. Cet arrêt fut rendu le 8 mai 1761 S eu présence d'une foule considérable, et au milieu des plus grands applaudissements.

II causa une satisfaction générale *•

Afin de se réhabiliter dans Topinion publique, le général des ; Jésuites envoya des visiteurs à Ùl Martinique; on fit à Lavalelle une espèce de procès, dans lequel il fut condamné comme ayant i fait le commerce sans en avertir ses supérieurs, et contre la défense des Constitutions. Lavalette reconnut par écrit avoir été bien s jugé, il quitta la Compagnie, extérieurement du moins, et se retira en Angleterre^ U déclara, à tous ceux qui voulurent Tentendre, qu'il devait seul porter la responsabilité de son commerce et de sa failUte; mais il trouva beaucoup d'incrédules, et les précautions :, mêmes des Jésuites confirmèrent l'opinion publique sur les relations commerciales de toute la Compagnie avec Lavalette. Pendant leur procès au Parlement, les Jésuites avaient mis en c avant leurs Constitutions, et en avaient indiqué une édition faite à Prague en 1767. Cet avis .excita l'attention, et Ton examina ces i fameuses Constitutions. L'abbé Chauvelin, conseiller à la Grand r Chambre, les dénonça le 17 avril 1761$ ce jour-là même, le $ tribunal enjoignit aux Jésuites de les déposer au greffe, et ordonna aux gens du roi d'en prendre communication.

Orner Joly de Fleury, avocat du roi, en rendit compte pendant lesséances des 3,4, 6 et 7 juillets Après son discours, d'une grande

^ Hdcaeil des arrêts eonceniant les Jésuites | Gilbert des Yoifrins, procédure contre Tinstitut et les constitutions des Jésuites.

* Lettre du nonce Pamphili Colonne, dans VHisMre du pantipeat de ClémêM XI F par le P, Theiner, 1. 1, p. «T.

' Recueil des arrêts concernant les Jésuites;. Procédure contre Tlnstitut et les toQstitutioDs des Jésuites.

9^ UISTOIIIi

éloquence, le Pariement nomma une comminion pour lui rendre compte de8 Ck>n8titation8 et des principaux faits concernant la société. La commission fut composée des abbés Ghautelin , Terray et Laverdy,

La dénonciation que GhauTetin avait faite au Pariement de Tinstitut des Jésuites mérite de fixer l'attention ^ Il fit remarquer d'abord la forme de la société^ qui admet dans son sein une foule àt membres, sans compter les novices et les affiliés qui pouvaient éfre considérés comme faisant partie de la société, et qui, dans un sens plus restreint, ne lui appartiennent pas, puisque n'en ont pas fait tous les vœux, et qu'ils n'en sont pas véritablement profès; par ce moyen on possède la facilité de passer pour Jésuite, ou de nier qu'on appartienne à la Compagnie, selon les circonstances.

Cette société ambiguë est gouvernée par un roi absolu, dont la volonté est la règle suprême, et qui réside en dehors de la France. Chaque Jésuite, profès ou simple affilié, peut être considéré comme un sujet de ce despote étranger, sujet lié par un tel vœu d'obéissance, qu'il n'a plus d'autre volonté que celle du chef.

Ces Jésuites, soumis d'une manière si absolue à leur général^ se proclament exempts de toute juridiction épiscopale, et même de toute autorité temporelle. L'abbé de Chauveiin appuya cette de^ nière assertion sur les témoignages de dix-neuf théologiens de la société, qui osèrent l'enseigner en des écrits imprimés, avec l'approbation de leurs supérieurs. Quant à leurs prétentions à l'exemption de toute autorité épiscopale, on ne peut en douter lor^u'on a jeté les yeux sur les bulles qui leur accordent tous les privUéges possibles; et les Jésuites ont prouvé mille fois, par leur condoite, qu'ils entendaient ces bulles à la lettre.

Le 8 juillet, 'l'abbé de Chauveiin fit un nouveau discours' an Parlement contre la mauvaise doctrine des Jésuites au double point de vue dogmatique et moral; il cita une foule de témoignages de leurs écrivains, pour prouver que cette mauvaise doctrine appartenait bien à la société, et qu'elle s'y était perpétuée depuis son origine, sans interruption.

Tandis que la commission nommée par le Pariement examinait la doctrine et les constitutions des Jésuites, une autre commisfiioDi

* Discours d*un de MM. des Enquêtes, etc., sur les oanstitotioni an Jésuites.

* Di8Courf,etc., sur la doctrine des Jésyite9.

DE l'Ibgliss DB rRA!<CI. 89

nommée par le roi^ s^occupait du même travail. Pour lui laisser le temps d'aviser à ce qu'il y aurait à faire, le roi ordonna, le 2 août, au Parlement de surseoir pendant un an au procès commencé. Le Parlement n'enregistra cette ordonnance qu'avec des clauses qui lui laissaient toute la liberté de poursuivre les Jésuites sur des faits particuliers. Le 6 août, sur le rapport de l'abbé Terray, ce tribunal *, chambres* assemblées, reçut le procureur général appelant comme d'abus de toutes bulles, brefs et lettres apostoliques concernant les prêtres et écoliers de la Compagnie de Jésus, le même jour, Q condamna au feu les ouvrages de vingt-quatre Jésuites, imprimés avec Tapprobatton des supérieurs; il ordonna en outre que les Jésuites déposeraient à son greflTe les titres de leurs éta* blissements.

La commission royale essaya de sauver les Jésuites en faisant intervenir le clergé. La plupart des évoques devaient leur siège à ces religieux, et leur étaient dévoués. On avait tout lieu de croire qu'ils donneraient un avis favorable. On leur proposa donc les quatre questions suivantes* : l» Quelle est l'utilité des Jésuites en France? *» Quelle a été leur conduite dans l'enseignement et leur doctrine touchant le régicide, les quatre articles de 1682, et les opinions ultramontaines? 3® (^eUe a été leur soumission aux évêques et leurs entreprises sur les droits et les fonctions despasr leurs? 4** Quel tempérament on pourrait apporter à l'autorité du général des Jésuites en France.

Au mois de juillet précédent , au moment où le Parlement poursuivait les Jésuites avec le plus d'activité, Christophe de Beaumont, archevêque de Paris, avait proposé aux évêques réunis à Paris en assemblée générale, de signer une lettre en faveur des Jésuites, et de l'adresser au roi. Aucun n'avait osé. Seulement ils avaient consenti à la présenter. Le roi avait alors reftisé de l'accepter. Au mois de décembre, la Cour s'était prononcée en faveur des Jésuites, et les évêques réunis alors^ étant certains de l'opinion du roi, ne craignirent plus d'émettre un avis favorable. I» fermèrent donc les yeux sur les privilèges que les Jésuites avaient invoqués si souvent pour se soustraire à la juridiction épiscopale ;

^ Recueil des arrêts, etc. concernant les Jésuites. Paris, Simon, imprimeur du Parlement; Gilliert des Voisins, procédure contre Tinstitat et les eonstitutions des Jésuites.

* Prooèt-Terbaux des assemblées du clergé, I. viu.

USTOIU

sur leê vices de leurs réglementSi sur leurs pernicieux prineipes de morale* Ils prétendirent que la Compagnie ne pouvait porter la responsabilité des ouvrages des Casuistes^ sans réfléchir que ces ouvrages avaient été imprimés, pour la plupart avec Tapprobation des supérieurs; qu^ils avaient été répandus malgré les censures dont ils étaient l'objet, et que, dans leur conduite pour la direction, les Jésuites les mettaient en pratique.

Les.évéquesqui^ en 1761, donnèrent un avis favorable sur les quatre questions de la Cour, étaient au nombre de quarante-cinq. Cinq seulement pensèrent que les constitutions des Jésuites devaient être modifiées; un seul, de Fiti-James, évéque de Soissons, eut assez de courage pour dire ouvertement que cet Ordre religieux devait être supprimé. Il rendit justice aux membres en particulier; mais y pensait avec raison que Ton ne devait pas juger de TOrdre par ses membres pris isolément, à cause de Tabnégation absolue dont ils font profession. Les qualités de chaque Jésuite en partiettUtr s'effacent devant Tesprit général de l'Ordre, qui ne s'inspire que du général^ et auquel tous les particuliers immolent leur intelligence comme leur volonté. L'Ordre avait donc pu être fort mauvais, tout en possédant un grand nombre de membres vertueux. Telle était l'opinion de l'évâque de Soissons et de tous eeux qui jugeaient la question avec une liberté entière, et avec désuitéressement.

Avant de donner leur avis favorable, les évéques avaient demandé aux Jésuites quels étaient leurs sentiments touchant les quatre questions de la Cour. Ceux-ci avaient répondu par une déclaration *■ dans laquelle ils se prétendaient soumis de la manière la plus absolue aux lois du royaume, aux quatre articles de 16Si et à l'autorité des évéques. C était renoncer aux privilèges qu'ils avaient si souvent essayé de faire valoir. Us attestaient que, si leur général leur ordonnait quelque chose de contraire à leur déclaration, ils le considéreraient comme criminel, et, en conséquence, commue nul de plein droit.

. Cette déclaration était la condamnation de toute la conduite des Jésuites, depuis leur établissement en France. Les évéques qui la reçurent voulurent bien la considérer comme vraie; mais, en général, on n'y vit qu'une concession faite aux circonstances, et

1 Prooès-verbaux des assemblées du clergé de France, t. vui, deunèoie partie, pièces iu$Uf.

Dl L*i6U8l OB P1A1«G8. 91

que les Jésuites ne respecteraient qu'autant qu'ils ne pourraient pas la violer impunément. Il ne fallut rien moins que cette déclaration gallicane pour gagner la majorité des évêques de Tassem^ blée, qui^ au fond^ connaissaient trop bien les Jésuites pour leur être favorables. Le nonce convenait de cette disposition des évêques dans les lettres qu'il écrivait à Rome ^

Le roi ayant reçu l'adhésion des quarante-cinq évéques^ crut pouvoir prendre un moyen-terme entre les amis des Jésuites et le Parlement, et donner ainsi satisfaction à l'opinion publique. Choiseul s'était flatté de réussir, par ce moyen, à arrêter le Parlement, et à sauver les Jésuites \ Louis XV rendit donc, au noois de mars 1762, un édit dans lequel il annula les procédures entamées Tdnflée précédente; puis il déclara les Jésuites assujettis à la juridiction des évêques, aux lois de l'État; et il régla ta manière dont le général exercerait son autorité en France. Avant de rendre son édit, il avait eu soin d'envoyer au cardinal de Rochechouart, son ambassadeur extraordinaire à Rome, une instruction détaillée, dans laquelle il était mandé au cardinal de voir le général des Jésuites et de lui persuader que le moyen adopté par le roi était le seid par lequel on pourrait sauver sa société en France '. Le roi proposait de nommer pour la France un vicaire général qui gouvernerait la société. Le général se refusa à cet accommodement, et récrivit au roi par l'intermédiaire du cardinal de Rochechouart. Ce fut alors que fut prononcé le mot fameux : sint ut iunt aut non mt \

Le roi n'en présenta pas moins son édit au Parlement, qui, après en avoir longuement délibéré, résolut de ne point l'enregistrer. Il fut retiré par la Cour.

Depuis le dépôt fait au grefiTe de tous les titres des établissements des Jésuites, le Parlement avait examiné ces titres et une foule de mémoires envoyés par un grand nombre de localités *. Après cet

^ Lettre du 2 novembre, citée par le P. Theiner dans son tfIsUdre âk )mtifkal ée Clément X/F» t. i, p. 4SI.

* Lettres du nonoe apostolique en France, an secrétaire d*Étal de Glë- Bent XIU, dans VBiMlMM ^ ponlilîeaê de Clénmt XIT, ^n le P. Tbsioer, 1. 1, p. 36 et suiv.

' F. VBMÂtû éa ponUfietU de Clémenl XIV par le P. Theiner, préfet coadJBtenr des archives secrètes du Vatican. T. i, p. 45. F« Ei Clémentia XIY Epist. et Brev.

^ Qa*iU Boiest tels qn^ils sont on qu'ils n'existent pas.

^ Recueil des arrêts» etc. Gilbert des Voisins, procédure, etc.

Uamen, le Parlement supprima, le 1" ;l^Til |lT62).les quiire- TÎngto collèges de» Jésuites qui avaient élé clablis illé^ement.

En même tempi, une foule d'écrits furent publiés contre l'institut ou contre la doctrine des Jésuites. Nous indiquerons sculemtni le plus célèbre, intitulé : Extraits des assertions dangfmsn « pernieieutei m totU genre que In soi^disanl Jésuites ont dofu tout ttmpi persévérammmt soutenues, publiées et emngnêei dant burs {ivres avec Capprobation de leurs supérieurs et géniraux

n y avdit sans doute de l'exagéralion et quelques icdicaSom busses dans cet ou^Tage, oil les passdi.-es soûl eilr^mement dodbreui ; mais on ne pouvait nier que h plupart des théologiens Jétaitea n'eussent soutenu au fond les iiiaTivaises doctrines oui leur étaient reprochées dans ce rocueil. Lne partie des eitraili ivueni élé lus ta Pariement, le 3 ji^ptembre 1761, et présenlà deux jours «près au roi, qui dit en los reccTant : ■ Je condamne, liniî que vous, les maximes pemiaeuscs des lirres dont voui m'ipportei les extraita. Je m'en taii déjd fiit rendre compte, et j'approuve la condamnaUon que vous en aiei faite dans tous les temps, a Les extraili furent complétas cu^te ; vérifiés par une ootninissioQ nommée dans ce but, et .i<lo|)i<r^ enfin dan^ la îéaiice du S mars 17fâ. Os furent ensuite adre-«?^ d lous les évéques eti tous les magistrats de France '.

Plusieun ï*BrlemeDts secondèrent celui de Paris, ceux de Bretupxt et de Provence se firent remarquer. La Chalotaîs, procureur fénéral de Bretagoe, Uonclar de Pro* ence et Dudon de Bordeaui. publièrent des comptes-rendus des con>iiiulions des Jésuites, qui produisirent une vive impressioo. Ctui de La Chalotais sont te plus célèbres.

L'assemblée du clergé', réunie e.xtraordmairement en 1762. pnt U défense des Jésuites, et écrivit au roi pour demander leur conservation. oSu*, disaient les éviques. nous vous préseaton^ le vœu unanime de toutes les provinces ecclésiastique de voire royaume; elles ne peuvent envisager <.ins alarmes U desiruciion d une Mdeté de religieux reconimana,ibles par rinlégrilé de leun mœurs, I austénié de leur discipline, 1 étendue de leurs travaux ei

* Proeài-nrbsui ilri iwlilitu tkn B^idrals.

cjeil d«s «Tels t dD dergt de Fnoee. t. vnt ds ti «slht-

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de leurs lumières, et par les services sans nombre qu'ils ont rendus i l'Église et à FÉtat Cette société. Sire, depuis la première époque de son établissement, n'a cessé d'éprouver des contradictions : les ennemis de la foi l'ont toujours persécutée; et dans le sein même de l'Église, elle a trouvé des adversaires, aussi dangereux rivaux de ses succès et de ses talents, qu'attentifs à profiter de ses fautes les plus légères. »

La lettre entière des évéques n'était qu'un développement de cette idée : les Jésuites utiles et pieux sont en butte à la jalousie des Jansénistes, et victimes de la haine des ennemis de la foi. Les Jésuites se présentaient eux-mêmes sous cet aspect; mais ces plaintes ne faisaient aucune impression sur l'esprit public. Tout le monde savait quel abus les Jésuites avaient fait de leur influence à la Cour pour persécuter ceux qui n'avaient que le tort de ne vou* loir pas se soumettre à leur joug. Les victimes qu'ils avaient faites dans tous les diocèses depuis la bulle Unigenitui, sous prétexte de Jansénisme, demandaient vengeance contre eux; il ne faut pas chercher ailleurs que dans leurs violences la cause de la haine qu'on ressentait partout contre eux. Les évéques de l'assemblée de 1762 pouvaient dire qu'ils étaient les interprètes des provinces ecclésiastiques; il n'en était pas moins vrai que de ces provinces on envoyait au Parlement des mémoires innombrables contre les accusés, que le clergé secondaire applaudissait à la conduite des magistrats, et que l'arrêt qui frappa les Jésuites fut reçu avec un enÀousiasme presque universel. Ce sentiment unanime en dit plus que les éloges d'évéques qui devaient trop aux Jésuites pour n'être pas suspects de partialité en leur faveur.

L'assemblée de 1762 fit aussi au roi des remontrances touchant les dxréts des Parlements qui ne respectaient pas les vœux de certains Jésuites et les regardaient comme illégaux ^ Ces remontrances ne produisirent pas plus d'efiet que la lettre. Depuis l'arrêt du l*' avril, jusqu'au 6 août, le Parlement de Paris s'occupa de régler l'établissement des collèges dans les différentes villes de son ressort, à recevoir les réclamations des créanciers des Jésuites, et à entendre le compte-rendu des commissaires nommés pour faire l'inventaire dans les maisons supprimées'. Les Jésuites s'é-

' Le Parlement avait attaqué, le 2 arril 1702, les vœux »eereii d^auewM •oi'dtianl JHuUes vivant dans le monde en haUtUe séeuUers.

Recueil des arrêts, déclarationsi, etc., concernant les Jésuites ; Gilbert des Tolûns, procédure contre Vinstital et les constitutions des Jésuites.

examen, le Parlement supprima, le I" f TiDgts collèges des Jésuites qui avalent ét ':

En même temps, une fouie d'écrila.' ", litut ou contre la doctrine des Jésuite? le plus célèbre, intitulé : Extraitt pernicieutes en loul genre qiir tout temps persêvérammenl lou' kurs liiTct avec lupprobati» f - ^ ■! ■ l

Il y avait sans doute d«0 'll»l* fausses dans cet ouvrage, 0* » il-' breus ; mais on ne poaTj > Jésnilcs n'eussent soute, ■ ' leur éUient reprodi^ , ?'| avaient élé lus en Pi' deux jours après M / ^ ' ainsi que vous, '' »

m'apportez les '( j'approuve la c temps. » Les commission du 5 man tousksr

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. l'Enstilul ou la doctrine da

.usiitut fut d^laré If inadnimiUt

.lat policé, comme conlralre au <froi<

. toute auiorilè temporelle el qiiriliielfc.

dans l'Ëgtise el dans les Ëtals, »

pht^ .iislinil religicnx, no» un Ordre <jni aspir.'

twoe jnitpicroent àla perfection év.nn^li(pie; mais [ ; gén/ jHwwe, dont l'cs-seni^e consiste dans une aetttiic conopo' ^vear parvenir, par toutes sortes de vor-s directes oa umHf iounlcsoii pidiUquw, d'abordàune indépendance alMotiu,

'**J^vement à rnsurpalion de toute autorilù. »

^J*^lpmenl déclara les vœux d'obéissance 4cs J^Hn nom

^tiemfttt énits. et les afitliations i leur sociël* ahoMvrs. Tom Cttocmhrei lie In Compagnie ayant trcnte-trofa ans s

.prtil six mois pour former des demandes de pensiom i i^rTsuf iM biens de la socïité. En attendant, on poumit k km

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H»**^*^ ''^ C6tte société, ni

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ci-devant soi--

créanciers, et une

^^ V oances nombreuses et

f% -, le roi soumit de nouveau à

^ oïl Tezamen de l'institut et des

V examen dura deux ans.

aient XIII avait pris le parti des Jésuites V au roi et à l'assemblée du clergé de 1762 •. A-e ne fut pas remise officiellement à rassemblée ; *aî en communiqua une copie, et c'était pour entrer .^ du pape que les évéques avaient adressé au roi la lettre ^(Mavons parlé. Le Parlement ayant rendu son arrêt, Clém( Xni en parla aux cardinaux dans le consistoire du 3 septemitte. ns'j plaignit en particulier de la violence avec laquelle on avait contraint^ par la voie la plus illégale, les Jésuites à sousenire (a déclaration gallicane de 1682, si injurieuse à Vautorité hinÂtit-Siége» On n'obligeait à cette souscription que les Jésuites qmNOVsIaient exercer des fonctions auxquelles était attachée l'obligation de professer cette doctrine, d'après l'édît de Louis XIV; on De leur faisait donc pas de violence ; on est étonné d'entendre Clément XIII appeler injurieuse à Tautorité du Saint-Siège la déclaration de 1682, cette œuvre de Bossuet, aussi modérée pour le fonds que pour la forme, et qui ne contient que l'expression de la pare doctrine admise par tous dans l'Église, avant Rétablissement assez récent de l'ultramontanisme. Les plus sages des cardinaux Srent comprendre au pape que les Jésuites ne souffraient aucune

* F. Recueil des arrâts, déclarations, etc., concernant les dHlevaiHl disut Jésuites, etc.

* Tbeiner, Butoire du pontificat de CtémmU XIV, 1. 1, p. 47.

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examen, le Parlement supprima, le l^ avrU (1762), les quatre- Tingts coUéges des Jésuites qui avaient été établis iUégalement.

En même temps, une foule d'écrits furent publiés contre Vmtitut ou contre la doctrine des Jésuites. Nous indiquerons seulement le plus célèbre^ intitulé : Extraits *de$ assertions dangereuses et pernicieuses en tout genre que les soi-disant Jésuites ont dans tout temps persévéramment soutenues, publiées et enseignées dam leurs livres avec V approbation de leurs supérieurs et généraux.

Il y avait sans doute de l'exagération et quelques indications fausses dans cet ouvrage, où les passages sont extrêmement nombreux ; mais on ne pouvait nier que la plupart des théologiens Jésuites n'eussent soutenu au fond les mauvaises doctrines qui leur étaient reprochées dans ce recueil. Une partie des extraits avaient été lus en Parlement, le 3 septembre 1761, et présentés deux jours après au roi, qui dit en les recevant : a Je condamne, ainsi que vous, les maximes pernicieuses des livres dont vous m'apportez les extraits. Je m'en suis déjà fait rendre compte, et j'approuve la condamnation que vous en avez faite dans tous les temps. » Les extraits furent complétés ensuite ; vérifiés par une commission nommée dans ce but, et adoptés enfin dans la séance du 5 mars 1762. Hs furent ensuite adressés à tous les évéques et à tous les magistrats de France ^

Plusieurs Parlements secondèrent celui de Paris, ceux de Bretagne et de Provence se firent remarquer. La Chalotais, procm'enr général de Bretagne, Monclar de Provence et Dudon de Bordeaux, publièrent des comptes-rendus des constitutions des Jésuites, qui produisirent une vive impression. Ceux de La Chalotais sont les plus célèbres.

L'assemblée du clergé % réunie extraordinairement en 1762 ^ prit la défense des Jésuites, et écrivit au roi pour demander leur conservation, a Sire, disaient les évéques, nous vous présentons le vœu unanime de toutes les provinces ecclésiastiques de votre royaume; elles ne peuvent envisager sans alarmes la destruction d'une société de religieux recommandables par l'intégrité de leun mœurs, l'austérité de leur discipline, l'étendue de leurs travaux et

A Gilbert des Voisins, procédure, ete. Recueil des arrêts coneemait las Jésuites.

• Prcoàs-verbauz des assemblées du dergé de Fraiiee, t. Tm de la colleetioD générale.

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de leun lumières, et par les services sans nombre qu'ils ont rendus à rËglise et à TÉtat Cette société. Sire, depuis la première époque de son établissement, n'a cessé d'éprouver des contradictions : les ennemis de la foi l'ont toujours persécutée; et dans le sein même de l'Église, elle a trouvé des adversaires, aussi dangereux rivaux de ses succès et de ses talents, qu'attentifs à profiter de ses fautes les plus légères. »

La lettre entière des évéques n'était qu'un développement de cette idée : les Jésuites utiles et pieux sont en butte à la jalousie des Jansénistes, et victimes de la haine des ennemis de la foi. Les Jésuites se présentaient eux-mêmes sous cet aspect; mais ces plaintes ne faisaient aucune impression sur l'esprit public. Tout le monde savait quel abus les Jésuites avaient fait de leur influence à la Cour pour persécuter ceux qui n'ayaient que le tort de ne vou* loir pas se soumettre à leur joug. Les victimes qu'ils avaient faites dans tous les diocèses depuis la bulle Unigenilui, sous prétexte de Jansénisme, demandaient vengeance contre eux; il ne faut pas chercher ailleurs que dans leurs violences la cause de la haine qu'on ressentait partout contre eux. Les évéques de l'assemblée de 1762 pouvaient dire qu'ils étaient les interprètes des provinces ecclésiastiques; U n'en était pas moins vrai que de ces provinces on envoyait au Parlement des mémoires innombrables contre les accusés, que le clergé secondaire applaudissait à la conduite des magistrats, et que l'arrêt qui frappa les Jésuites fut reçu avec un enÂousiasme presque universel. Ce sentiment unanime en dit plus que les éloges d'évéques qui devaient trop aux Jésuites pour n'être pas suspects de partialité en leur faveur.

L'assemblée de 1762 fit aussi au roi des remontrances touchant les sxrêts des Parlements qui ne respectaient pas les vœux de certains Jésuites et les regardaient comme illégaux ^ Ces remontrances ne produisirent pas plus d'efiet que la lettre. Depuis l'arrêt du l*' avril, jusqu'au 6 août, le Parlement de Paris s'occupa de régler l'établissement des collèges dans les différentes villes de son ressort, à recevoir les réclamations des créanciers des Jésuites, et à entendre le compte-rendu des commissaires nommés pour faire l'inventaire dans les maisons supprimées*. Les Jésuites s'é-

' Le Pariemeat avait attaqué, le 2 avril 1102, les vœux ieereit d^aueum ^oi-duant JHuiUs vivant dans le monde en haUtiU iéeuHers.

Recueil des arrêts, déclarationsi, etc., concernant les Jésuites ; Gilbert des Voisins, procédure contre Vinstltut et les oonstltutions des Jésuites.

teient hités de prendre ce qai étaM le plus à leur eeavcmwa, quoique tout ce qui kur appartenait fftt le gage de leurs eiéixh eien. Le 10 avrils on saisit soixante ballots que les Jésuites de Lyon avaient embarqués sur le Rhdne pour Avignon, vilie qui était encore àHùn du domaine pontifical ^ Quant à Targent, oi n'en trouva point ches eux, quoiqu'il aient laissé impayées même leurs dettes courantes K

Le procureur-général du roi avait déposé au Farlemeni des eonclusions qui tendaient à dire « qu'il y avait abus à défendit aux soi-disant Jésuites de vivre sous Vlnstitut, et d*obéir au génirai, au régime et aux constitutions dudit Institut * » La cause fat appelée le 6 août (176S). La séance fût longue ; plusieurs membres

Crésentèrent de graves considérations sur llnstitnt des Jésuites en li-méme, sur leur doctrine, leurs vœux et sur les personnes qui eomposent la Compagnie. L'abbé Terray fit un long rapport sur ces divers points; après quoi la Cour rendit un arrêt fortement motivé sur toutes les lois, arrêts et déclarations soit civiles soit ecclésiastiques qui avaient frappé l'Institut ou la doctrine dei Jésuites. Par cet arrêt, cet Institut fut déclaré a inadmissibk par sa nature dans tout état policé, comme contraire au droit nature), attentatoire à toute autorité temporelle et spirituelle, et tendant à établir, dans l'Église et dans les États, sons le voile spécieux d'un Institut religieux, non un Ordre qui aspire véritablement et um'quement à la perfection évangéKque ; mais plntêt ub corps politique, dont l'essence consiste dans une activité continuelle pour parvenir, par toutes sortes de voies directes ou indirectes, sourdes ou pofitiques, d'abord à une indépendance absolue, et successivement à l'usurpation de tonte autorité. «

Le Parlement déclara les vœux d'obéissance des Jésuites non valablement émis, et les affiliations à leur société abustres. Tous les membres de la Compagnie ayant trente-trois ans accomplis, eurent six mois pour former des demandes de pension alimentaire sur les biens de la société. En attendant, on pourvut à leurs

> Gilbart des Voisins, proeédnr», sle.

* Les boulangers, bouchers et autres fournisseurs, ne furent pas payés sor las peasioBt de Vauée oouraate, oomme on peut le voir dans VOrin fMrai et définUifàê km$ leê er^ofidira, «(c., in-S.o. Paris, Simoir, laipriiMtf du Padsmeat; aan. 1722.

* Gilbeit éss VoMns, proeéduni, ele. Recueil des arrêts, e«e.

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besoins par un arrêt partîculîer. Il fut arrêté que les ex-Jésultes ne pourraient remplir aucune fonction, ni posséder de bénéfices, qu'après avoir prêté serment de tenir et professer la doctrine des quatre articles de 1682; de renoncer aux erreurs de leur ancienne société ; de ne conserver aucune affiliation avec cette société, ni avec le général. Le même jour, 6 aoftt, le Parlement condamna au feu cent soixante-quatre ouvrages, thèses et cahiers des ex-Jésuites, et publiés par eux depuis Tan 1600 jusqu'en 1762.

L'exécution de cet arrêt occupa long-temps les magistrats. L*éta<* bUssement des collèges, les pensions à accorder aux ci-devant sot-disant Jésuites, le règlement des droits de leurs créanciers, et une foule d'autres objets^ donnèrent lieu à des séances nombreuses et à une multitude d'arrêts *.

L'arrêt du 6 août, ayant été publié, le roi soumit de nouveau à plusieurs membres de son conseil l'examen de l'institut et des constitutions des Jésuites. Cet examen dura deux ans.

C'était en vain que Clément XIII avait pris le parti des Jésuites dans ses lettres écrites au roi et à l'assemblée du clergé de 1762 •. Cette dernière lettre ne fut pas remise officiellement à l'assemblée; mais le nonce lui en communiqua une. copie, et c'était pour entrer dans les vues du pape que les évêques avalent adressé au roi la lettre dont nous avons parlé. Le Parlement ayant rendu son arrêt. Clément Xni en parla aux cardinaux dans le consistoire du 3 septembre, n s'y plaignit en particulier de la violence avec laqtieUe on avait contraint, par la voie la plus illégale, les Jésuites à souscrire la déclaration gallicane de 1682, si injurieuse à l'autorité du Saint-Siège. On n'obligeait à cette souscription que les Jésuites qui voulaient exercer des fonctions auxquelles était attachée l'obligation de professer cette doctrine, d'après l'édit de Louis XIV; on ne leur faisait donc pas de violence ; on est étonné d'entendre Clément XIII appeler injurieuse à raulorité du Saint-Siège la déclaration de 1682, cette œuvre de Bossuet, aussi modérée pour le fonds que pour la forme, et qui ne contient que l'expression de la pure doctrine admise par tous dans l'Église, avant Rétablissement assez récent de l'ultramontanisme. Les phis sages des cardinaux firent comprendre au pape que les Jésuites ne souffraient aucune

* F. Recueil des arrâts, déclarations, etc., ooncemant les eintovainl soidisant Jésuites, etc.

* Theioer» Bistcire du pontificat de Clément XIV, 1. 1, p. 47.

violence ; que sou allocutioD oltramontaine serait repoussée^ nonseulement par les Parlements^ mais par les évéques de France eux-mêmes. Clément XIII écouta ce conseil, et tint son allocution renfermée avec un tel soin, qu'il portait toujours sur lui la clé dn tiroir où il l'avait déposée. Il remercia même, en termes remplis de bienveillance, les cardinaux qui Tavaient prévenu du danger auquel la publication de son allocution aurait exposé le Saint- Siège. Il se contenta donc d'écrire en faveur des Jésuites aux cardinaux de Bemis, de Rohan, de Choiseul, de Rochechouarti de Luynes et de Gesvres ^. Par respect pour le pape, et en présence de l'indécision de la Cour, la plupart des é\êques gardèrent le silence sur Tarrét du Parlement. Quatre seulement s'élevèrent par des mandements contre les Jésuites. Celui qui les attaqua le plus ouvertement fut l'éloquent évêque de Soissons, Fitz-James. U 27 septembre 1762, il publia une lettre pastorale dans laquelle il condamna la doctrine contenue dans les Extraits des €issertions, et accusa la Compagnie des Jésuites de l'avoir réellement ensei-

faée. Plusieurs évêques essayèrent de réfuter la lettre pastorale de itz-James, entre autres, Christophe de Beaumont, archevêque de Paris, dians son mandement du 28 octobre.

L'inquisition prohiba la lettre de l'évêque de Soissons, par un décret en date du 13 avril 1763. Les Parlements supprimèrent ce décret; condamnèrent au feu les mandements de l'archevêque de Paris et des autres évêques qui avaient pris le parti des J^uites. Louis XV, lui-même, écrivit au pape en faveur de l'évêque de Soissons, une lettre aussi ferme que respectueuse *. L'archevêque de Paris, qui n'avait été exilé qu'à Conflans jusqu'alors, fut relégué à quarante lieues de Paris, et son exil se prolongea, malgré les instances du pape, jusqu'au moment où Louis XV eut supprimé, en France, la société des Jésuites.

Pendant que le Conseil d'État examinait les constitutions des Jésuites, par ordre du roi, le Parlement poursuivait son œuvre. Le 2i janvier 1764, il rendit un arrêt en vertu duquel tous les ex-Jésuites durent faire serment de ne plus vivre à l'avenir, ni ndividuellement, ni en coùdmunauté, sous la domination de l'Institut et des constitutions de la soi-disant société de Jésus, et de n'entretenir aucune correspondance avec leur ancien générai, hs

> Tlieiner, op. cit.

* Od trouve cette lettre dans les osavres de Fi(z James.

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9 mars, ie Pariement déeida que tous ceux qui, dans les huit jours, à dater de la publication de Tarrêt^ n'auraient pas prêté le serment prescrit, seraient expulsés du royaume. Telle est la mesure la plus rigoureuse qu'adoptèrent ceux que, depuis un siècle, les Jésuites persécutaient avec tant de violence soit dans leurs familles, soit dans leurs amis. Ces religieux élevèrent la voix, comme s'ils avaient été de tendres et innocents agneaux sacrifiés par les ennemis de la religion et du bien. S'ils n'avaient pas gardé mémoire de toutes leurs intrigues et de leurs violences, le monde s'en souvenait; aussi leurs plaintes, adressées au roi sous forme de lettre, ne produisirent-elles aucun effet, malgré l'éloquence avec laquelle le P. Berthier s'appliqua à les rédiger. Us prononcèrent avec éclat le mot de tyrannie, lorsque, depuis si long-temps, ils l'exerçaient eux-mêmes d'une manière aussi atroce, lorsque tout le monde savait que les lettres de cachet, la Bastille, et les billets de confession, étaient leur œuvre ; ils trouvaient horrible qu'on exigeât d'eux le serment d'être soumis aux quatre articles du clergé de France, qui étaient loi de VÉtat ^ et ils trouvaient tout naturel d'imposer, même par force, leurs principes ultramontains et leur mauvaise morale, qui ne pouvaient certainement pas être considérés comme articles de foi.

Clément XIII adressa plusieurs brefs de félicitation aux évêques qui avaient soutenu les Jésuites contre le Parlement. Les magistrats supprimèrent ces brefs. La Cour de Rome en fut indignée, et plusieurs proposèrent au pape des mesures extrêmes. Les cardinaux Ganganelli et Colonna % qui déjà avaient empêché le pape de publier sa fameuse allocution, lui firent comprendre que, dans la fermentation où étaient les esprits en France, une démarche précipitée de la part du Saint-Siège pouvait amener un schisme,

* M. Gréliiieau-Joly eite avec éloge rhistorien protestant Sebodll» qui trouve t3rraniiique le serment exigé pour les quau« articles, par cette raisoa qu'ils n'étaient pas articles de foi. Si M. Grétineau-Joly et SebœU y avaient plus sérieusement réfléchi , ils auraient compris que le Parlement ne se posait point en ooncilei mais en tribunal chargé de £iire exéeuter les lois de l*Etat et de faire respecter la morale publique. Gomme la déclaration de 106B était loi de i*Ëtat, et que les principes immoraux des Jésuites, et leur doctrine sur le régicide, étaient contraires à la morale publique, le Parlement ne sortait point de son r51e en exigeant la profession des quatre articles et Tabjuration de la morale jésuitique.

* Gilbert des Yoisms, Procédure contre Tlnstitut et les Constitutions* des Jésuites ; Theiner, Wsl. du Pontificat de Client XIV.

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