‹ Histoire de l'église de FranceChapitre 60 sur 100 · XII · texte numérisé non relu

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Oémeiit XIII hérttoit^ torsqiie Louis XV donna, au mok <k ftovembre 1T84, Véâii qui suppritaait pour toujours, dans ses ÉM, la Compagnie de J^us, afin, disait^O, de rétablir la paix dans TÉglise et dans FÉtat, de mettre un terme à toutes les dlvinons Rligienses et politiques du royaume.

(tétait bien reconnaître que les Jésuites étaient les prineipaui auteurs des troubles. Par un second édit, le roi wrêta toutes les procédures entamées contre les Jésuites, prescrivit un sBence absolu sur cette affaire, et rappela Christophe de Beaumont de sdft exil; les Jésuites émigrés purent rentrer en France et exercer le minisr tère ecclésiastique sous la juridiction des évéques, excepté dans le diocèse de Paris.

Le 1« décembre, le Parlement enregistra les deux édits du rôi, et Choiseul chargea le marquis d'Aubeterre, ambassadeur de France à Rome, d'informer le Saint-Siège des vrais inotife qui avaient rendu la suppression des Jésuites nécessaire. Sa lettre est du 4 décembre; nous devons en transcrire les passages les plus importants :

« Vous savez. Monsieur, tout ce qui s'est passé en France depuis trob ans, relativement aux Jésuites. Le roi a jugé qu'il était de son devoir et du bien de ses États de faire cesser, par une loi solennelle, tous les troubles excités à cette occasion, et de prévenir les suites flteheuses qui pouvaient en résulter.

» Dans cette vue. Sa Majesté a fait remettre au Parlement de Paris un édit dont je joins ici un exemplaire, et qui y fut enregistré samedi dernier dans une assemblée des chambres, à laquelle ont assisté les princes de son sang, et les pairs de son royaume. n renferme trois dispositions principales :

» 1* Sa Majesté ordonne que l'Institut des Jésuites n'aura plus lieu dans les pays et terres de sa domination ;

0 S^ Que tous ceux qui ont vécu en France sous cet Institut, pourront rentrer dans ses États pour y résider tranquillement soui la protection de Sa Majesté, en se conformant, en bons et fidèles sujets, aux lois du royaume, et que, quant aux fonctions ecclésiastiques, ils seront, comme tous les autres prêtres séculiers, sous la dépendance de la juridiction de leurs évoques diocésains;

» Que toutes les procédures criminelles faites, soit contre les Jésuites, soit, à leur occasion, contre d'autres personnes de quelque état et condition qu'elles soient, seront et demeureront éteintes et assoupies.

DB L*iaLI8K DK FRANCK. 99

» Ce n'est q«*à regret, et après avoir long-tempg et mûrement délibéré, que le roi s'est enfin déterminé au parti qu'il vient de prendre. Qooique Sa Majesté fût persuadée que le maintien de la religion en France ne dépendait point de la conservation de la Cknnpagnie des Jésuites, puisque la foi catholique et romaine y a heureusement été maintenue pendant onze siècles avant rétablissement de cet ordre religieux, cependant le roi croyait leur société Mille à l'Église et à l'État, soit pour l'édification, soit pour renseignement; mais des raisons supérieures^ fondées sur le repos publie , ont enfin engagé Sa Majesté à expliquer ses intentions, ainai qu'elle vient de le faire.

» Le pape est mieux instruit que personne des vrais sentiments du roi, puisque Sa Majesté lui en a fait part elle-même dès le commencement de cette affaire. Elle ne désirait rien plus sincèrement que de pouvoir concilier V Institut des Jésuites avec les lois, les mceurs et les usages de son royaume^ et si vous voulez bien faire représenter ma dépêche du 16 janvier 1762, à M. le cardinal de Rochecbouart, à qui elle fut portée par un exprès que le roi m'avait ordonné de lui expédier, vous y verrez que Sa Majesté avait indiqué le moyen lé plus simple, le plus naturel et le plus raisonnable, de parvenir au but qu'elle se proposait, de conserver les Jésuites en France, sans qu'il pût y avoir aucun inconvénient à craindre de leur Institut. »

On se souvient que Louis XV avait proposé la réforme de la Compagnie de Jésus, afin de pouvoir la conserver en France; mais que ses propositions avaient été rejetées. Ce refus le détermina à supprimer un Institut dont les doctrines et l'organisation étaient incompatibles avec les lois.

a Le souverain pontife, continue Choiseul, refusa absolument de se prêter à un expédient dont l'objet était de délivrer ces religieux de la crise violente où ils se trouvaient alors, et de fixer solidement, légalement et irrévocablement leur état dans le royaume. Il ne s'agissait de porter aucune atteinte essentielle à leurs constitutions, ni de dénaturer leur Institut; c'est même dans cet Institut et ces constitutions qu'on avait puisé le tempérament que le pape a rejeté. Ainsi il est vrai, dans le principe, que Sa Sainteté a elle-même, et contre son intention, opéré la destruction de cette société en France. Le roi, ainsi que je le mandai à M. le cardinal de Rochechouarl, ne dissimula point au pape que Sa Majesté ne connaissait point d'autre moyen de sauver les Jésuites

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du danger dont Us étaient menacés, et de les roainkenir dam ses États. »

Devant de telles déclarations confidentielles tombe ce grand comploi, inventé par les Jésuites, et d'après lequel Pombal de Portugal et d'Aranda d'Espagne se seraient entendus avec Choiseul pour détruire radicalement la Compagnie de Jésus. On n a besoin que d'étudier consciencieusement cette époque pour comprendre pourquoi, dans la plupart des royaumes de l'Europe, les Jésuites furent simultanément poursuivis. Leurs fautes avaient été partout à peu près les mêmes; ils avaient dominé dans presque toutes les Cours, et leur domination avait été partout fanatique el violente. Le temps était arrivé où leurs persécutions devaient avoir un terme. L'ébranlement étant donné par la mort de Louis XIV, leur grand protecteur, la réaction contre eux prit des proportions effrayantes. Us essayèrent de lutter de front contre la haine qu'ils inspiraient; ils eurent recours à tout ce que la politique la plus raffinée put leur inspirer de moyens; mais la résistance et la politique ne peuvent rien contre l'opinion générale, qui est le témoignage d'une loi providentielle, et à laquelle rien ne résiste, non plus qu'à la voix de Dieu, Cette opinion, formée à la longue, grâce aux violences, aux erreurs, à l'esprit d'empiétement et de domination des Jésuites, parla haut dans la seconde moitié du xtw.* siècle; et malgré leur solidité apparente, ils devaient tomber devant l'anathème universel qu'ils avaient provoqué. . Il n'y eut point de complot entre les gouvernements contre eux; les adeptes du pbilosophisme ne s'entendaient point avec les Parlements pour attaquer leur Société. Ils périrent, parce que le monde les avait condamnés; et s'ils n'eussent pas mérité cette condamnation, la sentence n'eût pas été rendue avec tant d'unanimité. Continuons la lettre de Choiseul à d*Aubeterre : « Au reste, Monsieur, le roi eu prenant la résolution qui vient d'être publiée, non-seulement n'a rien prononcé sur l'instilut lui-même de la Compagnie de Jésus, inais il a encore ordonné que tout ce qui a été jusqu'à présent dit, écrit ou fait à l'occasion de cet Institut, serait comme non avenu. Ainsi Sa Majesté n'a rien statué a cet égard, par rapport au fonds, sur lequel elle n'a pas cru qu'il lui appartînt de décider; mais la nécessité de rétablir la tranquillité dans l'intérieur de son royaume, les suiteâ ultérieures qu'auraient eues infaillihleinenl les procédures que les tribunaux

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continuaient de suivre^ et le cri public soulevé contre cette société ^y n'ont pas permis au roi de différer plus long-temps à déclarer sa volonté. Mais Sa Majesté^ en ordonnant que l'Institut des Jésuites n'aurait plus lieu en France^ a traité, avec sa justice et sa bonté ordinaire, tous ceux de ses sujets qui Tont professé. Ils sont rappelés dans le royaume, où ils jouiront de tous les droits de citoyen et de toutes les prérogatives attachées à leur naissance, et pourront exercer.les fonctions de leur ministère ecclésiastique dans les différents diocèses où les évéques jugeront à propos de les employer. » Clément XIII fut affligé de Ja mesure adoptée en France contre les Jésuites ; mais il était décidé à respecter la prière que Louis XV lui avait faite de garder le silence *. Le général des Jésuites, et quelques prélats influents qui leur étaient entièrement dévoués^ résolurent de l'amener à une démarche éclatante, en faveur de la- Compagnie; ils rédigèrent clandestinement une bulle pour la défendre des accusations dont elle avait été l'objet, et la présentèrent secrètement à la signature de Clément XIII. Ce pape céda à leurs importunités, et signa la fameuse bulle Apostolicum datée du 7 janvier 1765. Elle ne fut point communiquée, selon l'usage, au collège des cardinaux, et le successeur de Clément XIII n'a pas craint de dire solennellement, dans un acte pontifical, qu'elle avait été plutôt extorquée que demandée '. La bulle Apostolicum fut adressée à tous les évéques avec injonction expresse de s'informer de l'accueil qui lui serait fait dans les différents pays. Vingttrois évéques seulement répondirent ^ : treize Espagnols , deux

> M. Crëtineau-Joly n*en affirme pas moins que les Jésuites avaient autant d'amis qu'il y avait de Catholiques. Clément Xi V et les Jésuites, p. 164 : Hist. de la Compagnie de Jésus^ t. v, p. 285.

' Lettre de Cboiseul à d'Aubeterre, du 4 décembre 1761.

3 Bref de Clément XIV, Dominus ac redemptor.

^ Theiner, Hist. du pontilleat de Clément XiV, t. i, p. 57 et suiv.

If. Crétlneau-Joly a osé dire : « Les évéques de toutes les parties du monde le suppliaient (Clément XIII) de prendre en main la cause de l'Église et celle de la Compagnie de Jésus : le pape se rendit au vœu de la Catholicité, et, le 7 janvier 1765, il donna la bulle ApostoUcum. » Clément XtV et les JenfUM, p. 162 ; Biit de la Compagnie de Jésus, t. v, p. 381. Le P. de Ravignan a été moins hardi que M. Crétineau-Joly. Il prétend que ce serait faire injure à la bulle Apostolicum que de vouloir la défendre. Il élude ainsi la question. V. Clément Xltlel Clément XIV par le P. de Ravignan, oh. 4. Il affirme qu'un grand nomtn'e d'évéques envoyèrent au pape leurs adhésions et félicitations pour la bulle, et dans son volurae supplémentaire qui contient

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FrançaiSy sept italiens^ et Tarchevèque de Prague. Les Jéimtos avaient traduit en toutes les langues la buUe Apo9Mkumj et l'avaient répandue à un nombre considérable d'exemplaires. U résultat, comme on voit, ne répondit pas à tant de frais et d'efforts. Clément XllI adressa de nombreuses lettres aux é^équss et aux souverains en faveur des Jésuites, et c'est à peine s'il recevait quelques réponses. Les nonces de tous les pays écrivirent que b bulle avait été jugée inopportune, et qu'elle avait donné aux passions un nouvel aJiment.

Le Parlement supprima la bulle ApostoUcum par un arrêt du 11 février; et l'on voit, par la correspondance de Ghoiaeul et d'Aubeterre, que si Lous XV n'eût modéré le Parlement, elle eU été traitée avec plus de sévérité. La Cour de France n'en blâmait pas moins la démarche du pape et la forme de la bulle *. Les Parlements de Bretagne, de Provence et de Normandie condamniMl au feu la bulle de Clément XIII, et leurs arrêts furent exécutés e» place publique. Le roi lui-même supprima la bulle, par uae ordonnance du 6 mai, après avoir demandé l'avis d'une commii^ sion composée des théologiens et des jurisconsultes les plus distingués.

La Cour de Rome, au lieu de tenir compte à Louis XV de sa

I«6 docaments historiques et critiques, comme dans les pièces justificatÎTca de son volume principal, ii ne donne qu*un irez petU nombre d^adhésioas à la bulle Aposlolicum. Gomment, d'après des documents si peu nombreux, a-t-il pu dire qu'un grand nombre d'évêques avaient adressé leurs adhésions? Le P. Theiner a été plus exact que le P. de Ravignan. Avons-nous besoin de faire remarquer qu'en réfutant M. Crétineau-Joly et le P. de Ravignan, nous réfutons toujours les mémoires de Picot qui, sur la question présente, dit qu'on assure qu'un grand nombre d'évéques envoyèrent leur adhésion. Qu>st-.ee qui assure cela? Quant à M. TabbéRhorbacher, il a copié, sur la destruction des Jésuites, les quelques pages remplies d'erreurs et de fausses appréciations de Sismondi. Cet écrivain, Picot, M. Grétineau-Joly et le P. de Ravignan, croient triompher parce qu'ils citent quelques auteurs protestants qui n*approuvent pas l'abolition des Jésuites. Ils ne se sont pas aperçus que ces témoignages, remplis d'ailleurs des erreurs les plus grossières, ne prouvent pas plus que ceux des philosophes du xviii.e siècle, en leur laveur. H n'est pas étonnant que les ennemis de l'Église aient soutenu les JésoileSt qui leur donnaient, contre l'Église, tant d'avantages. Gomment se Cait-il fp^ les Jésuites, qui ont exploité avec tant de passion quelques phrases des Protestants en faveur de Port-Royal, ne sa soient pas aperçus qu'on povvait retourner contre eux las armes dont ils s'étaient servis f 1 Lettres de Choiseal k d'Aubeterra, des 13 et 15 ftvrier 1766.

DB L'icusi M fkànck. 109

douceur envers les Jésuites^ le bUmait et lui reprochait le peu d'énergie qu'il aTiit montrée pour s'opposer aitx praaiets arrêts des nurleonents ^ Ce qui arrivait à cette époque en Eepagne aurait hmet dt, cependant^ kû ouvrir les yeux. Les Jésuites y résistèreaft avec tant d'imprudence au gouvernement, qu'ils en furent expul*ses à perpétnslé. La Cour de France applaudit à cette mesure. On peuA croire que les sourdes intrigues des Jésuites réintégrés l'avnifliil convaincue que œs rdigieux, quoique dispersés, n'en foravftieDt pas moins ub eorps remuant, qui correqpondaitp eonsnie auparavanl, avec le générai de la Compagnie, et qui r^iandait au sein du devgé des éléments de trouble. Aussi, le 91 avrU 1767, Ghoiaenl éarivail^-il à d'Aubeterre <ytte le roi d'Espagne ^ait agi sagement en expulsant les Jésuites d'une manière absolue, et que si le pape était prudent, il abolirait ou séculariserait complètement leisr Coo^pagiaie. a Je ne doute pas, disait-il S que le renvoi des «lésnîtes d'Espagne ne fasse une grande sensation à Borne. Si le pape était sage, éclairé et ferme, il n'aurait qu'un seul patli à prendre : ce serait de dissoudre esi entier cette société par une bulle, de sraie qu'il n'existât plus une société telle que TOrdre des Jéeuiles. Je sais bien que Sa Sainteté ne prendra pas ce part*, et que le cardinal Torregiani ' frémirait de rage à la seule idée de destruction d'un Ordre qu'il chérit à tant de titres ; mais s'il avait une seule idée politique poiu» la gloire et Tintérét du Sainl*fiîége, il verrait que cette abolition est nécessaire ; car il arrivers^ àt nos jours que la Cour de Rame, en soutenant les Jésuites, et les soi* verains en les renvoyant à Rome, engloberont la cause de ces reli^ux avec l'essence de la Cour de Rome, et ce ne seront pius, dans la suite, des Jésuites que l'on renverra à Rome, mais d9s nonces, des bulles et des inquisiteurs; et cela sera fâcheux pour le Saint-Siège, qui doit être le centre commun. Alors on sentira, à Rome, que l'entêtement et l'intérêt particulier ont nui à la religion et au véritable bien de la Cour de Rome. »

On comprit alors, en France, que l'entière expulsion des Jésuites était une nécessité. Le Parlement, qui avait pris tout d'abord celte

i Lettre da sardioai Torrsgissi au nonoe d'Esp^goe MUvisini, en date du 16 août 1764.

« Lellns ds Cboisflul à d'Ai^larre, du U avril, d« 97 mai et du 0 juin

* Torregiani était eeerétaire d*État et vendu au\ Jésuites.

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mesure^ y revint alors avec plu6 de vigueur que jamais. Le 39 avril, Tabbé Chauvelin^ si connu par ses dénonciations des constitodons et de rinstitut des Jésuites, souleva la nouveOe question devant tontes les chambres du Parlement de Paris réunies. Son discoiirs fut d'une éloquence entraînante et couvert d'applaudissements. Le 9 mai, le Parlement arrêta ^ que tous les Jésuites devraient quitter la France dans le délai de quinze jours. Ceux qui étaient infirmes ou d'un âge avancé furent seuls exceptés de la mesare. Les pensions qu'on faisait aux Jésuites furent suspendues jusqu'au jour où leur demeure à l'étranger serait légalement constatée.

Les magistrats des lieux durent adresser au Parlement la liste de ceux que Tftge ou les infirmités exemptaient de l'exil. Les malades furent transportés dans des couvents ou des hôpitaux. On recommanda de les traiter avec humanité^ mais de veiller à ce qu'ils n'eussent aucune communication avec des personnes suspectes. On remarqua, à cette occasion, que leurs prédécesseurs avaient traité avec plus d'inhumanité les religieuses de Port-Boyal, et toutes les victimes dont le sang demandait vengeance contre eux*. Ceux qui avaient oublié les crimes des Jésuites criaient à l'inhumanité, à la cruauté. Un fait certain, c'est que les arrêts les plus sévères, comme ceux des Parlements de Provence et de Normandie, n'égalaient pas en violence les mesures prises à l'instigation des Jésuites contre ceux qui n'avaient eu que le tort de ne pas vouloir obéir à la constitution Unigenitus. Ce simple rappit)chement suffit pour faire apprécier les doléances que firent lesJésnites et leurs amis.

L'assemblée générale du clergé de 1765 s était faite Técho des plaintes des Jésuites, et avait adressé au roi des représentations ^ Le Parlement, dans les remontrances qu'il avait opposées a celles

* Recueil des arrêts, déclarations, etc., eoncernant les Jésuites.

* Le P. de Ravi^an a fait tous ses efforts pour rajeunir la vieille thèse des Jésuites vicUmef du Jansénisme. Il s*appuie sur deux éorivaios aUemaads, Raoke et Schœll ; il avait bien d'antres preuves à citer, et de plus imposiot», pour démontrer que les Jésuites s'étaient attiré la haine uoiveiseUe par leurs violenœs, et qu'ils avaient traité eux-mêmes plus cmcllRment les opposants à la bulle UmifeMM. V. CMiMnl Xlil el aéwumt X/F par le P. de Ravignao, oh. 1.

> Pmeès-verbaux des assemblées du clergé de France, t. yni de la eollection générale; Recueil des arrêts, déclarations, etc., oonoemant les ci-dBvaBi Jésuites, etc.

DE l'ÊGMSE de FRANCK. f05

du clergé, avait démontré avec tant d'évidence que les évéques avaient été dirigés dans leurs actes par les Jésuites, qu'on ne put conserver aucun doute à cet égard. On savait que la plupart des évéques de France avaient été, depuis plus d'un siècle, choisis directement par les Pères La Chaise ou Tellier, ou sous l'influence de la Compagnie par les cardinaux Dubois et Fleury, et par Boyer, ancien évéque de Mirepoix. La reconnaissance et les engagements qu'ils avaient contractés envers ceux auxquels ils devaient l'épiscopat, obligeaient les prélats à faire en leur faveur quelque démonstration. Il est remarquable que leur courage n'avait pas été jusqu'à répondre isolément aux brefs de Clément XIII Réunis en assemblées. Us avaient cru pouvoir se montrer plus courageux, et ils hasardèrent des représentations qui ne furent pas écoutées et qui n'obtinrent aucun résultat*. Usavaient fait beaucoup de bruit de la constitution Vnigeniius pour réveiller les passions ; mais la question commençait à perdre de son prestige. Loménie de Brienne, prélat sceptique et immoral, avait joué un grand rôle dans l'assemblée de 1765, comme président du bureau chargé des questions les plus importantes. Les Jésuites, la bulle et le clergé, avaient eu un singulier interprète dans cet homme qui ne croyait pas en Dieu, selon Louis XVI, et qui ne dissimula ses vices, pendant quelque temps, que pour arriver, avec tant soit peu de convenance, à la pourpre romaine et au ministère des finances. En 1767, lorsque le Parlement eut exilé tous les Jésuites, les évéques ne réclamèrent pas, malgré les instances que le pape leur fit. C'est qu'alors les Jésuites n'avaient plus d'influence, et que la Cour se déclarait ouvertement en faveur de l'arrêt de bannissement. D'après ces simples rapprochements, on peut apprécier à leur valeur les rares témoignages que donnèrent les évéques en faveur des Jésuites. Ces religieux, chassés de Frannce, d'Espagne, de Portugal, du royaume des Deux-Siciles et du duché de Parme, ne profitaient pas de la leçon que cette haine universelle devait leur donner. Abusant de leur influence sur Clément XIII, ils lui inspirèrent des

* Le P. de Ravignan a attaché beaucoup dMmportance aux représentations des évéques de France. Il devait savoir cependant qu^elles devaient être rangées parmi les témoignages de satisfaction que les Jésuites se donnèrent à eux-mêmes, aussi bien que la bulle AposioUewm. Y, Clément Xilt et dément XIV, ch. 4 et pièces justif. M. Grétineau-Joly a servi de guide, en cela comme en tout le reste, au P. de Ravignan. Picot les avait précédés Tun el Tantre dans leurs fausses appréciations.

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actes qui firent, de la plupart des souverains d« TEurope, aulam d'enuiemis de la Cour de Rome. Le duc de Parme avait cru devoir prendre, contre Les tril)unaux romains et les actes pontificaux, certaiaes précautions usitées de tout temps en plusieurs pays et particvUèrement en France, et assujétir les biens ecclésiastiques aux impoi^itiops ordinaires. Clément réveilla de vieux droits de suzeraineté sur le duché de Parme et, au commencement de Tannée 1768, il attaqua les actes du duc en qualité de suzerain et de pape. U France, l'Espagne et Naples prirent le parti du duc. Clément XIII s obstina, la Cour de France s'empara du Comtat- Venaissin qui avait tait, jusqu'alors, partie du domaine pontifical; les autres gouvern^nlents manifestèrent par d'autres moyens leur irritatioa. Clément XUI eut recours inutilement à Tintervention de Marie- Thérèse d'Autriche. Ses efforts pour se réconcilier avec le Portugal échouèrent. Fiers de la crainte qu'ils inspiraient, les gouvern&n^^nts alliés parlèrent haut, et, comme ils ne se faisaient pas illusion aur le4 i^lrigues par lesquelles on avait trompé Clément XIII, sur se« pfo^ipes intérêts comme sur ceux de TËgUse ', ils demandèrent l'exUactioa de la Compagnie des Jésuites. A Rome, on désirait géftéralameut la sécularisation de ces religieux *. Ricci, leur général, av4M4 adressé au pape un mémoire dans lequel il prétendait q^e cet ac4e excédait le pouvoir pontifical. 11 était curieux d'entendre un Jésuite soutenir cette thèse, et professer en même temps l'opîaion que les papes ont un pouvoir absolu dans l'Ë^lise et sur le temporel du monde eptier. Ricci fut obligé de, retirer son mémoire, mais il soutint toujours que le pape serait damné s'il se rendait au désir de ceux qui demandaient l'abolition de sa Compagnie, a C'est en conséquence de cette théologie, écrivait d'Aubeterre à Choiseul ', que Sa Sainteté a réglé jusqu'ici sa conduite sur ce poifit. » Clément XIII, déjà avancé en âge, ne put supporter les émotions que lui causèrent ces derniers événements. Il mourut le % février 17|69. Son pontificat, qui dura ons^ ans, ne fut qu'une suite d'humiliations et de désastres pour la Cour de Rome. Les Jésuites, et surtout Ricci, leur générsd, doivent en être considérés comme les principaux auteurs. Clément XIII eut pour successeur Lorenzo GangancUi, qui prit le nom de Clément XIV.

' Lattre de Gboûmil à d*Aubeterre, en date du 10 mai 1708.

* Theinar, Bist. dm pmUfketU d$ ClémêtU XiV, 1. 1, p. lia.

* Lettre d'Aubeteire à Choiseul, en date du 27 janvier 1188.

DB L'feLtfS OJI FRANCE, 107

Le conclave pour l'élection du nouveau pape s'était ouvert le 15 février 1769. Noufl n*avonç point à entrer dans le détail de toutes les intrigues qui eurent lieu dans ce conclave, comme dans tous les autres. Nous n'en dirons que ce qui sera nécessaire pour établir la part que la France eut à l'élection de Clément XIV. Q^ prévoyait bien que la question des Jésjuiitcs serait d'un grand poids dans le choix du nouveau pape. Aussi les cardinauiic italiens, dévoués à ces religieux, essayèrent-ils de faire à eux seuls l'élection. Le général des Jésuites les y excitait. Us l'entreprirent; mais les ambassadeurs de France et d'Espagne protestèrent énergiquçipeAt contre cette prédpitation systématique, et prétendireat qu'on devait attendre, pour l'élection, les cardinaux français et espagnols ^ La majorité fit droit à cette demande. Les cardinaux de Luynes et de Bernis reçurent, avant leur d^art de France, des instructions dans lesquels la Cour se prononçait principalement sur deux points de liante importance : la réunion définitive du Comtal*Venaissin à la couronne et l'abolition de la Compagnie des Jésuites. Bernis avait surtout la confiance de la Cour. C'était un hoiiime léger, brillant et vaniteux, qui ne songeait qu'i^ jou/^r un rôle dans le conclave, et à obtenir l'ambassade de Rome pour prix des services qu'il rendrait à sa Cour dans l'élection. Enfermé au conclave, il n'y eut pas l'influence qu'il espérait sur les vieu^ cardinaux italiens, qui mettaient toute leur politique à tromper ceux qui ne sont pas assez en défiance, et à ensevelir leurs pr^^ dans la plus astucieuse dissimulation. Bernis, si bien caract^rifié par Voltaire sous le nom de MabfJ la bmiqueHère, Sje trouva en pays étranger au milieu des autres cardinaux. Il se laissa tromper, ne put conduire aucune intrigue, et s'en dédommagea en riant av^ d'Aubeterre de ceux qu'il ne pouvait influencer. La coxfGèpmr dance qu'il entretint avec cet ambassadeur du fond du conclave, commence |e 98 mars 17W. Elle est remplie de traits satiriques contre tous les cardinaux, sans exception, et contre Ganga^elli lu^ même. Bernig voit tout du côté ridicule, et il abuse un peu Irap de Tesprit facétieux et railleur. D'Aubeterre lui i^pondait sur le même ton. Cet ambassadeur entretenait des relations d'un genre tout différent avec Orsini, ambassadeur de Naples, qui lui rendit compte, avec beaucoup de convenance, de toutes les opérations du conclave, depuis le 14 février jusqu'au 16 mai.

' Dépêche d*Aiibetem à Choiseul, da 15 février.

Ganganelli ne sembla pas d'abord avoir de chances d'élection. Il passait pour un homme droit, sage, instruit, modéré. La Fnuice n'avait pour lui ni amour ni haine ; si elle eût eu à choisir, elle eftt certainement donné la préférence à plusieurs autres cardinaux qui s'étaient montrés plus zélés pour ses intérêts *. Cependant elle ne devait faire aucune opposition à son élection, à cause de Tesprit de modération dont il avait donné des preuves sous le précédent pontificat. D'Auheterre, ambassadeur de France à Rome, était d'avis de poser, au candidat à la papauté qui voudrait avoir Fappui de la Cour de France, l'abolition des Jésuites comme première condition à son élection. Choiseul ne partagea pas cette opinion. Il attachait beaucoup plus d'importance à la question de la réunion du Comtat à la France % et il ne se prononça pour aucun des concurrents en particulier, a II est indifférent pour la France. dit-il, que la barque de saint Pierre soit confiée à tel ou tel pilote. Si celui qui en sera chargé la gouverne avec intelligence, sagesse et circonspection, nous applaudirons à son administration. S'il se conduit par d'autres principes, nous saurons toujours réprimer ses entreprises, lorsqu'elles seront injustes et de l'espèce de celles auxquelles le feu pape a eu l'imprudence de se porter. »

La Cour d'Espagne reconnaissait elle-même onze cardinaux^ comme dignes d'être élevés sur le Saint-Siège. Ganganelli en était un, mais elle ne le préférait pas aux autres; quelques renseignements confidentiels l'avaient même présenté comme Jésuite, Qioiseul, qui le connaissait mieux, se croyait assuré du contraire, et se contenta de le certifier. D'Aubeterre était du même avis, et écrivait à Choiseul ^ : a S'il y a, dans le Sacré^CoUége, un cardinal qu'on puisse regarder comme peu attaché aux Jésuites, c'est, sans contredit, GanganeOi. Il en a été pour ainsi dire persécuté pendant le dernier pontificat, et ils l'avaient entièrement perdu dans l'esprit du feu pape. C'est par une suite de cette façon de penser qu'il continue d'y avoir un parti très fwt contre lui, et que les Jésuites certainement feront les derniers efforts, s'il arrivait qu'il fût question de lui, pour l'empêcher d'arriver à la papauté. »

Comme les Jésuites se remuaient beaucoup à Rome poucdéter-

1 Dépêche d*Àubeterre à Choiseul, du 6 février. * LeUre de Choiseul à d*Aubeterre, en date du 28 février. ' Theiner, HUU duponKlieat de Clément XIV, U i, p. 100 et HM. Lettre d*Aubeterre à Choiseul, en date du 15 mars^

DB l'éousi db fbancb. 109

miaer Télection en leur fiiireur^ leurs adversaires traivaillaient activement en sens contraire^ et d'Âubeterre envoya à son gouvernement un mémoire qui fut alors répandu à Rome^ et dans lequel on s'attachait à prouver que le pape futur devrait, en conscience, abolir la Compagnie de Jésus. L'ambassadeur d'Espagne ^ s'entendit avec d'Aubelerre pour tenter auprès du conclave une démarche concernant les Jésuites , et présenter l'extinction de ces religieux comme un engagement que devrait prendre le pape futur. Le cardinal Orsini, confident d'Aubeterre, se refusa positivement à faire une pareille ouverture, qu'il considérait comme illégitime. Les cardinaux de Bemis et de Luynes, qui venaient d'arriver à Rome, furent de son avis*; de sorte que d'Aubeterre', conformément aux ordres formels de la Cour de France, fut obligé de renoncer à ^D projet. L'ambassadeur d'Espagne lui-même, qui demandait le plus vivement que le pape futur prît l'engagement de détruire les Jésuites, et qui soutenait la légitimité de cet engagement, fut obligé d'y renoncer *.

1^ choses en étaient là, lorsque trois cardinaux espagnols arrivèrent à Rome. Dès le soir, Ganganelli, qui n'avait eu jusqu'alors que deux voix dans les scrutins, en eut cinq. Les deux cardinaux ifançais n'avaient encore point voté pour lui. Bernis trouvait qu'il ^vait peur de se nuire en se prononçant contre les Jésuites *. 11 lui pi^férait Malvezzi, qui était beaucoup plus franc. Les jours suivants, les cardinaux espagnols eux-mêmes l'abandonnèrent, il ne recouvra ses cinq voix que le 11 mai. Ce fait prouve que, du *o avril au H mai, il y eut, entre Ganganelli et les cardinaux ^pagnols, des pourparlers. 11 en est qui ont cru qu'il avait pris

engagement formel et écrit d'abolir les Jésuites, selon le vœu de a Coup d'Espagne. On voit, par les lettres écrites le 1 et le 3 mai ^ Bernis à d'Aubeterre •, que les évêques espagnols n'étaient

* Theiner, op. cit. p. 221 et suiv.

* Orétineaa-Joly, CUmeni XIV et les JéiuiUê, p. -219, ^1, 234 et suiv.,

' Lettres d*Aabeterre à Choiseul, du 26 avril et du 2 mai. Grétineau4oly, «^««n«u XIV, etc., p. 238.

' Ibid,

* Crétoieau^oly, ClémeiU JT/K, etc., p. 222, 237. 241.

Ces lettres sont citées par M. Crëlinéau-Jolv, Clément XtV et les Jé^ ^«"w, p. 239. 246.

110 mitroitv

pas éloigné» de croire qu'ils jwuvaièlit légitiAiéWiett proposer n pape futur rengagement de détruire les Jésuites, efi kisBUit *r la conscience de leur roi ce que cette déinaDrch* pouwt wm d'illéghinie. Le 4 mai, les cardinaux «pagttok proposèrent «ux Français de s'entendre avec eux touchant le fameux «ig^getneiit; maïs ceux-ci déclarèrent de nouveau qu'ils n'y participeraienl point '. Les jours suivants, les choses repèrent indécises. Le 10, » France et ses alliés n'avaient pas encore de candidat. Ce ne fut que le 11 que Ganganellî revint aux cinq voix qu'il avait obtenu» à l'arrivée des Espagnols •. Les choses restèrent dans le même étal jusqu'au 14, qu'il obtient dix voix, n les conserva dans les scrutins des jours suivants, jusqu'au 17 inclusivement. Si l'on en croit te cardinal de Bemis *, les Espagnols, après s'être assurés de Ganpnelli touchant les Jésuites, auraient gagné par argent les Albani, qui avaient beaucoup d'influence au coûclave. Cette intrigue aurait été conduite à l'insu des Français, qui n'en auraient été instruits que le 16. Cependant Bernis avouait encore le 17 que fi» idées, touchant l'engagement de Ganganelli et la corruption d» Albani, n'étaient pas tellement appuyées qu'il ne put en douter*. D'Aubeterre et l'ambassadeur d'Espagne lui-même ne semblent pas en être plus sûrs que Bernis ". Ce cardinal, devenu ambas»deur à Rome après le conclave , déclara s'êtrfe trompé dans les soupçons qu'il avait conçus •. D'Aubeterre se déclara à tout basard pour Ganganelli, et Bernis se décida, le 17 au soir, à lui donner sa VOIX '. Le lendemain, Gunganelli obtint dix-neuf voix et le It

< Lettre de Bernis dans Touvrage âe M. Crétiiieau^oly, p.

• V. dans Touvrage du P. Theiner, le t8l>leau des tetes, U i, p.

• r. les Mtres de Bernis, dans Touvrage de V. GréUneaa-Joly, dément XIV f etc,f p. 262 et suiv.

^ Oétioeau-Joly, op. cit. p. 265.

> IMd. et p. 266. F. it. la lettre d'Aubeterre à Ghoiseul, du 17 mai.

• Lettre de Berais à Ghoiseul, ea date du 90 novembre f769.

Nous avons suivi, comme on le volt, dans cette dcnnAère partie de notre récit, ot avec intention, presque exclusivement, les pièces données pst M. Crétinean-Joly, dans son Clémenî XIV, sans tenir compte des réflexioM de Tauteur ni de ses interprétations qui les dénaturent. De ces pièees, i) résulte que Bernis n*a pas été certain que Ganganelli eût pria rengagsnent d*aboUr les Jésuites, et que les Albani se fussent laissé ooRonpre par argent. H. Crétineaa-Joly en conclut que les Albuii, amis des Jésuitts, ont été innocents. Pourquoi ne tire-t41 pas la même conséqoeneo en faveur de Ganganelli? Pourquoi nVt-il pas dit que Bemis avait condamné lui-

DE l'ÉALIM n FEANGB. 111

qattPMIteHrfty «'6Bt*À-éire runanimitt . On eut lieu d'toe Mirprt» (hm* tel tésudtat^ car jâsqu'au dénier jour les ^x ataient été teHeineftt partagées et les fiictions si actives^ que Yon ne pouvûl rûsôttDableinèxit compter que sur une majorité qaetooaqae pour le futur pape. Gangauelli avait donné sa voix au cardinal Rézconlco^ neveu de Clément XIH^ qui^ pendant tout le conclave^ s'était déclaré son ennemi ; par respect pour le dernier pape, qiA cepechdant l'avait éloigné dans ses dernières années^ il prit le nom de QémeM XlV.

A peine le nouveau pape était-il assis sur le Satnt-^Siége que les coars de France^ d'Espagne^ de Portugal et de Naplés, lui tirent des instances pour abolir la CSompagnie de Jésus. Il leur répondit aTec noblesse : « Je suis à peine monté sur la chaîne de Saint- Pierre ; et si j'en venais à ce pa8> ne ferai-je pas croire au monde qu'on m'a fait des conditions au cosidave ? ^ » Clément XI V a

même ses soufçonsY H. Grétinsau-Jolty, il est vrsi, parle â*uB éorit dans lequel GangaasUi aurait reooiunt an souveraÎB pontife le droit de pouvoir, en coiuoience, éteindre la Compagnie de Jésus, en observant les règles canoniques, et qu*il était à souhaiter que le pape futur flt tous ses efforts pour arriver à ce résultat; mais cet écrit, très peu etplîcite, comme le reconnaît M. Grétiiieau-Joly lui-même, est-il authentique? Cet écrivalB n*en dit rien. C'est doue à tort qu*il a parié de rengagement de GanganeUi conmie d*ane obose oertaine, dans son livre intitulé : Clémenl XlV et les JéwUes. Il est vrai que, dans son HUloire de la Compagnie de Jésus (t. v, p. $33, 334), il semble en douter, et il prétend que Tarrangement a été nié par les JésuUes et par plasieurs historiens. Le P. de Bavignan a éludé cette question dans son livre intitulé : ClémeiU XtU et Clémenl XIV, ch. 7. Il devait cependant se prononcer, car tout le monde sait qu*U n'a entrepris ce livre que pour remédier au scandale que causèrent les ouvrages de M. Crétineau- Joly. Les Xésuites eurent une large part à ces ouvrages, fis l6s ont patronés et les palrokiiieut enoère; le dàsavdu publie du P. RuotfaaaD ne peut détruire un fiitt de BotoHélé pAblique. H n'est pas aïoias certain que le récH cte f^stoire, malgré d*habiles réticences, a absolument le même sens que celui du ClémeiiU Xff. Il est vrai encore que le Jésuite (jreorgel, dans ses Mémotreêj a calonmié Clément XIT comme M. Crétineau. En présence de tels faits, il ne sufliBait pas de gaidmr le silMMe. t*«nbctMion du P. de Ki* vignan est significative. Les Jésuites consentent à ne rien dire dans leur ouvrage officiel ; mais ils laissent intact, dans les écrits qu'ils patronnent, et auxquels ils travaillent secrètement, le récit mensonger qui sacrifie un pape respectable à leur Institut, et qui laisse planer sur ce pape les accusations les plus infâmes. Le P. de Ravignan savait cependant que la calomnie dont M. Crétineau-Joly avait pris la responsabilité vis-à-vis du public était flagrante ; et que Bemis, devena ambassadeur à Rome, avoua s'être trompé dans k supposition sur laquelle il avait hésité.

^ Lettre de Bernis à Ghoiseul» du 26 juin 17<)9.

113 HUTOiaB

trop souvent, et avec trop de nobleiise, de semblables parâtes, pour que Ton puisse conserver le plus petit doute sur la pure^ de son élection, il les adressait à l'ambassadeur d'Espagne luimême^ qui jamais ne put lui aUéguer l'engagement qu'il aunit pris *.

Louis XV félicita le nouveau pape de la manière la plus vive, et accrédita auprès de lui, en qualité d'ambassadeur, le cardinal de Bemis.

L'événement le plus retentissant du nouveau pontificat a été, sans contredit, la suppression de la Compagnie de Jésus. Nous n'avons pas à entrer dans les détails de cette affaire, maisàen présenter seulement les traits les plus saillants.

Clément XIV n'avait pas, contre les Jésuites, une haine systématique. Le dernier des continuateurs de la grande histoire de ces religieux, le P. Cordara*, a même constaté qu'il leur avait donné des marques nombreuses d'affection lorsqu'il n'était que simple religieux cordelier. 11 est vrai que, devenu cardinal, il avait désapprouvé les actes si compromettants que les Jésuites avaient imposés à Clément XIII ; mais son opposition avait été si mesurée, qu'on le regardait généralement plutôt comme favorable qu'hostile à la Compagnie. Les Jésuites essayèrent de s'emparer de lui an commencement de son pontificat, et de neutraliser les efforts que faisaient les ambassadeurs pour leur abolition. Ils crurent avoir trouvé un excellent moyen de l'engager dans leur cause, en sollicitant un acte public qu'il ne pourrait leur refuser, et qui serait comme un précédent, qui l'attacherait nécessairement à eux. Us demandèrent en conséquence, un bref pour des missionnaires qu'ils envoyaient en des pays étrangers qui ne dépendaient ni de la France, ni de l'Espagne, ni de Naples. Le bref fut aoc<»dé le 12 juillet, dans la formule usitée pour tous les religieux. Les Jésuites en triomphèrent; le traduisirent en toutes les langues, et le répandirent partout avec affectation, comme un témoignage de satisfaction donné par le pape à leur Institut. Ce qu'ils regardaient

^ L0 P. Theiner a râduit en poudre l'aceusation de cet engagement, et V» si victorieusement réfbtée, qn^on ne pourra plus la soulever à raveniraTse tant soit peu de bonne foi. V. Considérations sur Télection de OémoA XIV, dans VBistoire du ponM/leol de Clément XiV, 1. 1, p. 213 et soiv.

« Manuscrits du P. Gordara cités par le P. de Ravignan; Ciémeni Xltt et Client XiV, ch. 8.

hu l'église di fhanck. 113

comme un principe de salut ne Ht qu'accélérer leur perte. En effet, les ambassadeurs qui avaient déjà engagé le pape à les sacriBer redoublèrent d'efforts. Bemis rédigea en leur nom un mémoire dans lequel nous remarquons surtout les passages suivants :

a Les Jésuites et leurs partisans se prévalent de ce bref {Aposiolù cum pascendi) ; ils en tirent des conséquences qui séduisent les faibles, qui nourrissent le fanatisme^ et encouragent les protecteurs d'un Ordre qui a dégénéré de son Institut, dont la morale a paru dans tous les temps, aux plus vertueux et aux plus savants personnages, relâchée et dangereuse, et la théologie peu exacte en plusieurs points essentiels ; qui s'est immiscé, contre l'esprit des canons, dans les affaires de commerce, dans les intrigues, dans les cabales, et que quatre souverains respectables, non-seulement par la couronne qu'ils portent, mais encore par leur attachement à la religion, et par leur respect filial pour le Saint-Siège, ont été obligés de proscrire de leurs États après l'examen le plus réfléchi.

» Sans relever ici les accusations graves faites contre les Jésuites, que répondre à l'objection suivante? Un Ordre de simples religieux a été redoutable dans tous les temps, dans tous les pays, aux autres religieux, au clergé séculier, aux grands seigneurs, aux monarques, aux évéques et aux souverains pontifes même, de qui cette société dépend entièrement; aujourd'hui qu'elle est presque anéantie, elle inspire encore de la terreur...

D Votre Sainteté est trop éclairée pour ne pas sentir que la société des Jésuites a toujours eu pour maxime celle-ci : Qui n*es$ p€LS pour nous est contre nous. Les ménagements sont inutiles pour ceux qui exigent un dévouement absolu. Le temps, dans les affaires de ce genre, est si précieux, qu'on risque tout, et qu'on s'expose soi-même quand on le»perd. On ne parvient jamais à endormir le fanatisme. Il a toujours les yeux ouverts et les mains armées; plus on le ménage, plus on le fortifie. Ce n'est que par le courage et la célérité qu'on peut le prévenir et le soumettre. »

Bemis * eut une longue audience du pape, qjii chercha à le rassurer sur ses intentions, lui dit qu'il abolirait les Jésuites, mais qu'il voulait, pour cela, profiter de circonstances favorables. Bemis comprit le pape, et écrivit à Cboiseul que les Jésuites dominaient à Rome, qu'ils avaient pour eux la plupart des cardinaux, et qu'ils soudoyaient une foule d'espions dans les maisons des habi-

I L«*ttres de Bemis à Choiseul, eu dato du 98 Juillet et du 9 août 1769. xn. s

ii4 mSTOIER

Umto uotahies* Le pape devait, en conséquence, agir avec pradenoe contre des moines astucieux^ qui, peut-être, essayeraient de se venger par un attentat ou une révolution. Clément croyait loimême à la possibilité d'un attentat sur sa personne. Le frère François, religieux cordeiier comme lui, était seul chargé de faire sa cuisine. Il prenait pour le boire et le manger les plus minatieuies précautions, et il semblait affecté d'idées noires et sinistres*

A dater de cette époque, les instances devinrent de plus en plus vives de la part des cours de France, d'Espagne et de Napies, pour l'abolition des Jésuites. Le 29 septembre, Gément XIV écrivit de sa propre main à Louis XV pour l'assurer que ses véritables intentions étaient de séculariser ces religieux, mais qu'il lui fallait du temps pour aviser aux meilleurs moyens '. Un mois après, Louis XV répondit au pape et lui dit positivement dans sa lettre' : « Votre Sainteté peut être certaine que le clergé de mon royaume verra avec soumission et reconnaissance les décrets de suppression d'un Ordre déjà banni des pays de ma domination, a Nous avons remarqué en effet que les évèques eux-^mémes, quoique liés aux Jésuites qui les avaient choisis, se montrèrent fort peu xélè en leur faveur. Quant au clergé secondaire, il se réjouissait ouver» tement de Texpulsion des Jésuites ; et la Sorbonne, qui n'avait pis même voulu prier pour Clément XIII, l'ami des Jésuites, demandait à Clément XIV son portrait, pour le placer avec bmmeur dans la grande salle de ses exercices thcokigiques '. En 1770, Clément XIV ^ commença à agir contre les Jésuites ; trente-quatre évéques espagnols venaient de lui demander officiellement l'abolition de la Compagnie, lorsqu'il lui 6ta le séminaire de Fraseati. Les Jésuites avaient bien mérité cette punition, par la conduite qu'ils avaient tenue à propos de la biille In cœnd tknmni. Clément XIV avait jugé prudent àe supprimer, en 1770, la publiaûon annuelle de cette pièce, où Tultramontanisme s'étale dans ce qu'il a de plus exagéré. Benoît XIV avait eu la pensée de corriger cette bulle. Clément, qui prenait ce savant pape pour modèle, conçut le même projet, et ne la publia point LÎss Jésuilef en manifestèrent la plus grande indignation, et répandirent, non-

1 OéaMotis XIV, £piat. et Brev. n.o 35.

• Lettre de Umiîs XV à Clément XIV, en date du S9 octobre IW.

s démentis XIV, Épist. et Brev. n.o 107.

^ Theiner, HUL du pontifical de Clément XIV, ann. 1770, S 79 et «ûv.

OB L*àGLISB DE FEANCE. 115

ieuiement à Rome^ mais à Paris^ un grand nombre d'exemplaires delà bulle, qu^ils firent imprimer. Tel est le respect de ces religieux pour les papes qui ne leur sont pas soumis. Ils se montrèrent foil irrités de la mesure prise contre eux. Les coura^ de leur côté, redoublèrent leurs instances. Enfin Clément XIV ordonna de faire des recherches dans les archives du Vatican pour servir à la rédafi* tion de la buUe de suppression de la Compagnie.

Choiseul fut alors remplacé au ministère par le duc de La Vrillière, qui avait un parent dans l'Institut des Jésuites. Ce changement fit donc tressaillir de joie ces religieux. Ils répandirent le bruit dans les salons, et surtout par le moyen des grandes dames ', qu'ils seraient rélabÛs en France dans un bref délai. Ils affectèrent aussi de répandre à Rome le bruit qu'ils n'avaient plus rien à craindre *• Ils furent étrangement trompés dans leur attente ; car, dans ses premières dépêches au cardinal de Bemis, le nouveau ministre lui recommanda surtout de pousser avec vigueur l'affaire de leur suppression. Le pape prit alors plusieurs mesures bien capables de leur enlever toute espérance. Il nomma une conmiission chargée d'inspecter leurs maisons , et abolit deux abus étranges : le premier consistait à exiger des séminaristes originaires d'Angleterre le serment d'être soumis au général des Jésuites lorsqu'ils seraient retournés dans leur patrie pour exercer le ministère; le second consistait en ce que les élèves des collèges jésuites étaient obligés de se confesser à ces religieux, à Texception de tous autres prêtres. Clément XIV abolit la clause du serment des séminaristes qui regardait le général Jésuite, et rendit aux collégiens la liberté de se confesser à tout prêtre approuvé * . En même temps, il examinait mûrement la question de la suppression : arll paratt, écrivait Bemis ^, vouloir éviter également le risque de faire quelque injustice et le reproche de s'être déterminé dans une afiEûre de cette nature, ou par des sentiments de comptaisincg, ou par de» vues purement politiques. » Le même cardinal écrivait encore de Rome *. : n Plus le pape me permet de lire dans son Ame, plus la vénération que j'ai pour ses vertus augmente. H dé-

^ Lettre du nonce au cardinal secrétaire d*État, en date du 14 nud 1771.

* Lettre de Berois au duo de La VrilUàre, en date du lA janvier 1771. » Theiner, Biêi. du ponlilUat éê CiimnU XIV, au. 1711, S «ftw

* Lettre de Bernis à La Vrilliin, ea date du » ssal 17». s Ltttndtt mens au roéin^, en date du 9$ juin 1771.

1 16 uisroiti

teste le fanatisme, il aime la paix, la justice et la modéradon; personne n'est plus instruit que lui des intrigues pour et contre les Jésuites, soit à Rome, soit en France, en Espagne, en Portugal, et dans toute TEurope. Il blâme de part et d'autre les passions qui animent les deux partis. » Pendant les années 1771 et 1772, Clément XIV montra la même modération, malgré les intrigues et les menaces de la Cour d'Espagne. Il connaissait les Jésuites, savait que leur abolition était nécessaire à la paix de TÉglise ; mais i) voulait procéder avec maturité et sans passion ^ Il opposa donc la plus inébranlable fermeté à toutes les intrigues des Cours, aussi bien qu'à celles des Jésuites, qui essayèrent de tous les moyens pour entraver ses projets. A l'exemple de Benoit XIV, qu'il avait pris pour modèle, il nomma des visiteurs apostoliques pour inspecter Jes établissements des Jésuites. Les abus qu'il y avait remarqués l'avaient d'abord décidé à leur ôter le séminaire romain. Les renseignements des visiteurs furent défavorables à la société. Clément XIV pril alors la résolution définitive de supprimer la Compagnie. Il commença , le 27 juin, une retraite qu'il ne termina que le 22 août. Ce fut pendant cette retraite, le 21 juillet 1773, qu'il signa le bref de suppression Dominus ac redemptor*. Le 17 août, il le fit notifier aux Jouîtes de Rome. On saisit chez eux des lettres séditieuses,

^ M. Grétineau-Joly, qui, pour la plus grande gloire des Jésuites, a foit de rélpclioiâ de Clément XIV une œuvre dTintrigue, de (erreur et 4e simonie [Clément XI r, efr., p. 272), poursuit son œuvre avec iotrépidité. Il représente Clément XIV comme payont chèrement son ambition d*être pape, par les exigenees des couronnes qui le forcent à abolir ta société de Jésus. Oa ne peut nier les instances réitérées et vives de TEspagne ; mais elles prouvent, plus que tout le reâte,la fermeté et la droiture de Oément XIV, qui ne voulut procéder qu*avec sagesse et leuUur dans une question qu*on voulait lui faire résoudre violemment deux mois après son élection. Le récit de M. Grétineau-Joly, prouve, malgré Fauteur, le contraire de ce qu'il voulait établir. On peut le comparer avec celui du P. Theiner, pour voir tout ce qu'il contient d'incohérent. (K. Crélioeau-Joly, Clémeni XIV, ch. 4; Theiner, Hi$l. du pontifical de Clément XIV de 1709 à 1773, articles de l'affaire des Jésuites). L*) P. de Ravignan, qui a voulu soutenir les opinions de M. Crétineau-Joiy, moins la franchise, veut faire croire aussi que Clément XJV n'a obéi qu'au système d'intimidation organisé par les couronnes. L*œuvre diplomatique du célèbre Jésuite ne répond point aux preuves multipliées du P. Theiner, qui démmUre que Clément XIV a agi dans toute la plénitude de sa liberté, avec sagesse, et par suite d'une conviction profonde que Tabolition des Jésuites était oéeessaire an bien de l'Église.

• M. Grétineau-Joly, d*après le Jésuite Bolgeni, a Eût une nIatioB dégoû-

DB L*iaU8B Dt niANGB. 117

qui rendireat nécessaire l'incarcération du général et de ses aasistants. Les autres Jésuites furent traités^ par Clément XIV ou à sa recommandation, avec une douceur et une bonté vraiment paternelles *, Les Jésuites lui tinrent peu de compte de ces sentiments^ et n'épargnèrent rien pour le noircir^ lui donner la réputation d'un pape vendu au philosophisme, et mettre obstacle à l'exécution de son bref de suppression.

Ce bref fut reçu en France avec satisfaction. On n'eut pas besoin de le publier officiellement et de l'enregistrer au Parlement, parce qu'en France la société des Jésuites n'existait plus depuis plusieurs années. Louis XV se contenta donc d*en donner communication aux archevêques et évéques, et il les engagea à diriger, a chacun dans son diocèse, leur conduite et leur administration en conformité des désirs du pape '. »

Nous n'avons point à nous occuper des intrigues que les Jésuites organisèrent de toutes parts pour disputer leur existence à un pape auquel ils avaient fait vœu d'obéir, et qu'ils proclamaient le maître absolu de l'Église et de l'État. On a voulu les nier. Autant vaudrait contester Téclat du soleil. La plupart des Jésuites, habitant les États où ils avaient été supprimés par l'autorité temporelle, firent extérieurement un acte de soumission qui était une nécessité; mais partout où ils purent se maintenir comme Jésuites, ils le firent C'est ainsi que, dans les États de Frédéric de Prusse et de Catherine de Russie, ils ne tinrent aucun compte du bref

tante des circonstanoes qui auraient accompagné la signature du bref Dom<nus ae redemp(or» Le P. Theiner constate que les Jésuiteè propageaient secrètpment ces scandaleuses hisloriettes avant leur publication par M. GréUneau. Tous ceux qtii ont été élevés sous leur influence le savent parfaitement. On peut en voir, dans le P. Theiner, la réfutation péremptoire. Ces détails n*apparii®nnent pas à notre ouvrage. Nous devions seulement faire remarquer la haine féroce des Jésuites et de leurs amis contre Clément XIV. Selon son habitude, le P. de Ravignan élude toutes les questions importantes relatives à la suppression. Il laisse subsister les récits de M. Grétineau-Joly; donne son petit coup de pied, indirectementy au P. Theiner ; et fait un récit décoloré et tout à fait Jétuilique des choses. Quand on étudie Férieasement ce sujet, on est affligé du rôle que le P. de Ravignan a joué dans son livre, en rertu d*ordres supérieurs, auxquels il s*est cru obligé d*ol>éir.

^ Lettre de Tabbé des Baisses, premier secrétaire de Tambassade de Rome, au duc d* Aiguillon, en date du 6 octobre 1773; lettre de Remis au duc d*4igaillon, en date du 1er décembre 1773.

* Lettre du duc d^Aignillon h Remis, en date du 31 août 1773.

du pape. Parloul ailleurs ils rettèrent JésuilM sous l'babitiAeQlier, entretinrent dei intrigues secrètes , et eonservèrvnt surtout eet j esprit de secte intolérante et tracassière qui avait été came d« Tabolition de leur société.

L'histoire impartiale doit flétrir ces sourdes menées, qui WttA surtout pour résultat la diffamation d'un pape vénérable par ses vertus privées et par le zèle constant qu'il montra pour lei intérêts de l'Église.

Clément XIV avait conservé, sur le 8ainl-8iég«^ la simpUcilé touchante qu'il avait toujours montrée avant son élévation. 8a modestie égalait sa science; et, dans tous ses actes, il montra me prudence, une sagesse dignes d'un chef de l'Église. Il tenta quelques réformes, à l'exemple de Benoît XIV, ce pape si pieux et si savant. Il comprenait que les vieux préjugés devaient dîipa* retire, sous peine de compromettre l'Église àlennénie , qui en portait la responsabilité. Mais, dans ses réformes, il procéda tvsc Qiie prudence que l'on serait tenté de regarder comme excessive. Cette conduite a cependant fourni aux Jéeailes et à leurs amk l'eeeaeion d'en faire un pape pkihsophê < et vendu aux ennemii de l'Église.

11 nous suffira de dire ce qu'il a fait en faveur des Ordres reli» fieux de France, pour faire apprécier cette calommie.

Vers la fin du règne de Louis XV, on s'occupa beaucoup, en Firance, de la réforme de certaines congrégations religieuses qui ne donnaient pas rédiiication et ne rendaient pas les services

Su'on était en droit d'attendre d'elles. L'assemblée générale du lergé, tenue en 1765 *, s'était occupée de cet objet important, et avait iipploré le concours du roi, qui, le 31 juillet 1766, établit une commission dont Loménie de Brienne, archevêque de Tou> louée, étaitprésidenl. En 1768, Loménie lit rendre un édit qui supprimait toutes les maisons oii il n'y avait pas quinze religieux. On manifestait dans cet acte plutôt l'intention de les réformer que de le» détruire, puisqu'on les unissait à d'autres congrégatioiis régulières.

' Clcmf^nt XIY est le pape qui i>e prononi a avec le plus de dignité et d'énergie contre le |khili>8opbiâmc. On peut consulter la cuUectiou de ses lettres et de Ees brefs, publiés par le P. Theiner. M. de Bonald, fidèle disciple des Jésuites, n'en a pas motos appelé Clément WV pape philosophe y ce qui équivaut, dans sa bouche, à pape incrédute et impie,

• r. les Procès-verbaux des assemblées du clergé, t. vui de la conection gf^nérale.

DB l'ÉGU«« m PKANCE. 119

Le pape, qui comprenait la nécessité de ta réforme et qui pensait qu'elle était dans les vues de la commission^ lui donna, en 1770, ses encouragements ^ Mais bieolAt il s'aprfçot que Ton voulait bien moins réformer les Ordres religieux, en y faisant revivre Tesprit primitif, qu'en abolir plusieurs, saa« même recourir à l'autorité ecclésiastique. Il fit adresser des observations à ce sujet aux évéques qui faisaient partie de la commission. Loménie de Brienue chercha à excuser les mesures qu'elle avait cru devoir prendre; mais Clément XIV répondit à son mémoire ; il prit la défense des lois ecclésiastiques relatives aux religieux, et soutint que, si la réforme des moines était nécessaire, on ne devait pas pour cela attenter à l'existence des Ordres religieux. Par son ordre, le nonce protesta conlre les mesures qui avaient été prises par la commission. Lotiis XV sembla entrer dans les vues de Clément XIV^ et lui proposa, en 1772, un édit pour la réforme des religieux. Cet édit fut pdblîé au omis de février 1773, avec quelques modlGcations Caftes au projet primitif, d'après les avis du pape. Ces projets de réforme disparurent bientôt après avec les Ordres religieux euxmêmes.

Louis XV mourut le 10 mai 1774. Le 22 septembre de la même année. Clément XIV le suivit dans la tombe. On a accusé les Jésoiles de l^aivoir fait empoisonner. Si ce fait n'est pas prouvé, on ae ptnt niar qo^ila niaient, en général, manifesté la joie la plus wive de sa naiiulie et de sa mort, et répandu, sur ses derniers iDomeiite, des tmiils aussi absurdes qu'horribles'. Clément XHT mcionit pieusement, comme U avait vécn. Il eut Pie VI pour suc- \ Louis XV fat pemplaeé sur le trône par Louis XVI.

* Lettres de PallaTiGiiii an nonce, citées par le P. Theiner dans son Biât. é» pmêÊfieui 49 CUmgm X#F, son. 1770.

• tts «01 dtéfeprodails par M. CMIIiiaau«loly et refuMs par le P.

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