DE LE6L1SE DE FEAKCE
unlttNadeurs à Rome^ augmenta encore la mésintelligence qui exktait entre la cour romaine et celle de France depuis plusieurs années.
Les ambassadeurs^ étaient en possession de jouir^ à Rome, du droit de francbisfp dans leurs quartiers, c'est-À-dire qu'ils avaient un certain espace autour de leur palais dans lequel ils avaient seuls droit de juridiction ; les criminels pouvaient s'y réfugier et y jouir de rimpunité s'ils le voulaient. Les papes Jules lli^ Fie IV, Gréfroire XIII et Sixte V avaient cherché déjà, mais inutilement, à détruire cet abus, innocent XI se flatta de réussir. Il publia en conséquence une bulle, qui révoquait les franchises des ambassadeurs et excommuniait ceux qui voudraient les soutenir, de quelque qualité qu'ils fussent, sans en excepter ceux de France. A cette nouvelle, Louis XIV envoya à Rome, en qualité d'ambassadeur extraordinaire, Henri-4!^harles de Beaumanoîr, marquis de Lavardin, avec ordre de maintenir les franchises de son quartier. Il le fit avec hauteur. Le pape, de son côté, le déclara excommunié. Lavardin ayant communié le jour de Noël dans l'église de Siint-LouisHles-Prançais, malgré la sentence qui l'avait frappé, Innocentjeta l'interdit sur cette église. Lavardin protesta et prétendit qu'on avait violé^ en sa personne, le droit des gens.
Louis XIV, averti de ce qui s'était passé, renvoya l'affaire au Parlement de Paris. Talon, avocat-général, tit un long réquisitoire contre le pape, qui, selon lui, ne tenait point compte de tout ce que le roi faisait pour la religion et pour le Saînt-Siége, et qui ne pouvait alléguer, pour motif de sa malveillance a l'égard de la France, que la régale et la déclaration du clergé, affaires si conformes à la justice et à la doctrine constante du clergé de France. £n parlant du refus des bulles, il s'écria : ce Qui pourroit croire qu'un pape si saint voulût laisser trente-cinq églises cathédrales sans pasteurs^ parce que l'on ne veut pas reconnoitre son infaillibilité? »
Dans ce discours. Talon traita de la grave question de Tinstitution canonique, et* prétendit que, puisque le pape la refusait aux sujets nommés par le roi en vertu du concordat^ il ne respectait pas
* On peut voir les pièces relatives à celte affaire dons le Recueil de KUies Du Pin, intitulé : Histoire eeclénastique du xvii.e siècle, t. m ; D*Avrigny, Mém. chronol., ann. 1667, 1688: Histoire de TÉglise, par Vabbé de Choisy, ti^. ^1, chap. 5; Madame de La Fayette, Mémoires de la Cour de France, «nn. 1688.
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cet acte^ et, qu'en conséquence, on pouvait bien avoir recours à la discipline antérieure au seizième siècle, d'après laquelle l'institution canonique n'était pas donnée, à l'évéque élu, par le pape, mais par le métropolitain.
La conclusion de Talon fut que : les gens ^ roi devaient être reçus appelants de la buQe du pape; que le roi devait convoquer les conciles provinciaux ou un concile national, s'il était possible, pour aviser aux moyens d'empêcher le désordre qui résultait de la vacance des sièges épiscopaux ; qu'il devait, en outre, soutenir de toute son autorité les franchises de l'ambassadeur de France, et défendre à tous ses sujets de faire du commerce avec Rome et d'v envoyer de l'argent.
Le Parlement rendit un avis conforme.
Louis XIV n'avait permis toutes ces procédures que pour effrayer le pape et le rendre plus traitable. Il lui écrivit de sa propre main et lui envoya un homme de confiance, nommé Ghamplay, à l'insu de son ambassadeur et du cardinal d'Ëstrées. Mais Innocent ne voulut recevoir ni l'homme de confiance, ni la lettre du roi ; celui-ci écrivit alors au cardinal d'Ëstrées une longue lettre, dans laquelle il menaçait d'envoyer des troupes en Italie. Cette démarche fut aussi inutile que la première. Alors le procureur-général déposa, dans toutes les formes, un acte d'appel au concile général de tout ce que le pape pourrait entreprendre, et le roi se saisit d'Avignon et du Comtat, qui faisaient alors partie des États de l'Église (1688).
Quelques évéques, qui étaient à Paris, s'assemblèrent dans ces graves conjonctures, sous la présidence de Harki. La procédure suivie par le procureur-général au nom du roi fut justifiée par Harlai, qui en fit en outre l'éloge dans l'assemblée de ses curés, et dans celle des chefs de chapitres et de communautés convoqués par lui.
Le clergé et le roi lui-même eurent soin de déclarer qu'on n'en voulait point à l'autorité spirituelle du Saint-Siège.
Les choses en étaient là, lorsque Innocent XI mourut, le 12 août 1689, dans sa soixante-dix-neuvième année.
Parmi les faits importants de son pontificat, on doit signaler sa bulle contre Molinos, chef des QuiétistesS et la censure qu'il fit de plusieurs propositions de morale relâchée des Casuistes.
Depuis que Pascal avait soulevé, par ses ProvinciakSy la grande
* Nous parlerons bientôt de cette secte.