‹ Histoire de l'église de FranceChapitre 7 sur 100 · DE L*ÉGU»E DE FRANCE · texte numérisé non relu

DE L*ÉGU»E DE FRANCE

question de la morale chrétienne^ si horriblement déCgurée par les CasQÎsles^ les érêques les plus vertueux s'étaient appliqués à enseigner à leurs peuples les vrais principes de rÉvangile; mais les Jésuites^ qui avaient plus d'un motif de soutenir les Casuistes^ leur faisaient^ sur ce points la plus vive opposition. Les prédécesseurs d'Innocent XI n'avaient abordé que faiblement cette question de la morale; Innocent^ qui ne subissait pas le joug des Jésuites, ne craignit pas de censurer les propositions de leurs Casuistes. •

Le clei^é de France^ en 16^^ entreprit de joindre sa censure à celle du pape^ et Bossuet avait rédigé un projet S qui resta inutile, parce que l'assemblée fut brusquement rompue par Louis XIV ; nous verrons l'évêque de Meaux représenter ce projet augmenté à l'assemblée de 1700^ qui l'adopta^ malgré les intrigues des Jésuites.

Ces religieux avaient^ dans ce temps, une discussion très vive iTec Le Tellier^ archevêque de Reims, touchant la communion pascale. Ce prélat, comme tous les évéques de France, soutenait que les fidèles étaient obligés, pour satisfaire à leur devoir pascal, de se conformer au canon du concile de Latran. Les Jésuites regardaient cette loi comme un préjugé qui saisit quiconque prend possession d'une cure, et dont la plupart n'auraient pas moins de peine à se défaire que de leur bénéfice '. Un Jésuite d'Amiens ayant attaqué la doctrine du clergé de France, les curés de cette ^iele dénoncèrent à Faure, leur évéque; celui-ci, qui ménageait les Jésuites, rendit une ordonnance dans laquelle il soutenait en droit la doctrine reçue, et donnait en /aiï raison à ces religieux. Cette singulière sentence fut déférée, par les curés d'Amiens, à l'archevêque de Reims, métropolitain, qui reçut leur appel. Faure essaya de décliner la juridiction de Le Tellier, et obtint un bref du pape qoi commettait l'évêque de Meaux pour juger l'appel. Le bref ne Ait point reçu comme valide en France, par suite des difficultés qui existaient entre le pape et le roi. En conséquence, l'archevêque de Reims jugea l'ordonnance de l'évêque d'Amiens contraire au droit et l'annula.

Faure mourut sur ces entrefaites et les choses en restèrent là; mais les Jésuites gardèrent rancune à Le Tellier de son jugement. Du reste, ce n'était pas la première fois qu'Os se trouvaient en lutte.

' On le trouve parmi ses œuvres. F. it. le Procès-verbal de rassemblée de itta et les Pièces Justificatives.

Ces paroles sont ûù Jésuite D*Àvrigny, Mém.chronol., ann. 1687, 22 mars.

110 BISTOWK

A Reims, comme dam la plupart des diocèses^ ik voulaient s'attribuer des pouvoirs^ au détriment de l'autorité épiscopale et du clergé des paroisses.

Mésintelligence des Cours de France et de Rome sous Alexandre VIII. -^ BuUe contre rassemblée de 168i. — Innocent îll pape. — Paix rétablie. — Les bulles accordées. -- A quelles conditions. — Jugement de Bossuet sur ces conditions. — Travaux de Bossuet contre les Protestants. — Projet de réunion. — Travaux d'Amauld dans la même cause. ~ Apologie des Catholiques. — Discussions sur la Grâce contre le P. Mallebranche. — Fénélon et Amauld contre le P. Mallebranche. — Notice sur Fénélon. — Amauld dénonce au pape le Péché philosophique de» Jésuites.— Mauvaise doctrine de ces religieux. — Propositions <piils font condamner à Rome pour venger les Casuistes. — Le formulaire introduit aux Pays-Bas. — Écrits d'Amauld à ce sujet. — Députation à Rome. — Bref dfnnooent XII aux évéques des Pays-Bas. — Fourberie de Douai, -r Slort d*Arnauld.— Une lettre de l'abbé de Rancé à ce sujet.— Mort de Harlai. — DeXoeilles archevêque de Paris. — Ordonnance de ce prélat sur la Grâce. — A quelle occasion. — Nouvelle édition des Réflexions morales. — Problème ecclésiastique. — Bossuet justifie les RéQexions morales du P. Quesnel. — Doctrine du cardinal srondrate, dénoncée au Saint-Siège par cinq évéques. -^ Affaire du Quiétismc. — Madame Guyon et Fénélon. — Le livre des JToxf met det Sain/* condamné. — Affaire de Marie d*Agr6da. — Mort d'Innocent XD.

Louis XIV renonça à ses prétentions par rapport à la franchise des ambassadeurs^ pendant le conclave où le cardinal Ottobooi fat élu pape j sous le nom d'Alexandre VIII ; mais cette démarche ne produisit pas plus de succès que celle qui l'avait précédée. Ce fui inutilement que Ton négocia, pendant le cours du pontificat d'Alexandre VIII^ pour faire cesser le refus des bulles. Ce pape voolait, à l'exemple de son prédécesseur, que ceux des évéques nooiniés, qui avaient assisté à l'assemblée de 16&2, fissent une rétrae-

^ D*Aguesseau, Mémoires sur les affaires de TÉglise de France, t. xin des œuvres complètes, p. 417 et suiv. ; Histoire de TEglise, par Tabbé de Choisy, liv* 34, ch. 5 ; EUies Du Pin, Histoire Eccl. du xvii.« siècle, t. ui ; D*Avrigny » Mém. chronol., ann. 1680, 1600.

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talioD authentique de la déclaration du clergé et du consentement qu'ik avaient donné à TétabUssemenl de la régale pour tout le royaume.

Louis XIV fît représenter plusieurs fois au pape que la déclaratkn du clergé de France n'était point un décret, comme on voulait le croire à Rome ; que l'Église de France avait simplement vouhi exposer ses sentiments^ sans prétendre les imposer aux autres Églises; que s'il persistait plus longtemps à refuser les bulles , on serait obligé de chercher un autre moyen pour donner des pasteurs i la moitié des Églises du royaume qui^ depuis six ans^ étaient devenuest vacantes.

Alexandre Vif I parut céder un instant ; et, sans plus parler de rétractation , il demanda seulement , que a Sa Majesté voulût bien eesâer de tenir la main à Texécution de Tédit qu'elle avait publié pour autoriser les délibérations de cette assemblée^ au sujet de la poissance spirituelle et temporelle des papes , st en assurer Sa Sainteté par une lettre de sa main, et faire écrire aux évéques nommés une lettre contenant l'assurance a qu'ils n'avaient pas eu intention de rien définir ni régler dans cette assemblée, qui pût déplaire au Saiot-Siége. »

Le roi consentît à tout, et Ton se mit à négocier sur les termes delà lettre ; le pape en voulait au moins deux ou trois qui pussent être considérées comme une réparation de l'injure qu'il prétendait avoir été faite au Saint-Siège par l'assemblée de 1682. D'un autre cMéy on ne voulait en France d'aucun terme qui pût porter atteinte aux libertés de l'Église gallicane.

Mécontent de cette fermeté, Alexandre rédigea une buUe par laquelle il annulait tout ce qu'avait fait l'assemblée de 1682 , ainsi que les édits, ordonnances et arrêts que le roi et les Parlements avaient donnés à l'appui ^ Cette buUe fut tenue secrète pendant six mois ; mais voyant, au mois de janvier 1691, que la fin de sa vie approchait, il la communiqua aux cardinaux le 30 janvier, et ordonna de l'afBcher. Le lendemain il mourut, et la nouvelle de la huile arriva en France avec celle de la vacance du Saint-Siège.

* Ibamet a remaniué que cette bulle ne ceasure point la doctrine des qnatm articles; elle annule seulement ce qui avait été fait par l'assemblée» romme attentatoire à l'autorité du pape. ( F. Defens. déclarât, c. x, Galliœ, orthodox».) Cependant rintention du pape, comme celle dlnnocent XI , était bien de condamner la doctrine aussi bien que VacU^ sans oser le dira formeUemeat.

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Le Parlement voulut sévir contre la bulle d'Alexandre VIll ; mais Je roi modéra son zèle, et dit qu'il pouvait présumer que cet acte , qui accusait la faiblesse d'un mourant, si toutefois il était authentique, ne serait point soutenu par son successeur.

lien arriva en effet ainsi. Pignatelli, élu pape sous le nom d'Innocent XII, se hâta d'écrire au roi de sa propre main, pour l'assurer de ses dispositions pacifiques. On reprit les négociations. Les évéques nommés, qui n'avaient pf »int assisté à l'assemblée de 1682, obtinrent la permission de recevoir leurs bulles , et il fut convenu que ceux qui y avaient assisté les obtiendraient aussitôt après avoir écrit au*pape la lettre dont on négociait le contenu. Tous les points n'en furent réglés définitivement qu'au mois d'août 1693, et elle fut envoyée au pape le là septembre.

a Les termes de cette lettre étaient ménagés, dit d'Aguesseau S de manière qu'elle ne pouvait être considérée que comme un témoignage de la douleur que les évéques avaient ressentie en apprenant les préventions où le pape était entré à leur égard à l'occasion de ce qui s'était passé dans l'assemblée du clergé tenue à Paris en 1682. Us n'avouaient pas que ces préventions fussent bien fondées , et ils se bornaient à marquer, a que tout ce qui avait pu D être censé décrété sur la puissance ecclésiastique dans ladite as- » semblée devait être tenu pour non décrété^ et qu'ils le tenaient » pour tel ; que, de plus, ils tenaient pour non délibéré tout ce qui » avait pu être censé y avoir été délibéré au préjudice des droits des i> Églises ; leur intention n'ayant pas été de faire aucun décret^ ni B de porter préjudice auxdites Églises; qu'ils espéraient, par ces » raisons, que le pape voudrait bien les recevoir dans ses bonnes » grâces, et leur accorder les bulles qu'ils demandaient. »

Dès le commencement du pontificat d'Innocent XII, Louis XIV avait suspendu les édits qui rendaient obligatoire l'enseignement des quatre articles, et il avait écrit lui-même au pape pour lui faire connaître cette mesure '. Louis XIV n'entendait pas porter atteinte à la doctrine des quatre articles, et empêcher qu'elle ne fût enseignée ; seulement il consentait, pour le bien de la paix, à suspendre l'obligation imposée par son édit. C'est ce qu'il déclara lui-même, d'une manière positive, en 1713, comme nous le verrons dans la suite.

^ D*Ague88eau, lùcciL

* D*Ague8seau (loc. cH,) donne sa lettre.

DE L*ÉCU8B ÙK riANCl. 113

Bo68uet ^ remarque^ avec beaucoup de raisoDy qu'Iimoeeiil XII n'exigea point des évéques nommés la rétractation de la doctrioe des quatre articles^ mais seulement la déclaration qu'ils n'avalent pas voula faire un décret sur ce point. Leur lettre n'a donc aucune valeur doctrinale en elle-même ; et, quand bien même elle contiendrait une rétractation véritable, elle ne serait encore rien , aeioii Bossuet, « puisqu'elle n'est, dit-il % que de quelques particidiers. contre une délibération prise dans une assemblée générale du clergé et envoyée par toutes les Églises et dans toutes les Universités, sans qu'il se soit rien fait au préjudice. »

En effets quoique Louis XIV eût suspendu l'obligation d'enseigner les quatre articles, ils n'en furent pas moins universellement admis dans toute la France, comme avant cet édit et avant la déclaration du clergé.

Pendant qu'avaient lieu toutes les négociations relatives à la paix, Bossuet travaillait à son grand ouvrage de la Défenmdeladédaraiion^ cherchait à éclairer, par ses instructions, les Protestants de son diocèse, et négociait avec Leibnitz et Molanus le grand projet de réunion des Luthériens avec l'église catholique. Pendant dix ans ', Bossuet travailla avec autant de science que de sèle à ce projet, si digne d*un grand évéque, et qui ne devait avoir d'autre résultat que de donner naissance à de bons livres et à des lettres pleines d'érudition et de charité.

VHistoire des variations et les Averiissemenis aux Protestants avaient précédé les écrits pour la réunion, et placé Bossuet à la tête des théologiens catholiques.

Ce grand homme ^ conçut le dessein d'écrire l'histoire des variations des Églises protestantes, en lisant le recueil des confessions de foi ' de ces Églises, depuis celle d'Augsbourg. Il fut frappé des contradictioas qu'offraient ces divers symboles entre eux et des systèmes que les mêmes auteurs avaient tour à tour admis ou rejetés. Bossuet \1t d'un coup-d'œil tout le parti qu'il pouvait tirer de cet

* Bossuet, Gallis orthodoxe, c x.

' Journal de l*abbé Le Dieu.

' Da 1601 à 1702. K. Parmi les œuvres complètes de Bossuet : ProjnU de rémiKm entre les CatheUques ei les Proleslanîs iTAttemagne,

^ Bossuet, Histoire des varîatiODs; Mémoires de Le Dieu, sur la vie et les ourrages de Bossuet.

^ Syntagma confe?sionutn.

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