LIVRE DOUZIÈBŒ
Idée générale du nouveau régne. — Déclamations des ex-Jésuites. — Nouvel édit contre eux. — Ils font grand bruit de la Boite à Perreile. — Procès au sujet de cette caisse. — Assemblée du clergé de 1780. — Les mauvais livres - Questions des conciles provinciaux et des Protestants. — De Tédition bénédi^ tine des œuvres de Bossuct. — Des prêtres à port on-congrue. — Assemblées» de 1781 et de 1785. — AfTaire du collier. — Le cardinal de Rohan. — Édit en faveur dos Protestants. — Première assemblée des notables. — terniérr assemblée du clergé en 1788. — Détails de celte assemblée.— Deuxième assen* blée des notables. — Convocation des États-Généraux.
Louis XVI avait près de vingt ans lorsqu'il monta sur le trAne. Louis XV, son aïeul, l'avait toujours tenu éloigné des affaires, et la Dubarry, qui gouvernait la Cour, ne lui avait jamais pardonné ses vertus et sa modestie. Le nouveau roi était inexpérimenté. Sa timidité et son indécision naturelles rendaient presque inutiles ses botines qualités et son instruction^ qui n'était pas ordinaire. U avait l'instinct du bien et du juste ; dans sa vie privée, il était un modèle de toutes les vertus. Ses traits étaient toujours empreints de quelque tristesse, comme s'il eût eu le pressentiment de sa malheureuse destinée. Ce roi vertueux devait, dans les desseins de la justice de Dieu, être immolé comme une victime pure, pour expier les crimes de tant de rois qui n'avaient passé sur le trônç de France que pour le souiller de leurs inunoralités, et qui avaient tant abusé de leur puissance.
Louis XVI épousa Marie-Antoinette d'Autriche, qui partagea les malheurs de son mari, et qui peut-être les provoqua, du moins en partie, en se mettant à la tête d'un parti qui ne comprit rien à l'esprit nouveau qui soufflait sur le monde, et qui crut l'anéantir en le comprimant. Louis XVI comprenait mieux la situation qi»*
DE L*BGLlfiE DE rBANCE. i2f
Marie-Antoinette, hem ministres de son choix étaient Turgot^ Malesherbes, Neckèr^ qui joignaient aux convictions royalistes Tamour éclairé du progrès. La jeune reine, entourée de quelques grandes dames qui avaient foi dans l'éternité de leur blason, et de quelques seigneurs entêtés de leurs privilèges, formait avec eux un piarti contraire à celui du roi, qui contrariait ses instincts de justice et d'équité; qui l'emportait presque toujours et inspirait les mesures les plus détestables. Louis XVI, ballotté entre les deux partis contraires, eut tour à tour des ministres rétrogrades et des ministres progressifs, et sa politique ne fut qu'une suite de contradictions qui accélérèrent la révolution.
Au début de son règne, Louis XVI * rétablit les Parlements abolis quelque temps auparavant; mais il prescrivit en même temps le silence le plus absolu sur les discussions religieuses qui avaient si long-temps troublé la France. Elles n'étaient pas encore complètement amorties, et les ex-Jésuiles passaient pour les entretenir. Pie VI ayant accordé, en 1775, un jubilé , pour son avènement au Saint-Siège, les anciens prédicateurs jésuites se répandirent dans toute la France, et se déchaînèrent contre le pbilosophisme et contre leurs adversaires avec beaucoup de violence. Le président Angrand, dans une dénonciation qui fut imprimée, fit connaître ces excès à la magistrature. Louis XVI publia, en conséquence, au mois de mai 1777, un nouvel édit contre ces religieux, qui vivaient encore, quoique morts légalement. Il y déclarait que leur Société étant abolie partout, elle l'était sans retour, et que son rétablissement était désormais impossible. II prescrivit en outre quelques mesures à l'égard de ses anciens membres. Le Parlement enregistra cet édit le 13 mai. Il y ajouta quelques clauses, entre autres celle-ci : que les ex-Jésuites feraient serment de maintenir les quatre articles de 1682. Le roi confirma cette clause dans une déclaration du 7 juin, où il annulait les autres que le Parlement avait jugé à propos d'ajouter.
Les Jésuites firent alors grand bruit d'un procès qui leur révéla l'existence d'une caisse appelée boîte à Perrette '• On entendait par là une caisse de secours établie par les membres les plus riches de l'école de Port-Royal, en faveur .de leurs amis persécutés et
* Gazette de France; Mémoires de Georgel et autres Mémoires du temps. 1 Mémoire pour le prudent Rolland ; plaidoyer de Gerbier pour l*abbé de MitjainviUe.
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réduits à la misère. Les fonds de cette caisse se transmettaient par testament à des dépositaires fldèles et dévoués. En 1764^ l'abbé d'Ëaubonne avait institué son légataire universel, Rouillé des FiUelières, pour une somme de 450 mille livres. Celui-ci moumt le 14 octobre 1778, laissant un testament dans lequel il instituait Tabbé de Majainville pour son légataire universel^ et léguait à plusieurs amis des sommes assez considérables. Ses héritiers attaquèrent le testament, allég^uant que les legs étaient des prodigalités excessives, pernicieuses pour la société et préjudiciables aox familles. Us produisirent un double registre sur l'un desquels leur parent inscrivait ses recettes et dépenses personnelles, et, sur Taotre celles de la société dont il était le trésorier. Ils en concluaient que les legs faits par Rouillé des Filletières à ses amis l'étaient en vertu d'un fidéi-commis illégal. Celui des héritiers qui fit le plas de bruit fut le président Rolland, qui prétendait que le testament lui faisait tort de 200 mille livres ; il affirmait avoir dépensé soixante mille livres pour la destruction des Jésuites, qui n'auraient pas été abolis, disait-il, s'il n'avait consacré à cette oeuvre son t^mps^ sa santé, son argent. Il publia un mémoire pour soutenir ses prétentions. Il soutenait que Tabbé de Majainville et les autrei légataires ne pouvaient prétendre qu'à la somme de 450 mille livres léguée à Rouillé en 1764, et que les 300 mille livres qui fo^ maient le surplus de la succession de Rouillé devaient nécessairement revenir à ses héritiers naturels. Rolland oubliait de prouver que le testateur n'avait pas^u la libre disposition de sa fortune, ce qui était cependant le point important. Le célèbre Gerbier plaida pour l'abbé de Majainville, qui gagna son procès.
Les Jésuites et leurs amis n*ont pas épargné les déclamations sur la boite à Perrette et sa destination; ils ont trouvé qu'il était immoral de laisser à des testateurs, sans héritiers directs, le droit de léguer tout ou partie de leur fortune à une caisse dont ib n'approuvaient pas la destination. On comprit leurs motifs; chacun savait que, de tout temps, ils avaient été moins scrupuleux pour se faire allouer à eux-mêmes des sommes beaucoup plus eonsidérâbles, et par des moyens que n'approuverait peut-être pas It probité. Il est étonnant que les Jésuites et leurs amis n'aient pas songé que leurs déclamations, fausses en elles-mêmes, perdaient, surtout dans leur bouche, toute espèce de valeur, et qu'elles retombaient sur eux de tout leur poids.
Les ex-Jésnites, répandus dans tous les diocèses, avaient tn-
DB L* ÉGLISE UK FRANCK. tM
vaille, surtout après la déchéance des Parlements, à ne faire de« amis dans Tépiscopat. Aussi l'assemblée générale du clergé dé 1780 exprima-t-elle le regret de leur destruction, dans un mémoire qu'elle adressa au roi sur les Ordres religieux, comme nou$ le verrons bientôt.
L'assemblée de 1780 fut présidée par le cardinal de Larochefoucault. Le vendredi 2 Juin eut lieu la messe du Saint-Esprit. De Tbémines, évéque de Blois, fit le sermon dans lequel il démontra, dit le procès verbal, la perpétuité de l'Église , avec toute l'éloquence et l'énergie que peut inspirer l'amour de la religion.
Le député le plus savant, et autour duquel on peut grouper la plupart des questions dont l'assemblée eut à s'occuper, Ait Jean- Marie Dulau, archevêque d'Arles. Il fut placé à la tête de la commission pour la religion et la juridiction. Cette commission était composée, outre l'archevêque d'Arles, des évêques de Nevers, Castres, Valence, Clermont et Blois; des abbés Chevreuil, de Hercé, Bridelle, Dulau, de Lageard et de Roblen. Elle s'occupa d'abord des mauvais livres, et, le 21 juin, l'archevêque d'Arles fit à l'assemblée un rapport sur ce sujet. Nous devons en citer quelques fragaients :
«Toutes les provinces consternées défèrent unanimement à la sollicitude du clergé général, cette redoutable nuée de productions anti-chrétiennes répandues avec impunité de l'enceinte de la capitale aux extrémités du royaume. Loin que les démarches éclatantes des précédentes assemblées aient mis quelques bornes à l'activité d'une contagion si dangereuse, de nouveaux scandales ont signalé, pour ainsi dire, les tristes révolutions de chaque année. Cet écrivain fameux (Voltaire), moins connu par la beauté de son génie et la supériorité de ses talents, que par une guerre persévérante et implacable qu'il a eu le malheur de soutenir, durant plus de soixante ans, contre le Seigneur et son Christ, on ne se lasse pas de l'exposer aux hommages de la vénération publique, nonseulement comme la gloire des lettres et le modèle de ceux qui les cultivent, mais encore comme le bienfaiteur de l'humanité et le restaurateur des vertus sociales et patriotiques. La voie des souscriptions a été plus d'une fois ouverte et tolérée en faveur d'ouvrages qui respirent une indépendance sans bornes et la haine de toute autorité. Enfln, par un attentat qui a retenti jusqu'au fond du sanctuaire, un ancien religieux, encore revêtu des livrées ecclésiastiques (Raynal), et même décoré de l'auguste caractère du
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sacerdoce, est hautement proclamé comme l'auteur d'un écrit semé de blasphèmes les plus révoltants. Son portrait et son nom figurent à la tête d'une éditiof) récente, sans, de sa part, aucun désaveu qui rassure et console la piété des fidèles ; tant l'oubli des principes a fait d'effrayants progrès, tant dorment d*un sommeil profond les notions les plus élémentaires de la bienséance et de la pudeur!
» 11 est temps de niellre un terme à cette affreuse léthargie. C'est une réclamation efficace et non des plaintes touchantes que l'Ë^b'se éplorée attend du civiiit et du zèle de ses pontifes réunis. Que demanderons-nous à l*autorité souveraine? Que ferons-nous nousmêmes en ces déplorables circonstances? Tel est le double point de vue bien digne d'être pris en considération dans la plus interressante matière qui puisse jamais occuper des pasteurs et des citoyens, o
Dulau rappelle les actes émanés de l'autorité royale contre les mauvais livres.
<c Aux termes des ordonnances même les plus récentes, ajoutet-il, la peine de mort a été prononcée contre tous ceux qui seraient convaincus d'avoir composé , imprimé ou répandu des écrits tendant à attaquer la religion... Or, sans vouloir porter des regards indiscrets sur les actes émanés de la puissance souveraine, nos entrailles paternelles frémissent à la vue de ces iispositions rigoureuses. Appelés à un ministère de douceur et de charité, le glaive suspendu sur la tête des délinquants nous force à dissimuler les infractions les plus caractérisées. La même considération a pu quelquefois enchaîner l'activité des plus vertueux magistrats. Une législation moins sévère et mieux exécutée opposerait sans doute des barrières plus insurmontables. »
Dans les vues de l'archevêque d'Arles, le gouvernement devait faire un règlement dont le double but serait d'encourager la Scieuce et les Beaux- Arts, tout en posant un frein puissant à l'abus qu'on en pouvait faire, au détriment de la religion. Une censure rigoureuse et exacte; l'amende, Tinterdiction temporaire ou perpétuelle contre les imprimeurs ou libraires délinquants; la suppression du colportage ; des visites fréquentes, rigoureuses, imprévues, dans les librairies et les cabinets de lecture; une surveillance active et légale de l'épiscopat, lui semblent les moyens les plus efficaces d arrêter le. torrent des mauvais livres. Il proposa à l'assemblée de demander une loi sur ces bases au gouvernement, et de prier le garde des sceaux de ne pas autoriser facilement la publication
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àe faibles apologies de la religion, qui pouvaient faire plus de mal que de bien.
Dans la deuxième partie de son rapport^ Tarchevèque d'Arles examina ce qu'avait à faire rassemblée elle-même contre les mauvais livres. Nous y remarquons ce qui suit :
(f Instructions adressées aux fidèles, censures décernées contre les principales productions de l'impiété, éditions des anciens apologistes de la religion protégées, encouragements prodigués à ses nouveaux défenseurs, rien ne parait avoir échappé 2i la sagacité et au zèle des assemblées qui nous ont devancé. Nous ne vous proposerons donc pas d'éclairer , par un nouvel ouvrage nos concitoyens sur les avantages de la religion et les déplorables effets de l'incrédulité. Il ne serait pas en notre pouvoir d'ajouter à l'onction et aux lumières qui brillent dans les Avertisietnents publiés à ce sujet par les assemblées de 1770 et de 1775; nous f^egrettons seulement que la modestie de Monseigneur l'évéque de Blois ait privé le public du discours qui a répandu tant d'éclat sur l'ouverture de nos séances, en faisant revivre quelques instants, au milieu de nous, le beau siècle de Louis XIY. »
Dulau proposa ensuite à rassemblée : 1<> De se faire présenter les. livres irréligieux publiés depuis cinq ans, afin de voir si quelqu'un d'entre eux méritait un anathème solennel ; 2° De favoriser phis que jamais les bons et savants écrivains qui défendaient la religion.
Les conclusions du rapport furent adoptées. Dulau fut chargé de voir le garde des sceaux touchant la loi nouvelle qu'on sollicitait, et de faire à l'assemblée le rapport sur les mauvais livres publiés depuis cinq ans.
Dans la séance du 20 juillet, il lut un mémoire contre les mauvais livres qui devait, en même temps, éclairer l'assemblée et être présenté au roi. L'assemblée l'adopta. On y exposait combien il était temps de mettre un terme à l'assoupissement funeste où l'on semblait plongé sur les progrès de l'esprit d'irréligion, a Encore quelques années de silence, disait-on, et l'ébranlement, devenu général, ne laissera plus apercevoir que des débris et des ruines. » La prophétie ne fut que trop réalisée.
Le même jour, l'archevêque d'Arles lut à l'assemblée deux autres mémoires à présenter au roi, l'un sur les entreprises des Protestants, l'autre sur la tenue des conciles provinciaux. Les évéques, depuis le concordat de Léon X et de François I*',
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avaient constamment réclamé des rois la permnsiM de as réonir en assemblées provinciales régulières^ leurs demandes ètakai toujours restées sans résultat. Dulau demandait, dans son mémoire^ pourquoi on refusait au clergé l'autorisation de tenir co assemblées canoniques, tandis qu'on favorisait de toutes psrb rétablissement d'autres assemblées. « L'Église^ disaitril, doit-elie s'attendre à être moins protégée que les sciences, la Hltératarc, et même la franc-maçonnerie? »
De Pompignan , archevêque de Vienne, avait d^à adressé à Louis XYI des représentations fort sages sur ce sujet. L'assemblée arrêta qu'elle suivrait son exemple, mais sa démarche fui inutile.
Quant aux Protestants, on se plaignait continuellement, au ses du clergé, des efforts qu'ils faisaient pour reconquérir la liberté de conscience.
On lit à ce 9ujet dans le rapport de l'agence qui fot présenté i l'assemblée de f 780 par les abbés de Larochefoucault et de Jfr* rente* :
a Les entreprises journalières des Protestants ont attiré l'attention de l'assemblée de 1775. Elle porta ses représentations aux pieds du trône, fit sentir à Sa Majesté la nécessité d'arrêter les progrès de cette secte, qui, au milieu de ses ruines, conserve Tes* prit d'audace et d'indépendance qu'elle eut dès son origine ; qui, au mépris des lois les plus solennelles étend ses erreurs, et qui veut usurper pour le mensonge des droits qui n'appartiennent u'à la \érité. Elle ne perH point ses espérances, et fait toujours e nouvelles tentatives ; elle veut encore ériger autel contre aute): elle réclame une existence civile et religieuse; elle deautoden bientôt des distinctions et de l'autorité; et, reprenant ses ancieiii avantages, qui la rendaient si dangereuse et si terribie, elle replongera la France dans les plus grands malheurs. Il est donc essentiel de la retenir dans les bornes les plus étroites, et d'op* poser une résistance vigoureuse à tous ses efforts. »
L'assemblée entra dans ces vues et demanda au rai, dans soo mémoire, de réprimer les entreprises des protestants.
Voici quelques passages du rapport de l'archevêque d'Arlei sur cet objet*.
^ Rapport de Tagence de 1775 i 1780 par Tabbé àe Larcvehefoncaold et Tabbé de Jareute, agents- gënéraut, on vol. in/ol. * Procès-Terbfti de Tsasemblép de 1780, f». 185 ei suif.
DB l'bguss dx nuMCK. isn
« En jetant les yeux sur l'ensemble des pUûiites successivement portées au pied du trâne depuis 1745 par les assemblées générales du clergé^ on remarque dans les entreprises des protestants des accroissements sensibles, une progression effrayante : enfin les nouveaux excès recueillis par les dernières assemblées provinciales semblent présager une tempête si violente que notre confiance en serait ébranlée, si nous ne tenions le gouvernail sous les auspices immortels de celui dont la parole commande à la fureur de« vents et des flots, p
L'archevêque d'Arles constate que les protestants étaient admis, contrairement aux lois, dans un grand nombre de charges qui pouvaient leur donner de l'influence; qu'ils exerçaient publiquement leur culte et qu'ils insultaient au cuite et à la foi des catholiques. Il s'étend sur des considérations politiques et sociales, d'après lesquelles la liberté des cultes ne pouvait être tolérée par le gouvernement, sans mettre en péril l'autel et le trône.
L'archevêque d'Arles ajoute ensuite :
c En dénonçant ainsi à la puissance publique l'enseignement et les progrès de Terreur, fidèles aux lois de notre ministère et à la doctrine des Pères de l'Église, nous sommes bien éloignés de solliciter des châtiments et des peines contre la personne des errants. Notre voix est méconnue en vain des religionnaires ; ils seront toujours nos semblables, nos concitoyens, nos frères et même nos enfants dans Tordre du salut. Toujours nous les aimerons, nous les chérirons. Loin de nous la seule pensée du glaive et de Tépée. La milice à laquelle nous sommes appelés est purement spirituelle. De touchantes et lumineuses instructions, des exemples persuasifs, de ferventes prières, une bienfaisance douce, prévenante, universelle et inépuisable, voilà principalement les armes de Tapottolat. L'état ecclésiastique est peut-être de toutes les professions la plus essentiellement éloignée des excès de rigueur, »
Malgré ces sentiments, Tarchevéque d'Arles n'^en proposait pas moins de s'adresser à la puissance temporelle pour arrêter les progrès du protestantisme et de s'en rapporter à la sagesse et à lu con/kmce de Sa Majesté sur le choix des mesures à adopter ; l'assemblée adhéra à cette proposition, et décida en outre que le roi serait prié de répandre, surtout dans le Dauphiné, le Languedoc et la Guienne, les pensions affectées aux nouveaux convertis, et après avoir consulté les éf êques sur la distribution.
V2B HisToim
L'archevêque d'Aries fil, le 17 aoûl, un rapport à rassemblée sur les Ordres religieux. Le clergé s'était ému de TaboUtion de l'ordre de Saint-Antoine qui avait eu lieu en 1T77, à peu près sans forme de procès. Les vingt-six maisons de cet Ordre avaient élc supprimées et ses biens alloués à celui des chevaliers de Malte, c'est-à-dire aux cadets nobles qui avaient le monopole de cette chevalerie, La commission du gouvernement suivait toujours Vimpulsion que lui avait donnée Loménie de Brienne, et abdissart un grand nombre de communautés, qu'elle regardait comme iûutiles, sous prétexte de les unir à d'autres Odres. L'archevêque d'Arles exposa en quelques mots ce qu'elle avait fait :
« L'histoire de ces derniers temps, dit-il*, présente dans un court espace de quelques années plus d'exemples de suppressions et de destructions que la longue succession des âges précédent^. Sans parler de cette société célèbre, dont le sort a si justement excité les regrets honorabes de plusieurs de vos assemblées, en moins de neuf années, n'avons-nous pas vu tomber et disparaître de dessus la surface du royaume neuf congrégations diflërentes ! les Grammontains, les Servites, les Célestins, l'ancien Ordre de Sainl-Bénoit, ceux du Saint-Esprit de Montpellier, de Sainte-Brigitte, de Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, de Saint-Ruf et de Saint-Antoine t l'Ordre de la Merci parait ébranlé jusque dans ses fondements: le même orage gronde au loin sur les autres conventualilés. Tandis que l'on répand au dehors l'opprobre sur une profession sainte, dont la perfection évangélique est le glorieux terme, un malheureux esprit de révolte et d'insubordination exerce au dedans les plus déplorables ravages. Le joug des observances pèse aux faibles. Éblouis d'ailleurs par la perspective séduisante de pensions considérables et même de flatteuses décorations, les bons religieux languissent dans une incertitude accablante et cruelle. Combien de familles n'osent plus conGer leurs enfants à des maisons dont l'existence est précaire et chancelante ? En un mot, la fatale cognée est comme à la raciue de l'institut monastique, et renversera bientôt cet arbre majestueux déjà, frappé de stérilité dans plusieurs de ses branches. »
Comme remède à la destruction des monastères, Dulau proposa encore de recourir au roi. Les évéques n'auralent-ils pas mieux fait d'indiquer un plan de réforme, dont on reconnaissait générale-
* Procès-vcrbal de rassemblée de 1780, p. 517 et
sun.
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ment la nécessité? Les institutions monastiques' peuvent être utiles à la religion^ à la science^ à la société ; mais à la condition d'être régulières^ et de remplir le but pour lequel elles avaient été fondées. Depuis longtemps, des abus nombreux avaient frappé de stériUté un grand nombre de communautés; plusieurs étaient devenues des repaires de vices. Pourquoi avait-on atten u si longtemps d'y opérer une réforme intérieure qui les eût peut-être préservées de la destruction ?
Le mémoire présenté au roi sur les Ordres religieux ne pouvait avoir de résultat. Il en fut de même de celui qui concernait Téducation pubUque, la décadence de plusieurs universités, et d'autres objets qu'un clergé éclairé et un gouvernement fort et respecté auraient pu réformer de concert; mais auxquels il était impossible de remédier dans l'état où étaient les choses.
L'assemblée de 1680 accorda des éloges, et recommanda, pour les bénéfices, plusieurs écrivains quh s'étaient distingués dans la défense de la religion ; de ce nombre, étaient l'abbé de Gourcy, traducteur des anciens apologistes de la religion ; les abbés Bergier, Guénée, Gérard, Duvoisin, dont nous avons parlé; l'abbé Pey, auteur du Catéchiste philosophe; l'abbé Clément, pour ses Vrais caractères du Messie; l'abbé Godescard, pour ses Vies des Saints; Tabbé du Contant de la Molette, pour ses Etudes hébraïques; l'abbé de la Blandinière, pour sa continuation des Conférences d'Angers.
L'assemblée de 1780 se prononça contre l'édition des œuvres complètes deBossuet commencée par l'abbé Lequeux, et continuée par les Bénédictins des Blancs-Manteaux ^ Le 13 septembre *, l'abbé Chevreuil mit sous les yeux de l'assemblée quelques notes insérées par D. Déforis dans cette édition ; et Ton décida que l'archevêque d'Arles, l'évêque de Nevers, les abbés Chevreuil et de Gaburd, se rendraient chez le garde des sceaux pour lui témoigner le mécontentement du clergé sur cette édition, et le prier d'obliger D. Déforis à ne publier que le texte de Bossuet, sans réflexions ni commentaires. Le lendemain, l'archevêque d'Arles rendit compte de la mission qui lui avait été confiée, et dit que le garde des sceaux était disposé à faire droit à la demande de l'assemblée.
Nous terminerons ce qui a rapport à l'assemblée de 1780, par ce
\ Cette édition avait été commencée en 1705 par Tabbé Lequeux ; D. Décris, Bénédictin» la continuait depuis 1768.
Procès-verbal de rassemblée de 1780, p. 602, 741.
gU'elle fit^ au sujet fl£$ prêtres afffâé^ cmgm^ifê, c'e$|rMire quj refpp)îs$aient les fonctions eicclé^iastiqu^ po]uur leg ))éii£Scicn, moyennant un léger traitement appelé porii<^ cangnic. pepuU longtemps, on se plaignait du sort de ce3 pT^i^^ utiles?
3 ni rempUssaient toute» les fonction» pénible da^ les Qéaé&ces ont ils ne tou^h^eot pas les reyeqns. |)epuis 1768, tes cufiés coagruistes n'avajem qu'Mi^ traitement (te 500 fraucs, ni tes vjy^aires un de 200 francs. En 1778 Sle traitement des vicaires t^^JQg^fUMàié de ^ francs, à la demande de rassemblée 4^ 1775. A>'f4t l*^^' la portion congrue était encore pbis restr/einte.
Malgré l'augmentation accordée en 1776, «n cop^it que la position des vicaires était bten pénible, Ce|te d£s curés i^'avait pas changé depuis 1768* Les uns et tes ^tres se plaignaient hautement. Ceux des diocèses de Provence et du Dauphioé enlneprireat 4'obtenir quelques améliorations; ils s'eniendirei^t, fonnèrent cog^me une confédération très bien organisée, nommècient des syndics et des députés, tesquds se réunirent et présentèrent auii supérieurs ecclésiastiques et au gouvernement des mémoires sur la nécessité d'augmei^te^ tes portions congrues. Cette conduite n'avait rien, ce semUe, de bien anarcbique. Ce qui n'empêcha pas rassemblée générate de 1780 de 1^ flétrir, sur te rapport de 1 arci^evéque d'Aise, a II n'est pas douteux, dit ce prélat, que ces assemblées ^des syndics et des dépistés) sont dangereuses, si ce n'est pajr tei^r objet, du moins par tes suites que peuvent avoir, dans rprdr/e d^ gpuyernisn^ent des diocèses, dee assemblées de prêtres et de pasteurs qui n'ont point été canyoquées selon Iss (Qvjpe% ,canon^4ueSj et auxqueltes te sifpérteqr légitime n'a point présidé. » Il est prpbabte que les prêtres i^opgruistes se eeraiesl trouvés fprt heureux d'être convoqués et présidés par teur supérieur légitime i niais pourquoi ce supérieur les laissait-il moorir de faim, tersque lui-même et tant de bénéficiers jouissaient de à gros revenus? Les Parlements de Grenoble et de Provence avaient autorisé les réunions des curés, à cau^e du but légitima qu'ils se proposaient. L'assemblée demanda au roi la cassation des srréts de ces Parlementa, afin de mettre fin aux assemblées des eurés. jLe roi avait ^éjà supprimé tes n^émoires et interdit Tanvoi des
^ Qspport de rAgpnce f«it à Tassemblite de 1780, par les abbés de UtochcfoucauU et de Jarente. Procès-verbal de l^assemblée de 1180. p. 101 ^
suiv.
DE L*Bâ|.l$S OS FRANCE. iSI
déppté$ quê les curé^ 8^ proposaient de ishtrger de leur cause à Paris.
Cependant l'assemblée de put se refuser à Té^idenee sur le triste sort des prêtres h portion congrue^ et décida qu'on rechetdktnM les moyens de leur yenjr ea aide.
En 1783^ eut lieu une nouvelle assemblée du clergé ^ De Beauvaisyévéque de Senez, un des meilleurs prédicateurs du temps^ 4t le sermon d'ouverture. Il rappela la doctrine que le dergé de France avait consignée daiji^ sa célèbre déclaration de iêt^ ; « et, dit le procès-verbal^ il en a consacré l'année séculaire par la pro^ fessîpi^ solennelle de la même dpcirûie. » L'assemblée accorda au roi un don gratuit de quinze millions. Cette assemblée poursuivit les attaques commencées par cellç de 1780 contre les mauvais livres. iSulau, archevêque d'Arks, fut encore chargé, conune pré*sident de la commission de la religion, de faire un rapport sur ca sujet; il en fit un spécial contre l'édition des œuvres complètes de Voltaire, dont on préparait une édition. C^était celle de Kehl, dirigée par Condorcet et BeaumArcbsis. On avaii choiù œ lieu pour les imprimer, parce qu'il n'appartenait pa« à la France ; mais les éditeurs demeuraient à Paris; le prospectus était répandu libre* ment, et, depuis trois ans, on préparait à Paris même l'édiiioa que l'on annonçait comme un nK>nument national et une œuvre philanthropique. )>e^clergé demanda au roi de faire auveriâmeni éelater son indignation contre la liste des souscriptianSf et de défendre de souscrire à l'avenir.
Cçtte demande n'eut pas dje résultat. Ijd roi promit seulement, d'une manière générale, de veiller à ce qi|e les mauvais livras ne fussent pas introduits en France et qiie leurs auleun fuaseni punis. L'assemblée s'occupa de plusieurs 4Ul7Cs objets importants, en particulier de l'éducation publique; nuûs, conmM toutes les autres, elle se contenta de qudques mémoires 4U roi, qui, préoccupé par les troubles qui menaçaient déji la monarchie, ne pouvait donner qu'une faible attention k des queistions de détail , fort importantes sans doute, mais qui disparaissai^^it devaoi Iss dil&* cultes politiques.
L'assemblée accorda des pensions i quelques éertvaioa podir las encourager à écrire en faveur de la religion. 9erthier, fx-4ésui4«; l'abbé Gérsird, chanoine de Saint-ThomaMM-Wavrt ; le P. Houi-
^ Procès-verbal de rassemblée de 1782.
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bigant) oratorien ; Tabbé Auger^ de l'Académie des immptioiui et belles-lettres; Tabbé ParaHlu-Phanjas, chapelain des Madetonnettes; Tabbé Pey, chanoine de Paris; l'abbé Clémence, chanoÎDe de Rouen, reçurent des encouragements et des pensions.
Dans la séance du 28 novembre, de Qcé, archevêque de Bordeaux^ flt un rapport sur les portions-congrues, et Ton décida qu'on écrirait h tous les évéques de dresser un tableau exact de toutes les cures et autres établissements ecclésiastiques qui avaient besoin d'un supplément de dotation. On voit, par ce rapport, que les curés et vicaires à portion-congrue ne touchaient même pas en totalité le faible traitement qui leur avait été assigné par l'ait de 1768.
L'assemblée de 1785 traita fort au long cette question ; le hant clergé commençait à comprendre que les prêtres qui remplissaient les fonctions du ministère devaient au moins ne pas être réduits à la mendicité.
L'assemblée de 1785 s'ouvrit le 23 mai ^ Dillon, archevêque de Narbonne, en fut le premier président, et l'abbé de Talleyrand- Périgord, depuis évêque d'Autun, secrétaire. De La Luzerne, évêque de Langres , fit le sermon d'ouverture. Il y combattit le philosophisme, en démontrant que la religion autorisait lusage légitime de la raison, et n'en proscrivait que l'abus.
Dès le 3 juin, Dulau, archevêque d'Arles, attira de nouveau l'attention de l'assemblée sur l'édition des œuvres complètes de Voltaire qui était commencée à Kehl, et la pria d'en écrire au roi. Ce prince avait rendu, le 3 juin, un arrêt en son conseil pour interdire l'entrée de l'édition de Kehl en France ; mais cet arrêt n'était pas mis à exécution. L'assemblée adressa sa lettre au roi, qui ne put offrir que de bonnes intentions. La diffusion des livres irréligieux fut un des objets qui préoccupa le plus l'assemblée. On y fit un grand nombre de rapports, des mémoires^ un projet d'édit sur ce sujet; le roi et le garde des sceaux se montrèrent favorables aux vues du clergé; mais ces nouveaux efforts n'eurent pas plus de succès que ceux des autres assemblées.
Le 3 août, de Cicé, archevêque de Bordeaux, fit un rapport sur les portions-congrues. Il proposa d'élever à 700 francs ceUe des curés, et celle des vicaires à 350. L'assemblée adopta ce projet, et pria le roi d'autoriser la contjnuation des séances pendant
1 Procès-verbal de rassemble^ de ITftj-SS.
DB L£QLI8B DB FBAKCB. f33
l'aïuiée 1786, a6o de dresser Tétat des diocèses d'après les mémoires et édaircissemente qui en étaient envoyés. Le roi l'accorda, et encouragea rassemblée dans ses bonnes dispositions à l'égard des congruistes.
L'assemblée approuva un mémoire de l'abbé de Bovet sur les concours pour l'obtention des cures et autres bénéfices; elle encou* ragea la publication de la collection, faite par les Bénédictins de Saint-Maur, des conciles de France.
Mais ce qui la préoccupa le plus vivement fut l'aSaire du caiv dinal de Rohan.
Louis-Réné-Édouard de Rohan-Guémené ^ était né en 1734. En 1760, il fut fait coadjuteur de son oncle, Louis*Constantin de Rohan, évéque de Strasbourg. Outre cet évéché, il jouissait de bénéfice8 énormes, ce qui ne l'empêcha pas de s'endetter au point de faire craindre une banqueroute. 11 fut nommé cardinal à la demande du roi Stanislas de Pologne, duc de Lorraine. Ce prélat était de mœurs faciles; et, parvenu à l'âge de cinquante ans, U se montrait encore sans scrupule et sans décence dans sa conduite. Il avait fait la connaissance d'une intrigante mariée h un nommé de La Motbe, et qui se prétendait de la race des Valois, par un tils naturel de Henri IL Cette femme ourdit une intrigue dont le cardinal de Rohan fut la dupe. Des hommes sérieux ont pensé que la reine Marie-Antoinette s'était compromise, à son arrivée en France, dans ses relations avec le cardinal de Rohan, ce qui expliquerait à leurs yeux l'accueil plus que froid qui aurait été fait à Rohan^ par Marie-Thérèse, lorsqu'il fut envoyé à Vienne en qualité d'ambassadeur. Quoi qu'il en soit, Marie-Antoinette poussa la réserve i l'égard du cardinal, depuis son retour d'Autriche, jusqu'à ne lui adresser jamais la parole.
Rohan, qui demeurait à la Cour en qualité de grand aumônier, souffrait de l'indifférence de la reine, et désirait vivement rentrer en grâce auprès d'elle. La femme La Mothe connut ces sentiments, et les prit pour base de ses intrigues. Marie-Antoinette avait semblé désirer un collier de diamants qui était la propriété de deux joailliers de Paris, et dont on parlait beaucoup alors. Le
* F. le Recaeil des pièces conoemant Taffaire du collier; mémoires de &?• tenval ; de madame Campan ; de Tabbé Georgel. Les archives de la Préfecture de PoKee, b Paris, posièdent des pièces in«^iie9 ot fort importantes sur Taffairi» du rollier.
134 RHrroiiii
roi avait jugé te prix trop eon^dt^able polir m taire PacquMida, et la reine a\ait dû y ren(»eer. La feniue La Horthe itmsm à Rohaa que, s*it le procurait à la reine^ en dcmaiit ménie ta garantie de cette princesse pour Tachât, il rentrerait es gtioeaufrès d'elle, et elle s'offrit de lat nénager des cntrcfines aivèe la reine eUe-méme. Rohan consentit à toat, et tt se reficontfa ptuàéiirs Me aux Tuileries, à minuit, avec une prétendue fiâne, qui n'étiA autre qu'une courtisane nommée d'Oliva, et que h feflsaie La Motfae avait mise dans le secret. La à'iMfHf avait quelque reMemblance avec la reine. Rohan fut donc la dupe de ces itifrigaiites, acheta le collier, sous la garantie de la verne et par l'entremise de la femme La Mothe. Le mari de cette intrigante s'enfuit en Angleterre avec les diamants. Le 15 août 178&, les- deux joailliers se présentèrent chez la reine et réelamèrent le prix du c<àlier acheté sous sa garantie au nom du cardinal de Rofann. Cette prineeest, ne comprenant rien à cette intrigHe, se rendit chez le roi, qni S^ appeler Rohan. Le cardinal fît èe» aveux, et s'excusa*8or sesinteations ; mais le roi le lit saisnr, enfermer à la BastiHe, et donna do lettres-patentes pour le faire juger parle P«1emeal de Paris.
Cette arrestation et ces lettres-patentes firent une vive impression sur l^assemblée du clergés Le 7 septembre ', l'arelievéqiie de Narimnne prit la parole et s'exprima ain« : «11 n'y a personne parmi nous qui ignore le malheur qn'a eu M. le cardinal de Rohan d'encourir la disgrâce du roi ; nous devons, sans doate, cmhidre qu'il ne soit bien coupable , puisque Sa Mafesté a cru devoir le faire arrêter avec éclat, s'assurer de sa personne et dr ses papiers. Il est de notoriété publique, depuis hier aialB, qo'H a été adressé des lettres-patentes au Parlement de Paris, (fn \m attribuent la connaissance, rinstruction et le jugemeni d^ USê qui forment le corps du délit dont la réparalioii est potifsuitie, faits dans le détait desquels M. le cardinal de Roh«n se trouiFe impliqué.
n De quelque genre que soit le délk, nous ne eraignoi» pas de dire d'avance que nous le détestons. Mais M. le cavdînal de Robftn réunit, k la qualité de cardinal et de grand aumènier* celle d'évèque du royaume. Ce titre, qui nous est commun avec lui, non^ impose le de>oir de réclamer les maximes et les lois qui ont pre^rril qu'un évoque devait être jugé par des évoques, o
' Procès-verbal de rasseroblëc de 1785-86.
DB l/ÉGLlSB DE FBAMGE, (35
Après quelque» autres réflexions^ rarcbevéque de Narboone préposa à l'assemblée de charger la commission de la religion et juridiction de faire un rapport su^ cette importante question, ce qui fut décidé.
Dans la séance du 13 septembre^ Dulau, arche\éque d'Arles, président dé la commission^ lut ce rapport, dans lequel il établit, d'après les lois ecclésiastiques et civiles, que les évéques ne peuvent être jugés que par les évéques. Sur ses propositions, rassemblée délibéra qu'elle écrirait au roi, et qu'eïle joindrait à sa lettre un mémoire sur le droit qu'ont les évéques d'être jugés par d'autres évéques, en matière criminelle. L'archevêque de Narboone présenta eette lettre et ce mémoire au roi, qui répondit, le 19 septembre : « Je me ferai rendre compte du mémoire que l'assemblée du clergé m'a présenté. Je suis satisfait des sentiments qu'elle m'exprime dans la lettre qu'elle m'a adressée. Le clergé de mon royaume doit compter sur ma protection et sur mon attention à faire observer les lois constitutives des privilèges que les rois, mes prédécesseurs, lui ont accordés. »
L'assemblée devant interrompre ses séances à la Hn du mois, pour ne les reprendre qu au mois de juillet de l'année suivante, Dulau l'engagea à charger les prélats qui resteraient à Paris de poursuivre, pendant l'interriïption des séances, wie affaire si capitale; ce qui fut adopté. Malgré l'intervention du clergé, le procès de Kotian se poursuivit. 11 fut absous du délit de faux et d'escroquerie, parce qu'il prouva qu'il avait été la dupe des époux La Mothe, qui furent seuls condamnés. La femme fut marquée c détenue à perpétuité à la Salpétrière; le mari fut condamné aux galères ^ La d'Oliva fut mise hors de cause. Le jugement fut prononcé le 3l mai 1786.
L'assemblée du clergé ayant repris ses séances au mois de juillet de la même année, l'archevêque de I^arbonne rendit compte des démarches que l'on avait faites pendant rinstruction du procès ef d'un mémoire des agents du clergé sur l'immunité épiscopalc *. Le 21 juillet, il fut chargé de voir le garde des sceaux et de presser l'envoi de la réponse du roi au mémoire de l'assemblée. 11 fit connaître cette réponse le 1^' août. Elle n'était pas complètement
> Il ne mounit que sous le règne de Loui^-Philippe, à ThApiUl Saint- Louis de Paris, oh il ^ut transporté secrèlemont. « Procè8-verbdl de rassemblée de 1785-86.
136 HisTomi
satisfaisante^ et elle fut renvoyée à la commisBion pour qu'il en fût fait un rapport. Dulau^ président de la commission^ fit ce rapport le 12 août. Il trouva la réponse du roi rassurante pour l'avenir^ parce qu'il se rejetait sur des circonstances particuUères pour légitimer l!exception faite dans la cause du cardinal de Rolian; mais le principe en lui-même avait été violé. C'est pourquoi 0 proposa de faire une déclaration solemielle sur les immunités épiscopales. Cette déclaration fut faite et signée le 5 septembre^ sous forme de protestation contre la procédure et les arrêts du Parlement dans l'affaire du cardinal de Rohan.
Après son procès, ce prélat fut exilé à l'abbaye de la Chaise- Dieu.
Le pape Pie VI avait fait, auprès de la Cour de France, les plus vives instances pour que Rohan ne fût pas jugé par un tribunal laïque. Ses lettres, celles de Bernis, ambassadeur à Rome, et du sacré collège, restèrent sans effet. Le pape, qui avait ôté à Rohan son titre de cardinal pendant le procès, le lui rendit lorsqu'il eut été acquitté.
L'assemblée du clergé de 1788 obtint du roi que Rohan serait renvoyé à son évêché de Strasbourg.
Cette assemblée, la dernière qu'ait tenue le clergé de France \ fut convoquée extraordinairement pour confirmer les résolutions adoptées, relativement aux finances, par l'assemblée des notables,, en ce qui touchait le clergé. Au lieu d'accorder au roi l'argent qu'il demandait, elle s'occupa des édits du roi et des délibérations des notables, dans lesquelles on ne semblait pas avoir assez respecté le principe en vertu duquel les biens ecclésiastiques étaient exempts d'impôts. L'assemblée délibéra fort longuement sur les immunités ecclésiastiques et fit sur ce point des remontrances qui devaient être fort inutiles.
L'assemblée des notables avait été convoquée * par Louis XVI a pour leur communiquer les vues qu'il se proposait pour le soulagement de son peuple. Tordre de ses finances et la réformation de plusieurs abus. x> Le clergé y fut réprésenté par Dillon, archevêque de Narbonne ; Loménie de Brienne, archevêque de Tou-
1 Procès-verbal de rassemblée de 1788. La bibliothèque de Sainte-Geo^vièye possède ce procès-verbal en partie imprimé; la partie manuscrite a éié écrite par Duehéne, garde des archives du clergé.
> Prorès-verbal de rassemblée des notables, t^nue en 1787,
DK L'iOLlSR DE nANCK. 137
louse; de Boisgelin, archevêque d'Aix; Dulau^ archevêque d'Arles; Champion de Cicé, archevêque de Bordeaux ; Galard de Tenraube, évêque du Puy ; de Thémioes^ évêque de Blois ; Seiguelai-Colbert de Caste-Hill^ évêque de Rodez ; de Séguîran^ évêque de Nevers ; de Fontanges^ évêque de Ne^icy ; de Bausset, évêque d'Alais.
Les archevêques de Paris et de Reims^ et l'évêque de Langres assistèrent à rassemblée en qualité de pairs de France.
Le garde-des-sceaux^ s'adressant au clergé dans son discours, s'exprima ainsi : a Ministres d'une religion sainte, que les rois prédécesseurs de Sa Majesté ont toujours défendue et qu'elle ne cessera jamais de protéger, vous avez reconnu dans tous les temps que c'est de la munificence du souverain que vous tenez les biens attachés à vos églises j et vous vous êtes toujours portés avec zèle à contribuer aux besoins de l'Etat, o
Dans un autre endroit de son discours, le garde-dcs-sceaux dit positivement que les biens ecclésiastiques se trouvaient nécessairement compris dans la répartition générale de l-impôt.
L'archevêque de Narbonne, en répondant à ce discours, ne proesta point contre ces principes, et se contenta de remercier le roi d'avoir convoqué les notables.
Dans les mémoires présentés par la cour à l'assemblée, on énonça le projet d'un impôt territorial réparti avec justice, et l'abolition des exemptions dont le clergé avait joui. Le clergé étant endetté, le roi proposa, comme moyen d'éteindre cette dette, des aliénations effectives, soit de rentes foncières dont les propriétaires voudraient se délivrer, soit de certains droits attachés aux possessions ecclésiastiques.
L'assemblée n'accueillit le projet d'impôt territorial qu'avec de graves modifications, et rejeta les moyens proposés d'éteindre la dette du clergé. Cependant les archevêques et évêques «déclarèrent qulls ne prétendaient à aucune exemption pour leur contribution aux charges publiques. » Le roi le reconnut dans le discours qu'il prononça au commencement de la cinquième séance, et ajouta : « J'écouterai les représentations de l'assemblée du clergé sur ce qui peut intéresser les formes et sur les moyens qu'elle me proposera pour le remboursement de ses dettes. » L'archevêque de Narbonne, à la fin de l'assemblée, ne réclama aussi, dans son discours au roi, que le respect des formes, admettant que le clergé devait donner l'exemple de la contribution pour les besoins de l'Etat.
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BISTOIftB
Nous n'entrerons point dans le détail des plans financiers de l'assemblée de 1788, puisqu'ils ne devaient «voir aucun résultat.
Une autre question la préoccupa vivement, ce fut celle des protestants, auxquels Louis XVI venait de rendre, par un édit, l'état civil qui leur avait été enlevé depuis un siècle par la révocation de redit de Nantes. Cet édit fut présenté au Parlement, où il fat attaqué par le conseiller d'Éprémesnil, qui, par les sorties véhémentes contre les abus, avait mérité la faveur populaire. D'Éprémesnil ne voulut voir, dans le nouvel édit, qu'une profanation et une insulte à TÉgUse catholique, dépositaire de la vérité. Indigné de ne pouvoir amener ses collègues à son avis, il eut recours à tous les DK>yens oratoires, et dans son enthousiasme, montrant une image du Christ, il s'écria : a Voulez-vous le crucifier encore une » fois? »
La majorité des membres ne voulut voir dans l'Édit qu^une mesure politique que les circonstances rendaient nécessaire, et il fut enregistré.
L'assemblée du clergé fit au roi des remontrances touchant cet édit, sur la proposition de Dulau, archevêque d'Arles*. Ce prélat, dans son rapport, avait réclamé en faveur de l'ancienne légisklation> tout en affirmant, cependant, comme en 1780, que le clergé ne voulait point de persécution. Des remontrances furent composées dans le même sens. En adressant au roi le discours de clôture de l'assemblée, l'archevêque de Narbonne le pria de revenir sur son édit. Mais celui-ci fit comprendre, dans sa réponse, qu'il serait maintenu, tout en attestant que la religion cathoUque serait toujours la foi nationale et donnnante dans ses États.
Pendant que cette assemblée du clergé'avait lieu, Louis )tVI se trouvait obligé, par les circonstances, de convoquer les États-Généraux. Avant de se séparer, l'assemblée s'occupa de la forme de convocation, de la composition et des délibérations de ces États. Elle remercia le roi de les avoir convoqués et d'avoir déclaré qu'il n'établirait pas de nouveaux impôts sans leur consentement.
Pour fixer d'une manière plus précise ce qui concernait les États- Généraux, le roi convoqua une seconde assemblée des notables. II essaya d'abolir les Parlements, qui faisaient à ses vues une opposition bruyante, et de les remplacer par une cour plénière chargée de rendre la jtistice. (jeXic mesure augmenta les troubles
* Procès-verbal de TaMimblée de 1788.
DE L ÉGLISB DB FBANCK. iStf
qui agitaient déjà la France entière. L'idée des États-Généraux remua toutes les imaginations, et de toutes parts Tes assemblées provinciales se réunirent pour nommer des députés et composer les cahiers qui devaient leur ser\ir de règle de conduite.
Pendant ce temps-là, l'assemblée des notables délibérait sur les questions soumises à son examen. Elle tint sa première séance le 6 novembre 1788 ^ Deux questions surtout furent agitées par elle : les États-Généraux voteront-ils par ordre, ou par tête? de combien de députés le tiers-état sera-t-il composé? Jusqu'alors on avait toujours volé par ordre. Comme le clergé et la noblesse avaient à peu près les mômes intérêts, ils s'entendaient, et, par leur union, i'iemportaient sur le tiers-état. Mais le tiers, qui représentait la bourgeoisie, avait acquis beaucoup d'importance depuis quelques siècles, et il formait la partie vraiment puissante de la société. Il ne pouvait donc accepter le rôle complètement nul qu'il avait joué dans les anciens Etats-Généraux. L'assemblée des notables décida, à la majorité d'une voix, que les députés des communes, ou du tiers-état, seraient égaux en nombre à celui des deux autres ordres. Le roi confirma cette résolution, mais on n'osa aborder la question du vote. Il était évident, cependant, qu'il était inutile de donner au tiers-état une double représentation s'il n'avait toujours qu'une voix sur trois dans les délibérations. Tout le monde le comprenait, et le peuple demandait le vote par tête, qui seul pouvait donner quelque valeur aux délibérations des États-Généraux. Un opuscule de l'abbé Sîeyès avait surtout contribué à éclairer sur ce point l'opinion publique. Cet abbé était un logicien rigoureux; il se posait, dans son ouvrage, ces trois questions : Qu'estn^e que le tiers-étal? qu a-t-il été jusqu'à présent? que demande- t-il ? il répondait : Le tiers-état est tout ; jusqu'à présent il n'a rien été ; il demande à être quelque chose ; or, il ne pouvait être quelque chose qu'au moyen de la double représentation et du vote par tête, qui le plaçait dans une parfaite égalité à l'égard des deux autres ordres. Necker, rappelé depuis peu au ministère, engagea le roi à remettre aux États-Généraux eux-mêmes la solution de la question du vote.
Plusieurs prêtres se distinguèrent dès lors par l'ardeur avec laquelle ils embrassèrent le parti du tiers-état. L'abbé Gouttes publia des CtnmdéraUons sur Vinjmtice de$ préienUans du elergé e$ de la fuMesêe; tm curé du diœèse d'Auxerre, un opuscule intitulé
^ Procès-verbal de rassemblée des notables de 1788.
140 BibTOiii
le Gloria in excelsis du peuple *; l'abbé Pacot ses Uiire$ $wr la liberté politique; Tabbé Gr^oirc ses Lettres aux curée. Le clergé secondaire, qui appartenait au peuple par son origine, se montrait, en général, disposé à se rallier au tiersr-état
Au mois de janvier 1789, le roi convoqua les États-Généraux à Versailles.
Avant de parler de cette assemblée, nous devons présenter l'analyse des cahiers dressés par les assemblées provinciales du clergé.
Cet ordre réclama énergiquement pour l'Église catholique le rang et les droits du culte de l'immense majorité; il demanda des mesures contre les livres irréligieux et immoraux; le maintien des prérogatives ecclésiastiques; une nouvelle démarcation des paroisses; l'augmentation du revenu des prêtres congruistes; la suppression du casuel ; la conservation et la réforme des congrégations religieuses; le droit de diriger l'instruction publique.
Au point de vue politique, le clergé demandait un code civil et un code de procédure uniformes pour toute la France; la publicité des débats judiciaires; l'égalité des peines pour les mêmes délits; l'adoucissement de la législation criminelle. Il renonçait à l'exemption de l'impôt, et demandait cette exemption pour ceux qui ne vivaient que du produit de leur travail ; il voulait que les ouvriers ne fussent pas soumis à la saisie mobilière; il insistait sur l'impAt des objets de luxe, l'abolition de tous les privilèges féodatix, et l'admissibilité, pour tous les citoyens, sans distinction, aux emplois civils et militaires.
Le clergé demandait à peu près les mêmes réformes politiques et sociales que le tiers-état. La noblesse se montra plus jalouse de ses privilèges, et cependant on voit, par les cahiers des assemblées provinciales , qu'elle comprenait la nécessité des réformes. On s'accordait donc à dire que la France avait besoin d'une nouvelle
* Tel était le titre entier do cet ouvrage original fait pour le people :
« Le gloria in exoelnis du peuple, auquel on a joint l^Epttm et l*BTangtti du jour, avec la réflexion et la collecte. Suivi des litanies du tiers-état. •
Cet opuseule fut suivi d*uD autre, intitulé :
« Prières à Tusage de tous \ei Ordres, contenant le magnifleai du peuple: le miterere de la noblesse; le de profUndU du elergé; le name dimiitiséa Parlement ; la passion, la mort et la résurrection du peuple, et le petit pvftn» aux roturiers, en attendant le grand sermon k tous lee Ordrâs. »
Par un curé du dioo^ d'Auxerre.
Dl L'ittLlSB DE FBANCI. 141
constHution pour la délivrer des abus qui étalent nés à une époque où elle était constituée sur d'autres bases que celles qui lui convenaient à la (in du ivm* siècle.
Préliminaires ctes itats-Génèreax. — Ils se transforment eu Assemblée Natio-' nale. — Conduite du clergé dans ces circonstances. — Premiers troubles à Paris. — Pillage de la maison de Saint-Lazare par les émeutiers payés du duc d'Orléans.— Prise de la Bastille.— Caractère religieux de la Résolution à Paris. — Séance du 4 août.— Abolition des droits féodaux. — Opinions du clergé dans cette séance. — Discussion sur les dtmes. — Émeute des 5 et 6 octobre. — L'Assemblée Nationale à Paris.
Depuis la mort de Louis XIY^ la société avait subi de graves modifications. Sous Timpulsion du philosophisme^ les idées démocratiques s'étaient répandues dans les masses, et des réformes religieuses^ politiques, sociales, administratives, étaient devenues nécessaires. La Cour, au milieu de ce progrès, était restée immobile, et les quelques hommes capables élevés par Louis XVI au ministère, comme Malesherbes et Turgot, avaient été obligés de se retirer devant une aristocratie, dont Timmobilité était la règle, et qui s'obstinait à rester stationnaire, au risque de se perdre avec la royauté.
Louis XYI, comme nous l'avons déjà remarqué, comprenait la nécessité des réformes. Il avait l'esprit jusle ; et, abandonné à luimême, il eût suivi la voie du progrès ; mais il se défiait à l'excès de lui-même et restait indécis entre les résolutions contradictoires des courtisans et des hommes réformateurs. La faction des courtisans, qui jouissait de privilèges excessifs, tremblait au seul mot de réforme, et regardait comme un sacrilège de porter jusqu'à elle un œil imprudent. On voyait dans ce parti des personnes respectables sous beaucoup de rapports, mais d'une vanité aristocratique qui leur faisait considérer comme sacrés les abus dont ils profitaient. Pour elles, l'égalité devant la loi était contre nature, et la liberté un blasphème. A la tête de ce parti était Marie-Antoinette
}42 BISTOIBK
et «e$ apiies, les prioceases de LambaJl^ ci de PoUgw^. Um^ ÂnloiDette av^it beaucoup d'iuflueoce sm* k roi* Coviq^ dfe recevait les inspirations de la noblesse d^ Cour et de VAu^n^» elle arrêtait les élans généreux de Louis XVI, et augmentait ses irrésolutions. Elle s'acquit ainsi la réputation d'ennemie du peuple, et la haine qui en fut la suite.
Le haut clergé se rattachait au parti aristocratique de Marie- Antoinette. Le clergé secondaire possédait un grand nombre de membres qui gémissaient de voir que tout était privilège dans les individus^ les classes^ les villes, les provinces, les métiers euxmêmes; que les dignités civiles, ecclésiastiques et militaires, étaient exclusivement réservées à quelques cUsses, et dans ces classes à quelques individus ; que les charges étaient l'apanage du peuple. La noblesse et le haut clergé, en effet, qui possédaîeot les deux tiers de la France, n'avaient pas les charges du peuple qui payait, avec l'impôt, les droits féodaux et la dime.
Les biens du clergé, qui étaient, dans le principe, destinés à l'entretien des églises et au soulagement des pauvres ; sur lesquels les ecclésiastiques n'avaient droit de prélever que leur luécessaiFe ; ces biens avaient été détournés de leur destination primitive. A« lieu d'être reversés sur le peuple, ils alimentaient le luxe de clew scandaleux, d'abbés commendataireS| de petit9-collet$, race amphibie, moitié ecclésiastique, moitié laïque, qui tenait ^dergé par la possession des biens d'Église, au monde nobiliaire par sei titres et ses impertinences, aux dernières classes de la société j^r ses vices abrutissants.
Pendant que ces cadets de bonne maison dépensai^ e^ dé* bauches les biens des pauvres, plus de quarante mille prétro» catholiques trouvaient à peine, dans les revenus de leur état, de quoi se procurer la nourriture et le vêtement. Le$ énorme» richesses du clergé, mises en commun, n'eussent p^s donné k chacun de ses membres un revenu de mille francç pjir anméeî tmt le clergé était nombreux! Mais combien de membres iautiles! Çeuf qui travaillaient étaient au nombre de soixante mille, tant curés qu^ vicaires; ils tenaient, par les liens de famille, aux classes 1^ plqs humbles de la société; un grand nombre d'entre eux, les yicainai surtout, mouraient de faim, tandis que les bénéQciers dépçQsai^ des sommes énormes ei) prodigalités. On ne peut di^nc s'éto|Ui|jr qu'un grand nombre de prêtres se soient déclarés p^rfisaips (if te réforme, au commencement de la révolution. Cette r^forjgae était
^éç^^^re. Les abi^s él^ent criante. M gi^Q<W e^eialJ^A qp^ lu Prpyid^nce fit «ubir à l'JÉigli«e à^ France jaV pu «ocpr^, a^ès ioii denû-fiiiècle, effacer de l^e${»rit des populations k aouveair 4#â déaordr^ qui «ouillè^exit \e sanctuaire.
Les fiomixies sages et éclairés^ & la vue des a)>Ms qui désojiaieiit la société, a{^elaient des réformes pacifiques et progressives; paroii euXj dtfîôs, da^s le A^ergé, le vertueuse Lefranc de Pompignau^ archevêque de Vienp^; parmi les hommes politiques, BaiUy, Lalli-ToIei;idal^ Clermont-Tonnerre, Turgot, Àfounier, Malouet, Camus. Ces hommes aimaient le roi et voulaient sincèrement la monarchie. C'est pour cela qu'ils attaquaient les abus qui ne pouvaient qu'accélérer sa ruine. Louis XVI se rapprochait d'eux par ses idées et ses sentiments; mais la noblesse de Cour^ qui les détestait; parvint à neutraliser l'influence qu'ils eussent pu exercer sur lui. La résistance absurde qu'ils éprouvèrent du côté de la Cour donna quelque vigueur à un troisième partie qui s'était formé dans l'ombre^ et poursuivait d'une manière occulte la des^ traction de la royauté. Ce parti était celui du duc d'Orléans^ prince de mauvaises mœurs et sans caractère ^ qui (it de l'opposition dans l'espérance d'être roi^ et monta sur l'échafaud sous le nom de Citoyen Égalité,
Ce parti attaquait à la fois et la noblesse de Cour et le parti libéral. Bailly^ qui était comme le chef de ce dernier parti, s'aperçut bientôt des menées souterraines des orléanistes sans toutefois, en connaître parfaitement la cause.
« L'avenir m'a bien convaincu, dit-il *, qu'il y avait dès lors un moteur invisible qui n'était pas satisfait que le despotisme ait été détruit et la liberté acquise dans ces jours du 43 et 14 juillet; qui aeraait k propos les fausses nouvelles, les craintes, les défiances, pour perpétuer le trouble. Ce moteur n'a pas encore cessé son action ; il a dû avoir un grand nombre d'agents, et, pour avoir tiflsu et suivi ce plan abominable, il faut, et un esprit profond et beaucoup d'argent. Quelque jour, on connaîtra, on dira le génie iofemal et le bailleur de fonds. »
Le bailleur de fonds fut d'Orléans, et le génie infernal fut Mirabeau, l'homme le plus remarquable de la coterie orléaniste, et qui tut, pendant quelque temps, lui donner une certaine importance.
A iMlly» mémoirts, t. u, p. 83 ; édit. Bernlit et Barrière. Cett estta édition que nous citerons toujours.
144 RiSTOlO
Od a voulu nier ce parti d'Orléans, en faire une chimère, ne voir, dans les premières émeutes parisiennes qui eurent tant d'influence sur Topinion publique, que des manifestations du roouyement régénérateur qui agitait les ftmes. Cette appréciation est fausse. Le parti d'Oriéans exista. Il était trop pauvre de moralité pour réussir. Il ne fut qu'une faction ; mais cette faction paya les premières émeutes, et ces émeutes poussèrent en avant la révolution, qui engloutit d'Orléans lui-même et ses amis.
L'aristocratie, les libéraux et les orléanistes, ayant eu une pari d'action dans les faits qui composent l'histoire religieuse de la révolution, nous devions les faire connaître en quelques lignes.
Les États-Généraux avaient été convoqués pour le 4 mai 1789 ^
On en fit l'ouverture, à Versailles, par une procession solennelle. Le roi, les trois ordres, tous les dÛgnitaires de TÉtat se rendirent à l'Église Saint-Louis. La Cour avait déployé une magniflcence extraordinaire. Les deux premiers ordres, princes, ducs et pairs, gentilshommes, prélats, étaient tous revêtus d'ornements précieux. Les députés du tiers les suivaient , vêtus simplement, et semblaient, malgré leur extérieur modeste, forts de leur nombfe et confiants dans l'avenir. Le cortège s'avança lentement de l'Église de Notre-Dame à celle de Saint-Louis. Les nies étaient tendues des tapisseries de la couronne. Les régiments des gardes-françaises et des gardes-suisses formaient une Ogne depuis Notre-Dame jusqu'à Saint-Louis. Un peuple immense regardait passer le cortège avec respect. L'enthousiasme qui régnait ne pea( se décrire. Les vieillards pleuraient, les femmes agitaient leurs mouchoirs, et, du haut des fenêtres, jetaient des fleurs sur les députés du tiers-état. Le peuple pressentait qu'une vie nouvelle allait commencer pour lui. Les balcons étaient ornés d'étoffes précieuses et les fenêtres remplies de spectateurs qui battaient des mains; les sons éclatants des instruments guerriers et les chants graves et pieux de l'Église se faisaient entendre alternativement et sans confusion. A la suite du cortège venait le Saint-Sacrement, porté par l'archevêque de Paris, dans un ostensoir rayonnant d'or et de pierreries.
Anrivés à l'Église Saint-Louis, les trois ordres s'assirent sur des
* Mémorial historiqua des ËtatMiénëraux de 1789 ; mémoires de Builf > 1. 1; mémoires de Ferrière, t. i.
banquettes placées dans la nef. Le roi et la reine se mirent soiu un dais de velours violet parsemé de fleurs de lys d'or.
De la Fare, évéque de Nancy, prononça le discours. Il était divisé en deux parties : la religion fait la force des empires^ la religion fait le bonbeur des peuples. L'évêque de Nancy fut éloquent, et son discours était plein de pensées généreuses. Il prononça le mot de liberté, et cette parole magique excita des transports d'enthousiasme que ne purent modérer, ni la sainteté du lieu, ni la présence du roi.
Après l'ouverture des États-Généraux S les premiers jours se passèrent en longues et vaines discussions sur les préliminaires. Une question grave préoccupait surtout les esprits : Quelle serait la situation du tiers relativement au deux autres ordres? Le vœu des communes était formel : les cahiers demandaient le vote par tête et non par ordre. Mais la noblesse et le haut clergé perdaient ainsi leur influence. Le tiers était aussi nombreux que les deux autres ordres réunis; le bas clergé se réunirait certainement au tiers ; ainsi la noblesse et le haut clergé étaient annulés si le vote avait lieu par tête. Au lieu que, si on votait par ordre, il y aurait deux ordres contre un; le haut clergé entraînerait le bas clergé par la crainte, et le tiers-état serait seul et annulé par les deux autres. La question du vote, celle de la vérification des pouvoirs et autres préléminaires, étaient traitées par l'intermédiaire des commissaires de la noblesse et du clergé, qui se rendaient, pour cela, dans la salle commune, où le tiers tenait ses séances. Les deux premiers ordres étaient dans leurs salles respectives. Les députés du tiers nommèrent pour doyen Bailly, qui se trouva ainsi présidant des conférences de la salle commune, où se rendaient les députés de la noblesse et du clergé. Ces conférences, ordonnées par le roi, restaient sans résultat, à cause des intérêts si contraires des corps privilégiés et du tiers-état.
Suivant le tiers *, la nation, étant une y ne devait avoir qu'une
1 Jauffret, Mémoires pour servir à Thistoire de la leligtoa à la fin du xviii.^ siècle; Mémoires de Bjilly, de Ferhère, etc.
Les mémoires et jouroaux qui coooerneiit les faits de la Eévotution sont trop connus peur que nous ayuns besoin ue les citer en grand nombre. Li Itt&e d*érudiUon que nous pourrions faite serait peu utile aux lecteurs; nous ne citerons dooc que les documeots principaux, selon notre coutume.
* Mémorial hi»torique des États-Généraux; mémoires de Bailly, t. l. r. la GaiMe nationale ou le Monilew unioeriêL Le Monileur ne corn-