‹ Histoire de l'église de FranceChapitre 62 sur 100 · XII · texte numérisé non relu

XII

M() RiSTOIIk

seitle représeutatioa. Far conséquent^ la distinction des ordre» «levait être abolie, l'assemblée devait être une, et il était nécessaire iN^ vérifier les pouvoirs en commun. La noblesse et le haut clergé voulaient suivre Tancien usage, conserver la distinction des trois ordres et vérifier les pouvoirs dans les salles spéciales à chaque ordre, et séparément. Le tiers, qui avait obtenu à juste titre une double représentation, puisqu'il représentait la grande majorité de ta nation, se regardait comme supérieur, à ce titre, aux ordres privilégiés. Cette prétention outrait le parti de la cour, qui ne songea à rien moins qu'à dissoudre l'assemblée avant même qu'elle eût été constituée. Les meneurs de ce parti se réunissaient chez la princesse de Poiignac ; le comte d'Artois (depuis Charles X) adressa au roi, au nom des princes, un manifeste contre les prétentions du tiers-état. Le tiers n'en continua pas moins son œuvre ; laissant toutes les questions préliminaires, il résolut de se constituer définitivement en Assemblée nationale ; pour cela, il lui fallait une minorité des deux autres ordres, ce qui lui donnerait la majorité absolue, il s'adressa d'abord au clergé, au sein duquel il avait de vraies et nombreuses sympathies. Turgot proposa donc, le 27 mai, une motion, qui fut ainsi rédigée ^ : a MM. tes députés des communes invitent MM. du clergé, au nom du Dieu de paix et de Tintérét nationa], à se réunir avec eux dans la salle de l'assemblée générale, pour aviser aux moyens d'opérer la concorde si nécessaire en ce moment au salut de la chose publique. » Turgot fut chargé de $e rendre i la salle du clergé pour présenter cette motion. Le doyea du clergé répondit : a La proposition de MM. des communes est de la plus haute importance et par-là même elle exige un sérieuj examen et une mûre délibération ; le clergé va s'en occuper, d

On assure, dit Bailly, que la proposition fit tant d'effet sur l'assemblée, qu'il fut proposé et appuyé de s'unir sur-le-champ au tiers, La majorité des représentants du clergé appartenait en effet au peuple par la naissance et les idées '; mais un évéquë se le^^. et demanda une délibération en règle. La discussion modéra l'en-

mença à paraître quD le 94 novembre 1789; mais en Tan IT oo publia t« séances, depuis foaverture (les Et at^t -Généraux, sur les renseignemenU \f* {Aus exacts. Cest pour(iuoi nous citons le Moniteur à dater de TouTertuif des États-Généraux.

1 Mémoijres de Bailly, t. t; Valiet, Récit des principaux faits qui se soot passés dans TorOfe du clergé, etc. P. U. le Moniteur .

< r. la liste des représentanta du clergé, pièces justifkcaL de oe' vol.

m L*Ascist t>t vukucE, 147

ifawaiBnK, cl on Ifenm là sianee sans adopter de résolution^ maigre kB pteKant» aoUJdtatioiM des députés des cenmiufies.

Le m, qui eut avis de ia tentative faite auprès du eler^^ ordonna de reprendre les eonférences qvi a^ent été fnterrorapues. Le Hersée «omît avec peine.

Le cfergé laissa le tiers et la noblesse à leurs discussions et iToccapa, dans ses .séances partieidières, des moyens de socdager lé peîqde aecablé de misère et qui soufiR^ait de la cherté du pain. Il 7 andt des préjugés noMKaires dans le haut clergé^ mais à côté dl ces fttibienea, tm remarquait de grandes vertus^ et surtout une ancène charité. Le 6 iuin^ le dergé envoya au tiers une dëputation qm avait à sa lèle révéque de Nîmes, et qui était chaînée d^ l'arrêté suivant ^ : « Les membres du clergé assemblés, profondé- 9 ment touchés de la misère des peuples et de la cherté des grains, qui afflige les diférentes provinces-, croient ne pouvoir mieux se conformer aux vijies patemdles de 6a Majesté, mieux remplir leurs devoirs les ptos chers que de s'empresser de nommer une commission composée des différents députés des gouvernements et prindpdies diviflOQs du royaume pour prendre en considération un o^et si essentiel scar lequel ils profiteront de tous les mémoires qui leur seroDt remis; et d'inviter les deux autres ordres à s'occuper égfàemmA du même cfejet, poin* vérifier les différentes causes de la cherté du pain, aviser aux remèdes les plus prompts qu'on pourrait y apporter, en rétabtissaut ta confiance et la maintenant ensuite > et en assurant par les mesives les plus sages et les plus dignes de Tapprobation de Sa Majesté, la subsistance de ses sujets dans toutes les parties du royaume. »

Bailly, |>résidefft des députés des communes, répondM : « Le voeu le plus ardent dès représentants du peuple est de venir à son secours. L^arrdté du dergé les autorise i croire que cet ordre partage leur impatience à cet égard et qu^ ne se refîisera pas plus lengtemps & une rémiion, sans laquelle les malheurs publics ne pourraient qu'augmenter. »

La réponse de BaiBy était hdMe, et l'on rédigea pour tê cïergé une réponse analogue et ainsi conçue :

«rÇéftélrés des mènes devoirs quïe vous^ toudiés jusqu^aux larmes des malheurs publies, nous vous prions, nous vous conjurons de vous réunir à nous dans la salle commune, pour aviser aux moyens de remédier à ces malheurs. »

i UémoiKs de Bailljr, t. 1, p. 114.

148 UteTOUU

Ainsi, dit Biûliy S la tiuease du clergé est retournée contre luimême. Il est possible que le haut clergé, de coneert avec U noblesse et la];cour, n'aient vu dans son arrêté, qu'un moyen de faire diversion aux projets des députés des communes ; cependant ceux-ci, tout en poursuivant le louable but qu*ils se proposaient, eussent pu faire droit à la demande du clergé, et nommer quelques C3mmissaires pour s'occuper de la grave question qu'il avait soulevée. Il est beau de poursuivre la noble tâche de rendre au peuple ses droits politiques; mais, quand ce peuple soufiTre de la faim, il est nécessaire de s'occuper sans retard de lui procurer des secours. Le clergé avait eu une pensée utile et le tiers eut tort de la subordonner à la question politique, que Ton aurait pu traiter simultanément.

Le clergé n'ayant pu réussir à amener le tiers à son avis, mit son arrêté sous les yeux du roi. Bailly * l'annonça aux députés des communes, et leur soumit en même temps la réponse du roi, qui était conçue en ces termes: a Les objets que me présente la délibération du clergé fixent depuis longtemps mon attention; je crois n'avoir négligé aucun des moyens propres à rendre moins funeste l'effet inévitable de l'insuffisance des récoltes; mais je verrai avec , plaisir se former une commission des Etats-Généraux qui puisse, en prenant connaissance des moyens dont j'ai fait usage, s'associer à mes inquiétudes, et m'aider de ses conseils. »

Le tiers ne mit point en délibération s'il se rendrait au désir du roi, et décréta immédiatement de faire auprès du clergé de nouvelles instances pour la réunion, a La sagesse des communes, dit Bailly, avait mis le clergé en retard, le mécontentement ne pouvait tomber que sur lui. » Cette réOexion est au moins étrange, il faut l'avouer. Le clergé avait eu la bonne pensée de travailler à secourir le peuple, le tiers refusait de s'associer à cette pensée, et la faute es était au clergé. Il est vrai qu'il n'osait se décider à se réunir immédiatement au tiers; mais la question n'était-elle pas asses délicate pour qu'il pût hésiter? Il s'agissait en effet de briser avec tous les antécédents, avec des usages anciens. Le tiers avait des projets utiles, sans contredit, mais il devait comprendre une hèàr tation dans le clergé, qui avait à opter entre le tiers d'une part, et de l'autre, la cour et les députés de la noblesse.

^ Mémoiies de Bailly, 1. 1, p. 117.

> Ibûf., p. 124, 125.

0B L ÉGLISE DE FHANCC. 149

Le 10 juin, Mirabeau fit sa première apparition. Il dit qu'il était temps de prendre un parti définitif sur la constitution de l'assemblée, et qu'un député de Paris avait à proposer, sur ce sujet, une motion de la plus grande importance. Ce député de Paris était l'abbé Sieyes. Cet abbé Sieyes était l'homme de la révolution bourgeoise ; grand logicien et esprit sec. Contrarié par la volonté de ses parents dans le choix d'une carrière, il était entré tristement dans l'Église. Comme chez^lni la passion était dans la tête, il se livra tout entier aux charmes de Tétude, et contracta, dans ce commerce forcé, une mélancolie sauvage, une morne insensibilité. Ses sentiments étaient tout mathématiques. Il était timide par caractère, mais son esprit était entreprenant. Naturellement taciturne, il gardait en lui-même ses pensées, et quand le moment était venu, il les lançait acérées comme des flèches, indomptables comme des axiomes mathématiques.

L'abbé Sieyes obtint la parole, à la demande de Mirabeau ; il exposa les raisons qu'avait le tiers de se constituer en assemblée ^, de sommer légalement les députés de se rendre dans la salle commune, de faire l'appel nominal, et de donner défaut contre les non comparants. Cette proposition fut adoptée et avis en fut donné au clergé et à la noblesse.

Le clergé * en délibéra aussitôt, et pendant huit jours, les discussions les plus vives eurent lieu dans ses réunions. Les avis étaient partagés et les forces étaient à peu près égales des deux côtés. Le 13, trois curés de la sénéchaussée du Poitou, se présentèrent dans la salie commune, pour produire leurs mandats et vérifier leurs pouvoirs avec les députés du tiers. Ces trois curés étaient: Lecesve, curé de Saint-Triaire ; Ballard, curé du Poiré; Jallet, curé de Cherigné. La cour travaillait le clergé, et n'épargnait rien pour empêcher la réunion. La résolution des trois curés du Poitou la remplit de dépit. Le garde des sceaux De Barantin, ayant rencontré Bailly, « je vous fais mon compliment, lui dit-il, sur la conquête importante que vous venez de faire. — Monsieur, lui répondit Bailly, vous la trouvez petite cette conquête, mais je vous annonce, et vous vous en souviendrez, qu'elle sera suivie de beaucoup d'autres. i>

En effet, le lendemain 14, six curés se réunirent au tiers. Paruii

) Mémciires do Bailly» 1. 1, p. ia6« Moniteur, 10 juin.

• Mémoires de Bailly : Vallcf , Récit, etr., : Mofiiteur. 13 jtiin et jo irs «iv .

150 HISTOIM

eux étaient l'abbé UiUon et Tabbé Grégoire, cucé d'Embermesnil. Grégoire était né de parents panvres, dont il ne parlait japiais qu'avec attendrissement; il aima, toute sa viç, les déshérités i» la fortune. Curé dXmbennesnil, il avait appris dans 4^ modestes fonctions à aimer le peuple. I)oux par caractère, il cherchait m quelque sorte ses ennemis pour leur paitlponer^ On Ta tant calomnié , que nous regardons comme un devoir 4^ lui reiukc justice. Son esprit était austère et droit. Son cœur élait \m* Pendant son ministère, il se fit aim^ de ses paroissiens. U avait |formé pour eux une bibliothèque^ et il cpltivaii avec soin kur intelligence. L'alliance du Chrbtiapisme et de la démocraji^ lui semblait si naturelle qu'il ne comprenait pas l'Évangile san3 Tabolition des privilèges. L'abbé Gr^oire avait dans sa démarche et dans toutes ses manières, cette rare distinction qui vient (Je la noblesse de l'àme; une gracieuse et aimable simplicité. Il ^utk courage de son état, et, tandis que des prêtres sans foi ne savaient que déclamer contre la raison ; que Gobel apostasiait; que 4es mi* nistres protestants renonçaient à J.-C. ; que les évéqqes omigraient; Grégoire, plein de foi, et prêtre courageux, présidait la Convention, en costume épiscopal, malgré les menaces les p|i|s horribles. Nous le raconterons en son lieu. Dès le commencement du nioi^ de juin, Grégoire avait adressé aux curés députés ^ une lettre politique, dans laquelle il exposait couirageusement Içs abu^ dont la noblesse désirait le maintien et avec elle le h^ut clergé. Il leur faisait comprendre que les prêtres devaient s'unir au peuple, pQur en poursuivre l'abolition ; il les conjurait d'accepter la vériiicatioD des pouvoirs en commun, ainsi que le vote par tête, non par caste, seul moyen d'obtem'r dans l'Assemblée nationale unç majorité favorable aux idées de réforme ; il les engageait enQn à se séparer <If leurs collègues qui résisteraient, et à s'adjoindre a,ux députés des communes. C'est ce qui arriva. La lettre de Gr^oire ne coplnbua pas peu à les y décider. Elle fut si bien accueUiie qu'une quarantaine de députés vinrent féliciter l'auteur. Cette lettre |i|t r^piuidiie à profusion dans la province *. Le 15, trois nouveaux curés se réunirent au tiers; le 16, sept autres suivirent lem: exemple.

* Mémoires de Gr^ire , eh. 4. Sa lettre était intHolée : NtmoeUê UOrt aux curée. Grégoire leur en avait écrit une première à l'époque des éleoUon> pour stimuler leur énergie^ comme il Je dit lui-méine.

DE L'ilGLIM M rBAMCK. 151

Ces députés oé se readaioit daai la aalle commune que pour bi Térlfieetiàn des pôuroira^ ci raleiimaient ensuite dalis ia cbâmbre du clei^é, d'après l'avis des députés des cemmuoés, afin dé ne pas diininuer par leur abseâce lea forces de Icfur partii et pôtn^ efltntHer h majorité K

Le ii jUio^ le tiers se déolai^ enfia oonatitoé en ilai««»6foe iHëHùfkêlê, et fit faire au dergé de nôurelles propdsifiôAsl'Pajr tr«ik fois^ il rinvila à passer dans la salle commune pour v^ifier les péùvoifs. Une nouvelle délibération s'engigàt pdors. De Goôturiër, àhbè d'Abbeeourt, se distingua dans cette œdasiqn^ (1 éllhra la -tàlx en fàveilr de la patrie et Ait un de ceux qui oontrfinjènenl te phis à ia réunion ^.

lié 19 juin f la dkcussion fut terminée. L'avis de ceux qm vouléteftt de constituer en obatobre particulière comme aux anciens É!ltts4}énérauï^ eut 187 voix ; 1^9 vobr seulement se déclarèrent pobr la vérifies tion en commun^ et 9 voix se rangèrent à ce dernier ârvi# avec amendement. Lei amendements se rattachant à la ques* ëod principale d'après l'usage^ l'avis favorable à la vérification en c^fibniBn eut ainsi 138 voix ^c'est-à-dire une seule de majorités. Lèe éVéqués ne surent pas dissimuler le chal^rin que leilr eaïUia ce fMaitat qti'ils n'avaient pil détourner malgré leurs eflWts. Ils se Itf èMllt et quittèrent sobitément la salie^ sans prendre d'arrllé définitif* On leur déclara qu'dn allait néanmoins oontînuèr I4 sAtfâee. Les archevêques de Bordeaux et de Vienne et Tévéque de Chàiires rsstdrent dams l'assetnbléè. Afin que' la décision idoptée oôBservât tonte sa valeur^ malgré là retraite du Uàul olergé^ on dMdft que tous les membres qnî étaient favoraUes à ietto dtelsion d^erèient le procès^verbaL Geut^-tingt membres qui étaient pré-* sents signèrent imitaédiatement. Vmgt«^ualre autres, qui avaient quitté la séance pour aller dinar , signèrent chel l'afchevéque de iMrdeaux le jour même ; citiq autres signèrent le leâdemaUl , 9% \m majorité fut ainsi augmentée dé onae nouveaux membres*

« Je dinais chea mon frère > dit Bailly ', précisément vis-à-^vi$ U «lie des États. Vers les cinq heures J'aperçus un grand tnouvcmenl. je iris que la foule s'y portait* Je traversai Taveuue pour en savoir des nouvelles^ et j'appris ^ avec une forande salis^*aeti<in , q(i« ia

* Mémoires de Grégoire, oh. 4.

s Mémoires de Bailly, 1. 1, p. 177.

> MA., p. 178.

152 HISTOME

réunion à la chambre des communes venait d'être décidée à la pluralité des opinions. Il y avail beaucoup de peuple dans la ooor. On applaudissait ou Ton huait les membres du clergé qui paraissaient aux fenêtres, suivant leurs opinions qu'on savait déjà. L'archevêque de Bordeaux, Tévêque de Chartres furent bien tèi&; un grand nombre de curés furent embrassés par la foule des spectateurs ; Tabbé Maury et quelques autres furent poussés et assez maltraités. »

La résolution adoptée par la majorité du deiyé émut la cour. On n'avait eu jusqu'alors, pour les prétentions du tiers, qu'un dédain de grand seigneur. On croyait bonnement que les trois premiers curés qui s'étaient réunis seraient la seule et glorieuse conquête qu'il ferait. Lorsqu'on vit la majorité, ayant à sa tête deux archevêques et un évêque, suivre cet exemple, on se souvint de la prédiction faite par Bailly à Barentin, et on n'écouta plus que les sottes inspirations d'un orgueil froissé. Sous prétexte d'une séance royale, on ferma la salle des États sans daigner en prévenir les députés des communes qui y tenaient leurs séances. On mit des gardes à toutes les avenues et on défendit toute réunion. Bailly, président du tiers, et les députés des communes se rendirent à la porte de la salle , dressèrent procès-verbal du refus de les laisser entrer et, sur la proposition du député Guillotin , se rendirent au Jeu de Paume, C'était le 20 juin. On conçoit toute l'exaspération qui dut régner pendant cette séance, où les députés des communes, réunis dans une salle de jeu, restèrent debout pendant une journée entière ; on offrit un fauteuil au président Bailly, qui le refusa. Les députés firent le serment mémorable de ne pas se séparer sans avoir donné une constitution à la France. Cinq curés se trouvèrent k cette séance : Grégoire, Besse, Ballard, Jallet, Lecesve ^.

La séance royale, tixéc d'abord au 22 juin, n'eut lieu que le 23. Pendant qu'on en faisait les préparatifs, de nombreuses troupes arrivaient à Versailles, la cour s'était arrêtée au système d'intimidation. La séance i\x Jeu de Paume n'y avait pas été comprise. Le 21 , les députés des communes ne se réunirent pas h cause du dimanche. Le 22 au matin, le président Bailly * avait réuni chez lui les secrétaires et un certain nombre de députés des communes pour décider si l'on tiendrait la séance indiquée le samedi

^ Mémoires de Grégoire, eh. 4.

• Mëmoirfs de Bailly, 1. 1, p. 198. BÊtmtteur, 23 Juin el joui^ svinnts.

DE LBGUbC DB FIANCE. 153

au Jeu de Paume. U fut résolu que la séance aurait lieu> car Ton avait espoir de voir la majorité du clei^é se réunir aux communes ce jour-là^ d'après la décision qu'elle avait prise le 19. Mais, comme le Jeu de Paume n'était pas un lieu convenable pour la réunion 9 on chercha un autre local. L'église des Recollets fut d'abord proposée et l'on s'y rendit. Mais elle se trouva trop petite, et, d'ailleurs, les religieux se montrèrent peu flattés de l'honneur que voulait leur faire l'assemblée. Ils craignaient que cette séance, tenue dans leur maison, ne leur nuisit auprès de la cour. Les députes, qui ne voulaient ni les contrarier, ni encore moins leur nuire, se rendirent dans l'église paroissiale de Saint-Louis et s'installèrent dans la nef. « On établit le président, dit Bailly lui-même *, devant une table ; les secrétaires près de lui : on disposa à la droite un nombre de chaises qui représentaient les places que le clergé avait dans les États-Généraux; les places de la gauche étaient celles de la noblesse. Tous les autres députés étaient en face. On arrêta d'abord qu'on laisserait entrer le public, et l'église fut bUntôt remplie. Je dois dire que M. le curé de Saint-Louis, ni personne, ne fit la moindre difticulté à notre établissement. Pendant ce temps, ajoute Bailly, la majorité du clergé se formait dans le chœur de l'église. Bientôt on annonça sa députation, présidée par Monseigneur l'évêque de Chartres, et où je vis, avec plaisir^ ce digne abbé d'Abbecourt, qui a eu une grande part à cette démarche si utile et si décisive et qui a perdu sa fortune avec tant de douceur et de résignation. Monseigneur l'évêque de Chartres a dit : a Mesj» sieurs, la majorité de l'ordre du clergé ayant pris la délibération » de se réunir pour la vérification des pouvoirs, nous venons vous 0 en prévenir et vous demander sa place dans l'assemblée, n J'ai répondu, ajoute Bailly: « MM. les représentants de l'ordre du » clergé aux États-Généraux , seront reçus avec tout l'empresa sèment et le respect qui leur est dû : leur place ordinaire de n préséance est prête pour les recevoir. »

Il faut le dire, car on s'est plu à le nier sans raison, les députés des communes ne voulaient pas la révolution sanglante qu'une absurde opposition a contribué plus qu'eux à amener. Us voulaient des réformes, et, tout en abolissant les privilèges dont le clergé jouissait, ils lui eussent conservé ses droits civiques et une position

1 BaiUy» Mémoires, t. j, p. 199. Yallet, Récit des principaux faiU qui w ?iool passés dans Tordre du elerfié. Mtmiieut.

fS4 Minomi

bonorable dans TÉtat. Ils voulaient la monarchie avee iea widifications que le progrès social avait retidues néceitairea* Là OMâenlé du clergé fit donc acte de sagesse et de patriotiimé en se rénnisiaDi aux députés des communes.

« Bientdr, dit encore Bailly S on annonça MM. du clergé ) seize députés furent les recevoir. Le clergé se plaça à la droite^ dans i^ places qui lui étaient destinées. Le respectable arohavéquedeVietne, qui était Tancien d'âge de cette majorité, sur rinvilatiéa d« 1 V semblée, prit séance immédiatement à côté du président* L'arobevéque de Vienne dit : « Messieurs, nous venons avec joie exéealer V Tarrété pris par la majorité des députés de l'ordre do dergé uix a Ëfata-Généraux. Cette réunion , qui n'a aujourd'hui potor objet s que la vérification des pouvoirs, est le tignal et, je puis dire, » le préhjde de Tunion constante qu'ils dâirent avee font lei » ordres, et particulièrement avec celui de MM. les députés des 0 communes. /» J'ai répondu, ajoute Bailly : a Messieurs, veui n vo^s la joie et les acclamations que votre présence fait naître » dans l'assemblée ; c'est l'effet d'un sentiment bien pur, l'amour » de funioD et du bien public. Vous sortes du sanetuairs, Mes- » sieurs, pour vous rendre dans cette Assemblée nationale où Hooi » vous attendions avec tant d'impatieiice. Par une délibératioD où m a présidé l'esprit de justice et de paii, yw^ avez voté cette n réunion désirée. La France bénira ce jour mémorable ; elle n inscrira vos noms dans les fastes de la patt^, et elle n'ouUitfa y> point ceux des dignes pasteurs qui vous ont précédés et qui vous » avaient annoncés et promis à noire empresseilient Quelle sstii- » faction pour nous, Messieurii le bien dont fe désir est dans ne» » cœurs, le bien auquel nous allons travailler avee eourage et avec }> persévérance, nous le ferons aveo vous, nous le fiiroiiB m votie » présence. Il sera l'ouvrage de la paix et de l'atnour fentefsel. »

La réunion du clergé n'avait ponr objet que la vériSeation des pouvoirs. On pouvait craindre de nouveUes diRktdtés sur les autres questions en litige, comme le vote par tète et les travaù snbséqoents de l'assemblée. Bailly supposa habilement daiH sa réponse que la réunion était absolue et définitive ; le clergé ne rédann point, et cette réunion fut consonimée. Dasis la niyOrité do dsegs, on comptait, sur eent quarante-^uit Bienbres : cent ttalte^pistft curés; cinq prélats: Lefranc de Pompignan, archevêque de Vienne:

* Bailly, Mémoires, t i, p. Mil

DE L'iGU»! M MUNCB. Itft

D» Gîoé^ arehcnréque d« Bordeaux; De Lidlierstte, évèque ée Gbartm; Gslbert de Rodes ; Takru de Coutances ; deux grand»vjttire» ; »x ehanoiiies et un seul abbé commendataire , De Cou* turier^ abbé d'Abbecourt. Ces abbés se trouvaient trop bien du faillie établi pour sentir le besoin des râormes. La liste des membres da clergé fui déposée sur le bureau du président, et reflieadblée en proposa rimpre^ion. m II faut Timprimer en letlres » d'tv, 9 s'écria BaiUy S sous Timpression de la joie vive qu'il reeseÉtail de k réunion de la majorité du clergé. Seize ecciéaias^ tiques fuKnl adjoints au comité pour la vérification des pouvoirs. Lorsqu'on fit l'appel nomioal des membres du clergé, k nom de Grégoire fut salué d'aeckmatkms.

Le lendemain de celte réunion selenneUe eul lieu k séasee rofak (98 Juib). La oenr, pour se venger des prétention^ du tiers, qu-eUe Ironvail exorbitantes, ne trouva rien de mieux que de lui interdire l'entrée ordinaire de k saUe des Ëtats par l'avenue. Tandk que le clergé et k noblesse eniraieni par celle avenue, les députés des communes furent obligés de se rendre à k [lorte opposée par k me <iea ChanOeFê. Il tomlMiit beaucoup d'eau, et ils n'avaient pour se BMtlre à couvert qu'une galerie en bok qui servnh de vestîbde à celle porte et qui était trop petite pour les contenir tous. On ks y laissa longtemps attendre, et, krsqu'ik fmeni introduits, les deux ordres privilégiés étaieni à leurs pkces

L'aristocratie se croiyait ainsi vengée. Ces inconvenances n'étaknl pas cependant très opportunes dans ces cireonslances où le peuple manifestait une si vive réaction contre l'orgueil insultant des privilégiés. Par suite du même système, k cour avait foicé le roi de sortir de son caractère, et lui avait donné une leçon de eol^ aristocratique qui n'était pas dans sa nature. U k fil, park en monarque absolu, casea ce qu'avaient fait les députés du tiers, maintint les ordres séparés avec leurs privilèges^ octrnya de sa libre volonté qtielques réfori»es et finit sa meveurinte ûHemipeslive en ordonnant à tous les députés de quitter k salle.

Le roi sortit «ussitét, nvûestoeos^nenl «mivi de k not^esae. et de l'aristocratie du clergé. Les députés des communes et le reste du clergé restèrent immobiles sur leurs bancs, {kfirabeau roqipit le si-

1 Btflly, Mémoires, t. i, p. 203.

iS6 auiTOiME

lence par un discours terrible ; au même instant , de Brezé, grand maître des cérémonies, s'avança jusqu'au bureau et prononçi quelques mots d'une voix basse et mai assurée. Pins haut, loi cria-t-on : m Messieurs , dit alors le maître des cérémonies , vous avez entendu les ordres du roi. » Bailly allait délibérer : c Allez^ s'écria Mirabeau, dire à votre maître que nous sommes ici paru volonté du peuple, et que nous n'en sortirons que par la force des baïonnettes. » Brezc voulut répondre, balbutia, perdit contenance et sortit : « Vous êtes uujourdîiui ce que vous étiez hier, dit froidement l'abbé Sieyes, délibérons. » Et sur la motion de Mirabeau, les députés décrétèrent leur inviolabilité. On pouvait craindre , en effet, quelque violence de la part de la Cour, qui faisait approcher de Versailles plusieurs régiments. Le tiers en fut quitte pour quelques misérables querelles de vanité ^ et les troupes ne servirent qu'à lui barrer l'entrée de l'avenue, et à le forcer d'entrer nar la porte de la rue des Chantiers.

Le 24 juin, lendemain delà séance royale, la majorité du clergé, ayant en tête l'archevêque de Vienne, s'adjoignit de nouveau aux députés des communes '. On les reçut avec les plus vifs applaudissements. Quoique l'archevêque de Vienne ne fût ni président ni doyen du clergé , l'assemblée décida, par acclamation, qu'il aurait un fauteuil au bureau à cêté de celui du président ; il s'y plaça et dit : cr Messieurs, la majorité du clergé a délibéré ce matin dans la salle où étaient assembla les députés de l'ordre auxËtats-Géoéraux, qu'il fût référé aux trois ordres réunis du contenu au procèsverbal de la séance royale tenue hier. Je prie l'assemblée, k la* quelle vient se réunir la majorité du clergé , de procéder incessamment à la vérification commune des pouvoirs des membres du clergé qui ne l'ont pas encore été, pour qu'ils puissent délibérer dans l'assemblée générale des représentants de la nation , de ce qui s'est pas^ dans la séance royale dont je viens de parler. »

On adjoignit ensuite Dillon, curé du \ieux-Pouzanges, aux deux secrétaires de l'assemblée, comme on avait en quelque sorte adjoint l'archevêque de Vienne au président.

Pendant que ceci se passait dans la salle commune, la minorité

* Bailly, Mém., t. i, p. 223.

* Ibtd.^ p. 2S7. Vailet, Récit deâ principaux faits qui se sont paasésdas» Tordre du dergë. etc. Mouitewr.

du clergé s'était réunie dans la salle qui lui était particulière, et avait prolongé sa séance fort tard. Le peuple asseï nombreux qui était à la porte accueillit très mal les différents membres à leur sortie; Farchevôque de Paris, de Juigné, fut poursuivi, hué; e sa voiture fut assaillie de quelques pierres. De Juignc était un homme faible et pieux ^ Ses intentions étaient pures, et, malgré ses traditions aristocratiques, son caractère l'eût porté à s'a(iyoindre à la majorité plutôt que de lutter avec la minorité. Mais on faisait courir les bruits les plus étranges. On disait que la minorité du clergé avait envoyé secrètement au roi une dépulation dans la nuit du 17 au 18 juin; que Tarchevéque de Paris était à la tête, qu'il avait le crucifix à la main et qu'il s'était jeté aux genoux du roi. Ces nouvelles, auxquelles on ajoutait mille autres circonstances, étaient sans doute fausses, dit Baillf *. Il est certain que Tarchevéque de Paris méritait, par sa charité, la reconnaissance du peuple, car il venait de dépenser deux cent mille livres de sa fortune pour secourir les pauvres dans la disette qui ravageait alors la France. Mais on le supposait ennemi des idées libérales, et sa mauvaise réputation politique faisait oublier ses abondantes aumônes.

Le 25, huit ecclésiastiques et le recteur de l'Université abandonnèrent la minorité du clergé, et s'adjoignirent aux députés des communes. Parmi eux était Vallet *, curé de Saint-Louis de Gien, qui déclara que ses cahiers contenaient le vœu de la délibération par tête. Bailly saisit cette occasion pour ôter toute espèce de doute sur les intentions libérales du clergé, a Vous vous réunissez donc, dit-il au curé de Gien, à la majorité de votre ordre, et vous venez dans cette salle pour toujours ? » L'abbé Vallet répondit aflirmatiyement, et toute l'assemblée applaudit avec enthousiasme^.

Ce même jour, 47 députés de la noblesse, ayant à leur tête Clermont-Tpnnerre, se réunirent à TAssemblée nationale. Parmi eux était Lally-Tolendal.

Le lendemain 28, les évêques d'Orange et d'Autun,et deux curés se rendirent dans la salle commune, au commencement de la

« Baitly, Mém., t i, p. ^0.

iM(t.« p. sao.

Vallet, eoré de Saint-Louis de Gien, est Tauteur de Touvnge intitulé : Béeit d€i primetpaux faiis giU u sani poêwh dans Vùrâre du eterg^, ele, ^ BâUly, IMffl., p. SB80.

ttt

téanee. MiU le coorattt de eeti» même iéuMi^ oti vit (ttÉtftVm^ ctevCque de BoHeaut eo&dufauit rarahtiNli^ de Ptffei. t fl| Mti était uiri^enellement recoimaé , dit Baiilf \ et tl était m du membres lea pl«s eoMkléralde» de la mkiorité. L'easemblée épmnt doue tttte joie l>iea vi^ en le Toyant s'unir à eHe. Il ]^rit la |Nrdt ea ces termes : « Ifeesieafv, l'amour de la paix me eottdaitM- I» joinrd'hiii au milieu de cette aogtiste aMeoMée. Agrées, Me»- » sieurs, Texpression sincère de mon emier dévouement à la pa- » trie , au fierviee du roi et au bien du peuple. Je m'estimenît » Urop heureux si je pouvais y contribuer aux dépens de ma vit « I^li8fté-je concourir k la concMiation si néoeBsaire, et qae f aimi » toujours en vue. Hem^ux encore si la démarche que je hbta » ce moment peut contribuer à la coacîKatioa, ^ sera leqoois 0 Tobjet de nos vieux. »

L'âme douce et vertueuse de rarehevéque de Paris èb rMUt tout entière dans ces paroles. Bailly lui répondit avec une ptf^ faite convenance : « Monaenr, l'assemblée s'ap^adit de votit présence, il v a longtemps que ses voeux se por4ent paitloiriilKment vers vous , et l'acte de paix et d'union que vous Miss sajourd'bui est la deratèia eonroone qui manquait à vos vertus. Je dépose ici les «entimeals de boaheur et derecoanaifliance qui sstft restés dans mon cœur»»

Malheureusement, tous les Evéques n'étaient pas pénétrés de» sentiments de ooncilktion qui avaient décidé de Jaignl k se rendis à rAssemUée nationale. Au lieu d'aider à cette union die tom kl hommes de bieny amis des léformes raisoonaUes , qui dirigeiM^ alors rassemUée, ils aiaoaîeni mieux intriguer avec la m^jadté de la noblesse et avec la cour, et faire retomber sur l'Assemblée B^r tionale les excès de la cabale prdurière du di|c d'Orléans qqi se formait dan^ l'ombre, et qu'on eût écrasée ea s'unissant aux hom* mes éclairés partisans du progrès.

Le 27 juin, trois nouveaux députés du clei^ se réunirenî à l'Assemblée nationale *.

il était évident que peu a jpeu l'opposition allait Âévènv uiie imperceptible et ridicule minorité. La Cour s'obstinait à ne pas céder. Mais le roi était plus clairvoyant; il se fût évité à lui et Jiia France bien des malheurs s'il n'eût écouté que son ju^i^jiaènt

^ BaiMj, Méin., p, 88S.

« ibidu p. aie.

M L ittUtS Ml PEANO. IM

ànk^ et aon cour ai bmâ et à eoadliaii. Il prit doue wiêtibm^^li et malgré ses miaietm le parti ë'ordoimer i raristoeratie cléricale et RobUkire ie •'adjoindre à TAssemblée nationale^ et écrivit eAlJe lettre aa cardinal de La Rochefoucault, doyen de Tordre du clei^é :

« Mon cousin 9

• volontaire de ma déclaration du 23 de ce mois; j'engage mott » fidèle clergé à se réunir sans délai avec les deux autres ordres, » pour hâter Taccomplissement de mes vues patemefles. Ceux qui »> sont liés par leurs pouvoirs peuvent y aller, sans donner de voix, o jusqu'à ce qu'ils en aient de nouveaux. Ce sera une nouvelle » marque d'attachement que le clergé me donnera. Sur ce, je prié o Dieu, mon cousin, qu'à vous ait en sa sainte garde.

9 Louis, n

L* Assemblée nationale ayant appris que le roi avait ordonaé la réHaion; résolut d'attendu, séance tenante, les députés opposants (fans la criante de la faire manquer. On retira les faoteoilade l'ar-> cfaevêqne de Vienne et de Clermont-Tonnerre qui avaient prîsséaaee à droite et à gauche de Bailly, poor ôter occasion aux présidenis réels dn clergé et de la noblesse de réclamer la présidence. Il ne devait, en efet, y avoir qu*nn président, paisque l'assemblée était une, et Bailly élu par les dépotés da tiers, reconnu par la okjorMé du clergé et par la minorité de la noblesse, était le seul pré* âdent légitûne de l'Assemblée nationale.

Pendant la séance, on vit entrer dans la salle commune, comme on s'y attendait, la minorité dn clergé, précédée de son dofyen, le cardinal de La Rochefoucault, et la majorité de la noblesse précédée de son doyen, le duc de Luxembourg. On Ht demanderaux deo doyens s'ils voulaient parler, is répondirent négativement. Le dépit était peint sur leur visage aussi bien que sur ceux de leurs adhî^ rents. La démarche qu'ils faisaient était pénible pour leor amonrpropre. BftiRy fit insister auprès <les doyens pour cpi'Hs prissent la parole. Le cardinal de L;t Rochefoncanlt y consentit enfin, et éil d'assez mauvaise grflce : a Messieurs, nous sommes conduits ici , par notre amour et notre respect pour le roi, nos vœux pour la paix et notre zèle pour le bien public. » Le duc de Luxenboorg ne

160 MsrMfta

dt pas plus de frais d'éloquence. Bailly leur répondii avec dooDear et eonvenance, et l'on cria : Vive U roi l Pendant celle courte interruption, le cardinal de La Rocbefoucault s'approcha du buitaa du président. Suivant les anciens usages^ il eût dù^ comme doyen du premier ordre de TÉlat, présider l'assemblée générale, et ii ^ a\ai( le désir. La minorité avait même décidé, pour maintenir les privilèges de l'ordre, de supplanter adroitement le président réel de l'assemblée. Lors donc que le cardinal ' fut auprès du bureau, un membre du clergé lui dit : « Monseigneur, il faudrait que vous levassiez la séance. — Vous avez raison, répondit le cardinal : • et il se disposait à retourner à sa place pour lâunoucer, lorsque Bailly l'arrêta en lui disant : a Monseigneur, vous ne pouvez pas lever la séance^ vous n'êtes pas président. — Mais il est tard, personne n a diné, ^outa le cardinal. — Chacun est libre, reprit Bailly , de se retirer individuellement ; mais quant à l'assemblée, elle ne peat être rompue que par sa propre volonté, et c'est à son seul président, c'est à moi de la consulter. »

Le cardinal vit bien, par cette réponse, qu* il ne serait pas prudent d'insister.

Quand la séance fut levée, on se porta en foule au château, pour remercier le roi d'avoir ordonné la réunion de3 ordres. Cette démarche fut spontanée et n'eut rien d'officiel. Prélats, ofBder^ acridats, femmes, députés,' peuple, étaient confondus péle-mèle dans les cours, le roi et la reine présents. On les accueillit aux cri» mille fois répétés de vive le roi! vive la reine! Celle-ci ayant pris son fils entre ses bras, les acclamations redoublèrent. Le roi était aimé. S'il eût pu suivre en liberté les inspirations de son cœur, il eût satisfait progressivement à toutes les nécessités sociales, et pentètre la France ne compterait-elle pas autant de pages sangiantes dans ses annales; mais la reine, avec des qualités estimables, avait un orgueil aristocratique indomptable, et de sots courtisans formaient avec elle une coterie bien décidée à combattre, jusqu'à la dernière extrémité, toute atteinte aux privilèges les plus exoibitants.

L'orgueil des députés de la noblesse et du haut clergé souflrail de voir l'Assemblée nationale présidée par Bailly. Ce savant distingué était en même temps un politique capable, un homme ferme et d'une grande probité. Mais ces qualités ne pouvaient racheter

I Bailly, Uém., t. i. ^ 83A.

DE l'IhSUSB DB FRANCE. 161

son origine plébéienne aux yeux de gens pour lesquels le titre nobiliaire était tout. Le garde des sceaux ût donc mander Bailly K Celui-ci, s'étant rendu à cette invitati})ny trouva chez le ministre le duc de Croy, vice-président de l'ordre de la noblesse^ le cardinal de La Rochefoucault, président de l'ordre du clergé^ et l'archevêque d'Aix^ de Boisgelin. On voulut lui persuader que c'était au cardinal à présider l'Assemblée nationale ; mais Bailly fit observer qu'il tenait ses pouvoirs des députés du tiers^ qui faisaient à eux seuls la moitié^de l'assemblée^ et delà majorité du clergé ; qu^il était^ par conséquent, le vrai président de l'assemblée; que, du reste, ce n'était pas à lui, mais à l'assemblée eUe-méme, qu'il fallait s'adresser si l'on désirait un autre président.

On ne crut pas devoir recourir à ce moyen, et le cardinal fut obligé, bien malgré lui, de renoncer à ses prétentions. Il en conçut un profond dépit, et en donna une preuve dans la séance du 2 juillet. Ayant demandé la parole, il s exprima ainsi * :

a Messieurs, il est de mon devoir de vous déclarer que, lorsque les membres du clergé qui étaient restés dans la chambre de leur ordre, sont venus avec moi dans la salle commune aux trois ordres, nous avons fait préalablement des réserves portant que : Vu la déclaration du roi du 23 juin, la lettre de Sa Majesté à moi adressée le 27 juin; les membres du clergé, toujours empressés de donner à Sa Majesté des témoignages de respect, d'amour, de confiance; justement impatients de pouvoir se livrer enfin à la discussion des grands intérêts d'où dépend la félicité nationale, ont délibéré de se réunir aujourd'hui aux deux ordres de la noblesse et du tiers-état dans la salle commune, pour y traiter des affaires d'une utilité générale, conformément à la déclation du roi, sans préjudice du droit qui appartient au clergé, suivant les lois constitutives de la monarchie, de s'assembler et de voter séparément, droit qu'ils ne veulent ni ne peuvent abandonner dans la présente session des États-Généraux, et qui leur est expressément réservé par les articles 8 et 9 de la même déclaration.

» Je vous prie, messieurs, de trouver bon que je remette sur le bureau la présente déclaration, et que je vous en demande acte, n

^ Bailly, Biém., t. i, p. 971 et suiv. » /Wd., p. 271,

162 HisToiaE

Le cardinal n'avait pas le droit de parler au nom du clergé, puisque la minorité seule était avec lui, et qu'il ne devait plusse considérer comme président de cet ordre; mais H prétendait encoK l'être. L'assemblée lui fit comprendre qu'elle ne le considérait plus (ïomme tel en lui donnant acte de sa déclaration comme purement individuelle. La démarche du cardinal n'eut pour résokat qve d'augmenter l'aigreur, déjà bien prononcée, contre le faaut clergé dont il était le chef.

Le 3 juillet, Bailly fit voir que ce n'était ni par orgoeï, ni p^r ambition, qu'il avait soutenu ses droits de président. ll4eBiiaca démission. Le duc d'Orléans fut élu et refusa. L'archevéqoe de Vienne, Lefranc de Pompignan, fut élu et obtint sept ceBts vdx sur sept cent quatre-vingt-treize votants. Il 9e leva ausât^t après le dépouillement du scrutin et prononça ces paroles ^ : « Messieurs, une bouche plus éloquente que la mienne n'exprimerait pas, iaos ce moment, les sentiments qui pressent mon cœur; elle n'égalerait pas le prix de l'honneiw que je reçois. La carrière qne j'ai parcourue ne me promettait pas, Ters son déclin, un événement aussi glorieux. Que me laisse-t-il à désirer? de m'ensevelir, messieors, au milieu de vos triomphes et de porter mes derniers regards sur l'heureuse restauration de notre commune patrie. »

Le vénérable archevêque était trop âgé pour présida l'assemblée dans toutes les séances ; mais on avait vouin rendre honunage à ses vertus et à son patriotisme éclairé. Pour ne pas lui imposer un fardeau trop lourd pour sa vieillesse, on lui a^oignit La&yefte oomae vice-président.

Le 7 juillet, l'assemblée aborda eniin la question fondamentale, cjBlle de la constitution nouvelle qu'il fallait donner à la France. On forma • les bureaux pour élire les menAres du comité qui devait en préparer les travaux. Lorsqu'on Uil, en séance générale, les noms de ces membres, on s'aperçut qu'on n'avait élu aucun ecclésiastique. Les membres désignés pour former k eomité de constitution demandèrent aussitôt qu'on leur adjoignît six «odésiastiques, et les députés des communes appuyèreat œlte motion,' mais le clergé s'y refusa constamment et protesta de toute la confiance que lui inspiraient les membres du comité.

Pendant que fassenïblée ne songeait qu'à «es truvaux, >lt cour

Bailly, Mém., t. i, p. 276.

« ilrtd,, p. 289.

DB L*ÉaUW PB FHANCB. 163

|ai?r4J|^K|D f^oai^ d'ÂlUÛi^^tiQn. On fiâwt ^sri}'^ dee trouptis «i Versailles; le roi changeait son ministère. On renvoyait Neclier, 41^ était eacorte aimé du peuple A h oour^ on appelai! cda 4^ l'é- Dfsrgie^ et le roi faisait effort pour suivre cette impulsion que lui donnaient ses conseillers. Ce fut en vain q^e Tassen^iUée lui çpvoyn des députations pour le prier d'éloigner les troupes de VeJcaaiUes. Le vénéral^e archevêque de Vienne le conjura inutilement de remplacer les troupes par les citoyens constitués en garde civique S* Louis comprenait toute la justesse de ce conseil^ et lorsque^ le 13 juillet^ les citoyens de Paris eurent formé cette garde civique» il <Ut en l'apprenant M a Ils ont bien &it. » Um la cour entravait» par ses préjugés^ les boimes pen3ée9 du roi.

Le pfurti d'Orléans profita de l'exaspération qu'avait causée dans Paris rapproche des troupes. Les roués du Palai&-Royal parcourqr^ la ville et rép^i^dir^ent les bruits les plus absurdes pour j^ulever les masses côiMre le j^pi qu'ils voulaient remplacer par le duc d'OriéaAs.

Ce fut alor^ qu^eut Ueu .cette temUa émeute, qui commença la IS juillet ^t se termina le 14 par h prise de la Bastille.

Nous xi'avons pi^ à. suivre» d^ns tous Jeujcs détails» les nombreu* iQ8 ^t terr&les.scènes de ces journéesjsanglantes. La religion n'eut à 4é{>lor^ que te piUt^e de la maison de Saint-Lazare «^. On Ignorp pourquoi cette maison du charitable Vincent de Paul fut pillée yréférAblen^At 4 taat d'autrg^ étaUtseements ecdésiaBdqiies plus adieux au p^upte* y^tablili^lliient de Saint-Lazare ^ait composé ifi troi^ maispu^ .di^tiopte^ .: um école où .un gcand nombre de jeunes gens se formaient è la^^ienoe et aux vertus de la vie apofr* iotîqw» pQUr «Aer enwûte évangéliser les campagnes ; la maison fies ffma» .de la Qbarilé^ jdirigée pariesjirétres de âaint^Lazare ; soSu .w bo^piice où l'on -recevait 4es aliénés et les jeunes gens dé* bauchés dont les familles voulaient acrÀer les vices. «Une partie d^ Qffi b<MptC^itliM ouvert^ gratuitement» chaque si^nudne»aux ouvriers l^uvnis qui ifovilaieilit» w moyen d'exercices apirttuek» prendise aoÎB d^ leur ^e. X/établissement de Saiat-^zare était» k ioiia é^B^fi^f Ipc^. Utile; .etsftns doute que les roués du parti d'Orléa^i ne fNq^i^^ les forcepés qui le mirent au pikige» que pour venger

^ Bailly, Hém., t. i, p. US».

f fMil.,p.d45.

/ iiiifliety Mém, paar iWist. de U m), àk^eo 4u xvijn« diéele.

164 ■MTOïki

quelques débauchés de leurs amis qu'on y avait peut-être enfermés de force.

Daus la nuit du 12 au 13 juillet 1789, un attroupement d'hommes, armés de fusils, de piques, de haches, accourut en tumulte devant la principale porte de Saint-Latare. Ik ignoraient, pour la plupart, ce qu'ib avaient à faire, et ils attendirent quelque temps les ordres de leurs chefs secrets avant d'agir. Tout à coup, une décharge de mousqueterie se fit entendre : c'était le signal donné. La troupe, soutenue de quelques soldats des gardes fnuiçaises, s'élance à l'attaque de la maison en jetant de grands cris. En un instant les portes sont enfoncées à coups de hache. Les assaillants pénètrent dans la maison ecclésiastique et courent à un bâtiment situé dans une de« arrière-cours et dans lequel se trouvaient vingt aliénés et quatre jeunes gens mis au secret par leurs familles pour cause de libertinage. Il fallut renverser une grille de fer pour arriver à ce bâtiment. Cet obstacle ne put arrêter les assaillants. Ik pénétrèrent dans Tenceinte en s'écriant : a Camarades, la liberté! ■ Les quatres libertins comprirent et prirent la fuite. Les pauvres aliénés appréciaient peu une liberté dont ils n'avaient pas besoin et qui était leur mort. Us restèrent dans leurs cellules jusqu'au moment où on vint leur en ouvrir les portes et leur faire comprendre qu*ils étaient libres. Ils sortirent, et l'on ne put jamais obtenir sur eux aucun indice.

I^s assaillants, étant revenus à la maison ecclésiastique, se fireo conduire au réfectoire et demandèrent à manger, à bràre et de l'argent. On leur donna ce qu'ils demandaient, dans l'espoir de les satisfaire et de sauver la maison du pillage.

Pendant qu'ils se gorgeaient de viandes et de vin, une foule innombrable pénétrait dans les cours et le jardin, demandant qu'on lui livrât les farines accaparées, disait-elle, par les ennemis du peuple et entassées dans les greniers.

C'était là un des grands moyens de séduction du parti d'Oriéans* il faisait croire au peuple que la disette dont il souffrait était occasionnée par des prêtres ses ennemis. Un fait certain, c'est que la maison de Saint-Lazare possédait à peine les providoDs nécessaires. Sur les dix heures du matin, quelques hommes déguisés, qui semblaient être les chefs de l'émeute, allèrent prendre des ordres au Palais-Royal, auprès de Philippe d'Orléans et de son infâme conseil. A leur retour, le pillage conunença. Tout à coup, un fracas horrible se fait entendre. Les vitres, les portes, les meu-

DB L*iQUftB DB PBANGE. 165

Mes de tout genre volent en éclats dans les cours. Des pillards, de tout âgeet de tout sexe, se jettent jusques sur les objets de lamoindre valeur et les emportent. Pas une pièce de drap ou de linge, pas un seul des ustensiles de cuisine et des autres offices domestiques n^échappa à leur rapacité. Ce qu'ils ne pouvaient emporter, ils le brisaient. Des mille portes d'intérieur, des quinze cciHs fenêtres de rétablissement, aucune ne resta intacte. Le vaste et magnifique réfectoire fut entièrement saccagé ; on n'y voyait plus, après le pillage, que des bancs, des tables, des bas-reliefs brisés, des tableaux déchirés et pendant en lambeaux. Dans les salles destinées aux exercices de la communauté et aux retraites des étrangers, la dévastation ne fut pas moins complète ; l'une d'elles renfermait une collection de 160 portraits de papes, de cardinaux, d'évéques et autres personnages illustres, dont la mémoire était chère à la Congrégation. Cette collection précieuse fut changée en un monceau de toiles lacérées, et foulée aux pieds de la multitude. La grande bibliothèque, composée d'environ cinquante mille volumes, la bibliothèque, particulière des étudiants, celle des supérieurs et professeurs, les deux bibliothèques affectées aux deux pensions établies dans la naaison, furent toutes saccagées, jetées par les fenêtres, dispersées dans les jardins et les cours. On ne put, après le pillage, assortir aucun ouvrage de ces bibliothèques. On détruisit jusqu'aux dernières traces d'un cabinet de physique qui servait surtout à l'instruction des élèves qu'on préparait aux missions de la Chine; enfin tout, jusqu'à la pharmacie, fut pillé.

Mais ce qui dut surtout navrer de tristesse le cœur des Lazaristes, fut le pillage sacrilège de l'humble cellule de saint Vincent de Paul, leur père. On y conservait religieusement les objets dont ce saint ami des pauvres s'était servi pendant les derniers jours de sa vie. Une natte de paille sur laquelle il est mort, un chandelier de fer, où l'on voyait encore un reste du suif qui avait éclairé son agonie, une seule chaise, un chapeau grossier, des vêtements de l'étotTe la plus commune, le bâton sur lequel il appuyait ses 85 ans, des bas de serge, des linges qui entouraient ses plaies, un chapelet, un bréviaire, tel était le mobilier de ce prêtre qui avait soulagé tant de misères. Ces précieuses reliques furent jetées avec les autres objets amoncelés dans les cours. Dans leur brutalité, les pillards mutilèrent k statue du saint, ils en coupèrent la tête, qu'ils promenèrent au bout d'une pique dans tout Paris. Ils appor.

161V HtSTOtftV

tèrent ce rropfiée au àxîc d'Ortéâto, et lé jKIèé^nt d«ft« le haAin àé Palai«-Royal.

Après avoir ravagé \É ïtiÉLïdùii; c^ forcenés fô fé^ffilirëDf im fes jardins, coupèrent les arbres, é^r^éftl éèsmovÊMtàtftàfèSlh éafent dan» l'enclos^ mirent lé ftfd ilûz gràb^. 8an9 le êê^Gmi des poinpiers^t de lA garde civique q<ri v^^if,^ ce jour-li ibèthéj de se constituer, tont le corps du bfttitvèiit fttt <iéteno la proie déè ftanrines. L'incendie ne ftitélèhit 6dHnfplé(éïÉfè»li{»^ilprè$ Si Mares de traYail.

Les ecclésias^tiques de \â maisofty qàï fivstiènt fout ft eraifidrè au milieu de quatre raille émedtièM^ prfrem lA fui<# ef s'échappéf^ comme ils purent, pdr dessus les muté èi lé long des gouttières. Ik reçurent rhospltailfé dftns les fntfi^ns voisines et chez les prêtrèi des campagnes environnantes, è[Q) les accueillirent »?ee nnéchi^f ité vraiment chrétienne.

Pour justifier cet attentat, tes in^atéUrs de rémetrte avaSêitl Accusé les Lazaristes d^avoir acca^ré tes blés dand Tiatentioft A'nîfomer Paris. Pour répandre cétf^ calomnie, ils avaient saisi dans h communauté un prêtre et un sous-diacfe et les avaient proraettft dans toute la ville sur une charrette chargée de sacs de fariÉie ; tniè troupe de scélérats, tenant à la main ded tott^faes alhimées, té« cofiduisit jusqu'à la halle, où ils eussent été infiiittîMemefif màfsaarés sens un officier de service, qui s'ofRrit de les gairder et qin lé^ rioil en liberté.

L'accusation portée contre les Lazaristes^ de vouloir affamer le peuple, excita l'indignation de toti$ les hommes de bieà. Le» registres de la balle faisaient foi qu'as y avalent tnèilé rrkè qu^ittifé considérable de blé, et qu'ils en avaient mdme vétldu tine gràiide partie au-dessous du cours. De phis, de{>cn6 le mois de décembre jusqu'au moment du pillage, huit miHe pauvres avaient r(;ço chaque jour à Saint-Lazare du pain et de la sdupe.

Les sœurs de la charité furent dans de mortelles arfgbissei pendant le pillage de Saint-Lazare. Sur les 7 bevires, plusieurs hommes se présentèrent à leur porte; ils portaient sur son fkuleuit le vénérable Bourgeat, vieillard octogénaire et paralvtkque, qui, depuis bien des années, était le directeur-général des flHesde la charité. Ils avaient trouvé ce respectable ^ieillarrd bien sonffirant dans sa cellule à Saint-Lazare, et, touchés de' compassion, rataient emporté à la maison des sœurs, te Voilà, direfit-ik en le leur remettant, votre père que nous vous apportons; vous en aurez bien

DE l/éGLISE M FEANCE. 107

sofn; Hons tdus appcrrfons en mètttè twftpe toitt «bu EHKMier^ gdii chapeau, sa boiïrse. sr Ptm i(^ se wtMrww ëfl râœurant les ftKnrs. et Nons ne sommes pa$ pàyé^ pm* ▼ôcfi?, Aî»i6iib41sv inais Jjour Sâtnt-Laïare. »

La chapelle de Saint-Lazare ne fut po!«f pffl*e,et «ii pfêlrepcrti saris être insulté, ir2t>'érser la fttirffr ées pBter** e» fwlaAt te ftdnt- Sacrement à Vé^sc Saint-Léarcnt.

Une quinzaine d'értiettiers voùhrrertt cepefhdhnt vlâldr la tâd*son des sœurs, pour y découvrir un prétendu t^dr? AIMK ikaaiè»firôrent avec asset de cahhe.

Sur les 5 heures âh soir, plus de deux cetfts hoftttfiesou fiininea^ armés dé piques et de vieilles épées, arfîtèrent pour ftdwî un* nouvelle visite. Vingt d'entre ettx, laissaUé les autres eil arriète, se érigèrent vers la Chapelle, oh s'étaiettt réfugMefs les fiovfe». Ct» humbles et timides vierges, effrayées du bi^it des «rtfficsel d«s ju«remerits de ces hommes farouches, se précîpîtèrent foutes tremblantes autour de leurs mères et poussaient des cris lamenUiMes; ce spectacle attendrit les pillards; Tuii d'eux ayant ôté son chapeau les autre? en fîrent autafut, et ils ri'avaneèrcfnt vers le ssltef wdte qo'aveé respect. <i Mesdemoiselles, dit Ton deux, ne ci'aigiiei rie», nous ne venons poftit pour* Vous faire insulte : malheur h ceJwi qili oserait le tenter, t) Cependant qtielqnes-unes des novîees s'étaient évanouies. Le chef de là bande, jeune homme de ha«le taille et dont les traits annonçaient utie âme éiiei*jfique, s'avance vers l'autel, s'incline respectueusetnent, el d'otie vcrtt forte s'aàre»s^t à sa troupe : <r Allons, dît-lt, sortous d'ici e4 d'effirayms pas dsiTantage par notre présence ces jeunes demolseHesr. a II sort et tous ses hommes le suivent.

Après avoir seulement visité Félablissement, la troupe se retirt, ^ ori piquet de 40 hommes de la nouvelle garde civiq«e vint pretéger la maison de Saint-Latare. Les Lazaristes purent alors revenir au milieu des débris de leur établissement.

Tandis que l'on pillait la maison de Saî rit-Lazare, une séanec tumultueuse avait lieu à Versailles*; des oratèuf^s dénoncèrent les mouvements des troupes que l'on rassemblait Autour dfe Paris et de Versailles; on envoya une députation au i<oi pour hii demander le retour de Necker, qui venait de quitter le ministère, el l'éloignenient des troupes qui menaçaient l'Assemblée nationale. Le roi

* Mémoires de Grégoire, ch. 4; Moniteur . 12 juillet et jours suiv.

108 HI8T0IRK .

voulut faire ce que ]a cour appelai! de Ténergie, et rassemblée lui répondit par un décret dans lequel on décidait que le ministère Necker se retirait avec son estime et ses regrets^ et que les nouveaux ministres étaient responsables des malheurs que l'approche des troupes pourrait occasionner.

Dès le 12 juillet au soir, six ou sept cents députés se réunirent à Versailles^ dans la salle des séances; en l'absence du président^ Tabbé Grégoire^ un des secrétaires^ occupa le fauteuil. Les galeries étaient remplies de spectateurs. La nouvelle des troubles de Paris causait une inquiétude terrible; la tristesse était peinte sur la plupart des physionomies. Grégoire prit la parole et chercha à faire passer dans tous les cœurs le courage qui était dans le sien. 11 attaqua avec énergie les complots des courtisans : a Le ciel^ s'écria-til, marquera le terme de leurs scélératesses; ils pourront éloigner la révolution, mais certainement ils ne l'empêcheront pas. Des obstacles nouveaux ne feraient qu'irriter notre résistance... Apprenons à ce peuple qui nous entoure que la terreur n'est pas faite pour nous... Oui, Messieurs, nous sauveronslaliberté naissante qu'on voudrait étouiFer dans son berceau ; fallût-il,' pour cela, nous ensevelir cous les débris fumants de cette sai\e,itnpav%dum ferient ruinai v Un applaudissement général accueillit ce discours; il fut décidé que la séance serait permanente; elle dura 72 heures. Toute la journée du 13 fut agitée. Le 14, dès le matin, on fit courir le bruit dans Paris que les troupes s y étaient répandues et qu'elles massacraient tout sur leur passage. Au même instant, tout Paris se lève; desgroupes parcourent la ville, un de ces groupes attire surtout les regards, c'est celui des paroissiens de Saint-Etienne-du-Mont ; leur curé, François Gabriel Scribe de Penvern,leur avait dit : « Mes enfants, ceci est notre afiaire; nous voulons tous la liberté; allons tous ensemble à sa conquête. Si vous avez à vous battre, je prierai Dieu pour vous; je vous assisterai au dernier moment, et mes soins ne vous manqueront ni dans ce monde ni dans l'autre. i> Un autre prêtre distribue au peuple de la poudre à canon qu'on vient de découvrir dans un bateau; les cloches des églises s'entendent pour donner au mouvement comme un caractère religieux.

Ce fut en ce jour, 14 juillet, que le peuple s'empara de la Bastille. Cette forteresse était le symbole du despotisme. Quand elle tomba, ou crut entendre s'écrouler le despotisme lui-même. Sa chute eut un retentissement prodigieux. Ses noirs cachots avaient renfecmé tant de victimes de l'arbitraire ! Le souvenir des lettres

DB L*A6L1SK DB KBANGB. i4i9

de cachet de Louis XIV et de Louis XV était encore dans tout^ les âmes.

L'assemblée envoyait de demi-heure en demi-heure des députations au roi. Celui-<;i s'obstinait à ne pas éloigner ses troupes. Le duc d'Orléans^ cause de Témeute^ fut effrayé de cette fermeté inaccoutumée. Sa mauvaise conscience lui fit peur^ et il demanda au roi l'autorisation d'aller en Angleterre : « Allez où vous voudrez, loi dit sèchement le roi. d Ce fut alors que Mirabeau, secrètement dévoué jusqu'alors à la faction d'Orléans, s'écria^ : a Cet homme ne vaut pas la peine qu'on se fasse pendre pour ]ui. »

Le roi se laissa vaincre enfin par les sollicitations de l'assemblée, et, malgré les avis de quelques courtisans, il résolut de ne prendre pour guide que les inspirations de son cœur. Il annonça à ses ministres qu'il les congédiait, parce qu'ils ne plaisaient pas à la nation, et se dirigea, sans garde et accompagné de ses frères % vers l'Assemblée nationale. Quand' on rapprit,plusieurs députés conseillèrent de le recevoir froidement : a Le silence des peuples estia leçon des rois, » s'écria Lubersac, évéque de Chartres'. Mais, malgré cet avis, le mécontentement cessa à la vue du roi; il fut accueilli au milieu des plus vives acclamations. L'archevêque de Vienne ^ président de l'assemblée, lui exposa avec une parfaite convenance les désirs des députés. Le roi annonça l'éloignement des troupes et permit à l'assemblée d'envoyer à Paris une députation pour y rétablir la paix ; il parla avec douceur, et l'assemblée tout entière et le peuple le reconduisirent en triomphe jusqu'au château. L'archevêque de Paris, Bailly, Lafayette, Lally-Tolendal firent partie de la députation qui se rendit à Paris ; elle fut reçue avec joie à l'Hôtelde-Ville. L'éloquence douce et insinuante de Lally causa un tel enthousiasme qu'on lui mit une couronne sur la tête et qu'on le montra au peuple assemblé sur celte même place ou, quelques années auparavant, son père avait été injustement supplicié un bâillon à la bouche.

La députation allait se retirer lorsque, tout à coup, on proclama Lafayette général de la garde civique, et Bailly maire de Paris.

* Hémoires de Louis XVIII.

' Les frères de Louis XYI furent depuis rois sous les noms de Louis XTIII et Charles X.

> Lamothe-LangoD, Hist. de la ré?ol. franc., t. i, oh. 4. ^ Bailly, Mëm., t. n, p. 23-25.

173 BUTOIRE

dont le peuple était victime. On vit donc des bandes de paifsans et d'ouvriers parcourir les campagnes, brûler les châteaux^ ravager les biens de Taristocratie ; partout on refusait Timpôt. Ces nouvelles, arrivant à l'Assemblée nationale^ y causaient une vive impression; elle chargea un comité de rechercher les moyens d'obtenir le paiement des impôts et le respect des propriétés. Ce comité rédigea à cet effet un arrêté qui fut présenté par Target^ et dont la lecture commença la fameuse séance qui se tint dans la nuit du 4 au 5 août*. ' Dans cet arrêté, on déclarait que toutes les lois anciennes avec les droits et les devoirs qui en dérivaient, seraient maintenues jusqu'à la promulgation des lois nouvelles.

Après la lecture de cet arrêté, le vicomte de Noailles se leva, Gt un chaleureux appel à la noblesse, et rengagea à renoncer d'dleméme immédiatement aux droits féodaux qui accablaient le peuple, avouant avec franchise que ce peuple n'était révolté de toutes parts que pour se soustraire à ces prétendus droits, qui n'étaient qu'un joug îosupportable. Il proposa, en conséquence, que tous les propriétaires pourraient se racheter des droits féodaux et des dîmes. Cet appel fut entendu et produisit un effet magique. Le duc d'Aiguillon appuie la motion du vicomte de Noailles. Leguen de Kereogal, député de Basse-Bretagne, parait à la tribune en habit de paysan et trace un horrible tableau des odieux abus de la féodalité dans les campagnes. Son discours excite dans l'assemblée de vifs applaudissements, a A-t-on pensé, s'écrie le marquis de Foucault, faire en vain appel à notre générosité ? C'est sur nous principalement que vont porter les sacriiices par lesquels on Teut ramener l'ordre dans le royaume. Eh bien! il faut qu'on sache que nul de nous ne prétend s'y refuser. » Les ducs de Guiche et de Mortemart appuient les généreuses paroles du marquis de FoucaulL Le vicomte de Beauhamais, le duc du Châtelet, le vicomte Matthieu de Montmorency partagent le même avis. Personne dans la noblesse ne réclame.

Chapelier, qui présidait l'assemblée, fait lire le règlement qui ordonne {d'aller aux voix lorsqu'il ne se présente plus personne pour parler contre une motion, a Cependant, ajoute-t-il, aucun de MM. du clergé n'ayant eu encore la faculté de se faire entendre.

^ F. le R^t de cette séance, diaprés tous les journaux de r4K)qiie, dut les Mémoires de BaiUy, t. ii, p. 4âl et suiv. Edit. BervUle tt Bairièn: MÊ&niUeur du 4 août et jours suit.

DB L'éGUAK DB rBA?SCI. 173

je me reprocherais de mettre fin à cette intérenante discussion avant que ceux d'entre eux qui désireraient parler aient fait connaître leurs sentiments. »

De la Fare, évéque de Nancy, se lèTe pour répondre à Finvitation du président et s'exprime en ces termes ^ :

« Accoutumés à voir de près la misère et la douleur des peuples^ les membres du clergé nç forment pas de vœux plus ardents que ceux de les voir cesser. Le rachat des droits féodaux était réservé à la nation qui veut établir la liberté. Les honorables membres qui ont déjà parlé n'ont demandé le rachat que pour les propriétaires ; je viens exprimer^ au nom des membres du clergé, un vœu qui honore à la fois la justice, la religion et l'humanité : je demande que si le rachat est accordé, il ne tourne pas au profit du seigneur ecclésiastique, mais qu'il soit fait des placements utiles pour les bénéfices mêmes afin que leurs administrateurs puissent répandre des aumônes abondantes sur l'indigence, d

Cette idée était excellente ; si on l'eût appliquée avec sagesse, les propriétaires se délivraient des droits féodaux et le prix du rachat formait dans chaque commune des fonds suffisants pour éteindre la mendi<:ité et soulager toutes les misères.

De Lul>ersac, évéque de Ghartres> approuva les sacrifices proposés, et demanda qu'on y ajoutât l'aboUtion du droit de chasse. C'était, en effet, un des plus vexatoires pour le peuple des campagnes. L'évéque de Chartres peignit l'absurdité tyrannique de ces droits prétendus, qui forçaientlecultivateur à rester spectateur tranquille du ravage de ses récoltes et lui ôtaient la faculté de chercher^ même avec des armes innocentes, à détruire des animaux qui ravageaient ses récoltes.

Les discours des évéques de Nancy et de Chartres excitèrent un nouveau mouvement d'enthousiasme dans l'assemblée ; le clergé se leva en masse pour appuyer la proposition de Lubersac ; les applaudissements furent si vifs et si fréquents, que la séance resta quelque temps suspendue.

Plusieurs députés de la noblesse proposèrent ensuite de nouveaux sacrifices en faveur du peuple.

Thibault, curé de Souppes, offrit, au nom de ses confrères, le

* On peut oonsnlter, sur la fameuse séanoa du 4 août, outre les joumauiy tons les Mémoires du temps ; eeux de Jauffret, de Ferrières, de Grégoire, etc.

174 HISTOUV

4eiM«r df la imitv, el demanda qu'il tour H^i ftm» if famfior Leur cfuHjel. De nouv^aïuL appiaudisseomils /OMiyrinsot 9à vs^a.

Cependant Duport s'opposa à celte propoiitioay et dqwanditf M contraire, que les/MWltoiK congrues des curés fu^^ept accru^^ Il motiva son opinion sur l'utilité et le patriolisinjB4e cette cld«i^ ds clergé. L'as6(;mblée se prononça unanimement pour cette motion.

De Boisgelin, archevêque d'Aix^ demanda la prohibition de toute convention féodale pour en prévenir le [retour, el la suppression de la gabelle. L'évéque d'Uzès déclara s'en rapporter à la sa^çsse de l'assemblée sur les biens du clergé et adopter ce qu'elle jugerai propos de statuer sur ce point. Les évéque^ de Nîmes et de Montpellier adhérèrent à cet te déclaration. Le premie^r (Jlemandarexewp' tion des impôts et des autres charges en faveur dei> ouvj^ers m possédant aucune propriété.

Les éyéques, les représentants de la noblesse, comme .c^iu àtsif communes, renonçaient tour à tour aux privilèges particuUei^ d^ lieux ou corporations dont ils étaient les représentants.

Goulard, curé de Roanne, diocèse de Lyon, et Duvernai, curé de Villcfranche, s'approchèrent du bureau el demandèrent l'exécution des lois canoniques touchant la pluralité des bénéfices, ci renoncèrent sur le champ à ceux qu'ils possédaient en dehors de leur cure. Un troisième curé les imita, garda Tanonymc et le lit annoncer par un des secrétaires. L'abbé Grégoire proposa l'abrogation des Annates*.

C'est ainsi que le clergé se montra pénétré de sentiments vraiment libéraux dans cette fameuse nuit du 4 août, qui lit^ suivant l'expression de l'abbé Grégoire • « un immense abattis dans la ]> forêt des abus. »

L'archevêque de Paris proposa de terminer cette séance mémorable par un Te Deum, chanté dans la chapelle du roi, en présence de Sa Majesté et de tous les députés, ce qui fut adopté.

Dans les séances qui suivirent celle du 4 août, l'Assemblée nationale revint sur les questions importantes qu^eHe avait adoptéa

< r. oe que nous avons dil «i ^apitre précédent sur le« poftioae cofigraes.

s Mém. de Grégoire, t. i, eh. 4, p. 381. On ^ppetait annatêt m ftfeiM g|]e.la Cour (Je Eome percevait su^ les béiUûc^s yacants j;)^dap|t j^^ ji^éf avant d'expédier les bulles; au moyen de cet impôt, des Duiles, des dispenses, etc., la Cour de Rome tirait de France des sommes très cooaidérabi» 4oat éh s*était eervie plusiearB fois contre ta fiance éUÊ^amèmb.

« Md., p. SOT.

DE l'Ieglise db pbancb. 173

afin de les rédiger en forme d'arrêté. Le projet de cet arrêté fut proposé à l'assemblée dans la séance du 6 août. Quelques ecclésiastiques voulurent réclamer contre les sacrifices qui avaient été faits. Ce fut à cette occasion que Buzot émit, pour la première fois, ouvertement, le principe que les biens ecclésiastiques appartenaient à la nation*, et que le dergé n^avait rien de mieux à faire que de sauver les apparences et de paraître faire de lui-même les sacrifices que les circonstances demandaient.

Les dtmes avaient été abolies dans la séance du 4 août, mais devait-on les abolir purement et simplement ou les racheter? Dans le cas du rachat, comment devait-il s'opérer?

L'abbé Gouttes proposa de les remplacer par des fonds de terre ; l'évéque de Dijon développa la même idée, ainsi que l'abbé Grégoire. De La Luzerne, évêque de Langres, traita à fond la question des dîmes et conclut à ce qu'elles fussent rachetées, et que le prix du rachat fût laissé à la disposition des bénéficiers. L'abbé Sieyes fit remarquer qu'abolir les dîmes purement et simplement, c'était faire présent de 70 millions de rente aux propriétaires de biensfonds ; qu'A valait mieux utiliser le revenu des dîmes tout en les abolissant, comme nuisibles en elles-mêmes ; que le prix de leur rachat pouvait être fort utile à l'État, ainsi qu'aux curés et vicaires, qui vont, dit-il, mourir de faim, en attendant qu'on ait avisé à leur fournir des moyens pour subsister. Le discours de l'abbé Sieyes est un chef-d'œuvre de bon sens et de logique.

Plusieurs ecclésiastiques se plaignirent de ce qu'on voulait leur ôter tout moyen d'existence. La discussion fut close par un acte signé par quinze ou vingt curés, qui remettaient leurs dîmes entre les mains de la nation, s'en rapportant à l'assemblée sur tes moyens de pourvoir à leur sid)si9tance. A çeine cet acte était-i déposé sur le bureau, que tous les curés s'y élancèrent pour -le signer. Les évêques, entraînés par cet exemple, s'approchèrent du bureau àla suite des curés : tfMessieurs, dit de Juigné, archevêque de Paris, au nom de nos confrères, au nom de nos coopérateurs et de tous les membres du clergé qui appartiennent à cette auguste assemblée , en mon nom personnel, messieurs, nous remettons toutes les dîmes ecclésiastiques entre les mains d'une nation juste et généreuse. Que l'Évangile soit annoncé; que le culte divin so&t céléturé avec décence et d^pdlé ; que les Églises scient

* JVonilettr des 6, 7 et 10 août; Mémoires de Orégotre, 1. 1, oh. 4.

176 HisToni

pourvues de pasteurs tertueux et zélés ; que les pauvres du peuple soient secourus^ voilà la destination de nos dîmes, voilà la iin de notre ministère et de nos vœuic. Nous nous confions dans FAssem- Mée nationale et nous ne doutons pas qu'elle ne nous procure les moyens de remplir dignement des objets aussi req>ectables et aussi sacrés. »

a C'est le voeu de tout le clergé, ajouta le cardinal de La Rocbefoucault^ il met toute sa confiance dans la nation. »

Quelques évéques ayant manifesté des craintes sur les signatures particulières, les curés déchirèrent eux-mêmes la liste des adhésions, et les dîmes furent abolies à Tunanimité.

Non-seulement les dîmes, mais la pluralité des bénéfices, les annates et autres redevances de quelque nature que ce fût, furent abolies par des décrets réguliers, qui furent présentés au roi, avec d'autres réformes politiques, dajos un arrêté composé de dix-neuf articles^

Après l'avoir adopté, l'assemblée ordonna qu'un Te Demm serait chanté dans toutes les Églises du royaume, pour remercier Dieu des prenlières réformes qui avaient été décrétées et qui n'étaient rien moins que l'abolition complète de l'ancien régime féodal.

L'archevêque de Paris publia à ce sujet un mandement, dans lequel il se défendait contai les imputations calomnieuses dont il était l'objet :

« Quelle a été notre surprise et notre douleur, dit-il, quand nous avons appris qu on renouvelait contre nous les plus cruelles calomnies; que l'on ne craignait pas de faire circuler parmi le peuple des écrits scandaleux, où nous étions représenté à ses yeux conune un pasteur assez indigne, assez inhumain pour avoir soutenu auprès du roi les intérêts des riches et des puissants contre les petits et les faibles, et pour avoir osé même lui donner des conseils perfides contre son peuple. »

Le 32 août *, l'assemblée entama une discussion religieuse importante à propos dés articles 16, 17 et 18 de la déduction des droits de l'homme qui devait être mise en tête de la nouvelle Gon-

*■ Plusieurs éTêques, qui n*ëtaieiit pas députés, adhéfèrent, par IcCtras adressées à rAssemblée, à ee qui avait été bit : tels furent les évéqim 4e Saint-Dié, et de Saint-Claude.

* MtmiiêWt séances des S et 23 août.

DB L'éOLMB DE FRAlfCB. 177

slitution française. Ces articles étaient relatifs à la liberté des opinions religieuses et au respect du culte public.

Mirabeau posa le principe de la liberté religieuse la plus absolue. L'abbé d'Ëymar et Camus, tout en admettant la tolérance de tous les cultes, voulaient que la religion catholique eût seule une existence légale. L'évoque d'Autun , Talleyrand-Périgord, fit observer que Ton ne devait pas faire mention de ta religion dans la déclaration des droits^ et que cet objet appartenait à la Constitution elle-même. Mirabeau soutenait aussi que la religion était un devoir et non un droit, et que Tunique droit de tout citoyen, par rapport à la religion, était de n'être point inquiété dans son culte, ni dans ses opinions religieuses. Gobel, évêque in partihus de Lydda, admit ce principe en l'amendant par cette restriction : pourvu que la manifestation de ces opinions ne trouble pas l'ordre public. L'assemblée adopta l'opinfon de Mirabeau et de Gobel.

Dans la même discussion sur les droits de l'homme, de Boisgelîn, archevêque d'Aix, se prononça ouvertement pour le principe de la souveraineté du peuple ^

Dans la séance du 27 août, plusieurs ecclésiastiques, entre autres l'abbé d'Ëymar, demandèrent que, dans le premier article de la Constitution , la religion catholique fût déclarée celle de l'État. Cette motion fut rejetée.

Ce fut à propos de la sanction royale que l'abbé Maury prononça le premier discours qui fixa sa place parmi les premiers orateurs de l'assemblée. Jusqu'alors il n*avait parlé que dans des discussions peu importantes. Il devint bientôt le premier orateur de la droite, et le plus intrépide défenseur des prérogatives du roi et du haut clergé.

Maury, natif de Vabrcas, dans le Comtat-Venaissin, vint fort jeune à Paris, et s'appliqua surtout à développer le talent qu'il avait pour la chaire ; il devint prédicateur ordinaire du roi. Il appartenait au peuple par sa naissance, mais il crut pouvoir arriver plus promptement à k fortune et aux honneurs en prenant le parti de l'aristocratie. Nous parlerons , à l'occasion, de ses principaux discours à l'Assemblée nationale. Après la clôture de cette assemblée, il se retira en Italie. Pie VI le nomma archevêque de Nicée in partibuSy nonce à la diète de Francfort, puis cardinal et évêque de Montefiascone et Corneto. II s'enfuit d'Italie à l'approche des

* Moniieur, séances des 24 et 96 août.

xn. «

I7B HisromB

armées françaises, et se réfugia en Russie^ d'oà il se rendit au conclave à Venise^ pour l'électioD de Pie VIL il servit à Rome le nouveau pape et fut accrédité auprès de lui en qualité d'ambassadeur de Louis XVIlly qui se regardait comme roi de France dans son exil. En 1804, il quitta le parti des Bourbons et se rallia h Bonaparte, qui le nomma d'abord a umAnier du roi Jérôme, son frère, et, quelques années après, archevêque de Paris. Le pape ne ratifia pa9 ce choix. En iSlfc, Maury retourna à Rome. H fut, à son arrivée, enfermé au château Saint-Ange, puis chez les Lazaristes^ où il . mourut en 1817, abreuvé de dégoûts et consumé par le chagrin K Dans les séances du 12 et du 14 septembre (1789)^ où l'on pro* 'posa de présenter à la sanction royale les décrets dn 4 août , Maury fit un dernier effort en faveur des dîmes. On remarqua k cette occasion qu'il prêchait un peu en sa faveur; car il avait 30,000 Uvres de rentes dont 24,000 étaient en dîmes '. Le clergé d'Alsace réclama contre les mêmes décrets dans un mémoire' adressé à l'assemblée, et déclara que ses députés n'avaient pu y adhérer puisqu'ils n'avaient reçu pour cela aucun ponvotr *. Les curés à portion congrue montrèrent plus de désintéressement que le clergé d'Alsace , et ils demandèrent à être soumis à Timpêt comme tous les autres citoyens, quoique l'assemblée manifestât l'intention de les en décharger jusqu'à la loi qni devait améliorer leur position '. Un membre de l'assemblée ayant émis le vœu de voir le clergé sacrifier au bien de la nation l'argenterie considémhle qui était dans les églises et qui n'était pas nécessaire an culte, de Juigné, archevêque de Paris, se leva et parla ainsi au nom du clergé " :

* On troavera plus de détails sur Tabbé Maury daas tes MÊàmoIrfê que nous publierons sur rHisiQire religieuse de U Franee pandant le vx.e siéde

* F. Hfoniteur, o.o'du 12 au 15 septembre, et les autres journaux du* temps.

* MonHeWy sëafnce du 22 septembre.

* Dans la séance du 2* septembre, un ercMsiastique réclama contre une âédieaoe des œunes de Voltaire faite à la nation. Gré^ire fit observer qnV vaot de raccept«r il faUait savoir si les œuvres de Yoltaire snviaet expup> gées de ce qu'elles contenaient d'immoral. L'archevêque de Paris si» raugaai ravis de Grégoire. L'assemblée décida qu'elle n'accepterait aucune détoo d*ouvrage9.

* Monileur. séance du 25 septembre.

•IMd.

DB L'é«UAB 01 FHAMCg. 179

c Non» avons vu rÉglise consentir au dépouillement des temples pour secourir les panières et pour subvenir aux besoins de l'État; ces exemples que nous offre Tbistoire nous déterminent^ au moins c'est le vœu de tous les confrères qui m'environnent^ de soutenir l'État par la portion de Targenterie qui n'est pas nécessaire à la décence du culte divin. Je propose de faire ce dépouillement de concert avec les ofGciers municipaux, les curés et les chapitres, d

Ces paroles furent accueillies avec de chaleureux applaudissements, et l'assemblée invita, par un décret, les églises à envoyer i la Monnaie leur argenterie qui ne serait pas nécessaire au

«dte*

Quelques jours après, les religieux de Saint-Nicolas-des-Champs de Paris offrirent à l'État tous leurs biens, ne se réservant qu'une reute de 1,500 fr. pour chaque religieux, et prenant Tobligation de se dévouer au samt ministère et à l'enseignement *. Le lendemain, de Bonnal, évêque de Qermont, protesta contre le procès- verbal de la séance du 28 , où l'on disait que l'assemblée avait accepté l'offre des religieux de Sainl-Nicolas-des-Charops. « Ceci, dit-il, eftt inexact dans le fait et dans le droit, puisque les religieux ne sont que des usufruitiers, d Un député du tiers-état ne laissa pas échapper cet aveu : a Si l'usufruit appartient aux religieux, dit-il, la propriété appartient à la nation.» Un grand tumulte succéda à ces paroles. L'assemblée finit par maintenir le procès-verbal, dans lequel l'offre d& religieux de Saint-Nicolas était acceptée comme on acte de pa^iotisme ^.

Tandis que l'on délibérail à Versailles, le peuple s'agitait à Paris, et, le 6 octobre. Maillard, à la télé d'une troupe de femmes, se présenta devant l'assemblée. Nous n'avons point à retracer les scènes déplorables de l'émeute des 5 et 6 octobre. Disons seulement qu'au moment où Maillard entra dans l'Assemblée nationale, à la tête de son année de femmes, une voix s'éleva pour accuser l'archevêque de Paris d'avoir écrit une lettre à un meunier, avec promesse de deux cents livres par semaine s'il ne voulait pas moudre. Des cris

^ MIjanUeur, séance du 29 septembre.

« Moniteur, séances des 28 et 29 septembre.

« Dans la séance du 3 octobre, le clergé prit part à une discussion sur le prêt à intérêt. Plusieurs ecclésiastiques se prononeèront eootre; Tahbé Gouttes et Tabbé Maury en prirent la défense.

180 HISTOlIll

d'indignation s^élevèrent dans l'assemblée contre TatMurde et infâme imputation portée contre le vertueux prélat^ qui avait, plus que tout autre, contribué à soulager la misère de son diocèse^

Les journées des 5 et 6 octobre effrayèrent tellement les nobles, qu'ils commencèrent à émigrer eu foule. Le peuple de Paris avait demandé que le roi vint y faire sa résidence, et l'Assemblée nationale s'était déclarée inséparable du roi et prête aie suivre. Maits la populace avait été soulevée à un tel point contre le clei^é, que Tabbé Grégoire demanda à l'assemblée de décréter des mesures de sûreté pour les ecclésiastiques qui en faisaient partie.

ff La translation de TÂssemblée nationale à Paris, dit-fl*, doit être la matière des plus sérieuses délibérations. Sans parler des alarmes que des personnes mal intentionnées pourront répandre dans les provinces, en voyant leurs représentants livrés à la merci d'un peuple armé, pense-t-on que les députés du clergé puissent se rendre à Paris et braver en sûreté les outrages et les persécutions dont ils sont menacés ?

A Cependant, messieurs, quel est le délit des ecclésiastiques de cette assemblée ? Car ils ont partagé avec vous tous les périls de cette régénération. La plupart sont de respectables pasteurs, connus par leur zèle et leur dévouement patriotique.

A C'est un ecclésiastique qui a déterminé l'assemblée à nommer un comité pour s'occuper des moyens de pourvoir à la subsistance du peuple. Les curés sont venus les premiers renoncer, par une réunion courageuse, aux préjugés absurdes de leur ordre. C'est parmi ces respectables pasteurs, que se sont trouvés de zélés défenseurs des droits de la classe opprimée. M. l'abbé Oerget, député du baillage d'Amont, dans un écrit : le Cri de la Raiftm, aussi éloquent que profond, a plaidé victorieusement la cause des malheureux mainmortables et concouru puissamment à leur affranchissement par les lumières qu'il a répandues.

9 Les dîmes ont été abandonnées, les curés ont renoncé k leur casuel ; ils ont souscrit les premiers à la loi qui défendait à l'avenir la pluralité des bénéfices ; ils s'y sont soumis à l'instant, quoiqu'elle n'eût pas d'effet rétroactif. Us ont, avec empressement, porté dans la caisse patriotique des dons plus proportionnés k leur zèle qu'à leurs facultés. C'est quand on a oublié ce qu'ils ont fait , el

' MonUeur, sëanee du 5 octob.

> ilHd.f séanoe da 8 oetob.

DB l'AoLISB D£ FRAlfCB. 181

quand une aveugle effervescence les menace qu'il faut parler pour eux! Serait-il encore temps de montrer la vérité pour rappeler à la justice ?

» Quel est le prix qu'ils en reçoivent? Le peuple de Paris les outrage et leur fait les menaces les plus effrayantes. Il n'y a pas de jour que des ecclésiastiques ne soient insultés à Paris. Vous pensez. Messieurs, que pour l'honneur de la nation française, pour le succès de cette révolution, l'assemblée jdoit prendre des précautions pour mettre en sûreté les députés du clergé dont vous avez déclaré la personne inviolable et sacrée.

B Si vous croyez devoir tenir vos séances à Paris, je demande que l'Assemblée nationale fasse de nouvelles proclamations pour la sûreté des personnes des députés du clergé. »

Si la révolution eût été purement politique et sociale, le clergé n'eût certainement recueilli que les bénédictions du peuple par sa noble conduite et son désintéressement. Mais elle prit dès le principe le cauractère d'une réaction anti-religieuse. Beaucoup de gens^ en France, avaient pris au sérieux les facéties de Voltaire, le vague déisme de J.^. Rousseau, ou même le dégoûtant athéisme de Lamétrie. Ces philosophes partisans de doctrines contradictoires et incohérentes s'unissaient tous en un point : la haine de la révéla* tion, et par conséquent de l'Église, qui en est gardienne et dépositaire. Les meneurs de la faction orléaniste appartenaient tous à la coterie des incrédules. Bientôt ils virent se grouper autour d'eux tout ce que l'impiété et la haine de l'Église avaient de partisans. Les assemblées ou clubs qui tous les jours se formaient, retentissaient au moins autant de déclamations impies que de discours démagogiques. Bientôt même Télémenl irreligieux absorba l'élément orléaniste, qui avait été le noyau des factions. De là cette haine injuste , cette ingratitude envers le clergé dont se plaignait Grégoire.

La proposition de cet ecclésiastique fut disculée dans la séance du 9 octobre ^, où le député Lavie demanda que l'on eût recours à tous les moyens possibles pour empêcher les ecclésiastiques d'être insultés.

(E La terreur du clergé, répondit un autre membre, est une terreur panique. L'honnête homme, quelque robe qu'il porte, esf partout respecté, et à Paris plus qu'ailleurs. »

* McnUeur, téince du 9 octobre.

182 niâToïKff

Cet axiome eût-il été incontestable, quH aurait fallu admettre préalablement que l'honnête homme était toujours connu comme tel. Quoique les députés ecclésiastiques fussent d'honnêtes genSt les préjuges qu'une faction anti-religieuse s'efforçait de répandre les faisaient considérer comme les ennemis du peuple et excitaient contre eux une haine sauvage.

Plusieurs députés qui n'avaient rien à craindre firent de Hiérolsme et combattirent les garanties demandées par Grégoire ; Os prétendirent en même temps qu'on ne devait pas accorder de congés aux députés qui en demanderaient.

C'est qu'alors ces demandes étaient multipliées, la crainte avait saisi un grand nombre de députés du clergé et de la noblesse.

PopuluSy qui se croyait Romain de cœur comme de nom^ s'écria : 0 Lorsque les défenseurs de ta patrie vont à l'ennemi^ ils ne demandent pas de garantie pour leur vie ; ils ne doivent pas quitter leurs drapeaux.» Bousmard émit le vœu de laisser partir ceux qui le désiraient, sous prétexte que la perte ne serait pas grande.

Plusieurs membres demandèrent un nouveau décret sur l'imiolabilité des représentants. Mirabeau le combattit; et cependant dajQs le cours de la discussion qui fut reprise sur les passeports, 0 laissa échapper une de ces trivialités qui déparaient souvent son éloquence, a Que ceux, dit-il, qui veulent partir partent, et nom laissent en repos, o il eût été plus juste de garantir l'inviolabilité de membres respectables qui avaient tout à craindre d'une populace aveugle et enivrée de haine, il n'y avait pas du reste que le clergé qui fût en butte aux outrages, et plusieurs députés se plaignirent hautement à l'assemblée des menaces qui leur étaient faites *.

Ce fut à la lin de la séance du 9 octobre que le roi fit connaftit à l'assemblée sa résolution d'aller se fixer à Paris, dans le château des Tuileries. L'assemblée décréta aussitôt qu'elle suivrait le roi, et envoya à Pari;» des commissaire» pour préparer le lieu de sei séances.

On choisit la grande salle de l'Archevêché, et l'on s'y asserabh jusqu'au moment où l'on eut disposé convenablement l'ancien manège de la Cour *.

* F. le Manileur^ surtoat à l« séance dn 10 octobre.

^ Cette salle se trouvait snr remplaeement antuel de la rue de BIrotf.

DK L'éGLI»! DK FBANCB. 18à

AMCQMion rtUttve tilt bi«i» ecMésialtiqtiM. * MtodéiiMt te l'év^tw de TTéguier. — Troubles dans les provinces. — Reprise de ia dificussion sur tes Mens ecclétiasilqucs. — Its sont déclarés biens dé l'État. - Appréciatidiri de la «aewwioik - Mi^ à txéeiiltoD du déerei. -^ iiacttnicm è ot mm* -^ be clergé salarié par rÉtaL

IWiTis l'ouTertune île TAssemblée nationale, on avait soufé h l'aKénation des biens ecclésiastiqueâ, poor combler le déficit et payer les delted de TËtat. fiuzot, qui fut plus tard on des plus célèbres girondins, souleva le premier cette question. A propos de l'emprunt de 30 nrillions proposé dans la séance du 8 août, le marquis de Lacoste présenta un projet de décret diaprés lequel les biens ecclésiastiques appartenaient à la nation, et le clergé devait être rétribué par l'État. Alexandre de Lameth avait sotiteM ce projet qui n'avait pas alors eu de suite. Pour éviter le coup qui le menaçait, le clergé, par l'organe de Boisgeh'n, arobevéque d'Aix, proposa de donner les biens ecclésiastiques en garantie de l'emprutit de l'État < ; mais rassemblée n'accepta point cette offre. La question de l'aliénation fut agitée de nouveau à ^occasion de l'emprunt de 80 millions demandé dans la séance du 37 août. L'évéque d'Antnn, Tal- Icyrand-Pérîgord, proposa alors de nommer un comité de dou2e membres pour discuter les garanties de cet emprunt. Le comité fut nommé y ce fut dans son sein que fut élaboré le projet de loi qui Atait au clergé ses biens, pour lui donner à la place un traitement. Pendant qu'il y travaillait, Vohiey et Mirabeau rappelèrent plu- Sieurs fois à l'assemblée l'opinion du marquis de Lacoste*, de ék>rte qu'elle était parfaitement préparée à la question, lorsque, le 10 octobre, l'évéque d'Autun, lui présenta le rapport du comité des douze, nommé sur sa proposition.

Après avoir exposé le tableau de la dette de l'État*, il examina

* Moniteur, séances des 9, 27 et 31 août 1789.

* Moniteur, séances dn 29 septembre et du l«r octotire.

* L'État avait une d«tte de 2 milliards 471 millions à la mort de Louis XIV. Pendant la régence, Philippe d^Oriéens voulut combler ce déficit et les dettes

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les ressources et les moyens proposés pour la payer et satisfaire aux dépenses qu'il serait encore nécessaire de faire dans les circonstances exceptionnelles où Ton se trouvait) il reconnut Tinsuffisance de ces moyens pour rétablir Tordre dans les finances.

0 IJ en est un immense^ dit-il, qui peut s'allier avec le respect des propriétés, il existe dans les biens du clergé. Une grande opération sur eux est inévitable. Le clergé n'est pas propriétaire à rinstar des autres propriétaires, la nation jouissant d'un droit très étendu sur tous les corps, en exercé de réels sur le clergé; elle peut détruire les agrégations de cet ordre qui pourraient paraître inutiles à la société, et nécessairement leurs biens deviendraient le juste partage de la nation; elle peut de même anéantir les bénéOces isans fonctions, elle peut donc en ce moment prendre les biens de cette nature qui sont vacants et ceux qui vaqueront par, la suite; nulle difficulté à cet égard. Mais peut-elle réduire le revenu des bénéficiers vivants et s'en approprier une partie?

D Je sais, ajoute l'évéque d'Autuu, en faisant allusion à un ouvrage de l'abbé Sieyes sur la question des biens ecclésiastiques', je sais ce qu'on dit de plausible en répondant négativement à cette question; je sais ce qu'ont écrit des auteurs dont j'estime les talents et dont j'aime souvent à suivre les principes, aussi j'ai longtemps médité mon opinion, longtemps je m'en suis défié, mais je n'ai pu parvenir à douter de sa justice.

D Nous savons tous que la partie de ces biens, nécessaire à la subsistance des bénéficiers, est la seule qui leur appartienne; le reste est la propriété des temples et des pauvres. Si la nation assure cette subsistance, la propriété des bénéficiers n'est point attaquée; si elle prend le reste à sa charge, si elle ne puise dans cette source abondante que pour soulager l'État dans sa détresse, l'intention des fondateurs est remplie, la justice n'est pas violée.

» La nation peut donc : i^ s'approprier les biens des communautés

qui augmentaient toi:ûour8 par les moyens indiques par LaV; mais oo système était mauvais et ne réussit pas. La dette augmenta sons Louis XV. Turgot, qui avait de la probité et des vues utilcSi ne put les mettre à exécution >o\tû Louis XVI. Il déplut à Tarislocratie de la Cour et se retira. Necker était-il uo financier capable? Cest un problème; il eut ses enthousiastes et ses détracteurs, et ne fit rien. De Calonoe et Brienne ne firent qu'augmenter la dette. £Ue était donc énorme lorsque TAssemblée naUonale dut songer à la payer. L^abbé- Sieyes ne voulait pas que le clergé fût salarié par TÉtat. Il vgul^it un fonds commun, dont le revenu serait équitablement reparti.

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religieuses à supprimer^ en assurant la subsistance des individus qui les composent; 2^ s'emparer des bénéfices sans fonctions; 3<> réduire dans une proportion quelconque les revenus actuels des titulaires^ en se chargeant des obligations dont ces biens ont été frappés dans le principe. »

L'évéque d'Autun établit ensuite que les revenus des biens -fonds s'élevaient à TO^OOO^OOO^ et les dîmes à 80>000^000. Le clergé ayant fait le sacrifice des dimes^ il veut que l'état les touche pendant quelque temps à sa place; ce qui lui fera un revenu de 180 millions, dont il donnera les deux tiers au clergé, c'est-à-dire cent millions que l'on pourra réduire à 80 peu à peu par les bonifications nécessaires et les vacances. Ce revenu sera assuré au clergé par privilège spécial. Chaque titulaire sera payé par quartier et d'avance, au b'eu de son domicile, et la nation se chargera de toutes les dettes de l'ordre ecclésiastique.

a II existe en France, continue Talleyrand-Périgord, 80,000 ecclésiastiques dont il faut assurer la subsistance, et parmi eux on compte 40,000 pasteiurs qui ont trop mérité des hommes, qui sont trop utiles à la société, pour que la nation ne s'empresse pas d'assurer et d'améliorer leur sort; ils doivent avoir en général au moins 1200 livres chacun, sans y comprendre le logement; d'autres doi* vent recevoir davantage. »

L'évéque d'Autun détailla ensuite les avantages de son plan financier. Les biens-fonds s'élevant, suivant lui, à deux milliards, les créanciers de l'État en deviendront acquéreurs, et cette vente servira à combler le déficit, à rembourser 101 millions de rente; on aura de plus refait un fonds suffisant pour payer la dette du clergé, abolir le reste de gabeUe qui existait encore et former un premier fonds de 35,600,000 francs pour une caisse d'amorti»sèment.

Ce plan financier reçut de très grands applaudissements et Ton décréta qu'il serait imprimé à douze cents exemplaires.

On trouve dans le Moniteur ^ cette appréciation du plan financier de l'évéque d'Autun :

<i Le gouffre immense du déficit s'agrandissait de jour en jour et paraissait prêt à tout engloutir. Le peuple, écrasé par une longue suite de vexations et de malheurs, loin de pouvoir supporter un accroissement de charges, avait le plus pressant besoin d'un

* MimiUur, n.o 97, du 9 au 10 nov. 1789.

VtlD

prompt soniagenient. Il fâlhit donc de noavelles neffovreei, «t elles étaient tontes épuisées ; il fallait du crédit^ et il était anéanti. Cependant^ rinflme banqueroute était là : il fallait Técarter à 1%9tant méme^ ou Yoir frapper de mort le corps politique, et souiller, de la tache la plus honteuse la gloire du nom finmçais. Tons l€& regards se tournaient irers le clei^é, dont les immenses poaseEsioQs se présentaient, dans cette tourmente, comme le seul abri eoetrele naufrage. On savait que, dans ks différents âges de la numarcliié, si les prêtres avaient plusieurs fois trouvé moyen de conquérir toœ les biens de la nation, la nation avait plusieurs fois aussi trouvé moyen de les reprendre, lorsque les besoins publies Ta^rnent exigé. Et, certes, jamais circonstance plus eritique n'avait si impérieiuement commandé les mesures les plus poissantes et les plus extraordinaires.

» On hésitait cependant encore ; on élait épouvaiïtë du grand sacrifice qu'on allait demander au nom de la patrie ; on Tétait de la masse d'intérêts particuliers qu'on allait heurter, et de la masse de préjugés qu'il fallait renverser. Ce fut un évêque qui osa porter te premier coup au colosse sacré : ce prélat, le plus jeune, le plus intrépide et le plus éclairé du collège épiseopal, était M. de Talleyrand-Périgord, alors évêque d'Autun. Il proposa hautement à l'assemblée de chercher, dans l'aliémition de l'universalité des biens du clergé, un remède aux maux du royaoBse, et, développant un vaste système de finance, montra comment on y trouverait et un gage pour les créanciers de l'Etat et des facilités pour k libération de la dette publique, par rechange rf^une portion de ces propriétés contre ks titres des créances nationales ; enfin, k moyen li longtemps désiré d'abolir les restes de l'odieux impôt de la ga^ beUe, et d'effacer, par un remboursement général, les derniers vestiges de l'opprobre de la vénalité des charges.

» Sans vouloir traiter la question de la propriété des biens ecclésiastiques, M. de Talleyrand disait que c'était on point constant que le clergé n'est pas propriétaire ; qu'il n'est pas moins sûr que la nation a sur tous les corps qui existent dans son sein, un pouvoir très étendu ; que si elle ne peut détraire le corps entier du clergé, parce qu'il est nécessaire au culte même dont elle fait profession, elle peut anéantir les agrégations particulières de ce corps qu'elle juge nuisibles ou simplement inutiles, et que ce droit incontestable sur leur existence entraîne un pouvoir immédiat sur la disposition de leurs biens; qu'elle peut, par conséquent, s'appro-

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prier ke biens des divers corps ecdésîastiqves qu'elle jugera devoir supprimer^ en assurant la subsistance des individus.

» n soutenait encore qu'eUe a le même droit sur les bénéfices sans foDctiott^y également contraires aux principes et è la disposi- Ikm des fondateurs ; et qu'elle pouvait fiure tourner^ dès ce mo- BMnt au prolit du trésor public, les bénéfices de ce genre qui se trouvent vacants^ et destiner au même usage tous ceux qui vaqueraient dans tsi suite.

» Enfin, ajoutait-il, si Ton consulte les titres de fondation des biens ecclésiastiques, et les diverses lois de TË^se qui en expliquent le sens, il est certain que la seule partie des revenus de ces biens, qui appartient rédlement au bénéficier, est ceHe qui est réettement nécessaire à ton honnête subsistance.

> Qu'il n'est que Tadministrateor du reste ; que si la nation se charge de cette administration, et qu'en pourvoyant elle-même à tous les objets auxquels les béuéficiers étaient chargés et pourvoir, tds que l'entretien des hôpitaux» des ateliers de charité, les réparations des EgUses, les frais de la dette pvdslique, elle assure au bénéficier la subsistance honorable qu'il a été dans l'intention du foudalear de lui accorder , il est certain que, dans ce cas, en réduisant les revenus actuels, elle ne touche pas à sa véritable propriété. i>

Deux jour» après la lecture du rapport de Talleyrand, dans la léance du 13 ocUAre, Mirabeau prononça ces paroles * :

c Dans une saison de craintes, de terreurs, il est important de BMMitrer que la nation n'a jamais eu de si instantes, de si belles, de si abondantes ressources; je demande donc qu'on décrète denx princes : i^ que la propriété des biens du clergé appartient à la nation, à |a charge par elle de pourvoir à l'existence des membres d^icet oràn ; 3^ que la disposition de ces biens sera teHe qu'aucun curé iie pourra avoir moins de 1,300 livres avec le logement. »

c On n'a pas encore, répondit l'abbé Grégoire, imprimé le mémoire de monseigneur l'évêque d'Autun, il faut donc renvoyer à vendredi la délibération sur cet objet. »

L'ajoumemenl de Grégoire fut d'abord adopté, mais on revint siur cette décision, et dans la séance du 13, le président Fréteau renuit la motion de Mirabeau à l'ordre du jour.

D'Angevillers exposa qu'il était possible de trouver d'autres plans que celui de l'évêque d'Autun, pour mettre l'ordre dans les

< Afon^feur, séances des 12 et 13 octobre.

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finances^ qu'il fallait les examiner avant d'exproprier le clergé, et que ce procès de propriété ne devait être jugé qu'à la dernière extrémité. Cette opinion produisit une agitation soudaine et de bruyants applaudissements parmi les membres du clergé ; un grand nombre d'entre eux cherclmit à éloigner la discussion de cet objet. On décréta néanmoins qu'on examinerait la motion de Mirabeau.

De Montlosier obtint le premier la parole^ son discours se réduit à ces trois propositions :

1° La nation n'est pas propriétaire des biens du cleigé^ parce qu'elle ne les a pas acquis, et qu'ils ne lui ont pas été donnés ; V^Cr quisition et la donation soutien effet, les deux seuls moyens de posséder ; 2° le clergé, comme corps moral, n'est pas pro|»riétaife et ne peut l'être ; les biens dont il jouit n'ont pas été acqnb par lui ; ils n'ont pas été non plus donnés au clergé en général , mais à des institutions particulières; les vrais propriétaires des biens ecclésiastiques sont les institutions ou établissements auxquels ils ont été donnés. La nation ne peut donc pas disposer de ces biens à titre de propriétaire, mais à titre de souveraineté. Le clergé, n'étant pas propriétaire, peut être dépossédé. Les titulaires des établissements ne peuvent l'être à moins d'être indemnisés par la nation.

Camus prit ensuite la parole, et combattit Montiosier. Le clergé, suivant Camus, était propriétaire, et il établit, par des faits, la manière dont les biens ecclésiastiques étaient venus en sa possession. Cette propriété a été donnée à des conditions; si ces conditions sont remplies, l'Ëtat ne peut détruire ce qui a été légitimement donné.

Quant au second objet de la motion de Mirabeau, Camus prouva qu'il était incomplet en ce sens qu'il n'y était rien statué sur le sort des évêques, des chapitres et des cathédrales, dont il faMait cependant s'occuper, a U faut surtout, ajouta Camus, s'intéresser aux établissements religieux ; ce sont eux qui nous ont conserf é les traces de nos droits dans les ouvrages utiles qui ne pouvaient guère être faits que par eux. »

Ces paroles honorent celui qui les a prononcées; et c'est aujourd'hui où nous voyons inachevés les grands travaux scientifiques des Congrégations religieuses, qu'on peut apprécier la justesse de l'observation de Camus ; on ne la comprit pas alors. Camus conclut au rejet de la motion de Mirabeau, ou, du moins, à son ajournement jusqu'à ce que le comité ecclésiastique eût fait connaître son travail.

DE L*è6U8E DB FRANCE. 189

a Depuis trois semainet ^ dit l'abbé de Rastignac, je m'occupe à examiner les titres du clergé ; si l'assemblée me le permet, je ferai imprimer mon travail et j'en remettrai un exemplaire mardi prochain à chaque député^ je demande donc que la question qui nous occupe soit ajournée à cette époque. j>

L'abbé Dillon ne veut pas qu'on examine si le clergé est ou non propriétaire; a il faut seulement^ ajoute-t-il^ reconnaître que notre devoir serait de renoncer à cette propriété quand même elle serait établie, o

L'abbé d'Ëymar prouve que le clergé est propriétaire^ parce que l'acte fondamental de la propriété est la possession^ et la preuve de la propriété est l'exclusion à tout autre d'en jouir. Le clergé n'est qu'un composé de citoyens possédant légitimement des biens abandonnés par des particuliers à certaines conditions qu'il remplit. De plus ce sera une grave atteinte portée à la considération du clergé, s'il n'est plus qu'un corps salarié au lieu d'être un corps propriétaire, a Je propose seulement^ dit en finissant l'abbé d'Eymar, que, dans les circonstances actuelles, le clergé sacrifie la moitié, les trois quarts de son revenu, au lieu du quart demandé. »

Barnave s'attache à prouver que les biens du clergé appartiennent à la nation, parce que les fondations ne sont dans les mains du clergé que des dépôts pour un service public. Ces fondations OQt pour objet unique le soulagement des pauvres, le culte divin et l'entretien des ministres de ce culte. Si la nation se charge de ces objets, elle rentre dans la propriété des biens qui y étaient destinés. Cette propriété a souvent été reconnue, et, dansdescirconstances extrêmes, on a cru pouvoir faire vendre des biens ecclésiastiques, et le roi a supprimé des monastères. Comment la nation et l'Assemblée nationale ne pourraient-elles pas faire ce qu'a fait le roi?

Barnave affirme ensuite qu'un grand nombre de pasteurs ont été ruinés par la suppression des dîmes; que leur situation doit être améliorée ; qu'on le fera en répartissant, d'une manière plus juste et plus équitable, les revenus des biens ecclésiastiques par les mains de 1 État.

Le discours de Barnave était convenable et modéré. Maury prit la parole après lui et commença par ces paroles, qui sentaient trop la colère :

ce La ruine absolue du clergé séculier et régulier semble être décidée dans cette assemblée; mais si c'est la force du raisonnement qu'il faut combattre, nous pouvons ne pas désespérer de notre

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cause, n L'abbé Maury s'étendit peu suf la question de propriété du clergé. <i*Le clergé possède, dit-B, parce qu'il a acqms on qnll a reçu ; qu'on prouve qu'il a usurpé. » Puis, avec une verve satirique, il s'attaqua aux capitalistes, aux traitants, aux agioteurs : « C'est dans une assemblée où Ton n'a pas remonté à la smiree de nos maux, à ces fortunes frauduleuses des traitants; c'est dans une assemblée où l'agiotage n'a pas encore été dénoncé, que l'on vous propose de spolier vos concitoyens et vos frères. »> L'abbé Blaury prétendit ensuite que les calculs de l'évéque d'Autun étaient faux et remplis de doubles emplois ; puis il attaqua l'opinion de Barnabe, qui avait assimilé les bénéfices ecclésiastiques aux bénéfices nSàtaires donnés par le roi.

Il est certain que le roi n'avait pas donné tous les biens composant les bénéfices; mais il n'est pas moins certain que le rot, dès l'origine des bénéfices, avait eu la baute surveillance des bénéfices ecclésiastiques, comme des bénéfices civils, et qu'à ce titre il en donnait l'investiture et en privait les titulaires félons et indignes.

Le discours brillant, incisif, de l'abbé Maury, n'était pas juste de tout point.

L'abbé Gouttes ne paria pas avec tant d'élégance , mais avec beaucoup plus de sagesse.

a Les richesses ont fait beaucoup de mal h la religion, dit-3, ce sont elles qui ont introduit dans le clergé des sujets qui n'avaient d'autre vocation que l'amour d'un bénéfice. Il faut donc que le clergé soit moins riche, mais lui laisser cependant un revenu quelconque en biens-fonds afin de ne pas s'exposer aux risques que courrait la religion s'il était payé par le fisc. »

Malouet prit ensuite la parole, et prouva que le bénéficier était propriétaire, mais du revenu seulement, puisqu^il ne pouvait aliéner ni transmettre le fonds. Quand il serait certain que les biens ecclésiastiques formeraient une propriété nationale, on ne pourrait en déduire les conséquences que plusieurs préopînanis en (mt tirées^ car l'assemblée ne peut agir qu'au nom de la nation; la volonté générale ne s'est point manifestée sur l'invasion des biens du clergé, et l'assemblée, n'étant que mandataire, ne peut agir que suivant le mandat qu'elle a reçu. Malouet veut qu'oa respecte les biens du clergé. « C'est précisément^ dit-il, parce qu'on entend dire d'un ton menaçant : il faut prendre les biens du clergé, que nous devons être plus disposés à les défendre, pins circonspects dans nos décisions. Cependant, il est posnUe et nù-

DK L*àaL1SB DK PIANCB. 11^1

sonnable de faire, dans l'emploi des biens ecclésiastiques, d'utiles rtformes; de dédoubler les riches bénéfices accumulés sur une même tête; de supprimer les abbayes à mesure qu'elles \aqueront; de réduire le nombre des évôchés, des chapitres, des monastères, des prieurés, et de tous les bénéfices simples. Quant à l'aliénation générale, elle ne serait ni juste ni utile. Quand bien môme cette aliénation serait juste vis-à-vis des ecclésiastiques, elle ne le serait pas vis-à-vis des pauvres, dont ces biens sont la propriété, de concert avec les Églises et les ministres du culte.

» Pouvons-nous, sans être bien sûr du vœu national, supprimer généralement tous les monastères, tous les Ordres religieux, même ceux qui se consacrent à l'éducation de la jeunesse, au soin des malades; et ceux qui, par d'utiles travaux, ont bien mérité de l'Église et de l'État? Pouvons-nous politiquement et moralement ôter tout espoir, tous moyens de retraite, à ceux de nos concitoyens dont les principes .religieux, les préjugés ou les malheurs, leur font envisager cet asile comme une consolation? L'aliénation générale des biens du clergé est une des plus grandes innovations politiques, et je crois que nous n'avons ni les pouvoirs ni des motifs suffisants pour l'opérer. Je doute que l'universalité du peuple français approuve l'anéantissement de tous les monastères sans distinction. La réforme, la suppression des Ordres inutiles, des couvents trop nombreux, est nécessaire ; mais peutêtre que chaque province et même chaque ville désirera conserver une ou deux maisons de retraite pour l'un et l'autre sexe, jd

Malouet ne se borna pas aux considérations morales dans son discours, mais démontra avec une logique simple et serrée^ et beaucoup de sens pratique, que le projet financier de l'évéque d'Autun ne pourrait réaliser aucun des bons effets qu'il s'en promettait.

Les faits donnèrent raison à Malouet, qui termina son excellent discours en proposant un projet de décret dont les principales dispositions étaient celles-ci :

Les biens du clergé seront employés au service des autels, à l'entretien des ministres et au soulagement des pauvres. Ces objets remplis, l'excédant sera consacré aux besoins de l'État, à la décharge de la classe la moins aisée des citoyens. Pour connaître l'excédant des biens du clergé, applicables aux besoins publics, i) sera formé une commission ecclésiastique, à l'effet de déterminer le nombre d'évêchés, cures, chapitres, séminaires, et monastères,

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qui doivent être conservés, et pour régler la quantité de biensfonds^ maisons et revenus qui doivent être assignés à chacun de ces établissements. Tout ce qui ne sera pas jugé utile au service divin et à l'instruction des peuples sera supprimé.

Sur la proposition de Biauzat^ l'assemblée changea son ordre du jour dans la séance du 14 octobre^ pour s'occuper de l'établissement des municipalités. Ce fut en vain que Volney développa les motifs qui rendaient la discussion nécessaire sur les biens du clergé ; l'assemblée maintint le changement de son ordre du jour, et ne reprit la discussion relative aux biens ecclésiastiques que le 23 octobre.

Dans l'intervalle^ elle s'occupa d'un mandement de l'évéque de Ti-éguier. On lisait dans ce mandement * :

a II est donc vrai que le diadème est garni de pointes cruelles qui ensanglantent le trône des rois^ et que^ dans la crise excitée par des libellistes fougueux^ le trône est ébranlé... Que la vertu d'un évéque est d'opposer son courage, comme saint Thomas de Cantorbéry, aux nouveautés dangereuses... Qui jamais a mieux mérité que le roi les sacrifices des peuples!.,. Que la monarchie française est différente d'elle-même!... Les princes fugitifs, le pouvoir militaire énervé, un système d'indépendance soutenu avec force, la vengeance aiguisant ses poignards... La capitale souillée par des assassinats... Tels sont les ouvrages de ceux qui abusent de leurs talents. Conservons nos lois et réformons nos mœurs

o Chaque État a ses lois analogues à ses habitants ; les monarchies surtout ne se soutiennent que par les principes anciens... >

Ces paroles étaient plus qu'imprudentes de la part d'un évéque. Sans doute, on se faisait des illusions à l'Assemblée nationale, et le désir de tout réformer amena la destruction d'institutions excellentes. Mais pouvait-on s'aveugler jusqu'à nier la nécessité de toute réforme politique, législative et administrative? L'évéque de Tréguicr faisait ensuite cette comparaison enti'e l'ancien régime et Tétat actuel des choses :

a Les doléances pénétraient bientôt dans le cœur de nos maîtres, les riches jouissaient de leur opulence, le superflu se répandait sur les pauvres , l'honnête plébéien jouissait du fruit de ses travaux; ces beaux jours ont disparu comme un songe... La religion est anéantie ; ses ministres sont réduits à la triste condition

< MonikuTt séance du 15 octobre.

DE l'Église de pbancb. 193

(le commis appoiniés des brigands ; on soulève les gens de campagne; on attaque les ch&teaux; tous ces maux prennent leur source dans les libelles anonymes : le scepticisme , l'égoisme ^ voilà la morale du jour. L'on veut que le ^disciple obstiné de Moïse ^ le sectaire de Mahomet, le voluptueux athée vivent avec le chrétien. »

La liberté des cultes apparaissait au clergé de cette époque comme une monstruosité; toujours la religion, appuyée sur le trône, avait dominé les intelligences, avait régné ; on voulait croire que la liberté serait sa ruine. On se trompait; et il eût été plus juste d'ad* mettre que la 'puissance extérieure de TËglise avait accumulé tous ces préjugés que le monde nourrissait contre elle ; seule et sans appui humain, l'Église apparaît dans toute la splendeur que lui donna J.-G. ; et les ébauche^ religieuses sur lesquelles la main de Thomme laisse toujours son indélébile caractère d'imperfection , ne peuvent lutter de durée ni d'influence avec l'oeuvre de Dieu.

Dans le mandement de l'évéque de Tréguîer, on remarquait encore ces paroles :

Cl Vous qui partagez nos fonctions, ministres de Dieu, montez dans vos chaires , faites entendre les leçons de la soumission ; dites aux peuples qu'ils s'abusent quand ils croient aux diminutions des impôts; dites qu'on les trompe quand on accuse les chefs du clergé... Vénérables cultivateurs, n'est-ce pas à l'accord de votre noblesse et de votre clergé que vous devez votre félicité? Ces systèmes d'égalité dans les rangs et la fortune ne sont que des chimères. »

II y avait du vrai dans ces paroles; mais si l'égalité absolue est une chimère, l'égalité devant k loi et une plus équitable répartition des droits était une nécessité sociale ; il y avait à améliorer le sort de tant de plébéiens auxquels la propriété avait été jusqu alors obstinément refusée.

Le rapporteur de l'Assemblée nationale reprocha à l'évéque de Tréguier la violence de ses paroles dans un discours non moins violent que le mandement lui-même, et où la haine déborde à pleins bords. La question fut ensuite ajournée.

Mais dans la séance du 20 octobre^ Glermont-Tonnerre conseilla à l'Assemblée d'en linir avec les diverses affaires de la nature de

* MonUeur, séancp du 20 octubre.

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