‹ Histoire de l'église de FranceChapitre 71 sur 100 · RI9T0III · texte numérisé non relu

RI9T0III

ques cooBtitutioQDels réorganisèrent le culte public fous le Direc* toire. Après lui, nous devons citer Claude Le'Coz, au évéque de Bennes, et qui mourut en 1815 archevêque de Besançon^. C'était un homme d'une grande capacité et d'une piélé exemplaire. D n^accepta le siège d'IUe-et-VUaine qu'après avoir supplié l^anden évéque de rester à la tête de son troupeau \ Ses Observaiimu sur Ja constitution civile du clergé Gxèrent sur lui l'attention, il gagna l»ien vite l'affection des habitants d'Ille-et- Vilaine, qui le Bommèrent député, en 1791, à TAssemblée législative. Il s'y distingua par son ràle pour la religion et son dévouement pour le màlbeureux Louis XVI. Il y prit avec courage la défense des prêtres insermentés, et il s'exposa à la mort pour les sauver, dans les journées sanglantes de septembre, dont nous parierons bientôt. Ses vertus lui méritèrent Testime de tous; car on ne doit compter pour rien quelques pamphlétaires qui se sont donné la mission de ^imuHèr^ auw bien que les autres constitutionnels. L'histofre impartiale, eA laissant à l'appréciation des lecteurs ce qui tient à la question ÂéO* riqué de l'Eglise constituUonneUe, doit rendre justice à tous, et louer le bien partout où il se rencontre. Le Coz a composé un grand nombre d'écrits sur les questions du temps' et pour la défense de la religion contre l'incrédulité '. Deux autres apologistes câèbres illustrèrent Tépiscopat constitutionnel; c'étaient lamburette et Moïse. Lamourette avait été élu archevêque de Lyon. Ses ouvrages de philosophie religieuse, dont nous avons déjà parlé, doiveol être placés parmi les plus remarquaiiles qui aientété composés en {kveur du christianisme ^. jSon cardctëré était plein de douceur et d'ftménUé; ses vertus ne peuvent êhre' contestées.' Élu évêqiie métropolitain de Lyon, Lamourette adressa aux fidèles de ce diô-

} Vie de H. Le Coz, archev^e de Besançon* M.8i.

* Lettres à U. Tév^ue de Rennes (de Girac]. |jes réponses de oe| éf^goe se trouvent dans la CoUeciion ecclésiastique de Barruel â. Guillon.

* Parmi le» ouvrages de Le Coz, nous indiquerons : Observaiioms swr If décret de V Assemblée^ pour la conslilution civile du clergé; ^ccor^ des vrais principes de V Église, de la morale et de la raison sur la consti^tion civile du clergé; Observations sur les zodiaques d^Égyple; défense de SgrétmBiêMk cKltéiiènne; un grand nombre de tettre6 pastorales, de statuit 4lodé.^in9 et d^broehufes sur les questions du temps.

' ^ Ses principaux ouvrages sont : Pensées sur la philosophie de rincrédik- Wé; Pensées sur la phil9Sùpkîe de (a fbi; les Délices de la religion; Caih sidéraUons sur Cenrit et le devoir de la vie retigieuse.

DE l'égli<)k de rtA<^CK. ^59

cèse de9 in^truclions pastorales aussi remarquables par l'esprit de piété qui y règne, que par la profondeur des aperçus et l*élég^cé du stylet Nous ne pouvons qu'indiquer, d'une manière générale, çe^ lettres, aussi bien que cçlles des autres évéqiies constitutionnels et celles des anciens évéques. Tous en publièrent et se réfutèrent réciproquement. L'Instruction pastorale d'Asséline, évéqiie de Boulogne, est la plus remarquftUe parmi celles des anciens évéques i elle fut attaquée par Charrier de La Roche, évéque métropolitâiji de Rouen. L'Instruction pastorale de Lamooretté est sans contredit la plus éloquente et la plus savante de toutes celles qui furent publiées par le clergé consUtutionnel. Il ne sera pas hors de propos de citef s4 l^ttr^ de communion au pape, aiin de donner une idée de celles que tçus les constitutionnels se firent un devoir d'adresser à Pie VI.

a Très Saint Père,

D Daignez favorablement accueillir le sincère témoignage de mes sentiments religieux envers le chef visible de l'Église universelle.

A Chargé de Thonorable et difRclle ministère d%éque du département de Rbône-et-Loire, métropolitain du sud-est, siégeant à Lyon, je profesàc solennellement ma ferme croyance en Notre- Seigneur Jésus-Christ, chef invisible et réel de l'Église, qu'il a acqut£e par l'effusion de son sang, pour la rédemption des hommes; et mon indissoluble union, par la profession de la même foi catholique, avec Votre Sainteté, comme étant assise dans la chaire de saint Pierre, priiice des apôtres, dont l'enseignement se perpétué d'âge en âge par l'organe de ses successeurs.

» Je reconnais que cette chaire est le centre où se réunissent toutesles autres, pourformer, conjointement avec elle, le grand corps de lumière dont les rayons éclairent le monde chrétien ; que c'est la pierre principale sur laquelle le divin fondateur de l'Eglise en a posé i'^ditice durable jusqu'à la consommation des siècles; que vouloir participer, hors de la communion romaine, à la mahduèâtion de l'Agneau sans tache, ce serait une profanation; que celuilà sème en vain, et disperse sa moisson, qui entreprend d^ la recueillir autre part ; enfin, que, dans le déluge d'erreurs et de

> Les deux principales sont : Instruction pastorale dQ M. TëvécpiA d^ Rhône-èt-Loire. Lyon, Amabie le Roy^ 1791 ; Lettre pastorale de M. rëvéquçi du département de Rhône-et-Loire^ du 7 avril 1791. Elle est suivie 4^ sa lettre d« çpn^ union au pape.

â(3() HISTOIRE

vires dont les hommes sont environnés, l'Église catholique^ apos tolique et romaine est comme le vaisseau sacré qui porte le céleste dépôt des vérités du dogme et de ta morale, enseignées par TÉvangile, et les seuls gages assurés des espérances du genre humain pour la \ie future.

» Ainsi; étant institué pasteur des âmes confiées à ma vigilance, je serai toujours^ dans mes travaux pour leur salut^ attentif à la voix du chef des pasteurs.

» Je suis avec le plus profond respect^ » Très Saint Père,

» De Votre Sainteté j> Le très humble et très obéissant serviteur,

» Adrien Lamourette, » Évêque du département de Rhône-et- Loire, » Métropolitain du sud-est.

» Paris, le 7 avril 1791. »

Moïse, évéque constitutionnel du Jura, se distingua, comme Lamourette, par ses écrits contre l'incrédulité. 11 compléta le li\re de Bullet, intitulé : Réponses critiques aux inctéduhs sur plusieurs endroits des livres saints; une partie de son travail fut imprimée avec celui de Bullet. Ses mandements et lettres pastorales sont remarquables à plus d'un titre. Pacareau, évéque métropolitain de Bordeaux, s'était rendu célèbre par ses sermons et sa science en h'nguistique ; il fit imprimer des Métnoires en faveur de son chapitre; des Réflexions sur le serment, des Considérations sur l'usure, etc. Saurine, évoque des Landes; Debertîer, de TAveyron ; Dumouchel, ancien recteur de l'Université de Paris, du Gard; Thibault, ancien curé de Souppes, du Cantal; et bien d'autres évéques constitutionnels étaient des hommes capables. La plupart étaient d'anciens curés connus depuis longtemps par les fidèles qui les avaient élus ^

* Voici le tableau des évéchévS constitutionnels, avec les noms des premier titulaires :

Métropole des côtes de la Manche : Seine-Inférieure, à Rouen, /jOmi> Charrier de la Boche, prévôt d'AInai, à Lyon. Calvados, à Bayeux, Claudf Fauchel, prédicateur. Manche, à Coutances, François BHihtreU cur^ ^^ Saint-Loup. Orne, li Séez, J.-vl.-S. Lefemer, curé de Berus. Eure, à Évreux, B.'T. Lindelj curé à Bernay. Oise, à Beauvais, J.-B. Mastieu, curé de Sergy. Somme, à Amiens, £.-Jlf. Desbois de Rochrforf , curé de Saint-

DE l/ÉGLlSB DB FHANCB. 261

Les anciens évéques protestèrent contre l'usurpation de leui*s sièges. La plupart avaient émigré. Quelques-uns^ cependant, n'avaient cédé qu'à la force pour quitter leurs diocèses. Le plus courageux fut sans contredit de Bonueval, évêque de Senez. Pie Vi se prononça ouvertement contre les constitutionnels dans son

André-des-Arts , à Paris. Pas-de-Calais, à Saint-Omer, P.-J. PorioUj curé à Arras.

MéU'opole du nord-est : Marne, à Reims. NicoUu Diot, curé de Vanderesse. Meuse, à Verdun, J.-B. Aubry* curé de Besle. Meurthe, à Nancy, Luc-François lalande, de TOratoire. Moselle, à Metz, JS'icolas Francin, curé de Freimacher. Ardennes, à Sedan, Nicolas PhiWerl, lazariste, cur^ de Sedan. Aisne, à Soissons, C-E-'F. Marolles, curé à Saint-Qo^ntin. Nord, à Cambrai, C.-F.'M. Primat^ de TOratoire, curé à Douai.

Métropole de Test : Doubs , à Besançon , P.-C-F. Séffuin, chanoine de la cathédrale. Haut-Rhin, à Colmar, Arbogcul Martin^ sous-principal du collège. Bas-Rhin, à Strasbourg, F.- A. Brendel, professeur à TUniversité. Vosges, à Saint-Dié, J.-A. Maudru, curé d'AidoUes. Haute-Saône, à Vesoul, J.-B. Flavigny, curé de Vesoul. Côte-d'Or, à Dijon, J.-B- Volfius, professeur au collège. Haute-Marne, à Langres, A.-H. Wandelaincourtj professeur à Verdun. Jura, à Saint-Claude, F.-X. Moyse^ professeur à Dôle.

Métropole du nord-ouest : Ille-et-Vilaine, à Rennes, Claude Le Coz, principal du collège de Quimper. C6tes-du-Nord, à Saint-Brieuc , Jean-Marie Jacobt curé de Lannebert. Finistère, à Quimper, L.-A. Expilly, recteur à Morlaix. Loire-Inférieure, à Nantes, Julien Minée, curé à Saint-Denis. Maineet-Loire, h Angers, Hugues Pellelier, génovéfain, prieur de Beauport. Morbihan, à Vannes^ Charles Lemasle, curé d*Herbignac. Sarthe, au Mans, J.'G.-R* Prudhomme, curé au Mans. Mayenne, à Laval, N.-G.-L, Villar, doctrinaire, principal à La Flèche.

Métropole de la Seine : Seine, à Paris, J.-B. Gobel, évêque de Lydda, suffragant de BAle. Seine-et-Oise, à Versailles, J.-J. Avoine, curé de Gommecourt. Eure-et-Loir, à Chartres, Nicolas Bonnet, curé à Chartres. Loiret, à Orléans, L.^F.-A. de Jarente, ancien évêque. Yonne, à Sens, E.-C. de Loménie, ancien archevêque. Aube, à Troyes, Augustin SéMlle, curé à Troyes. Seine-et-Marne, à Meaux, Pierre Thuin, curé de Montereau.

Métropole du centre : Cher, à Bourges, P.-A. Tome, doctrinaire. Loiret-Ch^r, à Blois, Henri Grégoire, curé d*Embermesnil. Indre, à Cb&teauroux, Bené Héraudin, curé de Chaillac. Indre-et-Loire, à Tours, Pierre Suxor, curé d*EcueiUy. Vienne, à Poitiers, René Le Cesve, curé à Poitiers. Creuse, à Guëret, AnkÀne Huguet, curé de Bourganeuf. Allier, à Moulins, F.-X. Laureni, curé d*Huilleaux. Nièvre, à Nevers, Guillaume Tollet, curé de Vendenesse.

Métropole du sud-ouest : Gironde, à Bordenux, Pierre Pacareau, chanoine de la cathédrale. Vendée, à Luçon, F.-A. Rodrigue. Charente-Inférieure, à Saintes, J.-E. RMnel, curé de Saint-Juvinien. Landes, à Dax, Jean-Pierre Saurine, avocat. Lot-et-Garonne, à Agen, André Consiant, dominicain, professeur de théologie à Bordeaux. Uordogne, à Périgueux, Pierre Poniard, curé à Sariat. Corrèze, èi Tulle, J.-J, Brival, ancien jésuite,

36â HisToiai

bref dn 10 inars 1791 ^ 11 disculait, dans ce bref^ les principaux articles de la constitution civile, qu'il considérait comme contraires à l'ens^ignetnent de lA foi et à la discipline de TËgliie. Il publia^ en même temps, une leltfè au ràu dans la«:)iieUé il se plaignait de ce que ce prince ne l'avait consulté qu'après avoir donné sa sanction à la constitution. Il lui rappelait le serment de son couronnement, di^ns lequel il avait Juré^ la main sur TÉvangile^ de défendre les droits de l'Église et les privilèges de l'épiscX)pat. Le 13 avril ', Pi« Vf pubHa ufi Aoutèau bref, ddns lequel on ift ; o Âf?h d'bpposër prompte^eht une digue au progrès du sÉhiârrie, et de rappeler au devoir ceux qui s'en sont écartés ; confirmer les bons dans leurs dispositions^ et conser^'er la religion dans un royaume aussi florissant ; d'après les conseils de nos vénérable^

curé de Laplenu. Haute- Vienne, à Limof^, Uonarti Gay- Vernon, cur^ de Cimpreignac. Charente, à Angoulême, Pf-M, ^ouberi^ curé de Saint-Martin. i)eux-Sèvre8, à Sain1-Mai;iceiit, J.-J^ ifestadier, curé de Breuil.

Métropole du sud : Uaute-Garpnne» h Toulouse^ Â.'P.'H. SermeL, carme déchaussé. Gtsrs, à Auch, P.-J. Barthè, professeur ée théologie à Toulouse. Âûde, I Nfiri) inne, G. fiesaucflle^ doyen du chapitre de Carcassonne. Tarp, à AIbf,/.-J. Gausierand, curé de Rivière. Besses-Pyn^nées, à Oiéron, B.-J[,-B» Sçmaâon^ bénédictin, professeur à Pau. IJautes-PjTénées, à . Tarhes, JT.-éî. MoHnier, doctrinaire^ recteur du collège. Aveyron, à Rodez, Claud^^ Debertieir. curé delà Guiole et supérieur du collège. Lot, à Cahors, Jean 4*JiigJan, àxTé de Cajarc. Pyrénées-Orientales» h Perpignan, Gabriel Ùeville, cf^é de daint-Paul-de-Fenouillet. Ari^ge, à Pamier<i, Bemari Font, curé de Bénae, , Métropole des côtes de le Méditerranée : Bouches-du-Khône, à Aix, C-Jf. Bffuf, eur^ d*Ayragues. Corse, h Bastia, J.-F. Guasco, grand vicaire de Marianà. Tar^ à Frëjua, J -J. Rigauard^ curé de Sollies. Basses-Alpes, à Digne, J.-^. Rome de Villeneuve, curé de Vallensole. Hauiçs-AIpes, à Embrun, tgnacè Cazene^ve, chanoine de Gap. brôme^ à yAlence, Françoii sHàrbas, curé près Valence. Lozère, à Mende, Élienne ^ogaret. Gard, à Ntmes, J,-B' JOiumouchel, professeur au cçUëge dé la Marche^ recteur de rtJnivcrsité de Paris. Hérault, à Béziers, JDom Pouderouâc, ciiré de Saint- Pons.

Métropole du sud-est : Rhône-^t-Loire , à ,Lyon, Adri^ ijdnumreUe, lazariste. Cantal, à Saint-Flour, A.-ilf- Thibaull, cure de Suuppes. ^uy-de- Dôme, a Clermont, F.-Ê. Périer^ rie TOratoire, supérieur au collège 4!£fliâl* Haute-Loire, au Puy, Élienne Delchrr, curé à Brioude. Ardècho, à Viviers, Charles lafomt de Savines, ancien évoque. Isère, à Grenoble, Jotqih Ptmehotf curé de âaint-Ferjus. A\n, à Belley, /.-B, Rouer, curé de Chavanoei. Saône-et^Loire, à Aùtun, J,-B* Goutte» y curé d^Argilliers.

1 Bref au cardinal de LarochefoucauU et autres archevêques et éfi<|Md6 France, eo date du 10 mars 1791.

* Bref du 13 avril 1791.

D« l/ÉGLISB DE FIANCE. 263

en yérlu dii pouvoir apostolique dont nous scunines r^vétd : Nous o^donnon^, par ces présentes, à tous cardinaux^ archevêques, évêqqes; àï)bés, chanoine^, curés, yioaîres; en un niot^ S tous pîètre^ e( ecclésiastiques, séculiers et réguliers, qui auraient prête lé sérriient civique j)urement et simplement, iel qujif a été prescrit pat PAssetnbîée nationale, de se rétracter dans ïe délai dé quarante jours, à compter de la date des présentes. Ceux qui, dalis cet mïervaliè, n'auraient pas rait leur rétractation, seront suspendus de rèxercîce de tout ordre ecclésiastique, ei soumis à l'Irrégularité,' è'ils en exercent les fonctions. » Le pape cassa, par ce bref, lés éléètions des évéques cor^stitutionnels, proiionça la suspense côfttré Talleyrand, évêque cl'Aulun *, et Gobel, é\ôquè de Lydda, qttî avaient consacré plusieurs des nouveaux évêques.

liorsque ce bref eut été publié, les anciens évoques donnèrent différente^ instructions et lettres pastorales, parmi fesquelles on dis-

ouvrages [nstructidn

contre là

constitution civile, fut adoptée par Juigné, àrclievêqué de Paris, et quarante autres éveques, comme l expression de leurs sentiments. Aésélitié se distingua à là tête des évoques qui refusèrent leur démission, lors dû concordat de ISOtl, et il rédigea les eloouente's récTàmàtions qti'adréàsèrerit 4 Pie Vil les évéques qui paftâgeaiërit eeà opmlotis.

Leà évêqués constltùfionriels répondirent par des tiandeménls 4

« jCel évéqne se démit de sûn siège à cette époque, et rentra dans la vie purement civile. . ,. ., ,„. ., ;, ,

* Les œuvres d*Asseline ont été publiées par rahl)é de Prémort, en i8*24. Outre ses actes épiscopauv, on y trouve plusieurs opuscules de piété.

La Luzerne a fait plusieurs écrits contre la constitution civile du clergé ; de nombreux ouvrages contre le philosoihisme; des DUsertations sur les Eglises catholique et protestante; des Explication^ des Èvangfles des dimimcfies ; des Traités sur le prêt à intérêt, èl sur la supériorité des évéques sur les prêtres ; des opuscules politiques.

264 iiiSToits

ceux des anciens évéques. Dix-huit d'entre eux^ membres de l'Assemblée nationale^ publièrent la justification de la constitution, rédigée par Le Coz, sous ce titre : Accord des vrais principes de VÉglise, de la morale et de la raison sur la constitution civik du clergé, La discorde augmenta dans les diocèses. Parmi les prêtres^ les uns prêtaient le serment et adhéraient aux constitutionnels; les autres restaient unis aux anciens évéques; d'autres, enfin, après avoir prêté le serment, se rétractaient. Les municipalités se prononçaient contre les insermentés, qui faisaient de l'opposition aux nouveaux élus; mais dans tous les diocèses, il y eut des prêtres dévoués et respectables qui, à dater de cette époque, s'exposèrent à la persécution et n'abandonnèrent pas les fidèles qui regardaient, avec eux, le serment et la constitution civile comme schismatiques. Ils parcouraient, pendant la nuit, et déguisés, les paroisses où ils avaient des amis et adhérents, afin de' baptiser les enfants, de donner aux mourants les consolations de la religion ; de bénir les mariages et de célébrer les saints mystères. Le zèle et l'abnégation de ces bons prêtres étaient dignes d'admiration. Les membres les plus respectables du clergé constitutionnel, comme Le Coz, les protégeaient. Cependant, parmi les insermentés, plusieurs ne s'occupaient pas uniquement de leur ministère : la politique se mêlait parfois à leur zèle religieux ; plusieurs se prononçaient contre ceux qui avaient fait serment, avec une ardeur qui les faisait considérer comme ennemis des lois et perturbateurs du repos public. Quelques-uns furent alors privés des pensions que le gouvernement leur avait allouées; d'autres furent emprisonnés.

A côté des hommes respectables que possédaient les deux clergés, on rencontrait des fanatiques qui n'écoutaient que leur passion, qui n'étaient guidés que par des motifs peu honorables, et qui semaient la haine par des écrits ou des discours pleins de déclamations exagérées ^ Les libelles ne furent jamais plus nombreux, plus violents et plus injustes qu'à cette époque. Les calomnies les plus atroces s'y étalent dans toute leur nudité ; on ne peut les lire sans dégoût ; ils ne servaient qu'à exciter les colères de la populace qui répondait aux provocations par des voies de

1 On trouve mentionnés au Moniteur des actes déplorables, où la religion ii*étail évidemment qu*un prétexte, et le regret de Tancien régime la véritable rai!9on ; les troubles de Nimes et d'Uzès, en particulier, eurent ce rarartère,

DE L*ÉGLI9E DE FBANCE. 265

fait. Des religieuses ayant donné asile, dans leurs chapelles^ à des prêtres insermentés, des hommes du peuple se rendirent à ces chapelles et infligèrent aux religieuses d'indécentes corrections. La municipalité fut obligée d'y mettre ordre *.

L'Assemblée nationale interrompait parfois ses travaux législatifs pour s'occuper des divisions qui existaient au sein du clergé ; décréter le nombre de paroisses qui seraient reconnues par l'État dans les différentes villes, et recevoir les adresses des nombreux ecclésiastiques qui prêtaient serment. Dans la séance du 18 janvier, Fermon dénonça un bref du pape contre la constitution civile et le serment *. On en dénonça d'autres dans les séances suivantes. Le pape avait eu occasion, à plusieurs reprises, de manifester en des bref? particuliers , sa désapprobation de la constitution civile ; mais ces brefs ne portaient aucun caractère d'authenticité; on les répandait clandestinement, et ils pouvaient être regardés comme faux. Dans la séance du 25, un débat violent eut lieu à l'occasion d'un serment fait avec restriction par plusieurs' ecclésiastiques d'Amiens. L'abbé Grégoire présidait. Il fut obligé de rappeler à l'ordre l'abbé Maury, qui montrait dans les débats une passion excessive, et qui provoqua ainsi de dures paroles de la part de Barnave contre les abus qui avaient déshonoré l'ancien clergé '. Le comité ecclésiastique ayant présenté un projet de décret pour accélérer Texécution de celui du 27 novembre sur le remplacement des insermentés , Gazalès parla avec éloquence des dangers du schisme, et souleva une véritable tempête au sein de l'Assemblée. Dans la séance du 26 février ^, Lanjuinais présenta, au nom du comité ecclésiastique, un projet de loi pour la vente des biens des fabriques Ces biens n'avaient pas été compris dans les biens ecclésiastiques proprement dits dont les bénéfîciers avaient la jouissance. Les biens des fabriques étaient destinés exclusivement aux dépenses du culte. Merlin demanda Tajournement de la question de ces biens jusqu'à la prochaine Assemblée législative, et s'appuya principalement sur les

^ Moniteur du 10 ayrill791.

* Moniteur, séance du 18 janvier. Dans les séances du 20 janvier et du l.«r février, on dénonça des brefs répandus à Vesoul et dans !a C6ted'Or.

* Moniteur, séances des 25, 26, 27 janvier.

* Moniteur, léance du 26 février. ,

niSTOIRt

troublés auxquels la vente ^e ces biens fournirait ùti fioaresâ prétexte. L'Assemblée prononça rajournemènt. ^

La section de la ville dé Paris, dite des QuatreSations^ énTOJi à l'Assemblée une adresse qui souleva une question délicate. EDe fut lue dans la séance du '11 février : on y demandait si lë cardinal de Montmorency, grand aumônier de France, pouvait conserver sa place sans prêter serment. Louis XVI s'était, jusqu'alors, montré fidèle aux sanctions qu'il avait données à fa consfitatioa civile et au décret du 27 novembre contre les prêtres insermentés. Lès évêques élus lui étaient présentés, et il recevait leur serment*. U semblait donc être en contradiction avec lui-même en n'oHîgéant point le^i^rand aumônier, qui avait une véritable juridiction sur les établissements dépendants de la couronne, à prêter le serment. Bouche demanda l'examen de la question générale : savoir si le roi pouvait garder auprès dé fui des prêtres inseriïientês. L'abbé Gouttes demanda la suppressrort de fa charge de grand aumônier. Ces diverses propositions furent renvoyées au comité ecclésiastique. On ne jugea pas à propos de donner suite à^ cette question ; et, quelque temps après, on lut dans lé Moniteur ^ que lé roi a\aîl demandé au cardinal de Montmorency sa démission du titre de grand aumônier, et à révéqué de Sentis celle du titre de premier aumônier.

Dans la séance du ^ mars, Legrand préseu{â, ay nom du comité ecclésiastique, un projet de décret sur rinamovîhîlilé des vicaires des évêques et des vicaires des curés, fcelle des curés était reconnue comme de droit. Lanjuinais présenta un autre projet sur le choix des vicaires. « En général, dit Mirabeau, nous tlbus occïupons prodigieusement trop du clergé. Nous né devrions nous occuper d'autre chose, dans ce moment, que de lui faire payer ses pensions et dé le laisser dormir eu paix, » L'Assemblée fut de cet avis. ToùcKant les pensions dues à tous les membres dii clergé, privés de leurs offices, et aux anciens membres des communautés religieuses dont les maisons avaient été supprimées, le roi avait adresse, dans tous les districts, des instructions très détaillées'; et si des ecclésiastiques n'étaient pas pa^és, il fallait l'attribuer ou à quelcpie mau-

* K. dans le Moniteur du S8 février la réception et les discoure d^Expilly, évêque du Finistère, et da MaroUes, é?éqoe de TAisne.

> JfOftaeur du 20 avril 1791.

* On iea trouve au Jftmifeiir, janvier et' février 1791.

DE L'iCLISV DE PBÂNCB. 267

yàise volonté locale^ oa aux embarras nombreux qui accotppa^aieut necéssaîrément renfantemeni du nouveau régime. L'Assemblée elle-même se préoccupa du paiement des pensions*, et rendit plusieurs décrets â cet effet. Dans certains districts, comme h Bayonne, on suppléa, par des souscriptions volontaires, au retard (ju'éj)rouvaît l'envoî des fonds pour le paiement des ecclésiàsti()ues et des anciennes religieuses*. Des particuliers même avancèrent les sommes nécessaires ^.

bans là séance du 3 avril, l'Assemblée fut appelée à examiner une question qui eut beaucoup de retentissement^ celle de consacrer à l'inhumation des grands hommes l'église de Sainte-Geneviève, qui n'était pas encore complètement achevée, et qui n'avait reçu aucune destination d^ps la nouvelle circonscription qui avait été faite dés paroisses de Paris. La mort de Mirabeau, arrivée la veille^ donna occasion au directoire du département de Paris de porter celte question devant l'Assemblée. La députation du directoire avait ai sa tête son président Larochefoucauld, qui s'exprima ainsi * : « L'administration du département de Paris a compté, pendant quelques jours, M. Alirabeau parmi ses membres; revêtus de deuil, nous venons aujourd'hui émettre devant vous notre vœu pour que rèfe de la, liberté soit l'époque d'un honneur rendu i celui qui a bien niérilé de la patrie. Nous allons vous faire lecture de l'arrêté que nous avons pris. » , .

Pasloret, procureur-général-s^ndic, fit cette lecture. On y demandait que le nouvel édiïice de Sainte-Geneviève jfût destiné à recevoir les cendres des grands hommes, à dater de Vépoque de la liberté: que Mirabeau fût jugé digne d'y être inhumé; que rAssèmblée nationale pût seule décider que des exceptions auraient lieu en faveur des grands hommes morts avant celte époque, cpmmè Descartes, Voltaire et J.-J. Rousseau. On proposait, en même temps, de graver au fronton de l'édifice ces paroles :

AUX GRANDS HOHHSS LA PATRIE RBCONMAISSANTB.

L'Assemblée délibéra aussitôt sur la pétition du département. Elle déclara que Mirabeau avait mérité les honneurs qui seraient dé-

* MToniteur^ séances des 17, 25 et 26 mars ; du 11 avril 1791.

* Moniteur du 26 mars.

* MomUur, séance du 8 avril.

* Moniteur, séance da 3 avril.

cernés aux grands horames ; mais elle renvoya au comité de constitution ce qui concernait l'église Sainte-GenevièAe. Ce comité se réunit le soir méme^ et présenta^ dans la séance du A, un décret conforme à la pétition du directoire du département. Mais comme le monument n'était pas en état de recevoir ses nouveaux hôtes, on décida que le corps de Mirabeau serait déposé, à côté de celui de Descartes, dans les caveaux de l'ancienne église de Sainte- Geneviève. L'Assemblée, en corps, assista aux funérailles de son grand orateur. Le convoi eut lieu à l'église Saint-Eustache, d'où le corps fut conduit à Sainte-Geneviève *.

Ce fut dans la séance du 30 mai de la même année que le député Gossin obtint de l'Assemblée le décret qui accordait à Voltaire les honneurs décernés aux grands hommes. En conséquence de ce décret, le directoire du département de la Seine fut chargé de préparer l'apothéose du libérateur de la pensée '. On doit reconnaître que Voltaire fut un homme de génie, et que, si ses ouvrages sont condamnables aux yeux de la morale et de la religion, ils contribuèrent puissamment à ébranler l'ancien régime. Mais était-il politique de décréter une espèce d'apothéose pour le chef du philosophisme, au moment où l'on répandait, dans toutes les parties de la France, que l'Assemblée nationale en voulait à la religion eUeméme> et que ses décrets n'avaient pour but que la destruction Je l'Église, et pour motif que la haine du christianisme? Il est certain que les amis de l'ancien régime, qui regrettaient leurs privilèges, calomniaient l'Assemblée en lui prêtait de pareils motifs ; mais son décret, au moins intempestif sur la translation des restes de Voltaire, donna, à ces calomnies, un fondement apparent.

Le 11 juillet fut le jour fixé pour l'apothéose de ce philosophe. Le cortège partit de la place de la Bastille, parcourut les boulevarts, puis les quais, jusqu'à la rue Dauphine, et monta de la à l'église Sainte-Geneviève, que l'on commençait à appeler le Panthéon, Le sarcophage était entouré de branches de laurier et de chêne entrelacées de myrte, de roses et de fleurs des champs. De nombreuses troupes; des femmes vêtues de blanc; des vainqueurs de la Bastille ; des députations des clubs, des corps savants et des théâtres; les ministres; douze membres de l'Assemblée nationale; une foule immense, accompagnaient le char de triomphe

< Moniteur du 6 avril 1791.

* idûf., séancd du 30 mai ; n.os des ai) juin et 13 juillet.

DE u'ÉtiLISK DB FRANCE. 269

trainé par douze chevaux. On voyait, de toutes parts, des slatues ou des bustes de Voltaire couronnés^ et accompagnés de maximes tirées de ses ouvrages

Le jour même où cette fête avait lieu, le directoire du département de la Seine publiait un arrêté important par rapport au culte catholique*. Entre autres dispositions, il contenait les suivantes : « Le directoire, considérant que la liberté du citoyen, dans ses opinions religieuses et dans tout ce qui ne blesse pas Tordre public, doit lui être garantie contre toute espèce d'atteinte; voulant, en même temps, réprimer efficacement les désordres publics journellement suscités par de mauvais citoyens, sous prétexte de diversité d'opinions ; arrête, etc. » Dans une suite d'articles, le directoire nomme un officier laïc pour veiller à la garde de chaque église paroissiale reconnue par l'État ; ordonne de fermer, dans les vingt-quatre heures, toutes les églises n'ayant reçu aucune destination, excepté celles des établissements religieux ou ecclésiastiques conservés; décrète que ces égh'ses seront vendues. » L'article 11 mérite d'être cité : « Tout édifice, ou partie d'édifice, que des particuliers voudront destiner à réunir un grand nombre d'individus pour l'exercice d'un culte religieux quelconque, portera, sur la principale porte extérieure, une inscription pour indiquer son usage, et le distinguer de celui des églises publiques appartenant à la nation, et dont le service est payé par elle. » Pour Tannée 1791 seulement, l'inscription ne devait être mise qu'après avoir ^té vue et approuvée par le directoire du département.

Dans la séance du 7 mai, Talleyrand ayant fait un rapport à l'Assemblée sur l'arrêté de l'administration de Paris, nous y remarquons les passages suivants, qui obtinrent des applaudissements mérités :

«r En prononçant cette liberté religieuse dans toute son

étendue, nous n'exceptons aucune croyance ; et, ici, nous devons dire aux habitants de cette capitale que leur patriotisme s'est trop alarmé lorsqu'ils ont appris qu'un ancien édifice (l'église des Théatins) allait s'ouvrir à des prêtres non assermentés. 11 est vrai que plusieurs précautions de sagesse, peut-être nécessaires dans un moment d'inquiétude, paraissent avoir été négligées; et nous croyons qu'il eût fallu préparer d'avance les esprits à cet événement inattendu par une instruction bien claire, et dont le peuple

* Moniteur du 15 avril 1791.

*/ÎO HisToimi

se serait fait honneur d'adopter les principes. Op lui aurait dit (juç^

chez un peuple libre et digne de Tétre^ la liberté religieusç comprend indistinctement toutes les opinions^ sans distipctiou dé secte; que si celle des juifs^ des protestants^ doit être respectée, celle des catholiques non-conformistes, doit l'être également, car elle n'est proscrite ni par la constitution ni par la loi (on applaudit) ; qull s'abuse et se contredit lorsqu^l se persuade qu'il est en droit d'empêcher un second culte catholique, dès lors qu'il reconnaît qu^ tous les autres sont libres... On eût ajouté, ce qu'il ne parait pas avoir assez compris jusqu'à ce jour, que le simple refus de prêter le serment relatif à la constitution civile du clergé ^e rend pas up prêtre réfraciaire, lorsque, d'ailleurs, il §e conforme au;^ |pif ; que, seulement, il se rend inhabile à exercer, au nom de la p^upp» les fonctions ecclésiastiques payées par elle, et voilà tc^ut. »

Talleyrand profila de Toccasion de ce rapport pour r^gon4re au bref du pape du 10 mars, qui était surtout dirigé coûtée lui. Çf bref n'était connu à Paris que depuis six jours ^ Talleyra^id, réfuj tant les objections de ceux qui s'opposaient S la liberté des catholiques insermentés, s'exprima ainsi :

« Personne ne pense plus sincèrement que moi que la rçligioD, dont les cérémonies seront célébrées dans nos églises, est la rellgiop catholique, dans toute sa pureté, dans toute son intégrité ; quç c'est très injustement qu'on a osé nous accuser de schisme; qu'une nation n'est point schismatique lorsqu'elle aflirme qu^elle ne \eut point l'être (la partie gauche, et toutes les tribunes, applaudissent à plusieurs reprises); que le pape lui-même est sans force comme sans droit pour prononcer une telle scission (les appjaudissemçiitf recommencent) ; qu'en vain prétendrai t-il se séparer d'elle; qu'elle échapperait à ses menaces et à ses anathèmes, en déclarant tra^'* quillement qu'elle ne veut point se séparer de lui, et qu'il cpnvient même* qu elle écarte jusqu'aux plus légères app^rencçs 4$ rupture, en manifestant hautement sa résolution de neppinifç donner un patriarche. Disons plus : si, dans ce rpom^iil, 1q p^gç égaré par des opinions ullramontaines ou piur dç perfide^ ço^seib dont on aurait assiégé sa vieillesse, se permettait, s'était permis ^ frapper d'un imprudent anathème la nation française, ou seulement ceux d'entre ses membres dont la conduite ^ur^it co];icou]]g spécialement à l'exécution de la loi ; s'il ne craigQait p^ dç TCfljfgp

^ Moniteur du l.er mai 1791.

DK L*ÉGL|^|t pB PRANCB. 871

c^ ineii|ices^que plus d'upe fois ses prédécesseurs se sont permises contre la France, sans doute qu'on ne tarderait jj^s a piontrer à tous les yeux non prévenus la nullité d'un tel acle'de pouvoir (la salle retentit d^applaudissements) ; sans doute que l'on retrouverait dans les monuments impérissables de nos libertés gallicanes, comme aussi dans rhistoJre des erreurs des pontifes, de quoi le combattrf victorieusement; mais alors même nous resterions encore attachés au siège de Rome, et nous attendrions, avec sécurité, soit du pontife actuer désabusé, soit de ses successeurs, un retour mévitaWe'Ji des principes essentiellement amis de la religion. "(On applaudit.) yoîlàla conduite qu'il nous convient de tenir. Et,' cependant, on ne peut se dissimuler que déjà il n'existe, à cet égard, en France, deux opinions fortement prononcées; que plusieurs ne croient, ou du nioins rie soutiennent que la prestation de serment, en ce qui regarde la constitution civile du clergé, blesse le dogme catholique, et nous constitue dans un état de scTiisme. Je pense, j'espère <^ue, de quelque autorité qu'elle s'appuie, celte opinion s'affaiblira àe jour en jour; que la bonne foi ne tardera pas à s^éclairer, la mauvaise foi à se décourager, et la vérité à prendre sa place. (On applaudit.) »

De ces considérations, Talleyrand conclut qu'il fallait laisser aux catholiques non-conformistes la liberté , qui serait mortelle pour leur opinion.

L'abbé Sieyès admit les principes de Talleyrand ; mais il défendit l'administration de Paris contre le reproche de précipitation que lui avait adressé l'ancien évêque d'Autun. Cette administration avait été, selon Sieyès, forcée, par d'impérieuses circonstances, de se hâter; « car, dit-Û, le fait est qu'au commencement d'avril une multitude d'assemblées religieuses non-paroissiales, non-conformistes, se sont formées dans Paris^ et s'établissaient, soit dans des maisons partîcuUères, soit dans des édifices appartenant au publie!' Le fait est que ces réunions religieuses étaient menacées d'une manière scandaleuse par des attroupements mal intentionnés et malfaisants; attroupements qu'on s'accoutumera, sans doute, à né plus appeler du nom de peuple. (On applaudit duns la majorité de fa partie gauche.) » . :

Ce fut dans ces circonstances que l'administration de Paris prit des mesures pour protéger la liberté des réunions des insermentés.

L'Assemblée confinna le principe de lft)erté en vertu duquel Tadministration de Paris avait agi, et décida, sur la proposition ^e

Sieyès, que le défaut de serment ne pourrait être opposé à un prêtre qui se présenterait dans une église pour dire la messe; et que les églises des non -conformistes ne seraient ferméet» que si la consr titution civile du clergé y était attaquée.

Il n'entrait donc point dans les vues du gouvernement de blesser les sentiments religieux de ceux qui considéraient la constitution civile du clergé comme schismatique^ encore moins de persécuter les prêtres insermentés qui se contenteraient de célébrer des ofQces publics sans attaquer la constitution ni les lois. Les ecclésiastiques insermentés qui étaient emprisonnés à cette époque ne l'étaient point pour l'exercice de leur ministère^ mais pour l'opposition qu'ils faisaient aux prêtres qui avaient prêté serment^ et pour leurs attaques directes et publiques à la constitution civile, qui était loi de l'État.

Plusieurs ecclésiastiques insermentés de Paris voulurent profiter de la liberté que leur laissait le directoire du département, et louèrent l'église des Théatins pour six semaines, à raison de 1,500 fr.^ Ils obtinrent l'autorisation d'y célébrer les offices; mais ils mirent une telle précipitation à en user qu'ils ouvrirent l'édifice dès le lendemain matin, et avant même que l'inscription légale y fût mise. C'était s'exposer volontairement à passer pour des factieux qui voulaient, sous prétexte de religion, faire de l'opposition à des lois promulguées dans toute la France. L'opinion publique était alors surexcitée par des bruits que l'on répandait depuis quelques jours sur la fuite du roi. Le directoire du département et la municipalité de Paris cberchaient à rassurer le peuple sur ces bruits*. Ils prièrent le roi d'éloigner de sa personne ceux qui lui donnaient des conseils pernicieux. On désignait par là surtout les ecclésiastiques qui étaient auprès de lui et qui avaient, dît-K)n, reçu • de Rome des instructions pour tenter un dernier effort à l'occasion des Pâques *. On espérait détourner le roi de remplir publiquement ce devoir, pour ne point communiquer avec les constitutionnels. Les secrets de la cour étaient divulgués, et le peuple était en rumeur. Dans la sçance du 19 avril, Louis XVI s'était rendu luimême à l'Assemblée, qui l'avait reçu avec respect. Il avait déclaré que son intention était de faire une promenade à Saint-Cloud, mais

1 Moniteur du 22 avril 1791.

« Ibid.y du 18 avril.

• tt>id,; séance du 19 avril.

DB l'&glisb db PBANCB. 273

que Tou avait tort de donner à une chose aussi simple des propor- 'tioDS gigantesques, et qu'il était toujours disposé à maintenir, de tout son pouvoir, la constitution, dont faisait partie la constiitir' tion civile du clergé ^

C'était dans ces circonstances que quelques prêtres insermentés, soutenus par des famrilles opulentes du faubourg Saint-Germain, avaient ouvert précipitamment l'église des Théatins. On annonçait, pour le jour même de l'ouverture, un oflice très solennel. Un détachement de la garde nationale avait été chargé de maintenir l'ordre. Avant l'arrivée de la garde et des prêtres, on avait attaché à la porte de l'église une poignée de verges, au-dessous de laquelle était écrit : Avis aux dévotes aristocrates : médecine purgative, distrilmée gratis^ le dimanche 17 avril. Ces menaces n'arrêtèrent point les locataires des Théatins. Mais à peine l'office était-il commencé que les assistants furent obligés de fuir devant les émeutiers, qui s'étaient mis en devoir d'exécuter leurs menaces. L'autorité ne parvint qu'avec peine à rétablir la tranquillité.

Les locataires de l'église des Théatins ne se découragèrent pas; ils remplirent les formalités, et se réunirent, avec leurs amis, le ii juin *. Les émeutiers se précipitèrent de nouveau dans l'église, et renversèrent l'autel. Lafayette accourut, et lit comprendre au peuple qui s'était attroupé qu'il devait respecter la liberté des cultes. Ses paroles suffirent pour apaiser le mouvement. Cependant il y eut encore quelque agitation pendant plusieurs jours, et les émeutiers des clubs, qui en étaient les auteurs, répandirent des bruits absurdes pour exciter le peuple. Le balaillon des Petits-Augustins maintint Tordre avec énergie. Bailly l'en remercia dans une lettre au commandant. 11 prend courageusement, dans cette lettre ', la défense des prêtres insermentés, et recommaiide de les protéger, dans l'exercice > de leur culte, contre les troubles excités par la double conspiration de l'aristocratie et des émeutiers.

Dans la séance du 6 mai % l'Assemblée nationale étendit à toute la France les mesures prises par Tadministration de Paris, pour la vente des églises, presbytères et cimetières des paroisses supprimées. Ces ventes ne durent être effectuées qu'après avoir pris

* HonUewr, séaoce du 19 avril.

* Moniteur des 4 et 6 juin; séance du 2 juin.

* On peut lire cette belle lettre dans le MonUeurt n.o du 0 juin. ^ Moniteur, séance du 6 mai 1701 .

m. is

^4 BISTOffM

les précautions qu'exige h respect dû aux églises et aux Uf^ êures. Les cimetières ne purent être mis dans le commerce qn'ftprès dix années, à compter depuis les dernières inhumaiions.

Quelques jours après avoir rendu ce décret, TAssemblée admit une dépulalion de b municipalité de Paris, qui souleva une question de la plus haute importance.

Jusque alors les actes du baptême et du mariage religieux étaient considérés comme actes civils de la naissance des enfants et da contrat qui unissait les époux. Les registres étaient tenus par les curés dans toutes les paroisses. Depuis les discussions élevées au sujet de la constitution civile du clergé, les catholiques, qui regar daîent cette constitution comme schismatique, ne voulaient pas faire baptiser leurs enfants par les prêtres constitutionnels qui, seuls, avaient droit de les enregistrer, aux yeux de la loi ; de là il arrivait que la naissance des enfants baptisés par les prêtres insermentés n'était pas civilement constatée. Il en était de même des mariages. Sur un rapport de police de la section de Grenelle, la municipalité de Paris se préoccupa de celte question, et Bailly, maire de Paris, accompagné de plusieurs officiers municipaux, se présenta, le 14 mai, à TAssemblée *, pour réclamer une loi qui séparerait les actes civils des actes religieux, et confierait la rédaction des premiers aux municipalités. Depuis plusieurs mois, le comité ecclésiastique s'était occupé de cette question, et son projet de décret était tout prêt, L'Assemblée ajourna la discussion au jeudi suivant, 19 mai. Treilhard soutint les principes émis par la municipalité de Paris. Rewbell les combattit et fit ajourner la question. Elle revint quelques mois après*, à propos du mariage considéré comme contrat civil ; l'Assemblée admit le principe de la municipalité, sans toutefois rien décréter. Ce fut l'Assemblée législative qui enleva au clergé les registres de l'état civil.

Le rapport fait par Talleyrand sur la liberté des cultes, et le passage de ce rapport qui avait trait au bref du pape du 10 mars, avaient éveillé l'attention de l'Assemblée sur les actes Je la cour de Rome, que l'on faisait circuler depuis longtemps en France. Dans le nombre, [dusieurs étaient sans doute apocryphes; mais on savait cependant que Pie VI ne négligeait auccme occasion d'écrire contre la constitution civile du clergé. Le bref du 10 mars, dont on ne

* MoniteuTt séance du 14 mai.

* tbid»t «("anoe du 27 août 1791.

DB L'àeLIM M FIANGK. Sf75

pouvait contester rauthenticité, avait été imprimé et répandu avec profusion; c'est pourquoi^ dans la séance du 9 juin^ Thourel pro^ posa un décret qui défendait^ sous peine de dégradation civiq[Ue, de publier aucun acte de la cour de Rome qui ne serait pas vérffié par l'Assemblée et promulgué par le roi.

L'Assemblée restreignit la pénalité aux ecclésiastiques fonction'nair es publics f et admit le projet avec cette modification. Elle reconnut ainsi que les prêtres non-conformistes pouvaient publier les actes de la cour de Rome, mais que ces actes ne pouvaient être considérés comme obligatoires par suite de cette publication.

On voit que TAssemblée suivait exactement les principes de It** berté pour tous. Ces idées tendaient à se propager^ et le directoire du département de la Câte-d*Or prit le parti des sœurs de charité contre ceux qui voulaient les inquiéter dans les service^ qu'ellea rendaient aux malades. Seulement^ comme ces sœurs étaient coiH nues pour être opposées au nouveau régime^ il leur interdit Fen*seignement^ qui était une fonction publique^ et qui ne pouvait^ par conséquent^ être confiée aux ennemis de la constitution ^ Cette décision fut prise en conséquence d'une lettre adressée^ au nom du roi^ par le ministre de l'intérieur^ à tous les directoires des dé« partemenTs. Ce ministre adressa, en même temps, une lettre à la supérieure générale des sœurs de la charité *, pour lui ordonner d*avertir ses subordonnées qu'elles devaient s'abstenir de manifester leur opinion sur les discussions religieuses; et que, si elles étaient libres de choisir pour elles les ecclésiastiques qui leur convenaient, elles devaient laisser la même liberté aux malades dont elles prendraient soin.

Les non-conformistes n'admettaient point, pour les constitutionnels, les principes de liberté qu'on leur appliquait. Tous les anciens évoques faisaient connaître à leurs diocésains que les prêtres assermentés n'avaient aucun pouvoir^ et que les évêques constitutionnels étaient des intrus '. Il semble que la prudence aurait dû leur interdire ces manifestations, qui ne pouvaient qu'exciter une réaction violente contre les prêtres qui ne les avaient point suivis dans Témigration, et qui continuaient à exercer le ministère.

^ Moniteur, du 16 juin 1791.

' Cette lettre est au Moniteur du 17 juin.

' On peut consulter sur ce poîiK le Journal eeelétiastique de Barruel, st la Collection ecelétioitique de Barruel et Guillou.

*J7(i iiiSToiaB

en s'ex|>osan( auj persécutions et aux insultes des enqeinis de la religion et de quelques constitutionnels exagérés. N'eût-il pas élé plus sage aux évéques de rester en France^ de profiter de la liberté qui leur était donnée de célébrer ToflBice en des églises particulières? Cette conduite eût été plus efficace que des mandements oii régnait trop souvent un ton d'irritation qui annonçait d'autres pensées que celles que Ton émettait ouvertement.

Le cardinal de Larochefoucauld, qui assistait aux séances de l'Assemblée nationale, imita ses confrères émigrés, et adressa à plusieurs de ses anciens diocésains de Rouen des lettres dans lesquelles il disait avoir interdit des prêtres constitutionnels d'une paroisse qui se trouvait, d'après la nouvelle circonscription, dans le diocèse de Versailles. Dénonciation en fut faite à l'Assemblée, qui chargea de la procédure le tribunal de Saint-Germain*en-Laye. Le rapport de cette affaire fut présenté à l'Assemblée par Yarin, dans la séance du 18 juin ^ Le cardinal reconnut l'authenticité des lettres dont le rapporteur avait fait lecture. Plusieurs orateurs, et en particulier Gazalès, prirent la défense du cardinal. Cazalès fut habile, surtout lorsqu'il en appela à l'esprit de tolérance de l'Assemblée envers un vieillard qui comptait quatre-vingts ans de vertu. « L'affaire dont il s'agit, dit-il, est de la plus grande importance ; c'est le premier pas que fait l'Assemblée dans la carrière de la persécution... Ceux-là sont bien maladroits qui vous proposent d'exercer voire premier acte de rigueur religieuse contre un vieillard respectable. » Après une épreuve douteuse, une majorilé de 286 voix, contre 271, déclara qu'il n'y avait pas lieu à accusation.

Au commencement de la séance du 19 ', Ti*eilhard demanda à TAssemblée de décréter que la résolution adoptée la veille ne devrait pas être regardée comme une autorisation pour les évéques insermentés de continuer leurs fonctions oflicielles, et que l'accusateur public serait obligé de poursuivre ceux qui voudraient les continuer, conformément au décret du 27 novembre. Quelques députés voulurent abuser du principe de la liberté des cultes pour combattre la motion de Treilhard; on leur répondit en distinguant les fonctions purement ecclésiastiques des fonctions publiques et ofQcieiles, et la motion de Treilhard fut adoptée; TAssemblée décida, enou-

< Monileury séance du IS juin.

' iMd., séance du 19 juin. ^

OB l'âglisb de fra?icb. 277

tre, sur la proposition de fiousslon^ que les ecclésiastiques qui auraient rétracté leur serment, après Tavoir prêté, seraient privés do tout traitement et pension. Quant à ceux qui avaient refusé constamment le serment, ils étaient regardés comme démissionnaires ou ecclésiastiques sans emploi, et, à ce titre, jouissaient d^uue pension. L'Assemblée revint, dans la séance du 20, sur l'affaire du cardinal de Larochefoucauld ^, et, afm de ne pas mériter le reproche d'avoir plutôt cédé à des considérations personnelles qu'obéi à ses propres décrets, eUe adopta un article de Treilhard dans lequel il était dit que le cardinal n'avait pas été poursuivi, parce que le jour où il avait écrit les lettres dénoncées, il ignorait la nomination du nouvel évéque de la Seine-Inférieure.

Dans cette même séance, l'Assemblée décida, d'après une lettre d'invitation du curé de Saint-Germain-l'Auxerrois, qu'elle assisterait en corps à la processioA de la Fête-Dieu. La partie droite, c'est-à-dire le haut clergé et le parti de la cour, né prirent aucune part à ce vote •. Une partie seulement de l'Assemblée put s'y rendre, car elle se trouva alors en permanence, à cause de la fuite du roi, qui eut lieu dans la nuit du 20 au 21 juin. Malgré les précautions prises depuis assez longtemps par le général Bouille, le roi fut arrêté k Varennes et ramené à Paris par trois membres de l'Assemblée nationale : Latour-Maubourg, Bamave et Pétion. Le parti de la cour commit une faute énorme en organisant cette fuite. Jusqu'alors le roi avait été respecté, et l'on attribuait au parti des émigrés l'opposition que rencontraient les réformes de l^Assemblée ; à dater de cette époque, on crut à ses relations secrètes avec ceux que l'on considérait comme les ennemis de leur patrie. On lui donna, ainsi qu'à la reine et au dauphin, une garde particulière ; il fut soumis à donner une déclaration, qui était le prélude du jugement qu'il devait subir plus tard, et dans la discussion qui eut lieu touchant son inviolabilité, Pétion, l'abbé Grégoire, Robespierre et plusieurs autres députés émirent des opinions ouvertement républicaines. Le sentiment révolutionnaire prit des proportions énormes, et l'on put dès lors prévoir le sort réservé

< MoniU'vr, séance du 20 juin.

* On proposa, dans la séance du 10, de faire de la monnaie arec le métal des cloches des églises supprimées de Paris. Le projet fut igoumé jusqu*au 24 juin, que le décret fut adopté. (T. tu HonUew les séances des 20 et "2^ juin.)

278 HI^TOIHI

à la royauté. Jusqu'à l'époque de la fuite du roi^ le comte d'Artois, chef de rémigrajion avec le prince de Coudé, et un grand nombre d'officiers de leur armée, avaient reçu leur traitement de France. L'Assemblée, dans la séance du 25 juin, décréta qu'aucun payement ne serait fait à aucun Français, à moins qu'il ne se prcsentM en personne. Elle déclarait ainsi la guerre à ses ennemis et montrait une énergie proportionnée au danger qu'elle avait couru. Elle donna, en même temps, au général Rochambcau le commandement de l'armée du Nord, et les gardes nationales de Paris et des départements envoyèrent des détachements sur les frontières. On prévoyait, avec raison, que les émigrés, honteux de leur échec, allaient enfin essayer de mettre à exécution le plan qu'ils avaient conçu d'entrer en France avec les étrangers pour dissoudre TAsserablée et rétablir l'ancien régime. Ils ne se contentèrent pas déformer une armée; leurs émissaires parvinrent, au mois de juillet, à provoquer une émeute qui fut vigoureusement réprimée par la municipalité ^ Les roués de l'ex-parti orléaniste et les ennemis de l'oindre, dont le nombre augmentait chaque jour, se joignireni aux émeu tiers soudoyés par les émigrés et prirent prétexte de leun complots pour imprimer à la révolution ce caractère de violence et d'impiété que nous remarquerons bientôt.

On doit avouer qu'un grand nombre de prêtres et de religieux insermentés servaient aux émigrés de correspondants actifs. Ils excitèrentmême des troubles en plusieurs déparlements et provoquèrent de nombreuses réclamations. L'Assemblée s'en préoccupa, et chargea ses comités ecclésiastique et des recherches de lui présenter un rapport à ce sujet. Dans la séance du i août, Legrand, au nom des deux comités, s'exprima ainsi : « Vous avez renvoyé à vos comités ecclésiastique et des rapports et recherches les réclamations multipliées de plusieurs départements, relativement aux troubles qu'excitent les prêtres non-conformistes. Nous avons été effrayés de cette tâche. Les dangers dont certains départements sont menacés nécessitent des mesures promptes cl vigoureuses. Ces départements sont ceux du Nord et au Pas-de-Calais. Les commissaires que vous y avez envoyés nous ont donné connaissance de faits inquiétants : aussi, nous vous proposons, pour. ces départements, de»i9Muro^ plus fortes que pour le« autres. Nous avons été obUgv

* Honileur, séances des IS et M juillet; n.o du 29 juillet, etr.

* ibid,, séance du 4 août 1791.

DE L*ÉGLI8B DB FRAfiCB. 279

de heurter les grands principes de modération : les circonstances Tezigent; le salut du peuple est la loi suprême, d

D'après le décret proposé^ tous les religieux qui avaient déclaré vouloir continuer la vie de communauté durent se rendre^ dans les quinze jours, à Paris^ où on leur indiquerait les communautés où ils pourraient se retirer. Tous les religieux qui n'avaient pas fait la déclaration ci-<lessus durent quitter Thabit de leur ordre el s'éloigner, ainsi que tous les prêtres insermentés, à trente lieues des deux départements indiqués. Il y eut un sursis pour les prêtres âgés et infirmes, et exception pour ceux qui prêteraient serment dans le délai de huit jours. L'emprisonnement et la privation du traitement furent les peines dont furent menacés ceux qui n'obéiraient pas. Legrand proposa des mesures à peu près semblables pour le département du Bas-Hhin, où le cardinal de Rohan avait causé beaucoup de troubles à la tête d'une bande d'émigrés. La lecture de ce décret excita un grand tumulte dans 1* Assemblée. Plusieurs membres de la droite sortirent. L'abbé Maury, qui aimait beaucoup trop à fronder la majorité, salua avec affectation, en se retirant; d'autres, plus sages, restèrent pour combattre le projet. Chapelier obtint son renvoi aux comités qui l'avaient proposé, auquel fut adjoint celui de la constitution ^ Le ISaoût^ plusieurs députés dénoncèrent à l'Assemblée les luttes sanglantes et les désordres dont plusieurs départements étaient affligés, affirmant que la cause de ces troubles était l'opposition des prêtres non-confor* mistes •. Le 18 août, TA'ssemblée reçut de nouvelles plaintes sur des écrits séditieux répandus par des ecclésiastiques du département des Basses-Pyrénées*, eldesdénoncialionsde plusieurs départements sur leur conduite *. De leur côté, des prêtres constitutionnels augmentaient le trouble par des discours et des réunions anarchiques. Parmi eux se distinguaient Fauchet, évêque du Calvados, et Etampes, son vicaire. Leur conduite fut dénoncée à l'Assemblée *, et Joubert, évêque de la Charente-Inférieure, demanda leur arrestation ; l'Assemblée se contenta de charger son comité ecclésiastique

< DtDS la séauce Uu 10 août, rAssemblée décrété que le tnAerneal «hi elergé éiait eomprù dam la délie nalionaie. * Moniteur f séance du 13 août 1791.

9 Ibid,, séance du 18 août.

^ Idtd., séance du 20 août.

> IMd., séancQ du ih août.

280 nisToiiR

de lui présenter un décret pour faire renfermer les ecdéêiastiguei, les évéques constitulionehy les fonctionnaires publics dans les limiles de leur devoir *. Le procès de Fauchet s'instruisit. Il convint, devant le commissaire du département, d'avoir eu quelques torts, mais il désavoua les écrits incendiaires publiés sous son nom. U municipalité de Baveux demanda, en conséquence, que Ton nu*t fin aux procédures ; mais l'Assemblée n'accueillit pas ce vœu *. Elle était fidèle à ses principes de liberté et d'ordre, et ne voulait encourager ni les constitutionnels ni les insermentés dans les actes illégaux dont ils pouvaient se rendre coupables.

Les rapports demandés contre les insermentés ne furent point présentés H l'Assemblée nationale. Le 13 septembre', le roi lui envoya, par écrit, son acceptation motivée de la constitution, en l'invitant à oublier le passé. Conformément à ces intentions du roi, Lafayette proposa un décret d'amnistie, qui fut adopté par acclamation, au milieu des applaudissements, et porté au roi par une députation de soixante députés. Le lendemain, le roi se rendit à l'Assemblée et lit le serment solennel d'être Odèle à la constitution. Ses paroles furent accueillies aux cris mille fois répétés de : Viw le roi! Tbouret, qui présidait, lui répondit avec élévation et convenance ; et toute l'Assemblée le reconduisit jusqu'aux Tuileries, au milieu d'un peuple immense qui faisait retentir les airs de cris enthousiastes. La ville entière fut illuminée le soir en signe d'allégresse. La proclamation de la constitution eut lieu k Paris, et dans toutes les communes, avec beaucoup de solennité.

Dans la séance o£i elle reçut le roi, l'Assemblée décréta la réunion à la France d'Avignon et du Gomtat-Venaissin. qui avaient été autrefois cédés au pape; puis elle adopta un décret, que lui présenta Lanjuinais, au nom du comité eccésiastique, pour subvenir aux besoins des prêtres vieux et infirmes*.

Le 30 septembre, le roi se rendit de nouveau au sein de l'As-

' Dans la sëanct; du 20 août, 1* Assemblée accorda des pensions aux aneient employés à vie des Eglises, soit ecclésiastiques^ soit laïques. Le 98 août, elle décréta que Ton porterait aux Mtels des monnaies les meubltt et nstensiles de bronze et de cuivre des églises supprimées.

' Moniteur^ séance du 30 aoûtr

» IMd^ séances des 13 et 14 septembre 1791.

^ K. le Moniteur du 3 octobre.

DB l'Église de fiance. 281

semblée pour jurer de maintenir la constitution. Ses paroles furent accueillies avec un enthousiasme qu'on ne pourrait décrire.

Ainsi fut terminée cette Assemblée nationale constituante, après trois ans environ d'un travail opiniâtre, qui devait être si fécond en résultats pour le monde entier ^

t On a pu remarquer que, pour raconter Thistoire de rÉgUra sous TAssemblée nationale constituante, nous avons emprunté la plupart de nos documents au MonUeuTy et surtout aux comptes-rendus officiels des séances; c'est que nous n*avons trouvé ailleurs qu'exagérations et déclamations passionnées, qui ne nous ont offert aucune garantie. En modifiant les unes par les autres, les relations des insermentés et des constitutionnels, ou des partisans des , uns ou des autres, on obtient des récits conformes à ceux que nous avons rédigés d'après les documents officiels. Il valait donc mieux nous en rapporter k ces documents, que d'offrir aux lecteurs des récits contradictoires, empreints de beaucoup de passion. On peut en outre consulter les Mémoires de Ferrières, de madame Gampan, de Bertrand de MoUeville, de Wéber, qui confirment les récits tels que nous les avons présentés.

282 HlftTOIlR

Page 1