‹ Histoire de l'église de FranceChapitre 72 sur 100 · LIVRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TREIZIÈME

Assemblée législative. — Ecclésiastiques députés, — Troubles rellgieax.— Décret contre les prêtres insermentés. — Louis xvi reftoe sa sartotioo. — fteft do pape. — Abolition du costume ecclésiastique. — Question du mariage des ecclésiastiques. — Journées du 20 juin et du 10 août.— Emprisonnement do roi. — Les étrangers et les émigrés menacent la France. — Alarme. — Meurtres du 2 septembre^ — Fin de l'Assemblée législative.

L'Assemblée nationale conslittiante avait eu le tort grave de décider qu'aucun de ses membres ne pourraft être élu pour la législative. Elle priva ainsi la France des lumières d'un grand nombre d'hommes qui eussent certainement mérité de nouveau les suffrages des électeurs, et qui en étaient dignes. Elle laissa la place à des médiocrités sans expérience des affaires^ et qui apportèrent, du fond des provinces, plus de préjugés impies que de capacité et de vertus. Quelques hommes de mérite luttèrent en vain contre une majorité ainsi composée.

Vingt-sept membres du clergé constitutionnel siégèrent sur les bancs de l'Assemblée législative; parmi eux étaient dix évéques : Des Bois, Fauchel, Font, Gay-Vernon, Huguet, Lamourette^ Le Coz, Le Fessier, Pontard et Torné. Parmi les prêtres, on remarquait Cerutti, ancien jésuite; Chabot, vicaire épiscopal de Blets; Arbogasl, recteur de l'université de Strasbourg.

A peine l'Assemblée était-elle constituée, que Couthon souleva la question des prêtres réfractaires. Il entendait par là ceux qai

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n'avaient pas prêté serment, a Nous sommes envoyés ici, dit-il^, pour assurer le calme, et nous ne pourrons jamais y parvenir si nous ne prenons des mesures vigoureuses contre les prêtres ré* fractaires. » Ces paroles furent accueillies par quelques applaudi»* sements. « Il y a dans les campagnes, ajouta Gouthon, des curés qui restent dans leurs paroisses, quoiqu'ils soient remplacés, et ils font du mal par leur seule présence. Il y a des endroits où les prêtres constitutionnels ont été poursuivis à coups de bâton pendant le jour, et à coups de fusil pendant la nuit, n 11 est certain que, dans certaines paroisses, la population s'était prononcée en majorité pour les insermentés. Dans la Vendée, particulièrement, les constitutionnels étaient poursuivis comme des schismatiques ; leurs églises étaient désertes; la population des campagnes était étroitement unie aux insermentés qui, eux-mêmes, s'entendaient avec les seigneurs pour organiser une armée qui correspondait avec les émigrés. Dans les départements où les constitutionnels avaient la majorité, ils infligeafeut très souvent aux insermentés les traitements que ceux-ci leur faisaient ailleurs subir à eux-mêmes. Dans plusieurs localités, les catholiques, divisés en deux partis, en venaient aux mains , comme à Montpellier *. Selon Couthon , le meilleur moyen d'apaiser ces troubles, c'était de persécuter les insermentés. Journal , qui déclara n'être pas partisan de ces prêtres, voulait cependant, pour eux comme pour tous autres, la liberté. « Et moi aussi, dit emphatiquement Ramond, député de Paris, je propose des mesures sévères dont on s'est avisé trop tard, quand il a été question de querelles religieuses : je veux parler du plus profond mépris. Lorsque le corps constituant a retenti pendimt longtemps de ces querelles, il serait beau de con^ mencer vos opérations par consacrer la question préalable sur le moi prêtre. x> Selon Lequinio, l'influence des querelles religieuse^ .était trop dangereuse pour qu'on n'y fit aucune attention. La question fut ajournée à huitaine.

Il était facile, d après ces préliminaires, de prévoir commont elle serait envisagée.

Le directoire de Paris continuait à marcher dans une voie plus libérale. Son décret du 11 avril, concernant les églises supprimées,

* Moniteur y séance da 7 octobre 1791.

* nid», Béanct da 17 octobre.

QM- HISTOIRE

étant devenu, par suite d'interprétations abu$it>eSy le prétexte de persécutions et de violences *■ contre les insermentés, il rappela les grands principes de liberté qui devaient protéger Texercice de leur culte. Le collège des Lombards, habité par une communanté de prêtres irlandais, avait surtout été exposé^ à Voccasion du culte qui s'y exerçait^ à des outrages gui blessaient à la fais l'équité naturelle^ la liberté civile^ la foi des traités et les droits de thospitalité. Le directoire décida que son décret du 11 avril ne pouvait s'appliquer à des établissements étrangers, et chargea la municipalité de veiller à ce que les prêtres insermentés pussent jouir de la liberté qui leur était garantie par les lois. La municipalité entra dans ces vues, et autorisa l'ouverture de quatre églises pour les non-conformistes, dans le seul quartier de TObservatoife*; mais, par une inconséquence notoire, elle décida que le culte ue s'y exercerait que sous la surveillance du curé constitutionnel de Saint-Jacques-du-Haul-Pas.

L'Assemblée législative commença, dans sa séance du 21 octobre*, à s'occuper des mesures réclamées par Coutbon contre les prêtres non assermentés. Le député Lejaune dénonça les troubles dont ils étaient l'occasion dans le département du Pas-de-Calais : « Telle est, dit-il, l'horreur des maux que le fanatisme excite, que le repos des familles est troublé, que les citoyens se combattent et s'entre-déchirent, que le culte même n'est plus respecté, que la vente des domaines nationaux est arrêtée, que la confiance et le crédit sont anéantis par les alarmes et les craintes mensongères répandues par les fanatiques. On en a vu exciter les habitants des campagnes à s'entreégorger, insulter eux-mêmes les prêtres constitutionnels jusque dans l'exercice de leurs fonctions, jeter des pierres sur les autels, en faire jeter aux fonctionnaires ecclésiastiques dans les cérémonies publiques, compromettre les intérêts des familles en baptisant clandestinement \ en enterrant dans les bois et les marais. 11 n*est point question, ajouta Lejaune^ de la liberté des opinions religieuses, mais du salut de l'Etat. Portons des lois

^ Arrêté du Directoire de Paris, en date du 12 octobre 1791.

* Moniteur, n.o du 22 octobre. Les quatre églises autorisées étaient oeliei des Carmélites, de T Institution, du Val-de-GrAce et de Sainte-Marie.

* llHd.^ séance du 21 octobre 1701 et suiv., dans les n.<w des 24, 25 et 97 octobre.

^ L*acte de baptême était encore Tacte légal de la naissance.

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sévères contre les perturbateurs^ ou^ si nous n'y prenons garde^ les prêtres feront couler des ruisseaux de sang, d Ce député proposa^ en conséquence^ un projet de loi d'après lequel tous les prêtres non assermentés devaient fixer leur résidence au chef-lieu du département, et les religieux ne devaient plus sortir^ avec leur costumcy hors des maisons conventuelles qui leur étaient assignées. Davigneau attaqua ce projet. Il n'était pas besoin^ selon ce député^ d'une loi générale qui consacrerait un exil odieux; il suffisait de punir les non-<;onformistes qui ne respecteraient pas les lois et seraient reconnus perturbateurs du repos public. Monneron fut du même avis. Goustard admit seulement^ comme provisoire^ le projet de Lejaune. Baert émit Topinion qu'il fallait se soustraire au joug de tous prêtres, constitutionnels ou insermentés; en conséquence, il proposa d'attribuer aux municipalités la rédaction des actes de naissance^ mariage et sépulture ; d'accorder des églises et des prêtres insermentés aux populations qui en demanderaient^ quand leur volonté serait connue par un certain nombre de signatures; enfin, de supprimer tout autre serment que le serment purement civique. Gaudin proposa de laisser aux corps administratifs des départements le droit d'expulser les prêtres qui auraient causé ou fomenté des troubles. Becquet, après un tableau fort exact des troubles religieux, prouva qu'il serait dangereux de faire une loi nouvelle; que les anciennes suffisaient^ et que les corps administratifs des départements devaient recevoir des ordres pour les appliquer soigneusement contre tous prêtres qui troubleraient l'ordre. C'était Tunique moyen, selon Becquet, de remédier au désordre, eu respectant la liberté des cultes. Roujoux ne trouva pas ce moyen suffisant, et proposa de laisser une liberté entière aux prêtres insermentés, en exigeant seulement d'eux la preuve qu'ils n'avaient, en aucun cas, excité les citoyens au mépris des lois, sous peine d'être privés de la pension que leur donnait l'État. Plusieurs orateurs parlèrent en sens contraires sur ces divers projets. Lemontey et Ducos se firent remarquer par l'élévation de leurs vues. Ils voulaient, pour les communes, liberté entière de choisir entre les insermentés et les constitutionnels, et la répression sévère des actes contraires aux lois. Fauchet, évêque du Calvados, prit la parole après eux. 11 dit qu'une loi de répression lui paraissait urgente contre les insermentés, mais qu'elle devait consister simplement dans le retrait des pensions qui leMr étaient allouées, a II ne faut point de persécution, dit-il; le fanatisme la désire. Gardez-vous

296 BI8TOUUI

^emprisonner les réfiractaires^ de les proscrire, et iiMBnie dt les déplacer. Nous opposerons nos Imnièrcs à Terreur, nos vertus b leun calomnies, notre charité à leur haine... Tolérons-les; mais ne les payons pas pour déchirer la pairie, d Fauchet n'exceptait que les prêtres vieux et infirmes, qui recevraient leurs pensions sans avoir prêté serment. Plusieurs députés protestèrent contre le discours de Fauchet, d'autres y adhérèrent d'une manière plus ou moins formelle. Torné, évéque métropolitain du Cher, s'opposa à toute mesure violente, et demanda pour les insermentés une liberté aussi grande que possible, et seulement la répression légale des désordres dûment constatés.

Tandis que l'Assemblée délibérait, on lui adressait, de divers départements, des pétitions contre les insermentés et contre les constitutionnels ^ L'aristocratie du département de l'Orne, qui persécutait Le Fessier, évéque constitutionnel de Séez depuis son installation, le dénonça comme intolérant. Il fut prouvé qu'il était d'une douceur exemplaire, et qu'on l'avait calomnié. On ne peut nier qu'alors la noblesse et le clergé insermenté ne se soient compromis vis-à-vis du gouvernement et des lois existantes par des intrigues multipliées et des relations avec les émigrés, qui se préparaient à entrer en France avec les étrangers. Leurs projets étaient si connus que Louis XVI s'était cru obligé de les désavouer publiquement dans une proclamation datée du 12 novembre*. Les anciens évoques avaient des agents actifs dans leurs diocèses et à Rome auprès du pape. Ils voulaient, d'uji côté, ameuter le peuple contre les lois nouvelles, et, de l'autre, obtenir de Pie VI un manifeste contre le clergé constitutionnel et la révolution '.

Dans la suite, de la discussion sur la répression des prêtres insermentés *, Ramond développa son système de payer les ministres de tous les cultes, en laissant le choix aux populations, et en reconnaissant un ministre pour une aggrégation plus ou moins considérable. L'abbé Audrein demanda qu'on écartât toute idée de religion et de culte,' puisque tout Français devait jouir légalement de la liberté sous ce rapport, et que l'on réprimât seulement les perturbateurs en leur ôtant tout ou partie de leur traitement.

* Moniteur t séance du 25 octobre*

* On la trouve au Moniteur, n.o du 14 novembre 17M.

* Moniteur, n.o du 4 novembre 1791.

* iM., n.M des 91 octobre et 4 uotembrei

DB L'iGlIUB DB FAAN€B. 287

Fattehet se disculpa du reproche d'intolérance, en faisant un tableau des persécutions dont les constitutionnels étaient l'objet, et cita un fait qui s'était passé à Caen, sa ville épiscopale : deux ou trois cents femmes avaient poursuiii le curé constitutionnel de leur paroisse el essayé de le pendre au réverbère de Téglise, devant Pautel*. Ce n'est pas être intolérant, disait Fauchet, de demander que rÉtat ne paie pas ceux qui tourmentent les prêtres reconnus par rÉtat. Gensonné soutint qu'on ne pourrait porter un remède efficace aux troubles religieux qu'en séparant l'État de l'Église; en laissant à tous les citoyens le droit de choisir leurs prêtres, et en abolissant tout autre serment que celui qui était purement civique. Il proposa, eu conséquence, la nomination d'une commission chargée de réviser la constitution civile du clergé. Gensonné donnait son opiniob comme le résultat d'études sur les lieux mêmes, lorsque l'Assemblée l'avait envoyé, au» mois d'octobre, avec Gallois, dans la Vendée, pour rechercher la cause des troubles*. L'Assemblée renvoya, à son comité de législation, les divers

f)rqjets qui lui avaient été proposés. Comme elle recevait sans cesse es renseignements les plus graves sur les troubles qui croissaient de jour en jour, le comité dut faire son rapport dans la séance du 14. Il y fut lu en effet, mais ses conclusions furent attaquées par Isnard', qui fit un discours virulent, dans lequel il prétendit que Fexil des prêtres insermentés hors du royaume était l'unique moyen de rétablir la paix. Un grand nombre de membres demandèrent l'impression de son discours. Le Coz, évêque d'IUe-el-Vilaine, s'éleva contre cette proposition. «Demander l'impression du discours de M. Isnard, dît-il, c'est demander l'impression d'un code de l'athéisme. » Ces paroles sont accueillies par des murmures. «Je ne crois pas, continue Le Coz, que l'Assemblée qui représente tous les citoyens et tous les fidèles de l'Empire, doive décréter quelque chose qui tende à bouleverser de plus en plus la tranquillité publique... Nous fondons nos espérances, dans cette régénération du peuple français, sur la pureté de la morale; or, je soutiens et je prouverai que le discours de M. Isnard tend à détruire toute

^ D'autres troubles fort graves furent excités à Caen par des prêtres inser^ mentes et des nobles. F* lé MoniUur, n.o du 12 novembre et jours suivants.

' Le rapport de ces deux commissaires se trouve au Moniteur, n.o« de« 10 et 12 novembre 1791. F. U. Mémoires de Oumouriez, liv, 3, ch. 5.

' Moniteur^ séance du 14 novembre.

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morale religieuse et sociale. » Les clameurs forcèrent Le On i descendre de la tribune. Dans la séance du 16 S François de Neufchâteau présenta un autre projet, au nom d'une des sections do comité de législation. Les autres sections présentèrent aussi le leur; mais, sur la demande de Vergniaud, celui de François de Neufchâteau obtint la priorité et fut adopté comme base de la délibération. Ses principales dispositions étaient : qu'aucun ecclésiastique ne pourrait être rétribué qu'après avoir prêté le serment civique ; que les municipalités dresseraient des listes exactes de tous les ecclésiastiques insermentés et qui refuseraient le serment; que les prêtres assermentés ne seraient plus considérés conune fonctionnaires publics, et qu'en conséquence le titre de caniHtU" tion civile du clergé serait modifié ; que le refus de serment rendrait suspect de révolte contre la loi ; que les ecclésiastiques insermentés pourraient être provisoirement exilés du lieu de leur domicile, en cas de troubles religieux; que tous ecclésiastiques fauteurs de troubles seraient déférés aux tribunaux et passibles d'une peine qui ne pourrait excéder une année de détention, à moins qu'ils ne soient coupables de crimes auxquels serait attachée une punition plus sévère.

Torné, évêque métropolitain du Cher, défendit la cause des insermentés. 11 dit que le refus de serment n'était pas un délit; que ce refus privait seulement des droits de citoyen actif, d'après la constitution, et non du titre de citoyen français; qu'on ne pouvait faire du serment civique une condition pour recevoir les pensions qui étaient dues aux insermentés sur les anciens fonds du clergé. Malgré les efforts de Torné, le projet du comité fut adopté, quant à la privation des pensions et traitements.

Lamourette, évêque métropolitain de Rhône-et-Loire, prit la parole sur l'article XY du projet qui attaquait directement la constitution civile du clergé et les constitutionnels comme fonctionnaires publics, n fit, sur l'alliance de l'Évangile et de la constitution, un discours d'une haute éloquence, qui reçut de l'Assemblée les honneurs de l'impression *. Merlin plaida la même cause que Lamourette ; Vergniaud conseilla d'ajourner l'article jusqu'au moment où l'on discuterait la réforme des lois relatives au diergé;

* MonUeur, séances du 16 novembre et jours suivants» jusqu'au 29 du même mois.

* MÊoniUm', séance du 21 novembre.

DE l'églisk dk fbancb. 289

6et ajouraement fut prononcé. Mais TAssemblée admit un article additionnel qui avait le même sens au fond que celui qui était rejeté^ et qui autorisait les municipalités à rendre des églises aux citoyens qui voudraient y faire exercer le culte qui leur conviendrait. Le décret proposé par François de Neufchâteau fut adopté le 29 novembre.

Il était donc bien évident que l'Assemblée n'attachait pas plus d'importance au culte salarié qu'à tous les autres^ et qu'elle voulait admettre^ en principe, la liberté absolue et indéfinie de professer tout culte y quel qu'il fût Lamourette combattit en vain l'article additionnel.

Les dispositions que montrait l'Assemblée engagèrent Charrier de La Roche à donner sa démission du siège métropolitain de la Seine-Inférieure. Il a exposé lui-même ainsi les motifs de sa démission dans cette lettre, qui fut rendue publique ^ :

<K Je ne crois pas , dans le parti que je viens de prendre , qu'il y ait de quoi alarmer les bons citoyens , s'ils ont bien compris le vrai sens des dispositions que j'avance dans mon acte de démission. L'impossibilité reconnue de faire le bien dans Tctat où sont les cho^s me fait désirer qu'on lève les obstacles qui s'y opposent. Je crois que cela ne peut être ni par la persécution, ni par la tolérance de deux cultes catholiques mis à côté l'un de l'autre, et qui s'excluraient mutuellement.

» Je me suis bien attendu à des contradictions et à des disgrâces ; elles sont inséparables du ministère des pasteurs ; mais celles que j'éprouve et qui semblent s'augmenter à mesure que leur origine s'éloigne, sont d'un genre tout différent par leur liaison avec l'ordre politique. Un évêque ne peut pas être sans cesse à lutter contre les ennemis de la paix ; cet état est trop violent*, et je ne demande pas mieux que d'exercer mes fonctions, pourvu qu'on m'en procure les moyens ; je reconnais que la voie de conciliation et des rapprochements est indispensable pour prévenir même la chute de la constitution que je crois très liée avec celle du clergé ; pour se concilier, i7 faut faire les avances que les anciens évégueê ont faites y en mettant atu: pieds du pape leurs démissions. J'en ai fait autant au département de la Seine-Inférieure; et, lorsque

* Lettre de Ghanier de La Roche a Leclerc, en date du 8 novembre 1791. On la trouve au Moniteur, n.o du 27 du même mois.

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les difficultés seront aplanies^ je me livrerai tout entier à mon ministère, si, par le résultat, je suis conservé.

» Cette voie est très canonique , très pacifique, et sera suivie d'un succès infaillible, si t;lle est employée avec intelligence et droiture de cœur. Ma démission contient ces motifs et ces dispositions de ma part.

» Je n'ai changé ni de principes, ni d opinions sur hi constitution civile du clergé ; je ne renvoie ni ne rétracte mon serment, que je ferais encore par soumission h la loi de TËtat, parce que je la crois légitime ; mais ce sont les moyens qui me manquent, pour en faire et en appliquer les principes dans la pratique du ministère. »

Charrier de La Roche faisait allusion , dans cette lettre , à h réponse que plusieurs anciens évoques avaient faite, le 3 mai, au bref de Pie VI. Ces évêques étaient au nombre de trente, et les mêmes qui avaient signé V Exposition des principes sur la constitution civile du clergé. A la fin de leur réponse, ils avaient offert au pape leur démission libre et volontaire , alin qu'il pût travailler plus utilement à la paix. Tous les anciens évéques n'étaient pas dans ces dispositions et n'auraient pas voulu laisser au pape le pouvoir de gouverner et de réorjîanîser l'Église de France , sans la participation de Tépiscopat*. Cette opposition se manifesta onvei^ tement lorsque le successeur de Pie VI demanda à tous les anciens évéques leur démission. Nous verrons bientôt comment le pape jugea la démission de Charrier de La Hoche.

Le décret de l'Assemblée contre les prêtres séditieux reçut ks approbations des directoires et municipalités de plusieurs départements. Le roi, hésitant s'il devait le sanctionner, avait fait demander, par son ministre de l'intérieur^ des renseignements afin de connaître l'opinion publique. En conséquence des lettres du ministre, les insermentés et leurs amis faisaient signer des pétitions. Les partisans du décret se plaignaient des moyens qu'ife employaient pour avoir des signatures. Le directoire du département de Paris , fidèle à ses principes de tolérance et de liberté , adressa au roi une pétition *, pour le prier d'opposer son fxto au décret du 29 novembre. Camille Desraoulins présenta à l'Assem-

1 Moniteur, n.o» des -25 novomUr.', 10 et 3i décembre ITiM. » Cette péliiîon î* trouve au Moniteur, Ji.« du 9 deci'mbro.

DK l'ÂGMSK de PR.iNCK. 2^)1

Klée^ ie 11 décem/ore % une adresse dont Fauchet fit la lecture ot dans laquelle on demandait la mise en accusation du directoire. Lçs orateurs des différentes sections de Paris lurent des adresses analogues. Celle de Camille Desmoulins fut renvoyée au comité de législation ; toutes furent insérées au procès-verbal et adressées aux départements. Le roi fit écrire à l'Assemblée qu'il examinerait le décret du 29 novembre •. Environ un mois après, il refusa sa sanction, et le ministre de la justice écrivit à tous les juges et commissaires du roi des différents tribunaux, une lettre dans laquelle i) leur recommandait de veiller à ce que la liberté des cultes fût respectée et à puntr seulement les perturbateurs du repos public et les séditieux.

Le veto du roi redoubla l'ardeur des insermentés ', qui parcouraient les campagnes pour les soulever contre les constitutionnels et la révolution. Les directoires de plusieurs départep^ents prirent alors contre eux des mesures de rigueur; celui des Landes les obligea à s'éloigner, dans le délai de quinze jours, des paroisses où ils exerçaient le ministère, à la distance de quatre lieues; celui de Loir-et-Cher adressa à l'Assemblée législative un arrêté par lequel il assujettissait toas les insermentés qui habitaient le département à se rendre dans la huitaine au chef-lieu de l'administration, sous peine, s'ils n'obéissaient pas, d'y être conduits par la gendarmerie, et remis dans un dépôt qui serait indiqué dans le chef-lieu. En vertu du même arrêté, les municipalités durent envoyer au directoire de Loir-et-Cher des listes aposlillées et très détaillées des nomSj des pensions et de la conduite de chacun des prêtres non assermentés qui vivaient dans leur enceinte. C'était, comme on voit, la mise à exécution du décret du 29 novembre que le roi avait refusé de sanctionner. Plusieurs départements adoptèrent des mesures analogues. Les insermentés, fiers de l'appui du roi, luttaient à découvert. Dans quelques départements, ils avaient le dessus. Dans la Dordogne, la plupart des élections municipales s'étaient faites sous leur influence, et les constitutionnels donnaient leur démission. Dans les diocèses , les séminaires étaient toujours gouvernés par des congrégations de prêtres séculiers qui faisaient une opposition .directe aux évêques

' JUonUeur, séance du 11 décembre.

* ihid^y séance du 19 décembre 1791, n.o du 25 janvier 1792.

• IMd.f n.oi des 31 janvier, 6, 7 el 15 février, el l«r mars.

202 HISTOIRR

élus. Le Coz demanda la dissolution de ces congrégations qui avaient fait, dit-il, des séminaires des repaires de raristocratie ecclésiastique. Charlier les appela des nids de tyrans^ et il demanda la vente des bâtiments et la dissolution des corporations qui s'3 étaient réfugiées*. Les directeurs des séminaires s'entendaient avec les inscrmenléâ disséminés dans toutes les paroisses, et avec les vicaires-généraux des anciens évéques qui administraient la diocèses en leur nom, et qui étaient dépositaires de leur autorifi. De tous les départements arrivaient des plaintes tellement multipliées que, dans la séance du 6 février, Vaublanc proposa à rassemblée d'interpeller le ministre de Tintérieur sur l'état du royaume. « Il n'est pas douteux, dit-il, que l'état intérieur du royaume appelle toute votre attention, et qu'il exige que vous preniez de grandes mesures et un parti décisif. Il est certain que si les moyens d'exécuter les lois échappent aux mains du ministre de Tintéricur, c'est à vous à y remédier, et il est pour cela de grands moyens dont le succès serait infaillible. » Vaublanc proposa donc un décret pour demander au ministre de l'intérieur un rapport exact sur h situation du royaume. Tburiot, Cambon, Lacroix émirent le vœu qu'il fût mandé séance tenante, ce qui fut adopté. Le oiinistre de l'intérieur était Cahier-Gerville. Il se rendit aux ordres de l'Assemblée, entra dans quelques détails, et promit, pour la semaine suivante, un rapport circonstancié sur l'état de la France. Il le fit dans la séance du j8 février*. Voici ce qu'il dît touchant les troubles religieux :

c( Depuis lonsrtemps les prêtres avaient réuni leurs intérêts à ceux de raristocratie. Quelques-uns ont refusé de bonne foi de prêter serment, d'autres oui été dirigés par une autre impulsion que par celle de leur conscience. Quoi qu'il en soit, le décret qui le prescrit produisit cet étrange elTet de rappeler à la religion beaucoup de pei*sonnes qui l'avaient oubliée, et qui, jusque-là, ne s'étaient pas mises fort en peine de prouver qu'elles avaient de la morale. La religion, qu'on n'attaquait pas, trouva des défenseurs qu'elle n'avait pas appelés, et sur lesquels elle n'avait pas le droit de compter. Plusieurs habitants des campagnes ont été séduits par les manceurres des nouveaux fanatiques.

)) C'est par cette résislance des uns, et par cette soumission 3es

• Moniteur, sëaucos des 5 et G févri.^r 17î)2.

• I6td., séaD€« du 18 février JTîKî,

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autres^ que se sont formés, dans la même religion^ deux cultes qui ont les inémes prêtres^ les mêmes dogmes, les mêmes rites, la même liturgie^ les mômes usages et les mêmes cérémonies ; deux cultes tels que l'œil le plus attentif ne peut y apercevoir la moindre différence. La nation a été traitée de schismatique^ et une sourde lutte entre les deu,x partis a produit les malheurs dont je vais mettre le tableau sous les yeux de l'Assemblée^ toujours en me renfermant dans le cercle de mon administration.

» Dans le département du Finistère, quatre à cinq prêtres non ctssermentés ont été emprisonnés par ordre d'une municipalité, sans aucune forme de procès. Plusieurs départements ont fait fermer les églises non paroissiales, en s'accordant à reprocher aux prêtres non assermentés de troubler les consciences, de prêcher l'insurrection y de soulever la religion contre la loi. Dans les départements de l'Aube et de la Haute-Vienne, deux curés se sont mariés et ont publié eux-mêmes leurs bans. Ils ont été expulsés par le peuple et les officiers municipaux. Dans le département du Haut-Rhin, les curés conformistes (constitutionnels) sont publiquement insultés; dans d'autres, on demande qu'ils soient chassés. A Alençon, des citoyens obligés d'employer les prêtres assermentés pour donner la sépulture ont refusé de fournir les noms patronymiques de ceux qu'ils faisaient enterrer.

» Les départements du Nord, du Pas-de-Calais, d'Ille-et- Vilaine, des Côtes-du-Nord, de la Loire-Inférieure, du Gard, du Cantal, sont ceux qui sont le plus agités par des troubles religieux. Si, d'un côté, Ton voit des fanatiques, de l'autre on voit des perséculeurs, et il semble que la tolérance soit exilée de ce royaume...

» Dans le département de la Lozère, les prêtres non assermentés u'ont pu être remplacés. »

Après avoir cité d'autres faits où la politique jouait le plus grand rôle, le ministre blâma indirectement le décret du 29 novembre, en indiquant la liberté absolue des cultes comme le moyen de rétablir l'ordre.

a Qu'importe à l'État, dit-il, qu'un citoyen aille à la messe, ou n'y aille point? Tout ce que peut faire une bonne constitution, c'est de favoriser toutes les religions, sans en distinguer aucune. U u'^ a point en France de religion nationale. Chaque citoyen doit jouir librement du droit d'exercer telle pratique religieuse que sa conscience lui prescrit, et il serait à désirer que l'époque ne fnt pas éloignée où chacun paiera son culte.

'2^)i lilSlOlBF.

j> Le fanatisme est comme un torrent qui détruit et renverse toutes les barrières qu'on lui oppose^ et qui s'écoule sans ravage lorsqu'on lui ouvre des issues. Je désire que TAssemblée accélère l'époque où Tétat civil ne sera plus constaté parles ministres du cuJle^ mais par des officiers publics; et je m'applaudis d'avoir été le rédacteur de l'adresse qui provoque cette attribution à rautorité civile. L'intérêt des prêtres ne doit entrer pour rien dans les combinaisons du législateur. La patrie attend une loi juste^ qui puisse entrer dans le code des peuples libres^ et qui dispense de prononcer ici ces mots : prêtres et religions, »

D'après le ministre de Tintérieur/les troubles religieux venaient de rintolérance des deux clergés^ constilutionnei et insermenté; et la séparation complète de TËglise et de l'État était le remède à ces maux. Le 11 mars S le ministre de l'intérieur fit un nouveau rapport sur les troubles qui agitaient la plupart des départements. Il demanda, comme très urgente^ la loi qui ôterait au clergé la rédaction des registres de Télat civil, parce qu'il voyait une source fréquente de conflits dans Tobligalion où se trouvaient tous les dissidents de se présenter aux prêtres constitutionnels avec lesquels ils n'auraient pas voulu commuuiquer. Mais il Insista surtout sur les menées politiques, qui spéculaient et sur les sentiments religieux et sur la cherté des grains pour enfanter des émeutes et ébranler le gouvernement.

L'agitation, qui était déjà si grande, fut augmentée encore par la publication d'un bref*, dans lequel nous remarquons surtout les passages suivants : « Vous nous avez fourni le plus ample sujet de joie, vénérables frères archevêques et évéques de l'Eglise de France. AiTermis dans vos principes par nos instructions j[Miteruelles, vous vous êtes montrés de plus en plus dignes des louanges qui sont dues à votre admirable fermeté. Plusieurs d'entre vous, chassés de leurs églises, et même du royaume, ont supporté cet exil avec un courage invincible; d'autres ont été livrés, dansleun»propres diocèses, aux outrages et aux violences de leurs persécuteurs; d'autres encore ont souffert toutes les horreurs de J'emprisonnement. Tel a été spécialement votre partage, à vous, notre ' vénérable frère évéque de Senez^ conmie vous nous en avez in-

1 Monitewr, séance du 11 mars 1792.

* Bi^f de Pie VI, en date du 19 mars iTKI, adressé à tout te c4etigë H M peuple de France.

Dl L'éCLIHB DE KBASCE. 295

formé par \os lettres; et c'est aussi par votre capti^ito elle-nuhne, qu'une portion plus distinguée de gloire vous est assurée. Tous, enûn (si l'on en excepte seulement quatre malheureux évêques}, soit que vous fussiez au milieu de votre troupeau^ soit qu ou vous en eût éloignés, vous avez concouru^ avec le plus grand zèle et les plus puissants moyens^ à répandre nos lettres dans tous vos diocèses^ et à rendre les peuples dociles h nos monitions. Aussi^ rendons-nous grâces à Dieu, avec saint Léon, et nous livrons-nous à une sainte allégresse, en voyant ainsi tous les frères de la famille catholique se signaler tellement par le courage de la foi y que tous les efforts de l'hérésie ne peuvent ouvrir leur cœur au moindre êentiment de faiblesse et de pusillanimité, »

Ces éloges donnés aux anciens évéques indistinctement^ à part les quatre qui avaient prêté serment^ semblent excessifs et prouveraient que le pape n'était pas parfaitement renseigné sur l'état de la France. Presque tous les évéques avaient fui lorsqu'il n'y avait pas encore de danger. Ceux mêmes des diocèses où les insermentés s'étaient maintenus en possession des paroisses, avaient émigré comme les autres. Jusqu'à la (in de l'année 1792^ les prêtres qui correspondaient avec eux pouvaient^ presque partout, exercer leur culte dans des édifices particuliers, et sous la protection de la loi. Quelques mesures arbitraires avaient été prises par des municipalités ou des directoires de départements ; mais il faut dire, pour être exact, que, même après le décret du 29 novembre, que le roi avait refusé de sanctionner, les insermentés n'étaient pas plus persécutés que les constitutionnels. Ils l'eussent été moins encore peut-être si, éclairés sur les intentions de l'État et sur le principe admis par lui de la liberté des cultes, ils se fussent contentés de remplir leur ministère, sans prêcher contre les intrus^ ou contre la cànslitulion citile du clergé. Mais, du moins, les prêtres qui, pour obéir à leur conscience, prêchaient contre une loi qu'ils considéraient comme hérétique, montraient du courage , tandis que les évéques méritaient peu, sous ce rapport, les louanges que le pape leur prodiguait dans son bref. Celles qu'il adressait aux prêtres et aux lidèles qui combattaient sur la brèche étaient mieux méritées. Âpres avoir félicité les prêtres qui, après avoir prêté serment, l'avaient rétracté, Pic VI parle en ces termes de ia démission de Charrier de La Hoche, dont nous avons déjà fait mention :

« Nous n'avons pas été non plus indifférent, dit-il, à la nouvelle

2% Iti.'iTUlRR

que Ton nous a apportée^ que IMntrus de Houen s'était démis du siège qu'il avait usurpé^ et que d'autres intrus avaient pris la fuite. Nous avons aussitôt compris l'avantage qui pouTait résulter de ces démissions et de ces évasions ; elles montrent^ en effet, assez clairement aux fidèles de quel opprobre les intrus se sentaient accablés^ et de quels remords leur conscience était bourrelée pendant que^ sous le masque de Tépiscopat^ ils étaient les fondateurs et les instigateurs du schisme. Cependant, à cet égard^ notre joie ne saurait être complète. Nous n'ignorons pas, en effet, qu'au moment même où l'intrus de Rouen donnait sa démission, et où d'autres intrus prenaient la fuite, ils aimaient mieux persévérer dans leur opiniâtreté que de rétracter leur serment en abjurant leurs erreurs, et qu'il s'élevait encore contre eux des reproches non équivoques d'obstination et d'endurcissement. »

De cette remarque le pape aurait dû conclure que les constitutionnels dont il voulait parler n'avaient pas été guidés par les motifs qu'il leur prétait. Il est certain que Charrier de La Roche ne s'était démis, et que d'autres prêtres constitutionnels n'avaient quitté leur poste que devant l'hifluence des insermentés qui rendait leur ministère impossible. Mais le pape ignorait le véritable état de la France. Il voulait croire qu'elle était, depuis 1789, couverte de martyrs. Elle le fut plus tard, mais les rapports qui lui avaient été faits jusqu'alors n'étaient pas exacts.

Après avoir dit, dans son bref, ce qui lui causait de la joie, Pie VI expose les objets de sa douleur, c'est-à-dire la conduite de* quatre évéqucs qui avaient prêté serment et conserv-é leurs sièges, et le progrès qu'avait fait le schisme constitutionnel depuis ses derniers brefs. Il attaque les évêques élus avec véhémence, ainsi que leur manifeste dont nous avons parlé, et qui était intitulé : Acwrd des vrais principes, etc/ll leur rappelle la première tnontitem qu'il leur a faite dans son bref du 13 avril 1791, et les avertit que le présent bref du 19 mars 1792 servira de deuxième et de troisième monition canonique; assignant, pour chacune de ces monilions, soixante jours, à compter de la date de cette pièce. En conséquence il avertit : i^ Talleyrand, Gobel et Miroudot de Saint- Fergeux ; 2** les évêques constitutionnels; 3** Brienne et son coadjuteur, de Savines et de Jarente ; 4" les curés et tous autres ecclési;istiques ayant charge d'àmes; 5<* les vicaires et autres prêtres: que si, dans le délai fixé, ils ne font pas satisfaction à l'Église, il les frappera d'excommunication.

DB l'^LISB DB rBAIfCB. 297

Le même jour. Pie VI publia un bref pour douner aux ancieDs évéques et aux administrateurs de leurs diocèses tous les pouvoirs nécessaires d'absoudre des cas réservés au Saint-Siège, et de faire des ordinations en dehors des règles suivies dans les temps ordinaires.

Le bref du 19 mars 1792 ne produisit pas plus d'effet contre l'Église constitutionnelle que celui du 13 avril de l'année précédente. Les insermentés, l'ayant reçu, le propagèrent avec zèle, comme un manifeste éclatant contre la constitution civile et la révolution. De nouvelles dénonciations furent portées contre eux à l'Assemblée. Le roi sentit la nécessité de réprimer leurs entreprises, et fit écrire à ce sujet une lettre à tous les tribunaux par Roland, qu'il venait de choisir pour ministre de l'intérieur, et qui faisait, par intérim, les fonctions de ministre de la justice. Voici quelques passages de cette lettre ^ :

a Les querelles du sacerdoce désolent le royaume. Les opinions religieuses servent de prétexte à tous les troubles ; mais l'amour des richesses et de la domination, la haine d'une constitution établie sur les bases de l'égalité en sont les véritables mobiles.

» Des prêtres factieux et hypocrites, couvrant leurs desseins et leurs passions du voile sacré de la religion, ne craignent pas d'exciter le fanatisme et d'armer du glaive de l'intolérance des citoyens égarés. Les trop crédules habitants des campagnes cèdent à des suggestions perfides; les prêtres qui ont accepté la constitution civile du clergé sont poursuivis^ maltrtùtés et chassés.

B Tant d'excès ne pouvaient se tolérer plus longtemps, et le roi, qui en est profondément afOigé, me charge de faire connaître, pour la seconde fois, aux dépositaires de la puissance publique, et en leur personne, à tous les Français, ses véritables dispositions sur la nécessité de réprimer et de punir exemplairement les coupables auteurs des troubles religieux.

ji Ceux-là, sans doute, sont les calonmiateurs des intentions de 8a Majesté, qui, en interprétant le veto qu'elle a apposé au décret du 29 novembre, ont aflecté de le regarder comme une approbation tacite du fanatisme et de l'hypocrisie. Non, Messieurs, le roi ne veut point l'anarchie ; en suspendant l'exécution d'un décret sur lequel l'opinion publique paraissait alors partagée, il a prouvé à l'Europe qu'il était absolument libre.

* Oa trouve cette teUre au Monitieur, n.« du 16 avril i70i.

21^ UISIOIRK

j> Sa \olonté ferme 4*1 déteniniiée est que les perlurbAteurs de Tordre public, que tous ceux qui commauderont, conseilleront ou favoriseront le crime au nom du ciel^ soient sévèrement punb ; que \d main de la Justice s'appesantisse sur eux^ et que tons les moyens que la loi et la constitution indiquent soient mis en usage pour réprimer leurs odieux complots

» C'est à vous, c'est aux agents du pouvoir judiciaire qu'il appartient surtout d'interrompre le cours des désordres religieux que la mollesse coupable de plusieurs tiibunaux a laissés multiplier dans i'Ëtat. Que l'autorité dont vous êtes revêtus ne soit pas vaine c\ impuissante contre les crimes; sou>enez-vou$ que la compassion pour les méchants est une cruauté envers les bons...

x> N'oubliez pas, cependant^ que la déclaration des droits consacre la liberté des opinions même religieuseêy et que la manifestation pure et simple des pensées dans un état libre doit être éternellement à l'abri de toute atteinte. Que l'erreur tranquille et paisible soit respectée ; que les consciences jouissent de la liberté lapins entière... S'il arrivait que des prêtres, qui ont accepté la constitution civile du clergé, développassent un système pe^écoteuTy s'ils devenaient fauteurs ou instigateurs de révolte ; que la 4oi, qui doit être la même pour tous, sévisse également contre eux...

» Sa Majesté, fortement attachée à l'exécution des lois, est dans le dessein de faire poursuivre, comme coupables de forfaiture, les juges qui, par une collusion criminelle, ou même par négligence, laisseraient les prêtres séditieux, prédicateurs publics ou secrets de la rébellion, compromettre plus longtemps le salut de la France. )>

Roland écrivit aux directoires des départements une autre iettiv dans laquelle il les chargeait de veiller à ce que les tribunaux fussent tidèles à observer les prescriptions qui leur étaient adressées.

Malgré les poursuites dont ils étaient menacés, les prêtres insermentés continuaient à agiter les campagnes. Des plaintes arrivaient sans cesse contre eux au ministre de l'intérieur, qui écrivit, ie 0 mai, à l'Assemblée législative^ pour lui demander une niesaK* de rigueur dont sa correspondance lui faisait sentir la nécettité *.

Il avait déjà attiré l'attention de FAssemblée sur les trouble> religieux dans la séance du 13 avril '. il lui avait fait un rapport

1 La lettre du ministre est au Moniteur , ii.<» du 16 mai 17112. - Moniteur^ g»^ni" du i:^ a\ril 171fâ.

DE l'ÉGLISK 0B FRANCE. 299

alaniiànt de i^ét&t où se trouvaient les départanents; nous en si<gnalerons leti passages suivants :

(( Ce ne sont pas quelques départements seulement où des tumultes passagers ont élevé des craintes, sollicité ta vigilance des administrateurs ; c'est une fermentation universelle dont le levain existe dans toutes Fes parties de la France, et a soulevé plus ou moins )e^ esprits dans tous les départements. Ici, des prédications incendiaires, faites par des prêtres non assermentés, retentissent de village en village, préviennent les habitants contre les prêtres assermentés et les portent à s'opposer à leur installation; là, des écrits séditieux, des menaces violentes multiplient les émeutes, propagent le désordre de toutes parts... 11 est impossible d'offrir à l'Assemblée les faits nombreux, les événements tragiques, résultats terribles des passions les plus sombres et les plus exaltées. Ils sont consignés dans une correspondance immense que je puis donner en extrait à l'Assemblée. »

Le ministre passe en revue les arrêtés que les directoires de quarante départements avaient été obligés de prendre pour s'opposer aux désordres. Ces arrêtés étaient illégaux, mais légitimés par les circonstances, et devaient faire comprendre à TAssembléc la nécessité d'une loi rigoureuse contre les non-conformistes.

Après avoir entendu le rapport du ministie, l'Assemblée avai chargé une commission, composée de douze membres, d'étudier les moyens (Textirper les troubles suscités par le fanatisme ou par le brigandage dans plusieurs parties du royaume. Outre divers moyens purement moraux, la commission pix)posa des peines sévères contre les non-conformistes qui he respecteraient pas le:^ lois : le déplacement d'abord, et la déportation en cas de récidive S La commission des douze présenta, le 5 mai, un projet de décret* quî n'avait pû être communiqué avec le rapport du 19 avril, et l'Assemblée tlxa la délibération au 8. Comme elle n'avait pu s'en occuper ce joar4à, Roland lui avait adressé sa lettre pour hâter la loi. La discussion conimen(:a, dans la séance du 13 mai, au milieu des bruits de guette ^i de l'émotion fébrile qu'ils excitaient dans toute la France. Chaque jour apportait des renseignements sinistres sur les complots des émigrés, les encouragements que leur donnait

* Rapport du député Français (de Nantes), dans la séance du 10 avriU iâolUitfur, n.o du 28 avril 1791.

5 MimiUur, s«îanccs dos 5 et 13 mai I7!>2.

3<I0 RisToiaK

le pape, les relations secrètes qui existaient entre les émigrés et les prêtres insermentés qui étaient en France. La délibération prit donc naturellement un caractère exalté qu'expliquent les circonstances. Français (de Nantes), rapporteur de la commission àt> douze, avait déclamé avec virulence contre le pape et les prêtres, en présentant le projet de décret. La plupart des orateurs se prononcèrent pour la déportation. Yergniaud crut la plaisanterie de bon goût dans un tel sujet : « Je ne doute point, dit-iP, que le» hommes qui troublent noti*e société ne soient accueillis en Italie comme de saints personnages que Ton persécute, et qui méritent les palmes du martyre ; et le pape ne pourra voir, dans le présent que nous lui aurons fait de tant de saints vivants, qu'un témoignage de notre reconnaissance, pour les bras, les têtes et les reliques des saints morts dont il a gratiiic, pendant tant de siècles, notre crédule piété. » L'Assemblée rit et applaudit à ces paroles. Moy, curé de la paroisse de Saint-Laurent, à Paris', s'opposa à la déportation et prétendit que le seul moyeu de mettre lin aux querelles religieuses était la Uberté absolue des cultes et la séparation de l'Église et de l'État. On devait, en conséquence, abolir la constitution civile du clergé, et laisser les citoyens libres de choisir et de payer leurs pasteurs. Le discours de Moy, véritable programme d'indifférence religieuse, fut accueilli, à ce titre, avec beaucoup de sympathie par l'Assemblée, qui en décréta l'ioiprerr sion, malgré les protestations de plusieurs membres, et en particulier de Le Coz, évéque d'IUe-et-Vilaine. Hamond se rangea à l'avis de Moy ; mais le projet du curé de Saint-Laurent fut éloigné par la question préalable, et l'on continua la discussion sur la déportation, après une interruption de huit jours '. L'abbé Ychon, député du Gers, se prononça pour la déportation, qui fut adoptée, en principe, sur la proposition de Guadet, dans la séance du 24 mai. On détermina ensuite les cas où cette peine devrait être infligée. Guadet fit décréter que la dénonciation de vingt citoyens actifs d'un canton, confirmée par le district, ou vérifiée par le directoire du département, sufifu*ait pour que ce directoire fût obligé de pro-

^ MumUeuTy séance du 16 mai.

* Moy ou Uemoy avait publié un opuscule impie , intitulé : Accord àt ta rtUgion et des cultes chez une nation libre.

* 4fOiit(ei«r, séance du 24 mai.

DB l/ÊGLISB DB FRANCE. 901

DODcer la déportation contre le prêtre dénoncé '. En conséquence^ TAssemblée adopta, le 27 mai, un décret en dix-neuf articles % dans lequel il fut arrêté que les prêtres insermentés^ condamnés à la déportation^ seraient obligés de quitter la France dans un délai fixé^ sous peine de dix ans de détention. Il fut décidé qu'on accorderait à tous un passeport, et 3 francs par jour, jusqu'aux frontières, à ceux qui n'auraient- pas de ressources suffisantes pour faire le voyage.

Dans la séance du 18 juin', le président lut à l'Assemblée une lettre du ministre de la justice, qui annonçait que le roi apposait son veto sur la loi de déportation. I^ roi avait hésité. Roland, ministre de l'intérieur, qui avait surtout sollicité la loi, lui avait écrit le 10^ pour l'engager à donner sa sanction. Il lui disait dans cette lettre : a La conduite des prêtres, en beaucoup d'endroits, les prétextes que fournissait le fanatisme aux mécontents, ont fait porter une loi sage contre les perturbateurs; que Votre Majesté lui donne sii sanction : la tranquillité publique la réclame, et le salul des prêtres la sollicite. Si cette loi n'est mise en vigueur, les départements seront forcés de lui substituer, comme ils font de toutes parts, des mesures violentes; et le peuple irrité y suppléera par des excès. » Louis XVI ne put se résoudre à suivre ce conseil, et ôta à Roland son portefeuille de l'intérieur. Le 24 mai, l'Assemblée demanda aux ministres un rapport détaillé et par écrit des mesures qui avaient été prises par le gouvernement pour arrêter les troubles religieux'. Duranthon, ministre de la justice, fut obligé d'avouer qu'il n'en avait pris d'autres que de veiller à l'exécution des lois, et que les ministres ne pouvaient demander compte au roi des motifs qui Pavaient empêché de sanctionner la loi de déportation.

Ce qu'avait prévu Roland arriva. Les municipalités et les directoires des départements arrêtèrent un grand nombre de prêtres insermentés, comme perturbateurs du repos public ou correspondants des émigrés. Partout, les prisons furent remplies de ces prêtres et de nobles suspects.

^ Moniteur, séance du 25 mai.

* /Md., D.o du 4 juin.

* i6fd., séance du 18 juin 1792.

« IMd., n.odul5]uin.

* Hdd,, séances des 2« et S9 juin.

30^ HlflTOISK

Le veio du roi fut le prétexte de TéiBeule du Hà juiu^ Les fia^hdhgs Saint» Antoine et Saint-Marceau^ après s'être présentés à TAssemblée nationale^ se rendirent aux Tuileries, malgré les effort» du directoire du département et de la municipalité pour maintejiir Tordre. Pétion, maire de Paris, fit d'inutiles efforts pour arrêter le peuple. L'Assemblée, ayant appris que les jours du roi étaient menaciés, lui envoya une députation de vingt-quatre membres pour le rassurer, et se déclara en permanence jusqu'à ce que la tranquillité fût rétablie. La députation de l'Assemblée fut reçue avec respect par les émeutiers. Elle trouva le roi fort tranquille au milieu du tumulte. Quelqu'un lui ayant dit qu'il devait avoir eu bien peur : « L'homme de bien, répondit Louis XVI, n'a pas de crainte. » Puis, prenant la main d'un garde national, il la posa sur son cœur en disant : « Voyez si c'est là le mouvement d'un cœur agité de crainte/»

La conduite de l'Assemblée excita les colères de ceux qui avaient rêvé, au 20 juin, la destruction de la royauté. Un grand nombre de membres furent insultés et menacés : d'un autre côté on voulait mettre Lafayette en accusation, comme n'ayant pas rempli son devoir contre l'émeute. Toute la populace était horriblement agitée par les séides du Palais-Royal et les jacobins. Enfin le 10 août éclata la révolution qui avait manqué au 20 juin. Le roi se retira au sein de l'Assemblée avec sa famille. Les Tuileries furent envahies ; les gardes-suisses égorgés. Les jacobins et d'Orléans triomphèrent; la partie modérée de T Assemblée ne put lui disputer la victoire, et Louis XVI ne sortit de l'Assemblée que pour aller au Temple, où il fut emprisonné avec sa famille. Du 10 août au 21 septembre l'Assemblée resta en permanence. L'insurrection fut continue. Les esprits étaient surexcités par les nouvelles qui circulaient touchant les armées étrangères et celle des émigrés. La France entière était sous l'influence d'une fièvre ardente ; son délire était effrayant. Les émigrés et leurs amis de Tintérieur avaient redoublé d'activité depuis l'emprisonnement du roi ; leurs déraar^ , ches attiraient chaque jour davantage l'attention des municipalités et des particuUers. Un grand nombre de prêtres' se mêlaient aux intrigues politiques. La loi de déportation fut proclamée le 26 août, par l'Assemblée. Des arrestations nombreuses furent opérées sur tous les points de la France. A Paris, les prisons ne suiffisant

^ Moniteur f n.oë du 21 juin et jours suivants, et du 10 août aa SU sept ITftt

uv. l'églisk uf. krangr. 3(>3

^, ou enÇenna ks inculpés d&iu^ pUisi^ur^ cbàteaux ou éditices religisus abandonnés, comme le couvent des Carmes et le séminaire de Saint-Firmin. Chaque jour des députations se présentaient k rAssemblée et dénonçaient les complots du clergé et de Faristocratie« Depuis que les étrangers menaçaient la France, les volontaires des provinces méridionales s'étaient dirigés sur Paris et de là à la frontière du Nord. Ces volontaires, parmi lesquels se distinguaient les Marseillais^ jouèrent un grand rôle dans les émeutes des 2ù juin et 10 août Ils étaient encore en grand nombre à Paris, lorsque la nouvelle arriva que les étrangers, après avoir remporté quelques avantages, marchaient sur cette ville. Le â septembre^ le conseil général de la commune appela tous les citoyens aux armes. L'alarme fut grande et la colère à son comble. Des hommes cruels profitèrent de Texaltation de ces sentiments pour faire commettre au peuple de lâches assassinats. Parmi les prisonniers^ il y avait sans aucun doute plus d*un partisan des émigrés, mais il s'y trouvait aussi un grand nombre d'hommes paisibles^ que leur position seule avait rendus suspects. Plusieurs des prisonniers se réjouissaient des succès des étrangers. On avait saisi la trame d'un complot horrible. Tandis que les émigrés et les étrangers assiégeraient Paris, ceux de leurs amis qui étaient en lit)erté devaient délivrer les prisonniers et se répandre avec eux dans la ville pour opérer une diversion. Ce complot avait reçu un commencement d'exécution. A celte nouvelle^ il n'y eut qu'un cri : massacrons les prisonniers; et aussitôt des bandes exaltées se portèrent aux diverses prisons et y commirent des horreurs, pendant que le canon d'alarme tenait Fans sous l'étreinte d'un danger imminent

Les meurtriersse dirigèrent d'abord à la prison de l'Abbaye K Le gardien fut obligé de remettre les registres, et tous les prisonniers arrêtés pour affaires politiques ou religieuses et fabrication de faux assignats furent massacrés sur-le-champ. Onze seulement furent sauvés.

Tandis qu'on massacrait à cette prison^ les détenus de PHôteVde-YiUe y étaient transférés. Us étaient au nombre de 24. On les fit monter dans six voitures. Au bout de la rue Dauphine , l'un deux frappe de sa canne^ par la portière de la voiture, un des

* Relations de Tabbé Sicard et de Tabbé Bertholet; Mon €mon(e de trente- 8ir heures ; par Jourgniac de Saint-Méard ; Procès-Verbaux de la commune <te Paria. On peut voir quelques autres documents au t. xlvii de la collection ^^ Mémoires relatifs à la révolution, Paris, Baudoin.

304 IllSTOlAI

fédérés qui faisait partie de l'escorte. Celui«ci, (orieuXi monte nr le marche-pied et plongé son sabre dans le cœur de celui qui l'a frappé; d'autres l'imitent et tuent plusieurs des prisonniers. Lonqu'on arriva à l'Abbaye , une grande foule remplissait la cour; plusieurs prisonniers sont massacrés en descendant de Toitore. D'autres entrent dans la salle où siégeait une espèce de tribunal qui présidait au massacre. A sa tête était Maillard ^ L'abbé Sicard^ instituteur des sourds-muels ^ était parmi les prisonniers amenés à TAbbaye. Il rendit compte lui-même à l'Assemblée du dévouement de l'horloger Monot, qui le sauva en présentant sa propre poitrine aux meurtriers. L'Assemblée déclara que Monot avait bien mérité de la patrie , déchargea l'abbé Sîcard de toute accusation et le rendit à ses chers sourds-muets. Parmi les prêtres qui furent massacrés à l'Abbaye^ les plus connus furent l'abbé Lenfant^ ex-Jésuite et célèbre prédicateur ; l'abbé Chapt de Rastignac, grand-vicaire d'Arles ; Roger^ curé de Saînt-Jcan en Grève à Paris; l'abbé Saint-Clair; Râteau^ docteur de Sorbonne ; Gervais, secrétaire de l'archevêché de Paris. Plusieurs auteursontaffîrmé que quarante prêtres environ avaient été massacrés dans cette prison.

Pour peindre les horreurs oui y fuirent commises , nous copierons un passage de la relation de l'abbé Sicard, qui en fut le triste témoin :

a Les cris des victimes, les coups de sabre qu'on frappait sur ces têtes innocentes 9 les hurlements des égorgeurs, les applaudissements des témoins, tout retentissait dans mon cœur. Je distii^w même la voix de ceux de mes confrères que la veille on était venu chercher à la mairie : vers trois ou quatre heures du malin, recommencèrent avec plus d'éclat, dans la cour, les mêmes cris et les mêmes chants. C'était parce qu'on amenait dans cette cour jonchée de cadavres deux prêtres qu'on était allé arracher de leur lit. Les égorgeurs se ralliaient tous à ce bruyant signal de carnage. Les deux prêtres furent interpellés de faire le serment, et refusèrent avec autant de douceur que de fermeté. Se voyant pour cela seul condamnés à mourir sur-le-champ, ils demandèrent quelques heures pour se préparer à la mort, et obtinrent cette grâce. Les assassins employèrent 'cet intervalle de temps à ordonner qu'on

* Les Archives de la préfecture de police possèdent le registre des senli'iicM de ce tribanal. II est couvert de taches de sang, et chaque sentence est aigaét par Maillard.

DK l'ÉGUSB Dfi FRANCE. 3U5

amenât des charrettes pour enlever les cadavres, à la\er et balayer la cour toute ruisselante de sang, ce qui leur donna beaucoup de peine. Pour en être dispensés à l'avenir, malgré les massacres qu'ils se disposaient à ]f faire encore, ils consultèrent entre eux divers expédients, et adoptèrent celui de faire apporter ^e la paille, d'en former une espèce d'estrade, qu'on exhausserait encore avec les habits des victimes déji'i immolées, et sur laquelle on ferait monter celles qu'on égorgerait dorénavant; au moyen de quoi le sang absorbé par ce lit de mort n'irait plus inonder la cour. Un des sicaîres se plaignant alors de ce que chacun d'eux n'avait pas le plaisir de frapper chaque victime; ils décidèrent que l*on commencerait par la faire courir entre deux haies fornices par tous, mais qu'alors on ne la frapperait qu'avec le dos des sabres, et que, lorsqu'elle serait montée sur Testrade, frapperait qui poun*ait avec le tranchant ou la pointe ; ils décidèrent aussi qu'il y aurait autour de cette estrade des bancs pour les femn^es et pour les hommes qui voudraient voir de près l'exécution, et qu'ils appelaient les messieurs et les dames.

n Tout ceci, je l'ai Mi-et entendu; j'ai vu ces dames du quartier de l'Abbaye se rassembler autour du lit qu'on préparait pour les victimes, y prendre place comme elles l'auraient fait à un spectacle amusant. Enfin, vers dix heures du matin, les deux prêtres furent amenés et périrent suivant le mode récemment convenu entre les assassins. »

De l'Abbaye S les meurtriers se rendirent les uns au Châtelet et les autres à la maison des Carmes, où environ cent quatre-vingts ecclésiastiques étaient emprisonnés depuis le 11. août. Parmi eux étaient Dulau, archevêque d'Arles, que nous avons vu diriger les travaux des dernières assemblées du clergé ; deux frères Larochefoucault, évéques de Beau vais et de Saintes; Hébert, supérieur des Sudistes. L'abbé Berthelct, qui échappa au massacre, en a fait une relation dont nous donnerons les extraits suivants :

a Une fois enfermés à l'église des Carmes, il nous fut défendu de nous parler. Un garde fut mis à côté de nous, et l'on nous apporta pour toute nourriture du pain et de l'eau; c'est ainsi que nous passâmes la première nuit; et, jusqu'au cinquième ou sixième jour, nous couchâmes sur le pavé de l'église. Il fut ensuite permis ^ ceux qui en avaient de se procurer des lits de sangle et des paillasses. L,^ lendemain du jour où nous avions été enfermés étant

* F. les oavrages cités plus haut ei iw ifionitrur de s<»ptpmb'e 1792. 111. ' iO

306 BISTOIBI

uu dimanche^ nous demandâmes la permissioD de dire ou d'étendre la messe, et cette consolation nous Ait refusée, non-seulement ce jour-là, mais encore pendant tout le temps de notre dé* tention. Nous évitâmes avec soin tout sujet de [daintes contre nous, et même nous rejetâmes la proposition qui nous fût faite à différentes reprises par un jeune homme nommé Vigoureux, qui portait rhabit ecclésiastique sans être attaché à cet état, de profiter des occasions qu'on semblait nous offrir de prendre la fuite ; car on laissa plusieurs fois les portes ouvertes et même des armes à notre disposition ^ Sans examiner si c'était ou non vùae perfidie, n'écoutant que notre conscience^ nous craignîmes de nous rendre coupables ou de compromettre quelqu^un parla fuite, et nous continuâmes de rester soumis aux ordres que nous avions reçus. Cependant, notre prison se peuplait tous les jours davantage, et comme c'était la nuit principalement qu'arrivaient d'autres prisonniers, nous étions fréquemment troublés dans notre sommeil par les propos outrageants et le cliquetis des armes des gardes qui les amenaient.

» Sur la fin du mois d'août, un commissaire vint faire aux Carmes un appel général des prisonniers, et l'on demanda à chacun en particulier s'il était prêtre ou dans les Ordres sacrés. On écrivit nos réponses, et Ton élargit deux prisonniers qui déelarèrent n'être pas liés aux Ordres. On retint néanmoins parmi nous deux laïques, M. du Plain de Sainte- Albine et M. de Valfons^ ancien officier du régiment de Champagne, qui déclara être Catholique romain, et ne pas connaître d'autres motifs de sa détention. Quelques jours après cette visite, nous reçûmes celle d^un commissaire de la section, qui nous parla à chacun en particulier, et nous demanda nos couteaux, nos ciseaux et nos canifs, après nous avoir dit quelques mots de consolation. Nous voyions aussi très souvent M. Manuel, procureur de la commune. 11 nous dit un jour que l'on avait examiné nos papiers, que l'on n'avait rien troové qui pût nous faire paraître coupables, et que nous serions bientôt rendus à la liberté. Il nous revit le 30 août et nous dit que les Prussiens étaient en Champagne; que le peuple de Paris se levait

t Ces paroles sont bien remarquables. On sait que le motif que Ton mit en avant pour égorger les prisooniers était qu*ua complot était formé iv^ i» armer et leur ouvrir les portes au moment où les étrangers et ^^ «migres arriveraient à Paris, et qu« Ton mit les seûlirr*» »• «««uaauoo.

DE l'Église de fbâncb. 307

en masse et enToyait toute la jeunesse pour les combattre ; que Ton ne voulait point laisser d'ennemis derrière soi et que nous devions, pour notre propre sûreté et pour obéir au décret de déportation, nous disposer à sortir de France. Sur une observation de l'un de nous, il répondit que Ton nous accorderait quelques heures pour prendre dans nos maisons les choses dont nous aurions besoin pour le voyage; et le soir même, un commissaire accompagné de gendarmes nous lut le décret sur la déportation^ et le laissa affiché dans le sanctuaire. Dès le lendemain, nous nous hâtâmes de recueillir le plus d'argent qu'il nous fut possible, pour des voyages dont nous ne connaissions ni le terme, ni la durée. Nous étions alors environ cent soixante prisonniers, jo

La commune avait pris la résolution de vider les prisons en faisant partir les prisonniers pour l'exil ; mais les Jacobins, qui avaient alors toute la puissance et qui dominaient la commune et même l'Assemblée, prévinrent, par le massacre, l'exécution de cette mesure. Tandis que les prisonniers des Carmes se préparaient au départ, la maison fut envahie. Copions encore la relation de l'abbé Berthelet.

a Les mouvements précipités des gardes qui veillaient sur nous, le3 vociférations qui, des rues voisines, parvenaient jusqu'à nos oreilles, le canon d'alarme que nous entendîmes tirer, tout était fait pour donner de l'inquiétude; mais notre confiance en Dieu était parfaite. Le commissaire du comité de la section vint faire précipitamment un appel individuel de toutes nos personnes, et nous envoya dans le jardin, où nous descendîmes par un escalier à une seule rampe, qui touchait presque à la chapelle de la sainte V^ierge, comprise dans l'église où nous étions prisonniers. Nous arrivâmes dans le jardin au travers de gardes nouveaux qui étaient sans uniformes, armés de piques et coifies de bonnets rouges : le commandant seul avait un habit de garde national. A peine fûmesnous dans ce lieu de promenade, sur lequel donnaient les fenêtres des cellules du cloître, que des gens placés à ces fenêtres nous outragèrent par les propos les plus infâmes et les plus sanguinaires.

» Nous nous retirâmes au fond du jardin, entre une palissade de charmilles et le mur qui le sépare de celui des dames religieuses du Cherche-Midi. Plusieurs d'entre nous se firent un refuge d'un petH aratoire placé dans un angle du jardin ; et ils s'y étaient mis à dire leurs pvîAres de vêpres, lorsque tout à coup la porte du jardin fut ouverte avec fracas. iVou» vimcs alors entrer en furieux sept à

:\\H HISTOIHB

huit jeuaes gens, dont chacun avait une ceinture garnie de pislolets, indépendamment de celui qu'ils tenaient de lar main gauche, en même temps que de la droite ils brandissaient un sabre. U premier ecclésiastique qu'ils rencontrèrent fut M. de Salins, qui, profondément occupé d'une lecture, avait paru ne s'apercevoir de rien ; ils le massacrèrent à coups de sabre, et tuèrent ensuite ou blessèrent mortellement tous ceux qu'ils abordèrent, sans se donner le temps de Içur ôter entièrement la vne, tant ils étaient pressés tl'arriverau p^roupe d'ecclésiasb'ques réfugiés au fond du jardin; ils en approchèrent en criant : L archevêque d'Arles! l'arclievêque d'Arles! Ce saint prélat nous disait alors ces mots, inspirés par uue foi vive : « Remerciez Dieu, messieurs, de ce qu'il nous appelle à » sceller de notre sang la foi que nous professons ; demandons-lui » la grâce que nous ne saurions obtenir par nos propres mérites, )i celle de la persévérance finale. » Alors M. Hébert, supérieur général de la congrégation des Eudistes, demanda pour lui et pour nous d'être jugés. On lui répondit par un coup de pistolet, qui lui cassa l'épaule, et Ton ajouta que nous étions tous des scélérats, en criant derechef : L'archevêque d'Arles! rarchevéque d'Arles! Après l'avoir atrocement assassiné, les sicaires, se. tournant vers nous qui restions immobiles d'admiration sur la manière dont il était mort, nous frappèrent avec leurs sabres et leurs piques. Je rerus une blessure ù la cuisse, et M. l'évêque de Beauvais en eut ime fracassée d'un coup de feu.

» En ce moment, le commandant du poste, resté à l'autre extrémité du jardin, nous ordonna de rentrer dans Téglisc ; et nous nous acheminâmes avec plus ou moins de peine vers l'escalier par lequel nous en étions sortis ; mais les gendarmes y plongeaient leurs baïonnettes. Nous nous amoncelions vers cet endroit, sans pouvoir passer; les hommes à piques vinrent y croiser aussi leurs armes d'une manière effrayante j nous y eussions tous été tué^, si, par des prières réitérées, le commandant n'eût enfin obtenu qiK* ces assassins nous laisseraient entrer dans l'église. Nous nous rendîmes dans le sanctuaire et auprès de l'autel, où nous nous donnâmes l'absolution les uns aux autres ; nous récitâmes les prières des mourants et nous nous recommandâmes a la bonté infinie de Dieu. Peu d'instants après arrivèrent les assassins, pour nous saisir et nous entraîner ^ le commandant du poste leur représenta (jo^ nous n'étions pas jugés, et que nous étions encore sous la i^^'^^^hoii do la loi. Ils popoiidirent que nous étions t<^"«' <^<=a scélérats et que

nous péririons. En eft'et, ils firent descendi»e les prisonnierp peu à peu et en petit nombre dans le jardin, à l'entrée duquel se postèrent les égorgeurs. »

Cent quarante prêtres environ furent massacrés aux Carmes. Il n'y en avait pas à la prison de la Force, qui fut envahie vers minuit. Pétion, maire de Paris, s'y transporta en toute hâte; mais là, comme à l'Âbbaye et aux autres prisons, l'autorité échoua contre les pouvoirs improvisés que s'étaient attribués les Jacobins des différentes sections de la ville. Robespierre et Marat dirigeaient surtout le Comité de surveillance de la commune, qui avait pris le pouvoir sur l'ancien conseil du département et sur la municipalité ; Manuel et Tallien, qui étaient les membres les plus actifs de cet ancien conseil, et Pétion, qui avait la confiance de la ville, essayèrent en vain de lutter contre les brigands qui présidaient aux massacres. On distinguait surtout, parmi les plus horribles exécuteurs, Foumier, dit l'Américain, Maillard, Violette. Billaud-Varennes leur prodiguait les encouragements. Danton, ministre de la justice, approuva leurs massacres. Plusieurs écrivains se sont trompés en attribuant les massacres de septembre à d'autres qu'aux comités révolutionnaires qui usurpèrent l'autorité après le 10 août, et qui sortaient du club des Jacobins. A plusieurs reprises, les débats de la Convention et du Corps Législatif ont jeté des lumières sur ces horribles exécutions*, et en ont fait connaître les véritables auteurs.

Les massacres eurent lieu, non seulement à l'Abbaye, aux Carmes et à la Force ; la Salpétrière, Bicêtre, la Conciergerie, le Châteiet, furent aussi visités par les massacreurs. 11 n'y avait pas de prêtres dans ces dernières prisons : ils se trouvaient tous à l'Abbaye, aux Carmes et au séminaire de Saint-Firmin. Quatrevingt-dix prêtres furent massacrés dans cette dernière maison, le 3 septembre. L'abbé Haûy , célèbre par ses ouvrages de physique, y avait été enfermé; mais, sur les instances de ses confrères de l'Académie des sciences, il avait été délivré avant le massacre.

^ On peut consulter le ilfonit^r, surtout aux no» des iO cl 14 novembro 1793; 20 janvier, 4 et 8 février 1793; séances du 12 mars 1793; du 18 brumaire an III (8 novembre 179*) ; du 30 nivôse {SSt jaoviei 1795); du 13 ventôse (3 mars 1795); du 4 messidor (22 juin 1795); du 1er jour complémentaire (17 sepUrabre 1795); no» du 8 ventôse an IV (27 février 1796); du 25 ventôse (15 mars 1796); d« 8 Rerfninal (28 mars 1796); du 19 fructidor (7 septembre 1797). F. it. les Mémoires de M'Hllan.

3iO B18T01RB

Des émissaires des Jacobins se répandirent dans les départements, afin d'y présider à des exécutions semblables à celles de Paris. Dans plusieurs villes^ un assez grand nombre de prêtres furent lâchement assassinés. Des bngands^ envoyés de Paris, allèrent à Orléans pour escorter un convoi de prisonniers expédié pour Versailles. Foumier, l'Américain , était à la tête de cette escorte homicide. En arrivant au château de Versailles, il s'écria que deux mille hommes étaient cachés pour délivrer les prisonniers. Aussitôt sa bande s'élança sur les prisonniers et les massacra. Parmi eux était Gastellane, évéque de Mende.

Tandis que ces massacres avaient lieu, on faisait les élections pour une nouvelle Assemblée, convoquée pour juger Louis XV(. La Convention ouvrit ses séances le 21 septembre. Mais, avant de commencer le récit des faits relatifs à la religion, qui arrivèrent sous cette Assemblée, nous devons jeter un coup d'œil sur plusieurs questions importantes, traitées par T Assemblée législative dans le cours de ses séances.

Le 6 avril, Gaudin, au nom du comité de Tinstruction publique, fit la seconde lecture d'un projet de décret qu'il avait présenté quelque temps auparavant, et qui supprimait toutes les communautés religieuses respectées par les décrets précédents. Elles étaient ainsi désignées dans Tarticle premier du projet ^ :

« Les corporations connues en France sous le nom de congrégations séculières ecclésiastiques, telles que celles de l'Oratoire de Jésus, de la Doctrine chrétienne, de la Mission de France ou de Saint-Lazare, des Eudistes, de Saint-Joseph, de Saint-Sulpice, de Saint-Nicolas du Chardonnet, du Saint-Esprit, des Missions Étrangères, des Missions du clergé, des Mulotins et Missionnaires de Saint-Laurent, du Sainl-Sacrement;

» Les sociétés de Sorbonne et de Navarre ;

» Les congrégations Idques, telles que celles des Frères des écoles chrétiennes, des Ermites du Mont-Valérien, des Ermites de Sénard, des Ermites de Saint-Jean-Baptiste, de tous les autres Frères ermites, des Frères tailleurs, des Frères cordonniers ;

» Les congrégations de filles, telles que celles de la Sagesse, des Écoles chrétiennes, des Vatelotes, de Sainte-Agnès, de l'Union chrétienne, de \a, Providence ;

D Et généralement toutes les congrégations séculières d'homoKS

' MimUeurt séance du 6 avril 1792.

DR l'AgUSK m rRANCB. 311

et de femines^ ecclésiastiques ou laïques, même celles uniquement vouées au service des hôpitaux et au soulagement des malades^ sous quelque dénomination qu'elles existent en France, soit qu'elles ne comprennent qu'une seule maison, soit qu'elles en comprennent plusieurs, sont éteintes et supprimées, à dater du jour de la publication du présent décret. »

Le Coz, évéque d'ille-et* Vilaine, prit la défense des congrégations religieuses, a La constitution, dit-il, est encore, pour ainsi dire, environnée de ruines ; voulez-vous détruire encore ? L'esprit de conquête et l'esprit d'innovation sont le germe de la destruction des empires. Des législateurs, amis de Thumanité, examinent, avant de renverser un établissement public, quels sont les motifs de le détruire ; enfin, ils examinent si Ton peut mettre k la place quelque chose de meilleur... Les congrégations paci^ques, ajoutat-il, les congrégations vouées à Tinslruction de la jeunesse sontelles contraires à la constitution? Je crois que les congrégations qui exercent dans ce moment les fonctions d'instruction publique ne sauraient être supprimées sans qu'il en résultât un grand préjudice à la société. Je distingue donc, parmi les congrégations qui doivent être conservées, les Doctrinaires; cette congrégation est de la plu^ grande utilité pour la classe la moins aisée : dans beaucoup de cantons, et même dans des petites villes, ce sont ces sociétés qui donnent aux enfants les notions élémentaires. En les supprimant, vous êtez à six cent mille enfants les moyens d'ap* prendre à lire et k écrire. »

Tome, métropolitain du Cherj soutint qu'une saine politique demandait la suppression des congrégations séculières, aussi hicn que des Ordres monastiques ; mais il proposa de laisser les membres des anciennes congrégations en possession des fonctions qu'ils remplissaient et de se contenter de détruire les corporations ellesr mêmes. Pour que ces corporations fussent détruites complètement, Torné proposa l'abolition de tout costume religieux et ecclésiastique. La proposition fut adoptée au milieu des applaudissements de la majorité de l'Assemblée. Fauchet, évéque du Calvados, mit sur-le-champ sa calotte dans sa poche, et Gay-Vernon, évéque de la Haute-Vienne, remit au président la croix d'or qu'il portait sur sa poitrine, pour l'entretien d'un garde national sur la frontière : «r Lorsque je serai, dit-il, dans l'exercice de mes fonctions, je porterai une croix d'ébène. »

312 HISTOIBC

Le 13 aoûl S rAsseinblce accorda des pensions aux membre? de? anciennes congrégations religieuses qui auraient prêté serment,

La question du mariage des prêtres fut agitée plusieurs fois à l'Assemblée législative. Dès le 19 octobre 1791 *, plusieurs députés avaient demandé que les prêtres qui se marieraient pus^nt jouir de la pension à laquelle ils avaient droit comme prêtres. Le Goz, évêque d'ille -et- Vilaine, prit, en celte circonstance, la défense du célibat ecclésiastique ; mais, malgré ses efforts, il fut admis en principe que les prêtres pouvaient se marier^ et que le mariage ne les empêchait pas d'avoir droit à leur pension. Cependant quelques directoires de départements a^ant demandé une loi formelle, elle fut adoptée le 7 août 1792; et Ton décida que tous les prêtres, religieux ou religieuses qui se marieraient, recevraient leurs pensions, aussi bien que ceux qui garderaient le célibat.

L'Assemblée ne reconnaissant pas les vœux, il n'y avait pour elle aucune distinction entre les citoyens relativement au mariage; elle ne considérait non plus cet acte qu'au point de vue purement dvil, depuis qu'elle avait ôlé aux curés le droit de le constater, et qu'elle avait nommé des officiers civils pour recevoir le serment des parties contraclantes.

Nous avons vu que déjà, sous l'Assemblée constituante, la municipalité de Paris avait considéré comme une chose urgente d'êter aux prêtres les registres de l'état civil. On revint souvent sur cette question à l'Assemblée législative, lorsqu'on s*y occupait des discussions des prêtres constitutionnels avec les inserqieiités. Enfin, le 15 février 1792, le député Muraire lit un rapport sur cet objet*. La discussion commença le 17 mars suivant, et, le 19 juin, l'Assemblée adopta en principe que les naissances, mariages et décès seraient constatés dans la salle des séances des municipalités. On 8*étendit ensuite, touchant cette constatation, en des détails qui . n'appartiennent pas à l'histoire de TÉglise.

Dans ces discussions, comme dans toutes les autres, les orateurs de l'Assemblée législative émirent quelques idées justes, à travers mille opinions fausses, présentées avec une emphase qui va souvent jusqu'au ridicule. Yergniaud fut le seul véritable orateur de

* Moniteur, séance du 13 août 1792.

* Moniteur, séance du 19 octobre 1791.

* lMd,f séances du 17 février, du 19 mars et du 19 juin 1792.

DE l'kGMSE de FRANCE. 313

cette Assemblée. Lesmassacrcs descplembre eUes lois de déportation resteront comme une souillure imprimée sur l'année 1792 et sur TAssemblée elle-même. Mais, tandis qu'elle dissertait et laissait égorger les prisonniers, les volontaires chassaient les étrangers, unis aux émigrés, et couvraient le nom français de gloire sur le champ de bataille de Valmy.

La Convention. — Membres du clerRé constitutionnel qui en font putie. — Procès fit mort de Louis XVI. — Décret de déportation contre les prêtres insermentés. — Proconsuls. — Noyades. — Pontons. — Abjurations et apostasies. — Grégoire confesse courageusement la religion. — Le ChrisUanisme remplacé par le culte de la Baison. -> Nouveau calendrier. ~ Fête de la déesse de la naison. — Les églises profanées. — Robespierre fait décréter l'existence de Dieu. — Fête de l'Étre^Suprême. — Secte de Gerle et de Catherine Théot. — Chute de Robespierre. — Assemblée d'évéques constitutionnels. — Leur première lettre encyclique.— Décret sur la police des cultes.— Réaction royaliste et religieuse.— Derniers décrets de la Convention contre les prêtres.— Situation religieuse de la France au moment où la Convention cède le gouvernement au Directoire.

ma— 1?95.

La Convention fut surtout dirigée dans ses actes par des hommes tristement célèbres ; Robespierre, Danton, Billaud-Varennes, Collot d'Herbois, Couthon, Marat, Lindet. Nous pourrions ajouter bien d'autres noms. Les uns les ont en exécration à cause des flots de sang dont ils inondèrent la France ; d'autres les admirent comme les vengeurs de l'humanité, depuis si longtemps victime de castes privilégiées. Il en est qui les regardent comme des fléaux envoyés par la Providence, pour punir la société, et le clergé surtout, des crimes et des désordres qui les avaient souillés. Il est certain que le clergé avait besoin d'une grande expiation, et que le sang des justes devait couler pour les coupables.

Dix-sept évéques constitutionnels firent partie de la Convention : Grégoire, Huguet, Gay-Vernon, Massieu, Wandelinconrt, Martin Arbogast, Fauchet, Royer, Thibault, Seguin, Marbos, Saurine, Villars, Banadon, Casaneuve, Lalande et Lindet; on y comptait aussi vingt-cinq prêtres, parmi lesquels était Audrein, vicaire épiscopal du Morbihan, et qui fut bientôt après évéque du Finistère.

314 IIISTUIRR

Dès la première séance de la nouvelle Assemblée^ Bianuel proposa Tabolition de la royauté. Il fut appuyé par Grégoire, qui s'éleva avec violence contre les rois, dont l'histoire, dit-il, est le martyrologe des nations. Séance tenante, la royauté fut abolie aux cris mille fois répétés de Vive la République! Le procès dr Louis XVI commença ensuite, et, après avoir été abreuvé d*ignomlnie dans la prison du Temple et à l'Assemblée, le malheureux roi monta sur Téchafaud, le 21 janvier 1793. Quatre évéques constitutionnels votèrent pour sa mort, ce sont : Lindet, de l'Eure: Massieu, de l'Oise ; Gay-Vemon, de la Haute- Vienne ; Huguet, àp la Creuse ; Audrein et seize autres prêtres les imitèrent. Parmi eux était Sieyès. Grégoire, l'ennemi des rois, était en mission au moment du vote. Il était d'avis que l'on mit le tyran dans l'impossiblité de nuire à la République, mais il déclara que son c^^ractère lui défendait de voter la mort \

La Convention, ayant proclamé la République, imposa un nouveau serment de liberté et d'égalité k tous les ecclésiastiques. Ceux qui refusèrent de le prêter furent condamnés à la déportation par le décret du 21 avril '. Le serment de la constitution civile du clergé fut annulé par le serment républicain. Parmi ceux qui avaient prêté le premier, plusieurs refusèrent le second, et furent confondus avec les premiers dans une même persécution. Un assez grand nombre de constitutionnels retractèrent alors le serment à la constitution civile, qui leur parut coupable lorsqu'ils virent les excès des révolutionnaires. On dit que Lamourette, avant de monter sur l'échafaud, envoya à l'Église de Lyon une lettre dans laquelle il se rétractait.

Le décret du 21 avril fut appliqué avec férocité. Les prêtres qui ne purent s'enfuir assez tôt furent saisis, garrottés et conduits par troupes en des prisons voisines de la mer. On se proposait de le-^ jeter sur les plages les plus sauvages de l'Afrique ou de TAmérique : mais la guerre empêcha l'exécution de cet affreux projet. ll> furent donc entassés sur des vaisseaux, privés des choses les plu« indispensables, et exposés à mille tourments. On avait eu la cruauté de leur enlever jusqu'aux livres de prières qui eussent fait leur consolation. La peste se mit parmi eux et en enleva un grand

* On a accusé Grégoire d*ayoir voté pour U inort« Il se éékoàd tsmbm coiUr» oetlè accusation daas ses Mémoireê.

* Mpmkurt eéanee du âl aTril 1793.

DC ChitWE DB PIANCB. 315

nombre^ qui furent aussitôt remplacés par de nouveUes recrues. Des proconsuls barbares^ envoyés par la Convention, faisaient la chasse aux prêtres dans tous les départements, et dirigeaient sur les pontons ceux qu*ils ne faisaient pas tuer sur place ou enfermer dans les prisons des départements^ Parmi ces proconsuls, il faut citer Goltotd'Herbois, à Lyon ; l'apostat Schneider, en Alsace ; Tapostat LeboB, à Arras; Albite,dans le Mont-Blanc; Carrier^ à Nantes. Ce dernier dépassa la cruauté de tous les autres contre les prêtres *; ce fut lui qui inventa ces horribles noycides par lesquelles il fit périr des milliers de victimes. Au lieu de laisser mourir les prisonniers sur les pontons. Carrier avait fait construire des bateaux à soupape,'et lorsqu'ils étaient chargés de prisonniers, il les faisait lancer au milieu de la Loire, où ils s^entr'ouvraient. La plume se refuse à décrire les horribles détails de ces exécutions dignes des temps les plus barbares.

Les prêtres qui avaient pu franchir Id frontière après le décret de déportation adopté le 26 août 1792 par l'Assemblée législative, furent reçus avec charité en Italie, en Espagne, en Suisse, en Allemagne, et surtout en Angleterre et en Irlande.

Tandis qu'un grand nombre de prêtres souffraient et mouraient pour TÉglise, plusieurs ecclésiastiques et religieux donnaient de grands scandales, en se mariant publiquement. Il faut dire que les évêques constitutionnels condamnèrent courageusement ces prêtres. Avoine, évéque de Seine-et-Oise ; Fauchet^ du Calvados; Le Coz, d'IUe-et- Vilaine ; Grégoire, de Loir-et-Cher, imitèrent Charrier de La Roche', qui avait éloquemment plaidé la cause du célibat, dès que la question du mariage des prêtres avait été agitée. Mais le faible et lâche Gobel, évêque de Paris, n'osa refuser l'institution à Auben, prêtre marié, élu curé de Saint-Augustin. Le jour de l'Ascension 1793, Aubert fut installé et dit la messe; sa femme assistait à la

* Mémùires sur les prisons sous la Terreur. Ces deux volumes de relatiotts font partie de la collection des Mémoires relatif à la Révolution. Paris. Baudoin. JKbrêyrs ûe \a Foi, par Tabbé A. Gaillon de MonUéon; Mémorial de la BévolutOm, par Tabbé Joly ; les Confesseurs de la Foi et le Kéerologe des Marlyrs de la Foi, par Tabbé Carron ; VBistoire du Clergé, par Banrucl. Ce dernier ouvrage renferme beaucoup de renseignements inexi^cts. Mémoires de Jauffret ; Pmd*homme, Crimes de la Révolution.

F. le MimUeuff passim, et le Procès de Carrier.

L*ouvTage de Charrier de La Roche est intimlé : Eœa$nen du décret du 27 0001 1791

3f6 llt^OIRB

cérémonie. Quatre curés constttiitiannels de Paris : Leraaire, Leblanc de Beaulieu^ Brugières et Mchiea, adressèrent à ce sujet à leur évéquc nn mémoire qai resta sans effet. Gratlen, évéque métropoUtain de la Seine-Inférieure, publia une instruction pastorale sur le célibat et menaça d'interdit ceux de ses prêtres qui se marieraient. Plusieurs évéques n'imitèrent .pas ce courageux exemple. Diot, évéque de la Marne^ maria un de ses \icaires dans la cathédrale de Reims. Ces scandâtes n'étaient que le prélude des apostasies qui eurent lieu en pleine Convention le 7 novembre.

Au commencement de cette séance ^ un secrétaire avait lu une lettre de Parens, curé de Boissise-la-Rertrand, dans laquelle c«>t homme déclarait avoir été toute sa vie charlatan de bonne foi : il renonçait au christianisme^ demandait seulement une pensîon.et en sollicitait une pour les prêtres qui voudraient l'imiter; il avouait qu'il ne pourrait pas gagner sa vie, ayant été forcé de n'apprendre que des oremus. Cette lettre fut renvoyée au comité des finances, et l'Assemblée fit droit à cette pétition , en accordant^ quelques jours aprèS; des pensions aux prêtres qui se marieraient et renonceraient à leur foi '.

Après la lecture de la lettre de Parens, Gobel se présenta à la barre de la Convention avec ses vicaires épiscopaux et plusieurs curésj et accompagné des autorités de la commune. Momoro prit la parole au nom de la commune, et s'exprima ainsi * :

« Citoyens législateurs, le département de Paris, la municipalité, des membres des sociétés populaires, viennent accompagner dans le sein de la Convention des citoyens qui demandent à se régénérer et à redevenir hommes. Vous voyez devant vous l'évêque de Paris, ses grands-vicaires et quelques autres prêtres dont la liste vous sera remise. Conduits par la raison, ils viennent se dépouiller du caractère que leur avait donné la superstition. Ce grand exemple sera imité par leurs collègues. C'est ainsi que les fauteurs du despotisme concourent à sa destruction; c'est ainsi que bientôt la République française n'aura d'autre culte que celui de la liberté, de l'égalité et de l'éternelle vérité ; culte qui sera bientôt universel, grâce à vos immortels travaux. » Ces paroles furent couvertes

* Moniteur^ séance du 17 brumaire (7 novembre 1793).

* ibid.t séances des 20 brumaire et % frimaire (10 et 24 novembre 1793).

* Ilnd., séance du 7 novembre.

DE l'ÉGLISK r>E FRANCE. 317

d applaudissements^ puis Gobe! parla ainsi : « Je pi*ie les représentants du peuple d'entendre ma déclaration :

o Né plébéien^ j'eus de bonne heure l'amour de la liberté et de l'égalité ; appelé par mes concitoyens à l'Assemblée constituante^ je n'attendis pas que la déclaration des droits de l'homme fût publiée pour reconnaître la souveraineté du peuple. J'eus plus d'une occasion de manifester ce principe, qui a été depuis la règle constante de ma conduite. La volonté du peuple fut ma première loi^ la soumission à âa volonté mon premier devoir; cette volonté m'a élevé au siège épiscopal de Paris. Ma conscience me dit qn*en ol>éi88ant au peuple je ne l'ai pas trempé.

)) J'ai profité de rinfluence que me donnait ma placé sur ler peuple pour augmenter son amour pour la liberté et l'égalité; mais aujourd -hui que la tin de la révolution approche ; aujourd'hui que la liberté mardie à grands pas, que tous les sentiments se trouvent réunis; aujourd'hui qu'il ne doit y avoir d'autre culte national que celui de la liberté et de l'égalité, je renonce h mes fonctions de ministre du culte catholique; mes vicaires font la même dédaralion : nous déposons sur votre bureau nos titres de prêtrise. Puisse cet exemple consolider le règne de la liberté et de l'égalité ! Vive la République ! »

Ce cri fut répété par toute l'Assemblée et par les spectateurs^ au milieu des plus vifs applaudissements. Chaumette aussitôt se lève et s'écrie : aLe jour où la Raison reprend son empire mérite une place dans les brillantes époques de la Révolution française. Je fais en ce moment la pétition que la Convention charge son comité d'instruction publique de donner dans le nouveau calendrier une place au jour de la Raison, o

Le nouveau calendrier avait été adopté au mois d'octobre. Les noms des saints en avaient été exclus^ et on y avait remplacé l'ère chrétienne par celle de la République.

Après la motion de Chaumette, le président Laloi adressa ces paroles à Gobel et aux prêtres qui l'accompagnaient : « Citoyens, l'exemple que vous venez de donner est l'effet des efforts àe la philosophie pour éclairer ies>liumains. il était réservé à la commune de Paris de venir la première annoncer le triomphe de la Raison. Citoyens, qui venez de sacrifier sur Taufel de la patrie ces hochets gothiques de la, superstition, vous êtes dignes de la Répu-^ blique. Citoyens, qui venez d'abjurer l'erreur , vous ne voulez prêcher désormais que la pratique des vertus sociales et morales :

318 HI8T0IRB

c'est le culte que l^tre-Supréme trouve agréable ; vous êtes dignei

j de lui. D

Les citoyens qui étaient à la barre furent admis aux honneurs de la séance^ au milieu des cris de : Vive la république ! ils se confondirent avec les membres de la Convention^ qui les aocueillirenl avec transport. On présenta le bonnet rouge à Gobel ; il le mit sur sa tête, et un grand nombre de représentants s'écrièrent : *- L'accolade à l'évéque de Paris! Le président se leva et dit : o D'après l'abjuration qui vient d'être faite, l'évéque de Paris est un être de raison, mais je vais embrasser Gobel. b Puis il donna à Gobel l'accolade fraternelle au milieu des applaudissements. . En ce moment, plusieurs prêtres, membres de l'Assemblée, se précipitent à la tribune. Au milieu d'eux est Lindet, évêque de l'Eure, qui s'exprime ainsi : a Que ceux qui ont fait la profession de prêtre renoncent au charlatanisme ; qu'ils obéissent à la voix de la Raison. Je n'ai jamais été charlatan, personne ne m'en accusera; je n'ai accepté les fonctions d'évêque que parce que nous étions dans des temps difiiciles, et parce que j'ai cru par là concourir à sauver la patrie. J'ai constamment prêché la pure morale ; je ne me suis servi de la confiance dont je jouissais que pour combattre les royalistes et les fanatiques. J'ai vu avec plaisir que j'avais évité toute commotion dans un département longtemps travaillé par les ennemis de la République. Vous savez tous qu'une seule ville a été égarée par les déclamations éloquentes d'un homme justement proscrit. J'attendais le moment favorable d'abdiquer solennellement mes fonctions, et sans danger pour la patrie : ce moment est arrivé, et j'abdique. Mes sentiments ne peuvent être équivoques : toute la France sait que j'ai été le premier à me donner une épouse. Ji Lindet s'était en eCFet marié publiquement avant de renoncer solennellement à son sacerdoce. Le curé ViUers renie son sacerdoce \ Julien, ministre protestant de Toulouse, déclare qu'il n'aurait à l'avenir « d'autre divinité que la liberté, d'autre culte que celui de la patrie, d'autre évangile que la constitution républicaine. » Lindet remonte à la tribune pour demander que. les fêtes religieuses soient remplacées par des fêtes civiques, afin que le passage de l'erreur à la vérité se fasse sans secousse. Chénier avait un rapport tout prêt sur cet objet. En ce moment, Grégoire entre dans l'Assemblée ; il a raconté ainsi lui-même ce qui lui arriva et ce qu'il dit en cette circonstance ^ :

^ Mémoires de Grégoire, chap. 5; Histoire des sectas religieuses, par te même» 1. 1; Histoire de la Convention nationale» par Dncand de Maillane.

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