III. SI
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s'écrie alors dans^ son enthousiasme : a Vous l'avez tu, citoyens législateurs, le fanatisme a lâché prise; U a abandonné la place qu'il occupait à la Raison, à la justice et à la vérité : ses yeux kmches n'ont pu soutenir l'éclat de la lumière, Il s'est enfni. Nous nous sommes emparés des temples qu'il nous, abandonnait Nous les avons régénérés.
» Aujourd'hui, tout le peuple de Paris s'est transporté sous les voûtes gothiques frappées si longtemps de la voix de l'erreur, et qui, pour la première fois, ont retenti du cri de la vérité. Là, nous aTons sacriAé à la liberté, à l'égalité, à la nature ; là, nous avons crié Vive la Montagne^ et la Montagne nous a entendus, car elle . venait nous joindre dans le temple de la Raison. Nous n'avcms point offert nos sacrifices à de vaines images, à des idoles inanimées* Non, c'est un chef-d'œuvre de la nature que nous avons choisi pour la représenter, et cette image sacrée a enflammé tons les cœurs. Un seul vœu, un seul cri s'est fait entendre de toutes parts. Le peuple a dit : plus de prêtres, plus d'autres dieux que ceux que la nature nous offre.
» Nous, ses magistrats, nous avons recueilli ce vœu, nous vous l'apportons; du temple de la Raison nous venons dans celni de la loi pour fêter encore la Liberté. Nous vous demandons que la ci-devant métropole de Paris soit consacrée à la Raison et à h Liberté. Le fanatisme Ta abandonnée, les êtres raisonnables s'en sont emparés, consacrez leur propriété, d L'ex-capucin Chabot fait une motion en règle de la demande de Chaumette. Ronune demande que la déesse de la Raison se place à côté du président; Chaumette la conduit au bureau. Le préêideni et les iecrétairts lui donnent, ditle Moniteur, te baiser fraternel^ et la salle retentit d'applaudissements. .
La motion de Chabot fut ensuite décrétée, et l'église de jMr^ Dame devint le temple de la Raison. <r Je demande, ditThuriot, que la Convention marche en corps, au milieu du peu^e, au temple de la Raison, pour y chanter l'hynme à la Liberté, o Sa proposition fut accueillie par des acclamations; et la Convention, se mêlant au peuple, se mit en marche vers Notre-Dame, pour y inaugurer le nouveau culte et entendre ces vers de Chénier :
tt Descends, ô Liberté, fllle de la nature. » Le peuple a reconquis son pouvoir immortel : » Sur les pompeux débris de l'antique Imposture
» Ses mains relèvent ton autel.
DB l'Église db fhancb. 323
i> Venez, vainqueurs des rois, TEurope vous contemple ; » Venez, sur les faux dieux étendez vos succès. » Toi, sainte Liberté, viens tiabiter ce temple, » Sois la Déesse des Français. »
Les départements imitèrent Paris. Les églises furent transformées en temples de la Raison. La plus petite ville voulut avoir sa Déesse^ et les chaires retentirent des déclamations de Tathéisme. Un voiJe de deuil couvrit la France. Chacun fut obligé de refouler dans son cœur ses sentiments religieux^ de peur de paraître suspect et de monter sur Téchafaud. Les fanatiques de la Raison s'abandonnèrent^ en son honneur^ aux discours et aux actes les plus dégoûtants *.
AGn de mettre la métropole de Paris en harmonie avec sa nouvelle destination^ la commune 'décida que les statues qui ornaient le portail seraient détruites. Mais comme le fameux athée Dupuis avait reconnu un système planétaire dans celles des deux portes latérales^ on adjoignit cet écrivain à l'administration des travaux publics^ afin de conserver les objets utiles aux arts *.
Le culte de la Raison dura jusqu'au 8 juin 1794^ que Robespierre fit décréter l'existence de TÈtre-Supréme.
A cette époque *, les départements étaient couverts de comités de surveillance, de comités révolutionnaires, de tribunaux révolutionnaires^ de commissions militaires. Les couvents^ changés en prisons^ regorgeaient de prisonniers^ dont on menait chaque jour une partie à la guillotine, qui était en permanence, o La France ruisselait de sang, de sang innocent, dit Grégoire, car dans la foule des condamnés on eût à peine trouvé quelques coupables subissant un châtiment mérité. La piété, rattachemedt à la religion, la qualité de prêtre étaient des crimes irrémissibles; etsiTexcès du mal n'eût amené le remède, les persécuteurs se proposaient bien d'extirper jusqu'au dernier ministre des autels, qui ne serait pas marié, ou qui n'aurait pas arpostasié. »
Les églises que Ton n'avait pas transformées en temples de la Raison étaient fermées. Plusieurs servaient de local pour les réu-
1 On peut en voir les détails authentiques dans lUistoire des sectes religieuses, par Grégoire, 1. 1.
* Moniteur, n.o 5i; 14 novembre 1703.
* Grégoire, Histoire des sectes religieuses, 1. 1 ; Hémoires de Thibeaudeau ; Mémoires sur les prisons, de la Collection de Baudoin ; Annales de la Religion, pastim.
.1:^4 RisToini
nions des clubs ^ d^autres de salles de danse ou de spectacle. Les fidèles et les prêtres, soit constitutionnels, soit insermentés, se réfugiaient dans quelques lieux solitaires pour y célébrer les saints mystères, participer aux sacrements. Ceux qui étaient saisis étaient aussitôt jetés dans les prisons, d'où ils ne sortaient souvent que pour aller à la mort.
Cependant, les orgies du culte de la Raison avaient fait naître dans les âmes une répulsion invincible. Robespierre profita de cette disposition pour perdre ceux qui avaient inventé ce culte. Cet honune, par son astuce et ses souplesses, parvint à se débarrasser de tous ceux qui pouvaient lui disputer la dictature de la France. Il fit, de ses antagonistes, autant de victimes. La guillotine fonctionna d'une manière horrible pendant êon règne, qui fut appdé, même officiellement, le régne de la terreur. Robespierre, malgré ses vices, avait vu avec dégoût les saturnales du culte de la Raison; disciple de J.-J. Rousseau, il croyait à l'existence de Dieu et à l'immortalité de l'âme. Parvenu au faite de la puissance, il résolut d'obtenir de la Convention un décret qui, en abolissant le culte inventé par Chaumette, consacrerait le déisme. Le 7 mai 1794 S il monta à la tribune et, au nom du comité du salut public, lut un rapport, et proposa un décret dont le premier article était que le peuple français reconnaissait l'existence de TÊtre-Supréme. L'a^ ticle XI reconnaissait en principe la liberté des cultes. Déjà Dantoa et Couthon avaient demandé l'abolition du culte de la Raisoo. Lorsque Robespierre eut lu son rapport, Couthon monta à la tribune, demanda qu'il fût traduit en toutes les langues, et envové dans tout l'Univers, afin de réhabiliter la Convention a outragée par des hommes infâmes, qui, pour porter le désespoir dans le cœur du juste, proclamaient le matérialisme et niaient l'existence d'un Étre-Supréme. »
Séance tenante, le décret de Robespierre et la proposition àe Couthon furent adoptés. Le peintre David fut chargé de présenter le plan d'une fête nationale, fixée au 20 prairial (8 juin), en l'honneur de l'Étre-Supréme,
Le plan de David fut adopté, et Chénier, le chantre de la Raison, composa une des hymnes àl'Être-Suprôme ". Il faut avouer qu elle contenait des strophes d'une grande beauté, comme celles-ci :
« Moniteur, séance du 18 floréiil Ç[ mai 1794).
* V. le plan de David et IhymiK* deChéaier au n.o 259 du ifonilftir, 7jaiB 179*.
DE l'Église de rtAKcs. 3i5
c 0 toi aeul incréé, seul grand, seul nécessaire.
]» Auteur de la Tertu« principe de la loi,
» Du pouvoir despotique immuable adversaire.
» La France est debout devant toi.
» .... 11 est pour ta gloire un sanctuaire auguste, 9 Plus grand que l'empirée et ses palais d'azur : » Dieu lui-même, habitant le cœur de Tbomme juste,
» T goûte un encens libre et pur. »
La fête eut lieu au jour fixé^ Les représentants du peuple y assistèrent j ayant le panache au chapeau et la ceinture tricolore ; la veille, toutes les maisons avaient été décorées de branches d'arbre, de guirlandes de feuillages et de fleurs, de drapeauz et de banderolles tricolores. Dès le matin, tout Paris était en mouvement; les hommes, depuis l'âge de quatorze ans, étaient sous les armes; les femmes portaient toutes des ceintures tricolores. Le canon du Pont-Neuf indiqua, à huit heures, le départ des sections pour le Jardin des Tuileries. Les femmes qui faisaient partie du cortège de chaque section portaient des bouquets de roses; les jeunes filles des corbeilles de fleurs diverses ; les hommes et les garçons des branches de chêne. La Convention prit place sur Tarnphithéâtre dressé pour elle, et Robespierre, après avoir prononcé un discours en Thonneur de la divinité, mit le feu à une statue qui représentait l'athéisme. «La statue incendiée, parut aux yeux des spectateurs, l'image de la Sagesse. Pendant ce temps se faisait entendre une musique puissante, à laquelle se mêlaient les cris d'allégresse et les acclamations.
Le cortège entier se mit ensuite en marche pour le Champ-de- Mars. La Convention était au milieu, entourée d'un ruban tricolore porté par une députation d'enfants, d'adolescents, d'hommes et de vieillards. Chaque représentant portait à la main un bouquet composé d'épis de blé, de fleurs et de fruits. Le centre du cortège était occupé par un char sur lequel étaient les principaux attributs de l'agriculture, des arts et de l'industrie. Au centre du Champ-de- Mars, on avait élevé une Montagne^ symbole de la Convention. Elle fut bientôt couverte d'une foule immense; l'hymne de l'Être- Suprême fut chanté avec enthousiasme et l'athéisme brûlé de nouveau. Par respect pour la divinité, on défendit de représenter la fête sur aucun théâtre.
Malgré l'idée trop païenne qui dominait dans cette fête, on doit
* F. le Moniteur, 7 juin et jourâ suiv. ; Grégoire, Histoire des sectes religieufles, t. i.
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avouer qu'elle eut quelque chose de grande surtout lorsqu'on la rapproche des honteuses saturnales de la déesse RaîsoB. Elle annonçait du moins dans le Gouvernement un retour à des idées plus saines, et Ton doit remarquer que, dans son décret relatif à cette fête, laConventîon avait proclamé le principe de la liberté des cultes.
Quelques jours après la fête de TÉtre-Supiiême, la police déroirvrit une secte ridicule, dont les fondateurs étaient Tex-chartreux dom Gcrle, ancien député à la Constituante^ et Gadterine Théot, espèce d'illuminée, qui se faisait appeler la mère de Dieu. La société de Catherine Théot et de Gerle Ait incriminée an point de vue politique. La police en surprit les mystères, et le torible Tadier, au nom des comités de sûreté générale et de saint poblic, les dévoila devant la Convention ^ Catherine Théot demenraità Paris, rue Contrescarpe, a On voit dans ce réduit, dit Vadicr, un essaim nombreux de bigotes et de nigauds se grouper antoor de cette ridicule pagode ; on y voit aussi quelques chefs de file piQ$ dangereux encore : ce sont des demi-savants, des médecins, des hommes de loi, des capitalistes oisifs, qui, détestant la révolution. se mêlent à ces momeries avec des intentions perfides. On y voit des Mesmériens, des illuminés, de ces cagots atrabilaires et vaporeux qui, avec un cœur froid pour la patrie, ont la tête chaude et bien disposée à la troubler et à la trahir. » Nous n'entrerons point dans le détail des niaiseries indécentes qui accompagnaient l'initiation du nouveau culte ; ses rites étaient un mélange d'idées judaïques et chrétiennes, telles que pouvaient les engencerdes cerveaux malades. Gerle ayant clé l'objet de quelques soupçons, obtint de Robespierre un certificat de civisme. Cet acte, trouvé par la police au domicile de Catherine Théot, servit de prétexte aoi ennemis du tyran pour lui arracher l'auréole dont il avait voulo ceindre sa tête à la fête de l'Être-Supréme, le rendre ridicule en le transformant en verbe divin, d'après Catherine Théot, et l'impliquer dans une conjuration imaginaire, qu'ils surent habilement faire surgir de l'association ridicule de Gerle. Barère et Vadier partirent de là pour perdre Robespierre, qui monta peu de temps après sur l'échafaud.
Après la chute de Robespierre, la Convention renonça, pour uo temps, aux mesures rigoureuses, et manifesta quelque velléité de
> Rapport de Vadier, dans la séance du 27 prairidl (15 juin 1791); les U^ tores de la Mère de Dieu dévoilés, par Vilate.
DB l'églisb de frange. 3£7
tolérance '. Le 3 ventôse % sur le rapport de Boissy-d'Anglas^ elle proclamai la liberté des cultes, et rendit un décret dont voici les principaïuc articles :
a La Convention nationale, après avoir entendu le rapport de ses comités de salut public, de sûreté générale et de législation réunis, décrète :
» Art. l*'. Conformément à Tarticje YII de la déclaration des droits de l'homme et Tarticle CXXII de la Constitution, l'exercice d'aucun culte ne peut élre troublé.
o Art. 3. La République n'en salarie aucun.
» Art. 3. Elle ne fournit aucun local, ni pour l'exercice du culte, ni pour le logement des ministres.
» Art. 4. Les cérémonies de tout culte sont interdites hors de ' Tenceinte choisie pour leur exercice.
» Art. 5. La loi ne reconnaît aucun ministre du culte ; nul ne peut paraître en public avec les habits, ornements ou costumes affectés à des cérémonies religieuses.
» Art. 6. Tout rassemblement de citoyens pour l'exercice d'un culte quelconque est soumis à la surveillance des autorités constituées. Cette surveillance se renferme dans des mesures de police et de sûreté publique.
D Art. 7. Aucun signe particulier k un culte ne peut être placé dans un lieu public, ni extérieurement, de quelque manière que ce soit. Aucune inscription ne peut désigner le lieu qui lui est affecté; aucune proclamation ni convocation publique ne peuvent être faites pour y inviter les citoyens.
» Art. 8. Les communes ou sections de commune, en nom collectif, ne peuvent acquérir ni louer de local pour l'exercice des cultes. X)
Par ce décret, la Convention ne dérogea pas à son décret du mois de septembre précédent ^ par lequel elle accordait des pen-. sions aux ecclésiastiques qui avaient abjuré ou qui avaient continué leurs fonctions. Mais les dispositions des lois précédentes contre c«ux qui n'avaient pas fait le serment d'égalité furent maintenues. Ce serment, n'ayant rien de religieux, pouvait être prêté sans
^ MénM^es de Thibeaudeau ; de Durand de Maillanc ; du duc de Monlpensier (frère du roi Louis-Philippe).
* JfORtlMir, séance du 3 ventôse (21 février 1705). > Moniteur, séance de la 2.e sans-culotide de Tan II (16 septembre 1704).
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difficulté par les anciens insermentés; mais comme fls étaient, pour la plupart, ennemis du GouTernement républicain, ils peniitèrent dans leur refus de serment politique, et restèrent ainsi sons le coup des peines prononcées contre eux.
Grégoire s'honora en s'élevant avec énergie contre les cruautés dont ils furent Tobjet. Un vieillard de quatre-vingt-deux ans, détenu à Aurillac, ayant demandé, par une pétition, à être rendu à sa famille, Grégoire profita de cette occasion pour plaider la cause des déportés : « Telle a été, s'écria-t-il ^y la cruauté exercée contre des prêtres, que cent quatre-vingt-sept, dont plusieurs du département de la Meuse, ayant été injustement tran^rtés à Rochefort, ce nombre est réduit à soixante ; les autres sont morts de mauvais traitements et de misère. Si, pour mettre un homme en liberté Ton demandait s'il est procureur, avocat ou médecin, cette question indignerait ; et Ton demande s*il est prêtre? Quel que soit un individu, s'il est mauvais citoyen, frappez-le ; s'il est bon citoyen, protégez-le. Tant que l'on suivra des principes contraires, on n'aura que le régime des sots, des fripons et des tyrans, et ce régime existe encore en grande partie. Ce sont là des vérités que je dâendrai toujours d'une manière intrépide. »
Les transportes de Rochefort dont parlait Grégoire étaient en partie insermentés et en partie constitutionnels. Les uns et le6 autres avaient été également persécutés depuis l'établissement des cultes de la Raison et de l'Étre-Suprême. Ils périrent, pour la plu* part, de misère et de la peste qui se déclara parmi eux.
Dans la séance du 4 novembre 1794*, on s'était déjà élevé contre les violences faites à ces prêtres, dont la plupart avaient saiisfcU à la loi, et qui n'en avaient pas moins été compris dans la mesure qui ne devait frapper que les ennemis du Gouvernement. Rewbel avait fait renvoyer cette affaire à trois comités, qui ne s'en occupèrent point. Après le discours de Grégoire, prononcé le 8 décembre, l'affaire des déportés de Rochefort fut renvoyée au comité de sûreté
I Ibid,, séance du i8 frimaire (8 décembre 1794) ; Mémoires de Grégoire, ch. 5.
* Moniteur n séance du 14 brumaire (4 novembre 1794). Le nombre total des déportés à Rochefort était alors de sept à huit cents ; Annales de la Religion, 1. 1, p. 44. Il devint depuis plus considérable. Le Directoire, qui imita la Convention dans ses mesures de rigueur, la guillotine exceptée, transport! aussi un grand nombre de prêtres à Rochefort, où ils eurent à {supporta* les mêmes épreuves.
DE l'églisb de fhaxce. 329
générale. Grégoire l'y suivit et obtint enfin que les malheureux prêtres qui avaient survécu à tant de souffrances seraient élargis. Grégoire avait fortement contribué aux décrets sur la liberté des cultes. Depuis labolition du cuUe catholique^ il espérait que l'excès des désordres ramènerait la Convention au bon sens, et il se rendait toujours à TAssemblée, ayant en poche, comme il le dit lui-même, son discours sur la liberté des cultes. Le 21 décembre 1794 S Chénier, ayant proposé au nom du comité d'instruction publique des fêtes obligatoires pour chaque décadi, afin de remplacer Fancien dimanche, Grégoire réclama aussitôt la liberté des cultes, dans un discours remarquable à plusieurs titres. 11 s'éleva surtout contre la violence à l'aide de laquelle on avait voulu comprimer les sentiments religieux: a Une opinion, dit-il, cède à l'éclat de la lumière, jamais à la violence; vouloir commander à la pensée, c'est une entreprise chimérique, car elle excède les forces humaines; c'est une entreprise tyranniquc^ car nul n'a le droit d'assigner les bornes de ma raison.... Réfléchissez bien que l'effet inévitable de la persécution est d'abâtardir le peuple ; c'est le premier pas vers l'es* clavage. Un peuple qui n'a pas de liberté de culte sera bientôt sans liberté. La persécution est donc un calcul détestable en politique... Les orages de la Révolution ont pu nécessiter quelques mesures de rigueur. Des représentants du peuple en mission ont cru que le bien public commandait la suspension provisoire de certaines assemblées religieuses, dans plusieurs départements où le souffle du royalisme empoisonnait encore l'atmosphère; mais ces mesures doivent cesser avec le besoin. » Grégoire souleva, par son discours, un orage qui ne lui inspura aucune crainte, il était habitué à braver à la tribune les clameurs des ennemis du Christianisme. Il eut le courage de stigmatiser, dans son discours, les honteuses apostasies de novembre 1793, et les déclamations qui les avaient accompagnées, et crdont la traduction, dit-il, était à peu près ceci : Je vous déclare que, pendant de longues années, j'ai été un imposteur et un fripon; en conséquence, je demande que vous m'estimiez et que vous m'accordiez une place. » Les tribunes applaudirent à ces paroles ; la Montagne ressentait toutes les crispations de la rage. La Convention passa à l'ordre du jour; mais Grégoire Qt imprimer son discours, et, quelques jours après, publia une lettre pastorale sur le rélabliiêement du culte. Ce mandement fut colporté dans
* Moniteur, séance du l.er nivôie an III.
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les rues et vendu publiquement^ même à l'entrée de la Gouveor lion. Il eut un grand succès; les ennemis du Christianisme redoublèrent de rage en vo-jant au bas du mandement Tordre de le Bre dans toutes les paroisses du diocèse de Blois, au prône de la messe paroissiale. L'effet de ces brochures fut immense ; et la GonventioD, après aYoir passé à l'ordre du jour sur la liberté des cultes^ la décréta trois semaines après^ comme nous l'avons rapporté^ sur le rapport de Boissy-d'Anglas.
Dès que la liberté des cultes eût été décrétée^ Grégoire et Desbois^ évéque de la Somme^ songèrent à réorganiser les églises de France. Nous laisserons Grégoire raconter ce qu'ils fireat alors :
«Les premiers fruits d'un travail sans relâche, dit-4l^,*fur rent les deux Lettres encycliquei * dans lesquelles, après avoir statué sur ce qu'exigeaient les circonstances pour exclure du ministère les prêtres apostats, mariés, traditeurs des livres saints, de leurs titres d'ordre, etc., nous présentions le plan le plus vaste et le plus susceptible d'exécution, pour réorganiser à l'instant les diocèses et les paroisses. En même temps, nous fîmes réimprimer la traduction française du traité de Saint-Cyprien (de Lapsis) Mr ceux qui étaient tombée dans la persécution.
n Au signal donné, répondirent dans tous les diocèses les évéques et les prêtres fidèles à leurs devoirs; leurs adhésIoAs aux Encycliques en firent le code provisoire de l'Église gallicane, .malgré les clameurs du relâchement contre la sévérité de nos décisions. Ces ouvrages furent promptement suivis d'autres, répandus et accueiUis dans tous les diocèses, sur les fonctions des archipré^ très, des archidiacres, sur les coadjutenrs, etc.
» Beaucoup d'Églises étaient veuves, soit qu'elles eussent été abandonnées par leurs évéques, soit que leurs évêques fussent morts naturellement, ou égorgés judiciairement; et dans ceux-ci on con^>tait Raux, Expilly, Lamourette, Gouttes, etc.
» Dans la primitive Église , le presbytère de chaque diocèse administrait pendant la vacance et accélérait la nomination d'an nouveau prélat. En partant de ce point, un mémoire sur l'organi-
* Mémoires de Grégoire, ch. 5.
* ¥Ttiïâèn LeUre ent^Hque de phêsieurs évêqitesde FrmKêé y^
Us auêres évéqtus et atur ÉgUses vacantes, 32 pages m-6.o. La Kooaito arail à peu près le même titre et était accompagnée de règles de disdpline, 208 pages in-8.o. Cette seconde encyclique ne fut publiée qu*à la fin de 1796, sous le Directoire.
DB L'iMiLISB DB FBANCB. 331
sation des presbytères fut rédigé par Agier, savant jurisconsulte, qui, d'après les usages antiques de l'Église et les célèbres conciles d'Afrique; d'après Guidrapier, Maultrot, etc., en réclamant la part très légitime des prêtres au gouvernement des diocèses, exagéra leurs droits : nous installâmes le presbytère de Paris, et presque tous les diocèses vacants virent l'établissement des presbytères suivi de nominations d'évêques.
» L'état de détresse où se trouvaient les prélats ne leur permettait guère d'imprimer des lettres pastorales : pour leur faciliter les moyens d'y suppléer, les nôtres, presque toutes rédigées par moi, sur les grands événements relatifs à la religion, publiées en commun par les évéques réunis à Paris, étaient ensuite adoptées par les diocèses, »
Grégoire rapporte ensuite la fondation de la Société de philosophie chrétienne et celle des Annales de la religion *, destinées à imprimer un nouvel élan au sentiment religieux et à combattre l'incrédulité. Il continue ainsi :
« Ce serait une grande erreur de croire que le décret sur la liberté des cultes nous eût rendu la faculté illimitée d'exercer le nôtre.
» Les infortunés ecclésiastiques sortis des cachots, sans pain, san& asile, et, comme le divin fondateur du Christianisme, n'ayant pas où reposer leurs têtes, courbés presque tous sous le poids des inlirmités ou de la caducité, avaient à lutter contre les menaces, les outrages et tout ce que pouvait imaginer d'obstacles la férocité des agents du Gouvernement, irrités de voir rétablir le culte. Les voila, ces vertueux ecclésiastiques, qui, jugés à Rome comme on rétait ici par le tribunal révolutionnaire, c'est-à-dire sans avoir été entendus ni même cités, ont conservé la religion, le culte ; tandis que les dissidents * étaient, pour la plupart, tranquilles chez les nations étrangères, où ils avaient trouvé des ressources.
» Un fait incontestable, et qui suggère bien des réflexions, c'est que parmi nos persécuteurs et les destructeurs de nos temples, figuraient des amis des réfractaires; d'après leurs maximes, Â
1 Les Annales de la Religion ont paru jusqu^en 1803. Elles forment 18 volumes in-8.o. On y trouye de bons articles de controverse et des renseignements précieux pour Thistoire religieuse du temps.
' Grégoire désigne ainsi les prêtres qui avaient reftasë le serment.
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