‹ Histoire de l'église de FranceChapitre 75 sur 100 · HK · texte numérisé non relu

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DB L*Â6LISS DE VAANCE. 8S3

nianda que des mesures rigoureuses fussent appliquées sans Tallîen qui avait plus que tout autre contribué à renverser ^pierre, démanda qu'il ne fût pas question de prêtres, et que ^ contentât de poursuivre et de punir ceux qui seraient hosà la République, en tant que perturbateurs de la société. Les tés de salut public, de sûreté générale et de législation s'occu-

'ot des moyens à adopter; Chénier fit en leur nom un rapdans la séance du 1^ mai * ; nous en citerons le passage sui-

' De toutes les frontières, des hommes déportés pour n'avoir

• voulu se soumettre aux décrets rendus par l'Assemblée consti-

nte, pour avoir refusé de faire part'e du corps social, rentrent

lOurd'hui sur le territoire français; ils se répandent dans les

•es, mais surtout dans les campagnes, où la faiblesse crédule est

as défense contre la séduction; ils abusent de leur influence sur

-^ âmes faibles ; ils jettent la terreur dans les consciences, et, par

I moyen d'autant plus puissant qu'il est secret, ils soulèvent

)ntre la Convention nationale tous les préjugés, toutes les passions,

)us les mécontentements qu'ils prennent soin d'irriter. Ce ne sont

lus des hommes ordinaires, ce sont des apôtres persécutés, ce

ont des martyrs de la religion de nos pères. Cependant eux-mêmes

>ersécutent ceux d'entre les prêtres catholiques qui ont lié leur

>ort aux destinées de la Révolution : et en même temps ils prêchent

la révolte; ils provoquent ouvertement la royauté. Vous avez

décrété la liberté des cultes, et l'on cherche à tout renverser pour

rétablir au milieu de vous une religion dominante ; le fanatisme

veut lever contré le sein de la République son poignard usé pai*

les siècles, mais que n'ont que trop aiguisé, dans ces derniers

temps, le fléau de la guerre civile, l'oubli de la saine phUosophie

et les déplorables extravagances d'un athéisme persécuteur. »

Conformément aux propositions faites par Chénier, au nom des trois comhés, la Convention décréta que tout individu condamné à la déportation, qui serait trouvé sur le territoire de la République, serait puni, conformément aux lois. Le délai d'un mois fut accordé aux déportés pour quitter la France. Le 28 septembre suivant *, la Convention rendit un décret sur la

> MoniUur, séance du 12 floréal an III (l.er mai 1795). * ibid.f séance du 0 vendémiaire (28 septembre 1705}.

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police extérieure des cultes. Son principal but était d'avoir des garanties contre les insermentés. Elle exigea, de tout ministre du culte, une déclaration dans laquelle il reconnsdtrâîl la souveraineté du peuple et promettrait obéissance aux lois de la République.

Malgré ces décrets, les insermentés restèrent en France et furent compromis dans la conjuration royaliste, qui éclata à Paris le 13 vendémiaire ^ La Convention irritée, décréta, le 3 brumaire ', que les lois contre les prêtres réfractaires seraient exécutées dans les 2i heures, dans toute retendue de la République; et que les administrateurs qui négligeraient de les appliquer seraient condamnés à deux ans de fers.

C'est par cette loi que la Convention termina ses séances. Depuis la chute de Robespierre, elle était entrée dans une voie plus libérale à regard de l'Église ; mais les imprudences et les conjurations des royalistes contre la République la ramenèrent à ses premiers sentiments.

Tandis qu'elle cherchait à renouveler la persécution, les évéques constitutionnels s'appliquaient à réorganiser les diocèses, [coitfor^ mément à leur première Encyclique. Cette lettre avait été rédigées par Graden, de la Seine-Inférieure ; Desbois^ de la Somme ; Saurine, des Landes; Grégoire, de Loir-«t-Cher et Royer, de TAln. Quinze évéques y adhérèrent dès qu'elle parut. Parmi eux on distinguait Le Coz, Debertier, Moïse, Perrier *. Un grand nooibre y adhé* rèrent dans la suite, et les églises vacantes choisirent les prêtres qui devaient former les presbytères ou assemblées de prêtres char^ gées de gouverner les diocèses, pendant la vacance, et de préparer Tclection de Tévêque.

Dans la plupart des diocèses, les constitutionnels purent exercer les cérémonies du culte, soit dans les églises, soit en des maisons particulières. Le 15 août 1795*, Notre-Dame de Paris avait été rendue au culte et solennellement réconciliée par trois évéques constitutionnels, membres de la Convention, assistés d'un nombreux clergé. Une foule immense avait assisté à cette cérémonie. Royer, évêque de l'Ain, qui avait été prisonnier, pendant treiie mois sous la Terreur, prêcha trois fois dans cette journée solen-

^ JIÊùniteur du 13 vendémiaire et Jours suiv. (5 oetobre 1795 et sai« .).

* ilrid., séance du 3 brumaire (25 octobre 1796).

* Annales de la Beligion, 1. 1» p. 50-60. ^ IMd., p. 406.

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nelle ; à l'office du soir^ il prononça le panégyrique de la sainte Vierge dans cette chaire où^ deux ans auparavant, avaient retenti les hideux blasphèmes adressés à la déesse Raison.

Plusieurs évéques constitutionnels publièrent, à la même époque^ des mandements pour engager les insermentés à s'unir à eux et à se soumettre aux lois de la République. On fit imprimer aussi le livre fameux intitulé : Avis aux fidèles sur le schisme dont r Église de France est menacée, afin de convaincre les insermentés qu'ils devaient^ pour le bien de la religion, renoncer à leurs attaques contre les constitutionnels, attaques qui, selon l'auteur, étaient sans aucun fondement. Cet ouvrage donna lieu à une polémique violente contre les constitutionnels. Cependant les insermentés n'étaient pas d'accord entre eux sur les principes. Ils disaient tous, il est vrai, anathême à ceux qui avaient fait serment, mais ils se divisaient touchant les pouvoirs des anciens évéques. Les ultramontains prétendaient que ces évéques, en abandonnant leurs diocèses, avaient abdiqué, et que le gouvernement de toutes les Églises de France appartenait au pape seul. Les gallicans soutenaient les anciens évéques comme seuls légitimes et investis d'un pouvoir que le pape ne pouvait leur enlever. D'anciens religieux se répandaient dans les Églises, se prétendant investis de pleins pouvoirs au nom du pape ; les mandataires des évéques luttaient contre eux, et ces divisions occasionnaient de grands scandales dans ces pauvres Églises, déjà si éprouvées depuis longtemps. C'est ainsi qu'à Amiens le P. Martial, ex-capucin, et un ancien chanoine de cette ville, se dénonçaient mutuellement comme n'ayant pas de pouvoirs. Ds répandaient en même temps une fouie de brefs et de bulles contre la constitution civile du clergé et les constitutionnels. Ceux-ci se divisèrent euxnmémes ; les uns rétractèrent leur serment ; les autres persévérèrent ; des luttes scandaleuses avaient lieu dans un grand nombre de paroisses^ soit entre les membres des divers dergés,8oit entre leurs adhérents. Telle était la situation religieuse de la France, lorsque la Convention céda le gouvernement au Directoire.

836 uifiToim

Le Directoire. — Sa conduite à regard de l*Église. — Le conseil des CUiq^GeaU favorable aux insermentés. — Il abolit les lois portées contre eui. — Le Uteetoire s'insurjrc contre le conseil des Cinq-Cents.— Plusieurs membres déportés. — Lois contre les prélres confirmées. — Serment de haine k la royauté.— Nouvelle persécution.— Grégaire et Le Coz attaquent les persécuteurs.— Deuxièioe Encyclique des constitutionnels. — Concile dos constitutionnels à Paris.— Ses efforts pour la paciflcation de l'église de France. — Ses démarches auprès du pape et des anciens évéques. — Le décadi. — La théophilanthropie. — Guerre d'Italie. — Les états du pape envahis. — Pie VI en France. — Il y meurt. - Journée du 18 brumaire. — Consulat.

A la Convention succéda un gouvernement composé de deux Assemblées : celle des Cinq-Cents et celle des Anciens, et de cinq mandataires chargés de diriger les affaires politiques et qui form^ rent le Directoire exécutif. Le Directoire contrebalança l'influence des deux Assemblées ; les soumit au 18 fructidor (septembre 1797), et fut remplacé au 18 brumaire (novembre 1799) par le Consulat.

Le Directoire hérita des sentiments de la Convention à Tégard des prêtres insermentés, et voulut suivre la même ligne de conduite à leur égard. Il trouva de l'opposition dans les conseils des Cinq-Cents et des Anciens, où plusieurs députés prirent hautement la défense des insermentés.

Dans la séance du 4 floréal % le conseil des Cinq-Cents admit le rapport de Drulhe sur les manœuvres des prêtres réfractaireSyàsm lequel il demandait qu'on leur appliquât la loi de déportation. Dans la séance du 12% Darracq combattit le projet de Drulhe. Rouyerse déclara pour l'opinion contraire , s'appuyant sur cette considéra* lion : que les prêtres formaient la classe la plus dangereuse de la société. Dubruel prit le parti des prêtres, prétendit que la loi d'exportation, appliquée dans sa rigueur, ferait beaucoup «le mal et ne procurerait aucun bien. Il présenta un autre projet dont l'objet était d'admettre tous les prêtres sans distinction à prêter un serment de soumission aux lois, et de bannir du territoire français

> Jfoniietir, séance du 4 floréal (23 avril 1796}.

> md.^ sétDoet des là et 13 floréal (l.er et 2 mai 1796)

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ceux qui le refuseraient, le rétracteraient ou le modideraient , ù l'exception des sexagénaires, qui seraient retenus en prison. Une discussion passionnée eut lieu sur les deux projets de Drulhe et de Dubruel. Le conseil rejeta le dernier, et adopta le premier avec quelques modifications.

Malgré celte décision, la loi ne fut pas exécutée, parce qu'elle fut rejetée par le conseil des Anciens ^ Portails y plaida surtout la cause des prêtres : « Voulez-vous tuer le fanatisme, dit-il, maintenons la liberté de conscience. Il n'est plus question de détruire; il est temps de gouveiiier. »

Le conseil des Cinq-Cents, dans la séance du 20 pluviôse *, admit une pétition d'un nommé Albert qui dénonçait les menées des prêtres réfractaires sur tous les points de la République, et particulièrement dans les départements du Bas-RIiin et de la Moselle. Dumolard obtint le renvoi de cette pétition au Directoire. Celui-ci adressa au conseil soixante-six nouvelles liasses de pièces relatives à la conduite des prêtres réfractaires dans les départements. Cet envoi était accompagné d'un rapport du ministre de la police, dans lequel on regardait comme urgente l'application de mesures sévères contre ces prêtres. Le conseil s'y montra peu disposé, malgré les premières moUous qu'il avait adoptées. Plusieurs députés se déclarèrent même ouvertement en faveur des prêtres. Madier se plaignit de la détention d'un grand nombre d'entre eux * ; il fut appuyé de Dubruel, et ils obtinrent de l'Assemblée l'envoi d'un message au Directoire contre ces détentions. Dubruel proposa ^ labolition des lois qui prononçaient les peines de réclusion et de déportation contre les prêtres insermentés. Son rapport fut imprimé et discuté de concert avec celui de Fressenel sur la police des cul tes. Ces projets furent attaqués par Jourdan (delà Haute-Vienne), Porte et Lamarque ; appuyés par Lémerer, Johannet, Pavie. Eschassériaux s'éleva surtout contre la disposition du projet qui attribuait aux catholiques des églises et des presbytères, il trouvait cet article contraire à la liberté des cultes. L'orateur avait oublié qu'on avait laissé au culte protestant de la confession d'Augsbourg

1 Mtmitewr, séance» des 7, 8 et 9 fructidor (24, 25 et 20 août 1796).

* IMd., séances des 20, 29 et 30 pluviôse (8, 17 et 18 février 1797).

* Ibid., séance du 5 prairial (24 mai 1797).

« Ibid., séances des 8, 20. 21, 23, 24, 20, 27, 28 ot 30 mosaidor (23 juin 1797 cl jours suivants).

398 BisToni

la propriété de ses biens. Boissy attaqua Tnsage des cloches» Royer-CoUard fit appel à la justice envers tous les citoyens quels qu'Us fussent. Le projet de Dubruel fut adopté ; mais on décida en même temps que Ton exigerait des prêtres une déclaration de soumission aux lois de la République. ChoUet proposa' une forme de déclaration et les peines qui devraient être infligées à ceux qui la refuseraient. La proposition ne fut pas prise en considération^ et, dans la séance du 7 fructidor % le conseil des Cinq-Cents adopta le décret suivant :

a Art. l^r. Les lois qui prononcent la peine de déportation ou de réclusion contre les ecclésiastiques qui étaient assujétis à des serments ou k des déclarations, ou qui avaient été condamnés par des arrêtés ou des jugements comme réfractairesy ou pour cause d'incivisme^ ou contre ceux qui avaient donné retraite à des pré* très insermentés^ sont et demeurent abrogées.

I» Art. 2. Les lois qui assimilent les prêtres déportés aux émigrés sont rapportées.

» Art. 3. Les individus atteints par les susdites lois rentrent dans tous les droits de citoyens français^ en remplissant les conditions prescrites par la constitution pour jouir de la susdite qualité.»

Par cette loi, le conseil des Cinq-Cents se déclarait ouvertement contre le Directoire, qui, dans un message lu à la séance du 23 thermidor *, avait déclaré que Vitiêolence des prêtres réfractmret rappelés et favorisés de toutes parts, était une des principales causes des troubles et des désordres dont la France était affligée.

Depuis quelque temps, une opposition directe et une grande mésintelligence régnaient entre le Directoire et le conseil des Cinq- Cents. Il s'était formé dans cette Assemblée une majorité formidable qui se prononçait de plus en plus dans un sens contre-révolutionnaire. Le Directoire profita de quelques bruits de conspiration pour sévir contre cette majorité. Un assez grand nombre des députés qui en faisaient partie et les journalistes qui les so utenaient furent emprisonnés ou condamnés à la déportation. Ce coup d'Étal eut lieu le 18 fructidor *. Le lendemain, la dernière loi en hr veur des insermentés fut abrogée, et toutes les anciennes mesures

^ MonUeur. séance du 7 fructidor (24 août 1797).

* IMd,, séance du 23 thermidor (10 août 1707).

* ibid., n.ot du 10 fructidor et suiy. (5 septembre 1797 et suir.^ ; Annalei d« la Religiooi n.o du 0 septembre 1797. F* lee divers Mémoires.du temps.

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décrétées contre eux confirmées. Le Directoire fut investi du droit de déporter, par arrêtés individuels et motivés, les prêtres qui troubleraient la tranquillité publique. Au lieu d'une simple déclaration, les prêtres furent tenus de prêter serment de haine à la royauté et à l'anarchie , d'attachement et de fidélité à la République et à la Constitution.

Alors la persécution recommença, et un assez grand nombre de prêtres furent dirigés sur les pontons ou emprisonnés. Plusieurs journaux, et en particulier celui des Patriotes, rédigé par Real, soutenaient la légitimité de la violence. Grégoire osa alors publier des Observations très énergiques sur les calomniateurs et les persécuteurs en matière de religion. 11 stigmatisa le Journal des Patriotes, et réclama la liberté des cultes sans autre restriction que celle du bien public.

a Dans ce siècle de tolérance et de philosophie , dit-il ^ des hommes qui ont constamment ces «mots à la bouche et sous la plume, vous permettront de professer l'athéisme et d'écrire pour préconiser cette doctrine désolante ; ils rugiront si vous osez vous déclarer catholique. On vous passerait de croire au Zend-Avesta , à l'Alcoran, au Talmud ; mais croire à l'Évangile, à leurs yeux est un crime. Dans cette salle où Jacob Dupont se déclarant athée avait recueilli des applaudissements, les cris de fureur et les menaces retentirent autour de moi, quand, indigné de l'apostasie de Gobel et des provocations d'hommes qui mettaient tant d'importance à ce que je l'imitasse, je résistai à leur tyrannie en professant des principes chers à mon cœur... Pendant dix-huit mois, la Convention nationale avait été, sur l'article de la religion, en révolte ouverte contre la volonté du peuple; sur la parole de quelques brigands, elle affectait de croire que la France entière avait abjuré son Dieu, tandis que la désolation universelle protestait contre cette impos* ture.

» Que de maux , que de crimes furent le résultat de la persécution ! Que d'ennemis elle fit à la liberté ! Avant celte époque, une foule de prêtres, attachés à la religion et à la République, employaient l'ascendant de celle-là pour faire aimer celle-ci. Ils prêchaient la soumission aux lois et à ceux qui eu sont les organes; ils donnaient le précepte et l'exemple. Leur disparition laissa eu proie à la douleur des milliers d'hommes qui, suivant l'expression

^ Grégoire, Observations sur les calomniateurs, eic*

3iO HISTOIRE

irun magistrat;, ne surent plus qu'obéir et haïr; les autres^ accc^ sibles à tous les délires des passions, a;près avoir brisé le seul frein qui les retenait dans le sentier de la morale, mirent en honneur toutes les extravagances et tous les vices. »

Comme Grégoire, Lecoz,évéque d*llle-et- Vilaine, réfuta dans ses Lettres à Real ^ les idées de ce journaliste touchant la persécution et ses diatribes impies. Ce qui désolait surtout les ennemis de la religion, c'est que les constitutionnels adressaient à leurs diocésains des mandements et des lettres pastorales afin de réorganiser le culte dans toutes les paroisses où il avait été abandonné. Outre ces actes particuliers, plusieurs évéques constitutionnels réunis, à Paris publièrent une seconde Encyclique à laquelle adhérèrent la plupart de leurs confrères '• Le but principal de cette deuxième pièce était de tracer les règles provisoires que Ton devait suivre pour l'élection des évéques dans les Églises veuves, et pour le rétablissement de la discipline dans tous les diocèses qui avaient tant souffert pendant la persécution.

Nous remarquons le passage suivant de la deuxième £ncyc/tque : « L*£glise de France, abandonnée de la puissance temporelle, leur (aux évéques assemblés) paraît être dans la situation la plus favorable pour remettre en vigueur les saintes lois de son antique discipline. Débarrassée des entraves et des servitudes qu'on décorait du beau nom de protection, et que les intrigants savaient seuls tourner à leur profit, elle n'aura désormais d'autre appui, comme dans son origine, que les promesses de J.-C., son divin fondateur , ni d'autre force que les vertus de ses pasteurs et de ses fidèles enfants. Mais si , avec ces uniques moyens, le christianisme a pu se former, s'accroître, se propager dans tout l'univers, il peut encore aujourd'hui, selon les desseins de Dieu, réparer abondamment ses pertes en France. Aussi, loin de se plaindre de l'abandon de la puissance civile, nos prélats se félicitent-ils d'une séparation qui rend à l'Eglise son indépendance, et lui offre l'occasion de se rapprocher de son esprit primitif, autant que la difïérence des temps peut le permettre. »

Les évéques réunis posaient ensuite, dans leur Encyclique, les

^ Lettres du citoyen Lo Coz, évéqua de Rennes, au citoypn Réal. * Seconde Lellre encyclique de plusieurs évéques de France^ réunis é Paris, à Irttrs amfières les nufres t'vt'Qucs el aux églises veuves, 208 p.

ih 8 «

DE L EGLISE DE FRANCE. Vti

deux bases fondamentales du Gouvernement de TËglise : l'humilité des chefs qui doivent servir^ sans avoir la plus légère prétention à la domination; et la charité, qui doit être la règle des rapports des fidèles entre eux et à l'égard de ceux qui sont hors de l^glise. Ils appliquent ces deux principes à toutes les branches du saint ministère, et ils en font découler les règlements provisoires qu'ils adressent aux Églises.

Pour ce qui est du pape et des rapports que les évéques doivent conserver avec lui, les évoques réunis reconnaissent la primauté d'honneur et de juridiction de Tévéque de Rome sur l'Église universelle; mais ils protestent en même temps contre les prétentions de la cour de Rome à dominer sur les évêques, à gouverner sans eux, quoique Pépiscopat soit un et divinement institué pour gouverner TÉglise. Ils voient dans l'orgueil de la cour de Rome l'origine de presque tous les maux qui ont désolé l'Église.

Quelle que soit l'opinion que l'on adopte touchant les évêques constitutionnels, on doit convenir qu'ils acceptèrent avec courage la situation faite par les événements à l'Église de France, et qu'ils mirent sans délai la main à l'œuvre pour en relever les ruines, sans chercher d'autre appui que la bonne volonté de^ fidèles, après celui de Dieu. Non contents d'adresser des Encycliques et des mandements particuliers, les évoques constitutionnels résolurent de se réunir à Paris en concile national. Cette Assemblée, qui avait été convoquée pour l'année 1796, ne put avoir lieu que l'année suivante. Le devoir de l'historien est d'en esquisser les travaux avec la plus entière impartialité *.

Ce fut Royer, évêque de l'Ain, qui eut le premier l'idée du concile national *. Il la fit adopter par ses confrères qui étaient à Paris. Le projet était hardi ; car, au premier abord, on pouvait se demander s'il était possible de réunir à Paris, sous les yeux d'un Gouvernement ennemi du culte catholique, des évêques et des prêtres qui n'avaient aucune ressource, qui sortaient, pour la plupart,

^ Plusieurs écrivaios se sont crus obliges de parler de cette assemblée do manière à la couvrir d*un ridicule qu*elle ne mérite à aucun titre. Nous croyons que le devoir d'un historien qui se respecte est de parler toujours sérieusement d*ane chose fort grave en elle-même et qui l'était surtout dans les circonstances où elle eut lieu.

* Journal du Concile national de France; Collection des pièces imprimf-cs par ordre du Concile national de France, in-8.o Paris, 1797; Mémoires do Grégoire, ch. 5; Annales de la Religion, t. v et suiv.

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inte Vierge, dans la séance du matin. II avait pu conserver ) la procession votive du roi Louis XIII, sans que legouverlent en pût prendre ombrage. Royer prononça le panégyrique ''a sainte Vierge. Il lut, après son sermon, la lettre qui devait '. adressée à tout le clergé de France. La cérémonie fut termi- * par une bénédiction solennelle du Saint-Sacrement. >^0tt8 devons faire connaître les lettres adressées par le concile pape et aux évéques et prêtres insermentés. Voici la lettre au pe :

a Très Saint Père,

A Déjà quelques-uns d'entre nous vous ont instruit du triste et

>uloureuz état de l'Ëglise de France. Us ne vous ont point laissé

Qorer combien il était instant pour nous de nous réunir en un

>ncile national, pour aviser aux moyens de remédier à ce mal-

eur. Nous voici enfin réunis des diverses parties de la République^

1 plupart n'étant que depuis peu sortis des cachots et d^s fers, et

JUS disposés à braver les mêmes dangers, à souffrir les mêmes

ourments, et même de plus grands encore, si Tintérét de la reli-

^'ion cathdique que nous professons le demande.

» Assemblés au nom de Jésus-Christy nous avons commencé nos travaux par une profession solennelle de la foi catholique, apostolique et romaine. £t, loin de laisser subsister la moindre ombre de division entre le chef de l'Église universelle et nous, nous n'avons rien eu de plus pressé que de travailler à ce que, n* étant plus qu'un seul corps, comme nous le dit l'apôtre, nous ne fussions aussi qu*un setU esprit, et qu'il n'y eût point de schisme parmi nous.

» De là, nous avons jugé que nous avions deux principaux devoirs à remplir incessamment : le premier, de porter devant vous, très Saint Père, Thommage de nos coeurs qui vous sont très sincèrement dévoués ; le second, d'offrir à ceux de nos confrères qui se tiennent éloignés de nous, des cœurs rempUs de la charité évan^ gélique, et de leur ouvrir des bras prêts à donner et à recevoir les tendres embrassements d'une sainte fraternité. Par la lettre que nous leur avons adressée et que nous joignons ici, vous verrez avec quelle sincère affection, avec quel brûlant amour de la paif nous ayons rempli ce dernier devoir.

» Mais cette paix, l'objet ne tous nos vœux, nous ne pouvons y compter que faiblement, si votre rare piété et votre grande sagesse, très Saint Père, ne nous en facilitent les moyens : et combien ce

34 \ nmToiBe

s lint niinibt^^rc de pacilicalenr ne coiivient-il pas au vigilant modérateur de l'Église du prince de la paix! Nous ajouterons : (permettez-nous, en parlant au successeur de Pierre, d'user de la même franchise avec laquelle Paul parla à Pierre lui-même) : nous ajouterons donc, et le respect qui doit sans cesse accompagner votre nom auî^uste, et Tintérét, comme la gloire de notre sainte religion, vous ifont un devoir d'arrêter, au plus tôt, l'horrible fléaa qui, depuis longtemps, ravage l'Église de France, et de mettre à ses fureurs un terme qu'attendent avec impatience tous les Catholiques qui sont restés ïidcles dans nos contrées ; car pourquoi, par une coupable timidité, garderions-nous le silence sur une chose qui, depuis quelques années, a frappé toutes les oreilles, et qui ne se trouve, hélas! que trop souvent dans toutes les bouches? Nous dirons donc, très Saint Père, ce qui est vrai ; et ce qu'Userait très dangereux pour l'Église catholique de ne pas vous faire connaître. En France, on colporte, les uns deux, les autres trois, quelques-uns même sept brefs inscrits de votre nom. Ces bref$, nous le disons hautement, ou ne sont nullement sortis de vos mains, ou, comme le disait autrefois le célèbre évêque de Chartres au pape Paschal second, ne sont que des lettres furtiveSy que la ruse et le mensonge ont surprises à votre religion et marquées du sceau apostolique. De miUc preuves que nous en pourrions donner, nous n'en citerons qu'une : c'est votre bref, donné à Rome le 5 juillet 1796, que vous avez envoyé aux administrateurs de notre République, et qui est maintenant répandu dans toute la France.

» Et cependant , à l'occasion de ces prétendus brefs, combien n'avons-nous pas vu, et ne voyons-nous pas encore chaque jour, naître de haines, de querelles et de scandales! Que de guerres civiles ont désolé nos départements! Que de vertueux prêtres, dans le moment même où ils célébraient les saints mystères, ont été violemment arrachés des autels, éprouvés par les plus affreui* supplices, et livrés enfin à la mort la plus cruelle ! Que de milliers d'hommes et de femmes, égorgés comme de vils animaux, ont péri de la manière la plus barbare! Et ces atrocités, ô très Saint Père, ô vous que nous reconnaissons, que nous proclamons le plus doux des hommes; et ces atrocités!... Notre cœur se révolte â ridée de retracer ici et de mettre sous vos yeux de si monstnieux blasphèmes!

» Toutefois la calomnie ne s'arrête point encore là; devenue pins

DE L ÉQl.ISE DE l'BANCK. 345

animée^ plus forte par les mutuelles dissensions des Catholiques, rîmpiélé a poussé son audace jusqu'à soutenir que le culte catholique est incompatible avec un gouvernement républicain et libre. Cette assertion calomnieuse, nous l'avons combattue avec les arguments les plus invincibles, et néanmoins il se trouve encore parmi nous bien des hommes qui, dans la fausse persuasion que les maux qui affligent la société civile ont leur source dans la religion de Jésus-Christ, paraissent adopter cette horrible calomnie, et demandent à grands cris que le catholicisme, comme le plus terrible ennemi du genre humain, soit arraché, soit entièrement extirpé du sein de l'empire français.

» Enfin plusieurs, touchés, scandalisés par une division si violente et si opiniâtre de la part de quelques ministres de Jésus-Christ, ne veulent recourir, ni aux uns ni aux autres, s'abstiennent, eux et leurs familles, de tous les sacrements de la religion, et s'interdisent l'entrée même de toute église ; de là la plus déplorable corruption des mœurs; de là ce coupable oubli de la doctrine et delà morale catholique qui s'accroît chaque jour; de là plusieurs se déterminent à passer leur vie dans cet état monstrueux, que Ton appelle indifférentisme, ou bien ils se fabriquent, et ils professent ouvertement une sorte de religion purement humaine, qui rejette toute révélation, qui se montre ennemie déclarée de tous nos dogmes et de tous nos mystères, et cette religion nouvelle, ils soutiennent, et de vive voix et par écrit, qu'elle est bien plus pure, bien plus excellente que notre religion céleste ; et il n'est pas d'efforts qu'ils ne fassent pour porter tous leurs concitoyens à l'embrasser.

» Voilà, très Saint Père, un tableau imparfait, une esquisse encore bien faible des maux qui désolent notre Église; nous sommes bien sûrs que votre cœur paternel en est vivement ému ; nous ne sommes pas moins persuadés qu'il n'est presqu'aucun de ces maux auquel vous ne puissiez remédier; et, puisque vous le pouvez, la haute opinion que nous avons de votre charité et de votre sollicitude paternelle ne nous permet pas de douter que vous ne le fassiez incessamment.

» Sans doute vous n'en serez point détourné par ces rapports faux et horribles que l'on a faits contre nous à Votre Sainteté. Votre extrême sagesse n'a pu vous permettre d'ajouter foi aux discours empoisonnés de nos ennemis : comme le disait autrefois Yves de Chartres an pape Paschal II : Jamais^ non jamais^ nous

346 HISTOIIK

riawms ni lu ni etUendu que le Saint-Siège ail été dans tuiage, sur la délation d'une personne^ quelqu' éminente qu'elle fût^ de porter un jugement contre un absent^ $ans r avoir ni e$UendM^ ni appelé. La Baison, écrivait saint Bernard au pape Eugène, la raison ne le veut pas ainsiy l'antiquité ne Va jamais voulu^ et Vautorité s'y oppose; quel est cependant celui de nous dont on ne puisse dire avec le même saint Bernard : // est puni pour m grand crime^ lui qui n'en a avoué aucun^ qui n'est convaincu d'aucun! Quel est celui d'entre nous qui ne puisse s'appliquer œ que criait, au pape Innocent 11^ Albéron, archevêque de Trêves: Les forces que vous m'ôtez, vous vous les ôtez à vous-même; le mqn-is que vous appelez sur moi, mon avilissement auquel vous travaillez, ils retombent sur vous-mêmes ?

A il est donc de la justice, il est de la piété, il importe à nos adversaires, nous le dirons avec confiance, très Saint Père, il est même de voti^ intérêt que^Fon remédie à de si grands maux, que Ton fasse cesser entièrement au milieu de nous ces funestes di^ sions, que Ton délivre enfin TËglise de Jésu&-Christ de ces désolants scandales; il ne sera donc pas nécessaire de descendre eu Egypte pour s'assurer du secours, il suffira de recourir de vous, à vous-même, et d'attendre du soulagement de la même nmn dont nous nous plaignons qu'est venue notre oppression.

» En effet, de quel crime nous accuse-t-on? De ne pas vo« conserver le respect qui vous est dû, de vous refuser robéissanoe qui nous est commandée. Dieu ! combien ils se trompent, ou oombien ils veulent tromper, ceux-1^ qui se permettent de semblables inculpations! Les hommages dus à vos augustes qualités, le respect qu'exige votre éminente dignité, seraient méconnus par nous, qui, depuis sept ans, défendons de toutes nos forces, contre des hommes menteurs et impies, la sainte, la suréminente dignité du successeur de saint Pierre ! l'obéissance canonique vous serait refusée par des évéques dont chacun n'a point été plus tôt légitimement élu et canoniquement institué, qu'il a mis au premier rang de ses devoirs celui de vous transmettre le témoignage de sa foi^ de son amour, de son respect et de sa soumission !

» On nous accuse devant vous, très Saint Père ; mais qu avonsnous donc fait? Rien, notre conscience nous l'atteste, et la postérité le répétera; non, rien que ce que nous commandaient rigoureusement et les intérêts de notre religion, et ceux de notre patrie; que de maux, que de crimes, hélas ! l'on eût pu éviter, si, dès b

DE L*iC6L18B OB PBANCI. 347

commencement, tous eussent entendu, tous eussent mis en pratique ce que tous leur criez dans \otre bref que nous venons de citer : a C'est, y dites-vous, un dogme catholique que rétablisse* j» ment des gouvernements est l'ouvrage de la sagesse divine, qui » a voulu par là nous préserver du désordre et du chaos auicque^ D nous aurions été livrés, et empêcher que les peuples ne soient » ballottés çà et là comme un vaisseau battu par les flo|s ; ainsi saint 9 Paul parlant, non de chaque prince en particulier, mais des » gouvernements en général, nous dit qu*il n'y a pas de puissance » qui ne vienne de Dieu, et que résister à la puissance, c'est résis- » ter à Tordre que Dieu a établi. »

» Scrupuleusement attachés à cette morale évangélique, nous n'avons pu ne pas prêter, en 1791, le serment que nous prescrivait la loi, et que nous commandait la charité. Eu effet, en Ip refusant, dans quel pérU ne mettions-nous pa$, et notre salut, et le salut de nos concitoyens? Par ce refus, le ministère sacerdotal était totalement anéanti dans la France ; tous les fidèles se trouvaient généralement privés de tous les secours de l'Église; ce n'est pas tout : quelques hommes avaient formé le projet impie d'exclure entièrement de la France le catholicisme. En obéissant, en nous soumettant aux lois, nous avons déjoué ce projet infernal, et nous avons réussi à conserver au milieu de nous la foi de Jésus- Christ dans toute son intégrité, dans toute sa pureté; et voilà notre crime ; voilà le crime pour lequel des hommes cruellement égarés ont fait couler le sang de nos frères.

» Si, durant le feu de cette persécution, dont les annales de l'Église n'offrent point d'exemple, quelques prêtres, quelques évêques mêmes, hommes, hélas! faibles dans la foi, ont été en* gloutis par les Oots impétueux de cette mer écumante d'impiété , que de larmes amères n'avons-nous pas données à leur chute ! Et quelle source intarissable de douleur ne sera point pour nous, le reste de nos jours, ce scandale désolant? Mais leur crime, dont il n'est pas un de nous qui n'ait horreur, qui serait assez injuste, qui serait assez auducieux ()0ur nous l'imputer? Réunissant aujourd'hui nos prières et nos soins, nous travaillons tous avec une égale ardeur à remédier aux atteintes que cet affreux scandale a pu porter, soit à la religion de Jésus-Christ, soit au salut de nos concitoyens.

» Daignez, très Saint Père, nous seconder dans une œuvre aussi sainte : plein de bonté et de sagesse, ne laissez point durer plus

348 IIISTOIBE

longtemps nos inaux^ nos maux dont il n'est presque pas un auquel il ne soit dans \otre pouvoir de remédier prochainement. ÎHtes seulement une parole^ et une multitude immense de Catholiques se sentiront soulagés d'un poids accablant. Nous sommes bien sûrs que, depuis longtemps, c'est là Tobjel de vos vœux. Faites donc qu'enfin nous cessions de gémir, et vous-même vous y trouverez une douce consolation ; car, nous le savons, les chagrins qui nous consument, vous en ôles aussi dévoré : parlez donc, parce que vos frères et vos enfants vous écoutent; parlez, et bientôt notre sainte religion jouira de son antique gloire, l'Église de Jésus- Christ de la concorde qui fait son bonheur, la République française de la paix que nous désirons tous, et peut-être l'Europe entière de la tranquillité après laqueUe elle soupire; parlez, et, oubliant nos maux passés, pères, frères et enfants, tous, nous nous croirons au sein du bonheur.

» Plût à Dieu que votre âge et les grandes affaires qui vous occupent vous permissent d'honorer de votre présence notre concile, et de vous trouver à nos saints travaux pour en être l'âme et le modérateur! Ciel! de quelle joie se sentiraient pénétrés tous nos cœurs à la vue du Père le plus révéré et le plus aimé ! Accordez du moins votre bénédiction paternelle et apostolique à des mmistrès de Jésus-Christ, qui, tous, les mains levées au Ciel, et d'un cœur unanime, conjurent ardemment Dieu, notre Père tout puissant, de veiller sur votre santé et sur votre bonheur, et de conserver longtemps à son Église un pontife qui fait son ornement, et à ses enfants un père qui fait leur Consolation et leur appui. Ce sont les vœux de l'Église de France, ce sont les désirs les plus ardent^ et l'attente la plus vive.

Très Saint Père,

De vos très humbles, très obéissants et très dévoués frères et ûls, les évéques et prêtres assemblés en concile,

f Le Coz, évéque métropolitain de Rennes, présidant le concile national de l'Église de France.

Si le pape, prenant en considération les difficultés des temps et toutes ces circonstances extraordinaires qui pouvaient bien atténuer ce que le serment de 1791 pouvait avoir de répréhcnsible à ses yeux, eût posé au concile national les conditions qu'il eût re-

DE l'Église de feanci. 349

gardées comme nécessaires pour la réunion du clergé de France, il est probable que ces conditions eussent été accueillies avec respect et soumission, et qu'on n'eût pas eu besoin de lier de nouveau rÉgUse à TEtat par un concordat dont les suites devaient être si funestes. Un certain nombre de diocèses étaient vacants. La mort avait éclairci les rangs derancien épiscopat comme ceux des constitutionnels. N'eût-il pas été plus facile à Pie YI de s'entendre avec les uns et les autres de manière à remplir tous les sièges, sans exiger cette démission en masse, qui fut regardée par Pie YII comme un préliminaire nécessaire du concordat, et qui suscita de si légitimes susceptibilités? Les évéques constitutionnels avaient, pour la plupart, fait preuve d'un inviolable attachement à la foi et à la discipline de r£glise, au milieu de ta tourmente révolutionnaire; un grand nombre d'entre eux étaient aussi distingués par leur capacité que par leur vertu. Pie YI, comme le disait fort bien le concile national, n'avait qu'un mot à dire pour aplanir les difGcultcs. On doit regretter qu'il ne l'ait pas prononcé. Il était alors plus que jamais circonvenu pat des hommes imbus de préjugés, et aux yeux desquels la question politique dominait la question religieuse. Pie YI subit leur influence pour son malheur comme pour celui de l'Eglise. On peut croire qu'abandonné à lui-même il eût choisi le parti le plus sage. On doit le présumer d'après les paroles de son ambassadeur, le marquis Massimi, à plusieurs membres du concile qui s'en étaient confidentiellement entretenus avec lui ^ L'influence des émigrés l'empêcha de suivre cette voie.

La lettre du concile aux insermentés était pleine de charité. Les évêques y disaient ouvertement : a Nous nous prêterons à tous les tempéraments, nous supporterons tous les maux, nous aurons toute espèce de condescendance permise plutôt que de laisser subsister un tel scandale (celui de la désunion dans le clergé). i> Après avoir cité plusieurs passages des Pères qui exprimaient les mêmes sentiments, les membres du concile ajoutaient : a Si notre charité, si nos sentiments «pour vous nous portent à vous ouvrir nos âmes avec cette franchise qu'on doit à des frères, ce n'est pas que nous voulions rien préjuger ; ce n'est pas non plus que nous ayons moins de conOance dans la bonté de notre cause, que vous ne paraissez en avoir vous-mêmes dans les motifs qui ont dirigé votre conduite jusqu'à ce moment. Nous répandons notre âme

> Annales de !a Religion, t. r, p. 4T9.

%0 HiSToimi

dantf le sein de nos frères ; et quelques eiforts qu'ils pmsseat fake pour se dérober à nos embrassements, jamais ib n'échapperont à nôtre tendresse.

h Notre but est de vous en^ger à réunir vos lumières et vos efforts pour concourir avec nous à trouver les véritables moyeos de procurer à TÉglise gallicane une paix solide et véritable ^ à lui rendre la splendeur de son unité^ qui fait toute sa force. Avec quel empressement saisirons-nous celte occasion de vous témoigner des sentiments toujours chers à nos cœurs^ qui^ nous l'espérons^ ne nous abandonneront jamais !

0 Non^ la diversité de sentiments ne sera point un obstacle i nos vœux ; ce ne peut être qu'un motif de plus poiu* vous rendre à nos désirs. L'amour de la religion et de la pair fera triompher de tous les obstacles. Nous aviserons de concert aux mesures de sagesse et de prudence qui peuvent préparer les voies à la réunion, ù

Cette lettre fut lue par tous les prêtres constitutionnels au prône de la messe paroissiale^ le dimanche qui en suivit la réception.

Lorsqu'on lit sans préjugés les lettres adressées par le concile national au pape et aux insermentés^ on regrette vivement que Pie VI n'ait pas même daigné leur répondre. N'eût-il pas été plus glorieux pour lut de traiter de la paix et de l'union de l'Église avec des hommes dont le dévouement à la religion était incontestable, et de concert avec les anciens évêques, que de laisser à Pie Vlï la triste nécessité d'en traiter avec le représentant d'un gouvememetat qui ne vit dans la question religieuse qu'une affaire politique , et qui pouvait avoir pour successeurs des hommes encore moins religieux que lui ? Laisser à de tels hommes et à un gouvernement sceptique le choix des évoques, était, ce semble, ce qu'aurait dû le plus redouter le chef de l'Église.

Le concile national écarta toutes les questions oiseuses ou préliminaires, même celle qui concernait le droit des simples prêtrea dans les décisions , parce qu'on prévoyait qu'il n'y aurait aucun conflit sur les résolutions à prendre, et qu'elles seraient toutes adoptées à peu près unanimement, à cause de la gravité des circonstances. Grégoire, évêque de Lofr-et-Cher , rapporteur de la commission chargée de la classification des travaux, présenta un mémoire remarquable sur ce sujet. Cet évêque avait déjà rédigé le règlement du concile d'après les plus respectables monuments de l'antiquité chrétienne.

DB L'teusB ini raANCB. 351

FBorttii les travaux de rassemblée^ nous devons surtout signaler to décret de paeifieaiion. Outre les articles généraux dans lesquels le concile témoigne de son orthodoxie, nous signalerons les suivants : « L'Église gallicane reconnaît pour bases fondamentales de sa discipline l'élection des évêques par le clerpré et par le peuple, et leur confirmation et institution par le métropolitain. Elle n'admet au rang de ses pasteurs que ceux qui ont manifesté leur fidélité à la République, et qui en ont donné la garantie prescrite par la loi. Tous les pasteurs et prêtres qui sont restés fidèles à leur vocation seront appelés indistinctement à l'exercice du saint ministère, quelle qu'ait été leur opinion sur les questions qui ont divisé l'Église de France. S'il n'^ a qu un seul évoque pour un même diocèse, ou un seul curé pour une même paroisse, il sera reconnu de tous. Si une Église a deux évoques, l'un désigné et consacré avant 1791, l'autre élu et consacré depuis cette époque , le plu$ ancien sera reconnu; l'autre lui succédera de plein droit : cette disposition est commune aux curés. »

D'après ce dernier article, la plupart des anciens évêques seraient rentrés dans leurs diocèses, et auraient été reconnus de tous les fidèles et de tout le clergé. La seule formalité requise par le concile était l'adhésion au décret de pacification. Les derniers articles du décret sont ainsi conçus :

a A l'égard des évêques dont les sièges sont supprimés , il sera pris en leur faveur, pour la distribution des sièges et des diocèses, tous les arrangements que pourront exiger les localités et les besoins du peuple. Le présent décret sera adressé à Notre Saint Père le pape, qui sera supplié d'employer ses soins paternels pour pacifier l'Église de France. Il sera également adressé aux évêques des Églises étrangères, aux évêques et aux prêtres résidant en France. »

Ce décret fut signé de trente-et-un évêques constitutionnels, de dix prêtres ayant la procuration d'autant d'évêques, et d'un grand nombre d'autres prêtres députés des diocèses.

On voit par les pièces imprimées du concile que la pacification était son principal objet. Il s^occupa cependant de l'éducation chrétienne de,Ia jeunesse, et de plusieurs questions disciplinaires de la plus haute importance. Il écrivit à Pie Yl pour soliciter la réunion d'un concile oecunémique, afin de juger toutes les questions sur lesquelles on était divisé au sein de l'Église. Grégoire présenta aussi à l'Assemblée le compte-rendu des travaux des évêques

3ïâ aifiTOiBi

réuak à Paris^ depuis que la liberté des cultes avait été prociainée. On lira avec intérêt le passage de ce compte-rendu où Grégoire a fait Vétai du clergé :

(( Un de nos premiers soins, dit-il , fut de reconnaître l'état du clergé. Il nous présenta la lâcheté on même la honteuse apostasie en contraste avec une fidélité courageuse et digne des beaux siècles de l'Église. Je me hâte cependant d'observer qu'on a beaucoup exagéré le nombre des coupables. Je ne parle pas même de cette foule d'hommes qui signaient lâchement ce que leur cœur désavouait, surtout dans le Mont-Blanc, département en proie aux fureurs d'Albite. En pareil cas, il fallait briser la plume et savoir mourir; mais je rappelle qu'à cette époque les administrations et les comités révolutionnaires, composés d'êtres les plus immondes à force d'être épurés, arrachaient aux prêtres leurs lettres d'ordre sous prétexte qu'elles portaient des empreintes féodales^ ils forçaient à des abdications, présentaient ensuite ces divers actes comme des abjurations du catholicisme, et ne faisaient jamais droit sur les réclamations contre cette imposture. On sait qu'en vertu d'un décret les titres cléricaux avaient été transmis au comité d'instruction publique ^ J'ai compulsé la totalité de cette collection; on y trouve quelques actes d'apostasie; mais beaucoup de lettres d'autorités constituées qui portent tous les caractères de la tyrannie et de la calomnie; et comme il se pourrait qu'un jour la malveillance dénaturât les faits, je prends date pour en démentir la majeure partie aux yeux de la postérité, d

Après ce préambule, Grégoire fait ce tableau des vacances de l'épiscopat constitutionnel :

tt Évêques qu'on dit être mariés :

» Ceux d'Ëvreux, Beauvais, Saint-Omer (mort), Orléans, Bourges (mort). Moulins, Périgueux, Angoolême, Nîmes.

i> Evêques démissionnaires t ceux de Nancy, Besançon , Limoges, Saint-Fiour, Saint-Maixent, Nantes.

» Evêques qui n'ont pas repris leura fonctions : ceux de Laval, Poitiers, Luçon, Embrun, Valence, Strasbourg.

D Evêques morts de mort naturelle : ceux de Soissons, Colmar, Angers, YersaiDes, Chartres, Sens, Bourges (déjà nommé), Oléron, Perpignan, Bastia, Sedan *.

* Gr^ire était membre de te comilë.

* Ceux de Bordeaux et de Saintes moururent vers IVpoque du concile.

OB L'ftGLISB DB PHAXCB. * 353

» Qui ont péri sur l'échafaud : ceux de Bayeux ^ Qnimper , Parls^ Âix, Sens, Lyon, Autun^ Guéret.

B On conçoit, continue Grégoire, qu'en rapprochant de.s hommes sous un rapport qui leur est commun, je suis loin de vouloir les assimiler au moral, et que la distance est immense, par exemple, pour les démissionnaires, entre l'estimable Séguin, d'une part , et un homme (Gay-Vernon) dont les lettres impies ont été insérées dans le journal de la Haute- Vienne, imprimé à Limoges; entre Tome, mort couvert d'ignominie, et les dignes prélats énumérés dans la liste de ceux qui sont morts naturellement ; entre Huguet et Gobel d'une part, et de Vautre le vénérable Expilly.

ji> L'évéque d'Annecy (ou du Mont-Blanc) était le fameux Panisset, apostat de son aveu même, mais devenu saint depuis qu'il s'est rétracté : car la rétractation efface, comme on sait, tous les crimes et donne toutes les vertus. Dans les Annales catholiques \ journal auquel il ne manque, ainsi qu'on Ta dit, que d'être chrétien, puisqu'on ne peut l'être sans vérité et sans charité, on a inséré une lettre de Panisset sur laquelle il est utile de dire quelques mots. Ignorant qu'il eût apostasie, croyant au contraire qu'il était resté fidèle, nous l'engageâmes à reprendre ses fonctions. Il y parut disposé, et nous envoya son adhésion à la première Encycliqtie. Le remords sans doute l'engagea à nous avouer quti avait signé l'apostasie proposée par Albite ; à l'instant, il fut décidé que nous rejetions son adhésion, et notre collègue d'Amiens lui écrivit une lettre vigoureuse, que nous signâmes en l'engageant à faire pénitence. Il a rapproché ces faits et les a présentés comme si, dans la même lettre, nous l'engagions simultanément à faire pénitence et à reprendre ses fonctions. Actuellement vous pouvez apprécier la bonne foi d'un homme dont les dissidents (c'est-àdire insermentés) ont fait retentir partout la rétractation, comme si le parjure d'un apostat auquel, suivant l'expression du citoyen Le Coz, nous avions donné son congé avant qu'il nous quittât, était une preuve. s> il est certain que les insermentés tirent beaucoup de bruit de la rétractation de Panisset, apostat qui ne quitta les constilutionnek qu'après avoir été rejeté par eux, et qui n'a pas montré de bonne foi dans l'exposition des faits qui le concernent. Il eût mieux valu jeter un voile sur les actes de cet homme que de les exalter avec enthousiasme.

' O journal ët^tit rédigé par Tabb.^ de Boulogne.

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