‹ Histoire de l'église de FranceChapitre 77 sur 100 · DB L' ÉGLISE DB KRANCI. S · texte numérisé non relu

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Bocial en apaisant ces divisions^ en donnant une plus grande liberté et un appui direct au culte; et que par \h^ il se rendrait assez populaire pour oser, à Taide de cetle popularité et de l'éclat de ses victoires, s'emparer du pouvoir suprême et se couronner du diadème impérial. Quelques jours seulement après la victoire de Marengo, il disait au cardinal Martiniana, évêque de Verceil, que son intention était de bien vivre avec le pape et même de traiter avec lui pour le rétablissement de la religion en France, et qu'il le chargeait de faire connaître au pape ses dispositions*. Martiniana en écrivit aussitôt à Pie VU, qui reçut sa lettre avant son arrivée à Rome. Sept jours après son entrée solennelle, il répondit au cardinal qu'il ne pouvait recevoir de nouvelle plus agréable que celle qu'il lui avait doimée. 11 terminait sa lettre par ces paroles : « Vous pouvez dire au premier consul que nous nous prêterons volontiers à une négociation dont le but est si respectable, si convenable à notre ministère apostolique, si conforme aux vues de notre cœur. »

Bonaparte garantit au pape la souveraineté de Rome, moins les trois légations, conformément au traité de Tolentino, conclu avec Pie VI.

Les meilleures relations continuèrent entre le pape et le premier consul. Spiua, archevêque de Corinthe, qui avait suivi Pie VI en France et lui avait fermé les yeux, fut accrédité à Paris comme chargé d'affaires de la Cour de Rome ; on lui adjoignit le P. Cazelli, Piémontais. Cacault fut envoyé à Rome, par le premier consul, en qualité de ministre plénipotentiaire du gouvernement français •.

Le 13 septembre, Pie VU annonça par un bref, aux anciens évêques de France, les espérances qu'il fondait sur les bonnes dispositions du gouvernement. Spina, à Paris, obtenait sur des points de détail les satisfactions qu'il demandait. On lui rendit en particulier la statue du sanctuaire de Lorette apportée à Paris lors de la première campagne de Bonaparte. Il entretenait des relations suivies avec Bernier, curé de Saint-Laud d'Angers, que Bonaparte avait chargé des négociations du Concordat.

Les évêques et les prêtres émigrés rentrèrent alortf en foule dans

^ Artaud, Histoire de Pie VU, ch. 6 ; Anoales de la Religion, t. xii, p. 54.

* Mémoires historiques sur les affaires ecclésiastiques de France pendant les premières années du xix.e siècle; Histoire de Pie VH, par M. Artaud; Mémoires de Grégoire, oh» 5; Annales de la Religion, t. xii et suiv.

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les diocèses. Le clergé constitutionnel en fut comme submergé. Pour aviser à son salut, des synodes furent assemblés dans la plupart des diocèses, et Ton annonça un second concile national à Paris. En même temps, on publia une Adresse au Goui>ememeiU ou la France en danger par Vuliramontanisme ^ Cet opuscule était destiné à éclairer le gouvernement sur la nature des relations qu'il devait avoir avec Rome, s'il ne voulait pas encourager les prétentions de cette Cour au despolisme universel. Bonaparte pensait comme Tauteur de cet opuscule; de plus il n'aimait pas le clergé; mais il dissimulait ses véritables sentiments sous les apparences d'un grand zèle pour les intérêts de la religion.

Pendant que les négociations du Concordat avaient lieu, il laissa les évoques constitutionnels se réunir à Paris et tenir leur second concile national '. Nous devons en examiner les actes, qui ne sont pas sans importance, pour faire connaître ce qui se rapporte à la grave question du Concordat.

Le concile tint sa séance d'ouverture le 29 juin 1801, dans Téglise Notre-Dame-de-Paris. Quarante-trois évéques y assistèrent; buit y prirent part par procuration. Cinquante-^eux diocèses > envoyèrent des députés du second ordre du clergé. Le Coz, évéquei métropolitain d'Ule-et- Vilaine, fut élu président, et Deberlier, évêque de l'Aveyron, promoteur.

Le 29 juin, dès le matin, une foule immense remplissait la vaste enceinte de la datbédrale de Paris. A neuf heures, les membres du concile se rendirent processionnellement au choeur. Après celte cérémonie, Grégoire, de Loir-et-Cher, monta en chaire et fit un discours dans lequel il accumula les faits pour montrer que les conciles ont toujours été avantageux à TËglise pour la conservation des vrais principes catholiques, et surtout contre les empiétements de la Cour de Rome.

Comme les insermentés ne cessaient d'accuser les constitutionnels d'être schismatiques, ceux-ci crurent devoir faire, dans une des premières séances, cette déclaration : a Fermement attachés à l'Église catholique, apostolique et romaine et au Saint-Siège, centre de l'unité, nous confessons que le pape, en qualité de successeur

^ On trouve cette brochure au U wn d' s Annales de la Religion.

* Actes du second concile national de France, tenu Tan 1801 de J.-C. (an U de la République française), 3 vol. in-8.o. Paris, an X (1S02); Annales de b Religion, t. xiii.

de âainl Pierre^ est le ciief visible de l'Église^ ie premier vicaire de Jésus-Christ, le Père commini des fidèles; nous reconnaissoD et révérons en lui la primauté d'honneur et de juridiction, les droits et prérogatives que lui assurent, dans l'Église, les saintes Écritures et la tradition. » A cette déclaration, le concile en joignit une autre dont le but était de combattre Tultramontanisme, et de professer la doctrine des quatre articles, qui réduisent l'autorité pontificale à Tétat où elle fut dans les plus beaux siècles de l'Église. Le concile écrivit en outre à Pie YII une lettre pleine de respect, pour l'engager à donner la paix à l'Église de France, et à ne pas mettre d'obstacles aux intentions du gouvernement. On doit remarquer c^tte adhésion que le clergé constitutionnel donnait aux tnesurei que le premier consul méditait et concertait avec le pape, pour terminer les dissensions religieuses. Il est probable que I on connaissait, au concile, les intentions du gouvernement, qui étaient favorables aux constitutionnels. Dans le même temps, en effet, Fouché, ministre de la police générale, écrivit aux préfets une lettre ' dans laquelle il faisait un tableau très sombre des troubles dont les prêtres insermentés étaient cause. II dit ouvertement qu'avec eux la discorde est entrée dans les communes, qu'ils ne tiennent aucun compte de la promesse qu'ils ont dû faire de respecter les lois de la République, pour rentrer en France. Il prescrit les mesures rigoureuses du Directoire contre tous les prêtres séditieux ou qui n'auraient pus promis d'être soumis aux lois.

La principale cause des troubles était la mauvaise harmonie qui existait dans la plupart des communes entre les curés constitutionnels et insermentés. Des luttes continuelles existaient entre eux, et ils combattaient avec d'autant plus d'opiniâtreté qu'ils ne voulaient ou ne pouvaient se donuer d'explications ^convenables. Let concile, pour donner l'exemple de la pacification, proposa aux prêtres insermentés des conférences publiques à Notre-Dame de Paris et ofCrit toutes les garanties d'impartialité. Les insermentés ne répondirent pas à cet appel. Ils regardaient les constitutionnels comme des schismatiques avec lesquels ils ne pouvaient avoir aucun rapport, et qu'Hs devaient seulement poursuivre s outrance comme des ennemis de l'Église. Rome avait les mêmes pensées, et Pie Vfl ne répondit point à la lettre du concile. II ne voulait du reste traiter ni avec les constitutionnels ni avec les anciens évêques, des affaires

^ CMte lettre est du mois dp juillet 1801.

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d^ l'Église ; la première nouvelle que V<m eut en France de ta conclusion du Concordat vint d'Italie, par le commissaire français près le gouvernement de Toscane *.

Après de nombreuses négociations, cette coirreirtion avait ét^ î»ignée à Paris par Joseph Bonaparte, Crétet et Bemier, plénipotentiaires du premier consul, et Consalvi, Spina et Cazelli, plénipotentiaires du pape. On savait que la ratification du traité devait être échangée dans le délai de quarante jours, mais on n'en connaissait pas les clauses. On apprit bientôt que le pape avait signé une bulle pour la pacification de l'Église. Le 13 août, un menibrf du concile ayant été averti que le gouvernement avait reçu cette bulle, convoqua un grand nombre de ses collègues, qui ne se réchnissaienl pas ce jour-là, et leur communiqua les détails qu'il avait reçus sur ce point. Ils témoignèrent une grande joie de ces nouvelles, et résolurent d'envoyer une députation aux consuls, pour les assurer que le concile concourrait de tout son pouvoir au succès des dispositions pacifiques du gouvernement, et que, préjugeant que l'un des moyens les plus propres à cet effet était la prompte séparation de leur assemblée *, ils allaient la terminer. Le gouvernement applaudit à cette résolution et félicita le concile de ses travaux. La séance de clôture fut fixée au 16 août. On employa les quelques jours qui restaient à rédiger une lettre synodiqtie aux fidèles, et un mémoire au gouvernement pour réclamer énergiquemenl la conservation des libertés de l'Église fifallicane, qui sont en même temps le soutien de la religion et de l'Etat.

Dans la séance de clôture, le concile adopta une lettre au pape, dans laquelle nous remarquons ce qui suit :

« Très Saint Père, assemblés en concile de toutes les parties de la France, animés du désir le plus ardent de la paix, nous avons déjà fait passer à Votre Sainteté nos lettres de communion, dan> lesquelles nous a\ons exposé les motifs de notre réunion en concile.

» Ce mémo esprit de paix nous a portés à mettre lin au concile, dès qu'il est venu h notre connaissance que vous aviez pourvu vousinëme au rétablissement de cette heureuse paix, par des lettres apos»toliques adressées aux chefs de notre gouvernement, afin que, toute dissension étant apaisée et lenninée de part et d'autre, les ecclé-

1 Annales de la Religion, t. \iii, p. 336. * I6ti/., p. 340; Actes du concile, t. lii*

DE l KGUSE DE FRANCE. :\7\

sÎHsliqiies français se rebçardasseiil tous d('îSorin;ii.s cuiiuuc ilo.s frères, ot se donnassent inutiiellemenl le baiser de paix et de ciiarilé. »

Les évéqiies parlent ensuite au pape des travaux qu'ils voulaient faire et des conférences qu'ils avaient proposées aux insermentés^ i\ rimitation de celles de Garthage. Ils témoignent Tespérance que \v pape^dans ses lettres aux consuls, aura respecté les droits de TËglise gallicane.

« Nous avons tâché, ajoutent-ils, de prendre pour modèle les ïrénée, les Cyprien, les Basile, les Augustin. En conséquence, nous espérons que Votre Sainteté écoutera avec plaisir, avec bonté, des hommes qui se sont mis au-dessus de la haine et de l'envie des hérétiques; des hommes qui ont méprisé les outrages des superstitieux et les dérisions des impies ,- des hommes que l'exil, la prison, la crainte même de la mort, n'ont pu ébranler; des hommes qui se proposent de conserver à jamais, et dans toute leur intégrité, la doctrine, les maximes et les usages qu'ils ont reçus de leurs pères. »

En finissant leur lettre, les membres du concile protestent qu'ils sont disposés à faire tous les sacriiices compatibles avec la justice et la charité, si on les jugeait nécessaires pour le rétablissement de la paix.

Bonaparte avait eu des conférences avec plusieurs évéques constitutionnels, et en particulier avec Grégoire. Il leur avait demandé des mémoires, et avait surtout été frappé de celui qui traitait de la manière de négocier. avec la cour de Rome *. Il fit sans doute connaître aux constitutionnels ses intentions à leur égard, qui étaient de les faire entrer directement dans les négociations du Concordat, et d'en choisir plusieurs d'entre eux pour remplir les sièges reconnus par le pape. H leur avait aussi insinué qu'ils devraient tous donner leur démission, comme les anciens évéques, afin de laisser plus de facilité au pape et au gouvernement pour réorganiser l'Église. Aussi, avant de se séparer, le concile s'occupa-t-ii de la question des démissions. Moyse, évéque du Jura, présenta un nrémoire sur ce sujet * ; il y examinait ces questions : Les évéques actuellement exerçants doivent-ils donner leur dé-

^ Mémoirea de Grégoire, t. ii, p. 92.

* Actes du 2 « concile national de France, t, m, p, 122 et suivt

:ïl'2 HisTomi

mission? Quelle qualité doit avoir Tacte de démission? Entre \e» mains de qui doivent se faire ces démissions?

Voici quelques passages de ce mémoire :

« D'après des bruits vagues^ dont Torigine est cependant respectable^ en attribue au Concordat certaines dispositions commandées, du moins en partie, par Furgente nécessité de rétablir la paix reli- «pieuse, et alin de mettre un terme aux erreurs et aux scandales dont nos frères incommuniquants infestent depuis 1791 la plus belle portion du troupeau de Jésus-Christ. Je ne viens pas discuter toutes ces dispositions. Quand elles seront mieux connues, elles fourniront sans doute le sujet d'un mémoire intéressant, que nous ne manquerons pas d'adresser à nos contemporains et à la postérité. Permettez-moi seulement de traiter avec quelque étendue un seul article^ malheureusement susceptible d'être considéré sous divers points de vue ; mais sur lequel vous pouvez, d'un jour à l'autre, vous trouver obligés de prendre un parti d'où va dépendre la gloire immortelle ou l'étemelle ignominie de l'Église gallicane. »

Cet article était celui des démissions. Moyse, dans un long préambule, établit que le pape comme les évéques doivent suivre les canons ; que les concordats, jusqu'ici, ont été funestes à l'Église ; qu'il peut cependant y avoir des circonstances telles, que les canons doivent se taire, et qu'un concordat soit une nécessité. Les circonstances où se trouvait l'Église de France étaient de cette nature, selon l'évêque du Jura. C'est pourquoi il aSQrme que c'est un devoir pour les constitutionnels de donner leur démission si on la leur demande. Cette démission doit être spontanée dans son principe, et digne dans ses motifs ; ses seules conditions doivent être celles du zèle et de la justice; les démissions doivent être uniformes dans leurs clauses; et les évéques doivent mettre de la simultanéité dans leur exécution.

Le passage suivant mérite d'être cité :

« Si le pontife de Home déclarait nos sièges vacants^ nous lui dirions qu^il n'en a pas le droit, et qu'ils sont plus canoniquement remplis que celui de saint Pierre. S'il nous prescrivait des démissions, nous lui répliquerions qu'il n'en a pas le pouvoir. Si, dan^ sa bulle, il insinuait le moindre doute sur la légitimité de notre épiscopat, cette bulle serait déclarée criminelle. S'il se taisait sur ce point important, sa bulle serait renvoyée comme insuffisante.

)) Autant nous sommes éloignés de trahir nos devoirs, en exécutant des cAmmandenKMits iniques, autant nous nous empresseroDsJ

DE L'ÉOI.tSE DE FRA3ICK. :{73

toujours (le déférer à de sages conseils. Fai* conséquent^ si Je pape, après avoir reconnu sans équivoque la canonîcîté de notre épiscopat et de toutes les fonctions que nous avons exercées^ nous invitait^ au nom de la paix^ à nous retirer^ nous nous rendrions avec transport aux charitables avis de notre frère aîné, et nous aimerions à retrouver Je langage du Sauveur dans la bouche d(* son premier vicaire. Par la même raison, si le gouvernement, par une lettre authentique adressée aux évêques du concile, et circulaire pour les absents, mais honorable pour tous, nous invitait h nous démettre par des vues de bien public, nous nous ferions un devoir sacré d'accéder à cette invitation ; pourvu que nous fussions assurés que les nouvelles nominations vont être annoncées et que les nouvelles institutions sont prêtes, en sorte qu'on ne put craindre aucune interruption dans l'exercice des fonctions épiscopales. n

Moyse, dans la suite de son mémoire, prétend que les démissions ne doivent être données ni au pape ni au gouvernement, mais à celui qui, selon les canons, doit donner l'institution canonique, c'est-à-dire au métropolitain, ou au plus ancien suffragant par le métropolitain lui-même. Il s'étendît sur les différentes manières de donner les démissions, et proposa un acte général de démission, uniforme pour tous, et qui serait signé en commun.

Tous les membres du comité acceptèrent, par acclamation, que les démissions se feraient uniformément et par un acte commun, sauf l'honneur de l'épiscopat et la conservation des libertés d(* l'Église gallicane. Plusieurs membres proposèrent une démission simultanée avant la clôture du concile. La majorité opina pour qu<> l'on attendit que lefs démissions fussent demandées et que la bulle du pape fût notifiée.

Cette bulle et les clauses du Concordat n'étaient encore connues que d'une manière vague. Les négociations avaient eu lieu dans le plus grand secret.

Tandis que Spina et Bemier en discutaient les clauses, Bonaparte consultait les constitutionnels sur les bases qu'il faudrait donner à cette convention. La question des évécbés n'était pas la seule qu'il fallait résoudre; celle des biens ecclésiastiques n'était pas moins importante. Grégoire ^ faisait comprendre à Bonaparte que le pape ne devait pas mettre, dans sa bulle relative à ces biens, qu'il en ratifiait, approuvait ou sanctionnait la vente : ce qui

Mémoires de Grégoire, t. ft, p. V9.

blesserait la souveraineté nationale; mais simplement qu'il reconnaissait la légitimité de celte opération. Quant aux évéchés, Grégoire insistait sur l'élection des pasteurs par le clergé et le peuple, comme droit imprescriptible, a Le Concordat entre Léon X et François I<^% disait-il, fut regardé comme une usurpation; et Ton dit que Tun et l'autre s'étaient donné réciproquement ce qui ne leur appartenait pas. a II réclamait en outre le droit des métropolitains pour Tinstitution des évéqucs.

Les vues présentées par Grégoire lurent écartées. Bonaparte et le pape n'étaient disposés ni l'un ai luutre à laisser le clioi^ des évéques à d'autres qu'à eux. Pour ta cour de Rome, le premier article du Concordat devait être le rétablissement de la puissance temporelle du pape dans les conditions où elle était avant le traité de Tolentino *. Spina avait reçu ordre, dès son arrivée à Paris, de gagner du temps, pour voir si le premier consul, maître de Tltaiie, n'aurait pas, de lui-même, la pensée de restituer les trois légations qu'il avait enlevées à la cour de Home. On se berçait de cette illusion, parce que Bonaparte d\ait souvent répété ces paroles : « Que le saint-père s'en lie à moi, qu'il se jette dans mes bras, et je serai pour l'Eglise un nouveau Cliarlemagne. m Spina marchait donc lentement dans les négociations ; il semblait absorbé tout entier par )es questions théologiques; mais il n'en saisissait pas moins toutes le.^ occasions de rappeler que le Saint-Siège était pauvre depuis qu'il ne touchait plus les revenus de Bologne, de Ferrare et de la liouiagnc. Bonaparte faisait la sourde oreille, et Bernier posait, eu sou nom, les bases du futur Concordat. Telles étaient les principales : tous les anciens évéques devraient donner leur démission; on formerait luie nouvelle circonscription des diocèses, qui seraient réduits au nombre de soixante ; le premier consul ch(Hsirait les titulaires dans les deux clergés, insermentés elconstitutioanels, et le pape donnerait l'institution canonique. Les titulaires feraient une promesse de soumission au gouvernement établi; l'Etat leur accorderait un traitement. La vente des biens ecclésiastiques serait considérée comme un fait accompli, sur lequel on ne pourrait inquiéter pei*sonne à l'avenir. La police des cultes serait déférée à

' y. aux arcliives du ministère dus aflaires ctraDg»'Tcs la (lorrcsjmndanw d»* Spina et du cardinal Caprarn avrr lo p.ipp et a^oc r<ai;-îalvi, cl colle d»» r«Mn-

JJrriiicr l't «1»'-^ oîiPnls diploinati»(M' s du g'oncrrton rnl fr:)H<''is, l'fii'itivrmrnt •iij (i«»nc ,|,in(. r. if. les 'Mivr.i^:""* <'ilO'« ci-'li ^>iis.

DE l'ÉGUM lie FRAKGE. 375

l'Eial^ représeuté par le conseil d'Etat, qui tiendrait lieu du Parlement.

Spina rejeta d'abord fort loin ces conditions. 11 les décLaru contraires à la foi, et dit ouvertement que le pape ne les accepterait jamais. Il eût voulu une religion d'État^ et l'abrogation de toutes lois et ordonnances contraires à ce principe. Quant aux démissions des évéques, le pape, dit-il, n'a pas le droit de les imposer ; jamais le Saint-Siège n'a déposé un seul évéque. Au lieu de demander des démissions, qui pourraient être refusées, et donner ainsi occasion a un schisme pire que celui de la constitution civile, il v<ujt mieux rappeler les anciens titulaires disposés à seconder les vues du gouvernement, dans les diocèses de la nGiivelle circonscription qui correspondront à ceux qu'ils gouvernaient av.int 1791 » et donner aux autres des administrateurs en attendant la mort des litulaircs. Quant aux sièges vacants, on les remplira par de nouveaux é\é~ ques choisis par le premier consul ; mais les constitutionnels ne recevTont Tinstitution canonique qu'après avoir fait une rétractation solennelle de leur serment schismatique et de leurs erreurs.

Sur les autres points il y avait peu de difficulté. Quant aux biens ecclésiastiques, Spina demandait que le Saint-Siège ne fût pas obligé à une déclaration explicite sur ce point ; mais que Ton se contentât de l'engagement de ne pas en poursuivre les acquéreurs.

Bonaparte déclara plusieurs fois à Spina qu'il ne se départirait jamais du principe fondamental de son projet, qui était de faire démettre tous les anciens titulaires, de faire table rase, afin de pouvoir reconstruire la nouvelle hiérarchie de l'Eglise de France des divers éléments qui étaient dans son sein. Fidèle aux intentions de Bonaparte, Bernier faisait les plus vives instances auprès de Spina. Il lui faisait considérer ta demande des démissions comme la chose la plus simple, et la conséquence de la démarche que plusieurs d'entre eux avaient faite envers Pie VI, en 1790. Ceux qui avaient alors signé V Exposition des principes avaient en effet proposé de remettre leurs sièges entre les mains du pape. Sur les autres points, Bernier faisait les mêmes efforts ; mais il n'obtenait pas de résultat. Bonaparte, impatienté par les longueurs de la c^ur de Rome, fit rédiger mu projet de (ioucordat par Talieyrand, aucieii évêque d'Aulun, et d'Hauleri\e, qui, comme Talieyrand, avuii renoncé à l'état ecclésiastique. Bernier le reçut de ros mains peu orthodoxes, et le présenta à la signature de Spina. Celui-ci refusa

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de le signer et de TapprouNCr. il déclara pou\oir seulement renvoyer au pape, en le prianl de l'adopter.

î'n courrier partit pour Rome avec le projet de Goacordat^ et Tordre fut donné à Cacault^ ambassadeur de France auprès de la cour de Home, de le soumettre sans délai à Tacceptation du pape. Ce courrier étîiil porteur de la statue de Lorelte^ rendue à Spina quelque temps auparavant. Ce présent disposa Pie Vil à accueillir favorablement le projet de Concordat, il nomma, pour Texaminer, les cardinaux Carandini, Anlonelli, Albani et GerdiP. Ils soumirent leur rapport à une commission de douze cardinaux. Le plus ^rand secret était jçardé sur tout ce qui se passait. L'Autriche et les émigrés ne voyaient qii'avec dépit les bons rapports qui s'établissaient entre la cour de Home et le gouvernement de la République. Les modilications apportées au projet de Concordai par les trois cardinaux en faisaient un projet presque contraire. Cacault fit tous ses eflbrts pour obtenir des moditications. La congr^tîoD des douze cardinaux se réunit de nouveau; après un mois de délibérations^ elle ne lit presque pas de changements à son premier projet, dont voici les principales dispositions :

La religion catholique serait déclarée en France rdigian de VÈtat; les consuls la protégeraient publiquement. Il y aurait une nouvelle circonscription diocésaine, et seulement soixante sièges épiscopaux. Le pape demanderait les démissions des anciens titulaires; quant à ceux qui la refuseraient^ le pape prendrait dci^ moyens pour que ladministration de leurs diocèses ne restAt pa« entre leurs mains.

A l'appui de ce projet, le pape écrivit lui-même à Bonaparte : M Dispensez-moi de déclarer publiquement que je destituerai de vieux prélats, qui ont souffert de cruelles persécutions pour la cause de TËglise. D'abord, mon droit est douteux; secondement, il m'en coûte de traiter ainsi des ministres des autels^ tnalheureui et exilés. » Il s'efforçait de lui faire comprendre que son but n'en serait pas moins rempli par le projet romain que par le sien. 11 accordait au premier consul la nomination aux évêchés, sauf le cas où il serait protestant. Il ratifiait la vente des biens ecclésiastiques, mais demandait qu'on pût faire au clergé des dons testamentaires en biens-fonds. H accordait enfin aux prêtres mariés les dispenses que le gouvernement demandait.

^ Annales de la Religion, t. xtii. et 1p9 outres ouvrages eit«s fi^ewos.

DE ]/É(aLlSE »B PRAXiE. 377

On voit que le projet romain ne différait pas dexelui que^ dès W commencement^ Spina avait proposé.

Le jour même où le courrier partait de Rome pour apporter ce projet à Paris (13 mai 1801)^ Bonaparte réunissait, à la l4aJmaison, 8pina, Tabbé Bemier et Talleyrand. Il déclara que les lenteurs de la cour de Rome étaient devenues intolérables; que Gonsaivi et Tentourage du pape en étaient cause, parce qu'ils s'entendaient avec PAutriche et avec les émigrés; qu'il se considérait, eu conséquence, comme libre de tout engagement envers la cour de Rome ; que le traité de Tolentino lui-même n'était plus rien à ses yeux, et qu'il ne lui restait plus qu'à abandonner l'Église à son sort et à agir contre la cour de Home.

Spina aussitôt écrivit à Rome des dépêches, sous l'impression de répouvante que lui avait inspirée la déclaration de Bonaparte. En même temps, Talleyrand, en sa qualité de ministre des affaires étrangères, écrivit à Cacault de se retirer à Florence, si, dans cinq jours, le projet de Ck)ncordat n'était pas accepté sans modifications. Cacault présenta ses dépêches au pape et à Consalvi. Us en furent effrayés l'un et l'autre. Ils n'eussent pas voulu signer le projet de Concordat purement et simplement, et ils prévoyaient tous les malheurs que leur refus allait causer. Cacault leur proposa, comme moyen terme, le départ de Consalvi pour Paris, afin de traiter directement avec Bonaparte. Consalvi, dévoué à l'Autriche, tremblait au seul nom de la République française ; Pie VH, faible de caractère et assailli par les émigrés, ne pouvait se passer de Consalvi. Il fallut cependant se décider au départ. Consalvi partit pour Paris ; il écrivit à Aclon, à Naples, qu'il marchait au martyre, Acton montra cette lettre à Alquier, ambassadeur de France, qui en envoya copie à Paris. Cacault parvint à calmer l'irritation qu'elle causa au premier consul, en le persuadant que l'indiscrétion d'Acton ferait de Consalvi un ennemi de la cour de Naples. Le secrétaire d'Etat du pape fut donc reçu 5 Paris comme s'il n'eût pas écrit son imprudente lettre au ministre de Naples. Il y arriva le 20 juin. Il se mit aussitôt à négocier avec l'abbé Bemier. On accorda à Consalvi quelques modifications de pure forme, et on conrint du traité tel qu'il a été publié depuis'. Joseph Bonaparte, Cretet, conseiller d'Etat et l'abbé Bemier furent désignés comme

* F. le texte du Concordat parmi les PiècêB juslfficalivet du présent toluine, 11.0 2.

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plénipotentiaires par le premier conatil; Gooialviy Spiua et Caselli furent ceux du pape. Ils signèrent le Concordat le 15 juillet 1801.

il restait beaucoup à faire après cette signature. Outre la ratlGcation du pape qu'Ù fallait demander , Rome devait rédiger ses buUes et ses brefs, el Bonaparte tracer la circonscription des diocèses et choisir les nouveaux titulaires. On était sûr de la ratification du pape, qui ne pensait et n'agissait que par Consalvi. En effet, à ' peine ce ministre fut-il de retour à Rome, que Pie VII convoqua ie^ cardinaux pour leur soumetire le traité et faire préparer lousles actes nécessaires pour son exécution. Il donna, peu de terups après, k ratificalion eu grande pompe et en plein consistoire. Il choisit, en outre, pour exécuter le Concordat de concert avec le gouvememeut, un dipionale d'une famille illustre, le cardinal Caprara,qui partit pour Paris avec le titre de légat à lalere ; il ne fut reçu solennellemiem en cette qualité que le 9 avril 1802.

La cour de Rome s'applaudit du nouveau traité, surtout à cause du pouvoir qu'il donnait au pape sur Vépiscopat dans tout runivers ^ On ne croyait donc pas pouvoir en trop faire pour témoigner toute la joie que l'on en ressentait. Cependant le pape lui-môme avait avoué que le droit qu'on voulait lui faire exercer contre les évéques était douteux. On savait, en outre, que ce prétendu droit douteux n'existait pas aux yeux de l'épiscopat français, qui ne l'avait jamais reconnu, qui avait toujours protesté de sa nulUté. Si le Concordat, au point de vue diplomatique, était nécessaire ; si ceux qui se regardent comme des hommes d'État peuvent le considérer comme un grand acte qui a sauvé l'Église » les catholiques doivent le considérer sous un autre point de vue. Ne pouvait-on pas sauver l'Église de France sans la livrer à un soldat heureux, qui voulait se faire de la religion un degré-pour monter sur le trône impérial ? était-ce un si grand avantage que ce traitement donné comme par grâce à un clergé qu'on ne voulait pas considérer comme un corps de fonctionnaires publics, vis-à-vis duquel l'État ne se regardait pas comme débiteur, et dont le salaire, par conséquent, ne pouvait être considéré que comme une aumône et un moyen dont Bonaparte prétendait bien se faire un appui? Au point de vue purement religieux, le Concordat était pour rËglise une calamité. Si autrefois Léon X avait porté à rÉgliseuii coup des plus cruels en accordant à François 1*^'" et à ses succès

' Arlaud. Ilistoirr de Pie Vil, ch. 12.

Dl L'iGLlSB »B FEàNCB. 379

seurs le prétendu droit de nommer les évéques, on doit regarder comme plus cruel encore celui que lui porta Pie VII ; car » jusqu'en 1789 ^ la religion catholique était du moins religion d'État, et les rois étaient, par une nécessité inhérente à km* trône, les protecteurs de TÉglise ; tandis que Bonaparte lui-même, et ceux qu'après lui les circonstances devaient mettre à la tête du gouvernement français, n'offraient aucune garantie sous le rapport religieux. [Is ne devaient donc considérer ni Thonneur de l'Eglise ni l'intérêt de la religion, qui n'était rien pour eux, mais simplement leur propre intérêt, dans le choix des évêque^. Le Concordat était la porte ouverte aux ambitieux et aux plus basses intrigues. Par lui l'épiscopat devait nécessairement devenir le prix de con-* cessions et d'avilissements politiques ; il devait engendrer cet abaissement des caractères, qui est aujourd'hui la grande plaie de l'épiscopat en France et la source de tous les malheurs de notre Église.

Le clergé du second ordre fut livré sans défense à un épiscopai avili. £n créant pour l'Église de France une situation nouvelle et sans précédent dans les fastes de l'Église, on oublia de donner aux prêtres des lois et des tribunaux ; on les laissa dans l'anarchie. L'épiscopat fut vendu et livré au gouvernement ; le clergé secondaire gémit sous l'arbitraire épiscopal ; voilà en deux mots l'Église de France de nos jours enfantée par le Concordat de 1801.

Pie Vn le ratifia le 15 août. Le jour même il signa la buUe Ecclesia Christi, qui ne fut publiée qu'avec le traité S et le bref Tàm mulia, dans lequel il demandait aux anciens évêques leur démission.

Dans la bulle, le pape dit qu'il jeta les yeux .sur la France dès qu'il fut monté sur le Saint-Siège; que Dieu, riche en miséricorde, inspira à l* homme illustre qui y avait à peu près la souveraine puissance, le même désir qu'à lui, celui de restaurer l'Église gallicane; et que, pour arriver à ce but, il a pris les moyens que nécessitaient les circonstances extraordinaires, le bien de la paix 'et de l'unité. 11 raconte que, ppur négocier le Concordat, il donna successivement pouvoir à Spina et à Gonsalvi, et qu'il a enfin été signé par les plénipotentiaires dont nous avons cité les noms plus haut; puis il indique les divei*s articles du Concordat'.

I Elle fut publiée à Poris par le cardioal Caprara, le 0 avril 1802.

* \\ y avHit, dans cette liulle, un paraf;raplu; rclalil' nux l'onsUlulioiute-.^ qui

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N'oici J abrégé du bref Tàm multa : Vénérables frères, vous avez bien mérité de la religion el vous avez acquis beaucoup de gloire par tout ce que vous» avez supporté pour TEglise; mais votre sacrifier n'est pas encore complet, nous sommes oUigé devons en demander un plus grand encore, qui mettra le comble à vos mérites. La conservation de l'unité de l'Église et la restauration de l'Église catholique vous font un devoir d'y consentir ; votre amour pour l'Église vous en donnera la force ; vous donnerez donc la démission de vos sièges et vous les mettrez à notre disposition. C'est un grand sacrifice. Nous comprenons qu'il vous en coûte de quitter des brebis qui vous sont chères, et que vous avez guidées, même de l'eiil; mais plus le sacrifice est grand , plus Dieu vous en tiendra compte. Votre vertu nous défend de penser qu'il en puisse exister un seul parmi vous qui ne se hâte de nous envoyer sa démission. Vous vous rappellerez avec saint Augustin que nous ne sommes pas évéqu(^ pour nous, mais pour l'Église ; vous imiterez les évéques d'Afrique, qui, pour mettre tin au schisme des donatistes, offrirent leur démission au concile de Carthage, exemple suivi déjà par un grand nombre d'entre vous qui offrirent à Pie Vi, notre prédécesseur, leur démission, par leur lettre du 3 mai 1791 ; d autres se sont montrés depuis dans les mêmes dispositions, comme nous le savons par les lettres particulières qu'ils nous ont adressées. Nous ne pouvons donc pas douter que vous ne fassiez le sacrifice que nou.N demandons. Des circonstances impérieuses nous obligent de vous demander, dans les dix jours, votre démission pure et simple. Si vous y mettiez des conditions, nous serions obligé de vous r^§:arder comme refusants. Nous espérons qu'il n'en sera pas ainsi ; mais, dans le cas contraire, nous n'en agirions pas moins, à cause des circonstances qui nous y forcent.

Le jour où le bref Tàm mutia fut envoyé aux anciens évéques, Pie Vli envoya le bref Posi mulioê labareê à Spina, qui fut chargé de le faire tenir aux évéques constitutionnels. Le pape y disait en substance :

c Nous sommes enfin arrivé, après bien des peines, à conclure nn traité qui aura pour effet de rétablir la religion dans won antique

fut supprimé au JHonUeur. Les autres journaux, et en particulier le Publicùk, le donnèrent. Le pape y engageait les constitutionnels à se rendre à ses déàtn et à ceui du gouvernement , et à ce confier à la sollicitude paternelle du Mnt-Siége.

OB L'âGLISB OB PBAXCB. IKI

liberté. Dans ces heureuses circonstances, notre cœur paternel nous fait désirer que la paix soit faite avec tous; c'est pourquoi votre devoir sera de faire connaître nos intentions aux archevêques et évéques qui ont gouverné des Églises sans Tinstitutlon du Siège apostolique. Vous leur notifierez le désir que nous avons de mettre fin à toutes les dissensions et de les recevoir dans les lois de la charité. Qu'ils se hfttent donc de revenir à l'unité catholique; que, par leurs lettres, ils témoignent leur obéissance et soumission au pontife romain, et leur adhésion aux jugements du Saint-Siège, relatifs aux affaires de France ; qu'ils quittent incontinent des siégea qu'ils ont occupés sans Tinstitution du Siège apostolique. L'Église entière le leur deniande et l'attend. Dites-leur qu'ils seront d'autant plus sûrs d'obtenir de nous des sentiments favorables qu'ils mettront plus d'empressement i se conformer à nos exhortations ^ »

Spina envoya une copie de ce bref à chaque évéque constitu* Uonnel. Grégoire lui écrivit à ce sujet une lettre très énergique, dans laquelle il protestait contre un tel envoi. Le Goz y répondit avec dignité, et Royer, archevêque de Paris, publia une note pour le réfuter. La plupart des autres renvoyèrent le paquet à son adresse, et refusèrent de le recevoir. Ils adressèrent même à Bonaparte un mémoire contre le bref '. Tout en protestant contre un acte, qu'ils considéraient comme injurieux et illégal, les constitutionnels donnèrent leur démission, en se réservant l'administration de leurs diocèses jusqu'à la nomination de leurs successeurs. Ils signèrent dès lors leurs mandements et autres actes épiscopaux du titre de ancien évéque ou à! évéque démissionnaire. De Jarente, évêque d'Orléans, envoya sa démission directement à Bonaparte. De Savines, évéque de Viviers, la refusa.

Lorsque le bref Tàm miUta arriva à Londres, les évéques émigrés qui y résidaient se réunirent et tinrent plusieurs conférences *. Quatre se montrèrent disposés à obéir au bref, c'étaient les ^rche-

* Avant d*adresser ce bref À Spina» on avait eu le projet d*eii envoyer un directement aux constitutionnels. Le projet de ee bref existe aux archives de Rome. Pie VII l*adressait à ses vénérables frères les archevêques et évéques français qui ont occupé leurs sièges sans imsliluUon du Siège apostolique, A la fin, il leur donne sa bénédiction. (Archtv. Yat. S. S. D. N. Pii VII poatif. JMax. Epistol. ad princ. étal. anu. 1 et 2 PontificatCb ; J. Marotti secret., fol. 91, 92.)

* On trouve cas pièces dans les Annales de la Religion, t. xit.

* Morhing-Chronicle ci Morning^Post du 22 septembre 1801 et jours suiv.

'399à HiftToitB

vécues d'Aix et de BordeuiiTc, les t^véqiios de Lescai* et de Cominiilges^ L'archevêque de Narbonne et fes évéqiies de Montpellier, de Noyon, de Nantes^ d'Angouléme , d'Avranehes^ de Lombez et d'Uzès se déclarèrent poar Topiiiion contraire. L'évéqne de Saint- Pol-de-LéoD promit de 8c joindre à la majorité. L'évéque d'Anus communiqua à la réunion Tavis de Looîs XVIIl, qui était contrairraux démissions. Les opposants eurent des réunions particulières et résolurent d'écrire au pape une lettre collective^ quoique le nonce leur eût déclaré qu'ils ne devaient adresser que des réponses individueUes. Ce nonce était Erskine ; ayant été instruit de la réso> Intion des opposants , il leur adressa une circoiaire potn* leur dirr qu'ils ne remplissaient pas les vœux de Sa Sainteté en rédigeant une telle lettre, et qu'il leur avait adressé à chacun un exemplaire du bref, afin que chacun y répondit individuellement. Les opposants ne tinrent aucun compte de cette missive et adressèrent au pape la lettre suivante, datée du 27 septembre : « Très Saint Père ,

» Nous ne dissimulons pas à Votre Béatitude la grave douleiir qui affecta nos âmes, aussitôt que nous reçûmes les lettres de Votre Sainteté, en date du 15 août 1801, Tan second de son pontificat. Cette douleur est si profonde que, bien qu'il n'y ait pour nous aucun devoir plus cher et plus élevé que d'écouter, autant qu'il e?\ en notre puissance, avec une déférence entière, les conseils de Votre Paternité, cependant cette même douleur nous laisse nonseulement incertains et flottants, mais encore nous contraint à tempérer notre obéissance.

BLa force de ces lettres est telle , que si elles obtiennent jamais ce qu'elles prescrivent, en un seul instant, toutes les Églises épiscopales qui existent en France deviendront veuves. Votre Sainteté ue nous apprend pas, et pour avouer librement la vérité, nous-mêmes nous nfi concevons pas, comment la vidulté subite de toutes les Églises de ce vaste empire produira l'effet salutaire de la conservation de l'unité et du rétablissement en France de la religion catholique.

0 Certainement l'expérience de toutes les calamités qui^ depuis beaucoup d'années^ déchirent la patrie, montre assez tout ce que nous devons craindre des maux el des malheurs qui résulteront, pour la chose publique, de cette viduité simultanée et universelle : la voie à suivre pour éviter ces maux ne peut être ouverte à Votre Sainteté que par une assemblée de tous les ëvéques de VEgHse galUcane,

1) Nous ne voulons pas parler ainsi pour faire entendre qu'il

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