GUY DE FAUCIGNY
Pierre-Maurice, dit le Vénérable, nous a laissé dans les chroniques de Cluny quelques mots sur Guy de Faucigny (1). II était de noble extraction, magnée nobilitatis. Son père, Louis, était seigneur de Faucigny, et sa mère Tetberge, touchait de près aux familles les plus distinguées de l'époque. Guy avait embrassé la carrière ecclésiastique et en remplissait les fonctions, comme chanoine dans l'Eglise de Lyon, lorsqu'il fut appelé à diriger le diocèse de Genève. La date de son installation n'est pas connue.
Il nous reste de lui plusieurs actes de fondations faites en faveur du monastère de Saint- Victor, qu'il affectionnait
(l) Pierre (le Vénérablo). De Miraculis, Max, Bibliol. Pat. XXII, p. 1103.
' d'uDc munière toute spéciale. Un de ces actes est daté de la trente-septième année du règne d'Henri IV, roi des Romains, par conséquent de l'an 1093, l'autre do 1099 (1). Plusieurs auteurs, Mallet entr'autres, ont fait à cet ëvéque un crime de ses donations nombreuses aux moines de Cluny. Elles sont taxées de • prodigalités rui- Deosee pour son diocèse • et présentées • comme des act«s de sjioliafi0»s indignes d'un administrateur viager. • Nous ne partageons pas l'avis de Mallet à cet éy;ard, et s'il n'y avait pas d'autres faits à la charge de Guy, sa mémoire serait pure et glorieuse. Car, qu'étdent à cette époque les monastères, sinon des écoles de science et des , foyers de vertus? En confiant donc aux religieux de Saint- ■ Victor les diverses églises avec leurs revenus, Guy pour- I voyait sagement aux besoins de ses diocésains, en leur donnant des guides éclairés et dignes de toute confiance. D'ailleurs, en remettant aux moines les églises, il réservait, presque toujours dans les actes de fondation, les droits de l'évêque, ceux de l'archiprétre et des chanoines de Saint-Pierre et des paroisses (2). Lorsque, en reconnaissance de l'hospitalité qu'il avait re(;ue au monastère d'Ainay (Lyon), il concéda l'église de Saint-Jean, il maintint dans toute leur intf'grité les droits de saint Pierre, mettant des réserves pour toutes les redevances et oblations usitées jusqu'à ce jour {1113). Une des plus importantes concessions d'église faite par Guy au monastère de Cluny est celle de Contamines sur Arve; mais ■c'était, en quelque sorte, un bien de famille dont il disposait. Aussi Htipula-t-il, dans l'acte de donation qu'il Iréclamait en échange, des prières pour son père Louis, sa
{I) ATcliivPs de tiunJvp, roricifpnillc hisloriquc, n" S, (1) Vojroi U iliHHlloii de lVgl»e de Ci'ssy à l'obbayc de Sainl-Oynn r|i, Ion. GcicBMoD. Bibliot. Saliusana, Ceniur. It, ch. 1.
mère Tetbcrge, son aïeul Emerard, son frère Wilhelm et pour ses neveux (1119) (1).
Mais ce qui peut, à juste titre, lui être reproché, c'est d'aToir eu, durant les premières années de son épiscopat, les goûts et les allures du grand seigneur. Devenu évéque, il eût dû renoncer à la fierté que donne trop souvent un grand nom, tandis qu'il aimait à en faire parade, en se montrant somptueux en toute circonstance. Il y avait en lui de la bonté de cœur et de la générosité ; mais elle dégénérait en prodigalité et en faiblesse vis-à-vis de ses parents. Non content d'épuiser sa fortune particulière pour rendre service à ceux qu'il affectionnait, il céda à son frère Âymon des châteaux et des droits inhérents aa siège de Genève, au détriment, par conséquent, de son autorité et de celle de ses successeurs. Forts de ces concessions malheureuses, les comtes se mirent à agir comme seigneurs de Genève. Ils prélevèrent des dîmes, même sur les églises. Guy comprit bientôt ses torts; il eut voulu les réparer, mais c'était trop tard. Sur son lit de mort il confessa sincèrement sa faute et en exprima les regrets les plus vifs, en demandant pardon à Dieu. Disons, toutefois, à sa louange que s'il négligea bien des devoirs, il fût du moins adonné de tout cœur à la bienfaisance. Il faisait, dit Pierre le Vénérable, « de larges aumônes aux pauvres, nourrissant ceux qui avaient faim, donnant des vêtements à ceux qui en manquaient. Bon pour tous ceux qui venaient se plaindre à lui, il les écoutait avec une suprême patience et il cherchait à pourvoir à leurs difficultés avec bienveillance et de son mieux > (2). Guy occupa
(1) Indicateur d*histoire et d'antiquités stiisses^ par M. de Ginoins, 1862, I, p. 6.
(2) Pierre (le Vénérable). De Miraculis, BihU Pot,, p. 1103.
le siège de GeDèvG peDttant claquante années. Sa mort est placée par Besson en 1120.