‹ Histoire de l'Église de GenèveChapitre 22 sur 84 · HUMBERT DE GRAMMONT · texte numérisé non relu

HUMBERT DE GRAMMONT

Les regrets de Guy furent une leçon poar son succès*

I senr, Humbert de GrammuDi, chanoine de Genève. A peine

fat-il promu à l'épiscopat qu'il s'appliqua sérieusement

Iâ mettre un terme aux empiétements commis par le comte Aymon, sur les droits sacrés de l'Eglise. Ce n'était pas â Genève seulement que l'on avait à gémir des violences faites au pouvoir temporel. Cette tendance était générale. Aussi, partout cette grave question était sur le tapis. A. Vienne, elle préoccupait l'évéque métropolitain (1); à Itome, elle était le sujet de négociations entre le pape Caliste II et Henri V, Humbert de Grammont, désirant vivre en paix avec le comte Aymon, le conjura d'abord de laisser aux églises leurs propriétés, et aux hénéficiers les dimes dont ils étaient en jouissance. Aymon, s'appuyant sur les concessions de sou frère, ne voulut rien céder. Il fut, facile à l'évoque de prouver que son prédécesseur avait livré ce qui était le domaine de saint Pierre. Trop fier pour se soumettre, Aymon en appela au métropolitain, auquel, d'ailleurs, Humbert avait soumis la difficulté. Elle fit la matière d'un concile provincial, tenu à Vienne par les ordres du Pape, où les archevêques et évêques présents fnreot unanimes à déclarer • sacrilège toute usurpation des biens et propriétés ecclésiastiques • (1124) (2). La réponse fut une meuace d'excommunication, que l'évéque n'hésita pas à fulminer, sous le nom de ; Sentence de Injustice selon

(i) CnanvBT. BUMre de VêglUe de Vienne, p. 331. (Sf Uanti Concic, XXI, p. ;]1S,

la forme canonique. Le comte fat attërë de ce coup et demanda de pouvoir en référer au Pape, qui remit la cause entre les mains du métropolitain de Vienne, avec mission de terminer ce débat. Il fallut d'abord mettre les parties en présence et entendre leurs ' raisons. La petite ville de Seyssel fut choisie pour lieu de réunion (1).

On y vit arriver le comte Aymon, escorté des principaux barons ou seigneurs du pays, Boson d'ÂUinges, Rodolphe de Faucigny, et Guillaume de Chaumont, tous les trois intéressés dans ce débat. Us avaient été précédés par Girold, évéque de Lausanne, Emérard, prieur de Tabbaye d'Abondance , Guérin , le célèbre abbé de Saint- Jean ^ulps, par plusieurs doyens et une partie des chanoines de la cathédrale.

Pierre I, archevêque de Vienne, présida l'assemblée en qualité de légat du Souverain Pontife. Humbert de Grammont, ayant pris la parole, ne fit qu'affirmer ses droits. Pour les constater, quatre témoins, choisis par les deux parties, durent articuler avec serment ce qu'ils savaient à cet égard. C'étaient Richard et Sibod, d'une part, et Hugues de Ternier et Dalmatius de Gex de l'autre. Après avoir levé la main et juré sur les saints Evangiles de dire la vérité, ils proclamèrent que Tévéque était le seul prince de Genève, que la justice s'y rendait en son nom et que sa juridiction s'étendait sur les foires et les marchés, sur les péages et sur la pêche, sur les pâturages et sur les mutations. Us proclamèrent aussi comme droits de l'évêque le plaid général, le forage des vins, la frappe des monnaies et l'exercice de la justice. C'était à lui à faire saisir les larrons et les faux-monnoyeurs et à les faire juger. Enfin les droits du comte étaient tellement subordonnés à ceux de l'évêque, que son séjour dans Genève

(1) Archives de Genève, portefeuille historique, n* 5.

n'était que toléré, à la condition de respecter les droits d'un chacun, et de ne nuire ni à l'Eglise, ni aus ecclésiastiques, ni aux citoyens (1). Tels étaient les antiques usages. Âftnon, qui n'avait tenu jusque-là aucun compte de ces prérogatiTes, reconnut loyalement ses torts. Il restitua toutes les églises sur lesquelles il avait exercé des exactions, ainsi que le tiers des dîmes dont il avait pris poscession. De plus, il reconnut l'évèque pour son seigneur et maître, en lui jurant fidélité, avec l'engagement de le Boutcnir et de le défendre contre ses ennemis. Âymon fut alors relevé de son excommunication et déclaré feudataire et remis en possession de ses droits laïques. En signe de réconciliation, l'évèque lui serra la main et lui donna l'accolade, comme gage de paix (2).

L'acte de cet accord solennel fut dressé et signé par les assistants. Il porte le nom de traité de Seyssel. On peut dire qu'il devint comme le pacte fondamental de l'Eglise de Genève (3). A chaque tentative d'empiétement de la part des comtes, les évéques en rappelèrent les clauses, comme nous en appelions jadis au traité de Vienne et de Turin, et comme aujourd'hui le peuple suisse en appelle à la coDâtitution fédérale. Ce traité porte la date de 1124, La noble attitude de l'évèque Ilumbert vis-à-vis du comte de Savoie dénote la fermeté de son caractère. Il poursuivait les nl)us partout où il en trouvait les traces, « Mon devoir pastoral et ma sollicitude paternelle, dit-il dans une charte concernant l'église de Satigny, exige que je corrige avec une sévérité convenable ce qui, dans les affaires ecclésiastiques, n'est pas selon l'ordre > (3). Humbert de Grammont vit s'élever dans son diocèse une foule

<l| ScoK, II, Preuves, D' 1.

f!i Hunih«fl fil panie do la cour d'Henri V réunie à Slraabourg, lUgestt

de maisons religieuses, dont il encouragea les fondateurs. En 1125, il consacra l'église de la Chartreuse-de-Portes, et lorsqu'en 1134 le prieur de la maison de Meyriat lui demanda pour son couvent l'exemption des décimes revenant à révêque, il se fit une joie d'accéder à sa demande. Sa lettre est des plus affectueuses (l). Quoniam vos sicut charissimos filios speciali in Chrisio dilectione compleC' timurypetitionem vestram repellere non valemus. Il n'y met qu'une clause, c'est de ne pas être oublié par la communauté après sa mort, Vestra caritate confisi credimus vestris orationibus juvari 2>ost decessum^ et que sa mémoire vive parmi ceux qu'il affectionne tU memoriale nostrum vohiscum maneat diligenter (1134).

En écrivant ces lignes, Humbert semblait prévoir que sa fin approchait. En effet, il mourut le 31 octobre 1135, après un épiscopat de quinze années. Le nom d'Humbert de Grammont est digne d'être cité parmi ceux des grands évêques. Arrivons à un nom plus illustre encore, celui d'Ârducius.

(1) Bhsson, U. Preuves, n' 16.

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