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CHAPITRE XII

Les évoques à l'époque du grand schisme

Jean de Hurol. — Il esi patronné par Roiicrt de Genève. — Le grsDd schisme. — Diflicnllés avec Amédée VI nu sujet de la monmie. — Adbémar Fabri. — Srs éludes ï fienève. — Son code des Fraocbises. — CuilIauniG de Lnrnn;. — Sa nominaliati. — StalDte s}Dodau\. — Il fait rcsprclcr les Franchises. — La rlèmrnce. — Sa bicolaisaDce. — Jean dn llcrtrand. — Son éltftion. — Ine visite pastorale. — Son talent attire sur lui l'iltentioD de Martin V. — II figure au coDrile de Constance. — ■irlin V i Genne. — Jean 111 de Itocliftaillée. — Il consulte le peuple de Genève. — Vule glorirui. — l)e Itriève-Cnisse.

JEAN DE MUROL

Jeao de Murol ou Motel d'Estaing, descendait d'une ancienne famille d'Auvergne. Son père se nommait Jean, seigaeur de Murol, et sa mère Adélaïde de la Roche- Briant. Avant d'arriver a l'épiiîcopat, il occupait, comme chanoine, une stalle à la cathédrale de Rouen.

Jean de Murol dut toute sa fortune à l'antipape Clément VII, qui sut, par des faveurs, se créer des partisans. Le collège des cardinaux venait d'abandonner Urbain VI, dont l'élection, quoique attaquée, avait cependant tous

les caractères de la validité la plus complète. Les regards de la plupart s'étaient tournés vers Robert de Genève qui, après avoir occupé plusieurs postes marquants à Paris et à Cambrai, avait été promu au cardinalat par Grégoire XI. Il était de plus, Tallié des princes d'Occident. Son talent pour la parole était incontestable ; il lui avait conquis Tadmiration de tous ses contemporains. Il n'en fallut pas davantage pour lui former une auréole, et presque tout le midi de l'Europe se déclara pour lui.

L'élection de Robert de Genève donna naissance au grand schisme d'Occident, qui fut une des plaies les plus douloureuses de l'Eglise. Nul doute que la Papauté n'en perdit une partie de la considération dont elle avait joui jusqu'alors. Des hommes ardents en prirent occasion pour prêcher la révolte contre l'Eglise. Ce fut le grand argument de Luther pour entraîner une partie de rAllemagne dans une déplorable défection.

La France elle-même s'habitua à croire qu'elle pouvait prédominer dans l'Eglise et avoir ses propres chefs, sans s'occuper de celui qui avait été constitué sur le roc de Pierre. Le grand principe de l'unité surtout fut ébranlé par la double obédience qui s'imposa à la chrétienté. Des nations comme la France, la Castille, l'Aragon, le Portugal, la Savoie, furent pour le Pape d'Avignon, et d'autres, comme l'Allemagne, la Hongrie, la Pologne et une grande partie de l'Italie restèrent attachés au Pape de Rome. Déplorable scission assurément, mais qui ne constitua pas une dissolution du principe de l'autorité. Ce fut un schisme plus matériel que moral ; car, dans les deux camps, on croyait servir l'autorité légitime, le véritable successeur de Pierre. Les circonstances furent telles qu'il pût y avoir des doutes dans les esprits et une certaine bonne foi. C'est ce qui nous explique comment quelquesuns de nos évêques, excellents d'ailleurs, servirent la

iBase des antipapes, fiséa à Avignon. Malgré cette crise iïoulourease, la vie de l'Ëgliue se perpétua, et il n'y eut défaillance ni dans la fui ni dans les pratiques religieuses. Les plus coupables, à notre avis, furent les cardinaux qui appuyèrent Tambition du cardinal Robert, et émirent les premiers des doutes sur la validité de l'élection d'Urbain VI, prétextant qu'elle s'était accomplie au milieu d'un tumulte populaire. Après eux, les plus blâmables furent les personnages qui se laissèrent fasciner par \ prestige des grandeurs et soutinrent le rôle d'Antipapes, malgré les sollicitations et les remontrances que des esprits sages et droits leur adressèrent. Ces réserves faites, continuons l'histoire de nos évêques.

Jean de Murol venait d'être promu à l'épiscopat lorsque le cardinal Robert de Genève fut élu : c'était le 20 septembre 1378.

A cette date, nous voyons à Genève un vicaire général agir en administrateur et donner à Richard de Confignon et à Girard Itanguisi l'ordre de prendre possession des ciiàteaux de JussT et de Thîez, au nom de l'évéque Jean (1). Ses envoyés dressèrent un minutieux inventaire de tous les meubles qu'ils y trouvèrent. Un peu plus tard, le 20 octobre, Thomas Orselli, châtelain de Gex, déclare que sur l'ordre du comte de Savoie, il retire le drapeau noir, qui avait été arboré au château de Peney, en signe de deuil, après la mort de Guillaume de Marcossay (2).

A ce moment, AmSdée VI tenta de rendre obligatoire dans Genève le cours de la monnaie qu'il avait fait battre à Nyon. Le vidomne, qui tenait sa place, formula à cette fin une ordonnance contre laquelle dut protester Jean de Hurol, avec menace d'interdit. Le comte ne tarda pas à

reconnaître que Tordre donné par le ridomne était préjudiciable aux droits de l'évèque, et il le fit retirer (1). De son côté, Jean de Murol suspendit la peine de l'interdit portée contre les églises de Bonne et de Ghatillon, dont les ch&telains pressuraient les hommes de l'évéque , pour ' en extorquer le subside exigé par le comte de Savoie aar ses terres (2).

Au passage de la princesse Bonne de Bourbon, comtesse de Savoie, à Genève, des contestations d'une nature identique existaient avec les châtelains du mandement de Gex. La comtesse, en ayant entendu parler, donna des ordres pour les applanir (4 août 1381) (3).

Quelques jours après, nous voyons Jean de Murol dans sa résidence épiscopale reconnaître, en face de huit chanoines et de plusieurs témoins, le droit qu*avait le Chapitre de Genève à retirer annuellement une redevance de douze sous, comme leyde, ou impôt sur les marchandises (4).

Jean de Murol s'occupa aussi activement des intérêts religieux de son Eglise; deux fois il publia des constitutions synodales pour rappeler au clergé et aux fidèles l'abrégé de la foi et tout ce qui concerne les commandements de Dieu et de l'Ëglise (5).

Dans plusieurs actes faisant partie de la bibliothèque vaticane, Jean de Murol porte, outre le titre d'évéque de Genève^ celui de Nonce en France, Nuntitis in Francia^ (21 septembre 1381), et en 1365, il est appelé Nonce apostolique.

(1) Port(f. hisi., n" 3i8.

(î) Portcf. hiit., n" 32i.

(3) Portof. hislor., n' 322.

(3) Ibid, n* 323.

(4) Constit, synod, — Voyez pièces justif.

' VameDer à son obédience, Clément VII le créa irdiD»! du titre de Saint-Vital et Sainte-Vestine en Van 1385. Il fut, pendant quelque temps, évêque de Saint- Paul-Troia- Châteaux en Dauphiné.

Avant de quitter Geni-ve, Jean de Murol I anniversaires dans la cathédrale. Sa dernière résidence fut Avignon, où il mourut. Bes^on affirme que son corps

Ifnt transporté au tombeau de ses ancêtres, à Clermont, U Auvergne, dans IVglise des Franciscains. >^ lom

ADIiftMAIÎ FABRI

Parmi les évéques de Genève, il n'en est point dont le lom soit plus populaire que celui d'Adhémnr Fahri. Son "tuste figure au fronton de l'Athénée parmi ceux des grands hommes de la cité. Cependant, nous ne gardons de lui qu'un acte; mais il a sulfi pour l'immortaliser : c'est le Code des Franchises dressé par ses soins. Sa vie est fort peu connue. Pour arriver à une monographie plus étendue de cet illustre personnage, l'Institut mit, en 1863, au concours ce sujet : Adhémar Fabri, en promettant un prix au meilleur mémoire qui lui serait présenté. Quelques pièces seulement furent trouvées aux archives et encore étaientelles de peu de valeur. A notre grand regret, nous ne pouvons, en conséquence, rien dire de neuf sur ce personnage.

Nul doute que sa jeunesse se soit passée à Genève,

malgré l'affirmation de Moreri qui le fait naître en Pro-

rence. Tout porte à croire qu'originaire de La Roche il

reçut les premières leçons au couvent des Dominicains de

PJaiaf&lm et qu'il y fut admis, plus tard, comme relï-

Ce couvent avait pris un rapide développement; il comptait une trentaine de frères^ parmi lesquels se trouvaient outre un maître d'études, trois docteurs patentés et un lecteur, m sacris paginis, ce qui suppose un cours de hautes études (1).

Promu au sacerdoce, Adhémar fut, pendant quelque temps, curé de Rumilly, dans le Faucigny, tout en conservant les fonctions de prieur de Tordre des Frères prêcheurs. Bientôt sa destinée l'entraîna à Avignon où résida Tantipape Clément VII. Celui-ci, connaissant le mérite d'Adbémar, le choisit pour son confesseur. C'était un droit du Pape de nommer le remplaçant de celui qu'il élevait au cardinalat. Le siège de Genève étant devenu vacant par la promotion de Jean de Murol au titre cardinalice de Saint- Vital et de Sainte- Vestine , Adhémar fut mis en avant. Sa préconisation eut lieu le 17 juillet 1385.

A son arrivée à Genève, il trouva sa mense épiscopale en mauvais état. Plusieurs immeubles avaient été aliénés et constitués en rentes viagères sous son prédécesseur. Adhémar obtint du Pape une Bulle déclarant invalides toutes les ventes faites par les évoques depuis trente ans, à moins qu'elles n'eussent été sanctionnées par une décision du Saint-Siège (2).

Il est le premier des évoques qui aient fait usage à Genève de la formule : Evêque de Genève, par la grâce de Dieu et du Saint-Siège. Ses prédécesseurs s'étaient bornés à ces mots : Par la grâce de Dieu, Dei gracia, ou encore JDei misericordiâ.

Pendant le peu de temps qu' Adhémar Fabri passa à Genève, il s'occupa spécialement de l'étude des lois et

(1) Archives des Macchabées.

(2) Portef. hisl., n' 329. — Bbsson. Pr. XC.

coûtâmes, et en fit dresser un acte nommé : Les Franchises (1).

Voici rintention qui le guida dans cet important travail : • Nous jugeons, dit-i!, que c'est le propre de notre devoir pastoral de rechercher les avantages de nos sujets et de leur admiuistrer des consolations ('2). >

• Désirant traiter ses sujets en tendre père et leur faire éprouver les faveurs d'un bon Pasteur, les entretenir et les n)aÎDt«:nir dans leur douces libertés, immunités et coûtâmes etc., il les approuve, confirme et ratifie en présence do Chapitre, des notaires jurés et de la cour. >

Le premier article concerne Icb causes portées devant la cour et le vidomne; il veut que ce soit de vive voix et dans la langue maternelle qu'on plaide sommairement. Sans hrail {de piano sine strepitu), sauf dans les causes ardoes (in arduis catisis), où il est besoin de témoins. Il faut alors des documents écrits ; en tout cas, le vidomne et son lieutenant ne doivent rien demander, ni rien recevoir pour le sceau ou pour l'assesseur.

Au paragraphe V, commencent les garanties personnelles; voici les principales prescriptions :

• Aucun citoyen ne peut être cité, à aucun titre, hors de As Tille.

• Si un citoyen venait à être pris hors de la cité, le <I^ODseil enverra quutre preud'bommes pour procéder à sa «défense.

< Qu'aucune amende ne puisse être imposée aui la'f- «i^ues, à moins qu'ils ne se rendent coupables de rébellion «contre le prince évéque ou ses officiers. En ce cas, que

Iil'i L'origlmil des Fmnrljist^ï cl ilvs 1ib(!iu^ se iruuvc uqx arohivui di' t»éïe. Portrf. hi»t., n" 331, tS) Ibid.

l'amende ne dépasse pas soixante sous et qa'ellé ne se répète pas.

« Que personne ne soit mis en arrestation, s'il est prêt à donner caution, si ce n'est pour larcin public, homicide manifeste ou trahison notoire. S'il ne peut fournir un répondant, qu'il soit mené à la cour pour avoir la facilité d'en requérir un d'office; s'il ne peut en avoir, qu'il soit retenu en prison, d'où il sortira dès qu'il pourra fournir caution. Tout dénonciateur doit fournir caution ou se constituer lui-même prisonnier.

t Dans tout procès, l'enquête doit être faite devant les syndics et quatre citoyens députés ad hoc. La sentence sera prononcée par les citoyens, au nom de l'évéque.

■ Nul ne peut être soumis à la torture, sinon par jugement, en présence des citoyens jurés, et on devra appliquer cette peine avec telle douceur que la justice n'en soit aucunement blessée.

■ Les jurés pourront adoucir les condamnations à moins que la cause ait été évoquée à l'évéque. >

Passant aux droits de vente, Âdhémar ordonne d'établir une mesure pour servir d'étalon à tous ceux qui voudront vendre dans les foires. Le prix du blé et du vin sera taxé par un Conseil composé de deux chanoines et de quatre citoyens. La vente du vin est réservée aux bourgeois.

Viennent ensuite des peines portées contre ceux qui se seront laissé entraîner à frapper. Elles sont relativement légères, mais le coupable doit toujours réparer le tort commis.

L'administration était confiée à quatre procureurs ou syndics, élus chaque année par les citoyens, bourgeois et jurés. Tout citoyen était tenu à observer les statuts de la cité.

- Ui —

Les étraDgers ne pouvaient vendre qu'aux jours de marché et durant les trois jours de chaque foire. Four les bouchers étrangers, la vente était limitée au jour de marché et au premier jour des foires.

Le débit du vin ne pouvait s'opérer dans la banlieue que trois fois l'année et pendant trois jours, à une époque fixe. Il était interdit les jours de fête, pendant le synode et durant le Carême.

Il était loisible à tout clerc, citoyen, bourgeois, de faire son testament comme il l'entendait. Si quelqu'un venait & mourir sans avoir testé, ses parents avaient droit de réclamer son bien, sans qu'il fût fait d'inventaire.

Les meuniers ne pouvaient mettre la farine dans les sacs que sous les yeux du propriétaire. Us n'avaient droit pour la mouture qu'à une émine qui était la trente-deuziême partie de la coupe.

Les règlements sur la voirie étaient très-sévères. On ne pouvait vendre à la boucherie que des viandes fraîches. Le suif se débitait hors des murs.

Chaque habitant devait maintenir la propreté sur la rue, surtout les jours de fête, où il y avait procession, comme aux Rogations, à la Fête-Dieu, à la Saint-Jean et durant le synode. ^

Les marchands de poissons, comme les bouchers, ne pouvaient s'associer plus de deux pour les achats et les marchés. La vente se faisait publiquement dans la poissonnière pendant un temps limité. La même pièce ne pouvait reparaître sur le marché deux jours de suite en été. II y avait exception pour les grosses truites en hiver. Il était interdit de vendre le brochet à domicile.

Le droit de propriété était garanti : nul ne pouvait en être dépouillé. Si quelque animal était trouvé paissant (laos un champ, le propriétaire de ce champ avait droit de

le saisir et de le retenir en gage jusqu'à réparation da dommage causé.

Les syndics devaient nommer des gardions des vignes, prés, bois, qn'on appelait Messéliers. Ces gardiens poa^ vaient mettre à l'amende les maraudeurs.

Une grande sévérité régnait pour les poids et mesures. On en faisait la visite aux foires.

Ce résumé, à lui seul, quoique incomplet, montre combien était paternel le régime des évoques et quel respect on avait pour la personne du citoyen à cette époque, qu'on présente ôi souvent comme le régime de l'arbitraire. Il n'est pas une clause protectrice pour le faible dans nos constitutions modernes qui ne se rencontre déjà dans le code Fabri.

Ne soyons pas étonnés de ce que la génération actuelle exalte encore le nom de cet illustre prélat. Son code est celui que les évêques juraient de respecter, la main surles saints Evangiles, le jour de leur intronisation dans liu cathédrale de Saint-Pierre.

Âdhémar venait à peine de publier les Franchises qu'il fut appelé à Avignon où Robert de Genève voulait iui conférer la pourpre. Il ne put pas jouir de cet honneur. Il mourut en 1388.

GUILLAUME DE LORNAY

La nouvelle de la mort d'Adhémar Fabri, survenue à Avignon, ne tarda pas à être apportée à Genève. Immédiatement, le Chapitre s'occupa de sauvegarder les droits de l'évêché ; Amblard de Divonne^ chanoine de la cathédrale, fut envoyé au château de Peney pour en prendre possession pendant la vacance du siège. Il en trouva les

ouvertes, et il pénétra jusque dans l'intérieur, ; que personne fit la moindre opposition (le 13 oc- ! 1388).

i veille, déjà Clément VII s'était occupé du succes- ■ d'Adhémar, il avait jeté les yeux sur Guillaume de , archidiacre de Carpentras, son chapelain et son inérier.

Guillaume de Lornay était issu d'une ancienne famille

iGenevois, il avait été chanoine de la cathédrale, et

1 talent était connu de l'Antipape qui le fit appeler à

[ l'avait vu & l'œuvre dans son palais, et il avait conçu lur lui une grande estime, basée sur son aptitude pour I affaires.

Aussi, désirant mettre à la tête de l'Eglise de Genève lasteur, non-seulement érudit, mais capable de prË- ' l'exemple par la pureté de ses mœurs, et de maïnr la tranquillité, et après avoir consulté les cardinaux, pe nomma à ce siège (12 octobre 1366) (1). l peine Guillaume en eut-il pris possession qu'il publia aes statuts synodaux dans une réunion tenue les jours qui suivirent l'Epiphanie. Ses prescriptions montrent un homme qui comprenait la mission du prêtre et les besoins des fidèles. Uuit ans plus tard, il revisa quelques-uns de ses décrets qui furent publiés pendant l'octave de l'Ascension (2).

Le premier acte public de l'administration temporelle de Guillaume, consigné dans les archives, est celui qu'il passa avec les syndics et la communauté ; ce fut la location ^nne parcelle de terre voisine du couvent des Frères [neurs à Bive, afin d'y établir un octroi \ elle lui fut con-

D Ponef. bUl., n* 333. - M. D. C, i. U, p. 1 t) AmUvc*. — CoDsl. »sa. Vujet P. I.

cédée, à condition que la ville percevrait la moit Vlntroge, ou droit d'entrée sur certaines mareî dises (1).

Guillaume de Lornay fit respecter les droits de son Eglise, même par le duc, qui, tout en se montrant dévoué & l'évëque, voulait continuer, par son vidomne, les usurpations commises par ses ancêtres. Louis de Cossonay, son lieutenant dans la ville, voulait s'arroger les attributs de juge en matière criminelle. L'évëque rappela an comte ce qui avait été décidé à cet égard par l'accord de Seyssel. Âmédée se crut obligé de protester que jamais il n'avait eu l'intention de porter atteinte aux droits de l'évêfjue. Par trois fois il renouvela les mêmes affirmations. Il n'en fut pas moins taxé de félonie et il vit passer de ses mains à celles de l'évëque le mandements de Ternier qui, plus tard, lui revint, ainsi que la seigneurie de Rumilly, à condition qu'il en ferait publiquement hommage à l'évëque et à l'Eglise.

Guillaume de Lornay ne fut pas moins ferme vis-à-vis des magistrats et de la communauté pour maintenir les franchises; il avait juré d'y être fidèle, il en observa toujours les prescriptions. En 1394, le syndic avait nommé capitaines de la ville deux personnages qui n'avaient pas Obtenu l'agrément de l'évëque; celui-ci dénonça cette élection comme invalide; il soutint son droit devant le Conseil giinéral et obtint gain de cause (2).

Des abus s'étaient glissés parmi les bouchers, qui exposaient sur leurs étaux des viandes peu fraîches, ou se refusaient à en vendre au détail L'évëque signa contre eux une ordonnance comminatoire et ils durent s'engi

Krnr & tontes les personnes qui se préseoteraient, des tildes détaillées et parfaitement saioes (1).

Comme évëque, Guillaume encouragea les fidèles de son tliûcèse à répondre à l'appel de Clément Vil, qui réclamait les secours des chrétiens en faveur des fidèles exposés ^"x vexations des musulmans, et il seconda de son mieux 's continuation des réparations de la cathédrale. C'est de ^oo épiscopat que date la fonte de la belle cloche, connue S"Ds le nom de Clémence et qui fut fondue par maître Guerri de Marclay le '25 octobre 1407.

Suivant une tradition recueillie dans l'histoire de Ge- "^ve, publiée en 1792, les quatre syndics de la cité (devaient être les parrains de cette cloche. Nul doute que ' évéque n'ait pris une grande part à l'établissement de la sonnerie de Saint-Pierre.

Guillaume de Lomay fit aussi rétablir le pont d'Etreml^ièrea, emporté par les eaux de l'Arve (2).

Un des derniers actes de Guillaume fut la remise d'un recours, que lui avait adressé un Juif, détenu au château ''e rile, à George Palveli, professeur de droit. Il voulut lu'il examinât sérieusement sa plainte et lui donna plein l'Oavoir pour informer et statuer sur cette délicate afîiire (3).

Il alla plus loin, car il fit élargir les prisonniers, à la demande de la princesse, Marie de Bourgogne qui, passant ivec lui sur le pont du Rhône, sollicita cette faveur, en s'appuyant sur la coutume adoptée en France, â. l'entrée (l'une personne royale dans une ville.

Daos son testament, l'évÉque fit un certain nombre de legs que son frère Pierre, chanoine de la cathédrale, dé-

''' Arrhhn <[c UeuÈve. PorlBt. Iiisl., i l*i Arclii..'» àe ticDévc. PorU'r. Mil.,

Clara ne pouvoir solder, à moins qu'on ne lui permit de toucher les émoluments et les revenu» de l'évêché jusqu'à la fête de Saint-Michel, époque oïl se payaient les redevances.

Cette requête, adressée à la comtesse de Savoie, montre que Guillaume de Lornay avait fait un très-bon emploi de ses revenus, et qu'il n'avait jamais songé à thésauriser pour les membres de sa famille.

C'est un bon exemple à signaler et qui, malheureusement, ne fut pas toujours suivi par les grands personnages attachés à la personne de Clément VII et de ses succès^ seurs.

Guillaume de Lornay mourut le 31 octobre 1408.

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