‹ Histoire de l'Église de GenèveChapitre 37 sur 84 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Jean V de

! lien de s» naiisuce. — Sa jennease. — Ses premières èlades. — sQCcèa i Alignait. — Si brillmle eirrière, — Il devient cardinal. — Ses armes. — Sa eharilè. — Les Macehabérs. — Ses rondalioDN. — t1 préside le tocilf de Cooslanee. — Sa lettre i Jfau llusH. — Sa nomination à l'évèché de lieDève. — Sca anslérilés. — Sa morl. — Son lombean à tienève.

Av&Dt 1848, époque à laquelle on coDstruisit le nou- B.veai] pont de Brogny {!), on voyait, à l'angle des routes t qui conduisent, l'une à. La Roche et l'autre à Genève, une petite maisonnette ombragée de beaux noyers. C'était, d'après une tradition du pays, celle où naquit le jeune Fraczon, qui devînt le cardinal de Brogny (2). Il est peu l'hoiDDies qui, sortis d'une telle extraction, aient parcouru e aussi brillante carrière. De simple paysan, il devint prince de l'Eglise et arriva presque aux marches du trône «ODtîÊcal.

Il ane locslilé dépendante d'Annecy* ■Vieuï, H»nl«-Siivoic.

(3j H «p nnnimaii, par snn haptema, Jtun Fraczon, ou atitromcnl Al«nnet> ' lœinnUou d'Am^fc 111, en 134S.

Ge qui fit sa fortune, au témoignage des historiens (1), ce fut la rencontre d'un Dominicain de la maison de Palais ou Plainpalais, se rendant à Annecy pour les affaires de son couvent. Ce religieux, conversant avec le jeune pâtre, fut frappé de ses réparties ; il l'engagea à le suivre à Genève, où il lui donna les premières leçons de grammaire et de latinité (2).

Le jeune Fraczon fit de rapides progrès sous la direction de ses habiles maîtres et arriva au cours de philosophie. Il était généralement admis à cette époque, qu'un jeune homme ne pouvait regarder ses études terminées, s'il n'avait reçu ses grades de docteur dans quelque Université en renom.

La plus réputée dans notre voisinage, au quatorzième siècle, était celle d'Avignon, devenue, depuis l'élection de Clément V, la ville des Papes (3).

Clément VI aurait voulu en faire une rivale de Rome pour les monuments et les arts. Il y avait fondé des collèges où se donnaient les leçons de Belles-Lettres, de droit canonique et de droit civil. On y voyait accourir l'élite de la jeunesse studieuse de France et d'Italie.

Jean Fraczon y fut dirigé par ses protecteurs, et il ne tarda pas à se faire remarquer par sa vivacité d'esprit et son ardeur pour le travail. Grâce à son infatigable application) il devint le premier élève de l'Université d'Avignon (4). A ses examens, il fut acclamé docteur en droit, et ses professeurs lui décernèrent une couronne pour ses succès.

(1) Notice sur Joan de Brogny par le chanoine Crozct.

(2) C'est ici que devrait se placer Pavenlure par trop I(^gendaire du cordonnier de Coutance, qui, voyant le dt^nuement du jeune Fraczon, lui remit une paire de sabots, en lui disant : a Tu me paieras quand tu seras cardinal. » Le môme fait est raconté de Sixte V.

(3) La translation du Saint-Siège à Avignon se fit en 1309.

(4) Besson. Pr., n' 98, p. 443.

A son retour d'Avignon, Jean fut élevé à la prêtrise ; dès ses débuts, il attira l'attention du métropolilaln, qui le choisit pour vicaire général et l'établit en cette qualité dans la petite ville de Roman (1). Il y exerça ses fonctions avec un éclat tel que Robert, cardinal de Genève, ayant ceint la tiare, le fit revenir à Avignon et lui confia l'éducation de son neveu, Humbert de Thoire de Villars.

11 eût été bien plus honorable pour Jean de Brogny de servir la cause du Pape légitime 1 1 de marcher sous l'obédionce d'Urbain VI ; sa mémoire n'eu serait que plus glorieuse. Y eut-il illusion de sa part, comme cela arriva â tant d'autres saints personnages qui saluèrent Robert pour leur chef, ou Jean de Brogny ne vit-il qu'une preuve de confiance dans cet appel? Nous ne pourrions le dire; ce fut là toutefois le principe de sa fortune, qui s'accrut par les revenus des riches et nombreux bénéfices, dont le pourvut son haut protecteur. Non content de se l'attacher par de riches émoluments, il le nomma, en 1385, cardinal prêtre de Sainte-Anaslasie, avec le titre de cardinal de Saluées. Quelque temps après, l'archcvOcbé de Viviers étant devenu vacant, il y fut transféré. Dès ce moment, il prit le titre de cardinal de Brogny; ce nom lui rappelait son village qu'il aimait et son humble origine, dont il n'eut garde de rougir.

Pour se la rappeler, il fit plus d'une fois ciseler sur le bois une scène de sa jeunesse, celle oîi, enfant, il avEÛt gardé les troupeaux de son père (2).

Lorsqu'il eut à se choisir des armes, il adopta une double croix de gueule à la bordure d'or, avec ces mots pour légende : Christe, cntcem cruentasti. • 0 Christ, tu as versé ton sang sur la croix. < Accents d'un cœur

(I) BtMDN, p. u.

n i:Ii.-iik-11b des Uatch»-

(1) Il s'iïlnil fait ainsi if|ir^£i^Tilpr sur une Mes, nionnment dunt nous aurons i parler

pénétré de reconnaissance poar le bienfait de la Rédemption.

Dans les divers postes qa'il occupa, Jean de Brogny sut résister anx enivrements de la fortune ; elle venait à lui par mille débouchés, néanmoins il ne se jeta jamûs dans les écarts de la prodigalité ; sa table était servie avec parmiconie ; si parfois elle se couvrait de mets plos recherchés, c'était les jours où, pour soutenir l'éclat de son rang, il recevait les seigneurs, les barons et même les rois, qui venaient lui demander des conseils et réclamer de lui d'importants services (1).

Si par le cumul des dignités ecclésiastiques il parvint i posséder une grande fortune, il eut du moins le mérite d'en faire un bon usage. Les pauvres étaient ses amis de prédilection ; son panégyriste, François Blanchi de Vellate, surabonde sous ce rapport en éloges, t II fut, dit-il, pieux et plein de miséricorde, clément et rempli de bienveillance pour les indigents (2). Chaque jour il en nourrissait trente, qu'il recevait à sa table, se faisant un plaisir de pourvoir à leurs besoins. Au dehors, il sustentait les veuves, soutenait les prélats tombés dans la pauvreté, et les maisons conventuelles recevaient de lui des aumônes abondantes (3). »

Ce n'était pas son seul mérite, il aimait à bien entretenir la maison du Seigneur, qui lui était plus chère que la sienne. Il se plaisait à pourvoir les sanctuaires d'orne* ments et de cloches et à embellir les églises (4).

ri) Il remit à Louis II, roi de Sicile, 3,000 florins d'or pour le soutenir dans ses luttes avec Lidishis, roi de Naples.

(â) Pius et misericors, cletnens et benignus. — Besson. Pr. n' 98.

(3) Ibid, p. 444.

(4) Il en avait donné nne à sa paroisse natale, Annocy-le-Vieux, et une autre au couvent des Dominicains de Palais, qui a servi depuis à Thôtel de la Monnaie. On y lit Pinscription suivante : Ècverend. Dnns. Joh, de Brogniaco Bp. Ost. et S, Romance Ecclœ Cardin, et vice CancelL me fierit fecit, anno MCCCCV die XX mens, Decetnb, Ave Mabu.

Noos avons, à Genève, ud splendide moaument de ea ^nérosité, c'est la chapelle des Macchabées, attenante à Saint-Pierre ; il l'appelait • 8a chapelle de Genève. > Elle tut construite en 1404, sur un emplacement qui lui fut Vendu par le Chapitre et où existait antérieurement un Oratoire dédié à saint Théodule ; son plan dénote la plus grande habileté dans les architectes et les ouvriers qui présidèrent à son érection (1).

Jean de Brogny aimait, avons-nous dit, la pompe des cérémonies religieuses. Pour qu'elles se fissent avec la dignité convenable dans sa chapelle, il en confia la desserte à douze prêtres, en souvenir ans douze membres du collège apostolique, et leur donna le nom de conserviieurs. Us étaient soumis à un archiprètre, incorporé au clergé lie la cathédrale, mais sans prébende au Chapitre. Chaque joar, au lever du soleil, ils devaient chanter un office solennel en l'honneur des cinq plaies de Notre Seigneur, 1 l'exception des fêtes de la sainte Vierge. En outre, six ftltariens (2) et six enfants de chœur, dirigés par un maître de chant étaient attachés au service de la chapelle (3).

Cette fondation ne se fit pas toutefois sans de graves ilifËcullés. Comme la nomination des conserviteurs ne relevait pas des chanoines, le Chapitre, se croyant lésé dans ses attributions, interjeta un appel auprès d'Egidius,

'^Lr|i>pi>lle ile> Uucïlialiées vsl on njunanienl ur<lcieai du qulnziijiiii> ^^; CaaMiiiU lur li' inodt'Iii àis uiDti'« chripcIlcB donl l^JuLs JX duln, le f1I« csi un Jcs bmiit lf|)ei do l'an clin-iicn cpii niunlre où 'grcbllPCluro i, U lin du qn^toniènic liivk. Uargré k> diplti-

iVIlc a RiibiM, e]le offre encore plusleur» pïrtfei d'un

«1 ce que semlilenl avoir cnlin coiiiiiris l<» édiles du

Wie, ni vieDDcnt de dlcider U rcsiaumlioa di- rel âdil1ri>, noble diibri

H «OJEtI i(0.

L? ^ doDDiiil lo nom d'altarienu A dvt eetvilcars cliargù de lu JionDc ^^ M cu«luiiira, des oinriinMiis et des aulrls.

*^'«t iMaili Boni empranlés it Tnele de foadsiion de l» rliapi'llf des ^M, rit* in exiento par [e jraort Bulbiînt. Tool est pnSvo pur le l'tjb'j"' '^ modn d'adininistruiiiin, b vérilicaliua des coiiipij;!!, l'âpoquc "* devgigal g„ KDdic, eie., «le,

évéque d'ÂTignoD, c sans vouloir par là, dit le rapport de la cauBOi commettre un acte de rébellion > . La plainte fat portée en cour de Rome , qui sanctionna la fondation du cardinal de Brogny (1).

Annecy ne fut point oublié dans ses générosités. H y établit un couvent de Dominicains, qu'il chargea de desservir une petite chapelle, fondée par lui dans son hameaa natal, dont il conserva toujours le meilleur souvenir.

Le schisme continuait à désoler TEglise, et la chrétienté était partagée entre le chef légitime Alexandre Y et dei»'^ Antipapes, Grégoire XII et Benoit XIII. Le cardinal 9- < Brogny gémissait sur ces dissensions et il en désinu^^ ardemment la fin ; aussi, lorsque Jean XXIII convoquai^ concile de Constance (2), qui avait pour but Textinctics^ it du schisme, on le vit, malgré son grand âge, franchir 1^^ Alpes et accourir à l'appel du chef de la chrétienté.

Le cardinal de Brogny joua un rôle important dans V ^ concile dont il présida, comme doyen d'âge, la plus gran(3-^ partie des sessions. Outre la pacification de l'Eglise et 1 ^* réforme des abus, le concile eut à s'occuper de la confi'T*— mation de la foi et des erreurs de Wiclef et de Jean Hu&s - Jean de Brogny fut chargé de chercher à ramener à Tox"— ' thodoxie ce dernier et de lui proposer une formule d^ rétractation aussi mitigée que possible (3). On put es-^ pérer un instant que l'hérésiarque se rendrait, mais H finit par se refuser à toute réparation, prétendant c qu*îl scandaliserait par un acte de cette nature le peuple d^ Dieu et qu*il ne pouvait professer une doctrine diflférent;^ de celle qu'il avait prêchée toute sa vie. >

(1) Archivos do Gcnî-w. Portcf. hisl., n** ;i88 et 889.

(2) Le concile de Constance s*ouvrit lo 5 novembre 1414. Il dura ans et demi : la quarantième et derniùre session fut close le 2i avril 1

(3) Cette formule se trouve dans les lettres de lluss, pn^cédéc de ces Videbatur dicïus cardinalis minime velle tnala Hussa,

e cardinal de Brogny revint à la charge et lui écrivit Llcttre suivante, empreinte, comme on le verra, de tenïesse et de paternité. « Frère bien-aimé, ce sont vos icétres et les nôtres qui vous condamnent. Faites atten- 1 à cette parole : Ne vous appuyer pas sur votre propre tiâence. > II y a au sein du concile des hommes distinlés par leur science et par leurs vertus; rendez-vous à nirs conseils-, ne croyez pas devenir parjure par une ttractation. Augustin, Origène, le maître des Sentences t erré et ils l'ont reconnu avec joie. Pour moi, plus Inné fois j'ai cru avoir bien compris certaines questions B m'étais trompé. Ayant été repris je suis revenu de mon premier jugement avec allégresse (1). •

La lettre du cardinal ne put ébranler le sectaire, mais elle n'en demeure pas moins un témoignage de la bonté de l'Eglise et de l'ardent désir de Jean de Brogny de ramener Jean Huss dans la bonne voie et de lui épargner une douloureuse condamnation (2).

Au retour du concile, Jean de Brogny passa par Genève ; arrivé à Annecy, il voulut marquer par une fête de famille son retour au pays natal. Il y convoqua tous les vieillards qu'il avait connus dans son enfance, il leur fit servir un repas et leur otTrit des cadeaux, suivant leur ttltion.

Jean de Brogny étant rentré à Rome, y exerçait les OCtions de chancelier de la cour, lorsque rd\f'que de bnève, Jean de Briève-Cuîsse vînt à mourir; c'était le

Histor

Mnrburgii-, MOLVII,

B Dans Iv cinqaaDle-dvuniâmo pikrtgtDplii>g ile ses lellres, Jvrni Huas ren<l — ge puD^culemeDl à ta bonU dn cirilin»! d'Osiit, mai» rncon; »u\

^ s charilables de tes prdicns tl de taiu li^ <:\iiKs du Pnpe. Ornnes

etariei D" Papee et omnei .cusladus valdè pie me tractant. (Ibidem.) CkI a*HU, i lui seul, détruil les sssvrlkiiis di'9 suteare prutesunu lur lus procÀlii» crueli du cuocUe â l'iJuard de Udm, dorant w d^lmiUoii,

4 mars 1423. Les chanoiDes, désireux de voir aossitdt le siège reponrvu s'assemblèrent le 12 du même moiSi pour procéder à l'élection de l'évèque. La plupart des voix se portèrent sur Guy d'AIby, soit de Cluses, docteur en droit, membre du Chapitre. Il eut néanmoins un concarrenti nommé Louis Âlemand, évèque de Magnelonne, employé à Rome pour les affaires de l'Eglise. Il en résulta une indécision équivalente à une vacance du siège, durant laquelle Guy d'Alby fut à la tète de radministration, en qualité i'évcque élu. Le 25 août, rien n'étant terminéi le Chapitre se pourvut â Rome, pour obtenir la confirmation de son choix. Martin V, ayant soumis la question aux jurisconsultes les plus habiles, annula, sur leur préavis, l'élection de Guy, écarta la postulation d'Alemand, et nomma le cardinal d'Ostie, personnage bien connu, évêque de Genève (1).

Devant une telle célébrité, Guy d'Alby s'écarta sagement et se soumit à la décision du Souverain Pontife qui, pour le dédommager, lui donna, avec le consentement de Jean de Brogny, deux pensions, l'une de 700 florins d'or et l'autre de 500, à prendre sur les revenus de l'évêché. Bien plus, à la mort de Jacques de Monthoux, prévôt de la cathédrale, Guy d'Alby fut promu à cette dignité.

Lorsque Jean de Brogny reçut la nouvelle de sa nomination à l'évêché de Genève, il en informa par une lettre les magistrats de la cité, en déclarant « que le motif son acceptation était le désir de se rapprocher de soi pays natal où il voulait mourir, espérant que sa présence n< serait jamais nuisible ni à sa patrie ni à l'Eglise >. Toutefois il annonce que, « retenu par les affaires générales, m.! ne pourrait se rendre immédiatement à son Siège, dont ^1 confiait la direction à François de Saint-Oyen, son proc^

(1) Portcf. hist., n^ 442. - M. D. 6\, t. II, p. i03.

— irs —

hi et à François de Charansonnay, muDÎ d^e^I^S «voira (1) ■.

I Pendant toute sa vie, Jean de Brogny avait été dur & ^-m^me ; arrivé à un âge très-avancé, il ne changea rien i sévérité de son genre de vie. Sévère observateur du iane et de l'abstineDce, il ne céda jamais aux pressantes sollicitations de son médecin, qui lui répétait, à chacune de ses visites, que la vieillesse demandait des adoucissements. « Que la moit, répondit-il, vienne fermer ma paupière, plutôt que de violer les lois de Dieu et de l'Eglise (2) • Ces paroles, dites sous les glaces de l'âge, honorent la mémoire de celui qui les prononça.

La mort arriva, en effet, pour Jean de Brogny, le 15 février 1426 , elle le trouva calme et résigné, ayant rois ordre à toutes ses affaires spirituelles et temporelles.

Jean de Brogny était alors doyen du Sacré Collège, portant ses quatre-vingt-quatre ans, après avoir été, pendant 40 ans, 7 mois et 3 jours, cardinal de la sainte Eglise. Il emporta dans la tombe les regrets du Pape et de tous les membres de la cour de Rome, dont il était une des gloires. La fortune considérable qu'il avait acquise lui permit de faire de nombreux legs aux hôpitaux et aux pauvres. Outre ses fondations de la chapelle des Macchabées Et du couvent de Saiut-Domiuique d'Annecy, il laissa des sommes importantes au collège d'Avignon, connu sous le nom de Saint-Nicolas d'Annecy.

Se rappelant les privations de sa jeunesse, il conçut le projet de venir au secours des jeunes gens de son pays, qui ne seraient pas assez fortunés pour suffire aux dépenses des hautes études. Dans ce but, il fit, en date du

— loess jaHIet 1424, an codiciOe portant qne, sur vingt-qnatre places gratuites an collège de Saint-Nicolas, huit seraient résenrées au élèves pauvres du diocèse de Genève, afin d'y être instruits en droit civil et canonique. En retour de ce bienfait, Jean de Brogny ne demanda aux étudiants qu'un souvenir dans leurs prières, pour le repos de son âme.

Dans cet acte, Jean de Brogny renouvelle toutes ses recommandations en faveur des pauvres. Il ordonne que durant l'année entière qui suivra son décès, on suive la coutume qu'il avait de nourrir chaque jour trente pauvres (1), et il veut que ces trente pauvres reçoivent de ses exécuteurs testamentaires des vêtements blancs (2).

En dictant ses dernières volontés, il se réserva d'être enterré avec simplicité, choisissant pour demeure dernière sa chapelle des Macchabées, à Genève.

Suivant ses désirs, il y fut transporté après les cérémonies de son anniversaire. Comme il l'avait ordonné, on célébra des messes dans toutes les villes sur son passage. Des aumônes abondantes furent distribuées aux pauvres. Enfin, son corps étant arrivé à Genève, fut déposé dans les caveaux de la chapelle des Macchabées le 20 novembre 1428. La dernière étape de ce long voyage à travers ritalie est consignée en ces termes dans le livre des fondations des Macchabées : t Le 9 des calendes de décembre, Tan du Seigneur mil quatre cent vingt-huit, est arrivé en cette ville le corps de R. P. en Jésus-Christ, Jean de bonne mémoire, évêque d'Ostie, cardinal de la sainte Eglise, et vice-chancelier, natif d'Annecy-le-vieux,

(1) Videlicet guod quâlihet die dieti anni recipiantur et refeciantur triginti pauperes ad prandium, prout fieri est consuctum.

(2) Item ordino quod triginta pauperihus dentur vestes alhœ post mortem meam ad urbittHum executorum meorum. Besson, p. 48.

— mi —

.ns le diocèse de Genève; ses restes apportés de Rome hposent en cette chapelle (1). •

Les registres nous apprennent que ses obsèques se

|rent avec magnificence. La ville entière y prit part, et le

loDseîl vota pour cette cérémonie trente torches de cire,

s des armes de la cité.

Ses neveux lui élevèrent un mausolée sur lequel, sui-

rant M. l'abbé Crozet Mouchet, furent gravés ces mots :

JACET. D. D. JOANNES DE BKOGKYACO CABDI- ALIS OLIM EPISCOPCB VIVAHIENSIS POSTE A ASCIIIEFIS- (DPUS ARELATENSI8 ET TANDEM 0STIENSI9 EPI8COPD8 . B. E. VICE-CANCELLABirS QUI CUM IN S. B. ECCLESIA [SMATE UCEHATA CONSTASS PEBSEVEBASSÊT BAM QUE UIBVS ADXILIIS ADJCVISEET ET AD. UTTtTM. DDCEM rMGBEOASSET PIE ET TEANQl'lLLE TANDEM AD DEUM IZ.TUIUH FLATUM REDDIDIT XVI CALENDAS FEBEUARll ANKl iUTIS MCCCCXXVI CAPITCLUM MACCnABŒOfiCM MDSIFI- 3»TIA EJtrS EBECTDM.

A'^cô

Rien ne prouve l'authenticité de cette inscription, dont on ne trouve aucune trace dans ies souvenirs de l'ancienne Genève. Nous regardons comme plus positive celle qui a été citée par Spon. Elle nous fait connaître le nom de l'artiste qui avait, sur la commande de Jean de Brogny, Réparé la pierre tumulaire, et dont noua donnons le texte :

tf H) Ce sodI fait mri 3 néant l'AuertiOD do Bnolacre, qai ^rivuît, en 1740 : Irun i'mi trompé quand on a dit que l<vn de Brogny est enlprr^ à Genève,

» dtotuven que c'esi ■ Kuinn qu'il tinit set jours m qu'il fat ïnlarré. • ï, Jean de Bmgnjr eel iiiurt â Rome, muîs 11 a Été Iranspurtâ a GvD^vu u

-■ — ' — -18 aptta son d*c4s.

c L'an MGCGGXniI fat faicte ceste sépultare et la fist M. Johann Prindal, dit de Brucelles. — Priez p. ly, si ?*

plaist (1). >

fl) On (loinnndiTa sins doutn qU(>l était ce Jean Prindal, dit de Draxelles? JiN'in de Princlal était un sculpteur oriffiniiire de U FLnndre. Le doc de Bourgogne l*uvaii uriiuloyé aux travaux de U célèbre chartreuse de Cliampviil : il l'xcellnit ppur la renrésentition des figun-s. En 1414, cet artiste ^ini à Genève ; le Chapitre de la cathédrale lui cunlia rcxécution des stalles de S.iinl-Pierre. Par une convention, en date du l" juillet, il accepta ce travail. L'uuvragi' devait être achevé en deux ans, moyennant 700 écus d*or. 11 fol commencé par cet habile artiste et achevé par son preuiicr ouvrier.

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