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CHAPITRE XIV

François de Mez ou de Mies

Le lien de sa naissante. — Ses ètndes à Talloires. — Sa promotion à révêché. — La condnite de Gny d'Alby. — Ses prescriptions an dergé. — Il eontoqne nn synode. — Fondation de François de Versonnei. — Il recommande Thospice du Saint-Esprit. — Son administration cifile. — Se« ordonnances. — La considération dont il jouissait. — Il est nommé cardinal. — A-t-il trahi son serment 7 — Son testament. — Sa mort.

François de Mez ou de Mies était neteu du cardinal de Brogny par sa mère. Il eut part à la fortune de son oncle, qui le choisit pour administrateur de l'Eglise de Genève • à cause de sa capacité et de sa probité dans toutes les affaires » , et pour son exécuteur testamentaire.

François de Mez naquit probablement à Annecy. On peut placer, sans trop de présomption, son berceau dans cette ville, puisqu'une de ses lettres est datée d'Annecy, in domo htibitationis nostrœ.

Ses premières pensées se portèrent sur la vie cénobitique ; il fit ses vœux comme moine bénédictin, dans l'abbaye de Talloires, d'où il fut transféré, comme abbé, dans le monastère de Saint-Oyen, dans le Jura (Saint-Claude).

C'est là qu'il demeurait lorsque lui arriva la nouvelle de sa promotion au siège de Genève.

Aussitôt après la mort du cardinal de Brogny, survenue le 15 février 1426, il fut nommé à ce poste par Martin V, au moment où les chanoines de la cathédrale se rassemblaient et choisissaient pour la seconde fois Guy d'Alby, qui, à la mort de Briève-Cuisse avait réuni les voix du Chapitre. Trois chanoines, Jean Moine, Louis Parisis et Jean Pinget allaient se mettre en route pour Rome, afin d'y demander la confirmation de ce vote. Le caissier avait déjà reçu l'ordre de délivrer l'argent nécessaire au voyage, lorsque la Bulle de Martin V fut remise au Conseil de Genève. Elle portait qu'en vertu de l'autorité apostolique il nommait François de Mez, évêque de Genève, en considération des mérites dont Dieu l'avait orné et afin d'obvier aux inconvénients d'une longue vacance. Consideratis grandium virtutum meritis quibus illum largitor Altissimus fnultipUciter insignivit (1).

Quoique datée du 24 mars 1426, cette Bulle ne fut connue à Genève qu'au mois de septembre. II n'en est question dans les registres du Chapitre qu'à la date du 6 de ce mois : Fuerunt lectœ litterre mittendœ super facto électionis R, D, Papœ et oXiœ D. D, cardinalibus,

La teneur de ces lettres semble indiquer que le comte de Savoie, auquel les chanoines ne voulaient pas déplaire, appuya l'élection de Guy d'Alby.

Quels furent les motifs qui déterminèrent la cour de Rome à passer en cette circonstance sur les recommandations du Chapitre ? Nous ne pouvons les indiquer ; toujours est-il vrai que, lorsque un évêque mourait à Rome, le droit de lui donner un successeur revenait au Pape. Toutefois, les auteurs protestants font un crime à Mar-

(1) Porlef. hislor., 4W. — M, D. C, p. 217.

' de D'avoir pas tenu la promesse qu'il avait donnée, trois ans auparavant, au Chapitre de Genève, de respecter à la prochaine élection son vote.

D'après eux, Guy d'Alby tenait beaucoup à sa crosse ; il fit tous ses efforts pour être installé dans sa charge. 11 se montra m^me fort généreux, en faisant, à titre de joyeux avènement, des présents au Chapitre et à la cathédrale. N'y avait-il point dans ces générosités une apparence de simonie? Disons, à sa louange, qu'il eut la sagesse de se soumettre à la décision papale, et s'il survécut uo débat au sujet de cette élection, le commissaire apostolique n'eut cependant pas de peine à faire accepter, soil au Chapitre, soit au peuple, le sujet nommé par Martin V. Néanmoins, les négociations durèrent jusqu'au 15 juin 1428, époque où François de Mez, notiha depuis Annecy au Chapitre, au clergé et au peuple de Genève, la Bulle de sa nooÉinatiun et son projet de venir prochainement preudre possession de son biént, ce qui eut lieu h' 23 du même mois. L'eau lénite lui fut offerte à ta porte de la cathédrale par Guy d'Alby, qui garda le litre de prévôt. Après avoir embrassé lous les chanoines, il se rendit au maître autel de la cathédrale oii il prêta serment d'observer et de maintenir les libertés et franchises octroyées à la ville par ses prédécesseurs (I).

(t) Voirl II' procH-verbal tel qa'iJ est r^Ulé dnns les Rentres du Chapitre :

Prafalu» P. D, Franciscus Bpiseopui Qtbenn. jttraonnalUer accetÉit : qua receplo reverenler mm cruee et agua bettedicta, vraeeuione parata, in magna- porta Clauatri, et par ipsvtm osculata ervce, guam lenebal D. 6. dt Albiaeo prapositui , et inde oiew- UUiê itmnibus D. D, cattonicU, pott proeesaùmem ptr D. D. Prepo- «ifuin êl Amblarditm de JonvilU eanlorem dw^ltu antti magnum altare «t faeta *ua oralione ipse j-uruvit, prout continetur in lorma in iibro italulorum deicripta, legendo de oerbo ad eerbum nipra misiale, ambabu) manibu3 junetix et apertis et prestito mm juntmvnio eillri, ad aedem acceasH et data benedictione ad domunt rpiicopaUm revenit.

Mcrc&ril, Xi Juin 1118,

Dès lors commença TadmiDistration de Tévêque François de Mez. Ciaconius a dit que s'il n'était pas doué d'une grande facilité d'élocution, il avait du moins une intelligence très-distinguée. Vir fuit parvi eloquii^ sed mcLgnœ prorsus intélligentùe et cujus judicium in omni preponendum asseritur.

Pour contrôler le jugement porté sur François de Mez par cet écrivain, il faudrait l'avoir entendu; mais à quatre siècles et demi de distance, nous trouvons, dans tout ce qui nous reste de cet évêque, des preuves éclatantes d'une habile administration, tant au spirituel qu'au temporel.^

Un de ses premiers soins fut de donner à la discipline ecclésiastique plus de vigueur et de remettre en lumière les ordonnances de ses prédécesseurs pour la bonne tenue du clergé. Voici le début de ses constitutions synodales :

c Comme il est écrit dans les saints Canons qu'il sera, demandé aux prélats compte du sang des brebis, et qu'il n'y a pas pour eux d'excuse si le loup ravit les brebis ; désirant accomplir les devoirs de notre charge et réformer, autant qu'il nous sera possible, les abus, nous avons jugé bon de promulguer les constitutions de nos vénérables prédécesseurs, dont quelques articles nous semblent avoir été oubliés (1) >. — Il a toute l'âme du Bon Pasteur dans ce préambule.

S'étant aperçu qu'il n'y avait pas, dans les prêtres de son diocèse, toute la science théologique requise par les saints Canons, il ne se contenta pas d'en gémir. Attribuant ce défaut à la pénurie des livres, il ordonna, à tous les prêtres ayant charge d'âmes, curés ou vicaires, d'avoir un traité de théologie écrit par quelque docteur versé dans la science

(1) Archives de Genève. Constit. synod.

ecclésiastique ; traité qu'ils devront lire et étudier avec soin (I). 11 recommande, en particulier, le Manipulus curatorum, par Guy de Montrocher, et il ordonne à tous les doyens d'eu avoir un exemplaire, que les prêtres de leur doyenné pourront consulter, copier ou faire copier.

Ces ordonnances furent lues et publiées dans le synode tenu à Saint-Pierre le 8 février 1421. Il en fut de même le 22 janvier 1435, au synode tenu le lundi et le mardi après l'Ascension en 1439. Il ajouta à ses premières ordonnances divers articles à la louange des saints Cosme et Damien, et d'autres touchant les fêtes et les prédicat tiens.

Il est à noter que François de Mez voulut que, tous tes samedis, hormis ceux oti se rencontrerait une fête solennelle et ceux du Carême et de l'Avent, l'on récitât, à la gloire de la très-sainte Vierge Marie, l'hymne qui redît ses grandeurs.

Ce fut sous son épi»copat qu'un émineut citoyen, nommé François de Versonnex fit la double fondation d'un hospice pour les pauvres honteux et d'un collège (2).

L'évSque fut heureux de bénir les fécondes pensées de cet homme admirable par sa charité, et de seconder ses intentions, en accordant une indulgence de 100 jours & tous ceux qui feraient quelque don en faveur de cet hospice (20 janvier 1444).

Besson assure que Fran^-ois de Mez ât faire plusieurs collectes dans son diocèse, au moyen desquelles il répara sa cathédrale, qui avait été endommagée par l'incendie

(1) Arthivn. — Const. syu. Vaycn P. J.

(tt L'*clo lie rundiitlim àe l'hospice eM da iO oci.<tin' liU; t'uirti' <lf l-n-

i en\Wc ml Jd 30 innvier UÎ9. Ces ikux pii-cm nnl i>U nubiii^'^ VuY, lu prBinifre riaos [•■» Mémnimt lU la SociVW il'hiiloirB,

PUvi'B p, 407; U sctondi: liiinâ UAuiiVH, Matériaux, etc., I, I,

srrivé en 1430. D'après son témoignage, il fit rebâtir le clocher de Saint-Genrais.

Ne trouvant pas de document relatif à ces diverses réparations, nous ne faisons que les mentionner. Quant aux quêtes opérées dans son diocèse, il en est une à laquelle il donna sa haute approbation ; ce fut celle qu'entreprirent deux religieux venus de Besançon, appartenant à l'hospice du Saint-Esprit. Il dit, en les recommandant, « qu'il croyait faire une œuvre agréable au Seigneur en excitant son peuple aux œuvres salutaires de la charité, surtout en faveur d'un hospice oii les infirmes sont soignés, les orphelins élevés et instruits, les femmes en couche recueillies, et les voyageurs hébergés (1). >

Nous avons vu François de Mez agissant comme évoque ; envisageons-le maintenant comme prince. Rien n'échappe à sa sollicitude, il veut que la propreté et l'ordre régnent dans la ville, il multiplie dans ce but ses ordonnances. S'il y a des abus, il les réforme. Il entre à ce sujet dans des détails que nous pourrions appeler minutieux , mais qui n'en dénotent pas moins le zèle que portait François de Mez à la chose publique.

Voici quelques détails empruntés aux pièces contenues dans les portefeuilles historiques.

Plusieurs habitants de la cité, dans l'intérêt de leur propre commodité, avaient établi sur la voie publique et sur les places, dans le voisinage de leurs demeures, des banques ou arches. François de Mez, considérant que ces constructions nuisaient à la circulation, surtout les jours de foire, ordonna aux syudics de les faire disparaître (2). Les termes de son ordonnance indiquent combien il avait à cœur l'accomplissement de ses devoirs de prince.

(1) Port«'f. hislor.. n* 330 bis.

(i) Purlef. hist., n" 484.

La double charge d'administrateur spirituel et temporel qui m'a été confiée par la rrovidencc me fait un devoir de procurer la prospérité et la tranquillité de l'Etat. C'est pourquoi, mettant le bien de notre cité au-dessus des avantages particuliers pour l'honneur même de l'Kglise de Genève, et pour le lustre de notre ville t^piscopale, nous prenons les arrêtés suivants (1) ; > 2G mars 1431. « Débita nobis a Deo commissœ spiritttalis ac temporalis administrationis vehementer compellimttr vt ciroa tdriusqite statum prosperum et Iranqmîlum studus solliciter intendamus, p^utiffl propterea et opportunum arbitrantes, totisque pt" ecordiis affectantes ut nostrœ civitatis et reipublicœ co»m-

moda omni privato bono prœferamus ad honarem ec-

cïcsiff Gebennensis nec non ejusdem civitatis nostrœ décorent et reipublicœ manifestam utilitatem decernimus ae oràinamus, etc. •

Les foires de Genève étaient célèbres à cette époque ; on y venait, non-seulement des pays d'alentour, mais de l'Italie et de l'Allemagne. Les ventei^ se faisaient spécialement sous les balles qui occupaient l'emplacement actuel du Moiard.

Âtin que les denrées ue fussent ni frelatées, ni mélangées, François de Mez institua un cribleur d'épicéa dont la charge était d'inspecter les aromates et les autres marchandises qui ae débitaient, Bpecies uromaticas et certas alias res vénales que tetnjwre nundinarum dicte civitatis alias qtte diebus ad civitatcm defcruntur. 11 désigne à cette fin Pierre Rup (2),

On voit que la prospérité de la ville le préoccupait même au milieu des sollicitudes du concile, car c'est de Bàle qu'il expédia cette ordonnance (3).

(if Areiiivfs Je Geni-ve ffl Porte!, bislor., n° S (3) Poriel. btslur, n* S

D en est de même d'ane latre relative aux bouchen. Comme il a appris que quelques personnes, trop intér» ^ sées {nimis amibUioêa8)j fraudent le poids, il le fixe à ] 18 ODces pour la livre, et il veut que le prix de la viande ' soit déterminé, suivant le temps et la qualité, par les Conseils de Févèque et de la ville réunis. Ce qui le décide, c'est encore sa sollicitude pour la prospérité de la ville oii se pressent beaucoup d'étrangers (1).

Il n'est pas jusqu'aux meuniers dont il ne surveille les fraudes dans la mouture (2), car il se plaint d'apprendre que des personnes peu probes se permettent des rapines à cet égard. Pour les prévenir, il ordonne qu'on pèse i un poids public situé sur le bord du Rhône, tout le blé qu'on porte au moulin et la farine qui en provient, sous la rétribution d'un denier par coupe pour l'entretien du poids et le salaire de l'employé (3).

Il est un sanctuaire que François de Mez voulut aussi purifier des abus qui s'y étaient glissés, c'est celui de la justice. Il fit donc des statuts et ordonnances pour régler la marche de l'officialité. C'est un code tout entier, qui demanderait à lui seul un travail analytique. Il suffit d'en citer les premières lignes pour en connaître l'esprit (4) (4 février 1444.)

• L'exercice du droit demande de l'honnêteté et de la piété de la part de ceux qui sont appelés à exercer la justice. Ceux qui y président doivent avoir une grande vigilance, une modestie remarquable, la pureté du cœur, rintégrité de vie et la maturité du conseil. Dans les péril) Porlof. hisl., n* 541.

(î) Variis fartiSf rnpinis et frauffibus que, proh Dofor f â non' nniis hotninihus et in'i'sonis hnpmhis stqH'r hoc ficri et coimiiisse nœpr diruntur.

(:») PnrU^f. hisl., n- .Vil,

(i) Arrliiv<;s dr G.'inHf. (St.ituta et ordinntionos p»T B. P. ol D. N. Frac • ciscuin t;p. et piinc. Gi'bcim. cdila.)

Boes appelées à poursuivre et à rédiger les actes judi-

Kires, il faut, outre leB conuaissances suffisautes, la fidé- S dans le travail, la bonté compatissante pour les pau-

tes et beaucoup de modération dans la poursuite. ■ f Ces seutiinents sont nobles et indiquent un homme vérî-

Iblemeut à la hauteur de sa mission comme prince et nome évêque.

t 'Se nous étonnons point, après cela, que François de pez ait joui d'un très-grande considération auprès des ^ands seigneurs de sou époque. Besson dit qu'il s'acquitta de plusieurs légations honorables de la part du duc de Savoie. Félix V l'honora d'une confiance spéciale, et povir le récompenser de ses services, il l'éleva, en 1440, à la dignité de cardinal, avec le titre de Saint-Marcel, en y ajoutant celui de vice-chancelier.

François de Mez siégea au concile de Bâie; il fut député avec Ancus Sylvius vers Amédée de Savoie, pour lui porter la nouvelle de son élection.

Nous tenons à laver François de Mez du reproche que lui fait Besson d'avoir prêté, au mois de juin 1428, au dac de Savoie, un serment contraire à celui qu'il avait juré de garder, en prenant possession de l'évêché. Pour étayer son affirmation, cet auteur invoque un manuscrit, extrût des archives de Genève. Nous avons cherché dans les archives ce prétendu manuscrit, sans avoir pu le découvrir. Il n'est aucun auteur protestant qui en fasse mention.

Besson a pu être induit en erreur par une autre pièce, disant que François de Mez consentit à laisser publier à Genève les ordonnances et les statuts du duc Amédée, mais de Mez déclara le faire de sa propre autorité et en réservant tous les droits et les franchises de la ville et des

Nous ne savons si le duc n'avait pas réellement la volonté de supplanter petit à petit, par ses ordonnanceSi l'antoritë da prince-évêque, mais, lorsqu'en 1434, un héraut d'armes vint du haut du Grand-Perron annoncer, an son de la trompette, c que les citoyens eussent à se rendre à la croix de Comavin pour y entendre la lecture des arrêts sur la monnaie, » François de Mez fit protester dans tous les quartiers contre cette mesure, comme contraire aux franchises de la cité.

On trouve aussi aux archives un dossier considérable intitulé : Procès de François de Mez avec le duc Amedée^ d'où nous pouvons conclure que Tévêque n'avait point reconnu, comme on le dit, l'autorité souveraine du due i Genève. Il lui permit, à la vérité, d'y habiter ; mais à la condition que les citoyens ne seraient point lésés par sa présence (1).

François de Mez mourut le 7 mars 1444. U fut enseveli dans la chapelle des Macchabées, construite par son oncle. Il avait manifesté à cet égard ses volontés dans son testament passé le 8 novembre 1443. Besson en donne le texte dans ses Mémoires pour V Histoire ecclésiastiques du diocèse de Genève. (Preuves, p. 445.) Tout y indique sa piété, sa foi et son ardente charité. En testateur qui tient moins i la pompe des cérémonies qu'aux prières pour le repos de son âme. De suœ anUnœ salute cogitafis, il ordonne que ses funérailles se fassent décemment (Decenter), honnêtement et sans apparat (Eoneste^ àbsque pompaj^ mais que pendant la cérémonie on célèbre cinq cents messes (Quin' gentas missas) pour le repos de son âme.

Le jour de ses funérailles, il y aura, dit-il, une distribution générale aux pauvres et tous ceux qui assisteront à la cérémonie recevront trois deniers. Pour ceux qni

(1) Potlcf. histor., n' 533.

sont retenus dans les hôpitaux ou les maladières de Chêne et de Caroage, on leur donnera à chacun un subside, suivant leurs besoins. Il n'onblia ni ses serviteurs, petite et grands {Tam majores, quam minores), ni les maisons religieuses, vivant d'auiDÔnes (1).

En somme, Tt^piacopat de François de Mez a passé presque inaperçu dans l'iiistoire de Genève. Spon lui consacre quelques lignes. Lpa pièces qui nous restent de lui nous prouvent qu'il mériterait au contraire une page plus glorieuse dans l'histoire du diocèse.

Ouvrons ici, cher lecteur, une large parenthèse et laissons pour le moment nos évéques. Nous les avons vus défendre pied à pied les libertés publiques et les franchises de la cité. En résistant aux comtes de Savoie et à ceux de Genève, ils sauvegardaient tout à la fois les droits de leur Eglise et cens de leurs sujets. A ce point de vue, ils réalisèrent le titre qui leur avait été donné dans les temps les plus anciens; defensores civitatia. Ils en avaient ét^ le rempart contre les envahisseurs,

Nous touchons à une époque où la maison de Savoie, devenue toute-puissante auprès des Papes va modifier en partie le rôle de nos évéques. Ils avaient été jusqu'ici des personnages plus religieux que politiques; princes, à la vérité, mais avant tout ecclésiastiques.

Kous allons assister à un changement et trouver sur le siège de Genève des titulaires, souvent plus occupés de la principauté que des intérêts de l'Eglise.

Il Lo letumml de Frnncois de HcE gsI du S novrmlire. Il choisit su iK dâu U cbapplli- de Suinl-lliirli?, faoài* pu fan nnrl«. Il donna nta punr «un nDni<'Prs.->ire FI paitage le reslu de ion bl«n enlre In e rie b Ssir- "" ■ ' — "-

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Où en était la charité dans l'ancien Genève

Qn*le il« moiors île Condat à Genèïe. — fiénérosilÉ de sainte Clotilde.

— Acles teslamenlaircs en favenr des panvres. — lldpilal de Nslnt-Pame dn Pont. — Anliqnit^ de tel hApiUl. — Ses reTenas.

— Hôpital do Bourg -de-Four, soit Bolomier. — HApital SaÎDl- Jacqaes. — La comptabilité. — Les donatears. — Id aumÔDier allemand. — Handement dn Cbapiire. — lldpilal des l'auvres huDieai OD de IKiicliarislie. — FoDdatioo de Fraii(«is de VersoDiici.

— Doaatious diïerses. — Hèglemenls. — HApital des resiKcrés.

On a beaucoup parlé, dans ce siècle, de la charité de Genève ; on l'a vantée outre mesure, comme si elle était un fruit du principe protestant. Démontrons que les anciens Genevois (1) nous ont de beaucoup devancés sous ce rapport.

XouB pourrions dire d'une manière générale que la cbarité étant une vertu inhérente au cbristianisme, nos pères, chrétiens fervents, ne pouvaient y être étrangers.

(1) (k Dom i'ancieiK, Dans ne le donnons point au\ réiaàéi français on I ilaliens, j«té$ pur le vtinl dt' la Réfonne il GeaCive depuis IKIS, par consé-

louvisu-vfUDi sur ce sol, mais nux Genevois du Ireiti^me el du qua-

ic HùcK', qni ont vdcu mas, U houlcUn Jm évâqui'S, tels qa'Ardueius, I AdMtnnr P«bri i»l GnillDumc àa Lnmny. Oui i celle ep)qac, on avail ilf!Jn ■Flju cuDnr pour les |>auvrcg, dd pan&iil leurs pLiies, cl tl jr aviil des asiles bonYcru pour lus jours du U louffruiice.

Fidèles au mandat du Maître et aux prescriptions de l'Eglise, ils environnèrent les pauvres de respect. Pour nous en convaincre, ouvrons les documents qui nous restent de cette époque.

Les traditions les plus anciennes nous apprennent que Genève fut toujours une ville hospitalière, oh s'exerça la charité.

Grégoire de Tours, écrivain du cinquième siècle, rapporte qu'en 460, une affreuse disette ayant désolé le pays des Urbigènes, les moines de Condat vinrent quêter à Genève. Le prince Chilpéric, leur fit donner trois cents boisseaux de blé avec cent sous d'or (l).

Le même auteur raconte que Clotilde, nièce de Gondebaud, élevée à Genève, faisait, chaque semaine, à la porte du château de son oncle, d'abondantes aumônes aux pauvres (2).

De ces temps anciens, arrivons au moyen âge. Si l'histoire a quelque reproche à adresser à Guy de Faucigny, elle constate du moins, par la bouche de Pierre le Vénérable que cet évêque « faisait de larges aumônes aux pauvres, nourrissant ceux qui avaient faim, et donnant des vêtements à ceux qui en manquaient (1119) ».

Les actes testamentaires de cette époque contiennent presque tous des clauses en faveur des pauvres de Jésus- Christ, Pauperibus Christi ! C'est là ce qui les rendait chers à nos ancêtres.

Un des plus anciens testaments déposés aux Archives est celui de Martin de Saint-Germain, évêque de Genève en 1303. Après divers legs faits à l'église de Saint-Germain, il ordonne que chaque année, au jour anniversaire

(l) Grégoire de Tours. Vita Santi Lupicini, ap. D. Bouquet, t. I, p. 648.

{% Ibid, l. U, p. 398.

de sa mort, on donne, après l'ofSce, uoe réfection à sept ou huit pauvres (1).

Citons un fragment des volontés dernières d'Aymon, doyen de VulUonex et chanoine de Saint-Pierre. Il ordonne que le jour de son décès on distribue dans le cloître de Saint-Pierre cent sous (centum solidos) aux indigents, les pauvres de Jésus-Christ (5 novembre 1312) (2).

En 1343, un médecin de Genève, nommé Maître Christian, de Prévcssin, institue, par son testament, les pauvres de Jésus-Christ ses héritiers universels. Il ne croît pas pouvoir remettre en de meilleurs mains les biens que Dieu lui avait donnés.

Le chanoine Pierre Luiset lègue, en 1368, cinq soua à UD impotent qui n'avait pas d'autre demeure qu'une petite charrette sur la voie publique, impotenli in charetta. C'est la seule désignation portée dans l'acte. Elle suffit pour assurer à l'invalide le don de la charité.

Les prescriptions testamentaires du cardinal d'Ostie sont un éclatant témoignage de sa libéralité. Il ne veut pas de luxe dans ses funérailles; il ordonne que le costume de ses familiers soit simple. Par contre, il commande que durant les neuf jours qui suivront son décès, on fasse beaucoup d'aumonos ffîant eîeemosinœ miiîlœ). Il veut que» dans la ville où il rendra son dernier soupir, on distribue à tous les malades des hôpitaux, mêmes aux enfants, un sou d'argent et à tous les pauvres un peu de monnaie (bûnonimus). Ce n'est pas seulement â sa dernière heure que ce grand personnage pensa aux pauvres. Ils avaient été ses amis durant sa vie, et il leur avait déjà fait très-

(l) AkUvi». de Genève. M. D. C, i. XIV, p. 317.

lar{i(Miient raiimône. Aussi son panégyriste n'hésita pas les prendre à témoin de la générosité du défunt (1).

François de Mez, neveu du cardinal d'Ostie, imita so n

oncle. Dans son testament, il veut que ses funérailles s— e fassent décemment et honnêtement, sans pompe, {absqt^^u pompa), mais il prescrit une aumône générale pour K^e jour de sa mort. Ses héritiers donneront à tous les paK^^vres trois deniers (2).

Ce sentiment de miséricorde pour les pauvres n*éta»^t pas seulement le partage des hauts personnages TEglise. Nous le retrouvons dans tous les rangs de la hl rarchie et chez les simples laïques. Jean Dumont, c3e Saint-Jean de Gonville, neveu de messire Jacques Dumoni^Bt, chanoine de la cathédrale^ non content d'avoir légué a*«Jix pauvres des hôpitaux, aux lépreux et à la recluse (3) «:3 e Saint-Léger une somme d'argent, ordonne que chaq^^w^e année, au jour anniversaire de sa mort, on donne à dln à cinq pauvres (7 juin 1410).

Guichard Bailly, ancien syndic, après avoir recommam son âme à Dieu et fait élection de sépulture en l'église de Saint-Gervais, ordonne que chaque pauvre demeura^xit dans les hôpitaux de la ville, reçoive après sa mort trois deniers et les malades renfermés dans les léproseries trois sous. Ses libéralités sont spécialement réservées ^ rhospice dit des Vergogneux, soit des pauvres honteux. H lui lègue trois cent cinquante-cinq florins pour être ixt^i" lises au profit des pauvres de Jésus-Christ, et il laisse 1^ même somme pour fournir des dots aux filles dénuées cS> ^ fortune (pro maritandis pauperibus filiis) (1435).

(I) Voyez Besson, pièces justificatives, p. 444.

i% Ibid, p. 456.

(3) On dtmnail le nom de recluse ù une Ikermite, csp|èco de reli)(i(*use vivait dans un petit oratoire dédie à Sainte-Marguerite, consacrant temps a la prière et à la |)énitence.

Nous pourrions entrer dans plus de détails sur les ^verses œuvres charitables de nos pères, maïs nous avons Ate de parler des divers hôpitaux de Genève, où les *avrc8 étaient reçus gratuitement et soignés dans leurs maladies.

En parlant des hôpitaux de l'ancienne Genève, nous ne prétendons pas qu'il y eût autrefois des établissements pareils à ceus que la civilisation moderne a fait surgir dans la plupart des capitales; vastes réceptacles de toutes les misères, où passant d'une salle à l'autre, on voit successivement des fiévreux, des blessés, des rachîtiques, fitc, etc. Non, chaque infortune avait son asile particulier, *■ ChÉne et à Carouge, on soignait les lépreux; aux Aré- ■res, les pestiférés; au pont d'Arve, les mendiants et > pèlerins; à Rive, les pauvres honteux; à la Madeleine, femmes en couches, Par là-même, on le comprend, que hâpitat, assez restreint, avait son adniîuibtration ciaie.

ï dit, dans ses Mémoires pour l'histoire eccUsias- « du diocèse de Genève, qu'il y avait sept hôpitaux à Geve, dont le premier était destiné aux malades, le second ; orphelins, le troisième aux Tieillards infirmes, le qua- Kèine aux pèlerins, le cinquième aux pestiférés, le Kième aux insensés, le dernier enfin des enfants troup8 (1). Cette classification ne peut être justifiée par les actes •■ foadations existant encore. Aussi, laissant l'opinion de isson, nous nous arrêtons à celle de MM. Chapouière et <^r(let, qui ont publié un travail tiès-important sur les ïta Mpitaux de Genève (2).

ils comptent huit hôpitaux, à savoir : l'hôpital de Notre-

Fe du Pont, l'hôpital du Bourg-de-Four, l'hôpital

' ofl^ulros «t ilucuiiiiniis uulilk'^

i.âf. i». fj.,i. IV. p. itts.

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Saint-Jacques, l'hôpital de la Trinité, l'hôpital Saint- Bernard, l'hôpital de TEacharistie ou des pauvres honteux, l'hôpital de la Madeleine, enfin l'hôpital des Pestiférés.

Disons quelques mots sur chacun de ces établissements.

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