‹ Histoire de l'Église de GenèveChapitre 44 sur 84 · VI. HOPITAL DES PESTIFÈBÉB · texte numérisé non relu

VI. HOPITAL DES PESTIFÈBÉB

Les ravages de la peste, qui survint à Genève en 1469, firent sentir le Ijesoin d'un hospice spécialement affecté aux pestiférés. Les syndics s'adressèrent à l'évéque par l'intermédiaire du Conseil épiscopal, et ils le prièrent d'accorder un local peu productif, appelé les Arénières, ou plaine de sable, sur les bords de l'Arve, D'après les données des archéologues genevois, c'était dans la plaine de Plainpalais, à l'angle nord-est du cimetière.

Philippe de Corapeys, vicaire général de Jean-Louis de

(1) \m Jn (undjUon. M. D. C, t. IV, p. 431

de ratifier la deoiaiide des syndics et & SB MB de Férifae. aae caacessjon de quarante toises ^ ^errà, H tiké de la TÎDe, et de septante-quatre sur ies ck« if rirre. Ces pn^ortions n'ont rien de grandâKCL sa2< ce fit le cwmafncement de l'hospice qu'on cflK^crcs pte tard.

La diaiianoa de la peste ralentit le zèle des magistrats et iï P^vpl^- Oa rerîat cependant i ce projet en 14T3 : BBI& les fmis aanquaient et il &nut revenir à des quêtes et iûrv appel aux corporations. Les cordonniers fareut les premiers i rœurre. Us bâtirent une maison spêcxalesent réserrée aux gens de leur métier, qui ponr- fie raient être atteints par le fléau. Elle se nommait 2a fMÔoii dé Stml-Cr^a. le patron des chaussetiers.

Ce fut en 14S2 que lliospice des Pestiférés fut fondé- L'éTjque ajant été solenneDement invité i venir en poser la première pierre, la fit bénir par Tévêque de Claudio-^ polis» alors i Genève. Il avait autour de lui les chanoine^ de la cathédrale, les syndics, les principaux officiers de sa maison, le vidomne, et plusieurs membres du con* seil (1). Tout cet apparat dénote l'importance qu'attachaient les autorités de la ville i cette fondation, qui derint très-populaire. Chacun voulut concourir aux quôtes qui s'organisèrent pour cet hôpital. Les chanoines, qui avaient coutume de distribuer en certaines fêtes i l'entrée du clottre du blé aux pauvres, supprimèrent cette aumône {donam) et remirent au caissier de l'hospice cent florins (t2). Les ermites de Saint-Âugustin du pont d'Ârve^ en qualité d'ordre mendiant, furent chargés de prêcher en faveur de cet établissement et de recueillir les dons des fidèles (3). Â teneur des constitutions synodales, les

(1) Rogislro du Conseil. 9 avril 1482.

(2) Ibid. 16 mai 1482.

(3) Ibid. 3 octobre 1482.

ni ta-

Quêtes Be faisaient à Genève par des religieuse promus PftDx ordres sacrés et manis d'une autorisation spéciale da Fl*éf6qne.

On tenait extrêmement, à cette époque, aux recommandations venant de Rome ; les fidÈles étaient pleins de docilité à la voix du Pasteur suprême. On recourait de toutes parts au Saint-Siège afin d'en obtenir des bulles ou concessions de faveurs spirituelles pour ceux qui coopéraient »à une bonne œuvre. La construction de l'hospice des Pestiférés avait essentiellement ce caractère; aussi les magistrats, avec l'approbation du Conseil général, iirent-ils solliciter auprès du Pape une bulle, accordant des indulgences à tous ceux qui soutiendraient, par leurs offrandes charitables, l'hospice des Pestiférés (I). Innocent VIII, en date du 2 décembre 1484, répondit aux magistrats qu'il était heureux de les aider à combattre le Héau dévastateur, qui faisait tant de ravages à Genève et dans les environs de la cité. Il déclam, de plus, que, dans le but d'encourager ceux qui seraient disposés à tendre une main secourable aux nécessiteux, en leur fournissant un asile durant la peste, il ouvrait en leur faveur les trésors spirituels. 11 accorda donc une indulgence de dix ans et de dix quarantaines aux fidèles vraiment pénitents qui, après avoir confessé leurs péchés, visiteraient ta chapelle placée sous le patronage de Notre- Dame de la Miséricorde, des saints apôtres Pierre et Paul ^t de saint Sébastien, et feraient une offrande pour l'achè- "^^ement ou l'entretien de l'hospice, {lldaxalionem decem Mnorum et totidem quadragenarum de pœnitenliis eis mtjvncUs) (2).

Le Pape, dans sa bulle, ordonne qu'on construise près

(1) B«gnlre du Coniieil. 30 juUk-l liSI. D Arïbiïw. M. D. C, t. IV. Pr. p. 449.

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de la chapeUe on cimetière consacré par rordînaire, pour qa'oD T enterre les corps des nctimes de la peste, et qn*on n*ait pas la donlenr de rencontrer des cadavres abandonnés. On Toit qne les Papes ont derancé nos édiles pour la tenne des cimetières.

Il était, de plos, exigé qn*il y aurait nn, deox, ou plusieurs prêtres, suivant les besoins, attachés i Thospice pour y entendre les confessions des malades et les absoudre même des cas réservés avant leur mort (1).

Les magistrats eurent à cœur d'accomplir toutes les clausies de la bulle pontificale, qui fut lue au Conseil et proclamée dans les chaires. Aussitôt que Thospice fut ouverty on nomma un recteur, qui en prit en main la direction. Ce fut le vénérable Menuet Vuactat, curé de Collonges- Bellerive. Le 16 janvier 1487, hi main sur TEvangile, il prêta serment de visiter les pauvres atteints de la peste, de les traiter avec charité, de leur laisser toute liberté de tester comme ils le voudraient et de soigner toat ce qui touche aux intérêts de l'hospice (2). Ce prêtre resta en charge jusqu'au 28 mai 1493, où il fut décidé qu'on lui donnerait un successeur, tout en prenant soin de lui à cause de ses bons services. Un mois après, on vint en conseil annoncer sa mort {decessit ah humanis Becior ho8j). Pestif,), et Pierre de Bonfils, qui avait visité les pestiférés à l'époque de la grande mortalité, lui fut donné pour successeur (3).

Voici le nom des prêtres qui furent tour à tour chargés de l'hospice des Pestiférés. En 1495, c'est un Frère prêcheur, nommé Pierre Ginod, auquel on donne pour coadjuteur vénérable Guillaume Bosson. En 1498, nous trou-

Ci) Archives. M, D, C, l. IV. Pr. p. 447.

(2) Registre du Conseil. 16 janvier 1487.

(3) Registre du Conseil. 28 mai 1493.

k-YODs & l'hospice Pierre de Chabanne; en 1502, Pierre iDanely; cd 1504, Pierre Fabri; en 1507, Pierre Orgend, Id'Evian; en I50S, Pierre Pinget; en 1514, c'est de nouveau un Dominicain de Plainpalais, Frère Henry Crochat, qui est remplacé, en 1517, par Claude Clément, dit Morge).

Durant les années subséquentes, les registres comtinaent à parler des prêtres qui sont à l'hospice sans donner leurs noms. En 1532, c'est un protégé du chanoine Grand, nommé Henry Fuaier, qui a pour successeur Frère Claude Boulet, de l'ordre des Frères prêcheurs.

Comment se fait-il, après cela, que Chaponicre, qui a eu entre les mains les nombreux extraits des registres do M. Sordet sur cette matière, ait pu dire : < qu'on trouvait bien des chirurgiens et des infirmiers dont la conduite reçut des éloges de la part du Conseil, mais qu'on ne rencontrait pas facilement des prêtres pour assister les pestiférés (1). »

Outre ceux que nous avons cités et qui étaient tiicés à l'hospice, il y avait encore des confesseurs spécialement chargés d'assister les malades. Tels sont, en 1487, Rolet Cochet, et, en 1488, Hugues Gervaia, qui reçoivent du Vicaire général l'autorisation nécessaire pour confesser les pestiférés. On forme plus tard un rôle des confesseurs spprouvés à cette fin. Ce sont non-seulement des conventuels, mais des prêtres attachés à chaque paroisse.

Ce n'est pas que nous ayons la prétention de vouloir faire rejaillir le dévouement de la charité sur les prêtres seuls, durant ces jours d^ calamité. Assurément non; les magistrats se montrèrent à la hauteur de leur mandat;

(1) ?(oiu Hvung ri'ii'vâ cclir ItaiSP uiaerlloti ilnn» une brochure [nlilnlée Le etfrffit ratholiyin- el (ei minitims proleslant* ji^ndiml le» p«(4 — Puis, I8OI.N0IU nous burnoDs à y roD voya aos Iccieurs puut lu d*.>ui

les habitants de Genèye donnèrent de nombreuses prennes de lenr générosité. Chaqne londi, on faisait des quêtes dans la ville; tantôt c'était dn linge qu'on apportait, tantôt du froment, plus souvent de l'argent. Mais ce serait calomnier le clergé de Tancienne Genève que de le représenter se retranchant dans un froid égoisme, au temps où la peste sévissait et exerçait ses ravages. Cuique suum ! A chacun sa part Elle fut assez belle pour que nous n'ayons pas i en rougir. Cette question de la peste reviendra dans notre second volume. Nous pourrons alors entrer dans de plus amples détails sur le rôle des uns et des autres.

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