M. V. C..\. IX
François d'Assise, qui, en mourant, avait recommandé à ses disciples la pauvreté.
Elle était simple dans sa structure et son mobilier. Une chapelle cependant se distinguait par les ornements, c'était celle de Notre-Dame de Bethléem, fondée par la duchesse de Savoie, Anne de Chypre. Voici ce que Jeanne de Jussie dit du sac de ce monument, en 1534 : i Après le jour de saincte Anne, qui estoit le dimanche, il fut deffendu de ne sonner la messe afin de n'empescher le prcdicant misérable. Et après ce maudit presche lia brisèrent plusieurs belles images et abattirent entièrement l'autel de la Chapelle de la Royne de Cypre et briKèrent l'Image de Nostre Dame, qui estoit grande et excellemment belle et riche, entaillée en pierre d'albastre (1). «
On voyait dans cette église plusieurs peintures. De Lacorbière parle d'un saint Christophe peint à fresque et DOS chroniqueurs mentionnent un Eccc homo peint à l'huile en 1503, ainsi qu'un grand tableau de saint François d'Assise. Le fondateur de l'Ordre séraphique était représenté sous la figure d'un vigoureux cep, portant plusieurs sarments vêtus en Cordeliers, avec cette inscription : • Jb
SUIS LE VEAI CEP ET VOUS ÊTES LES SABMBNTa (2). •
Où était située l'église et le couvent de saint François ? De précieux dessins faits au dix-huitième siècle et possédés par M. le docteur Coindet pourraient seuls nous donner aujourd'hui quelque idée de cette église (3) et du couvent dont elle dépendait. Ces constructions, dont une partie datait du treizième siècle, occupaient presque tout l'espace oii se trouve le grenier à blé de Rive, la rue du
(1) Latain du Cahinisme, 1634, p. 91.
(t) CMte iwintnre se trouve reprodoile dang la ploparl ies niiii!( bmille franciacaine, avec la mims Ugende. (3) Notes de rarchîlecle DUvigaae.
- 2i5 - Vieux-Collège, l'ancieD Consulat Sarde et les maisons avoieinantes.
La façade principale de l'église, décorée d'un grand nombre de statues (1) parmi lesquelles on distinguait saint Antoine de Padoue, donnait sur la rueVerdaine; fait qui résulte non-seulement des prescriptions ecclésiastiques, relatives à l'orientation des églises, mais encore de quelques pièces écrites; ainsi l'inventaire de 1477 mentionne la rue Verdaine, en disant qu'elle tend • per ante ecdcsiam Fratrum minarum versus Burgumforis >.
Le couvent était accompagné d'un cloitre, d'une salle capitulaire et d'un jardin situé ^rès des murs de la ville, peut-être en dehors, car on trouve dans les registres du Conseil l'injonction faite aux religieux d'en fermer soigneusement la porte.
Ce fut aux Cordeliers de Rive que le Pape Martin V, accompagné de quinze cardinaux et du duc de Savoie logea, au retour du concile de Bâle, où son élection venait d'avoir lieu (II juin 1418) (2). Le duc de Savoie Louis logea aussi dans la maison des Frères-Mineurs de Rive, lorsque l'empereur Frédéric III vint à Genève. Ce qui suppose qu'en dehors du cloître destiné aus religieux et bâti suivant la règle de saint François il y avait des appartements plus confortables, réservés aux personnages importants qui passaient à Genève.
Il fallait pour cela une permission spéciale du Pape. Elle leur avait été accordée par Alexandre V, qui les avait autorisés à recevoir des aumônes de la part des fidèles, à la condition de les convertir en immeubles (3),
(Il > La voilta du Pentecosle, à dix benniB de nulcl, dil Jeanne de Jouie, \et, bérftiquru coupérom tes lesles à six ïmaicM devanl le porul dos Corde- Uers, > 1S36, p.SO.
(» Chnm., 1, 109.
(3) Ponef, hlsl., a' tOO.
dérogeant ainsi à ce qui avait été déterminé par des constitutions antérieures.
L'église du couvent des Frères-Mineurs fut souvent choisie par de grands personnages pour y reposer après leur mort. Ce fut le désir d'Anne de Chypre qui voulut être enterrée dans la chapelle de Notre-Dame de Bethléem qu'elle avait fondée. Appartenant au Tiers-Ordre elle avait expressément demandé d'être inhumée avec l'habit de saint François. Il en fut de même du duc Louis, son époux, mort à Lyon dans la visite qu'il fit à Louis XI, (6 février 1465). Yolande de Savoie, fiancée de Philibert, manifesta le même désir et fut enterrée au couvent des Cordeliers (1).
Cette église fut la première de Genève envahie par les Réformateurs. Us s'y portèrent en foule le P'mars 1534, à la suite de Farel, qui, sous leur protection, s'empara de la chaire, où le P. Coutelier venait de prêcher la présence de Jésus-Christ dans la sainte Eucharistie. Vainement le gardien du couvent voulut fermer la porte de l'église, qui se trouva bientôt envahie par les partisans de Berne, que le prédicant exhorta à briser « les signes idolâtriques » . Lui-même leur donna l'exemple, en arrachant le crucifix placé sur la chaire et le foula aux pieds.
Cet encouragement à la dévastation produisit son effet ; car bientôt les saintes images furent lacérées. Quelques jours après, on trouva les statues décapitées. « C'estoit chose piteuse, dit Jeanne de Jussic, de voir ces corps sans teste (2). » Ces profanations obligèrent les Cordeliers à retirer le Saint-Sacrement dans un oratoire privé.
Cette église fut le théâtre de honteuses apostasies dont nous avons hâte de détourner nos regards.
(i) Genevensia, n* 5, p. 50.
(2) Levain du Calvinisme,