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CHAPITRE XIX

Les couvents de rancienne Genève {Suite)

Les Dominieains de Plainpalais. — Lear fondation. — Premier établissement à la Hagdeleine. — lis se transportent à Plainpalais. — Lear église. — Les chapelles. — Les contréries. — Les prédications. — Les étades. — Témoignage renda aax Dominicains par le Conseil. — Dissensions. — Fnrbity. — Les apostats.

La tradition, conservée par une lettre des syndics de Genève, écrite en 1498 (1), enseignait que les Frères- Prêcheurs avaient été fondés par le vénérable Chapitre, dès l'origine de l'Ordre (fundatum per ven. capitulum hujusce insignis civitatis). De l'enquête dirigée contre l'évêque Aymon de Grand son, il résulte que ce prélat avait appelé dès 1222, les Dominicains à Genève; ils parcouraient le diocèse prêchant la croisade contre les Albigeois. Eurent-ils dès lors une maison dans ce pays, ou vinrent-ils de Lausanne où ils fondèrent un établissement en 1234? Nous Tignorons. Un acte passé cette même année à Genève nous montre comme témoins deux Demi-

(i) Lettre au cardinal de Naplqs. Portef. hist., n' S,

minicains^ Nicolas et Oiraud (1). Ce n*e8t sans doute pas une preuve qu'ils fussent déjà fixés à Oenève, mais leur présence y est constatée en 1234.

Nos archives possèdent une bulle du Pape Alexandre IV, datée du 8 mars 1261 (2) relative à l'élection et aux privilèges des supérieurs de TOrdre. Cette pièce ne laisse plus de doute sur l'existence du couvent des Frères-Prêcheurs, qui se trouvait dans la paroisse de la Magdeleine. La tradition locale, conservée par les propriétaires d'immeubles en fixe l'emplacement entre le Grand-Perron et l'impasse du Chapeau Vert : l'étroit passage qui bornait le terrain claustral en amont, soit du côté du midi, porte encore le nom significatif de ruelle de Monetier (Monasterii).

Quand les Frères-Prêcheurs quittèrent-ils le quartier de la Magdeleine pour se rendre à Plainpalais? II est probable que ce fut en 1284, époque où la construction de leur église fut achevée. Voici une date positive de la fondation, extraite de la Vie du glorieux patriarche saint Dominique, par le P. Jean de Bochach. c L'an mil deux cent soixante-deux, le Chapitre général de Boulogne sous le bienheureux Humbert accepta le couvent de Genève et il a subsisté jusqu'au pervertissement universel de la ville (3). .

En 1263, les Dominicains commencèrent à posséder du terrain à la Coulouvrenière. La pièce dite : les charmurs de Palais leur fut donnée par le comte Pierre de Savoie. Le 1^' juillet, ce prince y joignit une parcelle contiguë, et Agnès, comtesse de Savoie, ajouta trois nouvelles pièces

(3) Archives de Genève. Portef. hist., n" 54.

(4) Arch. de Genève. Portef. hisl., n* 70.

(5) La vie du glorieux patriarche saint Dominique, — Paris, 1647, p. 367. Titre VJ.

aux précédentes, et le 31 mars 1264, les Frères achetèrent eux-mêmes un terrain voisin.

Sur ces entrefaites, Martin V promulgua une bulle datée du 7 mai 1265, en faveur des Dominicains et portant excommunication contre ceux qui pertïécuteraient les Frères-Prêcheurs. Quoique un exemplaire de cette bulle soit arrivé au conseil de Genève, nous ne pensons pas que cette mesure ait été provoquée, comme le dit M. Archinard (1), par l'opposition que suscita le projet d'un établissement nouveau. C'était une mesure géntjrale prise pour loutes les provinces oii les Frères- Prêcheurs s'étaient ét:*blis. Il n'y a pas un mot dans cette bulle qui ait trait à Genève (2). Bien au contraire, nous les voyons l'objet de prévenances et de donations assez considérables. Richard de Moëns cède aux Dominicains une pièce de terre entre le mur de la ville et la voie publique, tendant de la porte du pont du Rhône au pont d'Arve.

En 1208, le comte Pierre leur lègue vingt livres, l'ouverture de sou testament eut lieu devant des témoins, au nombre desquels figure Martin Yspanus ou l'Espagnol de l'Ordre des Frères-Prêcheurs.

Leur protecteur le plus dévoué fut l'évéque Aymon de Menthonnay (3) qui leur céda deux parcelles de terrain

(1) Edifiée» religieux, p.

I8) Arth. do Geniïvp. Pork-f. hLsi., n' S8.

(3) Loreqaa nout éurïvioni, pngo 87, qui^ tv peraonnagc doub Bomblail élru torli u'unu luaison do DoniininiiiB cl qod du UhïpUre dea Aueusiins do SitI, enmms le dil Bessuo, nous ne faisions qn'ëmcllTe unn oplDion : mais, aujourd'hui, nous pouvons affirmer le fait. Ayant ea occasion ds BDOiultcr lu Sacrum theairutn Dominicanorum, édité i Rome ni 1(106, noua avona trouvé (Ht MO) coa mola : In Qeneoâ dw> ete nostris retidere episcopi : f P. F. Aimo Metttunaci de prooineia Provinciee ea priore eomienluali nieiettfi, Gebenn. Episcop ub Innocentio V corulituitur art. mMlea. ducent. siaito ; 1* Adhemar Fabri Gebenn. episcop. instilutui est 17 julii anni 1305. 11 consle donc qu'Aymou de Monllionny pass.i du couvirnl lit' Ntct^ province de Provance, au sie^ de

situées en dehors de la porte Neuve du côté de Palais (1). A quelle époque les Frères-Prêcheurs bâtirent-ils un couvent et une église à Plainpalais ? Il n'est pas facile de répondre. Une bulle du Pape Martin IV, datée du 12 janvier 1282, accorde aux Frères la permission d'entendre les confessions, mais elle ne dit pas un mot du lieu qu'ils avaient choisi pour leur séjour. L'année suivante, Pierre, archevêque de Tarentaise, lègue cent sous viennois aux religieux, mais en 1282, nous voyons Frère Jean, prieur des Frères-Prêcheurs de Genève, donner quittance au Frère Raymond, prieur provincial de France, de la somme de soixante-trois livres genevoises, envoyés pour l'œuvre de son église (2).

Nous sommes donc en plein dans la construction du nouveau couvent commencé depuis un an ou deux ans. Voici tout ce que nous savons sur l'église. Le clocher était décoré d'une horloge astronomique donnée en 1405 par le cardinal de Brogny avec une cloche qui portait son nom et la date de la fonte. C'était un souvenir de sa reconnaissance pour l'établissement qui l'avait abrité (3).

Les chapelles de Saint-Dominique ne nous sont pas toutes connues ; on peut citer les suivantes, mentionnées dans divers actes de fondation :

Notbe-Dame du Sàint-Sépulcbe Elle était enrichie

(i) 11 résulte de ces notes et d'un grand nombre d'autres, ce fait, que le domaice des Frères-Prôcheurs était borné au levant, soit au nord-est, par les murs de la ville ou mieux par le chemin de ronde, au nord par le faubourg de la Corraterie, qui longeait le Rhône, au couchant, par une rue qui conduisait de Plainpalais au fleuve, au midi, il était borné par une ligne plus ou moins parallèle au cours de Rhône. Ces désignations nous portent aux environs de Téglise du Sacré-Cœur.

(2) Archives des Macchabées.

(3) Lors de la démolition de Téglisc, Thorloge, ainsi que la cloche furent conservées ; en 1539, on les plaça sur la porte du pont du Rhône, où ils périrent Tun et Pautrc par le feu, lors de Tincendie de 1670.

d'indulgences qui y attiraient un concours considérable de fidèles.

Saint-Nicolas, chapelle fondée en 1397, par Richard de Bernin, et Guillemette son épouse.

SAiNT-SyMPHOEiEN. Cette chapelle possédait des reliques importantes de ce martyr. Elles avaient été envoyées d'Autun par le prieur Antoine Doret, le 2 juin 1444.

La chapelle de Saint-Claude est connue par le testament de Thomas Tissot, citoyen de Genève, qui, le lu mars 1483, fit un legs pour 1,500 messes, ordonnant que son corps fût déposé dans le tombeau de famille qu'il possède près de l'autel.

La chapelle SaintYvon est souvent mentionnée dnns les regiKtree; les Genevois avaient une dévotion ardente pour saint Yvon, patron des hommes de loi. Ils lui avaient élevé des autels dans presque toutes les églises, mais nulle part sa fête n'était célébrée avec autant d'enthousiasme qu'à Saint-Dominique. L'at'tluence y était telle qu'en I494 on dut défendre de célébrer la vigile du saint, à cause de la peste. En 1510, on se plaignit des désordres qui accompagnaient ces veillées, et en 1524, le conseil supplia le R. P. Provincial, qui était alors à Genève, de les supprimer.

Les écrivains protestants n'ont pas négligé une aussi belle occasion pour déverser leur acrimonie soit sur la religion, soit sur les Pères Dominicains, comme s'ils étaient ■ les Ofjianisateurs de la démoralisation et les fauteurs d'orgies nocturnes, dont leur église était le théâtre (1). .

La religion n'a pas plus à faire dans les désordres dont on se plaignait alors que dans ceux qui peuvent accompagner aujourd'hui la célébration de telle ou telle vogue

[lie

„ Histoire de VEglise rie Genève.

plus ou moins en renom. Les religieux ne pouvaient que déplorer tout ce qui se passait aux alentours de leur église.

On connaît quelques-uns des joyaux de Saint-Dominique par le Registre du Conseil, qui, sous la date du 29 décembre 1530, dit qu'ils furent vendus à un marchand de Genève pour le prix de vingt-trois florins le marc d'argent, pour contribuer au payement de 900 écus dûs à Bâle (1).

Les pièces mentionnées sont les suivantes :

Une croix, pesant vingt-un marcs sept onces.

Un saint Dotniniquej pesant quinze marcs quatre onces.

Un jubiléf pesant dix-neuf marcs.

Une custode^ pesant dix-sept marcs et demi.

Huit ccUices et huit patènes^ pesant vingt-deux marcs deux onces.

Une Notre-Dame, une croix, un encensoir avec la navette, pesant 16 marcs.

Un Saint' Dominique et un Saint-Thomas d^Aquin, pesant quatre marcs.

Ce fut dans la chapelle Saint-Obêgoibe, que, le 12 juin 1527, Tévêque Pierre de la Baume inféoda le droit de pêche dans les eaux de la Meuse épiscopale à Besançon Hugues.

L'église de Saint-Dominique possédait une foule d'autels en l'honneur de plusieurs saints^ auxquels étaient attachées des fondations (2).

(i) Registre du conseil, 1530.

{%) Autel de Saint-Michel, 1439, fondateur, J. de Pesmes. Autel de Saint- Jean-Baptiste, 1417. fondé par Guillaume do RoUe. Autel de Saint-Antoine, 1434, fondatrice, Margota Maillet. Autel de Saint-Thomas-d'Acquin, fond., Pierre Comut. Autel de Saint-Nicolas, 1420, fond., Isabelle de Livron. Autel de Saint-Sébastien, 1442, fond., André Mozeti. Autel de la Bienheureuse-Vierge-Marie, 1436, fond., Pierre de Pougny. Autel de Sainte-Croix, 1360, fond., Hugues Dupont.

Gomme dans toutes leurs maisons, les Dominicains avaient des confréries dont ils étaient les directeurs. Nous en trouvons quatre spécialement désignées dans les livres de fondations ; celle de la Purification, de Saint- Sébastien, de Saint-Alexis et de Saint-Antoine ou des Allemands. II est à remarquer que c'est à l'autel de ce saint que les Allemands faisaient célébrer deux messes fondées, une entre autres, tous les lundis au lever du soleil pour les membres de la confrérie de la Purification, fauconniers et couduriers (pro falcorihus seu condvrieris).

Les murs du couvent de Palais abritèrent souvent de très-illustrea personnages. Adhémar Fabri, l'un de nos plus illustres évèqucs, mort en 13S5, appartenait à l'Ordre de Saint-Dominique (1). C'est à lui que la cité devait son code des Franchises.

Le Pape Félix V logea chez les Frères-Prècheurs en 1445. En 1528, le duc de Savoie, Charles III, s'y installa avec Béatrix, sa femme, et un nombreux cortège de grands seigneurs, ce qui nous porte à croire que, près du couvent, était un corps de bâtiment réservé aux étrangers de distinction, comme on voit encore aujourd'hui à Hautecombe, dans une aile de l'abbaye, les appartements des rois de Piémont. Ne soyons donc point étonnés de lire dans les chroniques de Bonivard que la duchesse de Piémont y accoucha d'un âls, qui fut baptibé dans l'église du couvent, sous le nom de Charles.

Rien n'était plus populaire à Genève que l'établissement des Dominicains de Palais. La porte du couvent était ouverte aux citoyens qui s'y rassemblaient en confréries (2). Les magistrats eux-mêmes ne craignaient pas

de s'y réunir en conseil. Lorsque les uns et les autres voulaient discuter sur leurs affaires, ils trouvaient toujours chez les Dominicains des salles disponibles. En 1462, en 1522, et à d'autres dates, les conseillers délibèrent dans la salle capitulaire (1). Quelques fois, ce furent des réunions moins graves et ayant un parfum de vie de famille. Ainsi, le 4 août 1509, à l'occasion de la fête de Saint-Dominique, les syndics furent invités à un dîner offert par lés Frères, et où les magistrats, soigneux de l'honneur de la ville, se firent précéder par quatre cocasses de vin blanc et rouge (2). Disons, qu'à cette époque, les magistrats de Genève n'étaient point chiches de cadeaux pour les maisons religieuses. Ainsi, en 1515, on vote pour chacun des couvents une coupe de froment < parce qu'ils ont prié Dieu pour la paix (3) >. Il en fut de même en l'année suivante, au moment où les Frères-Mineurs tinrent à Genève leur Chapitre général ; la ville leur envoya un setier de vin de Chaumont et deux moutons de haute graisse. Le même cadeau est voté eu 1517 pour le Chapitre provincial aux Frères-Prêcheurs, * afin qu'ils prient pour la prospérité de la ville. » On y ajouta de plus cinquante florins, comme supplément d'une quête qu'ils devaient faire dans la ville.

Il faut bien dire que tout ce qui se rattachait aux intérêts publics trouvait chez les Frères-Prêcheurs un ferme appui.

En 1474, les Dominicains facilitèrent l'établissement du jeu de l'Arquebuse qui se plaça en aval de leur clos, vers la grève de l'Arve. Ils en firent autant pour l'exercice du Jeu de TArc, qui avait un local près du précédent,

(i) Registre du Conseil.

(2) Registre du Conseil, 4 août 1509.

(3) Registre du Conseil.

en 1529. Les Frères ne firent aucune opposition à la création de riiôpilal pestilenciel, en 1489, et cepcDdant ils se trouvaient sous le vent par rapport à ce (iangereus voisinage. N'oublions pas que c'est à dos rtligii^ux que noua devons lus jardins de Plaiopalais, établis sur un soi qu'ils surent conquérir, en refoulant, par un ingénieux système de digues, appelées tournes, le cours de l'Arve sur la rive gauche.

L'église Saint-Dominique jouissait, comme celle de Saint-François et celle de Saint-Jean, dn droit d'asile (1). Nous voyons, en 1523, P. Comberet s'y réfugier après la mort de Vernly, et se prévaloir du privilège. Malgré ses protestations, il est suivi et mis à mort,

Ce fut dans l'église de Saint-Dominique ou du moins à ses abords que saint Vincent Ferrier (2) prêcha l'Avent en 1403. On possède encore à Rome les lettres dans lesquelles cet étonnant thaiiniathurge racontait à son général les fruits de sa mission. En voici un passage qui nous fait connaître une erreur tendant à se répandre à cette époque.

• Je suis maintenant dans le diocèse de Genève. Entre autres énormités, j'ai trouvé dans ce pays une erreur trèsrépandue. On y célèbre chaque année, solennellement, le lendemain de la fête du Saint-Sacrement, la fête de l'Orient, et on a formé des confréries du nom de Saint- Orient. Nos Frères, les Mineurs, d'autres religieux, et même les curés m'ont dit qu'ils n'osaient plus prêcher, ni rien dire contre cette erreur, tant on les effrayait en les menaçant de la mort. J'ai prêché tous les jours, en insis-

|1) Gium. Slatéi-iavx, I, p. 15â,

(% SalDI Vineeni ForriEr ou Fi^rrer, n^' A Valtftiof t\-\'.i\a viiT 13S0. iQOural  Viianes, en Bn-'lagui', \v tS avril liI9, i Î9 juin p;ir \e Souveraiii-Ponlife llilixie lll.

tant contre cette erreur, et avec Taide du Seigneur, qui a confirmé ma prédication, elle a été efficacement extirpée. En apprenant combien ils erraient dans la foi, ces peuples ont été saisis de douleur (1). >

Le devoir des Frères-Prêcheurs Dominicains était surtout de faire entendre les grandes vérités du salut dans les villes et les campagnes. M. le professeur Galiffe a résumé cette question de la manière suivante (2) :

• Â rapproche du Carême, la population était saisie d'une sorte de fièvre dont le clergé et les magistrats étaient obligés de tenir compte. Le Conseil insistait alors auprès des deux couvents (Dominicains et Franciscains) que cette matière concernait plus spécialement, pour qu'ils fissent venir les meilleurs prédicateurs possibles. Ceux-ci étaient sûrs de trouver à Genève un public aussi nombreux qu'attentif, et la reconnaissance de la communauté se manifestait en cadeaux aux orateurs qui avaient le mieux su captiver leur attention (3). On voulait bien que leur prédication fut forte et bonne, qu'ils sussent vigoureusement distinguer lèpre de la lèpre, selon la pittoresque expression du Registre, mais on ne leur permettait

(1) Vie de saint Vincent, par M. Tabbë Baylo.

()) Tout en empruntant à M. Galiffe son jugement sur les prédications dans rancienne Genève, nous ne pouvons admettre ce qu'il dit de la parole de Dieu dans nos temps modernes. « On sait que dans la religion romnine la prédication est un hors-d*œuvre propre à certaines époques de Tannée ecclésiastique, et qu'elle ne fait pas partie du culte proprement dit. » L'ordonnance du concile de Trente dit le contraire. Elle est positive sur cette matière : « Tous ceux qui sont proposés à une église paroissiale ou ont charge d'âmes, auront soin, au moins tous les dimanches et toutes les f^tes solennelles de pourvoir â la nourriture spirituelle des peuples oui leur sont confiés, leur enseignant ce qu'ils doivent savoir. » Sess. aXIV, de Reform.

(3) Ces cadeaux consistaient ordinairement en quelques livres de chandelles t'i une provision de bois. . En 1508, les syndics y ajoutèrent six énis d'or, parce que le prédicateur était « un homme de grande dignité et de profonde sciena» ». Registre du Conseil, 20 avril 1508.

pas d'user de paroles inconvenantes, ou d'injurier les auditeurs du haut de la chaire chrétienne (1). •

La prédication n'était pas la seule fonction des Frëres- Prëcbeurs à Genève. Us avaient en outre, dans leur couvent des professeurs gradués qui donnaient des leçons de latinité, de philosophie et de théologie. Dans un acte de fondation, passé au couvent de Piainpalais, en 1460, vingtneuf religieux figurent comme témoins. Parmi eux, il y a trois professeurs in sacrispaginis (2). Ce sont : F. ÂTmon Magnin, Claude Rupt, Pierre Rationis. On y trouve en outre un maître d'études (magister studentium), un lecteur {îecior), et sous-lecteur (sub-leetor) (3). Aussi, ne nous étonnons pas de l'estime dont jouissaient à Genève les Dominicains sur la fin du quinzième siècle. Voici le beau témoignage que leur rendirent les honorables magistrats de la cité, en 1498. • Nous avons ici un couvent de Saint- Dominique fondé au treizième siècle par le vénérable Chapitre, et illustré par des docteurs érudits dans les saintes lettres, vivant dans le célibat d'une manière irréprochable, qui s'appliquent non-seulement à la prédication de la parole de Dieu, mais qui vaquent à la célébration des offices religieux (4).

Aussi longtemps que les Dominicains eurent la sagesse de suivre ce programme, leur maison fut florissante. Malheureusement, la paix fut troublée dans le courant du seizième siècle par une question plus politique que religieuse. L'accord ne régnait plus parmi les Frères ; les uns tenaient pour les Ligues suisses, les autres pour la maison

(I) Oertèoa historique, p. 301.

(3) Ce Ûtre ae m dooiuil iiu'aai bommei âininenis par leur «cience.

(3) Ce dire riqoivaDt à proresseur-

(1] Babemvs hic ununt insignem conuentum sitncti Dominici, maçiatris in saeria paginis et aliis religioais eilte cetibis morum qu« venustate prcedilis, sermonibu), Verbo Dei, missis et aliis offieiii divinii jugiter vacanlibvta deeoratum. Porlef. hisl., n" 8ÛB.

de Savoie. Ce fut le premier germe de discorde qnii sur la dénonciation d'an Frère, nécessita en 1526 , l'intervention du Conseil. L'année suivante, on vit surgir de nouvelles discussions intestines entre les membres de la famille dominicaine, au sujet de la nomination d'un Prieur ou Recteur, contre lequel s'insurgèrent les Frères François Boulet et Jacques l'Hoste, dont le renvoi fut demandé au Vicaire général.

Plusieurs lettres de l'Inquisiteur général et du Pioviucial, écrites en 1528 et en 1529 prouvent de la sollicitude des autorités supérieures de l'Ordre pour ran.cncr les religieux de Palais à la stricte observance de l.ur rc^vlo. Il était trop tard; l'esprit d'orgueil et d'indépcndài»ce s'était glissé dans la place ; nul pouvoir humain ne pouvait sauver le vieux couvent de la ruine. Elle fut précipitée par les événements de 1530 à 1534.

En octobre 1530, des troupes sui» ses, dont une partie était imbue des nouvelles doctrines, arrivèrent à Genève, oii leur séjour fut fatal à la plupart de nos monuments religieux. L'établissement des Frères-Prêcheurs ne fut pas épargné. Laissons la parole à un contemporain, Sœur Jeanne de Jussie.

• Au couvent de Sainct-Dominique furent logés six enseignes tous luthériens et furent contraints les religieux à abandonner le couvent, et. se retirer en la ville. L'église resta fermée et n'y firent aucun mal, sinon qu'ils bruslèrent et chaplèrent toutes les images qui estoient dehors et parmy le couvent qui estoient belles, en la place que l'on presche et au cimetière et cloistre estoient logés deux cents chevaux d'armes et n'y laissèrent nul vivre (1).

Les Dominicains rentrèrent, à la vérité, dans leur couvent, mais ils ne purent rétablir ce que les hérétiques

(1) Levain du Calvinisme, par Jeanne de Jussie, p. 137.

avaient détruit. En vain un Frère célèbre de leur Ordre, Guy Furbity, docteur eu Sorbonne, lit entendre ea. voix & Saint- Pierre. Sa parole puissante effaroucha les Bernoia, venus à Genève pour retirer la somme d'argent qui leur avait été promiBe, comme émolument de frais de guerre. Ils intentèrent une action criminelle contre le courageux prédicateur, qui fut retenu en prison jusqu'en 1536. Le nom de ce grand théologien a été enregistré par M. Jules Philippe, dans ses Gloires de ta Savoie. Nous ne craignons pas, après avoir relu dans les Begistres son interrogatoire, ses réponses et ses souffrances, de lui donner le nom de Confesseur de la Foi à cette heure douloureuse de 1535, où tant de courages faiblirent.

Tous, hélas! n'eurent pas sa fermeté. Placés face & face de la tourmente, plusieurs de ces hommes appelés par la plus sainte des vocations à combattre l'erreur à juger et à condamner l'hérésie fléchirent et tombèrent On cite sept apostats, dont voici les noms :

Guillaume Laurent, Antoine Bochut, Claude Boulet, François Bovelleçoi, Jean Chappuis, Jacques l'Hoste, Jean Louis Nicolas (1). Ecoutons le jugement porté par le Père Provincial sur trois d'entre eus.

Il nomme le frère Jean-Louis Nicolas, < un farceur, capitaine des brigues schismatiques, destructeur du couvent qu'il fauldroit mettre dehors pour l'honneur de l'Ordre. ■ Ses adhérents ne sont pas mieux traités. • Frère Claude Boulet mérite une forte correction. Il devra comparaître pour recevoir de sévères admonestations. » Quant au Frère Jacques Hospitis ou l'Hoste, dont le changement avait été demandé, • pour l'humilier et corriger de ses capitales rebellions et énormes blasphèmes et le comprimer

(ti 11 f.

fpinornucr que snr c*s sont apo.'InH. i 19 par le frire Bon, ticalre du Provii :i (e) dénûncUUopi el Iroubln survppa

de ues menasses et batteries oultrageuses, on ne sait trop où l6 placer (1). »

Au moment où le couvent de Sùnt-Dominiqae fut rasé, on découvrit un tableau sarcastique représentant la béte de l'Apocalypse, accompagné de vers latins sur le Jugement général, oil personne ne sera épargné :

JODICABIT JUDICE8 JCTDKX GBNZEAL18,

HIC NIHIL PBODEBIT DIGNITAB PAPAUS :

eiVB 81T EPI8COPD8, SrVB OABDIKAUB

BBOB COMDEMNABITCB, NBO DICETCB QUALIS

Pendant longtemps, les écrivains protestants s'en donnèrent à cœur joie au sujet de cette peinture qu'ils regardèrent comme un avant-coureur du schisme qui a déchiré l'Eglise. Il est même des auteurs catholiques qui en arguèrent contre les Dominicains, comme prêts à se révolter contre le Pape et les évêques. Pour répondre aux uns et axa antres, qu'il nous suffise de dire que cette peinture était très-ancienne ; car Froment lui attribuait plus de cent ans (2). Ruchat affirme qu'elle avait été apportée de Turin par un Inquisiteur du Saïut-Office, qui l'avait découverte dans un cloitre quelconque. On ne craignait pas au moyen âge de mettre en scène des personnages illustres, et de stigmatiser les abus. Nous retrouvons cette scène du Jugement dernier dans la façade de la plupart des cathédrales du douzième et treizième siècle. Ce n'est donc pas un argument qui puisse être invoqué contre les Dominicains de Genève.

Il y eut parmi eux de généreux défenseurs de ta foi catholique qui en firent une éclatante profession au nom

(I) LeUre du Frère Jean su magUirats. Poriuf. liisi,, n' 1016. (S) Fboumt. Chxp. XXXVI.

de leurs collègues. Tel fut le Frère Chappnis qui, mettant de côté toute modestie personnelle, entra en lice au jour de la dispute avec les novateurs, et soutint avec une m&le éloquence la divine origine des dogmes catholiques. Il était assisté d'un docteur de Sorbonne, nommé Caroli. Les conférences durèrent un mois environ, mais tous les efforts des deuK champions de l'ancienne foi genevoise furent inutiles.

Le 13 août, tous les ecclésiastiques de la ville ayant été convoqués au Conseil pour entendre le résultat de ces conférences, l'Ordre de Saint-Dominique fut représenté par le Prieur Guillaume Laurent et par les Frères Claude Boulet et François Bongain. Lorsqu'on les interrogea, ils répondirent • qu'ils ne s'enquéraient pas de semblables choses, et qu'ils voulaient vivre et mourir dans la religion de leurs pères », comme nous dirions aujourd'hui Qous-même, si pareille sommation nous était faite, que nous voulons vivre et mourir daûs la religion qui, avant tout, est une, immuable et indivisible, dans la foi catholique, apostolique et romaine.

Le 8 août 1535, Farel monta dans la chaire de Saint- Dominique. L'effet des paroles ardentes du prédicant dauphinois fut terrible; la populace exaltée se rua sur l'église et la dévasta complètement. Rien n'échappa : les statues qui restaient encore furent brisées, les autels renversés, et les plus belles peintures furent couvertes d'ordures et déchirées à coup de lances et de pcrtuisannes.

Le 21 septembre 1535, quelques hommes de garde furent placés à Saint-Dominique pour empêcher la dévastation et le pillage auxquels chacun prenait part. Enfin, le 12 novembre de la même année, on vendit au plus offrant, à l'extinction de la chandelle, suivant l'ancienne coutume de Genève, la dépouille des murailles Ju couvent de Palais, • à savoir les tuiles, le ter, le bois, les briques, les

porUux^ les fenêtres, les virets et les degrés, et ce, pour te prix de 235 escus d'or, à condition que toutes ces choses seroient enlevées du lieu dans quatre mois. >

Au printemps de 1536, tout était effacé. L'œuvre de la révolution était complète.

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