‹ Histoire de l'Église de GenèveChapitre 50 sur 84 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Les couvents de rancienne Genève (Suite)

Annonee d'an eoayent par sainte Golelte. — Fondation de la maison de Sainte-Claire par la princesse Yolande. — Cession dn comte de Grnière. — Construction dn conyent. — Arriyèe des Scenrs. — Vie de pénitence et de prières. — Nombre des Scenrs. — Jeanne de Jossie. — Ses mémoires. — Départ des Sœnrs en 1535. ^ Les Aognstins de Notre-Dame de Grâce. — Difficultés des moines pour la construction de leur couvent. — Attaques odieuses et mensongères de quelques historiens. — Kotre-Dame de Grâce.

LES SŒUBS DE 8AINTE-CLAIBE

Le Père Sellier raconte, dans la Vie de sainte Colette^ que, passant à Genève pour se rendre à Vevey, où elle avait fontîé une maison de son Ordre, elle ne put s'empêcher (V admirer la beauté du site. Une de ses compagnes ravie se mit à dire : t 0 ma mère, qu'un couvent de la Réio 'iiie serait ici bien placé! • C'est vrai, répondit la sainte, il y en aura effectivement uu; mais, hélas! il ne durera pas longtemps, car, avant la fin du siècle qui va suivre, cette ville perdra la foi et elle entraînera dans son apostasie toute la contrée. La religion catholique en sera

proscrite, les religieux et religieuses en seront bannis. Celles de notre Ordre ne seront pas plus épargnées que les autres (1). •

Etait-ce par une inspiration divine que cette sainte s'exprimait de la sorte, en 1426? Nous pouvons le croire, car ces paroles, recueillies par la mère Chevalier et transmises d'âge en âge comme une tradition dans toutes les maisons des Clarisses se sont réalisées de point en point. Une maison de Sainte-Claire fut fondée à Genève, en 1474, parla duchesse Yolande de France, femme d'Ame IX, et, soixante ans plus tard, les bonnes Sœurs, escortées par le syndic de la ville, traversaient le pont d'Arve et prenaient tristement le chemin de l'exil.

Foderé affirme, de son côté, qa'à l'entrée de la duchesse i Oenève, les habitants la conjurèrent de faire construire un couvent de Sœurs, comme elle venait d'en ériger un dans la ville de Chambéry. Ce qu'elle accorda, ajoute-t-il, trèsvolontiers (2). Nous ne saurions déterminer d'autre cause de cette généreuse pensée que sa reconnaissance envers Dieu pour avoir mené à bonne fin, à travers tant d'obstacles, la tutelle de son fils Philibert. C'est là ce qui semble ressortir de la bulle du Pape Sixte IX, en date du 4 mars 1474, qui approuve son projet. Foderé raconte qu'elle acheta dans ce but la maison d'André Baudichon, et celle d'un autre citoyen, nommé Claude Grangier, par contrat du 1^' octobre 1473.

Nous avons en main un acte plus précis sur cette question, c'est la cession d'une propriété appartenant â François, comte de Gruière, maréchal de Savoie, située â la rue Verdaine.

(1) Vie de sainte Colette, Livre VI, chap. IV.

(î) Narratiofi historique et topographique des Monastères de Hainte-C taire, Lyon, MDCXIX, p. ISO.

CoDDaisaBDt le pieux désir de la princesse très-chrétienne qui lui en avait demaDdé l'acquisition, et voulant contribuer pour sa part à la gloire de Dieu et au salut des âmes, il lui en fait une donation généreuse. Siionti et liberaliter cedimua, douamus, remittimus, reUnquimvs atque tranaferimus (I).

Sensible à cette alteulion, la princesbe Yolande associa le donateur à son projet de fondation, et déclara, de concert avec son fiis, remettre ce terrain aux filles de sainte Claire, et chargea le Frère Kolct Uutfi, de l'Ordre de Saint-François, de diriger la construction du monastère. Ce qu'il fit, dit Foderé, assisté du Frère Henri de Baume, avec tant de diligence, qu'eu moins de denx ans, la bètisse fut achevée.

La première pierre fut posée en grande pompe, le 2 mai 1474, et bénie par le prévôt de Saint-Pierre. Lorsque l'édifice fut achevé, la princesse Yolande écrivit au Visiteur de lui envoyer quinze religieuses, qui arnvërent à Genève le 29 avril 1476, veille de l'Ascension (2).

Le lendemain de cette fête, elles furent installées dans leurs pauvres cellules, afin d'y prier pour la cité qui les recevait, et y vivre conformément à la règle, imposée à l'Ordre de la Réforme, par la bienheureuse Colette, dans la stricte pénitence.

Soumises à la clôture la plus stricte, ces saintes religieuses ne se mêlèrent jamais aux agitations du monde.

(1} Cetlo maison, alliglie du cMé du Midi i evllo doi Uritien de Piuire if Funtana , et sd nord à ci?tli> d« Doble de Louis de Gcnosl. longeail la me Verdalne. DnRtiion de PnDcoïg du Gniiiro (S octobre tl73) ol Mie de rondoUon de la imUson du âuînUi-Cklre (tO oeiobro 1473). Voyui Pè ces jmiifieaiives.

(3) Vùci les noms dus nmmières Siinira de &iinte-CbtirQ : UicbeleUe RlUiel, Uéancii Claudt, Philîiipinu Culotle et Eliunoa de UuDljuvunl, de lu malmn du Si^urros : PliilibL-rlu tîrca.iDdi ol tiuill<<niallR Lymiin ue Piiligniiis, dsil\ Siean Anlhuine de Fonui^y de ChainlMrj et Guitletnellu Riiiiiliuï d<) l'urijiny. Lus 31'pl auln.'ii furent prises à Urbe ft u V('v{'y.

Fidèles observatrices du je&ne et de l'abstinence, elles se constituèrent victimes poar le salut de tous. Eclatait-il quelque calamité publique, on recourait à elles, comme à des médiatrices auprès de Dieu. Il en était de même aux approches des luttes et des guerres avec les puissances voisines. On les regardait comme les messagères de la paix. En maintes circonstances, les conseils réclamèrent l'appui de leurs prières (1).

La pieuse fondatrice de ce couvent rendait aux Sœurs de fréquentes visites. Elle aimait à prier Dieu dans leur chapelle; à la mort d'une Sœur qu'elle vénérait à cause de sa sainteté (2), elle demanda à assister à ses derniers moments et à la veiller pendant toute une nuit.

Un an s'était à peine écoulé, que deux bourgeoises de Genève demandèrent à partager leur vie de pénitence; c'étaient Françoise de Vescay et Claudia Lingotte.

D'après une lettre de l'abbesse Louise Bamboz, retirée à Annecy, le nombre des Sœurs s'éleva jusqu'à vingtquatre (3).

Lorsque quelque généreux bienfaiteur faisait un legs à la maison de Sainte-Claire, les Sœurs payaient par de ferventes prières la dette de la recûnnaissance. Nous en trouvons l'expression dans la lettre précitée, à laquelle nous empruntons le passage suivant :

{It Tool en compn'n»ai lusiu'uu i"ui .Mit l'u i nuttii un pouvons (Hrdonnrt li M n < i: d'ivoir iniullé i U nidmoire des >i i tomllé les regislre» nos puutoir ir>iijv uUiii), n laiu luieo 1« trdl do l'irci tiores , te qai sop{ioM un Mi-- i1'l>.i ■■ r. -•{

ans Bi plus pour parûire Cl) qu'Ollcs n'i'iiii-iii ins, Ii'iuu-v- liiii.irlfn» lesLunU Honl allés pins lûiii : ils ont invenlâ l'Iiisloln d'un soutumia muuiqaanl tiv Is nubon ilv SuioU-Ciutn «ut Cordtliiin. Iltulurv, impartial, a nié non-»uulemeiii If foil, Il on a diiaouM llmpossiblliié.

(3) On la noimnsîl dans le munde Sœnr Utbip.

(3) ■ Pour KXIIll lelîgii'UME qu'ralions alun. • Uilrr ji Madnmi! de Muniriiplier. — Arcliivi'9 d'AnDi»:]'.

i>rmK*i,

'onnais^UM

< Ce que dous avons faict en grand nombre de psautier de David, vigilles sept psaumes et auUres suffrasges et prions encore journellement de bien bon cœur, et par ses nobles parents et Iiéritiers. •

Une des religieuses les plus connues de cette maison est Sœur Jeanne de Jussie, qui avait la charge d'écrivaint Elle consignait jour par jour les événements du couven. et les bruits qui parvenaient jusqu'à ses oreilles, surtout à l'époque de l'arrivée des Bernois à Genève. Ses notes, publiées sous le titre : Levain du Calvinistne, forment le plus intéressant récit qui nous soit resté de cette époque. On y lit tous les méfaits des hérétiques auxquels elle prodigue de Batyriques épithètes, leurs tentatives et leurs violences pour arracher du cloître ses compagnes épouvantées. Elle fait entendre, en quelque sorte, tous les battements de leurs cœurs agités au moment où leurs riUes sont brisées.

On sait comment furent torturées lesS œurs de Sainte- Claire par les prédicants Viret et Farel, qui cherchèrent vainement, par leurs arguments artificieux, à les entraîner à une honteuse apostasie. Une seule se laissa arracher des bras de la mère Vicaire par ses parents affolés, Sœur Blaisine de Waremberg. Toutes les autres, malgré leur grand âge, traversèrent silencieusement les rues de la ville et arrivèrent, sous la protection du syndic, au pont d'Arve. De là, elles se dirigèrent vers le L-hàteau de la Perrière, uù le baron de Viry leur offrit l'hospitalité la plus.gracif^u.'ie, mettant toute sa maison à leur disposition, et ordonnaut à ses fermiers de leur donner tout ce qui leur serait nécessaire. Elles furent conduites de là à Annecy, ou elles arrivèrent le 4 septembre au soir (1). La

<I) Dans une iak'rfssanli de Sainte-Claire, qui vii^ii' revIractiuD du cbiicanc du a

rorlmra iolilulre i Nolen ïut- le CouBent ! uarailrc, U. Tlit>o]>Lilv l>u/nur faïl cunaatln]

l'UgicBiieï.

réception brillante qu'on leur fit fut pour elles une compensation et un adoucissement au milieu de la peine qu'elles éprouvèrent de quitter Genève.

AUGUSTINB DE NOTBE-DAME DE OBACE

L'origine du couvent des Augustins à Genève n'était pas très-ancienne lorsque Bonivard écrivit ses Chroniques, Il le faisait remonter à cinquante ans en arrière. Il n'est, en effet, parlé des Augustins que vers la fin du quinizème siècle. La première fois qu'il en est question, c'est en 1480. Leur demeure est nommée VHermitage, probablement parce qu'elle était habitée par des hermites, qui suivaient la règle de saint Augustin. Elle s'élevait en face du pont de Carouge, qui était anciennement plus en aval que le pont actuel.

Au moment où les Augustins arrivèrent à Genève, la peste y exerçait ses ravages, et l'on songeait à établir un hospice pour y soigner les victimes du fléau. Les magistrats décidèrent que des quêtes seraient faites, soit dans la ville, soit à l'étranger (1), et ils en chargèrent les Augustins, qui se mirent à prêcher pour l'hospice (2). Des règlements très-sévères avaient été rédigés par le Concile de Vienne pour régler tout ce qui touchait aux quêtes. Elles étaient réservées aux religieux constitués dans les Ordres sacrés , munis d'une autorisation épiscopale désignant le but de la bonne œuvre. Lorsque les Augustins eurent commencé leurs prédications, un bruit malveillant se répandit, comme s'ils avaient détourné à une autre fin le fruit de la quête. Le Vicaire capitulaire s'en préoccupa

(1) Registre du Conseil, 8 avril 1483.

(2) Quia prœdicavei'unt ex parte nostrà pw hospitali^ p. 112, Hegistre du Oonsuil.

^H vivem ^M retint

vivement et fit venir les Augustins à l'évêché, où il les retint jusqu'à plus ample informatioD. De son côté, le Conseil leur retira l'autorisation de quêter, vu le • bruit infamant • qui circulait. Ce fut alora que Hugon du Font, receveur de la ville, déclara que le Révérend Frère Audinet Bonacor, provincial de l'Ordre des Hermites de Saint- Augustin, avait réellement (realiter) versé entre ses mains 100 florins, fruit des quêtes faites par les Frères pour l'hospice (1). Ce fut alors aussi que la défense du Conseil de les recevoir pour quêteurs fut retirée (2).

Ce fait ne pouvait manquer d'allécher les historiens protestants et de leur fournir l'occasion d'une charge à fond contre les moines. Celui qui a dépassé tous ses collègues en frais d'imagination, est M. Gaberel. Ecoutons son récit :

< Ils causent un scandale tellement intolérable, que le Petit Conseil en emprisonne un bon nombre; et quoique l'évêque les réclame, les syndics ne permettent point leur rentrée dans le couvent, à couse des infamies dont ils sont couverts. Cet acte de vigueur ne produisant aucun résultat, les magistrats retournent par trois fois à la charge, insistant pour que cet Ordre revienne aux ordonnances de sa règle primitive, et cesse les indignités dont ses membres sont coupables (3). >

Avouons que M. Gaberel est habile à traduire le latin ; Infamia (4) m eos existente, « à cause des infamies dont ils sont couverts • I ! l

(1) Registre du Cnnspil, 3 ocUibre 1183.

(t) Admittanlur proul fuit ordinaltim in capiMo. HsgilSH, »epiPtnbre 1U3.

(3) Histoire de l'Eglise rte Genive, p. 53.

(l) Dan» l,w sitxks liv basai» IniiniW, Infamia &'eniplo]riii( pont bldme, tmtraga, aecutation, inùrimination: c'iwt LivUemiiii-ut dun) en iloruîet 9eDS (jue doit êlrp priât' c«tli- phiase '. infamia in 9OT «J!tt(#nle.

Etant en si beau chemin, M. Gaberel ne pouvait manquer d'accuEer les Augustins d'être des hommes • immo* rans, couverts de toutes sortes d'infamies, dont le Conseil provoqua vainement la réforme. ■ Pour cela, il s'arme d'un texte du registre des Conseils et en tire d'amusantes conséquences. Ce texte a rapport à une députatiou qui doit se rendre auprès de l'évéque, pour le prier d'établir l'observance chez les Augustins et de régler toute chose suivant la première fondation. Que s'était-JI donc passé?

Les habitants du modeste hermitage se trouvaient à l'étroit; ils avaient adressé au Pape une demande pour obtenir une bulle qui leur permit . d'ériger un couvent plus spacieux, et bientôt ils se mettent à l'œuvre. C'est à cette occasion que le Conseil lour demande, par l'organe du vicaire général et de l'évéque, de produire l'autorisation qu'ils ont reçue de Rome et les invite à garder selon l'esprit de leur fondateur, la stricte observance et à se restreindre dans leur construction à un plan plus eo harmonie avec la sainte pauvreté, suivant leur première fondation (1).

Etablir l'observance ! Quel est le sens de cette expression? Libre à celui qui ne comprend pas la langue latiue et qui n'a pas un dictionnaire à son service, de croire que c'est réformer de criants abus; mais pour un homme tant soit peu versé dans l'histoire ecclésiastique VObservance se dit des statuts et des règlements en usages particuliers aux communautés religieuses. On distingue Vobservance stricte et Vobservance mitigée. Ou appelait maisons de la stricte observance celles dans lesquelles la règle et

(I) In fado bullarum 4vgiislinontm eonclmum fuit guod duo ea tyttdicis débitant eum concilia Johanis Régis aceedere ad R, Vieanttn et ad Dom. N. episcopum et illis rogura ut eelint IM prmare obsarvanciam et rea secundutn primat» futidnlionem rtg%tlure. Rfgiairc du Cooeeil, Il octobre 1488.

les coDBtitutiotis de l'Ordre étaient accomplies dans toute leur sévérité, sanB qu'il fut possible d'obtenir des dispenses ni pour le jeûne ni pour l'abstinence. (In quibus régula et constituUones ordinis cum stricto omni rigore ab omnibus illic degentil/us ad unguem observantur et in quibus nulla fit dispcnsatio in jejunio et ahstinentiisj (1).

L'observauce mitigée permettait aux religieux, qui eu avaient obtenu l'autorisation spéciale par des bulles, d'être chaussés, de posséder des fonds et des rentes, de construire des maisons plus spacieuses. Une conces- Bion lie ce genre avait été faite aux jVugustins, qui demanâetit par l'organe do Frère Gratien à posséder un couvent au pont d'Arve On lui répoud qu'il apporte ses bulles. 11 les préseutc, c'est alors qu'on délibère &ar leur contenu, et les magistrats, raécoutents des modifications, apportées dans le genre de vie dos Augu^tius prient l'évâ- Que • de rétablir dans cette communauté rancienne observance et un état de choses plus conforme à la première fondation. > Ce qui nous porte à croire qu'il ne s'agissait ici ni de débordement ni d'immoralité, c'est qu9>^ sept mois auparavant, le 26 février Ub8, déjà il était ' question d'envoyer une députation du Conseil au vicaire général pour le conjurer de surveiller les Augustin», * qui ne tiennent pas l'observance, et qui commencent à bâtir des édifices trop soinptucux. •

En dehors des textes que nous avons cités, il n'en est pas d'autres qui puissent être invoqués comme renfermant un seul mot de blâme sur les Augustins. En 1183, les religieux apparaissent au Conseil pour demander une aumône qui leur serve à la fonte d'une cloche (quœrentes eleemosinam pro uno cimballo fiendo). On leur donne pour l'amour de Dieu (pro amore Dei) du métal brisé (2). Un peu

plus tard, ils reviennent i la charge pour Bolliciter un nouveau subside de la ville pour une peinture. Cette fois, on leur répond qu'on approuve leur projet, mais que le trésor étant épuisé, l'on ne peut rien accorder (1). Il est évident que, déjà à cette époque, les Augustins avaient une petite chapelle attenante à leur couvent, car le Conseil décide qu'avant d'aiïecter à une construction nouvelle, toutes les aumônes recueillies par les Frères Augustins dans leur église, il faut obtenir le consentement de l'évêque et de son Conseil. De plus, le Vicaire général est prié de voir le maître des travaux chargé de la construction de l'église des Augustins et de compter ce qu'ont produit les offrandes (2). Tout ceci nous prouve que les rapports des magistrats avec les Âuguatins n'étaient point empreints de malveillance.

C'est en 1494 que Bonivard fait remonter l'établissement de l'église de Notre-Dame de Grâce, voisioe du couyent des Augustins. ■ Depuis cinquante ans en ça, dit-il, messire René Bastard de Savoye y ât bâtir une belle chapelle et y mit un moult beau tableau ou estoit peîncte l'image de la Vierge Marie, avec le titre de Notre-Dame de Grâce, y ordonna des moines Augustins, leur donna rente pour vivre honorablement selon leur estât. L'opinion estoit que cette Nostre-Dame de Grâce, faisoit de beaux miracles et induisoit cette superstitieuse opinion plosieura gens à lui faire vœux et offrandes et à y venir en pèlerinage de bien loin (3). •

Malgré le ridicule qu'ont cherché à jeter sur la dévotion à Notre-Dame de Grâce les écrivains de Genève,

{I) Ri^giAlre du Conseil, 6 avril 14811.

(3) tbicl. S) mur».

<3) Clironjqm-s de Boniïar'l.

il n'en reste pas moins avéré que ce sanctuaire était trèsfréquenté, et que les fidèles y obtenaient de Dieu des grâces spéciales, par l'invocation de la sainteVierge. Quelles furent ces faveurs? N'ayant que des traditions vagues à ce sujet, nous n'entrerons pas dans cet examen. Toutefois, nous regardons comme une plaisanterie l'attaque dirigée contre les Augustins, au sujet de deux malheureux condamnés à être pendus à Champel, et qui furent sauvés par les religieux; ce dont ils voulurent faire un miracle dû à Notre-Dame. Il fallait que l'exécuteur eut été bien maladroit dans son métier, ou qu'il fut d'accord avec ces malfaiteurs pour user de cordes rembourrées, de manière à ne pas les étrangler. Si le fait est constaté, il est pos* sible qu'on ait. en les revoyant, crié au miracle! mais si l'on appelle cela une révélation de la Béformation, elle est de bien petite valeur pour infirmer la renommée du sanctuaire de Notre-Dame de Grâce.

Nous ne pouvons finir sans rappeler quelques souvenirs historiques, se rattachant à Notre-Dame de Grâce. Nous les empruntons à M. le professeur Galiffe ; • Le nom, dit-il, du Couvent de Notre-Dame de Grâce est, malgré son existence éphémère, lié à quelques traits saillants de notre histoire. > Vis-à-vis de l'église était un noyer; c'est contre cet arbre que furent clouées dans la nuit du 2 au 3 octobre 1518, par les sbires du duc Charles, les têtes de Navis et de Blauchet, apportées à cet effet de Pignerol. Ce fut enfin dans l'église de Notre-Dame de Grâce que des soldats fribourgeois portèrent la tête de Berlhelier,,.. Ce fut enfin dans cette même église que. cinq ans après, le 26 août 1526, sur la proposition de Jean Baud, la ville entière et son clergé se rendirent en procession pour chanter Vigile en mémoire et pour le salut de l'âme de

Berthelier (1). > C'est dans cette môme église que se rendait ordinairement chaque samedi Pierre de la Baume, pour dire la messe, et qu'en 1527, on lui tendit un piège pour l'amener jusqu'au pont d'Arve, où des archers du duc avaient regu Tordre de l'enlever (2).

La chapelle et le couvent des Augustins subirent, le 4 janvier 1536, l'arrêt de destruction, comme les maisons d'alentour. Déjà le 9 août 1535, la dévastation avait été complète. Malgré la défense des syndics, les démolisseurs s'étaient rués, tambour en tète, sur la chapelle de Notre-Dame. On avait pu soustraire à leur rage le tableau de prix donné par René de Savoye ; mais, excitée par le fougueux Froment qui prêchait la destruction de toutes les idoleSf la populace vint redemander au Conseil le tableau qui fut brûlé publiquement le 15 octobre 1535.

(1) Genève historique et archéologique^ p. 210, 211.

(2) Spon, p. 188.

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