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CHAPITRE XXI

Evêques de la maison de Savoie

Aiièdée de Savoie. — Les diiïèrCDlcs phases de sa vie. — Il b retire i Ripaille. — On lui offre la tiare antipape, soas le t de Fèlii V. — Sa démissioD. — Sa soiimission. — Fin du gnod Hcliisme. — Son code d'oIScialilè, — Le jnbilè. — Sa mort. • Ses funérailles. — Son codicile. — Pierre III de Savoie. — S» 1 Mection. — Thomas de Sur, administrateur. — biHicnltés de sa j position. — Son caractère.

AMÉDEE DE SAVOIE

11 est peu de personnages dans l'histoire dont la via présente plus de phases diverses que celle d'Amëdée VIII, D'abord grand prince, il régna sur h Savoie comme duc, pendant quarante-trois ans. Né à Chambéry, en 1383, il monta sur le trône en 1391, sous la régence de sa mère,, fionne de Bourbon. Emancipé en 1398, il gouverna ses états avec une sagesse qui lui mérita d'être appelé le Salomon de son siècle.

Ayant perdu sa femme, Marie de Bourgogne, il résolut de quitter le monde, et choisit pour sa retraite Ripaille, sur les bords du lac Léman. Ayant constitué son tils Louis,

régent du royaume, il se retira le 7 novembre 1434, avec six chevaliers de sa cour, qui prirent comme lui Thabit de moine et adoptèrent un genre de vie semi-monastique, en s'astreignant au vœu de continence. Quoiqu'on disent quelques auteurs, comme Voltaire et Duclos, la vie d'Amedée à Ripaille fut mortifiée et pénitente. De sa brillante fortune, Âmédée ne se réserva que 600 florins de rente pour ses dépenses annuelles. Deux jours de la semaine étaient consacrés au jeûne et à la prière. U donnait le reste de son temps aux affaires. De toute part on venait consulter Amédée. Son fils Louis, fixé tantôt à Genève, tantôt à Thonon, ne pouvait pas se passer de ses conseils. Ripaille devint comme une cour plénière, oii se traitaient les plus graves questions. Sa renommée universelle de conciliateur détermina les électeurs rassemblés à Bâle à jeter les yeux sur lui pour l'élever à la Papauté, dans la pensée de mettre fin au schisme. Ils ne firent, hélas! que le continuer, par cette mesure. Le 17 novembre 1439, le concile de Constance avait ratifié ce choix; mais, sur un autre point, les cardinaux s'étaient assemblés après la mort de Martin V et avaient élu le Pape Eugène IV.

Il est raconté par l'auteur de V Histoire du concile de Bâlej qu' Amédée opposa d'abord une forte résistance à la proposition qui lui fut faite de ceindre la tiare, et que, pressé par les ambassadeurs venus de Bâle à Ripaille, il ne se laissa entraîner que par l'espérance de rendre la paix à l'Eglise (1.) D'autres auteurs affirment que ce prince, ambitieux et désireux de porter la première couronne du monde, provoqua par des menées secrètes les votes et répandu de l'or à profusion pour arriver à ses fins. Nous ne voulons pas nous engager dans cette grave

(1) Guichenon consacre plusieurs pages à la justification d'Âmddi^c VIII, et cite à Pappui de sa tht>se une foule crauteurs graves, qui ont reconnu la piëlë de ce prince et rendu hommage à la droiture de ses intentions.

qucbliou, qui touche aux intérêts généraux de l'Eglise, Qou;» nous bornons à constater qu'il accepta les insignes de la Papauté, sans avoir un caractère sacerdotal î et qu'après avoir fait le serment ordinaire, il fut couronné sous le titre de Félix V. C'était chez lui vanité plutôt qu'ambition; car, voyant le schisme se perpétuer et désoler l'Eglise, il comprit que son devoir était d'abdiquer. Il l'eût fait de suite après l'exaltation de Nicolas V, s'il n'avait eu auprès de lui un chancelier ambitieux, nommé Bolomier (1), qui lui suggérait que le temps n'était pas venu de renoncer à la tiare. Délivré de ce conseiller perfide, l'illustre prélat se décida à renoncer à son titre, le 15 mai 1449. Voici en quels termes il le fit :

• Désirant de tout notre cœur voir régner dans l'Eglise de Dieu la paix, et voulant prouver la sincérité de n08 intentions, à l'exemple de Kotre-Scigneur Jésus-Christ, qui a aimé l'Eglise jusqu'à se livrer pour elle, dans le synode légitimement réuni à Lausanne nous renonçons librement, simplement et sincèrement à la Papauté, à ses charges, à sa dignité, à ses titres et possessions, au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Le VII des Ides d'avril 1449 (2). .

Il voulut que sa soumission fut accompagnée d'une grande pompe. Un concile fut convoqué par Nicolas V à Lausanne, oii se rendit le cardinal Calandrini avec douze prélats et douze cardinaux, afin d'aller recevoir Félix V à la descente de la barque qui l'amena à Ouchy. Là s'or-

pokitloD. Dos ieignotirs jnloux île la foveur dont il jouissail auprft Ja princa, l'aoctuèrenl d'avoir dUiuadâ Félix V do mnonccr au Sauvonm Ponij&eal. La trame fut ai bien ourdie qup, par aenlence du 13 aoùl IIU, Dulumlnt tat fonilamiié i tin mit i mon. Guichanun sTOrme qu'il fui icii' duna te 1h avec une piiirrv au cou cnire L^^usannc e\ Thonon. (9) Magnum BuUariitm.

ganisa un cortège ÎDiposant qui s'avança processionnellement vers la cathédrale, où Félix s'étant révétu de ses habits pontificaus, déclara soleimellement reconnaîtra Nicolas V pour seul et légitime Pape et Vicaire de Jésufi-Christ; il déposa ensuite sa tiare, revêtit le costume de prélat ordinaire et prit de nouvelles armes plus en harmonie avec sa position (1).

Cet acte lui mérita des louanges de la part du cardinal légat, qui publia, au nom du Pape et du concile, qu'Amédét;, ci-devant duc de Savoie, puis antipape du nom de Félix V était et devait être reconnu cardinal-évêque, du titre de Sainte-Sabine, légat perpétuel du Saint-Siège dans le duché de Savoie, dans la principauté du Piémont, le marquisat de Saluées et dans les diocèses de Genève, Lausanne, Baie et Strasbourg, Coire et Sion. Il ajouta qu'il aurait la préséance, dans les conseils, après le Pape, et qu'on lui rendrait tous les honneurs dus au Souverain Pontife, à l'exception du baisement de pieds, du dais, et du privilège de faire porter devant lui le Saint-Sacrement (2).

Depuis la mort de François de Mez, Amédée avait eu le titre d'administrateur du diocèse, et s'en était fait relâcher tes revenus. Il fut confirmé dans cette charge, en gardant comme Vicaire général, Jean de Grolée, prieur de Saint-Victor.

Ainsi se termina le grand schisme qui avùt désolé l'Eglise. Amédée reprit le chemin de sa retraite de Ripaille, qu'il n'aurait jamais dû quitter. Il emmena avec lui le légat du Saint-Siège avec plusieurs Pères du CoU' cile, et leur donna une hospitalité royale. Après les avoir

(l) 11 Itvnil aci^umuli' il ne vouIqI Hgurur di la main, en voyage pour IVlerniiS.

(3) Bhsoii, p. 61.

gardés deux jours sous les ombragea de son beau parc, il les conduisit à Genève où ils furent accueillis avec de grandes démonstrations d'allégresse. Pendant leur séjour, les fêtes furent continuelles dans les églises et les couvents que visitèrent ces nobles personnages. Les Dominicains de Plaiupalais, chez lesquels Félix V avait logé sur la fin de 1445, mirent une seconde fois leur demeure à sa disposition. Dans sa première visite, il y avait chargé le vénérable Frère Barthélémy, évêque de Cornetano, de visiter les léproseries de Chêne et de Carouge, afin de s'infoimer s'il ne s'était point glissé d'abus dans ces deux refugea. Dans la seconde, il y rédigea d'autres ordonnances va matière administrative.

Nous possédons aux archives plusieurs pièces dénotant qu'Amédée ne cessa pas de s'occuper des intérêts de la cité, qui se montra reconnaissante envers lui, après son abdication. Le Conseil Général vota même spontanément un don en sa faveur. Quelques mois avant sa mort, il fit promulguer au cloître de Saint-Pierre un code de procédure pour l'officialité, demandant aux juges et aux huissiers d'être d'une intégrité irréprochable, compatissants pour les pauvres et expéditifs dans les affaires (1).

Lorsque le Pape Nicolas publia à Rome un Jubilé, Amédée voulut qu'il se célébrât avec une grande solennité & Genève. II convoqua à cette fin l'archevêque de Tarentaise, les évêques de Bfi.le, de Sion, de Grenoble, l'administrateur de Lausanne, et un grand nombre d'abbés crosses et mitres, plusieurs chanoines et d'autres ecclésiastiques distingués. Sans s'en rendre compte, Amédée voulait encore jouer au Pape. Il mit, à l'ouverture du Jubilé, toute la pompe qui eut été développée à Rome, s'il avait fallu ouvrir la Porte-Sainte. La procession partit

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du couTent des Cordeliers, et se dirigea à travers les rues de la cité vers Saint-Pierre, où une des portes collatérales avait été murée. Tout se passa suivant le cérémonial usité à Rome en pareille circonstance.

A la clôture des exercices, Âmédée résolut de rompre avec le monde ; il résigna les deux évêchés dont il avait été déclaré administrateur, mais il mit pour condition que son petit-fils, Pierre de Savoie, qui était encore trop jeûne pour prendre en main la direction de ce siège, en serait le titulaire. Ce fut une fâcheuse concession faite à la famille du comte de Savoie. On espérait par là étouffer toute étincelle de schisme, mais il en résulta un levain de népotisme qui, plus tard, engendra des luttes déplorables au sein de la communauté genevoise.

Suivant le nécrologue de Saint-Pierre, Amédée mourut à Genève le 7 janvier 1451. Besson au contraire dit qu'il expira à Ripaillé où il fut inhumé (1). Longtemps avant sa mort, Amédée avait consigné ses dernières volontés dans un codicille fait à Ripaille en date du 6 octobre 1439, où il avait réglé tout ce qui concerne sa sépulture.

Voici quelques-unes de ses dispositions. Ses funérailles seront célébrées à Ripaille en grande pompe ; suivant ses prescriptions, quatre-vingt torches en cire, du poids de trois livres, devront environner son cercueil et aux quatre coins du catafalque, on devra faire brûler quatre immenses cierges du poids de cent livres aux armes de sa maison. Il avait prescrit que toute la chapelle ainsi que l'autel seraient tendus de velours rouge, bordé de noir avec une croix d'or. Un de ses désirs était que tous les prélats réguliers et

(l) Spon rapporte qu'on lui donna pour oreiller une vieille Bible à la tin de laquelle se trouvaient ces mots : Geneva civitas situata inter montes, arenosa^ parva, gentes semper petentes aligna nova. Spon, p. 86. — L'amour des changements est donc depuis bien des siècles dans le goût des citoyens de Genève.

séculiers assistassent à ses funérailles et célébrassent la sainte messe pour le repos de son âme. 11 avait commandé qu'on convoquât trois mille prêtres pour assister à ses funérailles et dire la messe pour lui. Il en fixa même l'honoraire à dix florins pour les évêques, à cinq pour les abbés, à deux pour les conventuels et à douze gros pour les prêtres séculiers. Outre les quinze deniers qui devaient être distribués à tous ceux qui assisteraient à sa sépulture, un repas modeste serait servi à tous les prélats, religieux, prfitres, barons, soldats et autres employés présents. Après avoir réglé tout ce qui concerne les anniversaires qni doivent être célébrés à Ripaille et à Haute- Combe, il distribue des legs à divers monastères. Il charge en outre ses héritiers de faire achever la Sainte-Chapelle de Chambéry. Il fonda l'entretien de plusieurs lampes, particulièrement à Lausanne, dans la chapelle de la Sainte-Vierge; à Vevey, devant ia*sainte face de Notre- Seigneur ; à Agaune, devant les reliques di; Suiute-Mauricei à l'église de Saint-Loup, Versoix, etc. Il désigne enfin ses béritiers (1).

Son mausolée ayant été détruit dans les guerres de 1536, ses restes furent transportés à Evian, et de là à Turin oîi ils furent déposés dans l'église de Saint-Jean.

Amédée eut ainsi le temps de se préparer à rendre compte à Dieu de ses actes. Le plus solennel et le plus honorable pour lui est d'avoir déposé les insignes de la Papauté, comprenant qu'il valait mieux vivre dans le silence de la retraite que de faire grand bruit dans le monde, en occupant le premier des trônes illicitement.

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