‹ Histoire de l'Église de GenèveChapitre 58 sur 84 · PIERRE DE LA BAUME · texte numérisé non relu

PIERRE DE LA BAUME

Pierre de La Baume^ fils du comte de Montrevel, en Bresse, fut élevé à l'Université de la ville de Dôle, qui était alors en renom.

Après avoir achevé son cours de philosophie et de théologie, il fut reçu docteur vers Tan 1500. Besson rapporte que Jean-Louis de Savoie lui fit prendre Thabit ecclésiastique de bonne heure et lui obtint, à l'âge de vingt ans, Tabbaye de Saint-Just de Suze et ensuite celle de Saint- Oyen de Joux (1).

Ce fut à ce titre qu'en 1518 il se rendit au couronnement de l'empereur Charles V, roi d'Espagne et des Deux- Siciles, pour y faire renouveler les privilèges de la royale abbaye de Saint-Oyen de Joux, aujourd'hui Saint-Claude. Il fut aussi prieur d'Arbois et chanoine de Lyon. Tous ces titres indiquent un homme de valeur. Jean-Louis de Savoie, qui s'était montré en tout temps rempli de bienveillance pour lui, le demanda pour coadjuteur. C'est en 1521 que nous le voyons apparaître à Genève avec ce titre.

Il est rapporté dans les vieilles chroniques qu'en se démettant de sa charge, Févêque Jean-Louis lui dit : c Je vous en prie, ne suivez pas mes traces; ne faites pas ce que j'ai fait. Conservez et défendez les libertés de la ville. Je sens que pour avoir été trop faible, la justice de Dieu me retiendra en purgatoire (2). >

(1) Les pk>ces d*an procès qui fut soutenu en 1743, cnirâ Mgr de Tursues et le Chapitre de Saint-Claude, renferment un acte de vente qui fut faite par Pierre de La Baunie en 1518, au profit de la mense capilulâirc. 11 était abbé do Saint-Claude dès 1509.

BessoD, p. 61.

Cette crainte qui bouleversait l'âme de l'évoque mourant, provenait de la cession, qu'il avait faite au duc Charles III, de sa juridiction temporelle sur Genève.

Pierre de La Baume ne tarda pas &. comprendre combien il était difficile de tenir un juste-milieu entre deux compétîteurs. Comme évêque, il avait des droits à sauvegarder, soit contre les prétentions toujours plus pressantes de la maison de Savoie, soit contre l'élément national qui avait acquis d'ardents auxiliaires en Suisse et qui visait à une complète indépendance.

Pierre de La Baume avait été nommé coadjuteur de Jean de Savoie en 1520. Il fit son entrée à Genève le 25 janvier 1521. Son installation comme évêque eut lieu le H avril 1523, et le lendemain il prêta serment au grand autel de la cathédrale, en présence des chanoines et du peuple accouru pour cette cérémonie. On voulut organiser à cette occasion des fêtes. Pierre de La Baume s'y opposa. Il demanda qu'elles fussent renvoyées au moment où Charles III, marié à la princesse Béatrix de Portugal, arriverait à Genève. — Il se contenta d'inaugurer son avènement par un acte de clémence, en accordant la délivrance à plusieurs prisonniers.

La réception de Charles III et de son épouse se fit le 4 août 1623, avec un luxe qui dut déplaire à l'évêque. Ce fut une parade d'amazones en costumes extraordinaires de damas, de velours et de brocarts. La jeunesse de la ville, la pique à la main, leur faisait suite. Ce ne fut, pendant plusieurs jours, que fêtes et concerts. Les Ëidgenossen eux-mêmes y prirent part; leur présence put faire croire à l'oubli du passé. Leurs dispositions restaient les mêmes, et le duc, de son côté, ne retrancha rien de ses prétentions. A la mort de Salagine, son vidomne, il ne se contenta pas de lui donner pour successeur un de ses favoris, il alla jusqu'à vouloir lui faire prêter serment de

défendre énergiquement ses droits et de ne les . céder à personne, pas même aux officiers de Pévèqae. La prestation de serment devait être faite entre les mains de révéque ou de son Vicaire général. Pierre de La Baume dut réclamer. Ce fut alors que Charles III lui déclara c que s'il faisait grâce à un criminel cité et condamné par le yidomne,il ne tiendrait nul cas de sa sentence (1) >. On pouvait prévoir de nouvelles luttes. Elles éclatèrent au sujet d'un condamné à mort, qui fut arraché des mains du châtelain de Gaillard. Le juge des excès, Ami Lévrier, soutint au sein du Conseil épiscopal le droit de grâce, dont avaient toujours joui les évèques de Genève. Il n'en fallut pas davantage pour le signaler à la haine du duc, qui le fit enlever par ses hommes et conduire aux prisons ducales de Bonne. Il y fut jugé sous le régime de la loi martiale et exécuté. Sa mort plongea la ville dans le deuil. L'évêque en fut profondément attristé. Il chargea son beau-frère Claude, seigneur de Saint-Sorlin, d'en exprimer ses vifs regrets au duc. Celui-ci répondit qu'il était marri « de cette nouvellete >, et promit qu'il lui en ferait des remontrances (2). Pour toute réponse, le duc se borna i dire c qu'il n'avait fait qu'accomplir un acte de justice, parce que Lévrier avait tué deux hommes dans son propre pays, et commis bien d'autres crimes (3) >. Cette attaque â la mémoire de Lévrier satisfit peu les syndics, qui résolurent d'en appeler au Pape, comme d'atteinte portée à leurs droits et à la justice. Une sentence de saisie de biens, survenue à la suite d'une violente altercation entre le syndic Richardet et le trésorier Boulet, qui avaient des opinions différentes, acheva de mécontenter

(1) Registre du Conseil, 9 février 1524.

(î) Portef. hist., n* 948.

(3) Registre du Conseil, 11 juin 1524.

le Conseil. L'appel fut rédigé et soumis à Pierre de La Baume, qui le confirma (l). Cet acte de sympathie lui valut la faveur populaire, et c'est sous l'empire de celte heureuse impression que tous les ciloyeas, rassemblés en Conseil général, le 10 décembre 1525, au cloître de Saint- Pierre, répondirent à l'unanimité : • Oui, nous voulons vivre sous l'obéissance de notre prince-évêque. » Le duc, redoutant un blâme du Pape si l'appel était porté à Home, fît tout son possible pour décider les syndics à y renoncer, et il obtint qu'à la protestation de fidélité au prince-évéque on adjoignit ces mots : « £t à Monseigneur le duc ; > ce qui fut acclamé.

Les Eidgenossen, bien loin de se reposer, travaillaient dans l'ombre, profitant de toutes les fautes commises parles agents du duc. Bientôt, s'étant comptés, ils parvinrent à recueillir cent seize signatures pour demander le traité de combourgeoisie avec Fribourg et Berne. Peu de temps après arrivèrent les élections des syndics. Le nom de Jean-Philippe fut mis en avant. C'était le plus significatif, car Philippe était un des émigrés retirés sur les terres des seigneurs de Berne. Pierre de La Baume aurait vivement désiré le voir échouer; mais, grâce aux parents des réfugiés, les Mamclous furent écartés et les candidats opposés triomphèrent. Un de leurs premiers actes fut la , modification des Conseils, On inaugura celui des Deux- Cents. Une députation fut envoyée à Fribourg et à Berne pour y reprendre les négociations d'une alliance. Cette fois, les seigneurs de Berne ne se montrèrent plus hostiles et, le 8 février 1526, ils apposèrent leur sceau au projet de combourgeoisie rédigé par Besançon Hugues.

A cette nouvelle, Pierre de La Baume, qui s'était retiré

à Saint-Glaudei fut profondément ému (1). Sa première pensée fut de protester et de venir en personne assister au Conseil général, s'y présentant comme chef, prince et pasteur (ianquam caput, pastor et princeps) ; mais Besançon Hugues lui fit remarquer que, d'après les anciennes coutumes, le prince ne paraissait pas à des assemblées où ne s'agitaient que des questions politiques. Il demanda alors avec humeur si sa lettre adressée au peuple avait été lue en assemblée. On fut obligé de lui avouer la vérité. On l'avait écartée avec soin. « Ah I s'écria-t-il, je comprends; si vous en aviez donné connaissance, tous ces scandales auraient été évités.... (2) > Il est à remarquer que, deux mois auparavant, les syndics lui avaient écrit pour le conjurer de revenir à Genève, afin de la gouverner, avouant qu'en son absence, ils ne savaient rien faire de bien (3). Il y eût volontiers fixé son séjour, car il protesta qu'il était c tout disposé à remplir ses devoirs de bon prince, mais qu'il exigeait en retour le respect de ses droits, auxquels chaque jour on faisait échec >. L'alliance vint mettre le comble à ses ennuis. Alors, se trouvant déplacé dans une ville où son autorité était méconnue, il se retira à Saint-Claude, d'où il se rendait quelque fois à la tour du May, dépendante de l'abbaye (4) et à son prieuré d'Arbois. C'est de ces trois localités que sont datées les nombreuses lettres qu'il écrivit tantôt à Besançon Hugues, tantôt à Robert Vandel, secrétaire du Conseil, depuis le commencement de 1526 jusqu'en 1532, époque où il rentra à Genève sur les remontrances du

(1) Ex tristitia lectum accepit. Registre du Conseil.

(2) Registre du Conseil, 26 lévrier 1526.

(3) Ad civitatem manutendam^ qtioniam sine ipso nihil poS' sumus bene facere. Ibidem.

(4) Besson, page 67.

Pape Clément Vil et à la sollicitation des avoyers de Fribourg.

La dernière fois que Pierre de La Baume assista au Conseil général, il reçut de la part des syndics des protestations solennelles de fidélité; de son côté, il révoqua et annula certains articles passés sous l'évéque Jean, en faveur du duc, reconnaissant que ces concessions étaient opposées aux franchises. Il n'en fallut pas davantage pour irriter le duc contre lui. Sa mauvaise humeur s'aecrat lorsque, sur les instances réitérées de Besançon Hugues, l'évéque retira sa protestation contre l'alliance et consentit à solliciter lui-ménie la combourgeoisie, promettant de ne pas séparer sa cause de celle de ses sujets (1). D'après son acte de demande, il était alors dans la ville épiscopale, qu'il quitta le 2 août 1527 avec contentement, dit le Registre. Abiit R'" D"^ £p«s contentus. (2).

On a souvent reproché à Pierre de La Baume de n'avoir pas cédé aux pressantes sollicitations de ses sujets, qui le conjuraient, par la voix des syndics, de fixer sa demeure parmi eux. Quelque légitime que fût ce désir, nous na devons pas oublier qu'à Genève la position de l'évéque était, sinon périlleuse, du moins très-fausse, il cause des partisans du duc qui l'accusaient de trahir [es intérêts de leur maître et des exigences des Eidgenossen, sous l'égide desquels il s'était placé, et qui recevaient déjà de Berne leur direction. Nous trouvons un premier symptôme de cette funeste influence dans le refus des Hauts Seigneurs de recevoir dans la combourgeoisie l'évoque, alléguant pour toute raison ces mots dédaigneux : ■ Comprendre le dict evesque de Genève en telle bourgeoisie n'est chose convenable (3). •

(1) Hegûlre du CaDj«il, 10 juiUei K¥3.

(1) Ibiij., 3 u>ûl 1S37.

(3) P. H. Uilre ia Berne, n' 779.

Le duc, vivement blessé des concessions arrachées à Pierre de La Banme, se plaignit amèrement de ce qa'il compromettait l'autorité du vidomne, en reconnaissant aux magistrats de la cité le droit de s'immiscer dans les Jugements civils. Il lui représenta les abus qui s'en étaient suivis, Temprisonnement du juge des excès, Tarres* tation de son procureur fiscal Mandalla, homme fidèle i son devoir. Enfin, il lui déclara que si son vidomne ne rentrait pas dans la plénitude de ses fonctions, il ferait main-basse sur les revenus des abbayes de Suze et de Pignerole. Cette menace ne fut pas, quoiqu'on dise Galiffe, le motif pour lequel Tévéque pensa revenir sur ses pas, car il répondit d'abord c qu'à ce prix ses bénéfices resteraient longtemps entre les mains du duc (1) ».

Ce qui lui dessilla les yeux, ce fut surtout l'abus, de la part du parti vainqueur, du droit de s'immiscer dans l'exercice de la justice, où l'on ne suivait plus qu'un simulacre de formes ; Tingratitude du peuple qui accumulait contre lui toutes sortes d'accusations ; enfin, la vue des progrès que faisait l'esprit de la Réforme. Pour y opposer une digue, il voulut renouer avec le duc des négociations. Les Eidgenossen poussèrent les hauts cris et accusèrent l'évèque de ne vouloir que ses intérêts, son profit et non celui des citoyens.

Les lettres nombreuses qu'écrivit Pierre de La Baume pendant cette période, sont très-curieuses à étudier (2). Bien loin de perdre son temps dans l'oisiveté, il suivait avec une extrême anxiété les événements qui se déroulaient à Genève, et entretenait une correspondance très-

Ci) Lettre de Pierre de La Baume à Robert Vandel , $0 septembre 1527.

(2) Il existe aux archives quarante-deux lettres de Pierre de La Baume, écrites à Robert Vandel, dont plusieurs ont été citées par Galiffe et d'autres

Çubliées par M. Sordet. Il y en a, de plus, onze tirées des archives de urin, et qui ont été publiées par M. Roget, t. XV des Mémoires de Genève.

active avec le secrétaire du Conseil. Il ne se passait pas (le semaine sans que Robert Vandel ne lui adressât quelque message. Par le retour du même courrier, il donnait sft réponse, pour être remise aux syndics. L'affaire de François Cartelier l'occupait très-sérieusement. A la fin, il commua la peine de mort prononcée contre ce riche négociant, qui avait été condamné à avoir la tête tranchée, comme traître à l'évêque et à la ville, et le soumit à payer une amende de 2,000 écus d'or à la communauté et à céder à l'Autorité sa maison de Rive.

Les lettres de Pierre de La Baume montrent encore qu'il ne se faisait point d'illusion sur les dispositions du duc à son égard. Citant le propos qu'il avait tenu et par lequel il le menaçait • de le faire venir la corde au cou • , il ajoutait plaisamment : • Voilà son bon vouloir, ce qui seroyt on bon parti pour moi (1). • < Il me menace, ajoutait-il, de faire main-basse sur mes revenus de Suze et de rignerole, je n'en mourrai pas de faim, et si je suis appauvri de biens, si n'ai-je point perdu le cœur de les (ses sujets) secourir. > • Mon intention, disait-il encore, est de faire ce que je dois, advienne ce que peut (2). •

Plusieurs auteurs affirment que le duc environna Pierre de La Baume de toutes sortes de caresses et de séductions pour l'assouplir à ses volontés, et que, dans ce but, il chercha à l'amollir par le plaisir de la table, au point de lui donner tous les goûts d'un sybarite.... Les allures du duc eussent été, en ce cas, en désaccord complet avec son langage. Ce à quoi il travaillait surtout, c'était à lui faire prendre en dégoût le séjour de Genève. Malheureusement, il réussit. Si Pierre de La Baume eût aimé la bonne chère, il eût été bien mieux à même de se satisfaire

(I) Potlet. hist. Leluo à Robert VbdiIc], (0 scpleni^irc 1SS7. (3) Portut. hisl. LeUre do Pierre de U Baume, M oclobce ISIT.

aa centre d'une cité, où en fait de friandises, de gibier, de victuailles, au témoignage de Galiffe, tout abondait. D'ailleurs, l'expérience nous apprend que ceux qui ne vivent que pour se satisfaire ne tarissent point sur ce sujet, soit en parlant, soit en écrivant. Or, il constate que dans toutes les lettres de Pierre de La Baume, il n'y a pas quatre lignes relatives à sa nourriture et à sa boisson, encore ce n'est qu'en P.-S. (1).

Relativement au reproche qui lui est adressé d'avoir abandonné Genève au moment du danger, c'est à notre avis le grand tort qu'a eu Pierre de La Baume. Après avoir été rappelé et reçu au milieu des acclamations du peuple, il aurait dû rester à son poste. Évidemment, ce fut la peur qui le domina, et lui fit voir des dangers où il n'y en avait pas l'ombre.

Ah! s'il eût attendu, de pied ferme, que des sbires vinssent mettre la main sur lui pour le jeter à la frontière, les destinées religieuses de Genève eussent été tout autres.

Voici ce que nous lisons dans l'ouvrage de Benoit de Pontverre, curé de Gonfignon : « J'ai ouï dire (c'est un ministre qui parle) diverses fois à ceux qui brillent le plus dans notre consulat que si Pierre de La Baume était venu résider dans sa ville épiscopale, ensuite des injonctions que Clément VII lui fit à Marseille, jamais nos pères ne

(i) Une fois Vandel lui envoie des chapons : « C'est trop donné, répondit-il : je vous remercie. » En écrivant à Besançon le iO novembre 1527, U lui dit : a J'ai du vin pour mon hyver, et j'en ai pour vous faire plaisir. » Dans une autre circonstance, s'il vante sa cave mieux garnie à Arbois qu'à Genève, c'est en regrettant de ne pouvoir faire boire son vin à Genève pour la paix. On l'accuse de se vanter de faire bonne chère; il n'en est rien. Dans une lettre à Guillaume, son maître d'hôtel, il lui recommande d'acheter trois aunes et demi de drap gris et une aune de velours , et il ajoute : a Si Besançon vient, je lui ferai bonne chère. » Une autre fois : a Si la bande que vous m'écrivez vient, je m'essaierai de leur faire la meilleure chère qui me sera possible. » Ce qui veut dire : Je les recevrai le mieux qu'il me sera possible.

seraient tombés dans le schisme, et les plus judicieux de notre acadëmic convieDDcnt encore aujourd'hui que sa seule présence aurait été suffisante pour maintenir l'unité de foi et de religion dont la durée avait été de près de quinze cents ans sans interruption (1). .

En quittant Genève, Pierre de La Baume n'avait certainement pas la pensée de trahir son devoir ni de nuire aux intérêts de l'Eglise, car quelques mois après son départ, il écrivait aux magistrats une lettre dans laquelle il manifeste ses sentiments et aes espérances : • Vous prions, dit-il, résoudre en si bonne sorte et avec tel effet qu'ayons à persévérer à la bonne affection qu'avons toujours eue à vous. La gloire ne vous sera pas moindre de laisser l'Eglise en repos qu'à nous de la bien garder et défendre. C'est votre mère, c'est votre défenderesse ; elle vous a protégés et secourus an besoin. Ayant donc tant re^ju d'elle, ne serait-ce pas ingratitude et méconnaissance de la vouloir maintenir frustrer de sa hauteur et prééminence? ■ ('i)

Quoique éloigné de la cité, Pierre de La Baume s'inquiétait du troupeau que dévastaient les agents de l'erreur. Afin d'opposer une digue au torrent, il voulut user du droit que lui accordaient les décrets du Concile de Latran, et il interdit, sous peine d'excommunication, à tout prédicateur de faire entendre sa voix dans les chaires de la ville et de prêcher ou en particulier ou en public, à moins qu'il n'en eût reçu l'autorisation expresse de lui ou de son Vicaire général (3).

Cette défense, conforme en tout point au droit ecclésiastique, n'a rien que de naturel et de juste.

(I) lettres de ijiielgues mitiisli-KH. FrilKiurg, 17*), U (1) P. H. LelItP du SS seplemLw 1333.

(3) LrUree palenK'B da 30 novembre 1K)3.

Âojoard'huii elle est en vigueur non-seulement dans TEglise catholique, mais parmi toutes les sectes soumises i un Consistoire. Cependanti les auteurs protestants font un crime à Pierre de La Baume de son ordonnance, comme s'il eût voulu interdire à tout prêtre la prédication du saint Evangile.

Ce que Tëvêque voulait empêcher, c'est cette manie de discuter qui pénétrait partout, et qui occasionnait à chaque instant des divisions, des querelles et des luttes.

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