CHAPITRE XXV
) causes do la Réformatlon à Genève
Opinion des bislorienx protestaols snr les tinses â« la Rèlormition. — L'èlat dn rlergè. — Li jeunesse de quelqoes èvêqacii. — Allacbcmenl de la cité i son èvfque en i'y,{'2. — OpiolDn de Daller. — La RèlortnalioD a èlè dd acte plus poliliqae qne relîgieat. — Premiers sjmpIdmeB. — Efforts de berne. — Promesses de Berne. — Plaintes de Fribourg. — Le nonce Hartellas. — Fini et Fromenl à TieiièTe. — Bernard aposlal. — Pruteslalion catholique.
On s'est demandé bien souvent quelles furent le3 causes de la RéformatioD à Genève? La question posée ainsi nous parait locale; laissons donc de côté les causes générales qui ont pu préparer dans l'Europe le triomphe de la Réformation. Ce sujet a été traité par Bossuet dans son ouvrage des Varialions. Abordons immédiatement la difficulté sur notre terrain.
Si nous consultons les auteurs protestants, ils répondent à cette question à peu près en ces termes : Ce sont les abus du clergé et sa profonde dégradation qui ont amené le peuple de Genève à secouer le joug de l'autorité
ëpiscopale, et l'ont décidé à embrasser la doctrine de rSvangile.
Tel est le résumé de ce qu'ont écrit presque tous les historiens de Genève.
L'auteur de l'ouvrage intitulé Patria revient à cette pensée, et il ajoute < que des remèdes avaient été tentés pour modifier ce déplorable état de choses, et qu'il fallut la Bible pour opérer un changement radical (1) >.
D'autres écrivains soutiennent que l'élection des évoques dévoués à la maison de Savoie, promus quelqufois dans leur enfance à cette dignité, avait préparé la désaffection et disposé les magistrats et le peuple à la funeste scission consommée en 1635.
Qu'y a-t-il de vrai dans ces appréciations ?
Sans doute^ la conduite de quelques ecclésiastiques, sur la fin du quinzième siècle, n'était pas digne de la sublimité de leur vocation ; mais il est évident pour nous que les auteurs protestants ont beaucoup exagéré les scandales, et qu'ils ont mal à propos généralisé l'inconduite de quelques individus, en soutenant, comme l'a fait Flournois, que tous les moines, tous les chanoines, tous les prétres étaient plongés dans l'immoralité (2).
Nous ne pensons donc pas que là fut le mal véritable qui amena le triomphe des principes de la Réformation dans Genève.
Un examen approfondi de toutes les citations sur lesquelles se fondent tous ceux qui ont copié Flournois nous a démontré qu'ils ont altéré les textes, faussé le sens des passages qui semblaient, de prime-abord, les plus compromettants, et calomnié les moines et les prêtres. Nulle part nous ne trouvons une délibération pour
(i) Patria, p. 69-70.
(2) M. Floumois.
arriver à proclamer la RéformatiOD, et qui soit basée sur riramoralité du clergé.
En 1534, il est encore honoré, consulté; s'il j a des menaces contre les délinquants, elles sont partielles.
Que penser de la diminution de respect pour l'autorité épiscopale, à cause du choix qui tomba, en trois circonstances, sur des membres de la maison de Savoie, encore en bas âge ? Nous croyons avoir répondu victorieusement à cette allégation par le simple exposé des faits.
Que n'a-t-on pas dit de Jean de Savoie, élu et non consacré à l'âge de dix aiis? La vérité est qu'il fut, malgré son jeune âge, nommé évoque et installé par les chanoinesi BOUS la tutelle d'un administrateur. Nous voyons bien les magistrats réclamer contre la fermeté de Thomas de Sur, mais nulle trace de mécontentement, ni de la part du peuple, ni de la part du Conseil.
Nous pourrions en dire autant de Jean-Louis de Savoie, que le Pape Pie II nomma au siège de Genève à l'âge de treize ans. • Le Chapitre, de l'aveu de tous les historiens de Genève, ne s'opposa point à sa vocation et le peuple approuva cette élection (1). •
Nous trouvons une preuve plus directe encore de notre assertion dans le procès-verbal de la séance du Chapitre, que nous avons citée à l'époque de la postulation de Philippe de Savoie. On connaît l'attitude des magistrats en cette circonstance ; elle nous démontre que ces élections n'avaient alors rien qui scandalisât les nations catholiques, et que le Pape, en les sanctionnant, se rendait aux vœux du Chapitre et des magistrats.
L'union des deux pouvoirs eut des effets plus désastreux; lorsque la tête de Berthelier tomba sous le glaive,
(t) P-xli-ia, p. 4e el 47.
les antagonistes de Tautoritë ducale confondirent dans leur haine le duc, le prince et Tëvêque.
Néanmoins, on peut affirmer que les Genevois étaient encore en 1583 sincèrement attachés à leur chef spirituel. En e£fet, lorsque les députés fribourgeois demandent au Conseil de Genève si Pierre de La Baume peut rentrer en sécuritéi le Conseil des Soixante déclare que s'il connaissait quelqu'un qui eût insulté Sa Seigneurie^ ils le puniraient de la manière la plus sévère. Ils ajoutent qu'ils lui enverront des ambassadeurs pour le prier de venir, — parce que leur volonté est de lui obéir en toute chose comme à leur prince. — 15 mai 1533.
Le 2 juillet, le Conseil s'assemble, et il n'y a qu'une voix pour répondre i l'évèque que tous le reconnaissent pour prince et sont prêts à lui obéir. Lorsque le 23 du même mois on apprend que l'évèque a Tintention de partir, les syndics sont chargés d'aller lui faire des instances pour qu'il reste sans crainte. < Pour l'amour de Dieu, lui disent-ils, demeurez avec nous, et rappelez-vous que vous avez promis au Conseil général de pacifier la ville et de vivre avec elle comme un bon prince (1). >
Quand on se rappelle que ce langage se tenait le 13 juillet 1533, on se demande comment la Réforme a pu être proclamée à Genève le 23 août 1535.
Pour comprendre cefait, il est nécessaire d'en chercher la cause ailleurs que dans le mécontentement du peuple de Genève à l'endroit de l'autorité spirituelle.
Cette cause, nous la trouvons énoncée dans ce passage tiré de V Histoire de la Béforme protestante dans la Suisse occidentàte^ par Ch.-Lo!uis de Haller :
< La Réforme à Genève a été plus politique que reli-
(1) Registre du GonseU, 2 juillet 1833.
gieuse. Elle fut moins une conversion qu'une révolution (1). '
• Qu'on envisBge cette révolution comme un bien ou comme un mat, il n'en reste pas moins certain que Oenëve n'en fut redevable qu'aux Bernois, dont le zèle pour la propagation du nouvel Evangile ne connaissait point de bornes (2). •
L'honneur ou le déshonneur de cette révolution appartient tout entier aux BernoÏE (3). •
Cette aasertion repose sur des faits positifs. Elle devient éclatante de vérité pour celui qui a le loisir de compulser les archives de Genève. A chaque page, on rencontre des traces de cette pression morale qu'exerce le fort sur le faible, le créancier sur son débiteur, et qui conduit à de lâches apostasies.
Les Bernois, en qualité de combourgeois, avaient rendu des services à Genève; mais ils les lui firent payer cher, en écus secs et sonnants d'abord, et puis par l'introduction d'un culte pour lequel les Genevois montrèrent longtemps une invincible répugnance. Les esprits étaient peu disposés aux nouveautés qui troublaient l'Allemagne et une partie de la Suisse. Attachés de cœur à la foi de leurs pères, les Genevois déclarèrent, en maintes circonstances, qu'ils ne voulaient pas adopter les nouvelles doctrines.
Ils étaient soutenus, il faut le dire, dans cette résolution, par leurs combourgeois de Fribourg qui, eux aussi, leur avaient prêté main-forte aux jours du danger. Fidèles confédérés, ils demandaient, à la vérité, à Genève le paiement qui leur était dû, |mais ils tenaient, par deasus tout, ftox principes de la foi, et le traité de combourgeoiste, pour
(1) Bistoire de ta Réforme, p. 169.
eaX| devait être cimenté sur une communauté de principes et de croyances.
La secte luthérienne avait à Genève des émissaires qui répandaient des diatribes contre les prêtres et se raillaient de la fidélité qu'on mettait i observer les jeûnes et les abstinences.
Les premiers symptômes publics de la Réforme à Genève se produisirent au mois de janvier 1528, au milieu d'une mascarade organisée par Baudichon, où il singea les cérémonies religieuses et se moqua des prêtres.
Cette dérision, il est vrai, déplut aux magistrats, qui firent citer les coupables au tribunal de l'évêque où ils reçurent nne sévère remontrance (1).
Mftis il n'en resta pas moins une atteinte portée à la majesté du culte et au respect traditionnel qu'avaient les (Genevois pour le caractère ecclésiastique.
Comme le travail des fauteurs de la Réforme s'étendait à la Savoie, le duc crut devoir écrire aux magistrats de Genève pour attirer leur attention sur ces manœuvres. Ceux-ci j se défiant du duc avec lequel ils avaient eu des démêlés récents, répondirent verbalement au porteur de la missive < que les Genevois, n'étant point ses sujets, n'avaient pas à recevoir de conseils de sa part, et que d'ailleurs ils étaient décidés à bien vivre. >
En 1530, les troupes bernoises vinrent, comme on le sait, au secours de Genève. Leur passage ne fut pas de longue durée (2). Il y laissa cependant des traces lamentables sous le rapport de la foi.
Les soldats y affectèrent le dédain le plus marqué pour tout ce qui portait un caractère religieux. Les croix furent abattues, les statues mutilées ou brûlées, les images saintes
(1) Registre du ConseU, il janvier VM.
(1) Ils ne restèrent à Genève que quinze jours*
I lacérées. La terreur fut telle, à leur approche, que les prêtres et les religieux n'osèrent plus se montrer en costume. Les offices publics furent même supprimés, de crainte de profanations. Pendant leur séjour à Genève, les Bernois s'efforcèrent d'y établir la Réforme ; ils encourageaient ceux qui se montraient les plus hostiles à l'autorité de l'évéque à se prononcer, en leur promettant de les protéger. Nous ne croyons cependant pas que, dans cette campagne, ils firent aucun prosélyte, car, à ce moment, — comme le déclarèrent les magistrats aux Sœurs de Sainte-Claire, — 1 En aucune manière la ville ne vouJait être luthérienne (1) ■.
En 1532, les partisans des doctrines nouvelles ne B'é-
taient pas encore fait connaître ; ils se bornaient tous à
' agir dans l'ombre; ils placardaient sur les murailles des
r diatribes contre les moines et les prêtres. Mais, se sentant
I soutenus et forts de l'appui de Berne (2), ils s'enhardirent
I et ils profitèrent de l'annonce du Jubilé pour attaquer les
^ indulgences, non-seulement dans leurs assemblées et dans
les conversations privées, mais publiquement sur les
places ; ils osèrent même afficher leurs thèses au portail
de Saint-Pierre.
Jusqu'alors, les Fribourgeois avaient gardé le silence ;
(I) SantT DE ivsiut. Le Lenain du Calvinisme, p. IS. (3) Voici ee que le» amuteun de la Sainte Svangile de Pijreroe ikrivaleol il leais frères do Gen^Ye :
• La graee NoMr&-Srfgneur Dieu. Noi Irit-honor^ seigneurs el Ir^r^
donlitH messdgneurs de BemR, nos chiers allyei el cotitéAita svnt luiu-
I ynm de plus en pins forts d^lîberuz df n'^pArgner ny corps ny pQissnnci' à
L HMibileBlr ions leurs uaji et allyei, bourstN^ pi sujets qne veuillent Ivnir
[ le saint Evangille, car ils les veulleul muntenir envers luus et contre tous;
. Rostre Stigneur Dieu lenr vnuille su^cnlcr et «ccrolstre leur bon voDlluir,
lequd les > siudlez pour lenir go crainte, selon le monde, les nuieaiU de
lit vârité. Ponrqpioï si vous avec sITaire de leur aucloritd e
tout ce que pcnsiei, que sera à Thooneur et -'-=— -■- ""—
du sa paroUe. Nous ne doublons poinl que v<
e nikessilé, i -*- '
e Dieu ol ■dvancemi'at
■ Ëseript i Payen
e IX do juillet I'
Arehlvi» de GenAve. Porter, hisl.,
mais dès qu'ils apprirent les atteintes publiquement portées à la foi qu'ils professaient, ils se plaignirent hautement par rintermëdiaire de noble Laurent Brandebourg, qui déclara que ces < excitations à suivre les nouvelles doc* trines étaient attentatoires à l'autorité de l'évêque, et que les magistrats de Fribourg désapprouvaient cette façon d'agir >• Le Conseil, un peu embarrassé, déclara que ces misérables placards avaient été placés à son insu (1).
Ce scandale arriva jusqu'aux oreilles du nonce, en Savoie, qui écrivit de son côté aux syndics de Genève pour manifester son étonnement et sa peine : < Il peut à peine en croire, dit-il, à la renommée, et il a besoin d'apprendre de la part des magistrats s'il est vrai que l'hérésie de Luther soit prèchée publiquement dans une ville jadis si attachée à la foi catholique (2). >
Gautier, dit dans son histoire, que les Genevois laissèrent cette lettre sans réponse, et qu'ils se contentèrent de dire au messager : < Nous voulons vivre chrétiennement selon Dieu et la loi de Jésus-Christ. > C'était un f&cheux pronostic et un indice du caractère ombrageux des magistrats à l'endroit des autorités religieuses.
Martellus était en passage en Savoie; sa lettre était datée de Chambéry. Il n'en fallut pas davantage pour faire croire à une entente du nonce avec le duc. A cause de cela, ils se retranchèrent dans un silence qui touchait à l'impolitesse. La réponse donnée à Laurent Brandebourg n'avait pas complètement satisfait les Fribourgeois. Aussi, lorsque Boniface Officher, J. LuUin et Antoine Lect se rendirent à Fribourg pour y solder une partie de la dette, ils y entendirent les reproches les plus amers. On les accusa d'être de connivence avec ceux qui voulaient intro-
(!) Registre du Conseil, li Juin 1532.
'ttuire le luthéranisme à Genève. Ceux-ci répondirent
f qu'il n'en était rien, et ils protestèrent au nom de leur
t, gouvernement qu'ils voulaient vivre, comme leurs com-
Stourgeois, dans la religion catholique, et demeurer unis i
■eux commedeBfrère3(l). Il fallut une déclaration aussi for-
taelle pour les tranquilliser; car ils ajoutèrent que s'ils
[savaient • qu'on eût à Genève une tendance à adopter le
Huthéranisme, ils enverraient une ambassade avec ordre
fle rendre les lettres de combourgeoisie, après en avoir,
► en signe de rupture, arraché les sceaux. • Ces paroles pleines de franchise dénotaient l'attachement inviolable des Fribourgeois à la foi catholique et le prix qu'ils en
■faisaient.
Deux mois s'étaient à peine écoulés que les deux
> plus ardents propagateurs des principes de la Réforme, Duillaume Farel et Antoine Saunier, arrivèrent à Genève, Débarqués à l'hôtel de la Tour-Perce, ils commencèrent jdans leurs conversations à attaquer les croyances catho- ^ques. Ils virent bientôt se grouper autour d'eux les per-
ges les plus compromis dans les luttes contre les r représentants de la Savoie à Genève et contre l'évèque. A I leur tête figuraient Ami Perrin, Baudîchon, Goulaz, Faste, Dada, Vandel et Salomon, qui avaient été tes organisateurs de la mascarade, dont nous avons parlé.
La présence des deux prédicants excita de sourdes ru- . meurs dans la ville. Les magistrats, voulant y mettre Sn, Lj;itërent à leur barre leurs partisans et, après une sévère LAdmonestatioD, ils défendirent à Farel de parler en public, * et lui ordonnèrent d'évacuer la ville où il venait, par ses doctrines, apporter le désordre. Une émeute, en effet, était sur le point d'éclater. Chacun courait aux armes,
lorsque le syndic Gaillaume Hogaes, prenant sons sa protection les luthériens , cria : < Prenez garde , ils sont appuyés par Berne ; si vous les touchez, je ferai sonner le tocsin contre yous. i
Fard et son compagnon comprirent qu'il y avait pour eux du danger à rester à Genève. Ils s'évadèrent par la voie du lac, et ils abordèrent i Morges.
Grâce à la résistance populaire, les premiers efforts des propagandistes avaient échoué. Une tentative nouvelle fut faite par Froment au mois de décembre. Pour cacher son jeu, il se fit annoncer comme un maître d'école, apprenant en un mois à lire et à écrire,, et comme un guérisseur de toutes sortes de maladies. Ses premières leçons roulèrent en effet sur son art ; mais il jeta bientôt le masque, et, au lieu de remèdes, il débita des tirades contre la foi catholique. Ici encore nous voyons apparaître l'opposition des magistrats, qui défendent à Froment de prêcher et lui enjoignent de quitter Genève (1).
Malgré la défense qui lui en avait été faite, Froment continua ses prédications, soit en particulier, soit en public, et il fallut, pour le faire taire^ une menace de prise de corps, i laquelle il sut se soustraire en changeant de domicile.
La présence des prédicants à Genève avait excité les passions religieuses. Chaque jour on entendait parler de nouvelles querelles. Le Conseil résolut d'y mettre fin, en faisant publier t que nul ne fut si hardy que de prêcher soit dans les maisons particulières, soit dans les lieux publics, sans en avoir eu la permission de messieurs les syndics et de monsieur le Vicaire, et que tous ceux qui connaîtront tels prédicants soient obligés de les révéler à
(i) Registre du Conseil, 31 décembre 1533.
Messieurs, qai, tout aussitôt, les doivent saisir et procéder '■contre eux par la voie du droit (1). •
Si cet arrêté avait été mis à exécution, il aurait coupé court à bien des divisions. Mais ce que les Réformés n'avalent pas accompli à l'aide des émissaires étrangers, ils l'obtinrent par le ministère d'un Cordelier de Rive, qui, malheureusement, était imbu des doctrines de Luther. Il les porta non-seulement dans la chaire de son couvent, mais encore dans d'autres églises. Des discussions s'en suivirent, et il fallut l'intervention des syndics
ur empêcher que le novateur ne fut mis à la porte.
Le bruit en arriva à Fribourg, dont les magistrats sai- 'aient le mouvement des Luthériens. Profondément atta-
lés à la foi catholique, ils ne pouvaient voir d'un œil
■anquille leurs croyances vilipendées chez des combour- Aussi, ils écrivirent aux magistrats pour se plaindre le la tolérance excessive par laquelle ils permettaient 4 Cordelier luthérien l'usage de la chaire, et l'impu-
Ité accordée à ceux qui maltraitaient ses contradicteurs.
Si Fribourg eût été san» rivale, ses plaintes auraient obtenu plus d'effet; mais Berne, profitant de la pauvreté de l'Etat de Genève, ruiné par les guerres, mettait ses services à prix et répétait à nos magistrats : t Vous nous devez une somme que vous avez reconnue. Si vous voulez que nous prenions patience, accordez à nos prédîcants la liberté de la parole. >
Il y avait ainsi un double péril ; néanmoins, les magistrats de Genève protestaient toujours de leur inaltérable attachement à la foi cathohque, et lorsque Jean Goguelimberg, Nicolas Vogel et quatre autres ambassadeurs de Fribourg vinrent déclarer au Conseil qu'ils étaient chargés de sonder les intentions du peuple, tous les chefs de
, (I) U'Ilrv (lu Cuasvit.
(amiUe réunis n'eurent qu'une voix pour répondre • qu'ils voulaient vivre comme par le paeeé, dans la foi de Dieu qu'ils étaient décidés à ne permettre à aucune secte, pas même la luthérienne, de s'établir parmi eux comme ils l'avaient déjà dit précédemment dans une lettre au Conseil de Fribourg (l).
Un mois s'était à peine écoulé depuis cette déclaration, que dea lettres arrivèrent de Berne. C'était une plainte en règle sur le renvoi de Farel et des prédicants, au mépris de leurs recommandations (2).
Les magistrats comprirent aussitôt le mauvais effet qu'allait produire sur l'esprit public un écrit de cette nature, et portant leurs soupçons sur les deus plus ardents champions des doctrines nouvelles, ils les firent citer pour leur demander s'ils n'avaient pas été les instigateurs de cette plainte. Claude Salomon et Baudichon avouèrent qu'ils avaient en effet sollicité ces lettres dea seigneurs de Berne.
A peine U bruit s'en fut- il répandu dans la ville, que plus de deux cents personnes vinrent assiéger la porte du Conseil. Thomas Moine, qui était à leur tête, prit la parole ( Quels sont, dit-il, ces traîtres qui sont allés à Berne? Nous voulons connaître leurs noms. Ce sont eux qui entretiennent la discorde dans la Ilépublique (3). • Les magistrat* furent embarrassés. Ils se bornèrent à répondre que le Conseil s'occupait de cette affaire, et que, si cela était nécessaire, on convoquerait le Conseil général; mais qu'en tous cas ceux qui étaient allés à Berne n'avaient eu aucus mandat des magistrats.
< Alors, répondit Thomas Moine, quels sont donc cei perturbateurs de la République ? Nous voulons les voir
(1) Regieirc du Comei], %i février lS3\i. (S) Uàdem, K mars.
(i) Ibidem.
de près ; il faut que la justice ae fasse. N'avons-nous pas promis aux députés de Fribourg de vivre dans la foi de nospères? Que sert donc cet arrêt? • — < Justice f Justice ! crièrent tous ceux qui étaient à sa suite, faîtes justice et nous vous soutiendrons. Qu'on cesse donc de nous appeler pharisiens. Il en est qui voudraient partager la ville en deux camps et y entretenir la division ; le peuple ne l'entend pas ainsi, et il ne doit y avoir à Genève qu'on sent parti : celui qui soutient la cité. >
Ces accents patriotiques auraient d1j émouvoir les magistrats et leur faire comprendre que les envoyés de Berne étaient antipathiques à la population de Genève et qu'il fallait les éconduire. Us se contentèrent de donner de bonnes promesses, menaçant de graves peines tous ceux qui se permettraient à l'avenir d'injurier les habitants de la cité.
Lorsqu'il fallut répondre aux Bernois, chacun comprit qu'il était difficile de ae prononcer. On se horna à accuser réception de la fameuse lettre qui avait provoqué dans la ville un si grand émoi, et on annonça que des députés iraient à Berne porter des explications.
En effet, le 2 avril, on élut pour cette ambassade le syndic Nicolas Ducrest et le conseiller F. Koi, qui furent chargés d'exposer les faita et de conjurer les magistrats bernois de • laisser les Genevois vivre suivant leurs antiques usages (1) ..
C'était le vœu du peuple et des magistrats, Il s'était manifesté cent fois dans les assemblées partielles ou générales. Nous pouvons donc affirmer de nouveau avec de Ilaller que la Héformation fut à Genève plus politique que religieuse, moins une conversion qu'une révolution- Qu'y eûl-il fallu pour se débarrasser des importunités de
(I) RrgUlre du Cuasri], i .ivril lȕ<.
Berne ? Un élan de générosité pour trouver 9>000 écus ; et les députés des Hauts Seigneurs eussent repris le chemin de la Suisse. Si Pierre de La Baume eût été bien inspiré, il eût fourni cette somme comme l'en prièrent les magistrats. Il y était disposé, mais il exigeait en échange la reconnaissance des droits dont il avait été frustré. Il en fit une condition fondamentale qui éprouva des difficultés. C'est ici que se place la mort du chanoine Verly, de Fribourg, qui fut tué au Molard, dans une émeute. Cet événement fut le sujet d'une foule de réclamations de la part de l'Etat de Fribourg.
Les détails de cet événement sont racontés dans V Histoire de VétablissemeiU de la BéfomuUion à Genève^ par Mgr Magnin ; nous y renvoyons nos lecteurs.