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CHAPITRE IV

DOGMATIQUE GENEVOISE

Etat de l'opinion après l'abolition des peines civiles contre les hérétiques. — Controverse arminienne. — Amiraut. — Tolérance prudente de la Compagnie des Pasteurs. — Cameron. — Morus. — Controverse sur la prédestination. — Formulaire de consécration pour les ministres. — Affaire de De Rodon. — Affaire de Chouet. — Discussion sur la grâce. — Le Conseil et le Concile. — Affaire Mussard. — Affaire Le Clerc. — L'intolérance condamnée par l'évêque anglais Burnet. — Le Consensus. — Admirable conduite de Neuchâtel. — Discussion à Genève. — Adoption du Consensus. — Schisme dans l'Eglise à ce sujet. — Retour à la paix.

Nous avons, dans le précédent volume, conduit l'histoire de la dogmatique genevoise jusqu'au moment où les châtiments civils et la peine de mort sont abolis à l'égard des gens qui ne pensent pas comme l'Eglise établie. Les articles du Code « hérétique » subsistent encore, mais dès Tan 1652, les magistrats et les pasteurs cessent, d'un commun accord, de faire usage de cet odieux héritage du fanatisme romain. La discussion sur les croyances religieuses devint dès-lors possible; elle dura cent cinquante ans.

Le clergé genevois se divisa en deux camps bien tranchés : les uns, irrévocablement attachés au calvinisme, ne voulurent transiger avec aucune des affirmations du réformateur; ils s'efforcèrent d'empêcher la publication des livres de leurs adversaires, de les réduire au silence, ou d'obtenir leur exil volontaire de Genève. Les autres, interprétant plus librement l'Évangile, se séparèrent à la longue du réformateur sur diverses parties de son inflexible dogmatique.

Ces deux partis entrèrent en lutte ouverte, et les doctrines d'Arminius étant la dernière controverse soulevée parmi les protestants, occupaient une place importante dans les esprits, et ce fut sur elles que roulèrent à Genève les premières discussions du dixseptième siècle.

Nous rappelons que la différence entre Arminins et Calvin roule sur la prédestination.

Calvin affirme que Dieu a choisi entre tous les hommes ceux qu'il lui a plu par un décret de sa volonté, et sans trouver en eux aucune raison qui le portât à faire cette élection. — C'est la prédestination absolue.

Arminius dit au contraire : Dieu a résolu de sauver en Jésus-Christ les hommes qui, par la vertu du Saint-Esprit, croient en son Fils et persévèrent jusqu'à la fin.

Ces doctrines d'Arminius s'étaient répandues en

France, malgré les rigueurs exercées en Hollande contre leurs partisans. Cette controverse éclata en 1655. Voici les nouvelles qu'on en reçoit à Genève : «M. Amiraut, professeur en théologie à Saumur, a mis en lumière un livre, touchant la prédestination, qui contient des opinions conformes aux Arminiens, qui a grandement troublé l'Église de Paris. Les pasteurs de l'Église de France ne sont point d'accord là-dessus, et même il est à craindre que de grands scandales arrivent. Le synode de SaintongeadéputéàM. Amiraut deux personnes, MM. Vincent et DuTou, pour conférer avec Amiraut. Celui-ci leur a donné tout contentement, et néanmoins on a sujet de craindre de très-pernicieux effets de cette publication. » (Reg.Cp. 6 nov. 1635.)

La Compagnie est priée par les Églises françaises de s'interposer en cette affaire; elle accepte le rôle de médiateur, et conjure les deux partis de se porter à la tolérance. Toutefois, cette tolérance n'est point encore une affaire de principe; il ne s'agit point de reconnaître aux deux opinions le droit de vivre et de se manifester librement au sein des églises. Non, les conseils de la Compagnie portent uniquement sur la nécessité de supporter ses adversaires, « vu les grands dangers que la Réforme pourrait courir si ses plaies intérieures étaient connues. » Dans ce but, elle charge M. Spanheim d'écrire à M. Amiraut :

« Votre livre est jugé contraire à la saine doctrine; il peut causer de grands maux à l'Église de France. »

A M. Dumoulin : « Nous vous prions de ne pas vous échauffer en répondant à M. Amiraut, vu que de toutes parts on travaille à le ramener avec douceur. »

A M. Cappel : « Nous apprenons que vous allez écrire au long sur le différend survenu entre MM . Amiraut et Dumoulin. Vous envenimez terriblement l'affaire; il sera déplorable que la discussion se trouve amenée devant un synode national; il faudra s'expliquer devant un député du roi, découvrir les plaies de son Eglise, causer de grands scandales, et donner aux ennemis l'occasion de mal parler de nous. Nous vous prions en conséquence de ne plus écrire les uns contre les autres, et nous vous exhortons à céder mutuellement par tolérance pacifique. » (50 sept. 4 656.)

Les pasteurs de Genève furent écoutés : on signa la paix; mais cette paix fut de courte durée. Les discussions recommençant durant l'hiver, la plupart des Eglises de France demandèrent à la Compagnie d'envoyer une Encyclique qui serait lue dans toutes les chaires. Quelque honorable que fût cette démarche, la Compagnie refusa et se borna à écrire de nouveau aux adversaires pour les exhorter à la concorde1.

Les mêmes principes de tolérance, fondée sur la prudence et l'intérêt, dirigèrent la Compagnie dans

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